Deux mille dix-huit

SPECTACLE VIVANT

Une année record (j’avais déjà dit cela l’an passé, mais j’ai de nouveau battu mon record, c’est moi qui ai la plus longue, pour une fois). Alors même que cette année j’ai travaillé à plein temps (pour le pire et le moins pire), je sais déjà que j’en ferai beaucoup moins en 2019, j’ai vu mes limites, tant physiques qu’inspirationnelles, si je puis dire. (ça aussi, je l’ai déjà écrit l’an passé, mais à moins qu’on me paye pour écrire, je verrai réellement beaucoup moins de spectacles l’an prochain). Pour être plus sérieux, j’ai la fâcheuse impression que d’en voir beaucoup me blase un tantinet…

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Bibliothèque du Théâtre de Gennevilliers

139 spectacles (71 il y a 2 ans, 101 l’an passé) à Paris, Montreuil, Bobigny, Nanterre, Gennevilliers, Aubervilliers, Saint-Denis, Boulogne-Billancourt, Saint-Ouen, mais aussi Avignon, Bussang, Bruxelles, Londres et Lausanne, dans 66 lieux avec des artistes français, belges, anglais, néerlandais, italiens, portugais, canadiens, danois, suisses, brésiliens, grecs, polonais, allemands, israëliens, russes… parfois (souvent) dans le texte. Du théâtre, des chevaux, des images, du son, de la musique, des marionnettes, des objets, du théâtre documentaire, de la danse, du cirque, du seul en scène, du one wo.man show, des écoles de théâtre, des gens tous nus, des performances, du jeune public, des professionnels, des « amateurs » et même des pièces dans le privé…

Trois spectacles vus une 2e fois (« Iliade » par Pauline Bayle, « Bovary » et « Sopro » de Tiago Rodrigues) ou une 3e fois (« By Heart » de Tiago Rodrigues, toujours lui)

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Ça ne se passe jamais comme prévu de Tiago Rodrigues avec les élèves de la Manufacture au Théâtre de l’Aquarium

J’ai vu cinq spectacles du tg STAN (« Quoi Maintenant », « Infidèles », « Atelier », « Après la répétition », « Quartett »), quatre de Tiago Rodrigues (+ « Ça ne se passe jamais comme prévu ») (#TeamTiago), quatre de Julien Gosselin (« 1993 » et sa trilogie Don DeLillo), quatre de Gwenaël Morin (sa tétralogie « Molière de Vitez »), trois de Marc Lainé (« La fusillade sur une plage d’Allemagne », « Hunter », « La Chambre désaccordée »), deux du Collectif L’Avantage du Doute (« Grande Traversée », « La Caverne ») (le film de Judith Davis « Tout ce qu’il me reste de la révolution » sort début février, soit dit en passant), deux de Pauline Bayle (« Iliade » et « Odyssée »), deux avec Laetitia Dosch (« La Maladie de la Mort » de Katie Mitchell et « Hate »), deux avec Emilie Incerti Formentini (« Au bois » et « Love me tender »), deux avec Grégoire Monsaingeon (« Bovary » et « Ovni(s) »), deux de Lisbeth Gruwez (« We’re pretty fuckin’ far from ok », « The Sea Within »), etc.

Par souci de transparence, je tiens à mentionner que j’ai bénéficié de 43 invitations  (dont 19 dans le cadre du Festival Off d’Avignon) grâce à ce blog ou dans le cadre de  mes contributions au Blog de Nestor (blog sur l’actualité culturelle montreuilloise). J’ai donc payé 96 fois ma place…

À part ça de grands souvenirs avec (dans le désordre) :

  • France Fantôme de Tiphaine Raffier au TGP St-Denis
  • B. Traven de Frédéric Sonntag au Nouveau Théâtre de Montreuil
  • The Encounter de Simon McBurney à l’Odéon Théâtre de l’Europe
  • Tragédies Romaines de Ivo Van Hove à Chaillot (je ne l’ai pas chronique, vous rendez-vous compte ?!?)
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Tragédies romaines d’Ivo Van Hove à Chaillot

Et dans les (plus ou moins) bons souvenirs :

  • le bataillon 30 hyper dissipé aux Tanneurs pour le « By Heart » de Tiago Rodrigues.
  • ma crampe à la cuisse droite durant la trilogie Don DeLillo aux Ateliers Berthier.
  • le site magnifique du Théâtre du Peuple à Bussang.
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Théâtre du Peuple, Bussang
  • mon extinction de voix à cause de Laetitia Dosch (ou plutôt à cause de ma persévérance à ne pas vouloir acheter de parapluie)
  • mon accréditation pour le Off d’Avignon.
  • la découverte du Barbican à Londres (clin d’oeil à Camellia Burows)
  • tomber amoureux d’une bonne dizaine de comédiennes/danseuses (en vrai, j’ai préféré ne pas compter pour ne pas me faire du mal) (clin d’oeil à Laurent, je te laisse Laetitia, mais j’ai vu Lisbeth avant toi, je te ferai remarquer !)
  • ces moments « je vais aux toilettes ou je n’y vais pas » pendant les spectacles de Gosselin ou Van Hove.
  • ma gêne lors de ma rencontre avec une comédienne qui avait lu ma chronique mitigée d’une pièce dans laquelle elle avait joué (longue phrase bien lourde).

 

CONCERTS

16 soirées concerts (soit moitié moins que l’an passé) mais avec 27 artistes ou groupes.

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Parce que je fais parfois régisseur son…

TOP 5

 

EXPOS

La découverte (enfin) des Rencontres Photographiques d’Arles, les polaroïds de Wim Wenders à Londres, mon initiation à l’architecture…

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La Cité Radieuse par le Corbusier sur la Planète Mars

 

CINÉMA

Moitié moins de films cette année (35 au 26 décembre 2018), la faute au théâtre et aux chroniques à écrire, à la flemme. Huit films sont tout de même parvenus à se détacher : 

  • Leto de Kirill Serebrennikov
  • Shéhérazade de Jean-Bernard Marlin (#TeamLycéeMichelet)

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  • Amanda de Mikael Hers
  • Climax de Gaspar Noé
  • Woman at War de Benedikt Erlingsson
  • Au Poste de Quentin Dupieux
  • Phantom Thread de Paul Thomas Anderson
  • Ready Player One de Steven Spielberg

 

SÉRIES

J’ai vu énormément (trop ?) de saisons cette année : 50 si j’ai bien compté

TOP 5

  • l’intégrale de Six Feet Under (enfin !) : qui m’a totalement dévasté, je pèse mes mots.
  • la saison 2 de The Good Fight : série trop méconnue, légèrement anti-Trump.
  • la saison 1 de Kidding (+ S1 : I’m dying up here) : Jim Carrey. Voilà.
  • la saison 1 de Counterpart : Espionnage et monde parallèle…
  • la saison 1 de The First : Sean Penn, Mars… Elle prend son temps.

 

LIVRES

TOP 5

  • la découverte FabCaro avec « Zaï  Zaï Zaï Zaï »et son roman « Le Discours » auquel je me suis pas mal reconnu (c’était même assez troublant à certains endroits) :

 

« Je ne suis pas comme vous, je vous emmerde, j’ai trop de problèmes dans ma vie pour faire la chenille, j’ai lu « Le livre de l’intranquillité » de Pessoa, vous imaginez quelqu’un qui a lu « Le livre de l’intranquillité » de Pessoa faire la chenille ? »

 

  • l’Arabe du Futur 4 de Riad Sattouf
  • Vernon Subutex 3 de Virginie Despentes
  • Le Lambeau de Philippe Lançon

 

CÔTÉ BLOG 

5 articles pas par moi : de grands remerciements encore et toujours à Cyril Bivalski et Laurent Suavet. La porte reste toujours ouverte pour vous (et pour d’autres aussi, soyons fous !)

130 articles écrits par moi…

Top 10 fréquentation (au 26 décembre) :

Le blog va plutôt bien, merci de demander. 

 

SUR LE PLAN PERSONNEL

Sans rentrer dans les détails… J’ai donc écrit de nombreux articles pour ce blog (130), quelques articles pour le Blog de Nestor (19 peut-être). J’ai collaboré à Radio Mortimer (et fait la connaissance de personnes très très intéressantes). J’ai (enfin) terminé d’écrire ma deuxième pièce que j’espère pouvoir monter d’une façon ou d’une autre en 2019, participé au labo social (fantôme) mené par le collectif « L’Avantage du Doute » lors de l’Occupation Bastille 2 (dans le théâtre du même nom), joué à deux reprises dans la salle du haut du théâtre de la Bastille en compagnie de mes amis Les Infilitré.e.s (et dit un de mes textes, tout seul devant le public)… Je crois que j’ai beaucoup écrit cette année… (et je ne suis absolument pas épuisé, mais ça c’est l’âge)

 

Et prochainement en 2019… Les Infiltré.e.s saison 2 au théâtre de la Bastille les 9 et 10 mai… « Dedans ma tête », le seul en scène écrit et interprété par moi-même… Des chroniques made in Québec…

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photo : Marc Woog – Compagnie Mimesis

 

Textes et photos (sauf mention contraire) : Axel Ito

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À quelle sauce… (automne 2018)

Nouvelle saison (18/19) et nouvelles habitudes. Un peu comme les résolutions du Nouvel An, nous essaierons de nous y tenir : je veux ralentir le mouvement. Ça veut dire, accepter de ne pas tout voir, ne pas tout voir, ne pas tout chroniquer. (même si je verrai tout du Théâtre de la Bastille, mon théâtre de prédilection)

Voici donc dans cet article les spectacles que j’irai voir, ceux que j’ai tout de même en vue, ceux que j’ai déjà vus (et que j’ai aimés… donc je ne parlerai du Fils, malgré le changement de distribution ou de Sombre Rivière de Lazare au Rond Point…).

Encore une fois, le théâtre subventionné, comme on dit, aura la part belle, on ne se refait pas, même si je ne suis pas (complètement) sectaire (suivez mon regard vers le Off d’Avignon…). Pour conclure, celle liste est évidemment non exhaustive (je n’ai pas l’oeil sur tout) et sera certainement amenée à être modifiée dans les semaines à venir.

Et c’est parti !

 

SEPTEMBRE

HATE
HATE par Laetitia Dosch (Photo Philippe Quesne et Dorothée Thébert Filliger)

J’irai voir :

  • LE SYNDROME DU BANC DE TOUCHE au Théâtre de Belleville (parce qu’on me                       l’a conseillé… et qu’on m’a invité, je l’avoue) (critique : ici)
  • le festival TRANSFORMES à la Villette (parce qu’il y aura notamment une pièce mise en scène par Thomas Resendes, le traducteur attitré de Tiago Rodrigues et qu’il est bon de soutenir un nouveau festival et comme c’est à côté de chez moi, je peux faire des allers retours très facilement)
  • INFIDÈLES au Théâtre de la Bastille / Festival d’Automne (tg STAN, prise 1) (critique : ici)
  • RADIO VINCI PARK (parce que j’aime aller sur un parking à Nanterre en milieu de semaine voir des motos)
  • LA FÊTE DE L’HUMANITÉ (essentiellement pour Franz Ferdinand et Catherine Ringer mais aussi pour la présentation de 1336, parole de Fralibs… j’en profiterai d’ailleurs pour faire le plein de leurs thés excellents)
  • LOVE ME TENDER aux Bouffes du Nord (parce que Guillaume Vincent)
  • SHOCK CORRIDOR au Nouveau Théâtre de Montreuil (parce que je vais sûrement écrire dessus pour le compte du blog de Nestor)
  • LE PROCÈS à l’Odéon Théâtre de l’Europe / Festival d’Automne (parce que j’ai déjà joué dans une adaptation du roman de Kafka, qui m’avait valu le plus grand trou de texte de toute l’histoire du théâtre amateur)
  • HATE à Nanterre Amandiers / Festival d’Automne (parce que Laetitia Dosch)
  • CHRIS GARNEAU (Point Éphémère) (parce que ça fait longtemps que je ne l’ai pas vu en concert… dix ans en fait, après Bruxelles et New York… oui, je me la pète, mais y a prescription)
  • L’OCCUPATION au Théâtre Berthelot (Montreuil) (parce que les mots d’Annie Ernaux et surtout la présence de Romane Bohringer)
  • CUISINE ET CONFESSIONS par les 7 Doigts à Bobino (parce que c’est québécois)

J’irai (peut-être) voir :

  • L’ENVOL DES CIGOGNES + LE DERNIER JOUR DU JEÛNE au Théâtre du Soleil (parce que Simon Abkarian et Ariane Ascaride)
  • LES DÉMONS à l’Odéon Théâtre de l’Europe (parce que Nicolas Bouchaud et Valérie Dréville et que je n’ai toujours pas vu de pièce de Sylvain Creuzevault)
  • LE PÈRE à la MC93 Bobigny (parce que Julien Gosselin)
  • SCALA à la Scala (parce que Yoann Bourgeois et la curiosité de découvrir ce nouveau théâtre)
  • LA NUIT DES ROIS à la Comédie Française (parce que Shakespeare et Ostermeier)
  • LA REPRISE à Nanterre Amandiers (parce que Milo Rau et toutes les bonnes choses que j’ai entendues pendant le Festival d’Avignon)
  • CALLISTO ET ARCAS aux Bouffes du Nord (parce que Guillaume Vincent deux fois)
  • CONSTRUIRE UN FEU à la Comédie Française (parce que Marc Lainé)
  • CONVERSATION EL KHATIB / CAVALIER à Nanterre Amandiers (parce que curieux de ce que peuvent se dire ces deux artistes)
  • RICHARD BOHRINGER au Théâtre de l’Oeuvre (parce que je ne l’ai jamais vu en vrai)

J’ai déjà vu (et je recommande) :

 

OCTOBRE

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Atelier par TG STAN / DE KOE / MAARSCHAPPIJ DISCORDIA (© Jorn Heijdenrijk)

J’irai voir :

  • ATELIER au Théâtre de la Bastille / Festival d’Automne (tg STAN, prise deux)
  • EVOL au Théâtre de la Bastille (parce que je suis obligé de le voir, car je suis passé en deuxième année d’infiltration, comprend qui pourra)
  • QUASI NIENTE au Théâtre de la Bastille / Festival d’Automne (parce que j’ai la carte illimitée)
  • OVNI(S) au Théâtre Ouvert (malgré les mauvais retours de cet été au Festival d’Avignon, parce que Grégoire Monsaingeon et les auteurs du Nouveau Ciné-Club)
  • WESTERN au Nouveau Théâtre de Montreuil (parce que Mathieu Bauer)
  • KING KONG THEORIE au Théâtre de l’Atelier (parce que j’adore cet essai de Virginie Despentes et que j’apprécie (et voudrais remercier pour un certain conseil) Marie Denarnaud)
  • LA CHAMBRE DÉSACCORDÉE à l’Espace Cardin (parce que Marc Lainé et Léopoldine Hummel aka Léopoldine H.H.)
  • COMPLETE WORKS à l’Espace Cardin (parce que Shakespeare et Forced Entertainment)
  • LA GUERRE DES SALAMANDRES à la Maison des Métallos (parce qu’on m’en a dit du bien)
  • FLÉAU au Tarmac (parce que Dave St Pierre)

J’irai (peut-être) voir :

  • GEORGE DANDIN à la MC93 Bobigny (parce que les acteurs du CDN de Vire)
  • LA PLAZA au Centre Pompidou (parce que je suis curieux)
  • FRANCIS SAUVE LE MONDE au Centre Wallonie-Bruxelles (parce que c’était une série de bandes dessinées hilarantes avec un blaireau au départ et je ne sais absolument pas ce que ça va donner)
  • MONSIEUR FRAIZE à l’Européen (parce qu’il crève l’écran)

J’ai déjà vu :

 

NOVEMBRE

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Joueurs / Mao II / Les Noms par Julien Gosselin (Photo : Christophe Raynaud de Lage. Hans Lucas)

J’irai voir :

J’irai (peut-être) voir :

  • LOVE aux Ateliers Berthier (parce qu’il n’y a pas tant que ça de metteurs en scène britanniques qui passent la Manche)
  • 4.48 PSYCHOSE au Théâtre Paris Villette (parce que Sarah Kane et Sophie Cadieux)
  • FURIA à Chaillot (parce que Lia Rodrigues)
  • SOEURS aux Bouffes du Nord (parce que Marina Hands, même si Pascal Rambert ne me convainc pas tout le temps)
  • L’AVALÉE DES AVALÉS aux Déchargeurs (parce qu’un texte québécois que j’ai raté cet été au Petit Louvre à Avignon)
  • LA VOIX HUMAINE à l’Espace Cardin (parce que Ivo)
  • THE OTHER VOICE à l’Espace Cardin (parce que Van Hove)

J’ai déjà vu :

 

À suivre…

On fait le bilan (Avignon Off 2018)

8 jours de festival, 24 spectacles vus dans 17 théâtres différents, 1 concert, 2 spectacles avec de la musique en vrai, 9 seul.e en scène ou one wo.man show, des zizis et des tétés dans 3 spectacles seulement. Le hasard fait que parmi les 24 spectacles vus, 13 ont été mis en scène par des femmes…

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Grande satisfaction : J’abandonne une partie de moi que j’adapte (j’ai mis le temps à mémoriser ce titre et on aura l’occasion de (re)voir ce spectacle prochainement en Belgique et en France.

Grandes surprises : Batman contre Robespierre / Ode Maritime

Hors série : le concert de Léopoldine HH

 

Photo Leopoldine HH 3

 

Je ne parlerai pas des déceptions, même si je pourrais m’étendre sur un certain spectacle, qui semble avoir reçu l’unanimité de mes camarades blogueurs. J’espère malgré tout qu’il pourra être repris à Paris et dans le reste de la France pour se confronter à un public plus large.

Il m’est difficile de faire un vrai bilan du OFF, n’ayant vu que 2% des spectacles proposés. Je ne peux que m’étonner de ce nombre très commenté de 1536 spectacles dans le Off. Les différents articles des « Bruit du Off », « Zibeline » et autres journaux régionaux et nationaux y sont revenus en long et en large. Cette année, j’ai donc pu profiter de ma position de « blogueur accrédité » pour observer ce grand cirque. Qu’arrive-t-il aux spectacles, qui ne jouent pas dans les théâtres qui ont la carte ou le vent en poupe, qui n’ont pas d’attaché.e.s de presse efficaces ou qui n’ont pas de relais sur les réseaux sociaux ? J’ai reçu de nombreuses invitations pour assister à des représentations et deux ont retenu mon attention, dans lesquelles j’ai pu lire ceci :

« Ma dernière création « *** », n’a pas encore eu la chance d’être couverte par la presse avignonaise, ni par aucun blog. »

et

« Je sais que vous devez être inondé de demandes, cependant permettez-moi d’attirer votre attention sur mon spectacle « *** » j’aurais aimé que quelqu’un vienne pour avoir une chance d’être peut être parmi vos coups de cœur, qui sait ???? On ne decouvre un artiste qu’en le voyant sur scène… »

Tout ça m’interroge. Pourquoi vais-je voir telle ou telle pièce ? Faisons le récapitulatif  :

Sur les 24 pièces vues : 3 pour le « entendu à la radio » (Constance / Pablo Mira / Roukiata Ouedraogo), 1 pour le buzz Twitter (Un garçon d’Italie), 7 pour les conseils d’amis (J’abandonne une partie de moi que j’adapte / La Violence des riches / Pas pleurer / Trouble(s) / J’ai appelé mes frères / Ode Maritime / Si Richard Si), 7 parce que j’avais déjà vu des pièces des artistes (Lodka / Les Travaux avancent à grands pas / Le Maître et Marguerite / Speed Leving / Polaroïds / La Bataille d’Eskandar / Belle fille), 1 parce que j’aime ses chansons (Léopoldine HH), 2 parce que j’ai écrit un article sur l’opération « Montreuil en Avignon » pour Le Blog de Nestor (Batman contre Robespierre / An Irish Story), 1 parce que copinage (Petite Chimère), 1 pour découvrir un auteur (Love & Money), 1 parce que je ne sais pas, je l’ai senti comme ça (Cent mètres papillon)

En conclusion, il n’y a qu’un seul vrai saut dans l’inconnu (même si le fait que 100m Papillon soit programmé à la Manufacture a aidé)

À part ça… Les (presque) petits nouveaux Le 11 Gilgamesh Belleville (malgré ses problèmes de sécurité) et le théâtre du Train Bleu ont présenté une programmation de qualité, le théâtre des Doms et ses artistes belges s’imposent comme un incontournable. Il est intéressant de constater que la Manufacture et les Doms n’hésitent pas à proposer un abonnement 3 spectacles qui court-circuite la fameuse Carte Off (le tarif est même inférieur à celui proposé avec la carte Off).

Je remercie les lecteurs, les attaché.e.s de presse, les théâtres (mais pas un certain haut lieu du Off qui n’a pas daigné répondre à mes sollicitations « Non, on ne s’en occupe pas sur place, vous appelez la personne responsable… Allô ? Pouvez-vous m’écrire ? » Je conçois que je ne suis pas grand chose ici bas, il n’empêche que je ne peux qu’être déçu par ce théâtre dont j’ai toujours salué la programmation, surtout quand deux des pièces que j’ai chroniquées par ici jouaient devant une salle à moitié remplie (restons positifs)), le Festival Off, les artistes et les compagnies qui ont relayé certaines de mes chroniques sur les réseaux sociaux, les blogueurs…

Et je remercie plus particulièrement Ludovic grâce à qui j’ai pu dormir intra muros durant ma première semaine et ça change la vie et Laurent l’ami marseillais pour notre 9e festival d’affilée ensemble.

Je ne sais pas encore si l’année prochaine je reviendrai, parce que la vie, tout ça… Mais ce fut une sacrée expérience.

 

Ps : J’avais commencé à écrire mes chroniques avignonnaises, à réfléchir sur des capsules audios et/ou vidéos. Or le temps n’est pas extensible, ma fatigabilité a été mise à rude épreuve cette année et je n’en ferai pas plus, parce que je veux me reposer et surtout écrire autre chose d’ici mon périple à Bussang le mois prochain…

Ode Maritime (F. Pessoa / S. Roquette / Parvis d’Avignon / Avignon Off)

(de quoi ça parle en vrai)

Le poème de Pessoa évoque un homme au bord de la mer qui est venu sur un quai désert attendre quelqu’un qui ne viendra pas. À la faveur d’une rêverie, il se plonge dans un passé imaginaire : « Tout navire au loin vu maintenant est un navire dans le passé vu de près. Pour lui, « tout le quai est une mélancolie de pierre », et l’ancienne vie maritime des bateaux à voile le fascine car elle est « la Distance absolue, le Pur lointain, libéré du poids de l’Actuel »… Il est ensuite entraîné dans un délire où il redécouvre une identité ancestrale, celle des marins des vieux navires, puis des légendaires pirateries sanguinaires. Il ne ressortira pas indemne de cette traversée : elle le conduira dans les profondeurs de son enfance, à la racine de sa vie. Au terme de ce voyage intérieur, c’est son rapport au présent et à la réalité qui s’en trouvera transfiguré. (source : ici)

 

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Crédits photos : Émile Zeizig

 

(ceci n’est pas une critique mais…)

Sur les bons conseils d’une amie infiltrée, me voilà dans cette ancienne chapelle, presque nouveau lieu de création, pour entendre mon ami Fernando Pessoa… pardon… Alvaro de Campos, que j’affectionne tout particulièrement.

Nous sommes placés face à l’autel, un pupitre est installé, le comédien arrive et démarre sa lecture tel un prêche un dimanche matin. Choix surprenant. La voix est assurée, le regard posé, nous voilà embarqués.

C’est avec fièvre que Stanislas Roquette s’empare de ce texte poétique, jamais simple. Mais le principal est là : on entend le texte, on le redécouvre pour ceux qui ont la chance de connaître la plume de Pessoa et de ses hétéronymes. Le pupitre, la lecture ne sont que des appuis de jeu que l’acteur fera valdinguer littéralement. Le rythme s’accélère, le comédien s’enflamme.

Un lieu, les mots de Pessoa, un comédien humble et passionné, tout est réuni pour assister à un moment inoubliable.

 

ODE MARITIME

Texte de Fernando PESSOA / Álvaro DE CAMPOS / Traduction : Dominique TOUATI, revue par Parcidio GONÇALVES et Claude RÉGY

Conception et interprétation : Stanislas ROQUETTE (Compagnie Artépo)

Mise en scène : Stanislas ROQUETTE et Miquel OLIU BARTON

Création son : Jérémy OURY et Julien HATRISSE – Création lumière : Geneviève SOUBIROU et Yvan LABASSE 

les 13, 17, 18, 19 juillet 2018 à 17h au Parvis d’Avignon (Avignon Off)

 

vu le mardi 10 juillet 2018 au Parvis d’Avignon (Avignon Off)

prix de ma place : invitation

 

(entre mes mains…)

Je relis Pessoa. Son livre de l’intranquillité écrit par son hétéronyme Bernardo Soarès a bénéficié d’une nouvelle traduction, ses textes d’un nouvel agencement. ce nouvel ouvrage, désormais, de l’inquiétude, est entre mes mains, sur les marches du Parvis d’Avignon. Je tente de retrouver un texte que j’avais appris par coeur, by heart, il y a dix-sept ans :

« Lorsque les gouttes de pluie ralentirent leur chute sur les toits, et que le milieu pavé de la chaussée se mit à refléter le lent bleuissement du ciel, le bruit des véhicules fit alors résonner un autre chant, plus fort et plus joyeux, et l’on entendit les fenêtres s’ouvrir contre le désoubli du soleil… »

Seules ces phrases me restent en mémoire. Je ne retrouve pas le texte, les nouveaux mots. Je feuillette, je m’arrête, je lis. Me voilà replongé dans la prose de Bernardo Soarès, buvant chacune de ses paroles. A bientôt.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Deux mille dix-sept

SPECTACLE VIVANT

Parce que j’aime faire des bilans, même si l’année théâtrale est plus scolaire que civile. L’occasion également d’inclure des spectacles vus l’été dernier durant le Festival d’Avignon (in & off).

Une année record, aussi parce que je n’ai pas travaillé entre février et août (vive le temps partiel annualisé qui me manque tant), pourtant c’est entre septembre et décembre que j’ai vu le plus de spectacles… Et je sais déjà que j’en ferai beaucoup moins en 2018, hors Festival d’Avignon bien entendu, j’ai vu mes limites, tant physiques qu’inspirationnelles, si je puis dire.

101 spectacles (71 l’an passé) à Paris, Avignon, Marseille, Saint Martin de Brômes, Montreuil, Nanterre, Toulouse, Les Lilas, Porto, Lisbonne, Bruxelles, Bobigny, dans 50 lieux avec des artistes français, portugais, suisses, québécois, italiens, grecs, belges, allemands, israëliens, brésiliens, parfois (souvent) dans le texte. Du théâtre, de la danse, du seul en scène, du one wo.man show, des lectures, des sorties d’ateliers, d’écoles de théâtre, du cirque, des lectures, des performances, du jeune public, des professionnels, des « amateurs » et même des pièces dans le privé, mais pas trop quand même… Trois spectacles vus deux fois (Gala, Bacchantes, Grande)…

À part ça de grands souvenirs avec (dans le désordre et les liens vers mes non-critiques qui vont avec) :

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(Sopro)
  • Bacantes / Bacchantes (Marlene Monteiro Freitas – TNDM II, Lisboa & Centre Pompidou, Paris)
  • Gala (Jérôme Bel – Rond Point, Paris & Kaaitheater, Bruxelles)
  • Sopro (Tiago Rodrigues – Cloître des Carmes, Avignon)
  • Grande (Tsirihaka Harivel & Vimala Pons – CentQuatre, Paris)
  • Tous des oiseaux (Wajdi Mouawad – Colline, Paris)
  • Les barbelés (Annick Lefèvbre/Alexia Bürger – Colline, Paris)
  • Néant (Dave St Pierre – Oulle, Avignon)
  • La face cachée de la lune (Robert Lepage – Grande Halle de la Villette, Paris)
  • F(l)ammes (Ahmed Madani – Les Halles, Avignon)
  • Maîtres anciens (Nicolas Bouchaud – Bastille, Paris)
  • Interview (Nicolas Truong / Nicolas Bouchaud / Judith Henry – Monfort, Paris)
  • We love Arabs (Hilel Korgan – Rond Point, Paris)
  • Doreen (David Geselson – Bastille, Paris)
  • Pindorama (Lia Rodrigues – Chaillot, Paris)
  • Mount Olympus (Jan Fabre – Grande Halle de la Villette, Paris)

 

CONCERTS

30 soirées concerts mais 46 artistes entre Paris, Bruxelles, Reykjavik, le fin fond des Alpes de Haute Provence, Pantin, Torshavn avec dans les coups de coeur (et dans le désordre, avec les liens vers mes non-critiques qui vont avec) :

Klo Pelgag – Le sexe des étoiles (Live) from DTO FILMS on Vimeo.

 

  • Klô Pelgag (Brussels Summer Festival)
  • La soirée hommage à Lhasa (Philharmonie de Paris avec le festival Aurores Montréal)
  • Girls in Hawaii (Trianon, Paris)
  • Shannon Wright (Café de la Danse, Paris)
  • Seu Jorge (Théâtre Silvain, Marseille)
  • et le spécial copinage mais elles le valent bien : No Man’s Louise (Vieille Grille, Paris & le Jam, Marseille) (tous les dimanches du mois de janvier à 17h sur la péniche Le Nez Rouge)

 

DISQUES

J’achète toujours des CD, j’en emprunte quelques uns à la médiathèque. Comme pour les livres, je ne suis pas forcément l’actualité… (réécoute des albums de Lhasa, de Suuns, de The Divine Comedy) mais à part ça…

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  • Girls in Hawaii « Nocturne »
  • Klô Pelgag « L’alchimie des monstres » (son premier album)
  • Lcd Soundsystem « American Dream »
  • Pierre Lapointe « La Science du Coeur »
  • Courtney Barnett & Kurt Vile « Lotta Sea Lice »
  • Lhasa « Live in Reykjavik »

 

 

CINÉMA

Beaucoup de films (70 au 27 décembre 2017), vus dans 31 cinémas différents et pourtant pas de grands coups de coeur et je serais bien incapable de faire un top 15. Et quand je liste les films que j’ai ratés, je ne peux que m’en tenir pour responsable. Donc on se limite à dix films avec, dans le désordre :

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  • La Villa (Robert Guédiguian)
  • L’autre côté de l’espoir (Aki Kaurismaki)
  • Le sens de la fête (Nakache / Toledano)
  • Diane a les épaules (Fabien Gorgeart)
  • Baby Driver (Edgar Wright)
  • Les Filles d’Avril (Michel Franco)
  • L’Amant d’un jour (Philippe Garrel)
  • The Square (Ruben Ostlund)
  • I am not your negro (Raoul Peck)
  • Lion (Garth Davis) , le plaisir coupable qui m’a fait pleurer comme ça faisait longtemps que je n’avais plus pleuré au cinéma…

Cependant je pourrais ajouter des films (re)vus enfin sur grand écran et qui m’ont procuré énormément de plaisir comme La Ronde (Max Ophüls), La règle du jeu (Jean Renoir), The Kid (Charles Chaplin), La Maman et la Putain (Jean Eustache)

 

RATTRAPAGE TV

  • Hungry Hearts de Saverio Costanzo avec Alba Rohwacher et Adam Driver
  • Jim & Andy, documentaire de Chris Smith avec Jim Carrey sur le tournage de « Man on the moon » de Milos Forman

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  • It follows de David Robert Mitchell
  • Frank de Lenny Abrahamson avec Michael Fassbender, Domnhall Gleeson, Maggie Gyllenhall
  • 99 Homes de Ramin Bahrani avec Michael Shannon, Andrew Garfield

 

SÉRIES

Je n’ai toujours pas vu The Crown, The Leftovers, The Handmaid’s Tale, la dernière saison de Twin Peaks, aucune saison du Bureau des Légendes, Stranger Things.

En revanche, j’ai apprécié :

  • la saison 2 de « Master of None »

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  • la saison 1 de « The Good Place »
  • la saison 1 de « The Good Fight »
  • la saison 1 de « This is us »
  • les trois saisons de « Broadchurch »

Et j’ajouterai également la saison 2 de la série québécoise humoristique « Like moi » qui va bientôt connaître une adaptation française, j’ai peur.

 

LIVRES

  • Dans les essais : « Modern Romance » d’Aziz Ansari (Hauteville) et « Aller au cinéma ou faire l’amour » de Christine Delmas (Textuel).
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illustrations de Yann Legendre
  • Dans les romans : « Marx et la poupée » de Maryam Madjidi (Le Nouvel Attila).
  • Dans les romans/documentaires : « Les gens dans l’enveloppe » de Isabelle Monnin (avec une musique de Alex Beaupain) (Livre de Poche)
  • Dans les bandes dessinées : toute l’oeuvre de Guy Delisle (Delcourt) et les « Faits divers » de Anouk Ricard (Cornélius).
  • Dans les correspondances : « Lettres à la fiancée » de Fernando Pessoa (Rivages)

 

Sur le plan personnel… Non, je n’en parlerai pas. Seulement que j’espère bien que ce blog vivra une année 2018 exceptionnelle, entre Paris, Avignon, Marseille, Bruxelles, Londres et ailleurs… Infiltré, bientôt de nouveau occupé (je vous laisse l’avantage du doute… comprend qui pourra)… En route vers de nouvelles aventures avec mon amie la sterne arctique croisée lors d’une balade en vélo à Seydisfjordur (Islande) et qui ne me quitte plus depuis. A bientôt ici ou ailleurs.

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Flêche la chair (François Négret – Bab-Ilo)

(quand on ne lit pas la bible)

Tout réside dans l’accent circonflexe de « Flêche ». Voilà, tout est affaire d’accent. Un même texte sera-t-il compris de la même façon s’il est dit avec l’accent ch’ti, marseillais ou québécois. Ce soir, c’est vingt variations d’un même texte de Antonio Lobo Antunes que vous entendrez.

 

(de quoi ça parle en vrai)

Une lecture musicale ou un concert littéraire, à grands renforts de textes de Antonio Lobo Antunes (« Carlos »), Peter Handke (« Essai sur la fatigue »), Paul Verlaine, Louis Calaferte, Jean Genet, François Négret (« Rouge est la couleur »).

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Il y a des fois où on se fait désirer. Combien de fois l’amie Émilie m’a proposé de venir voir les soirées Flêche la Chair montées par l’auteur et comédien François Negret et auxquelles elle participait parfois en tant qu’interprète accordéoniste ? Une fois, j’avais ci, une autre fois j’avais ça, sans parler de la fois où… Pour une raison que je n’évoquerai pas ici, je me décidai enfin à me rendre dans la cave de ce bistrot d’une rue (du Baigneur), d’un quartier du dix-huitième arrondissement de Paris qui m’évoquait des souvenirs en pagaille, et à me laisser surprendre. Parce qu’on en est là : je ne sais pas ce que je vais voir. Comme souvent, vous me direz. Certes, j’avais déjà vu « Rouge est la couleur… » écrit et mis en scène par le même François Négret à l’atelier théâtre de Montmartre l’an passé. J’avais été quelque peu dérouté mais séduit par l’écriture de Négret.

Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas rendu dans un lieu inconnu de mes pieds. J’ai repensé à ces projections de courts métrages alternatifs, à ce personnage qui faisait parler ses tatouages… Paris…

En préambule, le teaser d’un film réalisé par Ariana Kah, « Et continuer de t’aimer… » puis une première chanson (en anglais) interprétée à l’accordéon par Emilie Delmas,  le regard fixe, puis rejointe par un pianiste et un batteur (bon. Émilie… il va falloir qu’on parle… c’est quoi cet accent ?) Là l’Indien François Négret et l’Indienne Clémence Briend entrent en scène et on est happé par le verbe, par une atmosphère enfiévrée, la musique improvisée par Pete Sputnik aux baguettes et Sylvain Darde aux touches noires et blanches, un petit goût de jazz. C’est cru, c’est poétique, c’est érotique. Clémence Briend me fait penser à la chanteuse Anna Calvi (les yeux fermés, comme si rien n’existait d’autre que), François Négret est hypnotique. Ou une remarquable écoute des deux comédiens. Tout est incarné et le texte est entendu.

Ils lisent, mais ils ne lisent pas. Les feuilles tombent, se cornent, on ne sait plus où on en est, tout est fragile mais tout reste sous contrôle. Le tout se conclut avec une ultime chanson (titsonass) de l’accordéoniste au ventre rond.

Un petit lieu, une heure pleine. Ultra-confidentiel. Ce soir ne se répètera jamais, comme dit l’autre. Et pourtant…

 

vu le mercredi 11 octobre 2017 au Bab-Ilo (Paris 18)

entrée libre, au chapeau.

NB : Emilie Delmas (l’accordéoniste) avait joué un des deux rôles principaux d’une pièce que j’avais écrite et mise en scène, il y a plus de deux ans maintenant.

 

Flêche la Chair meets Rouge est la couleur

Avec Clémence Briend dans le rôle de l’Indienne et François Négret dans le rôle de l’Indien.

Émilie Delmas : chant et accordéon – Pete Sputnik à la batterie et Sylvain Darde au piano

Prochaine soirée le jeudi 9 novembre 2017

 

(une autre histoire)

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Crédit Photo : Axel Ito

 

Elle m’avait donné rendez-vous au cimetière Montmartre, sur la tombe de François Truffaut.

– Tu as facilement trouvé ?

Elle, c’est Lola. Je l’ai rencontrée à Berlin l’an passé. Elle porte des Docs noires et c’est bien le seul point commun avec son homonyme qui passe son temps à courir. Nous nous sommes rencontrés à l’aéroport de Tegel. Je repartais chez moi. Elle m’a vu pleurer, m’a offert un mouchoir en tissu, m’a pris dans ses bras, sans rien me demander et est partie. Elle avait glissé son adresse mail dans ma poche : « Tu me rendras mon mouchoir dans un an, jour pour jour, à Paris, au cimetière Montmartre. Et lavé, le mouchoir, merci. » Une magicienne, qui a des références cinématographiques. Depuis, nous avons correspondu, toujours par écrit. J’étais revenu dans ma Provence natale, elle était un jour à Lisbonne, un autre à Essaouira ou à Dublin.

– Tu fais quoi dans la vie ?

– La vraie ou la fausse ?

J’avais réservé une chambre dans un hôtel, rue Caulaincourt, dans le 18e. C’est la première fois que je viens à Paris. Je me suis assez vite repéré dans cette ville. Là c’est Beaubourg, là c’est les Halles et l’UGC Orient Express, ici la librairie ciné où j’ai acheté l’autobiographie de Buster Keaton. Avant tout ça, j’ai pris un café sur la place de la Bastille.

– Tu l’as revue ?

– Oui.

– Et ?

– C’est passé. Je veux dire, je n’ai rien ressenti.

– Pas même un picotement dans l’entre-jambes ?

Lola me demande comment s’est passé mon rendez-vous avec une fille que j’avais aimé il y a quelques années et qui me trottait encore dans la tête.

– Pourquoi ici ? Pourquoi là ?

Elle ne répond pas.

– Tu vas vivre des choses phénoménales ici.

– Rien que ça.

– Tu sais que rien ne va se passer entre nous.

Je ne réponds pas.

– Je suis dans ta tête, tu le sais ça.

Je ne réponds pas.

– Demain le monde va changer. Tu vas changer. Abre los ojos, mon ami. Abre los ojos.

– Lola ?

– Oui.

– Tiens. Ton mouchoir.

– Garde-le. Tu en auras besoin.

Paris, 10 septembre 2001.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

Les gens dans l’enveloppe (Isabelle Monnin/Alex Beaupain – Philharmonie de Paris)

(quand on ne lit pas la bible)

C’est l’histoire d’un homme qui aimait kidnapper des personnes dans le seul but de les aplatir grâce à sa centrale de vapeur et les glissait vivantes dans des enveloppes qu’il fermait en appliquant sa salive sur la languette. Les kidnappés survivaient jusqu’à leur arrivée dans la boîte aux lettres en léchant les gouttelettes de salive du méchant.

 

(de quoi ça parle en vrai)

Chapitre un : Isabelle Monnin, romancière et journaliste, achète sur eBay un lot de 250 photos d’une famille inconnue d’elle. L’enveloppe arrive avec l’intérieur des photographies qui ne comportent aucune indication sur le nom de la famille, leur origine…

Chapitre deux : Elle décide d’écrire dans un premier temps un roman autour des personnes figurant sur ces photos.

Chapitre trois : Une fois le roman terminé, Isabelle Monnin enquête pour retrouver les gens dans l’enveloppe (spoiler alert : elle les retrouve et leur parle et la partie romancée du livre prend alors une autre dimension)

Chapitre quatre : Alex Beaupain, auteur/compositeur/interprète, écrit une bande sonore à partir du roman.

Chapitre cinq : le livre-disque sort, un spectacle naît ce soir à la Philharmonie et demain… un film ?

 

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(ceci n’est pas une critique, mais…) (mise à jour le mercredi 11/10/17 à 15h)

Je commence par quoi ? Que j’aime énormément le livre d’Isabelle Monnin, son écriture dans la partie romanesque, sa démarche, son respect et sa discrétion envers ces fameuses personnes mises sur le devant de la scène. Pourtant j’ai mis le temps pour le lire. Je l’ai même offert à des amis à deux reprises avant cela, comme si j’étais intimement persuadé de la qualité du projet mais que je voulais trouver le moment parfait pour me plonger dans ces histoires. Des amis ont été tellement émus par cette histoire qu’ils se sont rendus à Clerval cet été avec leur van(ina). Je ne les ai pas encore revus, j’attends avec impatience leur récit. Mais je l’ai lu, ce bouquin.  Enfin. Mes yeux se sont embués à plusieurs reprises durant la lecture et ce même phénomène se renouvela ce soir à l’ancienne Cité de la Musique (ou Philharmonie 2) lors de ce concert-lecture incarné par la quasi intégralité des artistes qui a (qui ont ? je ne sais jamais) participé à l’enregistrement des chansons. (Seule Camélia Jordana fut remplacée par Clara Luciani.)

Ce concert-lecture fut un réel enchantement (je n’ai même pas envie d’être cynique, c’est dire). Les parties roman et enquête s’enchevêtrent avec clarté, nous entendons les voix de Laurence (la fille), Michel (le père), Suzanne (la mère) dans des extraits  d’enregistrements d’interview, évoqués dans l’enquête d’Isabelle Monnin (nous réentendrons également ces voix dans les chansons de l’enveloppe). Nous voyons des photos qui ne figuraient pas au centre du livre. Je me suis demandé si la personne qui venait uniquement pour Alex Beaupain et qui ne savait rien de ce projet pouvait apprécier à sa juste valeur les chansons et l’aventure que nous racontent Isabelle Monnin et Alex Beaupain. La nonchalante Clara Luciani à la voix étonnante et une Clotilde Hesme très assurée et heureuse regardaient avec tendresse les photos apparaître  derrière elles (Ah ! la joie de retrouver cette dernière en duo sur « Les mots bleus » de Christophe avec Alex Beaupain : le temps des Chansons d’Amour revient à nos souvenirs), tandis que Françoise Fabian restait concentrée sur son texte mais affichait une écoute passionnante à observer.

On entend encore mieux les chansons, entrecoupées de lectures d’extraits du livre qui synthétisent forcément la trame du livre.

J’aime à penser qu’on a été le témoin d’un moment qui ne se reproduira peut-être pas. Un témoin privilégié. En attendant des images qui bougent sur grand écran…

 

vu à la Philharmonie de Paris (Salle de musique – ancienne Cité de la Musique) le jeudi 5 octobre 2017.

Prix de la place : 26,50€ (cat 1 – abonnement)

 

Les gens dans l’enveloppe

d’après le livre de Isabelle Monnin

Direction artistique, chant, piano : Alex Beaupain

Chant : Françoise Fabian – Clotilde Hesme – Clara Luciani, Violoncelle : Valentine Duteil – Guitare : Victor Paimblanc – Basse : Jean-Baptiste Julien – Batterie : Florent Savigny – Violons : Mirabelle Gillis – Youri Bessières – Alto : Julien Gaben

 

(une autre histoire)

Mon grand-père maternel est mort. Ma grand-mère maternelle est morte. Mon grand-père paternel est mort. Ma grand-mère paternelle est morte. Mon père est mort. Ma mère est morte. Ils étaient tous deux enfants uniques. Je suis enfant unique. Je ne suis pas mariée, je n’ai pas d’enfants. Je n’ai pas quarante ans et je suis seule. J’ai reçu en héritage une maison de campagne beaucoup trop grande pour moi. Je n’ai jamais aimé entretenir le jardin. Le garage est cafi, comme on dit en provençal, d’outils dont je ne sais pas me servir. Je n’ai pas commandé de mazout pour l’hiver. J’aime lire dans le jardin et faire craquer sous mes pas les feuilles mortes, caresser le chat qui s’est incrusté chez moi et que j’appelle « Le chat », observer le bal des gendarmes (les insectes, je précise, sinon je suis plutôt bal des pompiers). Amélie Poulain, sors de ce corps !

Dans la famille, on aimait prendre des photos. Numérique aujourd’hui, j’ai encore en état de marche le polaroïd offert par mon grand-père maternel et l’appareil que j’ai eu à ma communion solennelle. Quelque part il doit y avoir l’appareil à photo carrée. Comment ça s’appelle déjà ?

Dans un placard, une caisse entière d’albums photos plus une boîte. Je l’ouvre. Noir et blanc les photos. À la campagne, dans le village. Derrière une photo, une inscription : Moi. Je regarde son visage : le mien. Ça veut dire quoi ? 1901. Je me vois, moi. J’ai bien pensé qu’une de mes aïeules pouvait me ressembler, mais je ressens ce visage comme… On dirait que… Elle m’envoie un message. Je suis toi, rejoins-moi. Je ne comprends pas. Je ferme les yeux et je suis en 1901, c’est aussi simple que cela. Je me vois, comme sur la photo, je me souris, je ne suis plus seule.

(à suivre ?)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

Un cheval entre dans un bar

(quand on ne lit pas la bible)

Transposition sur scène de la série d’animation « Bojack Horseman » dont la saison 4 est disponible sur Netflix depuis le 8 septembre 2017.

 

(de quoi ça parle exactement)

Sur la scène d’un club miteux, dans la petite ville côtière de Netanya en Israël, le comique Dovalé G. distille ses plaisanteries salaces, interpelle le public, s’en fait le complice pour le martyriser l’instant d’après. Dans le fond de la salle, un homme qu’il a convié à son one man show (ils se sont connus à l’école), le juge Avishaï Lazar, écoute avec répugnance le délire verbal de l’humoriste. Mais peu à peu le discours et la soirée dérapent, sous les yeux des spectateurs médusés. Car ce soir-là Dovalé met à nu la déchirure de son existence. La scène devient alors le théâtre de la vraie vie. (site du Théâtre de la Colline)

 

« Un cheval entre dans un bar », (Editions du Seuil, 2015, traduction Nicolas Weill), Lauréat du The Man Booker Prize 2017.

Enregistrement en public de l’adaptation radiophonique du roman pour France Culture.

Réalisation et adaptation : Blandine Masson

Avec Jérôme Kircher, Wajdi Mouawad, Mathilde Mennetrier, les acteurs du groupe 43 de l’école du TNS, Johanna Nizard et Stan Valette

Musique originale : Sylvain Cartigny, Joseph Dahan, Colin Russeil et interprétée par Sylvain Cartigny, Joseph Dahan, Mathieu Bauer – Bruiteuse : Sophie Bissantz

Équipe Technique Radio France : Benjamin Perru, Pierre Henry, Tanguy Lecorno – Assistante à la réalisation Clémence Gross – Conseiller littéraire Guillaume Poix

 

(ceci n’est pas une critique)

Parfois il y a des gens qui lisent, le texte posé sur une table, un micro et un verre d’eau à portée de main. Tu fermes les yeux et tu es emporté. Cela n’aurait pu être que de la radio, la lecture concert de ce soir étant destinée à l’enregistrement d’une des fictions radiophoniques diffusées avec succès sur France Culture (mes hommages à Blandine Masson). Ce soir, nous avons vu un Jérôme Kircher enfiévré, un Wajdi Mouawad concerné, des musiciens, dont l’incomparable directeur du Nouveau Théâtre de Montreuil Mathieu Bauer à la batterie, survoltés… Alors oui, nous avons toujours le droit de fermer les yeux, mais nous manquerions beaucoup. Nous aurons bien assez l’occasion d’écouter dans le noir la voix de Jérôme Kircher lors de la diffusion de cette lecture du roman de David Grossman. Une lecture qui donne envie à notre tour de lire à haute voix la prose de cet auteur israélien inconnu de mes yeux, même si j’ai déjà offert un de ses livres, car j’aime offrir des livres que j’aimerais lire.

Vu (et entendu) le samedi 9 septembre 2017 à 20h30 au Théâtre de la Colline (Paris 20e)

Prix de la place : J’ai répondu présent à l’invitation de ma mère qui a l’âge de ma soeur.

(diffusion sur France Culture le 5 octobre de 21h à 23h)

 

(une autre histoire)

De chez moi à La Colline.

Je descends mes six étages, croise pour la troisième fois de la journée la gardienne de l’immeuble, mets mes écouteurs dans les oreilles, écoute la nouvelle compilation des Inrocks (vivement le concert de Girls in Hawaii en novembre), vois le tram passer mais ne cours pas. J’attends onze minutes le suivant qui finalement arrive, bondé. Je soupire. Je composte mon ticket, compte les arrêts. J’arrive à la station Porte des Lilas, consulte l’appli Vélib et constate qu’il n’y a aucune bicyclette disponible. Je soupire. Je me souviens que le ticket composté dans le tramway n’est pas valable dans le métro. Je marche. Je soupire. J’aime bien la ligne 3bis pourtant. Une autre fois. Je tourne la tête en direction de la piscine des Tourelles (Georges Vallerey pour les intimes). Je me dis qu’il faudrait que je nage. Je soupire. Je reconnais le quartier. J’y ai vécu sept ans. Je regrette de ne pas être repassé chez le marchand de journaux depuis mon départ pour mon quartier de maintenant, il y a cinq ans. Je le lui avais promis. Encore une promesse non tenue.

Je me souviens. Le jour de mes trente ans, je lui avais dit que ça me faisait bizarre parce que j’avais trente ans et que mon père avait trente ans quand il était devenu mon père. Le marchand de journaux homosexuel me regarde (cette précision a son importance) et me dit : « De toute façon, par rapport à ça, avoir trente ans, ça n’a pas vraiment d’importance pour les gens comme nous. » Je le regarde. Il me regarde. Je le regarde. « Ah, pardon, tu n’es pas… Je l’aurais parié. », ajoute-t-il. « Ben non », réponds-je. Je sors avec mon journal sous la main. Je repense à ce qu’il m’a dit avant de partir : « C’est que tu parais être quelqu’un de doux, avec une certaine sensibilité. » Oui et oui. Et ?

J’écris ces mots et je pense à elle. Ce quartier, je l’avais choisi à mon arrivée à Paris. Je savais qu’elle vivait là. Ou plutôt que ses parents habitaient ce quartier-là. Je l’ai croisée. Puis re-croisée. Puis. J’hésite à lui envoyer le message. Bref. Une autre fois.

Ce restaurant a changé de nom. Ici je louais mes dvd. Là il n’y avait pas ce trou béant. Tiens la boucherie chevaline existe toujours. Le boulanger fait toujours la gueule. J’attends que le bonhomme passe au vert. Il devient vert, mais il ne s’énerve pas. Je traverse tout en évitant la voiture qui ne s’arrête pas. Je deviens vert mais ne tape pas. J’augmente le volume sonore malgré l’avertissement de mon cellulaire qui a peur pour mes oreilles. Des klaxons des klaxons des klaxons. Ceux des mariages, passent encore, mais je ne supporte plus ceux des gens pressés. Je soupire. Ça picote. Heureusement je suis bientôt arrivé. Je vais m’asseoir et me calmer. Penser à autre chose. Enfin je crois. Je ne sais plus de quoi je voulais parler. De mon trajet, de mon ancien quartier, de ce qu’il y a dans ma tête, de… hein ?

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Photo : Christophe Raynaud de Lage (Festival d’Avignon 2017)