Saga

(quand on ne lit pas la note d’intention)

Adaptation théâtrale du roman de Tonino Benacquista, narrant les affres de la création de scénaristes d’un feuilleton télé à la « Plus Belle la Vie ».

(une autre histoire)

C’est sa main gauche ou sa main droite ? Je ne sais plus. Jonathan porte ses ongles longs. Les cinq. Pas seulement le pouce, ce qui aurait pu lui servir s’il avait oublié son médiator pour jouer de la guitare au bord de la rivière et de sa voix enchanteresse charmer tous les garçons et les filles de son âge qui passaient par là. Pas seulement l’auriculaire ou l’ongle, parait-il, qui servirait à sniffer de la cocaïne. C’est ce qu’on m’a dit. Je ne touche pas à ça. Je n’ai jamais sniffé quoi que ce soit sur la lunette des toilettes de la Flèche d’Or ou d’ailleurs, d’ailleurs. La drogue, je dis non. J’ai vu Trainspotting, je sais ce que ça fait, l’héroïne. Et je sais comment a terminé le fils de Nick Cave (je ne pensais pas parler de lui, mais j’écoute en ce moment même « In my arms »). Pis, je ne sais même pas rouler des joints, alors bon. Jonathan (oui, je l’appelle Jonathan, même si je ne le connais pas personnellement) a cinq ongles longs, comme ma mère ou une de mes ex quand elle ne se ronge pas les ongles. Longtemps je me rongeais les ongles des pieds. J’étais très souple, dans le temps. Du genre à mettre mon pied derrière la tête. Cela dit, je n’ai jamais essayé l’auto-fellation. Déjà parce que… voilà… mais aussi parce que je me souviens d’une scène dans le film de Kevin Smith « Clerks » où les personnages principaux devaient se rendre aux obsèques d’un gars qui avait tenté la contorsion de la mort et qui s’était cassé le cou, net. Je suis quelqu’un de peureux. Même si j’ai fait le Togo et que j’ai failli passer (légère propension à l’exagération). Maintenant j’utilise un vrai coupe-ongles (je retombe sur mes pieds de hobbit), légué par feu mon grand-père. Même mes ongles de mes mains petites, je ne les ronge plus. Ou une fois toutes les quinzaines. Tout dépend de qui je dois voir ou rencontrer ou fréquenter… Une fois, je me les ai suis rongées jusqu’au sang. Mais ça, c’est une autre histoire…

 

Saga

Conception et mise en scène : Jonathan Capdevielle

Texte : Jonathan Capdevielle, avec la participation de Sylvie Capdevielle et Jonathan Drillet

Interprétation : Jonathan Capdevielle, Marika Dreistadt, Jonathan Drillet, Franck Saurel

Conseiller artistique – Assistant à la mise en scène : Jonathan Drillet – Conception et réalisation scénographique : Nadia Lauro – Assistant à la scénographie : Romain Guillet – Lumières : Patrick Riou – Régie générale et plateau, bruitages live : Jérôme Masson – Régie son : Vanessa Court – Réalisation costume animal : Daniel Cendron – Réalisation costume traditionnel : Cécilia Delestre – Images : Sophie Laly, Jonathan Capdevielle – Enfant : Kyliann Capdevielle – Regard extérieur : Gisèle Vienne, Virginie Hammel – Traduction en occitan : Joseph Fourcade

 

(de quoi ça parle en vrai)

Second volet d’une autobiographie théâtrale entamée avec Adishatz/Adieu (2009), Saga est un voyage au pays de l’enfance. À la fois acteur, observateur et auteur d’une tragicomédie familiale, Jonathan Capdevielle orchestre une symphonie de mots et de phrases, fait se télescoper les souvenirs et les situations rocambolesques, pour raconter en direct cette période à la fois euphorique et sombre qu’a été son enfance. Avec cette autofiction, c’est également le portrait d’un territoire qui se dessine sous nos yeux – celui des Pyrénées, d’un milieu rural avec ses personnalités, son langage et sa culture, sa manière de vivre et de ressentir. (site de Nanterre – Amandiers)

(pas une critique)

Cette fois-ci, Jonathan Capdevielle n’est pas seul, même s’il parle toujours de lui, autofiction, quand tu nous tiens. Tour à tour fascinant, émouvant, dérangeant, drôle. Des qualificatifs qu’on peut lui donner pour chacune de ses pièces, même « Jerk » de Gisèle Vienne (bon… peut-être pas émouvant). J’aime les artistes qui ne s’épargnent pas.

vu au théâtre de Nanterre – Amandiers le samedi 25 février 2017.

Prix de la place : 10€ (tarif carte abonnés)

crédit photo : Estelle Hanania

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

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6 am (how to disappear completely)

(quand on ne lit pas la note d’intention)

Jodie Foster avait déclaré, il y a une quinzaine d’années, qu’après les romans ou les bandes dessinées, viendrait le temps où nous verrions des chansons adaptées en films (elle n’avait pas vu arriver les parcs d’attractions). Le théâtre l’a prise au mot avec cette adaptation de la chanson de Radiohead, qui figure dans l’album « Kid A ».

(dans ma tête)

Il ne me viendrait pas à l’idée de disparaître à six heures du matin. Même si c’est une heure plutôt inattendue. Le temps qu’on se rende compte de notre disparition, nous aurions eu tout le loisir de nous éloigner sans être rattrapé.

Me réfugier dans une cabane dans la forêt avec pour seuls compagnons des livres. Ou disparaitre sans laisser de traces. Pas forcément dans une contrée lointaine et inconnue et/ou exempte de tout moyen de communication. Me perdre dans une ville étrangère pourrait faire l’affaire. Ne plus en rendre compte sur les réseaux sociaux, ne plus s’y obliger. Ne plus laisser de traces. On aurait le droit de réserver une chambre d’hôtel sans montrer patte blanche (son passeport), autant dire mission quasi impossible en ces temps troublés. Dormir dans une cabane, mais pas dans la forêt, en bord de mer. Se lever à six heures du matin pour regarder le soleil se lever. Se lever en même temps que le soleil. Il faut se mettre d’accord. Même quand il fait froid. En doudoune, le mug qui réchauffe les mains. La plage, comme un désert. Pas besoin de musique. Pas même de Radiohead. Le vent, les vagues. Ne plus penser à ailleurs, à l’autre, à soi. Comment disparaître complètement ? Comment s’oublier ? C’est déjà un bon début. Ou marcher. Bonjour je m’appelle Anne Heaunime.

Tout le monde y pense, mais personne ne le fait. Y aurait-il assez de place sur notre Terre pour que nous disparaissions tous ? Je ne veux pas dire mourir, mais ne plus être à l’endroit qui nous appartient. Il y aurait les marcheurs, les alpinistes, les navigateurs, les maître-boussoles… Un grand jeu de cache-cache planétaire, mais il n’y aurait rien à gagner. Et surtout personne ne se chercherait.

(pas une critique)

Ma voisine ou mon voisin, je dois avouer que je n’ai aucun souvenir de la personne qui était assise à côté de moi, j’étais en bout de rang, c’est certain, a dû me voir disparaître complètement mais progressivement, alors qu’il n’était pas encore six heures du matin. N’y voyez aucune attaque sur le soporifisme (ce mot existe-t-il ?) présumé du spectacle, par ailleurs parsemé d’images fortes, de ce que j’ai pu constater. Mais la fin de la semaine fut rude. Et je n’étais pas en condition physique (ok je n’étais pas seul chez moi hier soir, beaucoup d’émotions il y a eu et j’éprouve des difficultés à dormir accompagné). Toujours dormir huit heures avant d’aller voir un spectacle tu devras.

6 am (how to disappear completely)

conception et mise en scène BlitzTheatreGroup

avec Aris Armaganidis, Michalis Kimonas, Katerina Mavrogeorgi, Yannis Nikolaidis, Angeliki Papoulia, Christos Passalis, Yorgos Valais

au Nouveau théâtre de Montreuil.

le 24 février 2017

 

crédit photo : Elina Giounanli

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

 

blitz | « 6 a.m. How to disappear completely », στη Στέγη from SGT | OCC on Vimeo.

Emiliana Torrini & The Colorist

(quand on ne lit pas la note d’intention)

Un show capillo-musical.

(une autre histoire)

C’est Catherine, la serveuse du Bonnet d’Âne, qui a choisi la musique du jour : une compilation du label Tigersushi, « No GDM ». Elle m’écrit le nom sur un papier que j’ai toujours aimanté sur ma porte d’entrée, douze ans plus tard. Pour faire le beau, je lui dis : « Je vais l’acheter immédiatement. Tu peux-tu garder mon plat au chaud ? » Je cours, je descends la rue St Jean jusqu’à un des nombreux disquaires , aujourd’hui disparu, qui se trouve dans cette rue-là, en entresol. Mais il est fermé, c’est sa pause. Je remonte sur l’avenue Cartier, au magasin de disques « Sillons » (aujourd’hui fermé, mais peut-être a-t-il rouvert depuis le retour du vinyle). Je trouve la compilation mais m’arrête pour écouter la chanson qui est en train de passer. Elle me plait. J’imagine le ou la disquaire qui a choisi ce disque en pensant au film « High Fidelity » et en particulier à la scène dans laquelle Rob Gordon (interprété par John Cusack) passe « Dry the rain » du Beta Band en pariant qu’il va en vendre au moins cinq copies. Je demande à la disquaire qui chante : « Emiliana Torrini – Fisherman’s woman ». Je l’achète. Elle est contente. Je ne me souviens plus de son visage, avait-elle un nom ? Je ne la remercierai jamais assez de m’avoir fait découvrir cette artiste malicieuse. Sa musique m’a accompagné durant le reste de mon périple : le train à Rivière du Loup, tout seul dans la gare à 2h du matin, la Gaspésie, la plage tout seul, les tibias brûlés par le soleil, les castors, Pierre qui n’avait pas vu les phoques et encore moins fucké, la rencontre d’un ami de 12 ans (je veux dire, ça fait douze ans qu’on se connait maintenant, je précise, hein ?) …

(en revenant au Bonnet d’Âne, ma poutine est encore chaude, Catherine me demande où je suis passé, je lui demande si elle peut passer le disque que je vien d’acheter, elle accepte, me sourit et…)

 

Emiliana Torrini & The Colorist

(1e partie : Albin de la Simone)

 

(ça parle de quoi en vrai)

C’est l’histoire d’une chanteuse qui s’ennuyait sur scène et qui est sortie de sa routine grâce à un collectif de musiciens belges qui s’est attelé à la réorchestration des chansons de l’Islandaise.

(pas une critique)

C’est dans une salle à moitié pleine qu’Emiliana Torrini se produit cette année. Le balcon n’accueille aucun spectateur, la configuration est en places assises. On pourrait penser que la Cigale aurait été un écrin plus approprié pour l’Islandaise, mais pour l’avoir déjà vue en ce lieu (le Bataclan), on peut penser que le choix de cette salle de spectacles est plus symbolique qu’autre chose, aux vues des événements du 13 novembre 2015. Elle fera d’ailleurs une allusion au milieu du concert, envoyant ses bonnes ondes à ceux qui sont partis.

C’est une Emiliana Torrini enceinte jusqu’aux yeux qui apparait, en forme dans tous les sens du terme. Moi aussi je n’étais pas revenu ici depuis les événements du 13 novembre 2015. J’ai les larmes aux yeux. Mais bizarrement, passé ce moment, on oublie où on est, restent la musique, des musiciens hors pair, une interprète qui ne ménage pas sa peine (elle accouchera deux mois plus tard). Je suis entre le Québec, l’Islande et Paris. Tout ce que j’aime.

 

vu le 22 février 2017 au Bataclan (Paris)

prix de la place : 3,5€ (weclap)

crédit photo : Axel Ito

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

 

Voyage dans les mémoires d’un fou

(quand on ne lit pas la note d’intention)

C’est l’histoire d’un fou qui a plusieurs mémoires et qui voyage. Non. C’est l’histoire d’un voyage mental qui tourne mal. Mais est-ce qu’un schizophrène peut être considéré comme fou ? Nous n’avons qu’une mémoire, si je ne m’abuse. Ou alors parlons-nous de la mémoire de longue distance et de celle de courte durée ? Peut-être pas les bons termes. Je ne m’en souviens plus.

(une autre histoire)

Je consigne tout. Pour me souvenir. Pas confiance en ma mémoire. Peut-être ne la fais-je pas suffisamment travailler ? (si jamais j’ai déjà écrit cela, faites-le moi savoir, parce que même ça, je ne me souviens plus : légère tendance à la récapépète). Quoi qu’il en soit, de toute façon, on ne peut pas se souvenir de tout. Alors j’écris. J’écris comment et quand on s’est rencontré, ce qu’elle portait ce jour-là (des bottes noires et un soutif violet, j’ai entraperçu la bretelle), ce que nous avons bu (du thé). C’était un dimanche. Notre deuxième rendez-vous. C’était un mercredi. Ce que nous avons mangé. Toutes les sorties (cette pièce, c’était un samedi). Tous les restos. Tous les menus. Pour ne pas y revenir quand nous ne serons plus ensemble. Pour ne plus penser à elle. Parce qu’un jour ou l’autre, nous ne serons plus ensemble. C’est écrit, non ? Alors je le promets ici, je n’irai plus à la Rotonde, au Sonart, à la Fourmi, au Barbès, au Bataclan, je ne foulerai plus la place de la République, à l’Archipel, à la Comédie Française, aux Bouffes du Nord, dans ce fast food pas loin de chez ses parents, à la fondation Gulbenkian, dans sa rue, dans la mienne, dans le métro, à Paris, au Portugal. Je ne mangerai plus de crêpes. Mince. J’aime ça les crêpes. Est-ce que les pancakes sont considérés comme des crêpes ? J’espère qu’on sera toujours ensemble. Je ne pourrai pas me passer des crêpes. Pour ne plus penser à elle, je n’embrasserai plus personne. Et encore moins avec la langue. Finis les petits seins, les cheveux au carré, les chats roux qui restent sur le lit quand on baise. J’arrêterai la baise, l’amour, le coït, appelez ça comme vous voulez. J’arrêterai de respirer pour ne plus sentir le même air qu’elle. J’arrêterai d’écrire. Parce que même sans air, je peux quand même écrire. Je ne procrastine plus. J’arrête maintenant. Ça sera ça en moins à faire plus tard, quand il sera trop tard.

 

Voyage dans les mémoires d’un fou

Écriture, mise en scène et interprétation : Lionel Cécilio

Musique : Lucien Pesnot – Lumières : Johanna Dilolo – Décors : Jérôme Tomray – Costumes : Flavie Silvestre

 

(pas une critique)

Cette critique a été écrite environ six mois après avoir vu la pièce. Je m’en souviens bien, d’une part, car j’y suis allé accompagné et pas de n’importe qui et tout ce qui se rapporte à ce n’importe qui, je l’ai consigné pour un autre projet d’écriture et d’autre part… Je n’ai pas d’autre part. Je ne sais pas si c’est une bonne nouvelle de se souvenir d’un spectacle qu’on n’a pas aimé plus que ça. Les arguments que j’avais énoncés à cette fameuse n’importe qui après la représentation sont pourtant encore frais dans ma tête et les voici.

On sent l’honnêteté de ce touche-à-tout. Je voudrais d’ailleurs m’excuser auprès de lui, je zappais quand je tombais sur lui les matins d’insomnie. Je préférais somnoler à la vue des jeunes femmes qui me lisaient plus ou moins bien des oeuvres tombées dans le domaine public, dans l’émission « Voyage au bout de la nuit » (Céline a dû, à de multiples reprises, se retourner dans ses cendres). Mais j’ai eu l’impression de voir une bande demo en direct live, comme on disait à l’époque de mon époque. Nous voyons un Lionel Cécilio jongleur, danseur, passant de la comédie au drame, y a des personnages interprétés comme dans un one-man show, des moments plus profonds et franchement bien écrits, même si la diction au delà du parfait abusait des liaisons parfois « maltapropos ». Je n’ai pas été ému par le parcours du personnage, par le destin tragique qui l’attend (une maladie incurable). On ne sait plus trop de quoi ça parle, ça va dans tous les sens, on s’y perd. Mais je ne doute pas de l’honnêteté du travail. Je me répète, mais ça je l’ai déjà dit que j’avais une légère tendance à me répéter.

vu à l’Archipel Cinéma Théâtre, le samedi 18 février 2017 (prix de la place : 3,5€ – weclap)

crédit photo : Céline Pilati

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

No Man’s Louise (2)

(quand on ne lit pas la note d’intention)

De l’accordéon ? Mais c’est de la musette ! On n’est pas dans une boîte de jazz, là ? Je ne sais pas danser de toute façon. A part le slow. Si elles jouent « Still living you » au violoncelle et à l’accordéon, je viens ! En plus, je suis tout seul. Ce soir, je vais conclure.

 

No Man’s Louise

Caroline Guibeaud : chant et accordéon –  Dilan Roche : violoncelle

Paroles et musiques : Caroline Guibeaud – Arrangements Caroline Guibeaud & Dilan Roche

 

(de quoi ça parle en vrai)

Chausser des bottes de sept-lieues, devant la folie des Hommes, de ceux qui ne croquent plus la pomme -surtout dans la rue Paradis. Écouter la beauté des ondes, des veilleurs de ponts et des sourdes frondes enfouis dans le bleu endormi. Raconter les frênes trop frêles, les cœurs étouffés sous le satin, la violence des miroirs quotidiens. S’asseoir enfin à l’ombre des mémoires pour chanter l’attente, le manque et l’absence, qui sont peut-être déjà, les premiers signes du printemps. (site No Man’s Louise)

 

(ceci n’est pas une critique…)

… Mais la première fois, on écoute, on se laisse emporter par la musique, la qualité de l’interprétation, on passe un peu à côté de la richesse des paroles, qu’on perçoit, en se disant que la deuxième fois, on sera plus apte à les recevoir. Et donc, la deuxième fois… De la chanson française, de la chanson à textes qui n’a pas oublié de mettre des notes qui vont bien ensemble.

vu au Jam (Marseille) le vendredi 10 février 2017

Prix de la place : 10€ (3€ d’adhésion au Jam)

Prochainement, le 22 Septembre 2017 à la Comédie Nation, Apéro concerts, Paris.

 

(une autre histoire)

On me demande où aller pour boire un verre, faire la fête, écouter de la musique, manger un morceau pour pas cher. Je réponds que je n’en sais rien. « Mais tu as vécu vingt-cinq ans ici ! Tu reviens régulièrement ! » C’est ce qu’on me rétorque. Oui, mais non. Oui, j’ai vécu ici de ma naissance à ma montée à la capitale, du 16 décembre 1978 au 13 septembre 2004. Mais je ne sortais pas. Je vivais loin du centre, les seuls endroits que je connaissais étaient la Maison Hantée dans la rue Vian (je n’y suis jamais retourné) et un pub sur le boulevard Chave. Pis (c’est dur de s’enlever des tics d’écriture, piqués à droite et à Québec), mes parents n’habitent plus là. Je suis obligé de demander aux locaux où manger, où boire, où écouter de la musique. Mais là, y avait pas le Dan Racing ? C’est autre chose maintenant. Et ici le Duplex ou le Loft, je ne sais plus ? C’est le Jam (à la place du Lounge). L’autre soir, j’étais sur la Rue de Rome. Tu m’aurais kidnappé et mis au milieu de cette rue sans me dire où j’étais, j’aurais été incapable de reconnaître. Je suis un touriste dans ma ville. La preuve : la seule fois où je me suis fait agresser et fracturer la voiture, c’était ici. Quand je me balade à Paris, que je croise des gens louches, des gens qui parlent trop fort, je n’ai pas peur. Quand je crois le même genre de personnes à Marseille, je me pose des questions.

(une autre autre histoire)

C’est l’histoire d’un gars qui fait sept cents kilomètres pour assister un concert. Non, c’est pas vrai. C’est une coïncidence. Je viens de Marseille, c’est pour ça. Je suis en vacances chez des amis, tout s’explique. La Plaine, le Cours Julien, c’est là où je trainais quand j’étais jeune. Je me suis fait même agresser dans la rue Bussy l’Indien en 2010, c’est dire à quel point j’aime ce quartier. L’occasion fait le larron, vous faisiez un concert ici, j’étais là, j’avais apprécié votre concert à Paris à la Vieille Grille. C’est drôle, non ? De se revoir là ! Attention, j’ai tout fait pour venir accompagné. Mais vraiment. Mais l’ami marseillais avait un autre concert, d’autres amis étaient ailleurs, je ne sais plus où. Faut dire qu’avec le temps, les amis made in Marseille se comptent sur les doigts d’une main. Mais je suis content de moi, je suis quand même venu. Fut un temps, je n’aurais pas fait le chemin tout seul. Je suis un gars timide. Arriver tout seul dans un endroit, où on connait personne. Attendre sans trop regarder son smartphone. Siroter sa bière. (boire trop rapidement, j’avoue). Je ne suis pas votre fan number one ! J’en connais une, en revanche…

 

Textes (sauf mention contraire) et photo (floue) : Axel Ito