Kafka sur le Rivage (Murakami / Ninagawa / Colline)

(quand on ne lit pas la bible)

Kafka sur le rivage ? Après Einstein on the beach, la suite, en attendant Churchill sur une île ?

(de quoi ça parle en vrai)

« Kafka sur le rivage est un roman d’apprentissage qui s’inscrit dans la littérature universelle. Haruki Murakami nous conte les pérégrinations de Kafka Tamura, un adolescent de quinze ans sur les routes du Japon en quête de sa mère et les errances de Nakata, vieil homme simple d’esprit à la recherche de chats égarés. Quand leurs chemins vont se croiser, peut-être qu’alors chacun découvrira sa propre vérité. Dans ce récit initiatique, les chats confèrent, les poissons tombent du ciel, les prostituées vénèrent Hegel et les rêves prennent vie. » (source : ici)

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© Takahiro Watanabe – HoriPro Inc

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Première fois que je vois du théâtre japonais. (ma mémoire défaille peut-être à nouveau, je me suis souvenu à son décès que j’avais vu Bruno Ganz sur scène dans « Le Retour » mis en scène par Luc Bondy). Pas de théâtre Nô (je suis casse-cou mais pas trop), je n’ai lu qu’une nouvelle de Murakami. Mais y avait le nom Kafka dans le titre… Découverte x 1000.

A la manière du Wuppertal Tanztheater, la troupe du Ninagawa Production Company continue à présenter cette pièce malgré le décès de son metteur en scène, Yukio Ninagawa. Et bien leur en prend. Il est d’ailleurs très émouvant de les voir tous réunis pour les saluts, autour du portrait de Ninagawa. Parce qu’ils sont très nombreux, acteurs et régisseurs plateau. « Kafka sur le rivage » est un grand spectacle.

(c’est la dernière ce soir et c’est complet, donc je vais me permettre de divulgâcher quelque peu)

On y croise des (grands) chats qui parlent (Miyazaki style), Johnnie Walker et Colonel Sanders, un personnage en fuite (mais peut-on réellement fuir ?), des féministes très caricaturales (hystériques aux cheveux courts… vraiment ?), un soupçon d’Oedipe, une prostituée qui cite Bergson (coup de coeur pour l’apparition Kate Doi)… C’est foisonnant, le récit est un mille-feuilles.

La troupe est au diapason, tout comme la machinerie autour. On assiste durant les trois heures de représentation au déplacement presque gracieux de grandes cases aux parois transparentes. Ces dernières permettent de nous emmener de la forêt à une gare routière en un rien de temps. (là où ça aurait pu être ennuyeux et redondant).

Pourtant la pièce m’a quelque peu perdu en deuxième partie, la faute notamment à mon esprit qui divague. La musique est très présente, notamment celle de Sigur Ros. Au cas où on ne comprenne pas, y a de l’onirisme.

Mais quoi qu’il en soit ce « Kafka sur le rivage » est un ravissement.

 

KAFKA SUR LE RIVAGE

d’après Haruki Murakami

mise en scène Yukio Ninagawa

avec Leo Bartner, Kate Doi, Nino Furuhata, Yoko Haneda, Fumiaki Hori, Hayato Kakizawa, Katsumi Kiba, Haruka Kinami, Kenichi Okamoto, Masafumi Senoo, Masato Shinkawa, Erika Shumoto, Tsutomu Takahashi, Soko Takigawa, Shinobu Terajima, Takamori Teuchi, Masakatsu Toriyama, Yukio Tsukamoto, Mame Yamada

adaptation Frank Galati – scénographie Tsukasa Nakagoshi – création lumières Motoi Hattori – costumes Ayako Maeda – création son Katsuji Takahashi, Hideyuki Kano – coiffures et maquillage Yoko Kawamura – musique originale Umitaro Abe – 1er assistant à la mise en scène Sonsho Inoue – 2e assistant à la mise en scène Naoko Okouchi – régisseur général Toru Hirai – directeur technique Kiyotaka Kobayashi – directeur de production Yuichiro Kanai

Jusqu’au 23 février 2019 à la Colline, Paris

(une autre histoire)

A côté de moi, une dame. D’un certain âge. On se salue. Elle veut parler. Elle cherche le contact. En parlant de la fumée dans la salle : « Oh, ils veulent déjà nous mettre en condition ! ». Je souris. Elle me demande : « Mais, ils ont refait la salle, non ? » Je réponds : « Euh… Je ne sais pas… Enfin… Je crois qu’ils ont changé les fauteuils cet été, je veux l’été dernier. » Notre voisine du rang de devant, hautaine, se retourne : « Ça fait bien plus longtemps ! » Moi qui m’étonne : « Les sièges ? » La voisine sûre d’elle : « Oh oui, deux ou trois ans. » Elle se retourne. Même si elle a réussi à me mettre le doute, je me persuade que je ne peux me tromper. La dame : « Le temps passe vite… »

Le spectacle démarre. Sur scène et à côté de moi. La dame est une enfant. Elle réagit à tout ce qu’elle voit, à tout ce qu’elle entend. Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu un visage aussi expressif. Et ses mains aussi. Elle se cache quand le tonnerre retentit sur scène, elle sourit, elle rit, fait signe de la main

A la fin du spectacle, elle s’impatiente, veut applaudir mais n’ose pas. Elle lance un premier clap mais qui n’est pas encore repris. La musique de Sigur Ros est encore bien forte.

(Je me souviens, quand on a présenté ma pièce, à la fin de celle-ci, une musique monte, fondu au noir. Le régisseur voulait tout de suite remettre les lumières pour les saluts : « Non, on garde le noir jusqu’à la fin de la musique, j’a tout calculé, ça se termine et là tu remets la lumière. Tant pis si les gens veulent applaudir avant »)

Applaudissements, à tout rompre. Elle me regarde. Je n’applaudis pas. J’attends que les artistes reviennent sur scène. Je la devine rassurée en voyant mes mains s’entrechoquer vivement.

 

vu le mardi 19 février 2019 à la Colline, Paris

prix de ma place : 13€ (carte Colline)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

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