Sylvia (Fabrice Murgia / An Pierlé / Théâtre National Wallonie Bruxelles)

(de quoi ça parle en vrai)

Figure de proue d’un féminisme plus poétique qu’engagé, Sylvia Plath se débattra toute sa vie entre son désir de répondre aux injonctions du rêve américain des années 50 et 60 (épouse et mère parfaite) et son besoin irrépressible d’écrire. (…) Pour se pencher sur cette voix féminine, Fabrice Murgia a conçu un spectacle tournoyant qui donne à voir la richesse et le conflit intérieur de la poétesse américaine. Sur scène, neuf comédiennes incarnent Sylvia à différents moments clés de sa vie. (…) …Un portrait sensible, encore enrichi par la sublime mélancolie des compositions musicales de l’auteure-compositrice belge An Pierlé. (source : ici)

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Crédits photos : Hubert Amiel

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Cela commence comme n’importe quel spectacle belge : les comédiennes sont sur scène, nous regardent nous installer. Avec elles, les technicien.ne.s, qui paraissent décontracté.e.s. Les musiciens sont déjà en place, musique d’ambiance. An Pierlé est à son piano.

On est tout de suite saisi par la dimension du dispositif, impressionnant. Plateaux qui bougent, musique omniprésente, caméras qui tournoient, comédiennes interchangeables dans le rôle de Sylvia Plath. J’ai envie d’être vulgaire : ils ont même une « putain » de grue pour filmer ! Parce qu’il y a aussi un grand écran qui diffuse en direct les images tournées. Un rendu assez exceptionnel, grâce à Juliette Van Dormael et le metteur en scène Fabrice Murgia (qui n’est autre que le directeur du Théâtre National Wallonie-Bruxelles).

Les comédiennes parlent en anglais. Elles sont francophones ou néerlandophones, mais elles parlent en anglais. Pourquoi ? On n’entend même pas les vrais mots de Sylvia Plath car les droits ont été bloqués par la descendance de la poétesse.

Musique, surtitres, images, ballet des décors, comédiennes méritantes mais dont aucune ne me fait dire : « Waouh », surabondance d’informations. Les scènes sont trop brèves pour réellement nous émouvoir. Un moment, si : à jardin, les actrices sont en loges, elles se changent, plaisantent… à cour la neuvième comédienne est seule, assise sur une chaise. La solitude de Sylvia Plath. Une pause.

Sylvia Plath est devenue un symbole du « génie féminin écrasé par une société dominée par les hommes ». Charge mentale, soumission, elle est (presque) toujours passée après la carrière de son mari, lui aussi poète. Son mari est interprété par un comédien, soit-disant choisi dans le public – je n’ai pas bien compris l’intérêt, hormis celui de rendre anonyme la personne qui a mis sous cloche le talent de son épouse. Le figurant arborera dans ses scènes muettes un masque, le visage de Ted Hughes. Ce dernier aurait détruit une partie du journal intime de Sylvia Plath dans lequel elle décrivait leur vie commune.

Le spectacle a le mérite de mettre en lumière la vie de cette poétesse, de rendre compte de toutes ces femmes qui ont dû mettre en sourdine leur talent (on peut voir aussi le film de Céline Sciamma « Portrait de la jeune fille en feu » avec l’admirable Adèle Haenel, dans un sujet similaire). Il a le mérite de se donner les moyens de ses ambitions. On en prend plein la vue. Cela dit, je suis surpris de  ne voir personne crédité pour l’écriture du spectacle. Il faudra qu’on m’explique. Quant à la musique, jazz, et la voix d’An Pierlé , elles pourraient se suffire à elles-mêmes.

Malgré mes quelques bémols, « Sylvia » donne envie d’en savoir plus sur cette poétesse, de lire ces mots et ce n’est déjà pas si mal.

 

SYLVIA

Mise en scène Fabrice Murgia

Direction photo Juliette Van Dormael

Voix et piano An Pierlé

Avec Valérie Bauchau, Clara Bonnet, Solène Cizeron, Vanessa Compagnucci, Vinora Epp, Léone François, Magali Pinglaut, Ariane Rousseau, Scarlet Tummers Avec la participation de Alfredo Cañavate

Clarinette basse, sax, guitare et percussions Koen Gisen – Clavier et ordinateurs Hendrik Lasure – Percussions Casper Van de Velde

Assistant caméra Takeiki Flon – Assistante à la mise en scène Justine Lequette – Stagiaire assistante à la mise en scène Shana Lellouch – Création vidéo et lumière et direction technique Artara / Giacinto Caponio – Assistant création vidéo et régie Dimitri Petrovic – Costumes Marie-Hélène Balau – Scénographie Rudy Sabounghi – Assistant scénographie Julien Soulier – Décoratrice Aurélie Borremans – Assistante décoratrice Valérie Perin – Stagiaires décoration Léa Pelletier, Sophie Hazebrouck – Documentation et aide à la dramaturgie Cécile Michel

En tournée à Orléans, Le Mans, Namur, Saint-Etienne…

 

(une autre histoire)

Dans les théâtres, c’est parfois placement libre. Ce n’est pas le cas ici. J’ai choisi nos places. Deuxième rang, 1 et 3. Au centre. C. me demande si je veux échanger nos places. Je lui dis : « Regarde, je suis au centre, on ne peut pas faire mieux. Regarde, la scène, le trait, c’est le milieu du plateau. Je suis pile au milieu. »

Dans les théâtres, c’est parfois pair d’un côté, impair de l’autre. Nous c’est impair. Ce qui est bien, c’est qu’on est au bout des sièges impairs. On n’aura pas à se lever.

Des spectateurs nous demandent de nous lever, parce qu’ils ont une place impaire mais qu’ils sont passés par la porte paire. Des instituteurs n’ont pas fait leur boulot. Tous des feignasses, ces instits !

Un spectateur nous fonce dessus, il veut passer. Mais il a la place 2. Il n’ a pas compris le principe du placement pair/impair. Il s’assoit à côté de moi. Il s’accapare notre accoudoir commun. Une bataille de plus que je perds. Pendant le spectacle, il montre du doigt tel musicien, telle comédienne. Son amie soupire. Le spectateur est nerveux. Il bouge sa jambe, comme l’oncle Pierrot quand il attendait son verre de Ricard. Tout le rang tremble de concert avec lui. Toute la rangée le regarde. Il arrête. Lors des derniers instants de la pièce, il passe un bras autour de son amie, pose ses lèvres sur sa joue. Une fois, deux fois. Elle dit : « Arrête ». Il n’arrête pas. Elle dit : « Arrête ». Il n’arrête pas. Elle se lève et dit : « Je suis Sylvia ! »

 

Vu le samedi 9 novembre 2019 au Théâtre National Wallonie Bruxelles, Bruxelles

Prix de ma place : 30€ (cat.1)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Les Bonnes (Robyn Orlin / Jean Genet / Théâtre de la Bastille)

(de quoi ça parle en vrai)

« La metteuse en scène et chorégraphe Robyn Orlin s’empare de l’une des plus célèbres pièces de Jean Genet, Les Bonnes, dans laquelle deux sœurs domestiques tentent d’empoisonner leur maîtresse, tout en multipliant entre elles de délirants jeux de rôles pervers. Faisant écho à un fait divers qui défraya la chronique dans la France des années 30, la pièce soulève la question du conflit de classe, offre une satire de la bourgeoisie, une réflexion sur le travestissement, et apparaît comme une parodie de la tragédie classique. Mêlant chorégraphie, théâtre et cinéma, Robyn Orlin fait dialoguer le jeu au plateau avec la projection en arrière-scène du film que Christopher Miles adapta de la pièce en 1975. » (source : ici)

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© Robyn Orlin

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Le genre de pièces où tu te dis : Oui ! Et en fait… Non…

Nous sommes d’abord séduits par le dispositif : une caméra fixe filme les comédiens sur scène et leur image est ensuite incrustée dans le film de Christopher Miles, aujourd’hui oublié. L’image est loin d’être parfaite et c’est totalement assumé. Nous sommes loin de la perfection d’un spectacle de Julien Gosselin, pour citer le premier exemple qui me vient en tête. Nous sommes ébahis ensuite par l’application des comédiens qui respectent les marques sur scène pour être totalement raccord avec le décor fictif (celui du film) dans lequel ils évoluent. Et c’est à peu près tout. Là on attendait que le procédé évolue, il s’enlise.

L’oeil est immanquablement attiré par l’image alors que les comédiens évoluent devant nous. Une fois qu’on a compris le principe, on s’attarde alors sur le jeu des acteurs et c’est là où le bât blesse également. J’entends le choix de Robyn Orlin d’employer des acteurs noirs pour jouer ces Bonnes qui veulent empoisonner leur maîtresse blanche. Mais pourquoi donc avoir choisi des hommes si c’est pour les faire jouer de manière excessive et outrée des femmes ? De plus, lors de la générale à laquelle j’ai assisté, la diction était loin d’être parfaite et notre attention n’a cessé de s’éparpiller. Et je ne parlerai pas du gimmick de faire jouer les acteurs également dans le public. A quoi bon ?

Une déception de la part de la chorégraphe sud-africaine qui s’essayait pour la première fois à la création intégrale d’une pièce de théâtre, elle qui m’avait tant étonné avec « And so you see… our honourable blue sky and ever enduring sun… can only be consumed slice by slice… »

 

LES BONNES

Un projet de Robyn Orlin

Avec Andréas Goupil, Arnold Mensah, Maxime Tshibangu

 D’après le texte de Jean Genet

Création lumières Laïs Foulc – Création costumes Birgit Neppl – Création vidéo Eric Perroys – Création musique Arnaud Sallé – Régisseur général Fabrice Ollivier

Jusqu’au 15 novembre 2019 au Théâtre de la Bastille avec le Festival d’Automne à Paris, puis à Toulouse, Rouen, Tremblay-en-France et Tours.

 

(une autre histoire)

Dimanche soir… Pas l’après-midi… Mais dimanche soir. Il pleut. Demain c’est la rentrée. Après le spectacle, quelqu’un propose d’aller boire un verre. On refuse. Demain c’est la rentrée. Il faut être en forme pour la rentrée. On ne peut décemment pas boire un verre, peut-être deux, se coucher trop tard un dimanche soir. On a passé ces deux dernières semaines à se reposer pour être en forme le jour j. Ce n’est pas pour annihiler tous ces efforts. Il y a quinze ans, je l’aurais bu ce verre. J’aurais même pu faire une nuit blanche et enchainer avec le boulot. Mais ça, c’était avant. Je pense à mon programme de la semaine. Je pleure. Je pense à mardi, parce que mardi sera le soir où je serai chez moi au calme, au chaud, à ne rien faire. Parce que les autres soirs, je serai toujours par monts et par vaux. Il me tarde mardi. Mardi soir. Ne rien faire.

 

Vu le dimanche 3 novembre 2019 (générale) au Théâtre de la Bastille, Paris

Prix de ma place : invitation

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Le Projet Georges (Edith Proust / Laure Grisinger / Le Lavoir Moderne Parisien)

(de quoi ça parle en vrai)

« Pour éviter le doute Georges a des théories. Elle se pose des questions plus grandes qu’elle. Oui mais le très grand est aussi tout petit, et inversement. Par où commencer ? Comment ne pas se perdre ? Georges a fui les Hommes, ou peut-être pas. Georges suit à la trace le flot de sa pensée. Comme elle ne s’arrête jamais, Georges non plus. Alors elle marche. Elle marche et ça l’entraine jusqu’à. Georges n’est pas seule, elle traine derrière elle Joseph. Joseph c’est son arbre, deux mètres de haut, sur roulettes. Ensemble ils cherchent l’endroit. L’endroit où Joseph pourra s’enraciner. (source : ici)

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Crédits photos : DR

 

(ceci n’est pas absolument pas une critique excessivement dithyrambique que j’ai réécrite vingt-sept fois, mais…)

Je ne suis pas arrivé par hasard au Lavoir Moderne Parisien. Je savais. Je savais qu’Edith Proust y serait présente. Parce qu’Edith Proust, dès son apparition sur la scène du Théâtre du Train Bleu à Avignon l’été dernier dans la pièce d’Elsa Granat « Le Massacre du Printemps » m’a bouleversé, fasciné… C’est à cause d’elle (et également la présence d’Elsa Granat) que j’ai vu « Data Mossoul » de Joséphine Serre à la Colline le mois dernier (la pièce s’est avérée décevante mais Edith Proust s’y révélait à nouveau intense et toujours prompte à jouer.)

Aujourd’hui, Edith Proust est seule sur scène. Elle porte à bout de bras ce « Projet Georges » depuis cinq ans et avec le compagnonnage de Laure Grisinger à l’écriture et à la mise en scène (complice également de la grande réussite du « Massacre du Printemps »… tout est lié…) le hisse au firmament.

Pour certain.e.s, il s’agira d’une révélation, pour d’autres comme moi une confirmation.

Il est rare d’être emporté par un personnage dès les premiers instants d’un spectacle. Edith Proust y est méconnaissable : bonnet vissé sur la tête, cheveux en plastique qui ressortent, maquillage clownesque. Car oui, il s’agit d’un spectacle de clown comme on n’en voit pas souvent et c’est bien dommage. Mais cela va au-delà du spectacle de clown. Lors de ces pérégrinations poético-philosophiques « dedans la tête » de Georges, on s’étonnera de vouloir le/la prendre dans ses bras, de la/le revoir dès que possible, tellement ce personnage nous aura émus. Sa voix, son regard, sa gestuelle, sa démarche, ses mots… « J’adore » ! J’ai eu la chance de m’installer au premier rang et observer le moindre écarquillement d’yeux, les lèvres qui frémissent.

Pis Georges n’est pas tout seul. Joseph est là. Joseph est un arbre dont elle s’occupe. Son compagnon. Elle lui parle, Georges. De la vie, de l’infiniment petit et de l’infiniment grand, de la solitude, du Monde. La performance physique d’Edith Proust n’est pas la seule chose à retenir. Il y a aussi des mots, un propos qui fait sens et qu’on aurait eu envie de noter si on n’avait pas eu peur de rater une seule miette.

Edith Proust. Septième fois que je cite son nom. Car quand vous entendrez parler d’elle. vous saurez.

 

LE PROJET GEORGES

Autrices Edith Proust et Laure Grisinger

Mise en scène Laure Grisinger et Edith Proust

Avec Edith Proust

Présenté par la Compagnie L’usine à Lièges

Les jeudi et vendredi 14 février 2020 au Théâtre de la Tempête (Paris) à 18h, entrée libre sur réservation par courriel : marine.lecoutour.pro@gmail.com

 

(d’autres histoires)

M. et moi, on n’a peur de rien. On s’assoit au premier rang. Au milieu. Pendant le spectacle, Georges parle des yeux de M., puis la comédienne me regarde. Droit dans les yeux. Plus tard, elle évoquera mon sweat bordeaux mais cette fois-ci, elle me dit que je suis plutôt grand. Je ne réponds pas. On ne sait jamais s’il faut répondre ou pas en pareille situation. Elle répète à nouveau que je suis plutôt grand. Je tente d’exprimer un « Soit » avec mes sourcils, mes yeux et ma bouche simultanément. Mais que si on regarde du ciel, de très très haut, je suis tout petit. Insignifiant. Un grain de sable. C’est ce qu’elle me dit. Je pars de la salle, la tête dans les épaules, les bras ballants, appelez-moi Charlie Brown.

**********

Joseph n’est plus. Joseph c’est l’arbre un peu sec de Georges. Hier soir, c’était la dernière représentation. Il est au bout de sa vie, Georges. Fini la vie de star, les paillettes, l’eau gratis en spray. Ashes to Ashes. Direct à la poubelle. On demande à la comédienne : « Edith, tu dis au revoir à Georges ? – Au revoir, Georges ! »

**********

Après la représentation, M. et moi attendons Edith. Je suis toujours mal à l’aise. Je sais que je vais sourire, que je vais bredouiller trois mots. Elle arrive, nous embrasse, nous discutons quelques minutes, elle part et me touche le bras.

MOI : Elle m’a touché le bras ! Elle m’a touché le bras !

M. : Et elle t’a même touché la joue avec sa joue…

MOI : Elle m’a touché la joue ! Elle m’a touché la joue !

M. : Fais gaffe, si jamais tu racontes ça dans une de tes autres histoires, j’en connais une qui va être jalouse…

MOI (après un temps de réflexion) : T’as raison, je ne vais peut-être pas l’écrire et encore moins la publier.

**********

Et je me gêne moi-même quand je pense qu’Edith Proust lira ces quelques lignes…

 

Vu le dimanche 20 octobre 2019 au Lavoir Moderne Parisien (Paris)

Prix de ma place : invitation

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Please Please Please (La Ribot / Mathilde Monnier / Tiago Rodrigues / Centre Pompidou / Festival d’Automne)

(de quoi ça parle en vrai)

Dans Please Please Please, sa dernière création en date de 2019, La Ribot s’allie à nouveau à la chorégraphe Mathilde Monnier (…) et pour la première fois au metteur en scène portugais Tiago Rodrigues. Ils signent ensemble un pacte dérégulé par lequel tous trois s’engagent à préserver ce que la danse a de plus indomptable. Comme une contre-proposition au contrat social, l’accord déjoue les normes du spectacle pour laisser s’exprimer des corps rendus à leur seul désir, incluant le public à son insu. La pièce s’interroge sur ce que l’institution (de l’école au centre d’art) peut faire au corps en déclinant des figures de marginalité, présentées comme autant de façons de contourner la norme. Please Please Please mutualise, selon leurs propres termes, la danse du beau et celle de l’exécrable dans une performance polymorphe qui prend le sauvage pour prisme de lecture. Au cours de cette négociation, les clauses du spectacle se redéfinissent sans cesse. Placé en situation d’autonomie, chacun éprouve alors seul son corps, au risque assumé du ridicule, de l’incertitude et du dysfonctionnement. (source : ici)

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Crédits photos : Grégory Batardon – DR

(ceci n’est toujours pas une critique, mais…)

Je ne connaissais pas La Ribot, je n’avais jamais vu Mathilde Monnier sur scène mais avant ce soir, j’avais déjà assisté à huit spectacles écrits par Tiago Rodrigues (1). Les plus fidèles d’entre vous savent combien je suis attaché au travail de l’artiste portugais (2). Depuis que j’ai démarré cet espace qui ne se veut pas critique, il y a deux ans et demi, je souffre de deux syndromes : Celui de l’Imposteur (Qui suis-je pour donner mon avis ?) et celui du Fan (Puis-je parler d’un spectacle alors que je connais (plus ou moins) en personne l’artiste et qu’en plus j’apprécie son travail ?). Je prenais toujours des pincettes, annonçait la couleur mais me voilà libéré : Je n’ai pas aimé « Please Please Please » !

Sur scène, une masse non identifiée qui mesure la largeur de la grande scène du Centre Pompidou. Certains diront un Monstre type du Loch Ness qui sera finalement deshabillé à la fin du spectacle, d’autres un tube digestif… une longue et interminable bouse ? Mathilde Monnier et La Ribot entrent sur scène et amorcent une danse infinie, jusqu’à la fin de la première partie. Elles dansent. Elles parlent. Je m’endors. Les deux artistes laissent alors parler leurs corps. Je lutte contre le sommeil. Je parviens à le vaincre. Puis une mère, un bébé se parlent. En espagnol non sur-titré, en français.

Perplexité sera le maître-mot de cette soirée. Je suis en train de voir quoi. J’aurais pu me raccrocher à la poésie des mots de Tiago Rodrigues, mais ses saillies ne m’atteignent pas. Elles sont, de manière incompréhensible pour moi, fades et sans intérêt. Je ne suis, non plus, pas touché par le parcours de Mathilde Monnier et La Ribot.

Je ne chercherai pas à en dire plus, je ne ferai que confirmer le premier syndrome cité.

(1) : By Heart (3), Bovary (2), Sopro (2), The Way She Dies (2), Tristesse et joie dans la vie des girafes, Ça ne se passe jamais comme prévu, Je t’ai vu pour la première fois au Théâtre de la Bastille (2), Antoine et Cléopâtre (2)

(2) : J’avais participé en 2016 à l’Occupation Bastille qu’il avait dirigée.

 

PLEASE PLEASE PLEASE

Un spectacle de La Ribot, Mathilde Monnier, Tiago Rodrigues

Avec Mathilde Monnier, La Ribot

Traduction, Thomas Resendes – Musique, Béla Bartók (extraits) – Lumières, Eric Wurtz – Scénographie, Annie Tolleter – Réalisation scénographie, Christian Frappereau, Mathilde Monier  – Costumes, La Ribot, Mathilde Monnier

Costumes, Marion Schmid, Letizia Compitiello – Création musique et régie son, Nicolas Houssin – Direction technique et régie lumière, Marie Prédour – Régie plateau, Guillaume Defontaine

En tournée en 2020 à Strasbourg, Nantes et Angers

 

(d’autres histoires)

Si j’étais venu au Centre Pompidou sans avoir lu la note d’intention du spectacle, sans connaître les noms des gens ayant commis ce spectacle, j’aurais pu penser qu’il s’agissait d’un hommage à cette chanson interprétée par James Brown. En voyant cette vidéo, je repense à la performance du groupe The National qui, sur invitation de l’artiste Ragnar Kjartansson, a interprété pendant six heures, soit 99 fois, le morceau « A lot of sorrow », et ce, de manière ininterrompue. As-tu déjà écouté 99 fois d’affilée une chanson ?

**********

Entre deux micro-siestes, je repense à tout ce que je dois faire durant les prochains jours : le ménage, remplacer l’ampoule de ma lampe de chevet, la lessive, remplir le frigo, relancer C. qui doit me faire un retour sur la soixante-dix-huitième version de ma pièce (et éventuellement lui proposer de la mettre en scène), dormir, courir, ne pas tousser, répondre à des questions sur la frustration, trouver un logement pour mon Noël québécois, aller pour la dernière fois chez mon coiffeur marseillais bientôt à la retraite, sortir du placard la couette, transpirer en mettant la housse de la couette, lire le dernier Fabcaro et cette pièce québécoise qu’A. m’a envoyée le mois dernier, écouter les nouveaux disques de Pierre Lapointe et Patrick Watson, écrire… toujours.

 

Vu le vendredi 18 octobre 2019 au Centre Pompidou dans le cadre du Festival d’Automne à Paris

Prix de ma place : 14€ (abonnement Festival d’Automne)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Le Mariage (Timeau de Keyser / Théâtre de la Bastille)

(de quoi ça parle en vrai)

« Timeau De Keyser et le collectif Tibaldus livrent une adaptation féroce du Mariage. Dans cette pièce de Witold Gombrowicz, Henri, soldat polonais envoyé en France pendant la Seconde Guerre mondiale, bascule dans un rêve où, par la force poétique du langage, s’invente un royaume dont il devient le roi tyrannique. Entre le grotesque et la folie, les situations glissent et les personnages changent sans cesse de visages, entraînés dans un ballet dont les mouvements distordent le pouvoir et les interactions sociales. Pour épouser cette débordante rêverie, Timeau De Keyser construit un théâtre à la géométrie brute et ludique, traversé de polyphonies flamandes, révélant ainsi l’écriture musicale de Gombrowicz. » (source : ici)

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© Pieter Dumoul

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je pense que je pourrais copier coller l’introduction d’une de mes critiques précédentes : Le spectacle avait tout pour me plaire et pourtant…

Timeau de Keyser et le collectif Tibaldus ont la jeunesse pour eux, un certain enthousiasme, un dispositif proche de celui du tg STAN (tous les comédiens sur scène (en jeu ou en regard), une scénographie dépouillée, une décontraction apparente, l’envie certaine de jouer – dans tous les sens du terme -…) Ce qui ne m’a pas empêché d’être déçu, voire lassé. Il y a des moments poétiques (les chants particulièrement harmonieux), des trouvailles jubilatoires (le pouvoir suprême de l’index), des gimmicks qui fonctionnent (chaque personnage se voit identifié par son prénom chanté). Pourtant je me suis ennuyé, alors que les comédiens étaient justes, : la faute à certaines longueurs et à une machine qui tournait à vide. Cela manquait de maturité et le dispositif « Je suis en représentation même si tout laisse croire que je suis en répétition (comédiens en jogging, je me lève quand c’est bientôt mon tour de jouer, mais avant ça je bois à la gourde et je mange un morceau de banane…) » a atteint ses limites.

On reste à l’extérieur.

 

LE MARIAGE

Spectacle de Timeau De Keyser, Collectif Tibaldus

D’après Witold Gombrowicz (Traduction Paul Beers) De et avec Simon De Winne, Hans Mortelmans, Ferre Marnef, Lieselotte De Keyzer, Katrien Valckenaers, Hendrik Van Doorn, Sander De Winne et Lieven Gouwy

Régie Marie Vandecasteel

(ce spectacle était présenté dans le cadre du temps fort  P.U.L.S. Initié en 2017 par Guy Cassiers et le Toneelhuis — le Théâtre de la Ville d’Anvers — P.U.L.S. est d’abord un dispositif artistique qui favorise l’accompagnement et l’accès aux grands plateaux pour de très jeunes artistes. Ce spectacle sera en tournée prochainement aux Pays-Bas et en Belgique)

 

(une autre histoire)

Attention ce que je vais conter dans les prochaines lignes est purement auto-congratulationnel. Mais ça fait du bien parfois.

Dans la file d’attente, je rejoins une camarade de jeu qui me présente sa fille d’une vingtaine d’années.

MA CAMARADE (à sa fille) : Tu le reconnais ? Tu te souviens de lui sur scène ?

SA FILLE (après un moment de réfléxion) : L’an passé, c’est toi qui parlais de ta prof d’anglais ?

Notez qu’elle se souvenait de moi dans l’avant-dernier spectacle dans lequel je jouais un texte que j’avais écrit et pas le dernier où j’interprétais « seulement » Henrik, le personnage principal de « Après la répétition » d’Ingmar Bergman.

*****

Au Café de l’Industrie, après la représentation, mon alter ego théâtral et moi croisons deux de ses amies. Ces dernières me reconnaissent : « Mais c’est toi qui avait mis en scène E. dans ta pièce ! »

Voilà voilà… J’ai bien dormi après ça.

 

Vu le samedi 12 octobre 2019 à 20h30 au Théâtre de la Bastille (Paris)

Prix de ma place : 13€ par mois (Pass Bastille)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

New Skin (Hannah De Meyer / Théâtre de la Bastille)

(de quoi ça parle en vrai)

« À l’orée de la représentation, Hannah De Meyer entame une chanson pour faire sienne l’indignation d’auteurs et autrices féministes, écologistes et décolonialistes. Pour autant, New Skin procède moins par citations que par perturbations : Hannah De Meyer cherche à éprouver la manière dont les récits alternatifs de Judith Butler, Achille Mbembe et Donna Haraway peuvent habiter son corps. Sa présence est à la fois poreuse et insécable, comme un éclat de roche brillante et hypnotique. Les visions s’enchâssent, pleines de colère et de tendresse, cheminant jusqu’à la caverne d’une divinité féminine originelle. L’espace scénique se fait alors organique, telle une cellule qui se dilate et se rétracte, contenue dans le corps de l’artiste puis s’élargissant pour envelopper le public. » (source : ici)

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© Hannah De Meyer

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Ce samedi 12 octobre, j’ai vu trois spectacles d’affilée. Paris s’est donné pour moi des airs de Festival d’Avignon. Mal m’en a pris puisque j’ai dérogé à ma règle de ralentir et à la fin de la soirée, j’avais la certitude suivante : aucun des trois spectacles ne m’avait véritablement enthousiasmé. Je voyais les qualités, mais certains défauts venaient entacher cette envie de partager, de recommander tel ou tel spectacle.

Vingt-quatre heures plus tard, malgré un texte (dit en français) que je n’ai saisi que par fulgurances (les moments sur la conception et la naissance, par exemple), c’est ce spectacle-là qui me reste en mémoire : New Skin.

Parce que Hannah De Meyer présente un spectacle original et hypnotique. Je me souviens avoir dit au camarade que j’ai rejoint un peu plus tard dans la soirée pour « Le Mariage » (prochainement dans ces mêmes colonnes) : « Je crois qu’elle l’aurait fait en flamand non sur-titré ou avec des grommelos, j’aurais presque plus apprécié. » Il faudrait peut-être voir cette création deux fois, pour appréhender ce travail corporel (proche de la danse) et sonore assez incroyable dans un premier temps, puis comprendre ce qui est dit.

Hannah de Meyer est un corps. Elle dit des mots, on la sent vivre ses mots, elle se meut dans l’espace, change de rythme, ses gestes calculés pourraient en fait presque se passer de mots (même si ce sont ces mots qui déclenchent tout, c’est contradictoire, je sais). Mais pas de sons (je veux dire, on ne pourrait pas s’en passer)

Ce que l’artiste fait avec ses moyens (un micro, les hauts-parleurs du théâtre) m’ont rappelé le chef d’oeuvre de Simon McBurney « The Encounter » dans lequel le dramaturge anglais nous emportait en Amazonie à l’aide d’un système phonique de haute volée (nous étions munis d’un casque audio, nous n’entendions que la voix de McBurney et les différents bruitages qu’il lançait, en « mode 3D »).

Une belle découverte que cette Hannah De Meyer (même si, la prochaine fois, il faudra que je lise la note d’intention pour apprécier pleinement son travail).

 

NEW SKIN

Spectacle de Hannah De Meyer

Texte et interprétation Hannah De Meyer

Regard extérieur Jesse Vandamme – Son Niels Van Heertum et Frederik Leroux – Lumière Peter Missotten

Jusqu’au 16 octobre 2019 au Théâtre de la Bastille (Paris) et le 7 mars 2020 au Quartz (Brest)

(ce spectacle est présenté dans le cadre du temps fort  P.U.L.S. Initié en 2017 par Guy Cassiers et le Toneelhuis — le Théâtre de la Ville d’Anvers — P.U.L.S. est d’abord un dispositif artistique qui favorise l’accompagnement et l’accès aux grands plateaux pour de très jeunes artistes)

 

(une autre histoire)

Salle du haut du théâtre de la Bastille,

Je m’assois en bout de rang. Je suis le premier arrivé dans la salle. Je m’assois en bout de rang, parce qu’après New Skin, je dois descendre dans la salle du bas pour ma troisième pièce de la journée, le Mariage, récupérer au vol mon alter-ego théâtral qui ne me ressemble en rien (trop longue histoire) et tenter de ne pas s’asseoir sur un strapontin.

J’espère que la pièce n’aura pas de retard. J’espère que la pièce ne sera pas trop bonne, parce que si la pièce est trop bonne, ça va applaudir à n’en plus finir et je n’oserai jamais me lever alors que les autres spectateurs applaudissent l’artiste. Pis, l’artiste, elle me verra si je me lève avant tous les autres. Elle pensera que je me lève parce que j’ai adoré son travail, mais comme je descendrai les marches, elle pensera que je n’ai pas aimé, donc je me ferai remarquer en partant tout en continuant à applaudir, ce qui est le comble du ridicule, parce que si ça te plait, tu restes à ta place, point. Deux saluts… trois saluts… Trois saluts, c’est correct. Quatre, ça commence à faire… Si je m’arrête d’applaudir, peut-être lancerai-je le mouvement ? Peut-être que ne suis-je pas le seul dans ce cas-là ? D’autres spectateurs, comme moi, doivent être invités au Mariage d’après Gombrovicz ? Où êtes-vous ? On fait comment ? Si j’étais dans Star Trek, je me téléporterais directement, sans gêner qui que ce soit. « Beam me up, Jean-Marie ! » (c’est le prénom du directeur du théâtre, je préfère préciser)

Un jour, j’aurai ma place réservée au théâtre de la Bastille, ô oui, un jour j’aurai un fauteuil à mon nom !

 

Vu le samedi 12 octobre à 19h30 au Théâtre de la Bastille (Paris)

Prix de ma place : 13€ / mois (Pass Bastille)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

L’Assemblée des Rêves (Duncan Evennou / Les Plateaux Sauvages)

(de quoi ça parle en vrai)

« Un quatuor donne corps à un corpus de rêves recueilli par un collectif d’artistes, de scientifiques et de citoyen·ne·s à Nanterre pendant l’élection présidentielle française de 2017 et mis en texte par Lancelot Hamelin. Les acteur·trice·s du spectacle transmettent la parole des habitant·e·s dans toute leur sensibilité. Différentes conceptions du rêve s’y entrechoquent pour laisser apercevoir l’inframonde d’une ville. En quoi le rêve nous renseigne-t-il sur un territoire et le traduit ? Cette archive onirique permet-elle ainsi de rendre visible l’invisible ? » (source : ici)

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© Pauline Le Goff

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Les quatre comédiens sont autour d’une table, comme pour l’enregistrement d’une émission de radio. La table est jonchée de petits papiers, la même dimension que les reçus qu’on nous donne au supermarché. Au centre, une machine qui imprime les dits reçus. Sur ces bouts de papier, les retranscriptions des témoignages.

Ce dispositif est passionnant. Il pourrait être renouvelable à l’infini. Les comédiens lisent (plus ou moins) ces pépites. Ce qui est intéressant, c’est d’entendre comment la parole est reproduite, quels mots sont choisis, quel est le débit, les hésitations, le mécanisme de la pensée, les interrogations des personnes interrogées sur la démarche. Le rêve en lui-même n’est pas forcément le plus captivant, même si certains sont savoureux.

L’interprétation des comédiens aide à la compréhension, notamment celle de Manuel Vallade, drôle et investi. J’émettrai une réserve concernant Isabelle Angotti qui ne m’a pas paru au diaposon de ses petits camarades, restant trop souvent le nez dans ses fiches et n’offrant pas un jeu suffisamment varié. Ce déséquilibre m’a quelque peu empêché d’être totalement enthousiaste. La représentation aurait également pu être plus resserrée, à mon sens (cela aurait peut-être permis à ma voisine de ne pas piquer du nez… petit bonhomme qui fait un clin d’oeil).

Parfois nos rêves n’ont pas de fin, comme cette critique.

 

L’ASSEMBLÉE DES RÊVES

Texte Lancelot Hamelin
Mise en scène Duncan Evennou
Design de recherche Benoît Verjat – Scénographie Patrick Laffont de Lojo et Benoît Verjat – Création sonore Maya Boquet – Création lumière Patrick Laffont de Lojo

Avec Isabelle Angotti, Maxime Lévêque et en alternance Thierry Raynaud, Olivia Ross, Anne Steffens et Manuel Vallade, avec la voix de Maya Boquet

Jusqu’au 18 octobre 2019 aux Plateaux Sauvages (Paris)

 

(d’autres histoires)

Aux Plateaux Sauvages, c’est toi qui choisis le prix de ton billet : 5 / 10 / 15 / 20 / 30€. Mazette, combien vais-je payer ? J’ai un emploi, je gagne suffisamment ma vie pour ne pas mourir de faim et me loger décemment dans Paris. Je ne peux pas sortir un billet de 5, on pensera que je suis radin. Déjà que je suis du genre à compter mes sous… Je ne vais pas sortir ma carte bleue pour mettre 30 balles pour un spectacle d’un théâtre subventionné, faudrait pas pousser Mémé dans les orties ! Non, je vais mettre 10€. Je suis du genre à avoir un fichier Excel dans lequel je note mes dépenses. Je compte le nombre de spectacles que je vois, je fais une moyenne… 11€ En moyenne, je paye 11€ par spectacle. Invitations, abonnements compris. J’en vois une centaine dans l’année. Tu peux faire le compte. J’arrondis à 10€, je donnerai 1€ de pourboire à la serveuse ce soir, ça compensera.

*****

C’est moi qui ai lancé les applaudissements, c’est moi qui ai lancé les applaudissmeents !!!

*****

Rêve de cette nuit : J’ai rêvé de mon ex… Parce qu’avant la pièce, je suis allé voir « Chambre 212 » de Christophe Honoré, tout seul. Et que le précédent film du réalisateur, je l’ai vu avec mon ex. Mais elle n’était pas mon ex à ce moment-là. C’était l’année dernière. Mais cette année, c’est mon ex. J’ai failli lui écrire pour lui dire où j’étais. Parce qu’il y a des artistes, des endroits, comme ça, qui te font repenser immanquablement à une personne. Mais je me suis retenu. Mon pouce droit a bien tenté de composer des mots sur mon téléphone, mais ma main gauche s’est saisi de l’appareil électronique et l’a jeté contre le mur. Ma main gauche est comme ça. Qu’est-ce que je ferais sans elle ? Du coup, j’ai rêvé d’elle cette nuit. Et ça m’énerve.

 

Vu le samedi 12 octobre 2019 à 17h aux Plateaux Sauvages (Paris)

Prix de ma place : 10€

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Stallone (Emmanuelle Bernheim / Fabien Gorgeart / CentQuatre / Festival d’Automne)

(de quoi ça parle en vrai)

« Lise, 25 ans, est une secrétaire médicale à l’existence paisible. Tout bascule après une séance de cinéma : le film Rocky 3 lui fait l’effet d’une véritable épiphanie. Suivant l’exemple de l’ancien champion de boxe qui rempile pour un dernier tour de ring, Lise se lance à corps perdu dans la reprise de ses études de médecine. » (source : ici)

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Crédit photo : Huma Rosentalski

(ceci n’est pas une critique, mais…)

A l’origine, un roman court d’Emmanuelle Bernheim, aujourd’hui disparue. Un titre : Stallone. Un acteur mythique aux films inoubliables : Rocky 1, Rocky 2, Rocky 3, Rocky 4, Rocky 5, Rocky Balboa, Rambo 1, Rambo 2, Rambo 3, John Rambo, Rambo (tellement tu écris ce nom, il ne veut plus rien dire)

Alors oui, le seul reproche que l’on pourrait faire sans avoir vu le spectacle serait le suivant : encore ce dispositif archi-rabattu : une comédienne au micro + un musicien (ici au clavier) + une adaptation d’une oeuvre littéraire. Et pourtant…

Pourtant l’histoire de Lise, racontée à la troisième personne par Clotilde Hesme, fonctionne à merveille, car ce récit d’une jeune femme qui prend sa vie en mains après avoir pris un uppercut en voyant Rocky 3 est tour à tour émouvant, dynamique, drôle, inspirant, émouvant (oui, je l’ai déjà dit). La mise en scène sobre de Fabien Gorgeart met en avant la simplicité des mots d’Emmanuelle Bernheim.

Scène d’introduction : Nous entendons la scène du combat ultime entre Rocky Balboa et Clubber Lang (joué par Mr T.). Clotilde Hesme et Pascal Sangla (qui l’accompagne sur scène musicalement et théâtralement) entrent sur scène et sont captivés par ce qu’ils « voient » (le film n’est pas projeté). La comédienne est au bord des larmes.

Cependant elle ne nous émouvra pas immédiatement. Elle parait même en dedans, presque grise. Dans le jeu et physiquement. Sans un seul effet spécial ni raccord, Clotilde Hesme, au fil de la pièce, va gagner en assurance, comme son personnage, se colorer. C’est bête à dire, mais il faut le voir pour le croire.

Il fallait un Pascal Sangla (déjà vu chez les Chiens de Navarre) malicieux et juste, quel que soient les personnages qu’il interprète (tous les autres personnages du roman en somme) pour lui tenir la dragée haute, ce qu’il réussit haut la main. De multiples variations du thème « Eye of the Tiger » du groupe Survivor retentissent tout au long du spectacle, tout va vite, on passe du rire aux larmes en un clin d’oeil. On s’étonne à vouloir rattraper « Daylight » après le résumé hilarant qu’en fait Lise, on aimerait que l’histoire se poursuive…

En résumé, un grand coup de coeur pour cette histoire et ces deux grands artistes !

 

STALLONE

conception : Fabien Gorgeart et Clotilde Hesme
mise en scène : Fabien Gorgeart
d’après Stallone d’Emmanuèle Bernheim (Gallimard)
avec : Clotilde Hesme et Pascal Sangla

création sonore et musique live : Pascal Sangla – lumières : Thomas Veyssière – assistanat à la mise en scène : Aurélie Barrin – collaboration artistique : Cyril Gomez-Mathieu

Jusqu’au 26 octobre 2019 au CentQuatre (Paris) dans le cadre du Festival d’Automne à Paris puis en tournée à Rennes, Tulle, Toulon.

 

(d’autres histoires)

Dans l’histoire, dans la pièce, Lise se passe en boucle la chanson du film : « Eye of the Tiger » du groupe Survivor. Le mois dernier, après l’achat panurgique d’une platine disque vinyle, j’ai récupéré d’anciens vinyles à moi, chez mes parents. J’ai évidemment laissé derrière moi ma pléthorique collection de disques à la gloire de Chantal Goya et Dorothée (je ne pensais pas en avoir autant) pour conserver la substantifique moelle de mon passé vinylistique. S’en vient le moment de faire quelques confidences concernant ces fameuses chansons des années quatre-vingts :

  • Thriller de Michael Jackson m’a seulement effrayé à la toute fin de son clip, quand le King of Pop se retourne dévoilant le rire sardonique de Vincent Price.
  • You can call me Al de Paul Simon : J’ai toujours été persuadé que Chevy Chase était Paul Simon.
  • Pile ou face de Corynne Charby : Je me souviens être allé chez le coiffeur, tout le monde pensait que je lisais un Astérix mais j’avais caché un Lui avec Corynne Charby toute nue…
  • Nuit de folie de Début de soirée : Je connais toujours les paroles par coeur. Oui, je sais…
  • J’ai deux 45t de David Hallyday… et « Hélène » aussi de Roch Voisine.
  • Je pense vraiment utiliser le 45t de Michel Leeb La Ponctuation pour agrémenter mes cours de grammaire… (j’attends que Laurent Lafitte le réactualise au Français)
  • A mon retour de classe verte, mes parents m’avaient offert le 45t de Samantha Fox « Touch me » mais je n’ai pas pensé à appeler la DDASS. (et on ne faisait pas encore d’anglais en école élémentaire)

 

Vu le mercredi 9 octobre 2019 au CentQuatre (Paris)

Prix de ma place : 14€ (abonnement Festival d’Automne)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Palace (Jean-Michel Ribes / Théâtre de Paris)

(de quoi ça parle en vrai)

« Retrouvez la série culte « Palace », adaptée par Jean-Michel Ribes et Jean-Marie Gourio au Théâtre de Paris. « Ni souvenirs, ni nostalgie, simplement l’envie de laisser s’échapper sur scène la folie, le rire et l’émotion de ce Palace qui ne m’a jamais quitté, tout comme ceux avec qui je l’ai inventé. » Jean-Michel Ribes. Une véritable percée de non-sens à l’audace joyeuse ! » (source : ici)

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Crédits photos : DR

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Il est des spectacles pour lesquels nous aimerions ne rien savoir avant que le rideau rouge ne s’ouvre. Parce que « Palace », je le vois venir depuis un an exactement, traînant derrière lui son lot de souvenirs télévisuels, du temps où je regardais des choses que je ne comprenais pas forcément (remarquez, ça m’arrive encore), les interrogations quant au bien-fondé de l’entreprise (mais pourquoi donc ressortir sous forme spectaculaire un série humoristique vieille d’une petite trentaine d’années ?)…

Faire revenir Palace d’entre les morts était donc une fausse bonne idée.

Cette série, qui compte désormais plus de morts que de vivants dans sa distribution, aurait dû rester dans son formol. Je parais méchant en disant cela car le résultat n’est pas catastrophique, mais son adaptation scénique, trente ans plus tard, était une mission impossible et surtout inutile.

Hormis pour faire jouer la corde nostalgique, monter « Palace » aujourd’hui n’a aucun sens. L’écriture et la mise en scène paraissent datées, les seules allusions à l’actualité récente (les migrants et le réchauffement climatique) arrivent comme deux cheveux sur la soupe (je défie le Directeur du Palace de nous expliquer ce que ça vient faire là, alors que tout est fait pour nous garder dans les années 80) et pire que tout, je n’ai pas eu envie d’être heureux à la sortie du théâtre, comme le désirerait Jean-Michel Ribes. (mais je suis un éternel grincheux, c’est peut-être pour ça… petit bonhomme qui fait un clin d’oeil)

Au fil du spectacle, on regarde sa montre, même si un groom nous donne régulièrement l’heure du palace (oui, parce qu’en fait, on vit une journée dans la vie d’un palace et ces 24 heures s’éternisent…) D’ailleurs la durée du spectacle (1h50 avec le final) est supérieure à la durée moyenne d’un épisode (1h30) (et ce n’est pas la faute aux changements de décors, qui, pour le coup, sont assez efficaces, hop un bon point !)

Malgré tout, on peut saluer l’investissement des comédien.nes (ça fait tout de même bizarre de voir ici une Anne-Elodie Sorlin loin de ses compagnons des Chiens de Navarre), des chorégraphies bien exécutées par des danseur.ses mignon.nes tout plein.

Bon ça fait une semaine que j’ai le générique dans la tête et le spectacle m’a presque laissé de marbre, je fais comment maintenant ?

 

PALACE

D’après la série télévisée de Jean-Michel Ribes

Adaptation Jean-Marie Gourio & Jean-Michel Ribes

Mise en scène Jean-Michel Ribes

Comédiens et Danseurs Salim Bagayoko, Joséphine de Meaux, Salomé Dienis-Meulien, Mikaël Halimi, Magali Lange, Jocelyn Laurent, Philippe Magnan, Karina Marimon, Gwendal Marimoutou, Coline Omasson, Thibaut Orsoni, Simon Parmentier, Christian Pereira, Alexie Ribes, Rodolphe Sand, Emmanuelle Seguin, Anne-Elodie Sorlin, Alexandra Trovato, Eric Verdin, Philippe Vieux, Ben Akl, Armelle Gerbault 

Assistante mise en scène Virginie Ferrere – Musique Germinal Tenas – Arrangements Gilles Tinayre – Chorégraphie Stéphane Jarny – Décors Patrick Dutertre – Costumes Juliette Chanaud & Patrick Dutertre – Lumières Laurent Béal – Son Virgile Hilaire – Maquillage / Coiffure Maurine Baldassari

Au Théâtre de Paris pour une durée encore indéterminée…

 

(je pense tout haut)

 – La fille de Jean-Michel Ribes ne démérite pas sur scène, mais je suis toujours gêné par ce népotisme. Et dire que mon père n’a jamais voulu que je travaille aux Impôts durant mes étés estudantins…

– Je crois que je suis en train de tomber amoureux de la danseuse, celle qui… attends, je les confonds… celle avec le rouge à lèvres et les sourcils… La danseuse qui danse avec ses jambes et qui sourit…

– Quand ils passent la musique du générique de « Palace » à un volume sonore élevé à la fin de la représentation, c’est pour cacher le manque d’applaudissements ? C’est très contraignant, j’aimerais ne pas applaudir en rythme, mais je n’y arrive point.

– Je ne comprends pas, ils auraient pu introduire une pause publicitaire pendant un changement de décor et nous aurions tous repris en choeur : « C’est la MAAF ! »

– Je veux pas cafter mais Philippe Magnan ne connaissait pas les paroles de la chanson lors des saluts… Magnifique poisson !

– Est-ce qu’on parle des prix des places pour ce spectacle ? Si j’ai assisté au spectacle, c’est uniquement parce que j’ai bénéficié d’une offre promotionnelle grâce à la newsletter du théâtre du Rond Point (que dirige Jean-Michel Ribes). 73€ en carré or, 58€ la première catégorie, 28€ pour une place en visibilité réduite (avant la promo) !!! Alors oui, je sais, le spectacle vivant coûte cher… J’étais assis en fauteuil d’orchestre mais je n’avais pas suffisamment de place pour mes jambes (alors que je ne mesure qu’1m69 et demi) et ma visibilité fut également quelque peu réduite à cause du spectateur placé devant moi. J’ai même vu la Maire de Paris, placée deux rangs devant moi, se décaler de deux sièges pour mieux y voir… Nous sommes au Théâtre de Paris, donc c’est Anne Hidalgo qui est responsable de tout cela : Hidalgo démission !!!

 

Vu le mardi 24 septembre 2019 au Théâtre de Paris

Prix de ma place : 23€, cat.1 (promo newsletter Rond Point – au lieu de 58€)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Data Mossoul (Joséphine Serre / La Colline)

(de quoi ça parle en vrai)

« À la façon d’un kaléidoscope, Data Mossoul met en scène une ingénieure du web privée d’une partie de sa mémoire, un bibliothécaire collectant les écrits d’anonymes, une archéologue à Mossoul sauvant des tablettes d’argile millénaires des destructions de Daesh et le roi-scribe assyrien Assurbanipal. Évoluant dans ces strates de géographies, d’époques et de civilisations, ces quatre personnages sont liés par la notion de conservation des récits et de transmission de l’Histoire. Avec, en filigrane, la figure de Gilgamesh, roi mythique sumérien dévoré par le désir de trouver l’immortalité et héros du premier récit de l’histoire de l’humanité. » (source : ici)

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Crédits photos : Véronique Caye

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Mes attentes étaient grandes, trop peut-être. Une jeune compagnie, un thème passionnant et ambitieux, le soutien d’une scène nationale (et pas la moindre : la Colline) et malgré tout cela je n’ai pas trouvé la pièce à la hauteur de mes espérances.

La sincérité et la passion de Joséphine Serre pour le sujet sont indéniables, les passages historiques sont bien documentés, l’intrigue anticipationnelle est crédible (une société informatique efface du web, donc de notre mémoire, les informations « obsolètes », de l’énième recette de tarte aux pommes à la Guerre en Irak). Les créations sonore (Frédéric Minière) et vidéo (Véronique Caye) sont convaincantes. Je retrouve avec grand plaisir l’actrice qui a fait battre mon coeur l’été dernier dans « Le Massacre du Printemps » d’Elsa Granat, j’ai nommé Edith Proust.

Mais… mais… l’interprétation est inégale (malgré, également, le charisme d’Estelle Meyer), l’écriture de Joséphine Serre ne m’a pas emporté alors qu’elle se veut profonde, la pièce dure 2h30 (sans entracte) et souffre de la comparaison avec une autre pièce d’anticipation d’une jeune compagnie : « France Fantôme » de Tiphaine Raffier (prochainement en reprise à l’Odéon) qui abordait également le sujet des datas, de la mémoire stockée sur internet… On sent un peu trop également l’influence d’une série comme Black Mirror (elle-même inspirée de notre société, il est vrai) : on rencontre dans la pièce des citoyens obligés d’utiliser internet, dont les notes influent sur le prix de l’assurance : HELLO NOSEDIVE ! La fin de la pièce, qui se veut fantasmagorique et kaleidoscopique, pour reprendre un terme de la note d’intention, m’a complètement perdu et m’a semblé inutile.

Je le répète, sur le papier l’intrigue est passionnante, car elle touche quelque chose qui est on ne peut plus proche de ce que l’observe aujourd’hui : la toute-puissance d’internet, le contrôle de nos mémoires collective et individuelle, de nos vies. Le parallèle avec Mossoul est intéressant. Mais la sauce ne prend pas, pour moi. Est-ce par prétention (Josephine Serre écrit, met en scène, joue), est-ce par manque de moyens ? Je n’ai pas la réponse, mais ça manquait cruellement de souffle.

DATA MOSSOUL

texte et mise en scène Joséphine Serre

avec Guillaume Compiano, Camille Durand‑Tovar, Elsa Granat, Estelle Meyer, Édith Proust, Aurélien Rondeau, Joséphine Serre

collaboration à la mise en scène Pauline Ribat – mise en scène de l’image et création vidéo Véronique Caye – son Frédéric Minière – scénographie Anne-Sophie Grac – stagiaire scénographie Lou Chenivesse – costumes Suzanne Veiga-Gomes assistée de Cécile Box – stagiaire costumes Jovita Negro – lumières Pauline Guyonnet – dessins Guillaume Compiano – assistanat à la mise en scène Pierre-Louis Laugérias

Jusqu’au 12 octobre 2019 à la Colline, Paris

(une autre histoire)

(de la Porte des Lilas à Gambetta)

Les gens baissent la tête. Pas grand chose à voir en l’air, vous me direz, pas d’oiseaux qui s’envolent, un bleu du ciel pas si bleu que cela. On regarde en bas, parce qu’on ne tient pas notre téléphone intelligent en haut. Ni en face de nous, devant nous.

La personne en face de toi a les yeux baissés. Tu marches en sa direction. Tu regardes droit devant. Tu comptes le nombre de secondes. Un, deux, trois. Elle ne relève toujours pas son regard. Quatre, cinq, six. C’est insensé, tout de même. Nez à nez. Elle lève les yeux, ne s’excuse pas, se détourne, parle dans sa barbe.

Mon téléphone vibre. Je lis le message. Je souris. J’écris : « Attention, je tente de t’écrire en marchant. Je suis toujours en avance. Là, je descends l’avenue Gambetta. » Envoi. Elle me répond : « Moi aussi, je marche en t’écrivant. Mais je viens de m’arrêter, je ne sais pas faire deux choses à la fois. » Je lui écris : « Moi aussi. Je m’arrête, je repars. Je m’arrête quand je reçois un appel. Mais comme personne ne m’appelle, je ne m’arrête pas. Pas pour ça. »

A force de m’arrêter et de me repartir, j’arrive en retard au théâtre, alors que j’arrive toujours en avance. Je ne parviens pas à montrer mon billet électronique, je suis de plus en plus en retard. C’est soir de première et je ne connais personne. C’est placement libre, c’est des banquettes, on se serre et j’aime pas quand mon genou touche un autre genou. Surtout un genou de quelqu’un que je ne connais pas et qui ne me plait pas.

Vu le mercredi 18 septembre 2019 à la Colline, Paris

Prix de ma place : 13€ (Carte Colline)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Tchekhov à la folie (Anton Tchekhov / Jean-Louis Benoît / Poche Montparnasse)

(de quoi ça parle en vrai ?)

« Tchékhov disait de ces deux pièces courtes qu’elles étaient des « plaisanteries ». C’est pourtant avec elles qu’il va connaître ses premiers triomphes. Il n’a pas trente ans en 1888 et traverse une des périodes les plus heureuses de sa vie. Ce Tchékhov-là, joyeux, farceur, féroce humoriste, fait preuve dans ces miniatures pour la scène d’une violence grotesque incomparable. Que ce soit dans La Demande en mariage ou dans L’Ours, le tumulte, le rythme endiablé, la cocasserie des situations, la folie de ces personnages ahuris et furieux nous emportent loin du Tchékhov « chantre des crépuscules ». » (source : ici)

(pourquoi y vais-je ?)

Parce que je ne sais absolument pas où j’ai vu Jean-Paul Farré, mais je sais que c’est un grand acteur. Parce qu’aussi je me souviens que ça m’amusait de le croiser dans mon ancien quartier en train de répéter son texte tout en marchant.

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Emeline Bayart, Manuel Le Lièvre (remplacé par Mathieu Boulet le jour de ma présence), Jean-Paul Farré)

(ceci n’est pas une micro-critique, mais…)

Ce qui impressionne de prime abord, c’est la partition jouée par Emeline Bayart, Jean-Paul Farré et Mathieu Boulet. Aucun temps mort, les dialogues s’enchainent à un rythme effréné, chaque mouvement, intonation, mimique paraissent calculés et exécutés au millimètre près. Ces courtes pièces qui s’enchainent sans transition sont d’une efficacité redoutable. L’expression « vis comica » est faite pour Emeline Bayart qui m’a sincèrement impressionné et je suis heureux de l’avoir découverte dans ce spectacle.

Cependant on aurait eu envie de davantage de nuances, d’un jeu moins outré et d’un volume sonore plus mesuré – j’entends qu’il s’agit d’un choix de mise en scène, je n’ai pas adhéré, voilà tout. La pièce ne m’a pas fait rire autant que je l’aurais souhaité. Je n’ai surtout pas vu l’intérêt d’adapter à nouveau ces pièces mineures de Tchekhov qui font également le bonheur des salles avignonnaises durant le Off d’Avignon.

 

TCHEKHOV À LA FOLIE

(LA DEMANDE EN MARIAGE et L’OURS – deux pièces en un acte d’Anton TCHÉKHOV)

Traduction André MARKOWICZ et Françoise MORVAN – Actes Sud, collection Babel
mise en scène Jean-Louis BENOIT

avec Émeline BAYART, Jean-Paul FARRÉ, Manuel LE LIÈVRE ou Mathieu BOULET

Décor Jean HAAS – Costumes Frédéric OLIVIER – Assistant à la mise en scène Antony COCHIN

Au Poche-Montparnasse, Paris

 

(je pense tout haut)

Je crois qu’en fait, je ne suis pas (plus) tout à fait fait pour ce genre de pièces. Attention, voici une remise en question en règle de ma personne.

Peut-être suis-je totalement formaté par les spectacles que j’ai l’habitude de voir, dans le théâtre subventionné, pour ne pas le nommer. Pourtant j’aime rire, même si cela ne se voit pas quand on me rencontre. Au théâtre, les Chiens de Navarre me font rire, le Raoul Collectif me fait rire… Ok, je n’ai pas d’autres exemples qui me viennent en tête… Il est difficile de me faire rire et je sais que les Feydeau et autres vaudevilles ne me suffisent pas. Ne me suffisent plus.

Je suis snob, c’est peut-être pour ça.

 

Vu le dimanche 15 septembre 2019 au Poche Montparnasse, Paris

Prix de ma place : invitation

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

La fin de l’homme rouge (Svetlana Alexievitch / Emmanuel Meirieu / Bouffes du Nord)

(de quoi ça parle en vrai ?)

« Pendant quarante ans, Svetlana Alexievitch a parcouru ce pays qu’on appelait l’URSS et enregistré des centaines de témoignages. (…) D’une personne à l’autre, de voix en voix, elle a écrit six livres qui n’en font qu’un, un livre sur l’histoire d’une utopie : le socialisme. (…) La Fin de l’homme rouge fait résonner les voix des témoins brisés de l’époque soviétique, voix suppliciées des Goulags, voix des survivants et des bourreaux, voix magnifiques de ceux qui ont cru qu’un jour « ceux qui ne sont rien deviendraient tout », et sont aujourd’hui orphelins d’utopie. » (source : ici)

(pourquoi j’y vais ?)

Parce que Emmanuel Meirieu m’avait totalement dévasté avec « Des Hommes en devenir » au Théâtre Paris Villette il y a deux ans.

Parce que (par ordre alphabétique) Anouk Grinberg, Jérôme Kircher, Maud Wyler…

Parce qu’il ne s’agit pas de la pièce préquelle des Schtroumpfs (je sais… je n’ai pas pu m’empêcher)

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Crédits photos : DR

(ceci n’est pas une critique, mais…)

C’est un vendredi 13, jour de grève de la RATP, que le théatre des Bouffes du Nord , à moitié vide, s’offre à moi. Et accessoirement jour anniversaire de mes quinze ans de vie à Paris (moi, le petit Marseillais qui savait à peine qui était Peter Brook à mon arrivée en 2004)

Le spectacle commence avant même qu’il ne commence. Le décor de Seymour Daval et Emmanuel Meirieu est tout simplement monumental et épouse parfaitement les formes et l’architecture de ce théâtre mythique. Nous sommes dans une salle en ruine, tout est poussière. Aux murs, des projections d’images d’inspiration soviétique qui se transformeront au gré des récits. Le proscénium ne sera quasiment pas utilisé, laissant cette distance entre public et comédien.nes.

Anouk Grinberg ouvre le bal, suivi de Stéphane Balmino, que j’avais découvert dans « Des Hommes en devenir » du même metteur en scène. Le dispositif est identique : une succession de récits, bouleversants, avec très peu d’interaction entre les personnages (on aurait presque envie qu’il n’y en ait aucune, tellement ce lien parait artificiel, je chipote).

On est happé par les récits, même si certains nous convainquent plus que d’autres, peut-être aussi parce que ces comédien.nes-là me touche plus que d’autres (Anouk Grinberg, Jérôme Kircher et Maud Wyler – la seule qui lève les yeux vers la catégorie 3)

L’immersion est totale grâce à un remarquable travail sonore et visuel et le trajet « théâtre / maison » à pied de quarante minutes n’est pas de trop pour doucement revenir à la vraie vie.

 

LA FIN DE L’HOMME ROUGE

D’après le roman de Svetlana Alexievitch

Mise en scène et adaptation Emmanuel Meirieu

Traduction Sophie Benech – Musique Raphaël Chambouvet – Costumes Moïra Douguet – Lumières, décor, vidéo Seymour Laval et Emmanuel Meirieu – Son Félix Muhlenbach et Raphaël Guenot – Maquillage Roxane Bruneton

Avec Stéphane Balmino, Evelyne Didi, Xavier Gallais, Anouk Grinberg, Jérôme Kircher, Maud Wyler, André Wilms (présence filmée) et la voix de Catherine Hiegel

Jusqu’au 12 octobre 2019 aux Bouffes du Nord (Paris) et en tournée notamment à Marseille (du 8 au 19/10 à la Criée)…

 

(une autre histoire)

Vendredi 13… 162 millions d’Euro à gagner à l’Euromillions. Je joue seulement lors des grosses cagnottes. Ce qui est totalement stupide, car qui a besoin d’autant d’argent ? Si je fais la moyenne du temps qu’il me reste à vivre, un million me suffirait ou même un petit pécule qui me permettrait d’arrêter de travailler pendant deux ans comblerait mon bonheur.

Flash. Le ticket dans ma poche arrière. Je marche car c’est la grève des transports. Je rentre chez moi, je sors le ticket de ma… Le ticket n’est plus là. Je ne me suis pourtant pas trompé de… Mes poches sont vides. C’est bien ma veine. Pile aujourd’hui, le premier jour du reste de ma vie. Le ticket est tombé de ma poche, quelqu’un l’a ramassé, les numéros sont évidemment gagnants et je resterai dans mon petit appartement miteux… Je viens de comprendre… quand on dit « miteux », ça signifie en fait qu’il y a des mites ?

Mon ticket est tombé de ma poche sur mon palier. C’est bien ma veine, maintenant que j’ai récupéré mon sésame pour les cieux, les numéros deviennent perdants. Je resterai dans mon petit appartement miteux… mais j’ai dans un tiroir des barquettes technologiques anti-mites, l’honneur est sauf.

 

Vu le vendredi 13 novembre 2019 aux Bouffes du Nord, Paris

Prix de ma place : 20€ (cat. 3)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Automne 19/20

Encore et toujours ma sempiternelle sélection très subjective ! Et en cette nouvelle saison 19/20, j’ai décidé de mettre à l’honneur dix-neuf voire vingt spectacles, que je verrai cet automne. (J’ai réfléchi de longues heures pour trouver ce  nouveau concept…)

 

A la faveur de l’automne, je mettrai tout d’abord l’accent sur… le Festival d’Automne !

La Team Tiago ne manquera sûrement pas Please Please Please par le trio Mathilde Monnier / La Ribot / Tiago Rodrigues (le 15/10 à l’Espace 1789 de St-Ouen et du 17 au 20/10 au Centre Pompidou)

« Je suis sans famille et je m’appelle Rémi et je me balade avec tous mes amis… » Quand j’étais petit, j’avais des peluches nommées Capi et Dolce. Etonnamment, c’est Jonathan Capdevielle qui va adapter le roman d’Hector Malot (du 21 au 30/11 à Nanterre Amandiers)

Je ne sais pas si on entendra la chanson dans le spectacle, mais rien que d’y penser, je l’aurai dans la tête durant toute la rédaction de cet article : Clotilde Hesme aura sans nul doute l’oeil du tigre dans Stallone de Fabien Gorgeart (du 08 au 19/10 au CentQuatre)

Les Talents Adami s’affichent avec Gwenaël Morin dans Uneo uplusi eurstragé dies d’après Sophocle et Eschyle (du 08 au 12/10 à l’Atelier de Paris)

Sans transition, dans le reste de l’actualité…

 

Le Présent qui déborde… ça, c’est parce qu’on ne le surveille pas assez… Après sa présentation lors du dernier festival d’Avignon, Christiane Jatahy revient au CentQuatre (en partenariat avec l’Odéon, du 1e au 17/11)  pour le deuxième volet de son Odyssée.

Je suis un homme fidèle… si si… et je fréquenterai plus que jamais le Théâtre de la Bastille. Cette nouvelle saison me parait assez audacieuse, puisque nous y verrons des artistes qu’on n’a pas vus depuis longtemps sur la rue de la Roquette comme Daniel Linehan et son Body of Work (c’est de la danse, du 18 au 23/11), voire jamais comme Loïc Touzé et sa Forme Simple (c’est aussi de la danse, du 18 au 23/11)

Je ne vais pas tenter d’inventer un résumé d’après le titre du spectacle d’Emmanuel Meirieu aux Bouffes du Nord, La Fin de L’Homme Rouge… J’irai le voir aussi et surtout pour admirer Maud Wyler, Jérôme Kircher… (du 12/09 au 02/10)

Même si je fus légérèment désappointé face à Love Me Tender, je me rendrai à l’Odéon pour voir la nouvelle création de Guillaume Vincent Les Mille et Une Nuits (du 08/11 au 08/12)

 

« Hard ou classique, la musique adoucit les moeurs… »

 

 

Je suis loin d’être un afficionado de Thomas Jolly et pourtant je vais voir un de ses spectacles (à la Scala du 18/10 au 03/11) : Un Jardin de Silence. Parce qu’avant tout pour moi, ce spectacle autour des chansons de Barbara est un projet de Raphaële Lannadère et de Babx

Buster Keaton est cher à mon coeur pour de multiples raisons et le Nouveau Théâtre de Montreuil le met à l’honneur (du 14 au 16/11) avec un ciné-concert performé dirigé par Mathieu Bauer.

Continuons en musique avec Les Siestes Acoustiques de Bastien Lallemant. Certes, j’aurais très bien pu y assister à Paris, mais je ne fais pas comme les autres, j’en ferai une à Manosque dans le cadre des Correspondances (le 28/09)

Parce que la musique est vitale pour moi… d’ailleurs, j’ai toujours une pensée pour ma guitare sans cordes qui trône dans mon salon… je ne raterai pas le concert de Troy Von Balthazar et de Michel Cloup Duo au Petit Bain (le 20/09)

Silence, ça pousse…

 

 

Et parce que je ne vois pas que des valeurs sûres, contrairement à ce que l’on pourrait penser, je me risquerai à la Colline pour voir Data Mossoul de Joséphine Serre (du 18/09 au 12/10)… Ok, c’est surtout pour revoir sur scène Elsa Granat et Edith Proust qui ont enchanté mon été avignonnais avec Le Massacre du Printemps…

D’ailleurs, nous pourrons retrouver Edith Proust au Lavoir Moderne Parisien dans Le Projet Georges, une pièce qu’elle a co-écrite et co-mise en scène avec Laure Grisinger, qui n’est autre que la dramaturge du… Massacre du Printemps ! (du 17 au 20/10)

Autre découverte au Lavoir Moderne Parisien (du 27/11 au 01/12), Les Femmes de Barbe Bleue, une création collective de Juste avant la compagnie qui figure également au programme du prochain festival Impatience (qui met en avant la nouvelle création jeune du spectacle vivant et du théâtre jeune et impatient parce qu’ils sont jeunes…)

Sinon on pourra aussi jeter un oeil à ce qu’il se passe du côté du Théâtre de la Reine Blanche avec Le Mont Analogue (du 04 au 08/09) (que j’avais raté la saison passée au Théâtre Berthelot à Montreuil…) par la Compagnie Les Temps Blancs ou avec Poulette de et avec Andréa Brusque(du 02 au 13/10)

A part ça, au Théâtre de la Tempête, il y aura la pièce Elémentaire de Sébastien Bravard sur une mise en scène de Clément Poirée (du 19/11 au 16/01). Ou l’histoire d’un comédien qui est devenu professeur des écoles… Je ne vois absolument pas pourquoi j’ai dans l’idée de voir cette pièce-là en particulier…

#TeamTiago

© Filipe Ferreira

Last but not least, la vingtième pièce de ma sélection, The Way She Dies, pour la première fois à Paris, au Théâtre de la Bastille, mais qui a été créé il y a plus de deux ans et joué pour la première fois en France au Théâtre Garonne à Toulouse. Et j’y étais (le 28 mars 2017…) ! Ce fut une époque toute particulière pour moi… Les souvenirs vont se ramasser à la pelle… comme les feuilles mortes… parce que c’est l’automne… Vous me suivez ? Super combo tg STAN + Tiago Rodrigues, c’est du 11/09 au 06/10.

 

Il y a d’autres spectacles programmés à mon carnet de bal, j’en parlerai peut-être dans ces mêmes colonnes… On appelle ça une aguiche. Il y a évidemment des spectacles que je n’ai pas mentionnés mais qui valent sûrement le coup d’oeil, mais comme je l’ai lu quelque part, mieux vaut être sélectif qu’exhaustif.

Vive la frustration, bon vent, bonne rentrée et à bientôt !

La Maison de Thé, l’expérience

LE JOURNALISTE

Par charité chrétienne, je ne nommerai pas le journaliste qui m’a conseillé de voir « La Maison de thé ». Je ne veux chercher de noises à personne, C’est ma faute, je ne lui en veux pas, c’est toujours ma faute : j’aurais dû lui demander s’il avait déjà vu le spectacle. En l’occurrence, non. Cela dit, la pièce est un classique du théâtre chinois, le metteur en scène est apparemment réputé. De plus, ce spectacle sera à près le seul pour lequel j’aurai suivi les conseils de quelqu’un. Il faut vivre dangereusement.

COURAGE EST MON DEUXIÈME PRÉNOM

Les premiers retours sont très mauvais. La pièce qui dure trois heures (sans entracte) voit ses spectateurs fuir par grappes, parait-il. Après la déconvenue « Architecture » (j’en suis parti au bout de 2h20, à l’entracte… parce que je ne sais pas partir à un autre moment, je n’ose pas, je ne sais pas vivre dangeureusement), je ne sais que penser.

Les deux camarades qui devaient m’accompagner déclarent forfait (cette information est très importante pour la suite des événements). C’est donc seul que j’aborderai ce défi hors du commun : voir une pièce de trois heures en chinois qui fait l’unanimité contre lui.

LA GARE ROUTIÈRE

C’est une gare. C’est une gare routière. C’est une gare routière souterraine. Glauque. C’est toujours glauque, les gares routières souterraines. « C’est tout droit », qu’on me dit. Alors je vais tout droit. Une fois n’est pas coutume, je ne vais pas à hue et à dia. C’est chaud, c’est moite. Dans un autre contexte, je ne dirais pas non, mais là…

Le spectacle se joue à l’Opéra Confluence, lieu éphémère en face de la gare TGV d’Avignon, en attendant la fin des travaux de l’Opéra qui se situe place de l’Horloge.

« Attends, Olivier, j’ai une idée ! Ça va se jouer hors les murs, comme ça, si les gens veulent partir, ils y réfléchiront à deux fois, parce que pas de moyen de reprendre la navette avant la fin du spectacle, sauf s’ils veulent monter dans un bus régulier. Et le bus régulier, tu sais ce que ça veut dire ? Ça veut dire : Le bourgeois en plein coeur des quartiers extramuros ! Et ça, il veut pas, le bourgeois !

– J’aime ton raisonnement, Kevin !

LA SPECTATRICE DU IN

Dans la file, en attendant la navette :

« J’ai vu Architecture, Phèdre !, Pelleas et Melissande, Sous d’autres cieux, Multiples… J’ai vu un seul spectacle dans le Off. C’était nul. Jamais je ne remettrai les pieds dans le Off. »

Nous sommes en 2019 et nous pouvons toujours entendre ce genre de discours : Le In d’un côté, le Off de l’autre. Comment être à ce point ignorant ? Evidemment que le Off, c’est la rue de la République et ses one man show et autres spectacles comiques pas souvent très distingués. Evidemment que le Off, ce sont ces théâtres garages qui louent à des prix exorbitants leurs espaces pour des créneaux de plus en plus réduits. Mais le Off, c’est aussi et surtout des théâtres comme la Caserne, les Doms, la Manufacture, le Train Bleu, le 11, les Halles (liste non exhaustive) qui ont une programmation audacieuse et passionnante, avec des spectacles qui viennent très souvent du théâtre subventionné… Le snobisme et surtout l’ignorance bêta de cette personne d’une vingtaine d’années m’a quelque peu agacé. Evidemment, je n’ai rien dit car je suis un pleutre. Je sens votre sourcil droit tressauter à la lecture de cette annonce…

CRÉNEAU

Le bus est parti et nous arrivons déjà à proximité de l’Opéra Confluence, à quelques encablures de la Gare Avignon TGV. Comme dans bon nombre de gares situées à l’extérieur des villes, les voitures se garent là où elle peuvent/veulent, échaudées par le prix des parkings. Comme je n’ai jamais su bien décrire, je vais seulement écrire : le bus s’est retrouvé coincé, ne peut ni avancer ni reculer sans toucher les voitures mal garées. Blocage total. Nous sommes la première navette. Ça veut dire, que même si on sort pour terminer le trajet à pied, les autres navettes auront du retard. Dans le hall de l’Opéra Confluence, mis à part deux pauvres fontaines d’eau, aucun lieu pour se rafraîchir ou se sustenter. La soirée va être longue.

début

LES VOISINS

Mes deux camarades ayant déclaré forfait (c’était l’info utile de tout à l’heure), les deux places à ma droite sont libres. J’aurais pu m’y asseoir, mais sur mon billet j’ai celui de gauche, et hormis le fait que je sois toujours plus à l’aise à gauche qu’à droite, je n’ai jamais su m’asseoir à une autre place que celle qu’on m’a assigné. Je suis du genre, si le wagon d’un train est vide et qu’il y a une personne qui s’est mise au hasard à ma place, à demander à cette personne de me laisser la place. Oui, je suis cette personne. Je sens la déception poindre en vous : « Il est comme ça ? »

Une dame s’asseoit à ma gauche. Elle n’arrêtera pas de commenter tout ce qu’elle voit. Elle est venue seule et je suis devenu contre mon gré son nouvel ami. Si elle avait eu moins de quarante ans et un physique que j’aurais considéré comme agréable, elle aurait été plus que la bienvenue. Oui, je suis comme ça, aussi. Je sens la déception s’ancrer en vous : « Il est vraiment comme ça ? »

On nous demande de nous décaler vers le milieu pour ne laisser aucune place libre. Je me lève et… un individu tente de… « Pardon, pardon, je veux cette place ! » Je suis sûr et certain qu’il a payé sa place en catégorie 2 (je suis en catégorie 1, je suis du genre à ne me déplacer qu’en première classe en TGV… « Il est définitivement comme ça ? Heureusement que je ne l’ai pas rencontré durant ce festival ! ») et qu’il attendait qu’on nous déplace pour piquer une place en première catégorie 1.

La dame à ma gauche l’interpelle : « J’espère que vous ne serez pas le premier à partir avant la fin… » Il répond fièrement : « Non, je ne pars jamais avant la fin, Madame. »

Imagine, avoir quelqu’un à côté de toi, bourré de tics, qui bouge tout le temps sa jambe, pendant trois heures. Je le déteste.

LA MICRO-CRITIQUE

Je n’ai rien compris, j’ai un peu dormi, y a une immense roue qui ne sert à rien sauf pendant le dernier quart d’heure.

LE MOT DE LA FIN

Un jour, je dirai à mes petits-enfants : « J’ai résisté. Je suis resté jusqu’à la fin de la Maison de Thé ! »

fin

 

茶馆 (La Maison de Thé)

Avec Chen Lin, Chen Minghao, Ding Yiteng, Han Jing, Han Shuo, Li Jianpeng, Li Jingwen, Liu Chang, Liu Hongfei, Qi Xi, Sun Yucheng, Sun Zhaokun, Tian Yu, Wang Xinyu, Wei Xi, Zhao Hongwei, Zhang Hongyu, Zhang Juncheng, Zhang Zhiming et Li Xiaojun (chant), Li Yibo (batterie), Wang Chuang (guitare et basse)

Texte Lao She

Mise en scène, adaptation Meng Jinghui

Dramaturgie Sebastian Kaiser – Musique Hua Shan, Shao Yanpeng, Nova Heart – Scénographie Zhang Wu – Lumière Wang Qi – Vidéo Wang Zhigang – Son Hua Shan – Costumes Yu Lei – Assistanat mise en scène Li Huayi

à l’Opéra Confluence (Avignon In) jusqu’au 20 juillet 2019

(photo de couverture © Christophe Raynaud de Lage)

Exit (Fausto Paravidino / Anne-Sophie Pauchet / La Manufacture / Avignon Off 19

(de quoi ça parle en vrai)

« A quitte B. A et B se séparent. Plus tard, A rencontrera C et B rencontrera D. Exit c’est l’histoire éternelle de la fin annoncée d’un couple. Et de ce qui pourrait se passer après. L’histoire du renoncement, des échappatoires, des petites lâchetés et des grandes désillusions. Une variation drôle et acide sur la difficulté de concilier le besoin de liberté personnelle et d’émancipation avec un exigeant besoin d’affection et d’une « vie satisfaisante ». Un questionnement sur la crise qui habite ces adultes bourgeois européens parfois autant incapables de courage politique que de courage intime. » (source : ici)

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Crédits photos : Laure Delamotte-Legrand

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Cette fois-ci, l’auteur italien s’attaque à l’histoire d’un couple bourgeois en crise. Nous suivons son parcours, pas forcément dans l’ordre, mais surtout une rupture et ses conséquences.

Le bon point de la pièce est ses comédiens, Laure Mathis en tête (que j’ai toujours (en tête) depuis le magnifique « Doreen » de David Geselson). A noter également, la découverte de Jean-François Levistre (pour une fois que je souligne la présence d’un comédien « mâle »…) qui détonne par son physique, son phrasé étonnamment normaux. Il pourrait être n’importe qui dans la rue, mais il est comédien et il le fait bien. (ça pourrait être mal pris, mais c’est réellement un compliment : sa normalité m’a fait du bien)

La pièce, à mon sens, repose uniquement sur les épaules des comédiens (et la direction d’acteurs) car le texte de Fausto Paravidino ne présente pas un réel intérêt, tant il manque d’originalité. J’ai l’impression d’avoir déjà vu cette pièce, sous une forme spectaculaire ou filmique, un certain nombre de fois. Cerise sur le gâteau, nous avons droit à une énième scène de danse sur du David Bowie (ici « Modern Love ») (d’ailleurs, il faudrait légiférer, j’en ai déjà parlé, sur l’emploi des musiques de Bowie ou Nina Simone – cette dernière sera d’ailleurs la figure centrale de la prochaine pièce de David Geselson avec Laure Mathis, je boucle la boucle). 

Il parait loin le temps de Peanuts et de Gênes 01… (autres pièces autrement plus passionnantes)

 

EXIT

Texte : Fausto Paravidino

Metteur en scène : Anne-Sophie Pauchet 

Avec Arnaud Troalic, Laure Mathis, Manon Rivier et Jean-François Levistre

Scénographie : Laure Delamotte-Legrand – Régie générale et création lumière : Max Sautai – Régie son : Gaetan Le Calvez – Régie plateau : David Amiard et Romain Renault (en alternance) 

Jusqu’au 25 juillet 2019 (sauf les 11 et 18) à 12h à la Manufacture – Château St-Chamand, Avignon Off

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le mardi 16 juillet 2019 à la Manufacture, Château St-Chamand, Avignon Off

Prix de ma place : invitation

 

(sans titre)

Ce qui est bien avec les salles extramuros, c’est qu’on voit du pays. Cette fois-ci, ce sont les zones commerciales, l’autre jour, un peu comme à Thoiry, les cités qui n’en ont sûrement rien à faire du festival…

Je n’ai absolument pas fait exprès de choisir de voir une pièce qui s’appelle « Exit » alors même qu’il s’agira de ma dernière pièce de ce festival. Voir une pièce avec un tel nom, en dehors des remparts, veut bien dire ce que ça veut dire, il est temps de partir.

Les signaux EXIT m’enquiquinent dans les théâtres. C’est trop vert. C’est trop lumineux.

(évidemment il était absolument nécessaire que j’écrive cette affirmation)

(ça se voit un peu que je n’ai plus du tout d’inspiration pour cette section de l’article, alors que je vais embarquer dans mon avion dans 28 minutes et que je me dépêche de terminer ma chronique et de la publier…)

Charly Chanteur (L’Arrache-Coeur / Avignon Off)

(de quoi ça parle en vrai)

« Les ballades spleenétiques sont comme des chansons dépressives mais en plus drôles. Les poèmes-poubelles sont des poèmes récupérés dans une poubelle et mis en musique. Charly Chanteur est un chanteur gourou de la secte du « Spleen », un vrai-faux chanteur qui fait un vrai-faux concert. » (source : ici)

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je suis comme ça, je suis prêt à sacrifier la vision du feu d’artifice du 14 juillet pour assister à un concert (apparemment, le feu d’artifice a été annulé à cause du vent). Et pas des moindres, puisqu’il s’agit du concert de Charly Chanteur.

L’an passé, au même endroit, j’avais assisté à l’un des meilleurs concerts de l’année, celui de Léopoldine HH (dont je vous rabats les oreilles, dès que je la vois sur scène, avec Marc Lainé ou sur des chansons de Gérard Manset). Ils étaient trois et Charly Marty n’était déjà pas en reste pour ne pas jouer les fleurs en pot.

Il y a quelque chose des Flight of the Conchords chez Charly Chanteur : cette manière si personnelle de parler de ses amours adolescentes, mais pas que, de la vie, de l’amour et des voitures, l’essentiel quoi, mais aussi ce talent pour interpréter ce personnage de chanteur dépressif qui fait joujou avec ses guitares et ses pédales, coiffé de sa… coiffe d’autochtone américain (toujours prononcer autochetone dorénavant tu devras). Comme il est écrit au-dessus, ce n’est pas tout à fait un concert. On est à Avignon et même dans ce concert, il y a du théâtre. Charly Marty tient jusqu’au bout son rôle de chanteur gourou de la secte du « Spleen ». Quand il ne chante pas, Charly Chanteur, pince sans rire, nous parle, soliloque (j’adore ce mot, désolé), la parole est heurtée, il ne termine presque jamais ses phrases. Le quatrième mur est explosé, il a une jolie gourde, la lumière devient bleue quand la chanson évoque une piscine, il y a même des strapontins sur les côtés… Je suis en vrac (je suis revenu hier soir à Paris et je me sens tout bizarre à me souvenir ces moments-là… vous saurez tout).

On a le sourire aux lèvres, on ose même chanter alors que nous n’étions pas très nombreux ce soir-là, fête du 14 juillet oblige. On aimerait en entendre plus. Il ne faut surtout pas rater ce personnage singulier à l’univers si personnel ! (fin de critique sérieuse mais sincère)

CHARLY CHANTEUR

(cie Les Indiens)

à l’Arrache-Coeur (Avignon Off) jusqu’au 28 juillet 2019 à 22h30 (sauf les 10, 17 et 24)

(peinture de couverture : Nelly Monnier)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le dimanche 14 juillet 2019 à l’Arrache-Coeur, Avignon Off

Prix de ma place : invitation

 

(sans titre)

Nous étions sept. Je n’ai pas compté, mais j’ai ressenti sept belles âmes, avec la mienne bien évidemment, dans cette salle de concert, en ce quatorze juillet. C’est bien maigre, mais c’est jour de fête. J’aurais bien voulu danser ce soir-là. Un slow. Y avait bien ma voisine de siège… Ça fait longtemps que je n’ai pas dansé de slow. En situation. La dernière fois, c’était… avec ma copine, du genre, on mange à la maison, y a de la musique et on se met à danser, tous les deux… Mais c’était avec laquelle de copine ?

Je me souviens qu’en 1999, pendant une impro dans notre atelier théâtre, j’avais dansé avec… (je cherche un faux nom) Mallory Pimenta. Je pense qu’elle avait senti que j’étais tout émoustillé (là je parle de mon entrejambe). Plus tard, je l’ai appelée au téléphone : « Bonjour Madame Pimenta, est-ce que Mallory est là, s’il vous plait ? C’est de la part d’Axel (c’est mon vrai prénom), merci ! » Je lui ai demandé si ça lui disait d’aller prendre un café avec moi. J’ai senti une certaine lenteur dans son temps de réponse et je ne sais pas pourquoi, j’ai cru bon d’ajouter que je voulais lui proposer un rôle dans un court-métrage que je venais d’écrire. Elle accepta et nous nous vîmes (passage au passé simple qui vient de nulle part) dans un café du centre commercial de la Valentine, à Marseille.

Evidemment, il n’existait aucun scénario. Je dus donc en écrire un en quatrième vitesse. Nous tournâmes ce film en une après-midi, avec Mallory, mais ça c’est une autre histoire…

 

Joie (Anna Bouguereau / Jean-Baptiste Tur / Théâtre du Train Bleu / Avignon Off 19

(de quoi ça parle en vrai)

« Est-ce qu’on est obligé de pleurer à un enterrement ? Est-ce que c’est si normal qu’on enferme les morts dans des boîtes ? Pourquoi on fait plus de slows ? Pourquoi grandir ce serait accepter de mourir ? Est-ce que tous les croque-morts on l’air dépressif ? Qui a choisi cette musique improbable ? Pourquoi la dame au premier rang pleure si fort ? Est ce qu’on a le droit de coucher avec son cousin ? Pourquoi il faut attendre d’être mort pour être couvert de fleurs ? Comment continuer à vivre puisque les gens meurent ? (source : ici)

JOIE 3

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Il faudrait que j’ajoute un segment : « Pourquoi ai-je choisi cette pièce ? » Ici, uniquement le souhait de revoir une jeune comédienne lumineuse, Anna Bouguereau, que j’avais beaucoup appréciée dans « En réalités » (aussi au Train Bleu les jours impairs à 11h50), jouer son propre texte.

Malheureusement, la pièce ne m’a pas convaincu. Parce que je n’ai rien trouvé d’essentiel dans le texte, parce que le jeu d’Anna Bouguereau est assuré, un peu trop calculé à mon goût et parce que la mise en scène m’a paru étriqué. Comme une envie que ça sorte du cadre. Même si ce n’est pas forcément bienvenu d’agir de la sorte lors d’un enterrement.

Je parais quelque peu sévère, toutefois l’ensemble reste de bonne facture et ces pensées et autres observations d’ordre funéraire nous font repenser très logiquement aux nôtres. Mais il manque quelque chose.

 

JOIE

de et avec Anna BOUGUEREAU

mise en scène Jean-Baptiste TUR

collaboration artistique Alice VANNIER – création lumière Xavier DUTHU

Jusqu’au 24 juillet 2019 au Théâtre du Train Bleu (Avignon Off) (sauf le 18)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le dimanche 14 juillet 2019 au Théâtre du Train Bleu

Prix de ma place : invitation

 

(sans titre)

J’ai repensé au dernier enterrement auquel j’ai assisté. La défunte portait d’ailleurs le même prénom que celle de la pièce. Puis, la famille avait décidé de diffuser lors de l’inhumation une musique inattendue, du genre « tube de l’été ». J’ai souri et j’ai repensé à cette année…

J’ai rencontré Dieu sur Facebook (Ahmed Madani / 11 Gilgamesh Belleville / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« Comment une adolescente bien sage et bien protégée par sa maman peut-elle sombrer dans une mascarade pseudo-religieuse d’aventure extraordinaire ? Comment une jeune mère qui est parvenue à s’émanciper du poids de la tradition, de la religion, réagit-elle face à ce qu’elle considère comme une trahison de son combat pour la liberté ? Voilà un vrai sujet de société dans lequel la fiction et la poésie peuvent trouver une voie d’expression qui fera écho chez les spectateurs, et les adolescents. » (source : ici)

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Crédits Photos François-Louis Athènas

(ceci n’est pas une critique, mais…)

La déception fut d’autant plus grande que j’avais énormément apprécié la précédente pièce d’Ahmed Madani « F(l)ammes ». Allons bon, que s’est-il passé ?

Je cite le dossier de presse : « Ahmed Madani a décidé de recentrer son écriture en évoquant les mécanismes de manipulation à l’œuvre sur les réseaux sociaux qui ont conduit de nombreux jeunes gens à suivre la voie du fanatisme religieux. »

L’auteur – metteur en scène utilisera l’humour pour dénoncer le danger de l’embrigadement à travers les réseaux sociaux. Je n’ai tout simplement pas adhéré à ce parti-pris. L’adolescente minaude, le jeune recruteur est caricatural. Mounira Barbouch, qui interprète la mère, est celle qui est la plus juste dans sa partition, elle apporte la crédibilité à l’entreprise. Ou bien est-ce peut-être moi qui suis à la côté de la plaque ?

Je me sens parfois largué quant aux représentations de tel ou tel individu ou de certains faits de société. « Le jeune » serait comme ça ? Cela serait aussi simple ? Je n’y vois que des grosses ficelles. Au fond de moi, je sais que c’est possible, mais je ne parviens pas à m’y résoudre.

Il m’a manqué une certaine profondeur (moi qui en manque parfois dans mes non-critiques… je sais, ça faisait longtemps). J’en viens même à réviser mon jugement concernant « Antioche » de Sarah Berthiaume, qui abordait en partie ce sujet-là avec plus d’inventivité et de finesse.

Je vois où veut en venir Ahmed Madani, je vois à qui il s’adresse… de toute évidence pas moi.

 

J’AI RENCONTRÉ DIEU SUR FACEBOOK

Texte et mise en scène Ahmed Madani

Avec Mounira Barbouch, Louise Legendre, Valentin Madani

Assistant à la mise en scène Valentin Madani – Création sonore Christophe Séchet – Création lumière et régie générale Damien Klein  – Costumes Pascale Barré

Jusqu’au 26 juillet 2019 à 11h50 au 11 Gilgamesh Belleville, Avignon Off (sauf les 10, 17 et 24)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le dimanche 14 juillet 2019 au 11 Gilgamesh Belleville, Avignon Off

Prix de ma place : invitation

 

(sans titre)

Elle me tend son tract. Je le refuse, avec le sourire. « Vous me l’avez déjà donné hier », lui dis-je : un texte sur le rap par Joy Sorman. Sans arme ni violence.

Les fauteuils sont étroits. Je n’ai pas encore suffisamment maigri du cul pour me sentir à l’aise. A côté de moi, un jeune homme, costaud. Ai-je le droit de m’insurger contre le manspreading que m’impose cet homme ? Plus je me fais tout petit, plus il prend de la place. Si je disparaissais, toute la salle serait pleine de lui.

En regardant la pièce, je me souviens d’un épisode de « Sauvés par le gong ». Jessie  (Elizabeth Berkley) devenait accro aux amphétamines, elle perdait les pédales. Et comme si ce n’était pas suffisant, le quatrième mur s’écroulait et Zack Morris (Mark-Paul Gosselaar) s’adressait aux téléspectateurs, accompagné par les autres acteurs du show pour dire : « La drogue, c’est de la marde ! »

Laterna Magica (Ingmar Bergman / Dorian Rossel / Delphine Lanza / 11 Gilgamesh Belleville / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« Ce spectacle est une réinvention pour le plateau de la fausse autobiographie d’Ingmar Bergman. Ce récit sans complaisance, entre mémoires et exutoire psychanalytique, dessine un autre portrait du génie protéiforme. Il se raconte, les souvenirs dérivent, réinventant sa propre histoire pour en mesurer l’étendue et se l’approprier enfin. Bergman fait de sa vie une matière, fertile et fluctuante, pétrie de contrariétés, d’humour et de manques, sédiments propices à l’éclosion de sa créativité. » (source : ici)

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(ceci n’est pas une critique, mais…)

Il y a des metteurs en scène qui, décidément, ne nous déçoivent jamais et le metteur en scène suisse Dorian Rossel en fait partie. Après s’être attaqué à Ozu, Eustache et Truffaut (pour le coup, je n’ai toujours pas vu son adaptation du « Dernier Métro »), l’artiste helvète adapte cette fois-ci l’ « autobiographie » d’Ingmar Bergman.

Le coup de maître de Dorian Rossel et de Delphine Lanza (n’oublions pas qu’ils sont deux à la mise en scène) est de ne faire aucune référence directe aux films et aux pièces de Bergman. Nul besoin de les avoir vus, la pièce est de facto accessible à tous. On y suit de manière non chronologique ses souvenirs. Le traitement parait simple, il est en tout cas subtil, élégant. Les jeux de lumières sont particulièrement réussis.

Fabien Coquil, l’interprète principal qui incarne un Ingmar Bergman, est une vraie révélation. Il fait apparaitre un humour qu’on ne soupçonnait pas forcément chez Ingmar Bergman et par sa gestuelle et son phrasé impeccable, fait vivre sous nos yeux un artiste en devenir, un enfant, le maître, sans omettre les parts d’ombre du cinéaste.

Dorian Rossel est un magicien, que cela soit écrit.

 

LATERNA MAGICA

Texte Ingmar Bergman

Mise en scène Dorian Rossel et Delphine Lanza

Avec Fabien Coquil, Delphine Lanza et Ilya Levin

Lumières Julien Brun / Musique Yohan Jacquier / Son Thierry Simonot / Costumes Eléonore Cassaigneau / Scénographie Cie STT / Direction technique Matthieu Baumann / Assistant Clément Lanza

Jusqu’au 23 juillet 2019 à 10h30 au 11 Gilgamesh Belleville (sauf les 10 et 17)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le samedi 13 juillet 2019 au 11 Gilgamesh Belleville

Prix de ma place : invitation

 

(sans titre)

Ingmar Bergman aurait eu 101 ans le 14 juillet dernier. La Prise de la Bastille, elle, s’est faite le même jour, mais il y a… (je compte)… 230 ans. Pour les deux cents ans, je me souviens, mes camarades et moi chantions sur le Quai des Belges, devant la Mairie de Marseille. Le Maire d’alors, M. Vigouroux, n’avait pas daigné se montrer sur son balcon pour écouter nos voix célestes. J’essaie de trouver un lien entre Bergman et cet événement forcément majeur de ma vie, mais je ne le trouve point. Ou peut-être qu’un drame digne des films du maître suédois se déroulait derrière les fenêtres du salon de la Mairie, des scènes de la vie municipale.

Le Massacre du Printemps (Elsa Granat / Laure Grisinger / Théâtre du Train Bleu / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« Tu participes aujourd’hui au Massacre du Printemps. Oui j’ai bien dit « Massacre ». Tu vas voir c’est un bilan. Il y a des événements comme ça qui semblent insurmontables, tu penses qu’ils vont te laisser cloué au sol. Et pourtant tu vas découvrir des forces inespérées qui vont t’inspirer pour inventer des printemps même sur pelouse synthétique. Il m’est arrivé d’accompagner des gens en fin de vie. Des combattants sans monument aux morts. J’ai mûri d’un seul coup puis j’ai régressé aussi exactement en même temps. J’ai poussé fort et dans tous les sens. En réalité, tout ça reste très classique: je fais exactement ce que Molière a fait. L’art de la médecine est incapable de soigner sa mère, il écrit le Médecin malgré lui. La technologie médicale est incapable de soigner la mienne, je secoue le théâtre. En 2019 ça ne sera pas en alexandrins. » (source : ici)

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Crédits photos : DR

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Déjà trois jours que j’ai vu cette pièce et elle ne veut pas me quitter. Je ne dirai pas qu’il y a un avant et un après (j’ai vu la sublime pièce de Dorian Rossel « Laterna Magica » le lendemain), pourtant tout devient un peu tiède après ce moment de théâtre intense et bouleversant. D’où ma lenteur également pour écrire cette chronique ou la peur de ne pas trouver les bons mots pour retranscrire ce que j’ai vu et surtout ce que j’ai ressenti.

Dès les premiers instants de la pièce, on est happé par les mots d’Elsa Granat (me revient immédiatement en tête sa première pièce « J’ai plus pied » que j’avais découverte en 2010 à l’Espace Roseau). On ressent la nécessité, l’urgence de dire tout cela et il n’y aucune fioriture.

Le sujet de la pièce n’est pas simple à aborder : la fin de vie, l’accompagnement par le personnel hopsitalier, la famille, les aidants. Cependant (et fort heureusement) l’atmosphère n’y est pas plombante. Nous ne sommes dans un réalisme forcené.

Elsa Granat et ses comédien.ne.s nous emportent dans un maëlstrom d’émotions (on y rit aussi, faut pas croire), avec des personnages qui se dédoublent, qui observent. L’action n’est pas auto-centrée sur le personnage de la jeune femme interprétée (à des âges différents) par Elsa Granat et Edith Proust. On y entend par exemple une infirmière, un musicothérapeute ou tout simplement le père (la limite, peut-être, du procédé, est de laisser penser que chaque acteur/actrice va avoir son moment).

Le temps est multiple, l’action l’est également. Des fragments.

Rien n’est laissé au hasard, mais rien ne commande nos émotions. Je me souviens de l’admirable Saïgon de Caroline Guiela Nguyen mais je ne pouvais m’empêcher de penser qu’elle envoyait un peu trop les violons. Ici, rien de cela, l’émotion vient sans crier gare.

Et je voulais conclure cette longue chronique en évoquant Edith Proust qui interprète le rôle de la jeune femme adolescente. Rarement j’ai vu un tel niveau de jeu, en permanence en mouvement, toujours une proposition, une écoute exceptionnelle, un regard et un investissement qui forcent l’admiration. Comme l’a évoqué une des amies qui m’accompagnait ce jour-là : « J’aimerais revoir la pièce, ne serait-ce que pour me concentrer uniquement sur elle. »

Tout ce que j’écris est assez dérisoire. Ça faisait bien longtemps que je n’avais pas ressenti tout cela en voyant une pièce. J’ai toujours peur de sur-vendre un spectacle. Peur de constater que mes ami.e.s, les gens que je ne connaitrais pas, tant qu’on y est, n’y adhéreraient pas autant que moi.

Dans tous les cas, il faut découvrir ce spectacle. Point final.

 

LE MASSACRE DU PRINTEMPS

écriture et mise en scène  Elsa GRANAT

avec Laurent HUON, Elsa GRANAT, Edith PROUST, Clara GUIPONT, Hélène RENCUREL et Antony COCHIN

dramaturgie Laure GRISINGER scénographie Suzanne BARBAUD création lumière Vera MARTINS création sonore ENZO BODO et ANTONY COCHIN costumes Marion MOINET régie lumières Vera MARTINS régie son Julien CREPIN

Jusqu’au 24 juillet 2019 à 11h50 les jours pairs au Théâtre du Train Bleu

 + le 21 juillet aura lieu la lecture d’une prochaine création d’Elsa Granat au Théâtre Artéphile : « Les Requins du Groenland » avec Alex Fondja (vu notamment dans Iliade / Odyssée par Pauline Bayle) et Sophie Troise (vue notamment dans « J’ai plus pied » d’Elsa Granat en 2010 et « Absurde, vous avez dit absurde ? » au Théâtre de la Criée de Marseille en 1997 avec l’option théâtre à laquelle j’appartenais également…

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le vendredi 12 juillet 2019 à 11h50 au Théâtre du Train Bleu (Avignon Off)

Prix de ma place : invitation

 

(sans titre)

Deux jours plus tard. L’amie infiltrée et moi-même sortons d’une pièce qui ne nous a pas convaincus. Nous apercevons alors, sur son fier destrier, Edith Proust, cette comédienne qui nous avait tant ému deux jours plus tôt. Nous prenons notre courage à deux mains et l’abordons.

J’ai toujours été incapable de parler, dire ce que j’ai ressenti en des termes clairs et compréhensibles. Pourtant je tente, maladroitement. Je la regarde, elle nous regarde et je sens encore des frissons m’étreindre. Ça peut étreindre, les frissons ? Edith Proust est magnétique, je le concède. Mais ici c’est la mémoire qui fait son travail. Deux jours plus tard.

Iphigénie à Splott (Gary Owen / Blandine Pélissier / Artéphile / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« Effie habite à Splott, un quartier de Cardiff touché par le chômage et la paupérisation. Effie, c’est le genre de fille qu’on évite de regarder dans les yeux, qu’on se permet de juger l’air de rien. Effie, c’est la provocation incarnée. On croit la connaître, mais on n’en connaît pas la moitié. Tous les samedis, elle se jette dans une spirale d’alcool, de drogue et de petits drames, et émerge au bout de trois jours d’une gueule de bois pire que la mort pour tenir jusqu’au bout de la semaine et mieux recommencer. Et puis, un soir, l’occasion lui est offerte d’être plus que ça. » (source : ici)

Morgane Peters Iphigénie à Splott 2 © So Beau-Blache
Crédits photos : Anne Cabarbaye

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Splott… Mais qu’est-ce donc que Splott ? C’est moche comme nom. Pourtant c’est le nom d’un quartier à Cardiff au Pays de Galles. On s’imagine la vie à Splott. Puis on rencontre Iphigénie… Effie… Il n’y a pas de hasard.

La comédienne Morgane Peters nous prend aux tripes dès notre entrée dans la salle. Son regard, sa posture, ça bout. L’adresse est directe, la langue est crue et vraie. On s’imagine un texte anglais à la Irvine Welsh (l’auteur écossais de « Trainspotting »), quasi impossible à bien traduire. Blandine Pélissier et Kelly Rivière n’ont pas tenté d’adapter artificiellement l’argot gallois en français. Non, cette langue parait naturelle, simple mais tranchante. Et Morgane Peters, que j’avais découverte quand elle était à l’ERACM (école d’acteurs entre Cannes et Marseille) a su s’approprier ces mots. Elle créé un personnage qui marque, qui nous marque, de par sa franchise, son état brut.

Même si on peut ressentir cinq ou dix minutes en trop dans la pièce (peut-être est-ce notre cerveau qui s’est converti involontairement à la durée standard (1h) des spectacles du Off ?), Morgane Peters ne lâche jamais et nous non plus.

 

IPHIGÉNIE À SPLOTT

Texte : Gary OWEN

Mise en scène : Blandine PÉLISSIER

Interprétation : Morgane PETERS

Lumières : Ivan MATHIS / Son : Loki HARFAGR / Collaboration artistique, scénographie, costumes, graphisme : SO BEAU-BLACHE / Régie : Chloé BÉGOU / Production : Isabelle CANALS / Presse, diffusion : Fouad BOUSBA

au Théâtre Artéphile à 21h40 jusqu’au 27 juillet (sauf les 7, 14 et 21)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le vendredi 12 juillet 2019 au Théâtre Artéphile, Avignon Off

Prix de ma place : invitation

 

(sans titre)

Elle me dit : « Mais toi, tu aimes les seul.e.s en scène ! Mais toi, tu y vas, parce que tu veux en faire un, à toi ! »

Je lui dis : « Non, enfin oui, euh, c’est pas si simple. Oui, je veux en faire un, urgemment. Mais non, je n’y vais pas pour ça. C’est le hasard. Ce soir, parce que j’ai déjà vu la comédienne dans d’autres spectacles et que je suis ce qu’elle fait, autant que je peux. Je ne suis pas ce qu’elle fait, tu m’as compris, hein ? Je suis ce qu’elle fait, plutôt dans ce sens-là. Sinon ça ne veut rien dire. Demain, c’est à cause de l’auteur qui a écrit un monologue pour un acteur, parce qu’il devait raconter cette histoire-là comme ça et pas autrement. Alors oui, ça me donne des idées, une impulsion, ça décomplexe. Mais… »

La Paix dans le Monde (Diastème / Artéphile / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« Cinq ans avaient passé. Puis dix, puis quinze. Le juge peut interdire au coupable d’approcher la victime pour une durée d’au plus cinq ans. Simon n’a pas revu Lucie. Il vit en Suisse, à quelques kilomètres de la maison de Charlie Chaplin. Il lit des livres, il fait du feu. Il ne voit pas le temps passer. Simon se prépare. Au jour où Simon et Lucie seront enfin réunis. Il doit être prêt. Tout doit être prêt. Le monde n’oubliera jamais ce jour. (source : ici) »

(ceci n’est pas une critique, mais…)

D’après le dossier de presse, « La paix dans le monde » est le dernier volet d’un triptyque, dont La Nuit du Thermomètre et 107 ans en sont les deux premiers épisodes. Ce monologue interprété par Frédéric Andrau peut apparemment se voir sans connaitre les premières aventures de Simon et Lucie. Pourtant, il nous manque quelque chose.

Devant nous, le personnage principal, Simon, tout juste sorti d’asile psychiatrique. L’acteur gardera le même regard vitreux, la même articulation languissante durant tout le spectacle. Ce rythme qui ne changera d’un iota durant l’intégralité de la pièce fut difficile à assimiler. Certes, Frédéric Andrau ne sortira pas une seule fois de son personnage, donc on peut saluer sa performance, mais nous aurions aimé peut-être plus de nuances et de variations dans le jeu et le rythme de la pièce. De plus, nous (pourquoi n’écris-je pas « je » ?) aurions aimé savoir comment il a pu se trouver dans un tel état émotionnel et mental. On peut évidemment s’imaginer que la rupture amoureuse puisse être douloureuse voire dévastatrice. En cela, voir « La Nuit du Thermomètre » et « 107 ans » aurait sans doute été salvateur.

De plus – il est difficile d’en parler sans dévoiler le dénouement – pour prolonger l’argument de la pièce, lisible un peu plus haut, Simon et Lucie vont se retrouver. Tout ce qui découlera de cette nouvelle rencontre semble être trop simpliste, pas réaliste. Même si le passé amoureux de ces deux personnages est forcément évoqué, peut-être qu’on aurait mieux compris ce qu’il en retournait en suivant depuis le début leur relation.

Je ne peux m’empêcher non plus de parler de ma frustration de ne pas voir en vrai Emma de Caunes (c’est la Lucie de Simon), qui manque au théâtre et au cinéma.

Ce fut donc un moment assez décevant mais resteront certaines fulgurances dans l’écriture de Diastème.

 

LA PAIX DANS LE MONDE

Texte et mise en scène : DIASTÈME

Interprétation : Frédéric ANDRAU avec la participation d’Emma DE CAUNES

Assistant : Mathieu MORELLE / Lumières : Stéphane BAQUET / Costumes : Frédéric CAMBIER / Décor : Alban HO VAN / Images : Vanessa FILHO / Musique : CALI / Crédit photo : Vanessa Filho

Au Théâtre Artéphile (Avignon Off), jusqu’au 27 juillet 2019 à 14h05 (sauf les 7, 14 et 21)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le samedi 13 juillet 2019 au Théâtre Artéphile, Avignon Off

Prix de ma place : invitation

 

(à quoi je pense ?)

Je pense aux premiers articles de Diastème que je lisais dans Première. C’était il y a longtemps…

Je ne pense pas. J’entends ce satané bruit du climatiseur, monotone, qui phagocyte toute mon attention.

Je pensais écrire quelque chose, mais je ne m’en souviens déjà plus. Ça me reviendra.

Ça me revient… Il n’y a pas tant que ça de films sur le théâtre. Et encore moins sur un festival. Diastème en avait réalisé un, que j’avais aimé. Faudrait que je le revois. On ne parle pas assez des rues d’Avignon, pendant le festival ou hors saison…

Guerre, et si ça nous arrivait ? (Janne Teller / Laurent Maindon / Présence Pasteur / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« IMAGINE : Et si, aujourd’hui, il y avait la guerre en France… Où irais-tu ? » Astucieusement et sans violence, le texte entraîne les spectateurs dans un voyage qui les mène de l’autre côté de la Méditerranée. Ils sont alors confrontés à une nouvelle vie, une culture qu’ils ne connaissent ni ne comprennent et deviennent ainsi l’objet de clichés voire de rejet. De cette inversion du parcours des réfugiés, nous avons choisi de placer les spectateurs dans un container sensoriel avec comme unique « guide » la voix en direct des deux comédiennes, une bande son et des images projetées sur l’écran par des manipulations en rétroprojection en direct… (source : ici)

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Crédits photos : DR

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Oui, le spectacle se joue tôt (9h50)… Et pourtant, c’est ce qu’il faut pour recevoir cette forme courte car on a l’esprit à peu près frais (ceci est une chronique sponsorisée par « Le jus d’orange au café, c’est bon, buvez-en ! ») et disponible pour cette expérience immersive. Nous ne serons pas assis dans les gradins. Nous prendrons place quelque part sur le plateau. Disposés ici et là des coussins, des tabourets, des caisses. Devant nous, une grande toile. Au-dessus de nous, le ciel. Ou plutôt une bâche qui représentera le ciel.

« Ouvrez vos esprits » : c’est qu’auraient pu dire les deux comédiennes à notre arrivée.

Quand le spectacle commence, nous sommes invités à écouter ce récit qui forcément interroge : « Et si nous étions obligés de fuir notre pays. » Sans parler d’une éventuelle guerre, les changements climatiques pourraient nous y contraindre… Et c’est toujours la même question qui m’assaille : Ces spectacles-là prêchent-ils déjà des convaincus ?

Pour nous raconter cette histoire, l’équipe artistique sollicitera notre boîte à imaginaire. Nous suivons les voix des comédiennes, des images projetées et transformées en direct, des jeux d’ombres (et je suis toujours comme un gamin en voyant ce qu’on peut faire avec les lumières et ces ombres qui se multiplient ou qui changent d’échelle). Nous pourrions presque fermer les yeux et laisser notre esprit se frayer un chemin dans ce monde dystopique.

C’est immersif (je me répète), mais pas agressif. C’est convaincant mais pas donneur de leçons.

Trente-cinq minutes. Une parenthèse, certes. Mais comme le dit l’adage, plus c’est court, plus c’est bon. (et je ne fais aucun clin d’oeil, je ne me permettrais pas… pas ici en tout cas)

 

GUERRE, ET SI ÇA NOUS ARRIVAIT ?

Auteur : Janne Teller

Metteur en scène : Laurent Maindon (Le Théâtre du Rictus)

Interprète(s) : Marion Solange-Malenfant, Claudine Bonhommeau

Assistante mise en scène : Marion Solange-Malenfant – Lumières et Manipulation : Jean-Marc Pinault – Bande son : Jérémie Morizeau – Diffusion : Virna Cirignano

Jusqu’au 28 juillet 2019 (sauf les 8, 15 et 22) à 9h50 à Présence Pasteur (Avignon Off)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le vendredi 12 juillet 2019 à Présence Pasteur (Avignon Off)

Prix de ma place : invitation

 

(avant, pendant, après)

9h50… Je crois n’avoir jamais vu un spectacle aussi tôt ! Je me souviens de ce dimanche où mon père et moi étions allés à la séance de 10h voir « Il faut sauver le Soldat Ryan ». En visionnant la scène du débarquement hyperréaliste, j’avais failli rendre mon petit déjeuner…

La vérité, c’est que je ne pense à rien d’autre pendant le spectacle. Je veux dire, à rien d’autre qu’au spectacle. Pourtant j’en aurais des choses à penser…

Je bois un petit café dans la cour de Présence Pasteur, je tourne la tête… Cette tête, pas la mienne, me dit quelque chose… Un parent d’élève. Une comédienne. Il y a dix ans. Elle me regarde, je la regarde. Non non, je ne te reconnais pas ! J’ai pris cette tête-là.

Trouble (Turbulences Cie ! / Cie HVDZ / LaScierie / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« Initié dans une réflexion libre à la lecture d’écrits de Michel Foucault, le projet s’est construit à travers une coopérative de création sous la direction de Philippe Duban et Didier Cousin. « Trouble » propose une plongée historique atypique autour de l’histoire de la folie qui résonne avec notre époque actuelle. Sur scène, un orchestre d’une quinzaine de musiciens en live, des projections d’images, un trapèze et un chœur d’acteurs danseurs et chanteurs. » (source : ici)

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Crédits photos : DR

(ceci n’est pas une critique, mais…)

« Nos difficultés, grâce au théâtre, deviennent des choses positives. »

Je l’ai déjà écrit ici ou là, pendant trois ans, j’ai joué avec, notamment, des personnes atypiques qu’on appelle aussi autistes. Nous racontions des histoires sans mettre en avant la particularité des interprètes. Ici c’est tout le contraire, même si le résultat final est le même : Ils ont aussi le droit d’être là et peuvent tout à fait nous émouvoir, nous faire réfléchir…

« « Être comme nous » ou ne pas être. »

Le parti-pris est audacieux. On y parle de la position de la société face à ce qui nous parait différent. En cela, on pourrait aisément élargir le propos à ce que l’on voit en Méditerranée et ailleurs, tous les jours, dans nos journaux télévisés.

Plus important encore, il n’ y a pas de course à l’émotion. Jamais on n’est mal à l’aise, jamais nous ne sommes témoins de démonstrations voyeuristes. Tout est fait avec la plus grande sincérité et générosité possible.

De plus, il devient rare de voir autant de personnes sur scène (une petite trentaine), des chanteurs, des musiciens, des poètes, des acrobates… Il est aussi admirable de voir que les rouages de ce spectacle singulier sont parfaitement huilés, chaque chose est à sa place, chaque artiste sait ce qu’il a à faire. Des personnalités se révèlent : une chanteuse lyrique qui reprend « Joe le taxi » de Vanessa Paradis ici, un poète qui parle des interdits là, ce morceau original piano voix d’un des membres du groupe qui clame haut et fort son autonomie avec un enthousiasme communicatif.

Il est beau de voir que ce spectacle, fruit de trois ans de labeur, est porté majestueusement et de manière professionnelle par tous ses participants.

Et parce que tout se termine en musique, le public est invité à rejoindre les artistes sur scène.

Alors on danse, alors on se mélange, alors on est ensemble.

 

TROUBLE

Mise en scène  Didier Cousin

Conseiller artistique  Guy Alloucherie

Conception, mise en chantier  Philippe Duban

Comédiens, chanteurs et musiciens : Aleksandar Boskovic, Alexandre Bordes, Alexis Baert, Anaïs Landier, André Pereira Da Silva, Arnaud Ndi, Benjamin Lesieur, Brahima Niakate, Charles Pham, Charli Aveilla, Charline Abderemane, Cyrille Ndedy, David Simon, Fabienne Lavanchy, Guénolé Lebrun, Harvey Goma Kouka, Marlène Parada, Martial Nakouzebi, Matthias Bloess, Meschac Assou Sakpa, Mounir Issa, Moussa Diaby, Olivier Martin, Olivier Poindron, Otto Nyap, Philippe Duban, Thomas Carrasqueira, Thomas Dubois, Vanessa Valentin

Composition musicale  Patricio Wang – Chorégraphie  Fatiha Mellal – Trapèze  Laetitia Rancelli – Création vidéo  Bénédicte Alloing – Plasticienne  Magali Brien – Direction et interprétation musicale  Gilles Wolff – Régie lumière  Rudy Sanguino – Régie vidéo et son  Léa Schwebel – Costumes  Sarah-Jane Sheppard

du 5 au 14 juillet à 14h (sauf le 9) à LaScierie (Avignon Off)

 

Vu le jeudi 11 juillet 2019 à 14h à Lascierie, Avignon Off

Prix de ma place : invitation

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

(avant, pendant, après)

Une des raisons pour laquelle je me rends à ce spectacle est que j’ai côtoyé un des artistes, Arnaud, pendant trois ans avec Le Laboratoire à Théâtre. Ce gars-là est capable d’imiter n’importe qui, moi le premier. Mon intonation, mes hésitations…

Dans la fausse vie, je suis professeur des écoles. Un jour, je pris un rendez-vous avec l’inspecteur en charge des relations humaines pour discuter d’une éventuelle reconversion. Je lui fis part de mon envie de théâtre et pourquoi pas d’en faire avec des personnes à part. Il me regarda et me dit : « Vous ne préfèreriez pas en faire avec vos élèves, plutôt ? »

Après le spectacle, je félicite Arnaud. Il me reconnait immédiatement, me serre la main avec vigueur et dit : « Tu as arrêté le théâtre, tu en as fait entre 2013 et 2016, il faut changer, il faut faire autre chose ! » Je souris. Il a toujours eu une meilleure mémoire que moi.

Marx et la Poupée (Maryam Madjidi / Raphaël France-Kullmann / Artéphile / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« Depuis le ventre de sa mère, Maryam vit de front les premières heures de la révolution iranienne. Six ans plus tard, elle rejoint avec sa mère son père en exil à Paris. À travers les souvenirs de ses premières années, elle raconte l’abandon du pays, l’éloignement de sa famille, l’effacement progressif du persan au profit du français avant de le retrouver pleinement. Maryam Madjidi raconte avec humour et tendresse les racines comme fardeau, rempart, moyen de socialisation, et même arme de séduction massive. » (source : ici)

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@bendsphoto

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Au départ, il y avait ce roman « Marx et la poupée », écrit par Maryam Madjidi. Le hasard a fait que je la rencontrasse il y a dix ans de cela (pas sûr sûr de l’emploi du subjonctif). L’histoire ne nous dira pas si j’aurais lu son roman sans cette rencontre. Là n’est pas la question, son livre est un petit bijou littéraire, enjoué, dynamique… (et publié par le Nouvel Attila et chez Jai lu en poche)

Les artistes à l’origine de cette forme théâtrale sont resté.e.s très fidèles au matériau original. Trois jeunes femmes sont sur scène, côte à côte : une récitante (Elsa Rozenknop), une musicienne (Clotilde Lebrun à la basse guitare loop) et (c’est ce qui fait le sel de ce spectacle) une interprète en langue des signes (Aude Jarry). Celle-ci sera d’ailleurs mise en lumière durant toute la première partie du spectacle (ses acolytes restant, de fait, un temps dans l’ombre). L’interprète LSF allie expressivité et grâce, on en vient même à ne plus écouter l’histoire (un peu comme dans les pièces en langue étrangère durant lesquelles on se convainc qu’on parle cette langue !)

Au moment où ce dispositif aurait pu lasser, les lignes bougent : la voix et le regard d’Elsa Rozenknop reviennent progressivement dans le jeu. Son débit, son rythme et surtout son investissement emmènent le spectacle un cran au-dessus.

M’est revenue en mémoire une pièce que j’ai vue l’an passé, « Pas pleurer » d’après le roman de Lydie Salvayre au théâtre des Doms qui adoptait une configuration similaire (voix et musique), dans lequel j’avais vu cette même implication.

Même si la forme n’est plus si originale (c’est quelqu’un qui va trop souvent au théâtre qui le dit), tant que les interprètes y mettent autant de coeur, on peut y aller (presque) les yeux fermés.

 

MARX ET LA POUPÉE

Texte : Maryam MADJIDI

Interprétation : Elsa ROZENKNOP, Aude JARRY, Clotilde LEBRUN Et la voix de Maryam MADJIDI

Mise en scène : Raphaël FRANCE-KULLMANN

Collaboration LSF : Sylvanie TENDRON / Lumières : Amandine RICHAUD / Costumes : MOOD-EH / Diffusion : Cathie SIMON-LOUDETTE / Les Audacieuses

du 5 au 27 juillet 2019 au Théâtre Artéphile (relâche les dimanches 7, 14 et 21)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le jeudi 11 juillet 2019 à 11h45 au Théâtre Artéphile

Prix de ma place : invitation

 

(avant, pendant, après)

Je me souviens de cette représentation de « Jean la Chance » d’après Brecht par  François Orsoni. La pièce était traduite en langue des signes. Les deux interprètes étaient transcendés par la vivacité de la pièce et des acteurs (Clotilde Hesme en tête). Parfois mon regard restait bloqué sur ces corps hyper expressifs. Beau, beau !

Je repense à ma propre prestation lors du spectacle des Infiltré.e.s saison 2 que j’ai eu le malheur de visionner hier… Je cligne trop des yeux. Tout est dans le clignement. Ou plutôt, dans le non-clignement. Les comédiennes présentement sur scène ne clignent jamais des yeux, y a les larmes qui montent, bim émotion ! Je ne suis définitivement pas au niveau.

« Maryam, on s’est rencontré le soir de mon anniversaire. J’avais trente ans. Le 14 septembre prochain, je fête mes quinze ans de vie parisienne et accessoirement mes quarante ans et neuf mois moins deux jours de vie tout court, dis, tu viens ? »

Hercule à la plage (Fabrice Melquiot / Mariama Sylla / 11 Gilgamesh Belleville / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« India, Melvil, Angelo et Charles. Enfants ensemble sous les peupliers, puis adolescents sur une plage inoubliable ; devenus adultes, ils se sont perdus de vue. Pour elle, ils ont tenté d’être aussi forts qu’Hercule, ils ont accompli des exploits qui semblaient fous. C’était la fille dont tout le monde rêve, aimée par trois garçons moyens. Un jour, India a déménagé et emporté avec elle l’amitié à la vie à la mort, les premiers élans d’amour et les jeux d’enfants. » (source : ici)

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Crédits photos : Ariane Catton Balabeau

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Nous voilà encore dans un rêve éveillé : des enfants adolescents joués par des adultes, entre une plage et une forêt, à différentes périodes de leurs vies. On commence par s’y perdre, un peu comme les personnages qui ne savent pas trop où ils sont, dans cette (vraie) obscurité qui tarde à s’éclaircir, si peu commune au théâtre.

Et quand la lumière fut, le rythme de la pièce s’emballe, entre travaux herculéens pour plaire à la fille de nos rêves et souvenirs qui s’entrelacent.

« Quand on raconte un souvenir, des fois on l’invente. »

« De toi, je ne guérirai jamais. »

Ce qui est étonnant chez Fabrice Melquiot (j’ai seulement vu « Les Séparables » en décembre dernier au Théâtre de Vidy-Lausanne), grandement aidé par la mise en scène ludique de Mariama Sylla et le jeu dynamique et sincère des quatre comédiens (Raphaël Archinard, Julien George, Hélène Hudovernik et Miami Themo jouent, ça veut bien dire ce que ça veut dire), c’est de voir à quel point il parvient à nous toucher au coeur en évoquant cette normalité des êtres, ces amitiés éphémères qui nous marqueront à jamais et les films que l’on peut se faire…

 

HERCULE À LA PLAGE

Texte Fabrice Melquiot

Mise en scène Mariama Sylla, assistée de Tamara Fischer

Avec Raphaël Archinard, Julien George, Hélène Hudovernik, Miami Themo

Scénographie Khaled Khouri – Lumière Rémi Furrer – Costumes Irène Schlatter – Création univers sonore Simon Aeschimann – Régie plateau Gabriel Sklenar en alternance avec Ian Durrer – Régie son Benjamin Tixhon – Régie lumière Théo Serez – Maquillages Katrine Zingg – Peinture des décors Valérie Margot – Construction Les Ateliers du Lignon – Genève

Production Théâtre Am Stram Gram – Genève

Jusqu’au 26 juillet 2019 à 10h10 au 11 Gilgamesh Belleville – Avignon Off (sauf les 10, 17 et 24)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito 

Vu le jeudi 11 juillet 2019 au 11 Gilgamesh Belleville à 10h10

Prix de ma place : invitation

 

(avant, pendant, après)

Hercule… On parle du demi-dieu Grec ou du copain de Pif ? Avant je confondais Fabrice Melquiot et David Lescot, mais ça c’était avant.

Jukebox : Dans la pièce, on fait référence à l’India Song. On chante du Cabrel. On entend « Wannabe » des Spice Girls. Vais-je vous confier que je suis allé voir en salle à sa sortie le film Spiceworld ou que j’ai dansé sur cette même chanson il y dix jours précisément ?

Elle fait semblant de ne pas me voir, je fais semblant de ne pas la voir, nous faisons semblant de ne pas nous voir.