Loretta Strong (Copi / Florian Pautasso)

(de quoi ça parle en vrai)

« Une femme parle au téléphone, sans logique ni raison. A ses dires, elle est dans le cosmos, et traverse une série de situations de crise. Il y a des rats et de l’or, des accouchements et des meurtres. Soumise à un dispositif scénique tour à tour aliénant et libérateur, l’interprète est conduite jusqu’aux limites de son humanité, éprouve le chaos et se frotte à l’infiniment grand. Si le rire survient, il est glaciaire. » (source : ici)

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Capture d’écran du teaser vidéo

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je pense n’avoir jamais vu/lu de pièces de Copi*. Et pour être honnête, je n’ai aucune idée du personnage qu’il était, même si j’ai cru comprendre qu’il était quelqu’un de singulier.

Je ne pouvais pas mieux tomber en voyant donc se confronter l’univers de Copi et celui de Stéphanie Aflalo aux avant-postes et de Florian Pautasso aux manettes. La comédienne est un drôle d’animal qui sait jouer de son visage, de son corps, de sa diction, tant et si bien qu’on reste fasciné par ce qu’elle dégage durant cette heure où elle est seule en scène. Dans l’espace familier du bureau, elle nous emmène à des années lumière de la stratosphère pour un moment théâtral qui ne ressemble à rien de ce que l’on a pu voir jusqu’à présent. Il n’est pas étonnant de constater qu’il n’y a presque aucun travail sur la lumière ou le son. Tout repose sur les épaules de Stéphanie Aflalo qui enchaine à une vitesse folle les phrases absurdes de Copi.

Cette Loretta Strong est bien un objet théâtral non identifié, à la langue et au corps qui déconcerteront certains, mais qui est assurément une découverte (de 1974, je sais…)

*après verification, oui : Les Quatre Jumelles par Jean-Michel Rabeux au Théâtre de la Bastille en 2012

 

LORETTA STRONG

De Copi

Mise en scène : Florian Pautasso

Avec : Stéphanie Aflalo

Production : Les divins Animaux

 

(une autre histoire)

C’est tout neuf ici, je veux dire ce théâtre où je n’ai jamais mis les pieds. Sur mon billet, ils ont oublié un S à mon nom de famille. Je n’ai rien dit. Je m’assois, consulte mon téléphone mais je ne capte pas. Alors je regarde les gens autour de moi. J’ai comme l’impression que je suis entouré à 90% de gens du théâtre. Je l’ai vu où, lui ? Elle me dit quelque chose, elle.

Tout le monde me regarde. Je ne comprends pas. Je n’ai pourtant pas oublié de me laver aujourd’hui. Le mec en face de moi embrasse sa copine et me regarde avec insistance. Me suggèrerait t-il un ménage à trois ? Cela serait une première. Y a une autre nana aussi pas loin qui regarde… mes cheveux… Tout est en place. Serait-ce le bouton de mon pantalon manquant qui les émoustillerait ? (Oui, ok, j’ai pété le bouton et n’ai toujours pas pris le temps de le recoudre. C’est parce que j’ai pris du poids, mais j’ai de bonnes raisons, que je n’évoquerai pas ici) Ça ne se voit pas, la ceinture se charge du reste, je précise. Ou bien serait-ce ma nouvelle façon de lacer mes lacets ?

Y en a même qui rient en me montrant du doigt. Je… Je… Mais… Comme dans un mauvais rêve… Travelling compensé (Travelling Arrière et Zoom Avant).

L’autre jour, j’ai enfin revu mes amis de Marseille. Ils m’ont souhaité mon anniversaire avec presque trois mois de retard et m’ont dit : « Tu verras, à partir de quarante, tout fout le camp. Et ça commence par la vue. » Je n’avais pas percu que tous ces gens avaient en fait l’oeil sur l’écran situé au-dessus de ma tête. Un écran qui diffusait des extraits des spectacles de la programmation du théâtre.

 

vu le samedi 23 mars 2019 à l’Etoile du Nord, Paris

prix de ma place : 7€ (tarif WeClap)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

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Belgium Rules, Belgian Rules (Jan Fabre / La Villette)

(quand on ne lit pas la bible)

Belgium rules, Belgian rules ? Oh un jeu de mots ? Les règles de la Belgique ou bien la Belgique et les Belges, ils assurent ! (dit-il en levant ses deux pouces)

(de quoi ça parle en vrai)

« Bienvenue en Belgique ! Jan Fabre s’empare de son pays pour en faire un portrait chaleureux et ironique. On compte 117 nationalités à Anvers, c’est plus qu’à New-York. Dans ces différences, il y a une unité qu’exaltent Jan Fabre et ses quinze interprètes à coup de bière, de corps, de fougue et de souveraine singularité. Contre la montée des nationalismes, le metteur en scène célèbre l’esprit naturellement critique des Belges, leur anticonformisme vigoureux, leur soif de chair et de vie. Il dessine cet étrange royaume où l’on parle trois langues, où le multiculturalisme et le multi-nationalisme sont des faits. Ici, plus que la loi, la règle ou les mots, c’est l’image qui sert de guide, inspirée par les artistes visuels qui ont jalonné l’histoire du pays, des primitifs flamands aux surréalistes, de Jérôme Bosch aux auteurs de bande-dessinée. Tableaux et esthétiques se succèdent et se tissent pour écrire un récit organique, aux antipodes des peurs et des replis identitaires. (source : ici)

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Crédits photos : Wonge Bergmann

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je mentirais si je disais que je suis un spécialiste de Jan Fabre. J’ai seulement vu quatre de ses spectacles, le premier étant « Je suis sang » à Avignon en 2001 alors que j’étais dramatiquement puceau (comprenez cela comme vous le souhaitez) et que j’aimerais revoir aujourd’hui avec tout ce que je sais désormais, sur la vie, l’amour et les vaches. Pourtant je ne peux m’empêcher de penser que Jan Fabre nous a concocté ici un « Belgium Rules, Belgian Rules » proche d’un Mount Olympus light. (Pour rappel, Mount Olympus était une performance de 24h : mes chroniques ici et )

Jan Fabre teste toujours autant la résistance de ses artistes que celle des spectateurs : nombre d’entre nous ont quitté la salle tout au long de la performance (3h45 sans entracte sur les banquettes de la Villette, ça fait mal au cucul à la longue ou bien est-ce moi qui suis devenu particulièrement douillet). On a également retrouvé ces scènes où les danseurs scandent ces fameuses règles en exécutant en boucle des exercices de musculation (variante de la corde à sauter dans Mount Olympus) : et ça dure… et ça dure… (« oh, qu’ils sont résistants, oh c’est touchant, ils se donnent vraiment à fond ! »… mais c’est alors qu’on crie « Déjà-Vou »)

Certaines scènes ont également pour objectif de tester notre sens olfactif : encens et bière à gogo (si je devais faire du mauvais esprit, je dirais que c’était de la Tourtel et non une bière d’abbaye).

Alors oui, il y a des tableaux très beaux, hypnotiques même, comme celui des drapeaux (je me suis souvenu qu’en CM2, j’avais participé à la Fête du Stade : c’était au Stade Vélodrome de Marseille et les écoles participantes devaient exécuter une chorégraphie sur une musique de Jean-Michel Jarre. Nous avions chacun deux drapeaux que nous faisions virevolter, tournoyer…). On voit des danseur.ses légèrement vêtu.es (surtout les filles… tiens donc… je ne vais pas me plaindre, hein… mais quand on y pense… je dirais même, quand on y réfléchit…), on y fait gicler la bière, on retrouve ces scènes durant lesquelles les danseur.ses font de la muscu, une dame qui fait pipi… Les passages parlés sont les moins intéressants. Ceci étant dit, les numéros collectifs sont toujours aussi enthousiasmants (avec du Stromae, du Jacques Brel, de la techno style pompier et du Adamo en fond sonore) et parfaitement exécutés.

Pour résumer, dans cette histoire historique et culturelle de la Belgique qui oscille entre amour et haine du plat pays, qui n’hésite pas non plus à égratigner sa politique colonialiste (comme tant d’autres), Jan Fabre fait ce qu’on attend de lui et ce n’est pas suffisant.

(Et je suis curieux de savoir ce qu’en pensent les Belges… Les applaudissements furent plutôt mous hier soir par chez nous…)

 

BELGIAN RULES, BELGIUM RULES

Une production Troubleyn/Jan Fabre

Avec : Lore Borremans, Annabelle Chambon, Cédric Charron, Anny Czupper, Conor Doherty, Stella Höttler, Ivana Jozic, Gustav Koenigs, Chiara Monteverde, Andrew Van Ostade, Pietro Quadrino, Annabel Reid, Ursel Tilk, Irene Urciuoli, Kasper Vandenberghe

Concept, Mise-en-scène: Jan Fabre
Texte: Johan de Boose
Musique: Raymond van het Groenewoud (Belgian Rules et Vlaanderen Boven/Wallonie d’abord); Andrew Van Ostade (toutes les autres musiques)

Dramaturgie: Miet Martens

Assistante à la dramaturgie: Edith Cassiers – Technicien en chef: André Schneider – Chargé de production: Liesbeth Plettinckx – Régisseur lumières: Wout Janssens – Régisseur plateau: Randy Tielemans and Kevin Deckers  – Régisseur son: Tom Buys
Costumes: Kasia Mielczarek, Maarten Van Mulken, Jonne Sikkema, Les Ateliers du Théâtre de Liège, Catherine Somers (chapeaux de carnaval) – Accessoires : Alessandra Ferreri

Jusqu’au 24 mars 2019 à la Grande Halle de la Villette et les 12 et 13 avril 2019 au Théâtre des Salins à Martigues.

 

(une autre histoire)

C’est drôle, parfois, le cerveau humain. J’ai rêvé d’elle les trois nuits suivant notre séparation. Genre de rêve que tu fais au petit matin et qui te suit toute la journée. Comme dans un état second. Et t’es pas bien. Et t’es d’humeur mélancolique. « Ça va ? – Ça peut aller. » Je n’ai jamais su mentir. Je sais bien que cette question n’est que pure rhétorique, mais je ne sais plus sourire et dire : « Oui, ça va. »

J’ai supprimé toute trace (matérielle) d’elle. Photos, lettres. Elle habite quelque part à Bruges, mais je ne me souviens même plus de l’adresse exacte. C’est quoi le mot, déjà, quand on fait tout pour passer à autre chose, quitte à oublier ?

Je l’ai rencontrée ici, mais elle habite là-bas. Je ne me suis jamais rendu là-bas. Parfois je me dis que j’irais bien à Bruges. Qu’au détour d’une rue, même vingt-quatre ans après, je la croiserais. Elle parlerait toujours aussi bien français. Je lui ferais un tour de prestidigitation, elle rirait.

Je l’imagine faire le trajet inverse, aller là où je vivais à l’époque et me chercher en vain.

Parfois j’ai cette cruelle impression que je suis le seul à chercher, à ressasser.

 

Vu le vendredi 22 mars 2019 à la Grande Halle de la Villette, Paris

Prix de ma place : 12€ (tarif personnel Villette – mais c’est pas moi)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Le Direktør (Oscar Gómez Mata / Théâtre de la Bastille)

(quand on ne lit pas la bible)

Le Direktør ? Oh, une adaptation d’un film, comme c’est original ! Je me souviens, il y a très longtemps, d’une interview de Jodie Foster dans laquelle elle évoquait les nouvelles pistes d’adaptation au cinéma comme les chansons (prochainement dans les salles obscures : « Je danse le mia » coscénarisé par Michael Youn). Bientôt, au théâtre, l’adaptation par votre serviteur de cette chanson – .

(de quoi ça parle en vrai)

« Ravn dirige une entreprise de nouvelles technologies. Trop lâche pour assumer ses décisions impopulaires, il se fait passer pour un simple salarié et invente de toutes pièces l’existence d’un « Directeur de tout » exerçant aux États-Unis. Lorsqu’il faut vendre l’entreprise, puis licencier ses salariés, il ne reste plus à Ravn qu’à engager un comédien qui incarnera ce directeur imaginaire. Prenant malheureusement son rôle trop au sérieux, le jeune comédien décide vite de s’affranchir, précipitant les employés dans une série de quiproquos improbables. » (source : ici)

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© Steeve Luncker

(ceci n’est pas une critique, mais…)

J’ai vu tous les films de Lars Von Trier. Il m’a parfois agacé (Antichrist), ébloui (Melancholia), bouleversé (Breaking the Waves), fasciné (L’hôpital et ses fantômes) mais je ne peux pas dire que le film « Le Direktør » m’ait laissé un souvenir impérissable, même si je me souvenais de l’argument principal.

Oscar Gómez Mata laisse libre court à la folie de sa troupe, Pierre Banderet en tête, qui interprète un faux directeur de tout, adepte des préceptes du fameux (et fictif) dramaturge Gambini (et que je fus heureux de revoir après une autre adaptation cinématographique, celle de la Maman et la Putain, version Dorian Rossel). Oui, c’est drôle, c’est parfois idiot (clin d’oeil), les comédiens jouent face au public par le truchement d’adresses directes, pour nous faire comprendre que l’entreprise et le théâtre ne sont pas si éloignés.

Je regarde ma montre. Une heure est passée. Nous sommes à mi-chemin. C’est là que le bât blesse, car la machine va tourner à vide. Les scènes s’éternisent, certains comédiens sont en roue libre (notamment dans les « passages méta-théâtraux », quand Christian Geffroy Schlittler (Ravn, le vrai directeur) devance la critique en avouant que c’est trop long ou quand il « affiche »  à deux reprises un spectateur endormi au premier rang.). La pièce aurait gagné à être resserrée.

Et surtout en lisant la note d’intention après la pièce, je me suis demandé si je n’étais pas passé à côté de quelque chose de plus sérieux ou dénonciateur, là où je n’ai vu qu’une farce.

En résumé, j’ai beaucoup ri à la vision de cette pièce (j’avoue une fascination pour Camille Mermet qui interprète une Heidi A. lunaire et hypersensible), mais un peu vaine.

 

LE DIREKTØR

Avec Pierre Banderet, Valeria Bertolotto, Claire Deutsch, Vincent Fontannaz, Christian Geffroy Schlittler, David Gobet, Camille Mermet, Aurélien Patouillard et Bastien Semenzato

D’après Direktøren for det hele de Lars von Trier

Mise en scène et adaptation Oscar Gómez Mata

Assistant à la mise en scène Jean-Daniel Piguet – Création lumières et direction technique Roberto Cafaggini – Création et régie son Fernando de Miguel – Scénographie Daniel Zamarbide…

 Jusqu’au 4 avril 2019 au Théâtre de la Bastille, Paris

 

(une autre histoire)

Une fois n’est pas coutume, je ne vais pas tout seul au théâtre. J’ai rendez-vous à 45 avec une amie, je l’attends devant la porte de gauche, je suis dans les starting-blocks. Evidemment, elle arrive en retard, je perds mon avantage, laisse passer les gens qui vont sûrement prendre ma place. La prochaine fois, je lui dirai de venir à 40.

Une fois n’est pas coutume, je parle avec des gens après le spectacle, et pas seulement avec l’amie en retard. On échange nos impressions sur le spectacle. Quelqu’un tourne autour de nous. Il me regarde bizarrement. La rue de la Roquette est connue pour abriter un grand nombre de personnages hauts en couleur. Une fois, un gars promenait son vélo sur la roue arrière et faisait exprès de me frôler. J’avais fait comme s’il n’existait pas. « Comédien ! », dit le narrateur avec emphase.

Celui qui me regardait avec insistance m’interpelle :

– Gwenaël ?

– Euh… Non ?

– Vous n’êtes pas Gwenaël Morin ? Pourtant vous lui ressemblez. Vous ne trouvez pas que Monsieur ressemble à Gwenaël Morin ? Parce que la première fois que je l’ai rencontré, c’était ici, au Théâtre de la Bastille, avce une de ses pièces. Je vous prie de m’excuser. Vous lui ressemblez vraiment !

– Pas de souci, ça aurait pu être pire !

Je me souviens vaguement du visage et de la carrure de ce metteur en scène dont j’avais adoré le travail l’été dernier à Bussang. Je cherche sur mon téléphone intelligent. Certes le monsieur a une barbe comme moi mais je vois surtout qu’il a dix ans de plus que moi. Je ne peux estimer si c’est lui qui fait plus jeune ou bien moi qui… Ou bien moi qui… Putain, ça y est, je fais vieux ! Je comprends mieux pourquoi les gens hésitent à deviner mon âge. Quel jeu stupide ! Je fais mon âge et bien plus encore. Ma crise de la quarantaine s’en trouve renforcée. J’ai déjà l’impression de passer à côté de ma vie, si en plus je fais plus vieux que ce que je suis… Je… Je… Mais que vais-je devenir ?

 

Vu le mercredi 13 mars 2019 au Théâtre de la Bastille, Paris.

Prix de ma place : 13€ / mois (Pass Bastille)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

À quelle sauce… (printemps 2019)

Le printemps est déjà là. Ce n’est pas moi qui le dis mais le réchauffement climatique. Je prends donc le temps de vous donner ma sélection des spectacles et autres concerts qui me donnent envie ou que j’irai voir. Je suis devenu très sélectif, et pas seulement pour des raisons économiques (un grand périple entre le Québec et St Pierre et Miquelon avec très peu de spectacles à l’intérieur se prépare pour cet été après mon séjour traditionnel à Avignon) : je fais ce que je dis, je ralentis la cadence.

Selon la formule consacrée, évidemment, cette liste sera amenée à muter, selon mes envies, mes humeurs, ma tirelire, les propositions… (liste parisienne et francilienne uniquement, désolé…)

MARS

J’y suis déjà allé

Saison Sèche : Enfin je vois un spectacle de Phia Ménard et à Marseille, qui plus est… et l’article est par .

J’irai voir 

Hernani, c’est un scandale ! : Un peu de copinage ne peut faire de mal, on va voir la mise en scène de Judith Policar qui écrit aussi par ici (à l’Université Sorbonne Nouvelle, dans le cadre du Festival À contre sens – les mardis 12 à 21h et 19 à 13h30)

Le Direktor : Ou l’adaptation d’un film méconnu de Lars Von Trier par un metteur en scène suisse inconnu de moi… (au Théâtre de la Bastille – du 12 mars au 4 avril)

Belgian Rules : C’est le retour de Jan Fabre à la Grande Halle de la Villette, avec un spectacle de grande envergure, mais beaucoup moins long que son Mount Olympus. L’ambiance y sera-t-elle aussi survoltée après les accusations portées à son encontre ? (à la Grande Halle de la Villette – du 22 au 24 mars)

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La Légende de Bornéo : Auréolé d’un bouche à oreille flatteur après le film « Tout ce qu’il me reste de la révolution », le collectif L’Avantage du Doute revient au théâtre avec la reprise de cette pièce. Etonnant de voir le Théâtre de l’Atelier appliquer ce que fait le Théâtre de la Porte St Martin ou la Scala (programmer des pièces créées dans le théâtre subventionné) et ce collectif s’aventurer dans le théâtre privé… (du 19 mars au 4 mai – Théâtre de l’Atelier et aussi cet été dans le Off d’Avignon au Théâtre des Carmes)

J’irai peut-être voir

La Collection : De Harold Pinter par Ludovic Lagarde avec Mathieu Amalric, Micha Lescot, Laurent Poitrenaux, Valérie Dashwood, quatre étoiles (Bouffes du Nord – jusqu’au 23 mars)

Bells & Spells : Après le grand-père, les parents, le frère, je demande la soeur : Aurélia Thierrée. Certes un peu réducteur, même si la mère (Victoria Thierrée) a créé le spectacle. Mais c’est assurément un rêve éveillé auquel nous allons assister. (jusqu’au 12 mai –  Théâtre de l’Atelier)

Apocalypse Bébé : Despentes au théâtre, encore (Paris Villette – du 12 au 28 mars)

Chanson douce : Pauline Bayle a le vent en poupe, avant la reprise d’Iliade Odyssée à la Scala… (au Studio – Comédie Française – du 14 mars au 28 avril)

Le Fils : Par Marine Bachelot Nguyen. Pas celui de Florian Zeller, je ne suis pas maso… enfin… (Théâtre du Rond Point – du 19 mars au 14 avril)

Loretta Strong : Copi dont, étonnamment, je n’ai vu aucune adaptation par les Divins Animaux, une mise en scène de Florian Pautasso avec la troublante et singulière Stéphanie Aflalo. (du 21 au 23 mars – à l’Etoile du Nord)

Potentia Gaudendi : Par Gurshad Shaheman, je sais déjà que sauf miracle je ne pourrai pas le voir, mais j’en ai eu de très bons échos, made in Marseille, car avec des élèves de l’ERACM. (Nouveau Théâtre de Montreuil – 21 et 22 mars)

Le Voyage de G. Mastorna : Marie Rémond poursuit sa collaboration avec la Comédie Française après le génial « Comme une pierre qui »… Elle prend comme matériau de départ un film de Federico Fellini qui n’a jamais existé. (du 28 mars au 5 mai au Vieux Colombier – Comédie Française)

Evel Knievel vs Macbeth : Une pièce de Rodrigo Garcia est toujours intéressante, parce qu’il y a toujours une parole, des idées à retenir. (à Nanterre Amandiers – du 29 mars au 7 avril)

Dans le rayon des concerts, on peut citer The Cinematic Orchestra, un (autre) rêve éveillé (Casino de Paris – 18 mars) ; Balthazar, la pop belge classe (Casino de Paris – 25 mars) ; Camp Claude, juste pour l’envie de découvrir (Maroquinerie – 27 mars) ; O – Olivier Marguerit, voir tout  seul celui que j’ai vu à plusieurs avec Syd Matters ou My Girlfriend is better than yours (FGO Barbara – 28 mars)

J’ai déjà vu (et je conseille)

Raoul : James Thierrée, point. (Scala – jusqu’au 20 mars et c’est complet)

Les Damnés : La reprise d’un grand spectacle… faudrait que je relise ma chronique(du 20 mars au 2 juin – à la Salle Richelieu – Comédie Française)

Je devais aller voir

La Trilogie de la Vengeance : Ou la nouvelle création de Simon Stone qui m’avait grandement séduit avec son adaptation très personnelle des Trois Soeurs… Je devais car la représentation à laquelle je devais me rendre a été annulée. C’est une création, ils n’étaient pas prêts… Ont-ils été présomptueux ? Réunir une bande d’acteurs pas forcément habitués à travailler ensemble, sur de l’écriture au plateau, qui plus est… Avec un metteur en scène australien – je ne sais finalement pas s’il parle français… Bref, j’avais profité de la place d’une amie en vacances qui échangera sûrement pour un autre jour. Avec ou sans moi ? (d’après les premiers retours, l’attente vaut la peine) (aux Ateliers Berthier – Odéon Théâtre de l’Europe – du 13 mars au 21 avril)

AVRIL

J’irai voir

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The Hidden Force par Ivo Van Hove (photo : Jan Versweyveld)

The Hidden Force : Ivo Van Hove, voilà. Avec sa troupe hollandaise en prime. (à la Grande Halle de la Villette – du 4 au 11 avril)

Body Roots / Rising (Shira Eviatar) + Hard to be soft – A Belfast Prayer (Oona Doherty) + Sunbengsitting (Simon Mayer) + Hymen Hymne (Nina Santes) : On pourrait penser que le Théâtre de la Bastille se repose un peu trop sur le tg STAN ou Tiago Rodrigues pour composer sa programmation, mais c’est sans compter ces temps forts autour de la danse qui donnent un éclairage sur des grands chorégraphes en devenir. Un risque mais l’assurance  de trouver la pépite de ces prochaines années. (au Théâtre de la Bastille en collaboration avec l’Atelier de Paris / CDCN – du 8 au 18 avril)

JR : J’avais raté leur Pays de Nod, je compte bien découvrir cette fois-ci ce collectif FC Bergman (à la Grande Halle de la Villette – du 12 au 16 avril)

Kreatur : Malgré l’accueil très réservé l’été passé à Avignon, j’ose m’aventurer dans l’univers de Sasha Waltz. (toujours à la Grande Halle de la Villette – du 17 au 20 avril) (j’aime ces soirées qui se passent à 7 min à pied de chez moi…)

J’irai peut-être voir

Affordable Solution for Better Living : Ça m’intrigue (CentQuatre – 5 et 6 avril)

Je suis Fassbinder : Par Falk Richter et Stanislas Nordey  , inratable parait-il (Théâtre du Rond Point – du 5 au 28 avril)

John : Pièce de jeunesse de Wajdi Mouawad, mise en scène par Stanislas Nordey. A quand une belle adaptation d’Alphonse, une autre de ses premières pièces, que j’avais découverte au Fringe Festival d’Edinburgh il y a déjà 9 ans ? (aux Quartiers d’Ivry – du 8 au 19 avril)

Trissotin ou les femmes savantes : Par Macha Makeïeff, sans Maud Wyler mais avec une partie des acteurs qu’on peut voir chez Jean Bellorini (Scala – du 10 avril au 10 mai)

Some Hope for the Bastards : Frédérick Gravel dans un format plus large que les pièces qu’il a l’habitude de nous montrer au Théâtre de la Bastille (Chaillot – du 11 au 13 avril)

Purge Baby Purge : Le Zerep et Marlène Saldana (à Nanterre Amandiers – du 13 au 20 avril)

Méduse : Pour la découverte d’un collectif déjà passé par le festival Impatience et le festival d’Avignon (T2G – du 16 au 10 avril)

Electre/Oreste : Le retour d’Ivo Van Hove au Français… (du 27 avril au 3 juillet à Richelieu – Comédie Française)

Dans les concerts :  Anna Calvi + Shannon Wright, dans le cadre du festival Les Femmes s’en mêlent ou la soirée rêvée (Trabendo – 4 avril) ; Rufus Wainwright, depuis le temps… (Olympia – 5 avril) ; Minimalist Dream House par Katia & Marielle Labèque avec la participation de Thom Yorke (Philharmonie – 7 avril) ; Elisapie, déjà vue et à revoir (Boule Noire – 16 avril) ; Hubert Lenoir, ou la nouvelle sensation québécoise (Maroquinerie – 17 avril) ; Soap & Skin, depuis le temps… (Trianon – 17 avril) ; Sophie Hunger, hypnotisante et émouvante (Gaité Lyrique, 25 avril) ; Glen Hansard, pour ceux qui se souviennent de The Swell Season et du film Once… (Casino de Paris – 27 avril)

J’ai déjà vu (et je conseille)

An Irish Story – Une Histoire Irlandaise : J’en ai déjà parlé, j’ai vu la pièce de Kelly Rivière l’été passé et l’histoire est désormais parisienne avec cette belle série de représentations (au Théâtre de Belleville –  du 3 avril au 30 juin)

MAI

J’irai voir

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Fauves : Ou la nouvelle création de Wajdi Mouawad (Colline, du 9 mai au 21 juin)

Occupation Bastille 3 : Troisième édition d’une occupation artistique qui ne ressemblera en rien à celles de Tiago Rodrigues et l’Avantage du Doute. Et pour cause, c’est l’artiste Nathalie Béasse qui la mènera. L’occasion de (re)découvrir Happy Child, Tout semblait immobile, Roses, Le Bruit des Arbres qui tombent. Et d’autres petites choses sont en préparation, me semble-t-il. (du 13 mai au 29 juin – au Théâtre de la Bastille)

J’irai peut-être voir

Opening Night, : Cassavetes meets Teste feat. Adjani (Bouffes du Nord – du 3 au 26 mai)

Ode to the Attempt / Sweat Baby Sweat : Par Jan Martens ou le genre de chorégraphe que je dois encore découvrir (Théâtre des Abbesses – du 6 au 11 mai)

Je m’en vais mais l’Etat demeure : Par Hugues Duchêne, grand ramdam autour de cette pièce (Scala – du 8 au 12 mai)

Logiqueimperturbabledufou : Par Zabou Breitman et raté lors d’un précédent passage au Festival Off d’Avignon (Théâtre du Rond Point – du 9 mai au 2 juin)

Désobéir : Par Julie Bérès, avec un parfum de F(l)ammes (Paris Villette – du 9 au 19 mai)

L’Ennemi Du Peuple : Nicolas Bouchaud, point. (du 10 mai au 15 juin – à l’Odéon Théâtre de l’Europe)

Contes Immoraux Partie 1 – Maison Mère : Après avoir vu Saison Sèche, je ne peux qu’ajouter ce spectacle à ma liste des envies… (à Nanterre Amandiers – du 13 au 18 mai)

Lostmovements : Par Jan Martens & Marc Vanruxt, si cette année je le rate, je le fais exprès (Nouveau Théâtre de Montreuil / Rencontres Chorégraphiques de Seine St Denis – 17 et 18 mai)

Cataract Valley : Parce que voir un spectacle de Marie Rémond est toujours un ravissement (j’en ai vu trois, je me donne le droit d’énoncer cette vérité) (du 17 mai au 15 juin dans la petite salle des Ateliers Berthier – Odéon Théâtre de l’Europe)

Ce qui demeure : Par Elise Chatauret, parce que je l’avais raté l’été dernier à la Manufacture pendant Avignon Off (Quartiers d’Ivry – du 18 au 28 mai)

Dans les concerts : Jesse Mac Cormack, découvert en 1e partie d’un concert de Patrick Watson, me semble-t-il et pour que je me souvienne d’une première partie, c’est qu’il en valait la peine (Pop Up! – 4 mai) Emilie Kahn, qui a abandonné son harpe Ogden (Café de la Danse – 15 mai) ; Jon Spencer & The Hitmakers, explosif à coup sûr – je ne me lave plus les cheveux depuis qu’il m’a ébouriffé lors d’un concert à emporter dans un atelier du XXe il y a six (?) ans (Maroquinerie – 17 mai) ; Constance Verluca, c’est avec une impatience non dissimulée que je vais découvrir les nouvelles chansons de celle qui chantait « Vive le chocolat, l’héroïne et la vodka ! » (Les Étoiles –  23 mai) ; The Good, The Bad & The Queen, avec Damon Albarn notamment (Bataclan – 27 mai) ; Erik Truffaz Quartet feat. Nya, genre de jazz qu j’écoute (Odéon Théâtre de l’Europe – 27 mai)

J’ai déjà vu (et je conseille)

Iliade / Odyssée, par Pauline Bayle, vus à la Manufacture (Avignon Off) et au Théâtre de la Bastille, repris ici mais avec une nouvelle distribution (Scala – du 21 mai au 2 juin)

Hors Concours

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Les Infilitré.e.s saison 2 : Je joue dedans, c’est une écriture collective, c’est un projet de Marc Woog de la Compagnie Mimesis, c’est les 9 et 10 mai au Théâtre de la Bastille. (hormis des tableaux collectifs, j’aurai la chance  (?) d’interpréter une scène de « Après la répétition » vu cette année dans le même théâtre avec Georgia Scalliet et Franck Vercruyssen du tg STAN.)

JUIN

J’irai voir

Je n’ai aucun billet dans mon escarcelle, une anomalie dans mon histoire spectaculaire…

J’irai peut-être voir

Où la chèvre est attachée : Par Rébecca Chaillon que j’avais ratée au dernier festival Transformes à la Villette (Nouveau Théâtre de Montreuil – du 3 au 6 juin)

Aziz Ansari : Master of None (Olympia – 8 juin)

Soufflette : Par François Chaignaud et la compagnie Carte Blanche, je veux revoir le premier depuis Romances Inciertos (MC93 Bobigny / Rencontres Chorégraphiques de Seine St Denis – les 12 et 13 juin)

Why ? : par Peter Brook et Marie-Hélène Estienne, cela se suffit à soi-même (Bouffes du Nord – du 19 juin au 13 juillet)

The Swan and the Pimp : Par Hillel Kogan, le créateur de I love Arabs (Nouveau Théâtre de Montreuil / Rencontres Chorégraphiques de Seine St Denis – 21 et 22 juin)

Moving with Pina : Par Christina Morganti, comme je ne verrai probablement aucun Pina Bausch cette saison, cela sera peut-être mon lot de consolation (Théâtre des Abbesses – du 25 au 29 juin)

Bon voyage, Bob… : Par Alan Lucien Oyen et surtout le Wuppertal Tanztheater, nouvelle tentative de faire vivre la troupe sans sa créatrice (Chaillot, du 29 juin au 3 juillet)

Dans les concerts :  Julia Holter + Cate le Bon, parce qu’on m’en a dit du bien (Trabendo – 8 juin) ; Chewing-Gum Silence, par le clarinettiste Antonin Tri Hoang (Philharmonie – 15 juin) ; Eve Risser, pianiste inclassable entre jazz et musique contemporaine (Philharmonie – 16 juin) ; Les Innocents, les meilleures chansons pop françaises au monde (Café de la Danse – 19 juin) ; Elton John, non non, vous avez bien lu (20 juin – Bercy) ; Kevin Morby, car on m’en a dit aussi du bien (Cabaret Sauvage – 20 juin) ; Tom Jones, et j’assume totalement (Salle Pleyel – 28-29 juin)

J’ai déjà vu (et je conseille)

Saïgon : Vous pouvez lire ma chronique par ici (du 5 au 22 juin – aux Ateliers Berthier – Odéon Théâtre de l’Europe)

JUILLET

J’irai voir

La Cité Idéale Radieuse et Éternelle : Ou la nouvelle pièce du Laboratoire à Théâtre que j’ai bien connu pendant 3 ans. (MPAA St-Germain – 6 et 7 juillet)

J’irai peut-être voir

Dans les concerts, Cat Power avec H-Burns en 1e partie, en souvenir de plein de choses que je n’écrirai pas ici (Philharmonie – 4 juillet) ; Jonsi & Alex Somers, quand il y a du Sigur Ros quelque part, c’est toujours bon à entendre (Philharmonie, 6 /7 juillet) ; Thom Yorke : Point (Philharmonie – 7 juillet)

Je n’irai pas voir mais j’ai une bonne raison

Since She : Je serai au même moment à Avignon. Et pourtant j’avais très envie de voir ce que Dimitris Papaioannou avait à dire avec les danseurs du Wuppertal Tanztheater. (du 8 au 11 juillet à la Grande Halle de la Villette)

Ps : Je ne dirai pas combien de temps m’a pris la rédaction et la mise en page de cet article, mais je ne le ferai pas tous les jours…

Saison Sèche (Phia Ménard / La Criée)

(quand on ne lit pas la bible)

Saison sèche ? Ou le terrible destin d’agriculteurs français face à la grande sècheresse ?

(de quoi ça parle en vrai)

Contre la loi du mâle, du blanc, du dominateur, Saison Sèche promeut des silhouettes peintes, des corps en guerre, des nus dont le genre s’efface sous la vivacité poignante des couleurs. Comme pour résumer le théâtre à son essence, selon Phia Ménard : de la chair, de la sueur et de la sincérité. Superbe déflagration. (source : ici)

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Crédits photos : Christophe Raynaud de Lage

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je fais du tourisme théâtral. Je ne peux m’empêcher de regarder ce qui est programmé au théâtre là où je passe. En l’occurrence, ici Marseille. La bonne occasion pour enfin découvrir le travail de Phia Ménard.

Le spectacle commence comme ça : Phia Ménard descend les marches de la grande salle de la Criée. Nous la suivons du regard. Micro en main, elle nous observe, attend qu’une retardataire prenne place. Mais que va-t-elle dire ? « Je te claque la chatte. » Noir. Une phrase, à choix multiples. Certains spectateurs de la Criée ont applaudi… La voir prendre la parole et dire cette unique phrase a d’autant plus d’impact. On ressent une urgence. Voilà où nous en sommes. Une façon aussi de dire « Vous allez voir ce que vous allez voir ». A raison. C’est une grande claque qu’on se prend avec cette « Saison sèche ».

Je ne décrirai pas ici dans le détail les différents tableaux de ce spectacle majeur. Mais des images resteront probablement ancrées en moi très longtemps : dans un espace blanc, sur un plateau légèrement incliné, ces corps arachnéens, qui tentent de se relever, de se tenir droit, ce plafond qui monte et descend, ces murs qui suintent, qui explosent…

Phia Ménard & Jean-Luc Beaujault ont imaginé une scénographie ambitieuse et maîtrisée (big up aux régisseurs qui reconstruisent le décor chaque soir) (oui, j’ai osé employer l’expression « big up »). L’ambiance sonore est particulièrement oppressante et nous donne vraiment l’impression que la scène peut imploser à tout moment. Le temps s’étire. Tout se termine en chanson. Velvet Underground « Femme Fatale ».

Bien heureux je fus d’enfin voir un spectacle de Phia Ménard. Un spectacle politique, féministe, de grande envergure. Je reviendrai.

 

SAISON SÈCHE

Dramaturgie et mise en scène Phia Ménard & Jean-Luc Beaujault / Cie Non Nova

Création et interprétation Marion Blondeau, Anna Gaïotti, Elise Legros, Phia Ménard, Marion Parpirolles, Marlène Rostaing, Jeanne Vallauri, Amandine Vandroth

Scénographie Phia Ménard – Composition sonore et régie son Ivan Roussel – Création lumière Laïs Foulc – Régie plateau Benoît Desnos, Adèle Ogier, Rodolphe Thibaud – Costumes et accessoires Fabrice Ilia Leroy – Construction décor et accessoires Philippe Ragot

Prochainement à Gradignan le 7 mars et les 13 et 14 mars à Nantes

 

(une autre histoire)

Je suis devant le Théâtre National de la Criée. A Marseille. J’ai déjà joué là, j’avais dix-huit ans, avec les élèves de l’option théâtre de mon lycée. Un spectacle autour du théâtre absurde qui s’appelait « Absurde, vous avez dit absurde ? » Certains jouaient Ubu Roi, d’autres La Cantatrice Chauve ou Fin de Partie. Un camarade de jeu et moi-même avions fait un hold-up au CDI du lycée sur toutes les pièces de Beckett, Ionesco… Nous avons tout lu. Nous voulions trouver la perle rare. J’ai découvert « L’impromptu de l’Alma » de l’ami Eugène. Nous avons effectué les coupes, redistribué certaines répliques… Notre metteur en scène et notre professeur de lettres nous ont laissés faire.

Parfois je me dis que j’ai raté quelque chose dans ma vie.

Notre professeur voulait que nous répétions le titre du spectacle à la fin de la représentation. Soupir de consternation. J’apporte la musique de Hugues le Bars dans laquelle Ionesco répète qu’il en a marre, sur un air de valse. Je propose qu’on danse sur cette ritournelle. Tout le monde était d’accord, tout le monde était content. Y avait des feuilles aussi qui tombaient du ciel. C’est moi qui le rêve ou bien cela s’est-il vraiment passé ? Je ne sais plus. C’est dommage, il n’y a pas eu de captation de ce soir-là.

J’en ai marre d’aligner des paroles et des paroles.

La veille, une amie de Marseille m’a demandé pourquoi je n’avais pas fait d’études théâtrales à Aix. La veille, une autre amie de Marseille, plus vieille, plus chère, qui était là avec moi, avec nous, sur la scène de la petite salle de la Criée… Je disais quoi ?

Je voudrais bien me reposer.

 

Vu le vendredi 1e mars 2019 à la Criée, Marseille

Prix de ma place : 15€ (tarif CE grâce à l’ami marseillais)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Heptameron (Marguerite de Navarre / Benjamin Lazar / Bouffes du Nord)

(de quoi ça parle en vrai)

« (…) Confiné par des pluies diluviennes, un groupe d’hommes et de femmes décide de se raconter chaque jour des histoires d’amour, terrifiantes ou émouvantes, mais toutes véritables. Dans cette adaptation contemporaine, les récits anciens s’enchevêtrent aux récits actuels, tissant des ponts inattendus entre les êtres, les langues, les pays et les siècles. L’invitation au voyage s’accomplit dans une temporalité mouvante, au son de ces poèmes chantés que sont les madrigaux baroques de Claudio Monteverdi, Luca Marenzio, et Michelangelo Rossi notamment, qui révèlent toute leur force théâtrale. » (source : ici)

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Crédits photos : Simon Gosselin

(ceci n’est pas une critique, mais…)

A dire vrai, je n’avais pas prévu de voir ce spectacle. Mais la personne à qui je voulais offrir une place de spectacle avait choisi celui-ci. Je me suis donc exécuté et l’ai donc accompagnée. Je ne l’avais pas sélectionné car je pressentais que ce n’était pas pour moi. Mais j’étais tout de même curieux, une fois les billets pris, de découvrir le travail de Benjamin Lazar, qui avait eu des critiques dithyrambiques (je ne dirai pas combien de fois j’ai dû réécrire ce mot-là) pour sa dernière création, La Traviata avec l’étonnante Judith Chemla.

C’est typiquement le genre de spectacles pour lesquels je vois les points positifs, la sincérité des artistes, la qualité des interprètes-musiciens. Et pourtant ça ne me touche pas. La sauce ne prend pas. Je me détesterais presque moi-même de ne pas plus aimer, parce que forcément je me dis : « Mais je ne dois pas avoir les clés (comme il m’arrive parfois), mais c’est que je ne dois rien comprendre… ». Cependant, quelques jours après avoir vu ce spectacle, il ne m’en reste pas grand chose. Je perçois la délicatesse, l’harmonie, mais me restent seulement en bouche une certaine fadeur et un manque de rythme.

Et je ne vois pas trop ce que je pourrais en dire de plus.

 

HEPTAMERON

D’après L’Heptaméron de Marguerite de Navarre

Et d’après la musique Claudio Monteverdi, Luca Marenzio, Benedetto Pallavicino, Carlo Gesualdo, Michelangelo Rossi et Biagio Marini

Mise en scène Benjamin Lazar

Direction musicale Geoffroy Jourdain – Scénographie Adeline Caron – Costumes Adeline Caron et Julia Brochier – Lumières Mael Iger – Maquillages et coiffures Mathilde Benmoussa – Images Joseph Paris – Assistant mise en scène et dramaturge Tristan Rothhut

Avec Fanny Blondeau, Geoffrey Carey, Malo de La Tullaye

et avec Les Cris de Paris : Virgile Ancely, Anne-Lou Bissières, Stéphen Collardelle, Marie Picaut, William Shelton, Luanda Siqueira, Michiko Takahashi et Ryan Veillet

Aux Bouffes du Nord, Paris (la dernière était le 23 février) et à l’Opéra de Reims les 1er et 2 mars, au Théâtre de Caen les 12 et 13 mars, au Trident, Scène nationale de Cherbourg les 18 et 19 mars, au Théâtre d’Angoulême les 22 et 23 mars, au Théâtre de Liège du 31 mars au 4 avril

 

 

(une autre histoire)

Soudain j’eus un doute : était-ce une si bonne idée de l’inviter voir cette pièce dont je ne sais pas grand chose. Parce que quand j’entends Heptameron, je pense à Decameron, Pasolini et tout ça. Moment gênant en perspective ?

Soudain j’eus un doute : lui avais-je dit de me rejoindre à la Chapelle ou à Porte de la Chapelle ? Parce que c’est pas la porte d’à côté.

Soudain j’eus un doute : mes vêtements sont-ils assortis ? Parce que je doute de tout en ce moment. L’avantage du doute (gros clin d’oeil, face caméra), c’est qu’on est sûr de rien. Je porte du noir, non pas par deuil, même si j’ai eu de quoi ces dernières semaines, mais parce que ça m’amincit. J’ai un peu pris sur les hanches, et devant et derrière aussi. Ça m’amincit mais j’ai des pellicules. Et ça se voit, sur le noir. Comme quand tu vas dans une fête où il y a une lumière noire. C’est assez embarrassant. J’ai pourtant reçu de VentePrivée.com une cargaison de shampooings Head and Shoulders anti-pelliculaire, mais rien n’y fait. Je crois que c’est ma barbe, en fait.  C’est possible, ça ? Le groupe Dionysos chantait « J’ai froid, je pleure de la neige. » Il ne fait pas froid en ce moment. C’est le réchauffement climatique. Je ne pleure pas, malgré mon allergie aux cyprès, alors qu’il n’y a pas de cyprès ici. Mais c’est comme si je transpirais de la neige.  Comme si je transpirais des cheveux et de la barbe. Normalement quand je transpire, il y a des traces de sel qui se déposent sur mes vêtements. Il parait que c’est comme ça quand on n’est pas tout maigre. C’est une litote ou un euphémisme ? J’ai un doute.

 

vu le mercredi 20 février 2019 aux Bouffes du Nord, Paris

prix de ma place : 34€ (cat.1)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Kafka sur le Rivage (Murakami / Ninagawa / Colline)

(quand on ne lit pas la bible)

Kafka sur le rivage ? Après Einstein on the beach, la suite, en attendant Churchill sur une île ?

(de quoi ça parle en vrai)

« Kafka sur le rivage est un roman d’apprentissage qui s’inscrit dans la littérature universelle. Haruki Murakami nous conte les pérégrinations de Kafka Tamura, un adolescent de quinze ans sur les routes du Japon en quête de sa mère et les errances de Nakata, vieil homme simple d’esprit à la recherche de chats égarés. Quand leurs chemins vont se croiser, peut-être qu’alors chacun découvrira sa propre vérité. Dans ce récit initiatique, les chats confèrent, les poissons tombent du ciel, les prostituées vénèrent Hegel et les rêves prennent vie. » (source : ici)

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© Takahiro Watanabe – HoriPro Inc

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Première fois que je vois du théâtre japonais. (ma mémoire défaille peut-être à nouveau, je me suis souvenu à son décès que j’avais vu Bruno Ganz sur scène dans « Le Retour » mis en scène par Luc Bondy). Pas de théâtre Nô (je suis casse-cou mais pas trop), je n’ai lu qu’une nouvelle de Murakami. Mais y avait le nom Kafka dans le titre… Découverte x 1000.

A la manière du Wuppertal Tanztheater, la troupe du Ninagawa Production Company continue à présenter cette pièce malgré le décès de son metteur en scène, Yukio Ninagawa. Et bien leur en prend. Il est d’ailleurs très émouvant de les voir tous réunis pour les saluts, autour du portrait de Ninagawa. Parce qu’ils sont très nombreux, acteurs et régisseurs plateau. « Kafka sur le rivage » est un grand spectacle.

(c’est la dernière ce soir et c’est complet, donc je vais me permettre de divulgâcher quelque peu)

On y croise des (grands) chats qui parlent (Miyazaki style), Johnnie Walker et Colonel Sanders, un personnage en fuite (mais peut-on réellement fuir ?), des féministes très caricaturales (hystériques aux cheveux courts… vraiment ?), un soupçon d’Oedipe, une prostituée qui cite Bergson (coup de coeur pour l’apparition Kate Doi)… C’est foisonnant, le récit est un mille-feuilles.

La troupe est au diapason, tout comme la machinerie autour. On assiste durant les trois heures de représentation au déplacement presque gracieux de grandes cases aux parois transparentes. Ces dernières permettent de nous emmener de la forêt à une gare routière en un rien de temps. (là où ça aurait pu être ennuyeux et redondant).

Pourtant la pièce m’a quelque peu perdu en deuxième partie, la faute notamment à mon esprit qui divague. La musique est très présente, notamment celle de Sigur Ros. Au cas où on ne comprenne pas, y a de l’onirisme.

Mais quoi qu’il en soit ce « Kafka sur le rivage » est un ravissement.

 

KAFKA SUR LE RIVAGE

d’après Haruki Murakami

mise en scène Yukio Ninagawa

avec Leo Bartner, Kate Doi, Nino Furuhata, Yoko Haneda, Fumiaki Hori, Hayato Kakizawa, Katsumi Kiba, Haruka Kinami, Kenichi Okamoto, Masafumi Senoo, Masato Shinkawa, Erika Shumoto, Tsutomu Takahashi, Soko Takigawa, Shinobu Terajima, Takamori Teuchi, Masakatsu Toriyama, Yukio Tsukamoto, Mame Yamada

adaptation Frank Galati – scénographie Tsukasa Nakagoshi – création lumières Motoi Hattori – costumes Ayako Maeda – création son Katsuji Takahashi, Hideyuki Kano – coiffures et maquillage Yoko Kawamura – musique originale Umitaro Abe – 1er assistant à la mise en scène Sonsho Inoue – 2e assistant à la mise en scène Naoko Okouchi – régisseur général Toru Hirai – directeur technique Kiyotaka Kobayashi – directeur de production Yuichiro Kanai

Jusqu’au 23 février 2019 à la Colline, Paris

(une autre histoire)

A côté de moi, une dame. D’un certain âge. On se salue. Elle veut parler. Elle cherche le contact. En parlant de la fumée dans la salle : « Oh, ils veulent déjà nous mettre en condition ! ». Je souris. Elle me demande : « Mais, ils ont refait la salle, non ? » Je réponds : « Euh… Je ne sais pas… Enfin… Je crois qu’ils ont changé les fauteuils cet été, je veux l’été dernier. » Notre voisine du rang de devant, hautaine, se retourne : « Ça fait bien plus longtemps ! » Moi qui m’étonne : « Les sièges ? » La voisine sûre d’elle : « Oh oui, deux ou trois ans. » Elle se retourne. Même si elle a réussi à me mettre le doute, je me persuade que je ne peux me tromper. La dame : « Le temps passe vite… »

Le spectacle démarre. Sur scène et à côté de moi. La dame est une enfant. Elle réagit à tout ce qu’elle voit, à tout ce qu’elle entend. Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu un visage aussi expressif. Et ses mains aussi. Elle se cache quand le tonnerre retentit sur scène, elle sourit, elle rit, fait signe de la main

A la fin du spectacle, elle s’impatiente, veut applaudir mais n’ose pas. Elle lance un premier clap mais qui n’est pas encore repris. La musique de Sigur Ros est encore bien forte.

(Je me souviens, quand on a présenté ma pièce, à la fin de celle-ci, une musique monte, fondu au noir. Le régisseur voulait tout de suite remettre les lumières pour les saluts : « Non, on garde le noir jusqu’à la fin de la musique, j’a tout calculé, ça se termine et là tu remets la lumière. Tant pis si les gens veulent applaudir avant »)

Applaudissements, à tout rompre. Elle me regarde. Je n’applaudis pas. J’attends que les artistes reviennent sur scène. Je la devine rassurée en voyant mes mains s’entrechoquer vivement.

 

vu le mardi 19 février 2019 à la Colline, Paris

prix de ma place : 13€ (carte Colline)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Les Analphabètes (Ingmar Bergman / Le Balagan’ retrouvé / TGP St Denis)

(quand on ne lit pas la bible)

Les Analphabètes ? Mes élèves ?

(de quoi ça parle en vrai)

(…) Les deux artistes s’inspirent ici du scénario de Scènes de la vie conjugale, film réalisé en 1973 par le cinéaste suédois Ingmar Bergman, chef d’oeuvre doux-amer, drame ordinaire et bouleversant de l’amour qui dure puis qui s’efface. Pour cette reprise, ils ont invité un musicien : Thibault Perriard, batteur, familier des plateaux de théâtre, compagnon de route de Samuel Achache et Jeanne Candel. Trois acteurs donc, pour un spectacle qui s’écrit oralement et corporellement au « soir le soir ». Il y a dans cette proposition une exigence, une intensité, quelque chose qui semble brûler sous nos yeux : la force du théâtre dans l’instant présent. (source : ici)

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© Charlotte Corman

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Le défi était de taille : à nouveau une adaptation d’un matériau d’Ingmar Bergman (on le saura qu’on fête les 100 ans de l’artiste), en l’occurence « Scènes de la vie de conjugale », dont j’avais déjà vu la version réussie du tg STAN avec Franck Vercruyssen et Ruth Vega Fernandez. D’autant que, comme pour les spectacles du collectif flamand, les acteurs sont déjà sur scène à notre arrivée dans la salle, proposent aux spectateurs de s’asseoir ici ou là, accueillent les retardataires. La comparaison s’arrête ici car le spectacle du Balagan’ Retrouvé se suffit à lui-même.

Le spectacle dure plus ou moins 2h30 avec l’entracte. Je dis plus ou moins car comme il est indiqué dans la bible :   le  « spectacle qui s’écrit oralement et corporellement au « soir le soir » ». Il n’y a pas de texte pré-établi, nous devons faire confiance aux acteurs pour nous emmener dans les recoins des relations de ce couple. Gina Calinoiu et Lionel González écoutent leurs corps, l’impulsion du moment, savent où ils doivent aller et prennent parfois des chemins de traverse. La parole est tantôt hésitante, heurtée ou assurée (on y est même enrhumé), comme une certaine vie. Rien n’est simple.

Les deux acteurs sont particulièrement remarquables. La « petite » salle du TGP St Denis permet une proximité, je dirais même une immersion assez étonnante. Il est important, je pense, de le signaler, mais nous savons que c’est du théâtre, il y a même un musicien sur scène (j’y reviendrai). Pourtant, lors d’une scène de dispute physique, quand l’homme frappe la femme, nous avons envie d’intervenir, de monter sur scène et d’empêcher ce qui se produit.

La pièce est à la fois dure, intense. On y rit aussi, parfois nerveusement – Lionel González est particulièrement impressionnant dans la lâcheté, la mauvaise foi et toujours sur le fil du rasoir, car il en pourrait en faire beaucoup plus.

Et la musique du Thibault Perriard (d’inspiration jazz, donc prompt à s’adapter aux improvisations des comédiens) souligne, tout en discrétion. Le musicien est spectateur, sait se faire oublier, mais a une présence indéniable.

Une vraie belle découverte mais attention, la représentation que vous verrez peut-être ne sera pas tout à fait la même que la mienne.

 

LES ANALPHABÈTES

Avec Gina Calinoiu, Lionel González, Thibault Perriard

Collaboration artistique Marion Bois – Scénographie Lisa Navarro – Lumière Fabrice Ollivier – Costumes Élisabeth Cerqueira

Production Le Balagan’ retrouvé.

Jusqu’au 24 février 2019 au TGP St-Denis

(une autre histoire)

Comme disait le père Ingmar sur nous autres les humains, moi aussi je suis un analphabète des sentiments. On pourrait même dire aveugle. Malvoyant. Sourd. Handicapé. Je ne sais pas s‘il est de bon ton, aujourd’hui, d’utiliser ce vocabulaire-là pour ça. Je ne sais pas faire, je n’ai jamais su faire et je pense bien que… ben… je ne saurai jamais. Je suis vieux. On apprend de moins en moins. Nos machinchoses dans notre cerveau ne sont plus aptes à s’adapter, intégrer de nouvelles données.

Je ne sens plus mon coeur battre d’ailleurs. Je mens. Je mens quand je dis que je mens. Je ne sais plus.

Le temps passe, je me vois vieillir – si je ne faisais pas ce que je fais présentement, vieillirais-je moins vite ?

Je suis le dernier.

Revenons-en aux sentiments, je m’égare – j’aime tellement me perdre, dans la ville, dans mes pensées.

Hey ! Mais demain c’est la St Valentin ! Non non… rien.

Je voudrais pour mon prochain anniversaire une machine à écrire, pour que tous les mots aient une résonnance. Qu’on m’offre des carnets Moleskine pour toute la vie – je suis immortel – pour aller à l’essentiel. Arrêter d’effacer. Apprendre par coeur. By heart. Peut-être que ça donnera de l’allant, qu’il fera sa vie, mon coeur (mon amour). Il me racontera ses aventures.

J’interromps momentanément le programme : un poil de torse vient de transpercer le tissu de mon t-shirt.

Là tout de suite, du repos, j’ai besoin, je crois.

 

vu le dimanche 10 février 2019 au TGP St Denis

prix de ma place : invitation

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Si j’avais rencontré… Julie Gayet

Julie Gayet… Nous pourrions parler de la pièce dans laquelle vous jouez présentement aux Bouffes Parisiens, Rabbit Hole, mais je ne l’ai pas encore vue. Je pourrais faire semblant. Après tout, un de mes amis a vu la pièce à Aix-en-Provence et m’en a beaucoup parlé (il voudrait d’ailleurs passer le bonjour à Lolita Chammah qu’il n’a pas du tout trouvée en force ce soir-là…), j’ai vu le film de John Cameron Mitchell avec Nicole Kidman… J’étais pourtant invité à assister à la représentation de ce mercredi 6 février, à rencontrer l’équipe artistique en compagnie de blogueurs comme moi. Malheureusement des circonstances qui n’ont rien à voir avec le théâtre m’ont obligé à m’éloigner de Paris pour quelques jours. Je vous écris donc de… Marseille.

Coïncidence, puisque, si je vous avais croisée, j’aurais osé vous adresser la parole (si… si…) et vous aurais parlé de cette ville si chère à mon coeur. Marseille… car nos chemins se sont croisés dans la cité phocéenne, comme on dit, il y a de cela vingt-deux ou vingt-trois ans, je ne parviens pas à remettre la main sur mon billet de théâtre pour la pièce « Les Abîmés », vue au Théâtre de la Criée.

Remettons-nous dans le contexte (tout ce que je vais écrire ici est vrai) !

Je m’appelle Axel, j’ai dix-sept ans et je suis en terminale L au Lycée Michelet à Marseille. Nous sommes en 1996 ou 97. Je suis en option théâtre et le lycée a un partenariat avec le Théâtre National de la Criée, grâce auquel, notamment, nous avons pu assister aux répétitions des pièces de Gildas Bourdet. Notre professeure de français nous annonce que nous irons voir la pièce de Michael Cohen « Les Abîmés » avec lui-même, Serge Hazanavicius (le frère de Michel), Emmanuelle Lepoutre et vous-même. Certains ne vous connaissaient que par « Delphine 1 – Yvan 0 », moi, je vous avais vue dans le film de Laurent Bouhnik « Select Hotel ».

Acte I : Le spectacle. On voit le spectacle, ça nous plait, on applaudit (pour être honnête, mis à part le personnage d’Hazanavicius qui dort sous la table au début de la pièce, je ne me souviens aujourd’hui de rien d’autre), on est un peu jaloux du gars devant nous qui s’est levé et à qui vous avez souri. Après la pièce, notre professeure fait les présentations : vous êtes les artistes, nous sommes les lycéens, rendez-vous la semaine prochaine au lycée pour une rencontre-discussion.

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Acte II : Je m’appelle Axel, je suis avec Stéphan, Jean-Philippe et Mikael. Ce dernier est l’heureux propriétaire d’une 4L de toute beauté. Il est notre chauffeur. Nous sortons du théâtre à la recherche de Titine. Cinq minutes plus tard, Mikael se rend compte qu’il s’est trompé de sens, nous repassons devant le théâtre. Vous apparaissez. Jean-Philippe ou Stéphan, je ne me souviens plus très bien, mais ce n’était certainement pas moi, vous lance, un peu crânement : « On vous raccompagne ? » Vous répondez positivement. Nous marchons au ralenti à vos côtés. (musique : Little Green Bag du film Reservoir Dogs). Stéphan, Jean-Philippe et moi-même nous esquichons à l’arrière de la 4L pour vous laisser la place de la morte. Nous discutons de tout et sûrement de rien, nous nous arrêtons là où vous logez, vous nous donnez un baiser sur la joue en guise d’au revoir. À la semaine prochaine.

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Acte III : La semaine suivante. Les quatre garçons dans le vent n’ont pas lavé, depuis, leur joue droite ou gauche. Vous arrivez au lycée, vous nous reconnaissez. On discute. Fin. Avant de partir. Je tremble. Mon coeur bat la chamade. Je m’approche et vous tends un classeur (ou un porte-vues… j’ai vraiment des problèmes de mémoire) avec des feuilles dedans. Sur ces feuilles, une histoire. « AMORE ». Des mots écrits à la main ou à l’aide de ma machine à traitement de texte, je ne sais plus non plus. Maladroitement, timidivement (ce mot n’existe pas, mais ce n’est pas grave), je vous explique que j’aimerais avoir votre avis.

Acte IV : Je vous parle d’une époque où le courriel en est encore à ses balbutiements, où le téléphone portable ressemble à un talkie walkie. Chaque sonnerie du téléphone familial fait bondir mon coeur. Vous ne m’avez jamais appelé. Je me revois sur le tapis de ma chambre, à genoux, implorant le ciel : « Pourquoi ? Pourquoi ? ». C’est le genre d’anecdotes que j’aime raconter, à qui veut l’entendre. Je n’ai pas gardé le manuscrit original. Mais je me souviens qu’il ne s’agissait ni d’une pièce de théâtre, ni d’un scénario, ni même d’une nouvelle. Je commençais à peine à écrire. C’était une espèce de synopsis, une histoire mal fagotée, avec du drame (déjà), une mort, une vengeance, aucun humour (je me suis légèrement amélioré de ce côté – là, n’hésitons pas à nous envoyer des fleurs, des myosotis par exemple, j’aime bien les myosotis, ça me fait penser à la montagne et ce moment où j’ai rencontré celle qui a inspiré « Amore »… Et je retombe sur mes pattes). Très vite écrit, parce que vous étiez la première « célébrité » que je rencontrais (Bernard Tapie et Chris Waddle ne comptent pas), parce qu’il fallait que je me fasse remarquer, que j’étais certain de la qualité de mes écrits. En y réfléchissant, c’était surtout très mauvais. C’était de la merde, soyons honnêtes. Donc je ne vous en veux pas de ne pas m’avoir appelé (ou écrit, je ne sais plus si je vous avais laissé mon adresse postale).

Acte V : Nous sommes aujourd’hui le samedi 9 février 2019. Je ne vous ai finalement pas revue. Voilà ce que je comptais aussi vous dire : « Alors, j’ai écrit un texte qui s’appelle « Dedans ma tête ». Je vous le confie et vous me direz ce que vous en penserez. Mais cette fois-ci, c’est différent, parce que c’est franchement meilleur qu’ « Amore ». Pas difficile, vous me direz. Déjà parce que c’est destiné à être monté au théâtre, c’est un seul en scène, que deux personnes l’ont déjà lu et ne m’ont pas pris dans les bras en me disant : « Tu te fais du mal, faut que tu arrêtes ! »

Tout ça pour dire quoi… Ce n’est pas uniquement grâce à vous que j’ai continué à écrire, que je me suis amélioré, que ce blog existe, que j’ai écrit deux pièces, que j’ai continué à faire du théâtre. Depuis plus de vingt ans, j’ai énormément écrit, j’ai beaucoup lu, j’ai dû voir un bon demi-millier de spectacles (je n’ai pas fait le compte). Même si je ne travaille pas dans la vraie vie (ou la fausse, c’est selon) dans le théâtre, j’ai tout de même eu la chance de rencontrer et côtoyer des gens fascinants et inspirants comme Tiago Rodrigues et le collectif L’Avantage du Doute, pour ne pas les nommer (ou l’épisode « il se la pète encore et toujours, même qu’il a leurs numéros de téléphone). Mais il y a toujours eu cette petite anecdote dans ma tête, comme une envie de (gentille) revanche. Donc, il n’empêche, je ne peux m’empêcher de penser qu’une part infime de tout ça vous revient. Donc merci. (et j’aurais vraiment voulu être présent mercredi dernier…)

Convulsions (Hakim Bah / Frédéric Fisbach / Théâtre Ouvert)

(de quoi ça parle en vrai)

Dans « Convulsions », Hakim Bah prend appui sur un épisode de la tragédie des Atrides pour traiter, avec une écriture vive et non dénuée d’humour, des violences familiales, conjugales, sociales et économiques. Tout est question de possession, de territoires à conquérir et d’exil, entre un terrain de basket et un aéroport. L’écriture brute et concrète agit sans discourir. L’auteur fait preuve d’acuité de vue tant dans la description des pulsions humaines que dans celle de l’agressivité du monde des leaders. (source : ici)

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Cette soirée est placée sous le signe de la découverte, d’un auteur et de comédiens presque inconnus de mes yeux. Ces derniers forment un choeur (ils échangent leurs rôles, disent les didascalies…) mais qui ne met pas en sourdine les qualités individuelles de chacun des comédiens : je fus subjugué, n’ayons pas peur des mots, par la luminosité de Lorry Hardel, le magnétisme de Nelson-Rafaell Madel et ravi de retrouver la légèreté de Marie Payen (comme une envie de revoir « Nos vies heureuses » de Jacques Mailhot).

Le metteur en scène Frédéric Fisbach parvient à trouver l’équilibre entre un malaise certain (notamment en début de spectacle, les trois comédiennes sont seules dans la lumière, distribuent la parole entre Atrée et Thyeste qui torturent leur demi-frère bâtard, hors champ. Nous n’avons que notre esprit pour imaginer la scène, ce qui, je trouve, est bien plus efficace et insoutenable qu’en « vrai » devant nous… C’est l’adaptation d’une tragédie grecque, je le rappelle) et un certain humour notamment grâce à la langue de Hakim Bah qui étire les situations, joue avec les mots, répète de manières différentes, comme si nous n’étions plus capable d’être direct, comme si, aujourd’hui, nous parlions pour ne rien dire (ah bon ?), comme si la fin (violente) était inéluctable (j’avais oublié : c’est une tragédie). L’histoire se répète, c’est entendu.

On sort sonné et impatient de revoir sur scène certains de ses acteurs et curieux aussi de lire les précédents textes d’Hakim Bah (et ses prochains).

 

CONVULSIONS

texte HAKIM BAH

mise en scène FRÉDÉRIC FISBACH

avec Ibrahima Bah, Maxence Bod, Madalina Constantin, Lorry Hardel, Nelson-Rafaell Madel, Marie Payen

dramaturge Charlotte Lagrange – scénographe Charles Chauvet – créatrice lumière Léa Maris – créatrice son Estelle Lembert – assistant à la mise en scène Imad Assaf

Jusqu’au 9 février 2019 au Théâtre Ouvert, Paris

 

(une autre histoire)

Le Théâtre Ouvert se trouve pour quelques mois encore dans le quartier de Pigalle. Si j’ai bien compris, les murs appartiennent au Moulin Rouge qui va bientôt les récupérer pour en faire je ne sais quoi. Il faut descendre au métro Blanche pour y aller. A droite, tu peux remonter la Rue Lepic mais tu dois rester sur le boulevard, dépasser le cabaret parisien et prendre une jolie petite traverse. Il s’agit d’une information que je n’arrive pas à mémoriser. Blanche Blanche Blanche. Je sors à Pigalle, toujours. Quand il fait beau et que je ne suis pas en retard, ça va. Je promène, je flâne. Mais quand il pleut, ça le fait moins. Mais je me promène, je flâne,  quand même. Slalomer entre les touristes, passer devant les sex-shops, les cabarets olé olé, le théâtre de Dix Heures, un univers inédit pour moi. Les rabatteurs et rabatteuses me demandent si je parle français. Je fais non de la tête, c’est surtout pour dire « Non merci, j’ai tout ce qu’il faut à la maison. » Ce qui est totalement faux, puisque je n’ai ni poppers, ni barre de pole-dance et encore moins de petite copine à domicile qui tenterait de profiter de l’argent que je n’ai de toute façon pas. En fait, si, j’en ai un tout petit peu, mais je le conserve dans une tirelire Snoopy pour un futur voyage au Québec. Ou pour un prochain séjour à Avignon. Ou pour une épiliation dorsale au laser.
Quoi qu’il en soit, le Théâtre Ouvert déménagera vraisemblablement dans les locaux du Tarmac, que j’ai connu alors qu’il n’était encore que Théâtre de l’Est Parisien parce que j’habitais ce quartier-là. J’avais mon libraire (qui pensait que je… non, ça, je ne vais pas le raconter) et mon bar attitré (le propriétaire fait tout le temps la gueule, on se faisait un concours du plus grand grincheux, je suis assez fortiche à ce jeu-là).

Tout ça pour dire que je n’aurai plus aucune raison de me tromper de station de métro, surtout que Pigalle est assez loin de Pelleport. Et pas sur la même ligne.

PROCHAINEMENT : Une autre histoire forcément palpitante, en direct de la ligne 3Bis. (les Parisiens savent)

 

vu le mercredi 23 janvier 2019 au Théâtre Ouvert (Paris)

Prix de ma place : invitation

Crédit photo : Mathieu Edet

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

On voudrait revivre (Manset / Brugnon / Hummel / Kerzanet / Théâtre de l’Opprimé)

(de quoi ça parle en vrai)

Comment approcher Gérard Manset, cet artiste déroutant et inclassable qui, depuis son premier album Animal on est mal sorti en 1968, n’a fait aucun concert et refuse toute interview… ou presque ? Léopoldine Hummel, révélation récente de la scène chanson, et Maxime Kerzanet, comédien et musicien, ont voulu mettre sous les projecteurs cet auteur-compositeur de l’ombre, dans l’écrin d’un théâtre, le seul endroit au monde capable de prendre soin des êtres sensibles. Sous le regard de Chloé Brugnon, ils bidouillent les sons, détournent les chansons, subliment les paroles pour nous offrir un voyage théâtral et musical plein de poésie. Gérard Manset est leur point de départ. Cet artiste qui s’est offert le luxe d’une liberté artistique exploratrice loin des modes et formatages, est la source d’inspiration idéale pour une réinvention collective de son parcours en solitaire, un palimpseste. Il devient une figure tendre qui accueille tous les questionnements poétiques du monde. (source : ici)

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© Félix Taulelle

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

On va dire que je fais une fixette sur certain.e.s artistes. Je pense à Tiago Rodrigues, tg STAN, Marlène Saldana et… Léopoldine Hummel. Sachez que la dernière fois que je l’ai vue, c‘était avant tout pour Marc Lainé, que les choses soient bien claires ! Ici, je ne peux m’en cacher, l’idée de la revoir sur scène avec Maxime Kerzanet (qui l’accompagne également quand elle se fait appeler Léopoldine HH) me met en joie…

Je ne connais pas Gérard Manset. Enfin… Je croyais ne pas le connaître. Mais en entendant certaines de ses chansons pendant le spectacle, je me suis rendu compte qu’il n’en était rien. Que cette chanson dans Holy Motors de Leos Carax, c’était lui. Que « Comme un Lego », qui m’était familière grâce à la version de Bashung, c’était lui. Et bien d’autres encore. Grâce au gracieux duo (et attachant et malicieux) Hummel / Kerzanet, on apprend à connaître ce personnage énigmatique qu’est Gérard Manset, à appréhender l’animal. Il nous donne surtout envie d’écouter 52 fois ses chansons et de (re)lire Nerval et/ou Handke. J’aime quand les artistes se font passeurs (j’ai lu Gwenaëlle Aubry, c’est un exemple).

Cet objet non identifié spectaculaire vaut également pour la mise en scène de Chloé Brugnon, toute en finesse et en intimité. Pourtant, on est quelque peu dérouté en début de spectacle quand Léopoldine Hummel et Maxime Kerzanet se relaient la parole de Manset, que ce moment plus ou moins improvisé dure, sans trop savoir où ça peut nous mener. Léopoldine et Maxime (et Chloé… oui, je les appelle par leurs prénoms, même si je ne les connais pas) nous emmènent ailleurs. La poésie, la douce folie et la sincérité des deux interprètes emportent tout.

En sortant du théâtre de l’Opprimé, on ne replace pas ses écouteurs dans ses oreilles pour s’isoler de je ne sais quoi. On a dans la tête ce petit air, ces visages… Parce qu’on voudrait revivre ce moment…

 

ON VOUDRAIT REVIVRE

A partir des chansons de Gérard Manset

Mise en scène : Chloé Brugnon (Compagnie Claire Sergent)

Avec : Léopoldine Hummel, Maxime Kerzanet

Création lumière : Hugo Dragone – Création son : Mathieu Diemert – Costumes et accessoires : Jennifer Minard

Jusqu’au dimanche 21 janvier 2019 au Théâtre de l’Opprimé, Paris

 

(une autre histoire)

On ne se souvient pas de la première fois. Qu’on découvre un artiste. Un compositeur, un auteur, un interprète. Je ne parle pas du concert, je ne parle de la chanson qu’on entendrait dans un film et qui nous ferait patienter jusqu’à la fin du générique. Je regarde ma discothèque et… Radiohead… c’était quand, c’était quoi, c’était où ? Patrick Watson… c’était quand, c’était quoi, c’était avec qui ? Emiliana Torrini… c’était… à Québec, en juillet 2005. Je suis dans ce magasin de disques, aujourd’hui disparu trop tôt, Sillons, dans la rue Cartier. Je cherche une compilation du label Tigersushi que m’a conseillé la serveuse du Bonnet d’Âne, un restaurant dans la rue St Jean. En fond sonore, j’entends une voix. Je demande à la vendeuse à qui elle appartient. Comme dans une impulsion j’achète par la même occasion le disque, qui m’accompagne ensuite dans mon périple gaspésien. Je me souviens être resté toute une après-midi sur une plage, le pantalon retroussé jusqu’aux genoux, les écouteurs dans les oreilles et avoir tenté d’écrire des paroles sur une des musiques de cette artiste islandaise. Je me suis brûlé les tibias. Coup de soleil.

Finalement on peut se souvenir de la première fois.

 

vu le vendredi 18 janvier 2019 au Théâtre de l’Opprimé, Paris

prix de ma place : 16€

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

The Scarlet Letter (Angelica Liddell / La Colline)

(quand on ne lit pas la bible)

The Scarlet Letter ? Il y a un rapport avec la Servante Écarlate ?

(de quoi ça parle en vrai)

(…) Si c’était autrefois la religion qui censurait, rejetait, c’est aujourd’hui l’empire de la raison qui domine la pensée puritaine de notre société. Dans un déchirant cri de souffrance, Angélica Liddell nous rappelle que l’humanité trouve son fondement dans la culpabilité du premier homme, c’est sur cette base qu’elle libère ses tourments, porteuse des stigmates de nos infractions à la morale et de nos mauvaises consciences. (source : ici)

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© Simon Gosselin

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Angélica Liddell fait partie de ces artistes dont on sait déjà ce qu’on va voir. Elle provoque le malaise, la fascination, va beaucoup parler, ne pas épargner ses partenaires de jeu ni elle-même par la même occasion. Elle sait également comment mettre le public dans sa poche (l’utilisation de chansons populaires en est un exemple).

Pourtant on y revient. Parce qu’elle est une artiste entière, audacieuse, qui ne ménage pas sa peine et ce n’est pas forcément si fréquent. Mais qu’osera-t-elle faire cette fois-ci ? La nudité (masculine) sera très présente (ces hommes qui resteront nus même aux saluts). Parce qu’elle sait créer des images d’une beauté époustouflante (ces grands rideaux rouges qui tombent sur elle, par exemple). Parce qu’elle a toujours quelque chose d’intéressant à dire, parfois à contre-courant de l’air du temps. Elle porte une autre voix, persévère dans sa propre voie. Elle parle de la vieillesse et surtout de l’artiste qui est au centre de tout, qui, sans public, n’est rien. Elle regrette l’aseptisation de l’art. Liddell déclare sa flamme aux Artaud, Foucault… Qu’en serait-il aujourd’hui ?

C’est certain, on y reviendra.

Ps : Note pour plus tard, le rang B à la Colline c’est le premier rang. On n’appréhende pas tout à fait de la même façon les images en face de nous que si nous avions été au rang Q. Mais on fait comme si on était tout seul face à la scène. On ne remarque pas les spectateurs laissés sur le bord de la route. Zéro parasitage.

 

THE SCARLET LETTER

texte, mise en scène, scénographie, costumes et jeu Angélica Liddell

librement inspiré de l’œuvre de Nathaniel Hawthorne

avec Joele Anastasi, Tiago Costa, Julian Isenia, Angélica Liddell, Borja López, Tiago Mansilha, Daniel Matos, Eduardo Molina, Nuno Nolasco, Antonio Pauletta, Antonio L. Pedraza, Sindo Puche

assistanat à la mise en scène Borja Lopez – production et diffusion Gumersindo Puche

Jusqu’au 26 janvier 2019 à la Colline, Paris.

 

(d’autres histoires)

La dernière fois que j’ai vu un spectacle d’Angélica Liddell, ça devait être un samedi 14 novembre 2015. Annulé. Pour les raisons qu’on sait.

L’avant-dernière fois que j’ai vu un spectacle de Christophe Honoré, c’était un 6 novembre 2015, quelque chose comme ça.

Les deux utilisent des chansons populaires. Mon second m’a même obligé à entendre pour la deuxième fois de ma vie « Despacito ».

Liddell avait joué à l’Odéon, elle joue maintenant à la Colline. Honoré avait joué à la Colline, il joue maintenant à l’Odéon.

Les deux citent Foucault.

Le spectacle est soutenu par le Teatro Nacional D.Maria II de Lisbonne. Son directeur, Tiago Rodrigues, a-t-il demandé à Angélica Liddell, en échange de ce soutien, de citer Flaubert et Bovary, Fahrenheit 451 et Ray Bradbury ?

*****

C’est le plus beau jour de ma vie : aujourd’hui je passe une audition pour jouer dans un spectacle d’Angélica Liddell. Mais je ne comprends pas, on m’a recalé. Je me mets nu, comme tout le monde et je suis rejeté. Je suis trop ? Pas assez ? Un autre rêve qui ne se réalisera pas encore.

(ce texte a subi une auto-censure assez impressionnante quand on y pense, je vous prie de bien vouloir m’excuser. La prochaine fois j’irai acheter des couilles un peu plus grosses et j’oserai exhiber mon anatomie dans ces colonnes. Façon de parler.)

 

vu le mardi 15 janvier 2019 à la Colline (Paris)

prix de ma place : 13€ (carte Colline)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Kanata (Robert Lepage / Théâtre du Soleil)

(de quoi ça parle en vrai)

« C’est la première fois, en cinquante-quatre ans de son histoire, qu’Ariane Mnouchkine confie la troupe du Théâtre du Soleil à un metteur en scène invité – le Canadien Robert Lepage. La pièce imaginée par ce dernier assemble les fragments d’une vaste épopée retraçant deux-cents ans d’histoire de son pays — « kanata » est le mot iroquoien, signifant « village », qui a donné son nom au Canada — et scelle la rencontre, par comédiens interposés, entre deux géants de la mise en scène qui sont avant tout deux humanistes, convaincus que l’artiste doit être le témoin de son temps. » (source : ici)

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photos de répétition ©Michèle Laurent

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Exercice assez compliqué que de parler de ce spectacle sans avoir en tête la polémique qui naquit cet été (je résume à l’extrême : une pièce sur les autochtones sans acteurs autochtones).

J’imagine Robert Lepage et Ariane Mnouchkine se grattant la tête : « Bon on fait quoi maintenant ? »

La pièce s’appelle Kanata – Episode 1 : La Controverse. Je me pose la question suivante : Pourquoi ?

(je pense tout haut)

Le spectacle a le cul entre deux chaises (c’est vulgaire, je sais). J’ai peut-être eu un problème de perception, mais je n’ai pas eu l’impression que l’accent était mis sur la population autochtone. On assiste à ce fait divers sordide où des dizaines de jeunes femmes (en majorités autochtones) sont sauvagement assassinées, on apprend l’existence de la rue Hastings à Vancouver peuplée de miséreux et de toxicomanes, mais ce n’est qu’à la fin du spectacle (pendant une séance de taï-chi… WTF ?) qu’on nous fera un cours magistral sur les Anglais, les Indes, l’opium, les autochtones, le Canada. (résumé de mauvaise foi qui ne dit pas grand chose, j’en conviens)

Effectivement il y a deux scènes furtives en début de spectacle, avec un enfant enlevé, des arbres décimés, mais ce n’est finalement pas grand chose pour un spectacle s’appelant Kanata. Quel formidable sujet aurait pu être l’assimilation de tous ces enfants, de leur adoption (allez écouter les chansons d’Elisapie, qui sait de quoi elle parle), les conditions de vie des membres des premières nations dans les réserves. Ici c’est tiède, c’est superficiel et ça passe à côté de son sujet (comme certaines de mes chroniques).

Ensuite était-ce bien nécessaire d’ajouter cette dernière demie-heure sur cette peintre française à qui on reproche de peindre des visages d’autochtones disparues sans en avoir demandé l’autorisation (la fameuse controverse de l’appropriation, clin d’oeil au feuilleton franco-canadien de cet été).

Je parais très critique car ma déception est très grande : j’admire le Théâtre du Soleil et les mises en scène de Robert Lepage (on apprécie encore l’engagement des comédiens, on admire la virtuosité d’une scène de rêve). Je ne vais pas entrer dans la polémique car je ne connais sûrement pas tous les tenants et les aboutissants (Ils n’auraient vraiment pas pu intégrer des comédiens autochtones dans la distribution ? Il me semble pourtant que le Théâtre du Soleil accueille des nouveaux pour chaque création, non ?) Certes, il y a les investisseurs, il y a Robert Lepage qui doit avoir x projets en cours, il y a le Festival d’Automne, mais fut un temps où le Théâtre du Soleil osait repousser les dates de création parce qu’ils n’étaient tout simplement pas prêts. Pourquoi pas ici ?

KANATA, ÉPISODE 1 : LA CONTROVERSE

Mise en scène, Robert Lepage

Avec les comédiens du Théâtre du Soleil

Dramaturgie Michel Nadeau – Direction artistique Steve Blanchet – Scénographie et accessoires Ariane Sauvé…

Jusqu’au 17 février 2019 au Théâtre du Soleil (la Cartoucherie, Paris) en partenariat avec le Festival d’Automne à Paris et prochainement au Printemps des Comédiens (Montpellier)

(une autre histoire)

La première fois que je suis allé au Québec, c’était à Québec même, il y a presque quatorze ans. J’étais mince (c’est faux), je ne portais pas la barbe (mais j’avais déjà la flemme de me raser), j’avais pris le train à 2h du matin à la gare de Rivière du Loup pour me retrouver au fin fond de la Gaspésie, croiser la route d’un fan parisien de Bruce Springsteen qui jouait de la guitare dans une salle de répétition à vingt mètres de chez moi (et qui est devenu un ami que je fréquente toujours) et entendre cette réplique mythique : « En Gaspésie, j’ai pas vu de phoques et j’ai même pas fucké ! » (que d’histoires à raconter à mes petits-enfants que je n’aurai sûrement pas…).

Au bout de trois jours de vie trépidante québécoise, je croise un homme un peu basané. Ne vous offusquez pas trop vite, je m’explique : c’était la première fois que je rencontrais une personne de couleur dans la ville de Québec, intramuros (parce qu’il y a des remparts à Québec, parce que les Anglais, les Français, je me suis endormi à ce moment-là de l’exposé et j’ai tout mélangé). Montréal, ce n’est pas du tout pareil, je précise.

A l’extérieur de la capitale se trouve Wendake. C’est une réserve autochtone. Je m’imaginais les tipis, les flèches et les attrape-rêves, mais non, c’est une vraie petite ville. Avec des attrape-rêves. Et à Wendake, y a un endroit où on mange comme les autochetones, ça s’appelle Sagamité (je ne mentionne pas du tout ce restaurant pour qu’ils m’invitent l’été prochain, car ma soeur a emménagé non loin de la maison d’enfance de Robert Lepage et je vais revenir à Québec, faut suivre, je sais). On y mange surtout de la viande. Du bison, du wapiti, de la biche, du cerf. Alors ils coupent des petits morceaux et c’est servi sur une espèce de potence et ils font flamber le tout. Rien que pour ça, je retarde encore ma conversion au végétarisme et j’arrêterai mon histoire ici, j’ai déjà perdu la moitié de mon lectorat. Vive le Québec libre !

vu le dimanche 13 janvier 2019 au Théâtre du Soleil

prix de ma place : 30€ (abonnement Festival d’Automne)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Les Idoles (Christophe Honoré / Odéon Théâtre de l’Europe)

(de quoi ça parle en vrai)

« (…) En rendant hommage à ses six Idoles – Collard, Daney, Demy, Guibert, Koltès, Lagarce –, à travers six manières singulières d’affronter le désir et la mort en face, Honoré revient aux “jours sinistres et terrifiants” de sa jeunesse. “Un spectacle pour répondre à la question: Comment danse-t-on après?” » (source : ici)

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© Jean-Louis Fernandez

(ceci n’est pas une critique, mais…)

J’attendais avec impatience la nouvelle pièce de Christophe Honoré. Parce que, à une exception près, j’aime son cinéma et que j’avais énormément apprécié « Fin de l’Histoire » (où j’ai découvert la divine Marlène Saldana) et « Nouveau Roman » dont la mécanique est ici reprise : des acteurs qui jouent des personnalités de la vie artistique, une recherche documentaire qui les implique dans le processus de création…

C’est dans un décor (toujours imposant) de station de métro à la St Michel (c’est mon interprétation) que Christophe Honoré rend hommage à ces hommes qui furent ses idoles, qui l’ont en quelque sorte façonné. Il est aussi, je ne dirai pas étonnant mais, beau de voir à quel point il peut faire confiance en ses acteurs : Marina Foïs dont on a l’impression qu’elle joue toujours de la même façon (cet air détaché, une diction et un rythme qui respirent – je sais, ça ne veut rien dire), pourtant ça fonctionne à en devenir bouleversant, Marlène Saldana (dont je ne peux m’empêcher d’admirer l’énergie, l’audace et la finesse) qui emporte tout sur son passage, Jean-Charles Clichet qui apparait tour à tour fragile et drôle (ou les deux à la fois)…

L’ensemble est à ravir. C’est généreux. On rit, on est ému. Christophe Honoré parvient à trouver l’équilibre. On se retrouve dans ces années 80/90 pendant lesquelles j’étais bien trop jeune pour apprécier (ce n’est peut-être pas le bon mot) ce que pouvaient être ces années SIDA. Un spectacle essentiel et mémorable.

On connait déjà la fin puisqu’ils sont déjà tous morts. D’ailleurs le début pourrait être la fin, ça se terminerait comme dans un film de Jacques Demy, on y danserait comme les danseurs de Dominique Bagouet, sur une musique des Doors mais ça ne se terminerait jamais…

« When the music’s over, turn out the lights… »

 

LES IDOLES

de Christophe Honoré

avec Youssouf Abi-Ayad, Harrison Arévalo, Jean-Charles Clichet, Marina Foïs, Julien Honoré, Marlène Saldana et Teddy Bogaert

scénographie Alban Ho Van – dramaturgie Timothée Picard – lumière Dominique Bruguière ) costumes Maxime Rappaz – collaboration à la mise en scène Teddy Bogaert

Jusqu’au 2 février 2019 à l’Odéon Théâtre de l’Europe – Paris (mais c’est complet !), les 6 et 7 février à la Comédie de Caen et les 14 et 15 février à Montbéliard

 

(d’autres histoires)

Serge Daney, je l’ai découvert grâce à Nicolas Bouchaud dans « La loi du marcheur ». Je n’avais aucune idée de comment il était mort, mais je m’en fichais un peu. Serge Daney, un autre passeur, comme Christophe Honoré.

Jean-Luc Lagarce, Bernard Marie Koltès, je les ai connus parce que quand on s’intéresse au théâtre, ils sont incontournables. J’avais joué une scène de « Quai Ouest », une année. Une histoire de ne pas se débarbouiller, si je me souviens bien. Et il faut absolument lire les éditoriaux de Lagarce pour le théâtre du Granit de Belfort.

Cyril Collard, j’avais treize ans quand j’ai vu Les Nuits Fauves au cinéma. Je n’avais pas aimé. Je n’avais pas compris. Mais j’avais découvert Romane Bohringer.

Jacques Demy… Je n’ai jamais été biberonné à Peau d’Âne, ai découvert sur le tard les Demoiselles de Rochefort. Je connais plus les chansons de Michel Legrand que son cinéma.

Hervé Guibert, ben je ne l’ai jamais lu. Je ne savais même pas qu’il était lié à Michel Foucault que, lui, je connais malgré mon 6 en philo au bac (le corps utopique, les hétérotopies…). Mais je le lirai, oui.

*****

Si je me retrouvais nez à nez avec Marlène Saldana, je lui dirais quoi ? Nous avons le même âge, elle est ce qu’elle est, je suis ce que je suis. Je n’ai surtout plus l’âge de passer pour un fan. A vingt ans, ça peut être attendrissant, à quarante, ça peut paraître étrange, pour ne pas dire malsain.

« J’aime ce que vous faites, ce que vous êtes. »

Je lui dirai… Je sais… Je lui dirai :

« Vous disiez dans la pièce, je veux dire, vous faites dire à Jacques Demy : « Ah non pas l’accent marseillais, j’ai tourné « Trois places pour le 26 » à Marseille et personne n’avait d’accent ». Je suis né à Marseille, j’y ai passé les vingt-cinq premières années de ma vie et pourtant je n’ai pas l’accent. Ou à peine. Voilà, c’est tout. »

 

vu le mercredi 9 janvier 2019 à l’Odéon Théâtre de l’Europe, Paris

prix de ma place : 20€ (cat 1 – avant-première)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Deux mille dix-huit

SPECTACLE VIVANT

Une année record (j’avais déjà dit cela l’an passé, mais j’ai de nouveau battu mon record, c’est moi qui ai la plus longue, pour une fois). Alors même que cette année j’ai travaillé à plein temps (pour le pire et le moins pire), je sais déjà que j’en ferai beaucoup moins en 2019, j’ai vu mes limites, tant physiques qu’inspirationnelles, si je puis dire. (ça aussi, je l’ai déjà écrit l’an passé, mais à moins qu’on me paye pour écrire, je verrai réellement beaucoup moins de spectacles l’an prochain). Pour être plus sérieux, j’ai la fâcheuse impression que d’en voir beaucoup me blase un tantinet…

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Bibliothèque du Théâtre de Gennevilliers

139 spectacles (71 il y a 2 ans, 101 l’an passé) à Paris, Montreuil, Bobigny, Nanterre, Gennevilliers, Aubervilliers, Saint-Denis, Boulogne-Billancourt, Saint-Ouen, mais aussi Avignon, Bussang, Bruxelles, Londres et Lausanne, dans 66 lieux avec des artistes français, belges, anglais, néerlandais, italiens, portugais, canadiens, danois, suisses, brésiliens, grecs, polonais, allemands, israëliens, russes… parfois (souvent) dans le texte. Du théâtre, des chevaux, des images, du son, de la musique, des marionnettes, des objets, du théâtre documentaire, de la danse, du cirque, du seul en scène, du one wo.man show, des écoles de théâtre, des gens tous nus, des performances, du jeune public, des professionnels, des « amateurs » et même des pièces dans le privé…

Trois spectacles vus une 2e fois (« Iliade » par Pauline Bayle, « Bovary » et « Sopro » de Tiago Rodrigues) ou une 3e fois (« By Heart » de Tiago Rodrigues, toujours lui)

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Ça ne se passe jamais comme prévu de Tiago Rodrigues avec les élèves de la Manufacture au Théâtre de l’Aquarium

J’ai vu cinq spectacles du tg STAN (« Quoi Maintenant », « Infidèles », « Atelier », « Après la répétition », « Quartett »), quatre de Tiago Rodrigues (+ « Ça ne se passe jamais comme prévu ») (#TeamTiago), quatre de Julien Gosselin (« 1993 » et sa trilogie Don DeLillo), quatre de Gwenaël Morin (sa tétralogie « Molière de Vitez »), trois de Marc Lainé (« La fusillade sur une plage d’Allemagne », « Hunter », « La Chambre désaccordée »), deux du Collectif L’Avantage du Doute (« Grande Traversée », « La Caverne ») (le film de Judith Davis « Tout ce qu’il me reste de la révolution » sort début février, soit dit en passant), deux de Pauline Bayle (« Iliade » et « Odyssée »), deux avec Laetitia Dosch (« La Maladie de la Mort » de Katie Mitchell et « Hate »), deux avec Emilie Incerti Formentini (« Au bois » et « Love me tender »), deux avec Grégoire Monsaingeon (« Bovary » et « Ovni(s) »), deux de Lisbeth Gruwez (« We’re pretty fuckin’ far from ok », « The Sea Within »), etc.

Par souci de transparence, je tiens à mentionner que j’ai bénéficié de 43 invitations  (dont 19 dans le cadre du Festival Off d’Avignon) grâce à ce blog ou dans le cadre de  mes contributions au Blog de Nestor (blog sur l’actualité culturelle montreuilloise). J’ai donc payé 96 fois ma place…

À part ça de grands souvenirs avec (dans le désordre) :

  • France Fantôme de Tiphaine Raffier au TGP St-Denis
  • B. Traven de Frédéric Sonntag au Nouveau Théâtre de Montreuil
  • The Encounter de Simon McBurney à l’Odéon Théâtre de l’Europe
  • Tragédies Romaines de Ivo Van Hove à Chaillot (je ne l’ai pas chronique, vous rendez-vous compte ?!?)
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Tragédies romaines d’Ivo Van Hove à Chaillot

Et dans les (plus ou moins) bons souvenirs :

  • le bataillon 30 hyper dissipé aux Tanneurs pour le « By Heart » de Tiago Rodrigues.
  • ma crampe à la cuisse droite durant la trilogie Don DeLillo aux Ateliers Berthier.
  • le site magnifique du Théâtre du Peuple à Bussang.
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Théâtre du Peuple, Bussang
  • mon extinction de voix à cause de Laetitia Dosch (ou plutôt à cause de ma persévérance à ne pas vouloir acheter de parapluie)
  • mon accréditation pour le Off d’Avignon.
  • la découverte du Barbican à Londres (clin d’oeil à Camellia Burows)
  • tomber amoureux d’une bonne dizaine de comédiennes/danseuses (en vrai, j’ai préféré ne pas compter pour ne pas me faire du mal) (clin d’oeil à Laurent, je te laisse Laetitia, mais j’ai vu Lisbeth avant toi, je te ferai remarquer !)
  • ces moments « je vais aux toilettes ou je n’y vais pas » pendant les spectacles de Gosselin ou Van Hove.
  • ma gêne lors de ma rencontre avec une comédienne qui avait lu ma chronique mitigée d’une pièce dans laquelle elle avait joué (longue phrase bien lourde).

 

CONCERTS

16 soirées concerts (soit moitié moins que l’an passé) mais avec 27 artistes ou groupes.

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Parce que je fais parfois régisseur son…

TOP 5

 

EXPOS

La découverte (enfin) des Rencontres Photographiques d’Arles, les polaroïds de Wim Wenders à Londres, mon initiation à l’architecture…

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La Cité Radieuse par le Corbusier sur la Planète Mars

 

CINÉMA

Moitié moins de films cette année (35 au 26 décembre 2018), la faute au théâtre et aux chroniques à écrire, à la flemme. Huit films sont tout de même parvenus à se détacher : 

  • Leto de Kirill Serebrennikov
  • Shéhérazade de Jean-Bernard Marlin (#TeamLycéeMichelet)

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  • Amanda de Mikael Hers
  • Climax de Gaspar Noé
  • Woman at War de Benedikt Erlingsson
  • Au Poste de Quentin Dupieux
  • Phantom Thread de Paul Thomas Anderson
  • Ready Player One de Steven Spielberg

 

SÉRIES

J’ai vu énormément (trop ?) de saisons cette année : 50 si j’ai bien compté

TOP 5

  • l’intégrale de Six Feet Under (enfin !) : qui m’a totalement dévasté, je pèse mes mots.
  • la saison 2 de The Good Fight : série trop méconnue, légèrement anti-Trump.
  • la saison 1 de Kidding (+ S1 : I’m dying up here) : Jim Carrey. Voilà.
  • la saison 1 de Counterpart : Espionnage et monde parallèle…
  • la saison 1 de The First : Sean Penn, Mars… Elle prend son temps.

 

LIVRES

TOP 5

  • la découverte FabCaro avec « Zaï  Zaï Zaï Zaï »et son roman « Le Discours » auquel je me suis pas mal reconnu (c’était même assez troublant à certains endroits) :

 

« Je ne suis pas comme vous, je vous emmerde, j’ai trop de problèmes dans ma vie pour faire la chenille, j’ai lu « Le livre de l’intranquillité » de Pessoa, vous imaginez quelqu’un qui a lu « Le livre de l’intranquillité » de Pessoa faire la chenille ? »

 

  • l’Arabe du Futur 4 de Riad Sattouf
  • Vernon Subutex 3 de Virginie Despentes
  • Le Lambeau de Philippe Lançon

 

CÔTÉ BLOG 

5 articles pas par moi : de grands remerciements encore et toujours à Cyril Bivalski et Laurent Suavet. La porte reste toujours ouverte pour vous (et pour d’autres aussi, soyons fous !)

130 articles écrits par moi…

Top 10 fréquentation (au 26 décembre) :

Le blog va plutôt bien, merci de demander. 

 

SUR LE PLAN PERSONNEL

Sans rentrer dans les détails… J’ai donc écrit de nombreux articles pour ce blog (130), quelques articles pour le Blog de Nestor (19 peut-être). J’ai collaboré à Radio Mortimer (et fait la connaissance de personnes très très intéressantes). J’ai (enfin) terminé d’écrire ma deuxième pièce que j’espère pouvoir monter d’une façon ou d’une autre en 2019, participé au labo social (fantôme) mené par le collectif « L’Avantage du Doute » lors de l’Occupation Bastille 2 (dans le théâtre du même nom), joué à deux reprises dans la salle du haut du théâtre de la Bastille en compagnie de mes amis Les Infilitré.e.s (et dit un de mes textes, tout seul devant le public)… Je crois que j’ai beaucoup écrit cette année… (et je ne suis absolument pas épuisé, mais ça c’est l’âge)

 

Et prochainement en 2019… Les Infiltré.e.s saison 2 au théâtre de la Bastille les 9 et 10 mai… « Dedans ma tête », le seul en scène écrit et interprété par moi-même… Des chroniques made in Québec…

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photo : Marc Woog – Compagnie Mimesis

 

Textes et photos (sauf mention contraire) : Axel Ito

Fracassés (Kate Tempest / Gabriel Dufay / La Villette)

(de quoi ça parle en vrai)

« Il y a dix ans, Tony est mort. Ted, Danny et Charlotte se retrouvent pour ce triste anniversaire, alors qu’ils tâchent, péniblement, d’entrer dans l’âge adulte. La mélancolie de leurs années d’excès se ravive ; drogue, alcool, sexe, ils ont tout fait, joyeusement, complètement, intensément. Maintenant ils sombrent, s’engloutissent, survivent à peine dans leurs vies étriquées, dans la violence du vide, dans ce Londres qui les a tant galvanisés et qui désormais les dévore. Alors, ils décident que ça ne peut plus durer. Première pièce de la talentueuse slameuse et poétesse anglaise Kate Tempest, Fracassés tient de la tragédie antique autant que du morceau de rap. Gabriel Dufay en fait une adaptation théâtrale, chorégraphique, musicale, électrique. Parce qu’il faut, par tous les moyens, à corps perdus, re-poétiser le monde et y trouver une place. » (source : ici)

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Crédits photos : Vladimir Vatsev

(ceci n’est pas une critique, mais…)

En assistant à la représentation de « Fracassés », je me suis retrouvé vingt ans en arrière, quand j’allais au cinéma voir Trainspotting (adapté du roman d’Irvine Welsh) ou Human Traffic, en version originale, des films qui dépeignaient les quotidiens de jeunes gens de la classe moyenne au Royaume Uni. Des gars et des filles qui attendaient le weekend pour s’amuser, oublier leur vie utile, à coups de musique, de drogue et d’alcool.

Ici les trois jeunes sont à peine plus âgés, embourbés dans leur travail (quand ils en ont un), leurs souvenirs de jeunesse, leurs rêves échoués au milieu de nulle part. Et vingt ans plus tard, rien de nouveau sous le soleil.

J’avais pris une place pour cette pièce car je voulais découvrir les mots de Kate Tempest, dont j’entends beaucoup parler depuis quelque temps. Cette pièce n’était peut-être pas la bonne porte d’entrée sur son oeuvre. La faute à une traduction simpliste, à une mise en scène qui laisse un goût de déjà-vu (de la fumée, ces moments de lâcher prise sur une musique techno, de la vidéo illustrative).

En revanche, on ne peut que saluer le talent des trois comédiens, Clément Bresson en tête (que j’avais découvert dans les pièces de Marie Rémond), qui y mettent tout leur coeur.

Quant à Kate Tempest, on se résoudra à la découvrir en chair et en os, sur scène très bientôt au Point Ephémère.

 

FRACASSÉS

De Kate Tempest

Mise en scène Gabriel Dufay (Compagnie Incandescence)

Avec Clément Bresson, Gabriel Dufay, Claire Sermonne

Texte français Gabriel Dufay, Oona Spengler
Collaboration artistique Christine-Laure Hirsig – Scénographie Pierre Nouvel – Costumes : Gwladys Duthil – Vidéo : Pierre Nouvel et Vladimir Vatsev – Son Bernard Vallery Lumières Sébastien Marc – Régie video / son, montage images Jérémy Oury – Regard chorégraphique Corinne Barbara – Stagiaire mise en scène : Salomé Blaise

du 4 au 17 janvier 2019 à Lyon / les 13 et 14 mars 2019 à Châlons-sur-Marne / le 7 mai 2019 à Cergy.

 

(une autre histoire)

Je bois présentement une bière Camden Hells et écoute Ziggy Pop. Je veux être sous influence pour écrire cette autre histoire. Pour tout te dire, je suis à poil, là, maintenant. Littéralement. Je bouge mon popotin au son du « Lust for Life » remixé par The Prodigy. J’aime bien faire du name dropping. De toute façon, personne ne lit mes chroniques entièrement, donc je peux raconter tout ce qui me chante.

Je prends ma canette et en fais un micro. Je prends ma voix de fausset : « Lust for liiiiife ! »

A Noël, j’offre toujours à ma famille la bière de Noël. Je ne sais pas d’où je sors cette tradition. En face de moi sont posées les trois bouteilles en verre, elle me font de l’oeil. Je me taperais bien les trois. Je suis un petit foufou. On est en milieu de semaine, mes lessives sont faites, ma valise est déjà prête alors que je ne pars que samedi matin (mon code est le 6969, c’est moi qui ai le paillasson Willkommen).

Je me recentre. Je disais quoi. Je suis en roue libre. Alors même que j’ai résilié mon abonnement vélib’.

J’aurais presque envie de me mettre tout nu. Ah mince, c’est déjà fait. Faudrait peut-être que je pose un coussin entre mon ordinateur et mes parties intimes.

J’ai envie de danser. Je remue mes mains devant mes yeux, ça fait stroboscope, j’ai l’impression de mieux danser comme ça. Je vais faire brûler un truc dans le four, ça fera de la fumée, comme dans la pièce. Dommage que je n’aie pas le machin là, tu sais, quand il y a la fumée, y aurait eu de l’eau qui… comme ça là.

Je n’ai toujours pas terminé de boire ma Camden Hells. Ce matin, au Noël du boulot, j’ai offert deux tablettes de chocolat suisse. Parce que j’étais à Lausanne le weekend dernier pour mon anniversaire. J’ai même pleuré en me baladant tout seul au bord du Lac Léman. Mais de quoi je parle ? Je suis tellement foufou que j’ai emballé les tablettes dans une enveloppe postale et j’ai écrit : « Ceci n’est pas une enveloppe postale. ». Alors que j’ai vraiment utilisé une enveloppe postale, parce que je n’avais pas de papier cadeau à la maison, tu saisis ? Et quand bien même, j’en aurais, je n’ai jamais su empaqueter les cadeaux. J’ai quatre ans d’âge papier cadeau.

Je vais bien.

 

vu le vendredi 14 décembre 2018 à la Villette, Paris

prix de ma place : 8€ (tarif personnel de la Villette… je n’y travaille pas mais j’ai une amie qui me veut du bien)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Saison 1 (Florence Minder / Théâtre de la Bastille)

(quand on ne lit pas la bible)

Saison 1 ? Ah bravo, Netflix va financer la production de pièces de théâtre qui seront vues seulement sur leur site ? Certes, la France entière pourra profiter dans son salon du spectacle vivant jusque-là destiné aux bobos parisiens de mes fesses poilues, mais où va le monde, Madame ? Où va le monde, je pose la question ? Et pourquoi pas le cinéaste Alfonso Cuaron qui signerait le chef d’oeuvre de l’année mais qu’on ne pourrait pas voir sur grand écran ?

(de quoi ça parle en vrai)

« À l’heure où le storytelling est devenu un véritable marché, Saison 1 interroge notre rapport intime et collectif à la fiction. Pour explorer l’influence des récits sur notre perception du réel, Florence Minder joue avec les codes des séries télévisées et entremêle avec virtuosité les différentes strates de la représentation. Empruntant au stand-up, elle compose un personnage à la fois lunaire et cruel. Férocement drôle, son spectacle raconte aussi la trajectoire d’une héroïne qui, pour prendre l’histoire à son compte, tente de s’extraire d’une fiction qui souhaitait plutôt la reléguer au statut de victime. » (Victor Roussel – source : ici)

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© Hubert Amiel

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Quand on ne connait pas, on lit le programme. C’est ce qu’on m’a dit dernièrement. Je vais au théâtre, je regarde des séries, pas besoin de lire. Et bien m’en a pris. Je ne divulgâcherai donc pas les bonnes « surprises » que nous réserve Florence Minder dans cette première saison.

Le départ de ce spectacle est pourtant assez déroutant : l’artiste est seule, assise à son bureau, son ordinateur ouvert devant elle, d’autres éléments du décor sont cachés sous des draps. On se demande : « Mais… c’est ça le spectacle ? Elle va lire tout le temps ? On est bien au théâtre de la Bastille ? »  Ceci n’est pas du stand up, ceci n’est pas une pièce de théâtre, ceci n’est pas une conférence, mais tout à la fois et bien plus encore. Une première saison qui sait se renouveler à chaque épisode (au nombre de trois), qui joue avec les codes de la série (ok, je répète ce qui est écrit dans le programme, mais je suis d’accord, c’est pas ma faute !) (par exemple, le fameux recap qui est presque plus long que l’épisode lui-même) pour encore mieux s’en détacher, notamment lors de la troisième partie.

C’est drôle, intelligent, surprenant, piquant. Florence Minder manie avec précision l’art du cliffhanger et ne peut que nous faire espérer une deuxième saison.

SPOILER ALERT : 

Ses deux acolytes, dans des registres diamétralement opposés, aident Florence Minder à contrer nos attentes, à lancer une nouvelle dynamique. Du burlesque absurde à la poésie.

SAISON 1

Projet écrit et conçu par Florence Minder

Avec Pascal Merighi, Florence Minder et Sophie Sénécaut

Assistant Julien Jaillot Conseillère dramaturgique Manah Depauw Scénographie et création lumières Simon Siegmann Costumes et accessoires Cécile Barraud De Lagerie, Nicole Moris et Pauline Aschoff (stagiaire) Compositions originales et musique live Pierre-Alexandre Lampert Création sonore Guillaume Istace

Jusqu’au 20 décembre 2018 au Théâtre de la Bastille, Paris

 

(une autre histoire)

Pendant longtemps j’ai cru que j’étais le second rôle d’une série. On fait partie d’une bande de potes, mais tout tourne autour d’un seul gars, le premier rôle et le gars c’est pas toi. On n’est pas dans Friends ! Tu as l’impression que tu es seulement là pour jouer les utilités, pour sortir la bonne blague, t’es présent un épisode sur deux. D’ailleurs, une année, j’ai changé de visage et personne ne s’en est aperçu.

Une saison suivante, j’ai pris mes distances, puis j’ai quitté définitivement la série pour jouer dans ma propre série dérivée. Je ne suis pas certain qu’elle soit beaucoup suivie. Elle aurait des accents LouisCKiens. Il est quelque peu en disgrâce dernièrement, mais lui au moins a une Blanche Gardin à ses côtés. Ma série alternerait des épisodes où rien ne se passerait, à la Seinfeld ou contemplatifs tel que… je n’ai pas d’exemple. Une série qui prendrait son temps… Parfois ma série serait complètement drôle et ridicule à la fois (mes histoires sentimentales seraient une source d’inspiration inépuisable).

Parfois je me dis que quelqu’un me regarde. Comme dans « The Truman Show ». Parfois je m’arrête sur le quai du métro et m’aperçois dans les moniteurs de surveillance. Je suis en noir et blanc. Je me vois de dos en train de regarder un gars de dos dans un moniteur de surveillance, dans lequel un gars de dos aurait les yeux rivés sur…

Je regarde un autre que moi.

 

vu le mercredi 12 décembre 2018 au Théâtre de la Bastille, Paris

Prix de ma place : 13€/mois (pass Bastille)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Radio Mortimer #17

À part ça, j’ai eu la joie et l’angoisse de participer à Radio Mortimer, dix-septième du nom. C’est une émission (audio) web faite par des passionné.e.s de théâtre comme moi, avec ou sans blog. Et c’est à l’Odéon Théâtre de l’Europe que nous avons eu la chance d’enregistrer ce nouveau numéro (j’allais ajouter quelque chose, mais je ne le ferai pas, je suis le seul à comprendre cela)

Nous avons disserté à propos de « La Locandiera » de Carlo Goldoni sur une mise en scène d’Alain Françon (Comédie Française), « J’ai rencontré Dieu sur Facebook » d’Ahmed Madani (en tournée), « J’abandonne une partie de moi que j’adapte » du Nabla Group sur une mise en scène de Justine Lequette (les 11 et 12 décembre au Théâtre de Gennevilliers), « Joueurs / Mao II / Les Noms » de Don DeLillo adaptés et mis en scène par Julien Gosselin (Ateliers Berthier – Odéon Théâtre de l’Europe) et « La Bible – vaste entreprise de colonisation d’une planète habitable » par Céline Champinot (Théâtre de la Bastille).

Pour ma part, je suis intervenu sur les deux derniers segments (à partir de 32’15) : j’ai bafouillé, hésité, eeeeeeeet…. cherché mes mots et mes idées. Un grand merci à Mélina (Théâtrices) pour ses coups de ciseaux et bien plus encore et évidemment à toute l’équipe de Radio Mortimer présente lors de l’enregistrement pour leur accueil chaleureux : (par ordre alphabétique) : Bénédicte (Nouvelle Claque), Bertrand, Christine (Théâtre Côté Coeur), Hélène, Iris, Thibaut, Suzanne (Mordue de Théâtre), Valérie (R42 Culture Gourmande), Véro (Théâtrelle)

Je ferai mieux la prochaine fois…

Ps : Je n’ai absolument pas été payé pour dire tout cela, j’ai même fait un chèque en sortant de l’enregistrement…

 

Quartett (Heiner Müller / Rosas / tg STAN / Centre Pompidou / Festival d’Automne à Paris)

(de quoi ça parle en vrai)

« Quartett, créé en 1999, est le fruit d’une collaboration entre deux membres de la compagnie de danse Rosas, Anne Teresa De Keersmaeker et Cynthia Loemij, et deux membres du collectif théâtral tg STAN, Jolente De Keersmaeker et Frank Vercruyssen. Le texte éponyme du dramaturge allemand Heiner Müller, inspiré des Liaison dangereuses (1782) de Choderlos de Laclos, s’ouvre sur ces mots : « Un salon d’avant la Révolution française / Un bunker d’après la Troisième Guerre mondiale ». Un homme et une femme traquent et échangent leurs identités dans l’imminence de l’effondrement du monde — peut-être même un peu plus tard. Frank Vercruyssen et Cynthia Loemij se partagent le plateau en un face-à-face qui convoque à la fois la férocité du verbe et la puissance menaçante des gestes. » (source : ici)

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Crédits photos : Herman Sorgeloos

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je rêve d’un portrait l’an prochain consacré au tg STAN, pile pour les trente ans du collectif. En attendant, nous avons eu droit à quatre de leurs spectacles cette année et leur cycle s’achève par une collaboration avec une des artistes mises à l’honneur cette année au Festival d’Automne à Paris : Anna Teresa de Keersmaecker. J’avais déjà eu la chance d’assister, il y a six ans, à « Nusch » d’après Paul Eluard, autre duo entre Franck Vercruyssen du tg STAN et une danseuse de la compagnie Rosas, souvenir émouvant et unique.

Quartett (de Heiner Müller) est une re-création. J’envie les spectateurs qui avaient assisté à la création du spectacle en 1999, avec le même Franck Vercruyssen et la même Cynthia Loemij. Dix-neuf ans ou une éternité. Des corps qui ont changé, un contexte social et politique différent. Qui est le / la dominant(e) ? Qui est le / la dominée ? On retrouve une des marques de fabrique du tg STAN quand les deux artistes échangent leurs rôles (la femme prend la veste de l’homme et la revêtit).

Je ne suis absolument pas un connaisseur des chorégraphies De Keersmaecker, donc je me garderai bien de juger la prestation de Cynthia Loemij, toute en maîtrise (oui, je juge tout de même). Nous voyons Franck Vercruyssen dans un jeu assez différent de celui que nous avons l’habitude de voir. Il est ici très raide, très droit, monocorde. Il joue avec la sonorisation, fait des bruits de bouche, respire, parle dans un souffle.

Mais qu’en ai-je pensé, me direz-vous ? Du bien. Un spectacle qui compte, différent, glaçant, vénéneux.

 

QUARTETT

Concept, Anne Teresa De Keersmaeker, Jolente De Keersmaeker, Cynthia Loemij, Frank Vercruyssen
Texte, Heiner Müller, Quartett
Avec Cynthia Loemij, Frank Vercruyssen
Scénographie et lumières, Herman Sorgeloos, Thomas Walgrave -Costumes, An D’Huys

Production tg STAN ; Rosas

 

(une autre histoire)

Ce soir, j’ai dit bonjour à… une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept personnes que je connaissais. Si numéro six et numéro sept me lisent, je voulais m’excuser, parce que dans le métro, je ne vous ai pas présentées l’une à l’autre. J’avais oublié vos prénoms. Je ne suis pas quelqu’un qui est très prénom prénom. Par exemple, toutes les copines que j’ai pu fréquenter, je les appelais « Chou ». Les personnes avec qui je travaille, je ne peux pas les appeler « Chou ». Alors je ne les appelle pas. Ou bien j’utilise des moyens mnémotechniques assez sophistiquées, je trouve. Par exemple, j’ai une collègue qui ne boit que du Pepsi, elle a du pep’s et elle sent bon, pas comme Pepe le putois, mot qui ressemble à « putain », « fuck » en anglais. Je dis souvent « putain » quand j’ai mal : « Fuck the pain away » chantait Peaches. Les pêches que j’aime melba à l’anis… Mélanie.

(ça se voit que je manque d’inspiration en ce moment ?)

 

vu le mercredi 28 novembre 2018 au Centre Pompidou, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris.

prix de ma place : 12€ (abonnement festival d’automne)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Joueurs – Mao II – Les Noms (Don DeLillo / Julien Gosselin / Odéon Théâtre de l’Europe)

(de quoi ça parle en vrai)

Joueurs (1977) Pammy et Lyle Wynant sont au bord de la rupture quand leur route croise celle d’un groupe de terroristes. Cette rencontre fait basculer leur classique destin de couple moderne. Conciliabules et obsessions sexuelles font bientôt d’eux des « joueurs » aveugles et impuissants, emportés dans une spirale qu’ils ignorent et qui risque pourtant d’engloutir tout un pan de la société américaine…

Mao II (1990) Moon, Khomeiny, Mao – vu par Andy Warhol –, le terrorisme et le fanatisme, un écrivain et son éditeur, une photographe, une téléphage, un archiviste monomane : Mao II prend thèmes et personnages au piège d’une illusion romanesque impitoyable, tel un miroir où la fin du XXe siècle peut se contempler, fascinée et inquiète.

Les Noms (1982) Ils sont Américains. Ils travaillent pour des multinationales qui essaiment dans les régions les plus névralgiques du globe, tandis que monte la menace terroriste des années 1970. L’un de ces nouveaux nomades, entraîné par sa fascination pour une secte criminelle et par sa passion pour la mystique du langage, se livre à une périlleuse enquête, comme une tentative d’explication de l’Amérique. (source : ici)

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Crédits photos : Simon Gosselin

(ceci n’est pas une critique, mais…)

J’aurais dû adorer cette nouvelle expérience proposée par Julien Gosselin et sa bande. « Les Particules élémentaires » furent un vrai choc, les 12h de 2666 passèrent crème. Allez comprendre, je redoutais de passer plus de neuf heures dans un fauteuil devant cette nouvelle production du collectif « Si vous pouviez lécher mon coeur », alors même que je n’avais jamais lu les mots de Don DeLillo.

Je ne remets nullement en cause les thèmes abordés par Gosselin, importants, essentiels. Je comprends ses préoccupations récurrentes : la violence, le monde, son rapport à la littérature… Je pense d’ailleurs ajouter un nouveau livre, écrit par DeLillo, à ma pile. Je suis le premier à lever la main pour défendre l’utilisation de la vidéo quand elle est pertinente. Ici la qualité de l’image est impeccable, l’équipe technique est très douée : ça voltige. Les acteurs qu’on reconnait d’une pièce à l’autre sont tout aussi talentueux et énergiques, notamment Noémie Gantier, Victoria Quesnel et Caroline Mounier du côté des filles et Denis Eyriey du côté des garçons. Frédéric Leidgens, d’une autre génération et d’un autre style de jeu que ses jeunes camarades, tient une place à part dans la pièce, il casse une certaine musique par sa présence et sa diction si particulière mais je n’ai pas toujours eu l’impression que la greffe prenait.

Néanmoins, malgré toutes ces qualités, j’ai éprouvé une frustration, comme une mise à l’écart. Je sais que les acteurs sont là, derrière un voile, une fumée, une cloison, je les vois jouer grâce à la présence de la caméra. Encore une fois, j’entends la volonté de raconter une histoire autrement. Avec cettre trilogie, la vidéo est encore plus présente que pour 2666. Mais ça m’a contrarié, qu’il y ait presque toujours ce filtre, ce quatrième mur. Et encore une fois, c’est assez indéfinissable, car un autre jour j’aurais été très enthousiaste. Peut-être aurais-je dû voir les trois pièces séparément ? Je m’inquiète parce que je me suis plaint de la vidéo en continu, du bruit incessant.

Le samedi 24 novembre 2018, j’avais besoin de calme, de silence.

Je parais très mitigé, pour ne pas dire autre chose. Pourtant le spectacle est là, sérieux, à la hauteur de ses ambitions. Mais je ne fus pas capable.

Alerte Divulgâchage : Et c’est là où je me dis qu’à quinze jours de mon passage à 40 ans, je vire vieux con, mais on avait vraiment besoin que presque tous les acteurs se foutent à poil lors d’une très longue scène ? Même si la transe, tout ça tout ça…

Moment « j’en suis pas fier et tout le monde s’en fiche » : J’ai eu une crampe à la cuisse en plein milieu du marathon. La dernière fois que j’en avais eu une, c’était au mollet et droit et… Non… je ne le raconterai pas, mais j’étais en pleine activité physique…

JOUEURS – MAO II – LES NOMS

avec Rémi Alexandre, Guillaume Bachelé, Adama Diop, Joseph Drouet, Denis Eyriey, Antoine Ferron, Noémie Gantier, Carine Goron, Alexandre Lecroc-Lecerf, Frédéric Leidgens, Caroline Mounier, Victoria Quesnel, Maxence Vandevelde

adaptation et mise en scène Julien Gosselin

traduction Marianne Véron – scénographie Hubert Colas – création musicale Rémi Alexandre, Guillaume Bachelé, Maxence Vandevelde – création lumière Nicolas Joubert – création vidéo Jérémie Bernaert, Pierre Martin – création sonore Julien Feryn – costumes Caroline Tavernier

production Si vous pouviez lécher mon cœur

avec le Festival d’Automne à Paris

jusqu’au 22 décembre 2018 aux Ateliers Berthier – Odéon Théâtre de l’Europe et aussi le 19/01/19 au Bonlieu, Annecy, le 16/02/19 au Théâtre de Saint Quentin en Yvelines, le 16/03/19 au Quartz à Brest et du 23 au 30 mars 2019 au Théâtre National de Bretagne, Rennes

(une autre histoire)

Il n’y aura pas d’autre histoire aujourd’hui. En parallèle, j’ai terminé d’écrire un monologue d’une trentaine de pages. J’estime avoir le droit de ne rien écrire aujourd’hui.

« Et puis, Monsieur, Madame, Mademoiselle,

Sachez qu’en ce moment, je suis bien fatigué,

J’en ai marre, j’en ai marre, j’en ai marre, j’en ai marre,

Et je voudrais bien me reposer.

J’en ai marre d’aligner des paroles et des paroles… »

 

vu le samedi 24 novembre 2018 aux Ateliers Berthier (Odéon Théâtre de l’Europe)

prix de ma place : 48€ (abonnement festival d’Automne)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

La Bible, vaste entreprise de colonisation d’une planète habitable (Céline Champinot / Théâtre de la Bastille)

(de quoi ça parle en vrai)

« S’inspirant très librement de la Bible, elle met en scène cinq jeunes scouts à la sortie du catéchisme, indignées contre le Ciel. À la fois trop haut et trop vide, cet ami traître n’entend plus se soucier de la catastrophe annoncée que nous sommes devenus : des petits colons possesseurs de la nature… » (Elsa Kedadouche – source : ici)

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© Céline Champinot

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Céline Champinot et le groupe LA gALERIE savent occuper un espace. Pour leur précédente pièce, la salle du haut du théâtre de la Bastille avait été repeinte en couleurs vives. Cette fois-ci, nous pénétrons dans un centre omnisports.

Leur nouveau spectacle est dans la lignée de « Vivipares (posthume), brève histoire de l’humanité ». Et les qualités relevées il y a deux ans sont toujours présentes : un quintet d’actrices au diapason et à l’énergie folle (Louise Belmas est « remplacée » par Claire Rappin (jolie découverte) et nous retrouvons avec plaisir le reste du groupe), l’énorme travail vocal autour du texte (on en ressent d’autant plus l’implication du groupe, rien n’est laissé au hasard, tout est orchestré), l’inventivité des décors, l’ingénieuse utilisation des accessoires, des jolis (et drôles) intermèdes musicaux (concoctés par la metteure en scène elle-même, en collaboration avec la pianiste inclassable Eve Risser (qu’on pourra voir le 15 décembre au Nouveau Théâtre de Montreuil)) et l’écriture de Céline Champinot, profonde, poétique et ludique, qui, je trouve, a gagné en puissance.

Malheureusement, on retrouve un défaut déjà présent dans « Vivipares… », un certain trop-plein. Il est difficile de suivre et d’entendre ce texte dans son intégralité, tellement il y a de choses à appréhender et aussi parce qu’il manque parfois de variations dans l’oralité : tout ou presque est au même niveau sonore, à la même vitesse. L’univers du groupe est foisonnant, certes, mais surtout touffu.

Mais l’humour, l’investissement des comédiennes et les mots de Céline Champinot donnent envie de continuer à les suivre dans un prochain épisode…

 

LA BIBLE, VASTE ENTREPRISE DE COLONISATION D’UNE PLANÈTE HABITABLE

Avec Maëva Husband, Élise Marie, Sabine Moindrot, Claire Rappin et Adrienne Winling

Texte et mise en scène Céline Champinot / groupe LA gALERIE

Dramaturgie et chorégraphie Céline Cartillier – Scénographie Émilie Roy – Stagiaire scénographie Héloïse Dravigney – Lumières Claire Gondrexon – Costumes Les Céline – Confection costumes Louise Lafoscade – Musique Céline Champinot et Ève Risser – Régie générale Géraud Breton – Construction Géraud Breton et François Douriaux

Jusqu’au 8 décembre 2018 au Théâtre de la Bastille, Paris

 

(une autre histoire)

Je suis baptisé, j’ai à mon compteur huit ans de catéchisme et je ne me souviens toujours pas de ce que représente la Pentecôte.

Un jour, ma mère m’a dit : « Faut que tu viennes avec moi à l’église pour Vendredi Saint, y a le curé des loubards qui va faire un discours. » J’ai dit ok ! En fait, le père Gilbert n’était point là. Je ne sais plus qui, quelqu’un devait seulement lire un de ses sermons, et on devait marcher dans le village en reproduisant le chemin de croix de JC et ses je ne sais combien de stations, tout en récitant « Notre Père », autant de fois qu’il y a de stations. J’étais le plus jeune, j’étais le plus barbu, qui est-ce qui s’est coltiné la croix en bois sur le dos pendant tout le trajet ? C’est Bibi ! Heureusement que je n’ai rencontré personne que je connaissais. De toute façon, je ne connais personne dans mon village. Les gens ne me reconnaissent jamais.

A Noël, il nous arrive d’aller à la messe. C’est pas à minuit, donc c’est acceptable. L’hostie fait office d’apéritif d’apéritif, quoique quelque peu sec. Je ne fais plus que les mariages, les enterrements et la messe de Noël. Y a un truc que je déteste, c’est quand on doit s’embrasser ou se serrer la main pour donner la paix du Christ. Il fait froid, tout le monde est malade, je ne vous fais pas un dessin. Sans parler de l’hypocrisie sans nom de la manoeuvre.

Je ne mentionnerai pas la fois où le curé colombien nous a absous de tous nos péchés d’un vague signe de croix du bout de l’index. Plus personne ne va à confesse. Tout fout le camp.

Tout comme la fois où le curé, à la fin de la célébration, nous a invités à rejoindre les trains en partance pour la Manif pour tous. C’était d’ailleurs la dernière fois que je mis les pieds dans cette église. Je suis comme ça, moi. Brut de pomme.

 

vu le mercredi 19 novembre 2018 au Théâtre de la Bastille, Paris

Prix de ma place : 13€ / mois (pass Bastille)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Un Instant (Marcel Proust / Jean Bellorini / TGP Saint Denis)

(de quoi ça parle en vrai)

Des quelque trois mille pages qui composent « À la recherche du temps perdu », Jean Bellorini et Camille de La Guillonnière conservent les passages de l’enfance de l’auteur auprès de sa mère tant aimée et mettent en lumière la relation tendre et profonde avec la grand-mère, jusqu’à la mort de cette dernière… (source : ici)

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Crédits photos : Pascal Victor

(ceci n’est pas une critique, mais…)

J’avais pris quelque peu mes distances avec le travail de Jean Bellorini. Tout avait pourtant commencé par un coup de foudre il y a quelques années grâce à son adaptation des Misérables. Malgré les Paroles Gelées de Rabelais, mon intérêt s’était ensuite quelque peu étiolé avec une pièce de Brecht et Liliom pour finalement faire l’impasse sur les Frères Karamazov. Trop d’échelles et d’accordéons tue l’échelle et l’accordéon.

C’est après avoir écrit cette phrase d’anthologie et absolument pas réductrice que je me rendis à St Denis pour voir ce spectacle inspiré de l’oeuvre majeure de Marcel Proust, que je n’ai jamais lu, soyons pour une fois sincère. Ce n’est pas faute d’avoir relu plusieurs fois la première phrase « Longtemps je me suis couché de bonne heure ».

A notre entrée dans la salle, on est immédiatement saisi par la beauté de la scénographie qui s’offre à nous : des chaises par centaines, une chambre suspendue, une échelle, évidemment. Les deux acteurs font leur entrée, noir, ça commence.

Je retrouve alors avec plaisir la voix et le phrasé si particuliers de Camille de Guillonnière, qu’on pourrait écouter des heures durant. On fait la connaissance de la touchante Héléne Patarot, qui évoquera aussi son enfance : « ceci n’est pas une madeleine ». Il est doux de constater la complicité entre les deux acteurs. On prend surtout notre temps. C’est rare, de prendre le temps. Un temps précieux. Un moment délicat.

P.S. : Je me suis assoupi un instant, la faute à une longue semaine de labeur. Je me devais de le mentionner. Ma mémoire s’est mise à rêver… J’ai laissé voyager mes pensées…

 

UN INSTANT

Avec Hélène Patarot, Camille de La Guillonnière

Musicien Jérémy Peret

Adaptation Jean Bellorini, Camille de La Guillonnière et Hélène Patarot – Scénographie et lumière Jean Bellorini – Costumes et accessoires Macha Makeïeff – Création Sonore Sébastien Trouvé – Assistanat à la scénographie Véronique Chazal

Jusqu’au 9 décembre 2018 au TGP St Denis mais aussi les 16 et 17 février au Théâtre Louis Aragon (Tremblay-en-France), du 13 au 16 mars à La Criée (Marseille), etc.

(une autre histoire)

J’avais rencontré un gars, lors d’une formation, très étrange. Nous l’avions surnommé Ignatius, parce qu’il ressemblait au protagoniste de la Conjuration des Imbéciles de John Kennedy Toole. J’avais même écrit une chanson sur lui. Il nous avait dit, au milieu d’une conversation, qu’il avait trois cents livres chez lui qu’il n’avait pas encore lus. Je lui demande de répéter. Trois cents. Je doute de sa réponse. Il confirme. Impossible. Trois cents. Tu te joues de nous. Trois cents. Non, mais c’est un chiffre énorme, tu te trompes. (silence) Ah oui, c’est peut-être pas trois cents. Ce fut sa dernière réponse.

Treize ans après l’avoir fait changer sa réponse, je regarde ma bibliothèque et si je compte… trois cents. Trois cents livres que je n’ai pas lus. Des qu’on m’a offert, des que j’ai achetés pour plaire à une fille, des qui me font encore peur. Comme « À la recherche du temps perdu », acheté en 2005. J’entre dans une librairie avec un livre en tête, j’en ressors avec cinq. J’en lis deux. Tous les mois. Treize ans que je fais ça. Faites le calcul.

Je suis Ignatius.

 

vu le vendredi 16 novembre 2018 au Théâtre Gérard Philippe, Saint Denis

prix de ma place : invitation

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

L’Autre Fille (Annie Ernaux / Marianne Basler / J.P. Puymartin / Les Déchargeurs)

(de quoi ça parle en vrai)

« Annie Ernaux adresse une lettre à sa soeur disparue deux ans avant sa naissance, morte à six ans, emportée par la diphtérie. Cette soeur dont elle découvre l’existence passée en entendant les bribes d’une conversation entre une cliente et sa mère dont les paroles “ Elle était plus gentille que celle-là ” se gravent à jamais dans sa mémoire. Elle, l’enfant vivant, dormira dans le lit de la sœur disparue, son cartable deviendra le sien, elle mettra ses pas dans les siens. Au fil de son existence, elle se construit contre elle, entre réel et imaginaire, au gré des objets, des photos, des paroles échappées. » (source : ici)

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Crédits photos : Julien Piffaut

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Un peu plus d’un mois après avoir vu Romane Bohringer prendre à bras le corps un des romans d’Annie Ernaux, c’est au tour de Marianne Basler de s’emparer d’un autre court roman de l’autrice. Les mots ciselés, la parole simple mais directe de l’écrivaine sont un matériel exceptionnel pour toute bonne actrice et Marianne Basler sert à la perfection cette écriture et cette histoire.

On sent l’actrice impliquée : le texte avant tout. La mise en scène est sobre, une petite musique par ici, une voix par là, une porte au loin qui restera fermée pendant pratiquement toute la pièce, rien d’ostentatoire. Car ce texte mérite toute notre écoute, car le jeu de Marianne Basler mérite toute notre attention.

Malgré les petits bruits parasites non-naturels de certains spectateurs qui nous empêchent parfois de rester concentré, mais c’est le lot de toute expérience collective, comme on me l’a fait remarqué dernièrement (je ressens de plus en plus l’incapacité de faire abstraction du téléphone qui vibre, des chuchotements…), on est touché par l’émotion portée par l’interprète.

 

L’AUTRE FILLE

Texte : Annie Ernaux

Mise en scène : Marianne Basler, Jean-Philippe Puymartin

Interprétation : Marianne Basler

Lumières Franck Thévenon – Musique Vincent-Marie Bouvot – Collaboration artistique Elodie Menant

Jusqu’au 1e décembre 2018 aux Déchargeurs, Paris mais également du 24 au 28 avril 2019 aux Bernardines, Marseille

 

(une autre histoire)

J’ai failli ne pas venir parce que j’ai mal aux dents. Donc je dors mal. Donc j’ai fait une micro-sieste avant de partir, mais j’étais tellement bien sous ma couette… C’est parce que j’ai mal aux dents que je deviens sensible à toute perturbation extérieure. Parce que finalement, je suis allé au théâtre.

La représentation d’hier soir… On chuchote, on farfouille dans son sac, on laisse vibrer le téléphone… Parfois j’aimerais entendre le texte dans un casque, qui m’isolerait de toute interférence. On me répond : « En somme, ne pas aller au théâtre ». Je suis désolé mais… Non, je ne suis pas désolé. Si aller au théâtre, c’est se permettre de faire du bruit sans tenir compte des autres spectateurs et des artistes sur scène, je préfère rester chez moi, effectivement.

En fait, ce n’est pas mon mal aux dents qui me fait prendre la mouche. J’étais déjà comme ça avant. Je ne supporte plus les gens. J’ingère les mots de Cioran et de Pessoa depuis trop longtemps. Le gars qui prend tout l’accoudoir, la personne qui se colle à moi dans le métro comme si j’étais invisible, la voiture qui ne s’arrête pas au passage piéton, le jeune qui passe en même temps que moi dans le tourniquet du métro sans me demander mon avis, les gens sur les trottinettes qui ne ralentissent pas sur les trottoirs, celles et ceux qui lisent un mot sur deux.

Mais je suis confiant. Ma voisine ne claque plus sa porte, le matin, quand elle part au travail, tout peut s’arranger. Ah non… En fait, je ne l’entends plus car désormais je pars avant elle pour me rendre au boulot.

 

vu le vendredi 9 novembre 2018 aux Déchargeurs, Paris

prix de ma place : invitation

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Après la répétition (Ingmar Bergman / tg STAN / Théâtre de la Bastille / Festival d’Automne à Paris)

(de quoi ça parle en vrai)

Après la répétition, les langues se délient… Dans ce huis clos fascinant aux dialogues ciselés, le spectateur assiste à la conversation complice, parfois conflictuelle, souvent ambiguë, entre Henrik Vogler, un célèbre metteur en scène, et Anna, sa jeune comédienne fétiche qui joue l’un des premiers rôles dans sa nouvelle pièce, Le Songe d’August Strindberg. Cette pièce, Vogler l’a déjà montée autrefois… mais avec Rakel Egerman, la mère d’Anna, qui jouait alors le même rôle que sa fille aujourd’hui. Cette femme décédée, il l’a aimée. C’était il y a vingt-trois ans, l’âge d’Anna. (Maxime Bodin – source : ici)

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© Dylan Piaser

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je veux lire le texte ! Constater si ce que j’ai entendu a bien été écrit par Bergman ou bien… Encore plus que pour toute autre adaptation du père Ingmar, « Après la répétition » parait être un texte écrit pour le tg STAN. Même rapport au théâtre, même simplicité dans la complexité des sentiments, dans le décalage temporel. (j’ai bien écrit « simplicité dans la complexité…)

Je n’ai rien noté, parce que je ne voulais rien rater du jeu de Franck Vercruyssen, toujours aussi faussement nonchalant et qui peut tout jouer, mais également celui de Georgia Scalliet, qui, à bien des égards, peut irriter (la voix, la minauderie, m’a dit la personne qui m’accompagnait… je balance, c’est pas bien) mais qui m’a séduit et m’a paru toujours juste et envoûtante.

Pour qui connait le tg STAN, on est en terrain connu et conquis, car Franck Vercruyssen est à son meilleur. Tout est maîtrisé, jusqu’au son de la moto pétaradant dans la rue de la Roquette avant qu’il ne prononce le mot « silence ». Il sait également choisir ses partenaires de jeu : après Ruth Vega Fernandez (dans « Scènes de la Vie Conjugale ») et Alma Palacios (dans « Mademoiselle Else »), ce face à face avec Georgia Scalliet est tout aussi savoureux et passionnant à suivre.

Pour qui ne connait pas le tg STAN, la pièce est une formidable porte d’entrée dans leur univers.

Bergman disait à propos de la représentation théâtrale que ce qui importait était : la parole, le comédien, le spectateur. Bergman / tg STAN : Même combat !

Ps : Je dis à mon amie : « Tu vois ce canapé, c’est le même que dans « Infidèles ». Dans la pièce, le personnage de Franck Vercruyssen parle de ces accessoires qu’il réutilise d’une pièce à l’autre.

Pps : Dimanche prochain, j’aurai la chance de participer à un atelier de jeu en compagnie de Franck Vercruyssen… Impatience…

 

APRÈS LA RÉPÉTITION

D’après Après la répétition d’Ingmar Bergman

De et avec Georgia Scalliet de la Comédie-Française et Frank Vercruyssen

Avec la collaboration de Alma Palacios, Ruth Vega Fernandez et Thomas Walgrave Costumes An D’Huys Technique tg STAN

Jusqu’au 14 novembre 2018 au Théâtre de la Bastille en partenariat avec le Festival d’Automne

 

(une autre histoire)

Certains le savent peut-être, je fais du théâtre. Présentement, je participe à un atelier qui a pour nom « Les Infilitré.e.s ». Quand des spectateurs montent sur scène… On travaille sur quatre pièces de la programmation du théâtre de la Bastille, dont « Après la répétition ».

L’autre jour, le metteur en scène nous a demandé d’écrire un texte autour de ce spectacle. On ne l’avait pas encore vu mais il nous a donné le choix entre deux phrases : « Je répète, je répète, mais rien ne vient » et « Cette personne me rappelle mon premier amour ».

Quand j’ai entendu cette dernière phrase, j’ai souri, parce que c’est exactement la phrase qui pourrait résumer la première pièce que j’ai écrite. Parce que j’ai écrit une pièce, il y a quelques années. Je travaille actuellement sur la seconde… c’est très laborieux comme processus. Je peux pondre, pour ne pas dire autre chose, quatre chroniques pour ce blog en un weekend, mais je suis incapable d’écrire quelque chose de personnel… de valable et de personnel en un claquement de doigts. Je veux dire, vraiment personnel. Mais là n’est la question. J’ai toujours été incapable de résumer ma pièce. Je ne sais pas raconter. Tout le monde peut vous le dire. Mais cette phrase « Cette personne me rappelle mon premier amour », c’est précisément ma pièce.

J’ai donc décidé de m’inspirer de la phrase « Je répète, je répète, mais rien ne vient. » Autant vous dire que rien n’est venu. Pourtant, j’avais écrit un mot, puis un deuxième, répété ces mots-là à voix basse, mais… non… rien. J’ai alors écrit d’après la seconde phrase. Et comme je n’ai absolument aucune imagination, j’ai réécrit ma pièce en trois cents mots. En fait, j’ai inventé une nouvelle situation pour parler de la même chose.

Parce que je ne fais que ça, répéter, rabâcher, radoter. Parfois, même, j’oublie que j’ai déjà écrit, tellement je radote. Je radote en disant que je radote.

Ma première pièce s’appelait « Non non non pas d’insectes dans ma tête ». Ma deuxième pièce s’appellera « Dedans ma tête ».

Ceci n’est pas un hasard.

 

vu le dimanche 4 novembre 2018 au Théâtre de la Bastille, Paris

prix de ma place : 13€ / mois (Pass Bastille)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Quasi Niente (Daria Deflorian et Antonio Tagliarini / Théâtre de la Bastille / Festival d’Automne à Paris)

(de quoi ça parle en vrai)

« (…) Daria Deflorian et Antonio Tagliarini s’emparent de l’un des films cultes de Michelangelo Antonioni, Le Désert rouge. Dans celui-ci, Monica Vitti est Giuliana, une femme qui ne parvient plus, dépression ou mélancolie, à entrer en relation avec le monde… » Laure Dautzenberg (source : ici)

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Photos Claudia Pajewski

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je n’ai pas vu le film d’Antonioni. D’ailleurs (et je ne fais pas mentir ma réputation), je ne sais absolument pas de quoi parlent le film, le spectacle et n’ai jamais vu une seule pièce de Daria Morgendorf… Deflorian et Antonio Tagliarini.

Devant nous, cinq acteurs, presque en quête d’auteur. Des personnages qui ne dialoguent pratiquement pas entre eux, mais tous en écoute. Nous aussi, nous les écoutons. Ils se livrent, nous restons attentifs. Cinq individus qui ne respirent pas la joie de vivre, c’est le cas de le dire. Mais il y a toujours une certaine légèreté, quelque chose de suspendu (j’aime bien ce mot). On fait comment pour s’en sortir ? On parle, on chante, on danse, on se défoule, on fait du sport ? On parle, oui.

« Si seulement je pouvais libérer de l’espace en moi, pour écouter les autres. »

Le talent du duo italien est de ne pas nous déprimer. Leur talent est de ne pas nous perdre, malgré une lenteur, malgré l’absence d’histoire, complètement assumées. Ceci n’est pas l’adaptation du film. On cite l’incroyable Monica Vitti, l’actrice du film, mais Monica Piseddu (la dame sur la photo de couverture) est toute aussi fascinante. On est un peu sur un nuage, on ne voit pas le temps passer. Tous les acteurs tiennent leur rôle avec précision et délicatesse, les chansons interprétées par Francesca Cuttica y sont également pour quelque chose.

Il suffit parfois de pas grand chose pour être emporté.

 

QUASI NIENTE

Projet de Daria Deflorian et Antonio Tagliarini

Librement inspiré du film Il deserto rosso (Le Désert rouge) de Michelangelo Antonioni

Avec Francesca Cuttica, Daria Deflorian, Monica Piseddu, Benno Steinegger et Antonio Tagliarini

Collaboration à la dramaturgie et assistanat à la mise en scène Francesco Alberici – Collaboration au projet Francesca Cuttica, Monica Piseddu et Benno Steinegger – Conseiller artistique Attilio Scarpellini – Lumières Gianni Staropoli – Son Leonardo Cabiddu et Francesca Cuttica (WOW) – Costumes Metella Raboni – Direction technique Giulia Pastore

en partenariat avec le Festival d’Automne à Paris

Jusqu’au 28 octobre 2018 au Théâtre de la Bastille, Paris et les 9 et 10/01/19 à la Filature de Mulhouse, les 5 et 6/02/19 à la Comédie de Valence, du 20 au 23/03/19 au Théâtre Garonne à Toulouse…

 

(une autre histoire)

« Je ne suis pas assise au fond du fauteuil. Ma mère était toujours au bord, prête à bondir pour servir ses convives. Je ne reçois personne chez moi. J’ai pris cette habitude-là, parce qu’un professeur de théâtre m’a dit d’être toujours sur le qui-vive. Je suis une femme obéissante. Chez la psy, aussi, je reste sur le bord de la chaise. J’ai toujours pensé que je serais allongée, mais non.

Je lui dis : « Mais je ne suis pas guérie et je ne guérirai jamais. »

Elle me dit : « La séance est terminée. Avez-vous réfléchi ? »

Je lui dis : « Je n’arrête pas de réfléchir. »

Elle me dit : « Vous voulez venir combien de fois ici ? »

Je lui dis : « Une fois par semaine, ça serait bien… »

Je compte mentalement mon argent dans ma tête. Une fois, oui. Si je ne me réabonne pas à mon cours de sport, ça ira.

Elle me dit : « J’avais plutôt pensé deux fois par semaine. »

Je pense : « Je devais prendre la décision. Si elle ne va pas dans mon sens, c’est que je ne vais définitivement pas bien. »

Je ne suis pas retournée chez ma psy. »

 

vu le mardi 23 octobre 2018 au Théâtre de la Bastille

prix de ma place : 13€/mois (pass Bastille)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Une visite au Théâtre Marigny

/REPORTAGE/

La journée du lundi 22 octobre 2018 devra être marquée d’une craie blanche sur une pierre… Je ne sais plus l’expression. Pour la première fois en quatorze ans de vie parisienne, je suis passé devant l’Élysée et j’ai entraperçu Claire Chazal. Définitivement le plus beau jour de ma vie. Mais pourquoi donc cette concordance des événements, me direz-vous ? Grâce à la visite du Théâtre Marigny !

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Marigny, un théâtre ô combien mythique qui, après de longues années de travaux (le nombre de doigts d’une main) rouvrira ses portes le 14 novembre 2018 avec la première de Peau d’Âne, le chef d’oeuvre de Jacques Demy et Michel Legrand enfin transposé sur scène !

Alors que nous pénétrons dans le saint des saints par la porte de derrière (l’entrée des artistes), notre odorat peut appréhender un certain parfum : la peinture fraîche. Les petites mains ont encore trois petites semaines pour fignoler, « finitionner », dépoussiérer… Les loges sont flambant neuves, le hall d’entrée est spacieux (nous n’avons malheureusement pas visité les toilettes), tout est adapté pour que tous les publics (personnes à mobilité réduite incluses) puissent profiter de l’expérience Marigny chapeautée par Jean-Luc Choplin, l’ancien directeur du Théâtre du Châtelet. Nous pourrons même venir en oubliant pour de vrai notre petite pièce à la maison, puisque les ouvreuses et ouvreurs ne seront pas rémunéré.e.s au pourboire et ainsi nous asseoir confortablement dans les fauteuils de la deuxième catégorie qui ont une très bonne visibilité (cela pourrait ressembler à du publi-reportage, mais pour le coup, c’est vraiment confortable et on y voit très bien de la corbeille en deuxième catégorie).

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(magnifique photo, admirez ce grain…)

Après une brève incursion à la Seine Musicale, Jean-Luc Choplin est arrivé assez tardivement dans cette aventure risquée aux vues du coût des travaux (vingt millions d’euros…) et d’un théâtre privé en pleine mutation (rachat des théâtres par des grands groupes financiers… un Monopoly dédié aux théâtres parisiens prochainement ?). Et force est de constater que la programmation, en grande partie, vaut le coup d’oeil, même si, pour être honnête, je ne pense pas vraiment être le coeur de cible (j’y reviendrai peut-être). Choplin a su imposer certaines de ses exigences : conserver la deuxième salle (anciennement Popesco), changer le parquet de la grande salle pour épargner les articulations des danseur.se.s appelé.e.s à le fouler (liste non exhaustive). Fort de son expérience au Châtelet et de son carnet d’adresses fourni, il a su monter une première saison à grande vitesse (arrivée à Marigny en février 2018, début de saison neuf mois plus tard… symbolique, non ?), avec un premier grand coup, l’adaptation du Peau d’Âne du tandem Demy/Legrand.

Je n’ai pas été biberonné aux films de Jacques Demy (même si je me suis rattrapé depuis) et hormis les comédies musicales américaines telles Chantons sous la pluie et West Side Story, ma connaissance en la matière ne joue pas en ma faveur (The Rocky Horror Picture Show et Hedwig the Angry Inch sont les exceptions). Pourtant de ce que nous avons pu voir des décors et des costumes (photos interdites, désolé…), la transposition sur scène paraît être fidèle à l’original filmique.

Je parlais un peu plus haut des films de Stanley Donen et Robert Wise, c’est au théâtre du Châtelet que j’ai pu voir leurs adaptations scéniques (de haut vol). Et qui dirigeait alors le Théâtre du Châtelet ?

A partir du mois de mars le musical « Guys and dolls » prendra le relais dans la grande salle, en attendant la saison 19/20, sur laquelle Choplin et son équipe travaillent déjà… (points de suspension lourds de sens)

En plus de la prestigieuse grande salle (et inscrite au titre des Monuments Historiques) , le Studio Marigny a également droit à sa programmation, plus variée, entre lecture (Frédéric Mitterrand… je vais passer mon tour…), théâtre (Xavier Durringer à l’écriture (un de mes auteurs fétiches de quand j’avais vingt ans), Dominique Pitoiset à la mise en scène avec « A Love Supreme »), spectacle musical (Le Petit Prince adapté par l’artiste Julien Cottereau avec la musique du duo Jatekok… je suis un peu amoureux d’une des deux pianistes… je suis un coeur d’artichaut…), j’en passe… Vous pouvez consulter le site du théâtre qui vous présentera la saison dans son entièreté mieux que moi.

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Petite salle

Pour conclure, on peut dire que le Théâtre Marigny est de toute beauté, grâce aux travaux menés par Clé Millet International en concertation avec les architectes des Bâtiments de France et les conservateurs, avec la collaboration de Wilmotte et Associés (oui, j’ai copié collé, mais c’est un grand clin d’oeil à une certaine amie architecte…) et que nous allons suivre avec attention la suite des aventures !

Remerciements au Théâtre Marigny, plus particulièrement à Thierry Messonnier (contact presse) qui nous a permis de visiter le théâtre alors que tout n’est pas encore tout à fait prêt, à William Luque-Ortiz (responsable billetterie) pour la visite, sa convivialité et ses anecdotes, à la demoiselle qui nous a confié le dossier de presse, à ma mère et mon père sans qui je ne serai pas là aujourd’hui ainsi qu’à mes camarades blogueurs et twittos (c’est vraiment moche comme mots) Théâtrelle, Yann le Galopin, Titikatiam and last but not least R42 qui a organisé cette folle équipée.

Textes et photos : Axel Ito

Ps : Pour information, le théâtre Marigny appartient à la firme Fimalac qui a notamment dans son escarcelle la Salle Pleyel, le Théâtre de la Madeleine et le Théâtre de la Porte St Martin… Fimalac est une société holding dirigée par Marc Ladreit de la Charrière, dont les activités sont très variées, des finances à Allociné en passant par le casino… là où on joue, pas le supermarché, sans oublier la revue « La Revue des deux mondes »)

Pps : Quand j’étais petit, je n’allais pas au théâtre, mais mon père fumait des cigarettes de marque Marigny. Un signe ?