Data Mossoul (Joséphine Serre / La Colline)

(de quoi ça parle en vrai)

« À la façon d’un kaléidoscope, Data Mossoul met en scène une ingénieure du web privée d’une partie de sa mémoire, un bibliothécaire collectant les écrits d’anonymes, une archéologue à Mossoul sauvant des tablettes d’argile millénaires des destructions de Daesh et le roi-scribe assyrien Assurbanipal. Évoluant dans ces strates de géographies, d’époques et de civilisations, ces quatre personnages sont liés par la notion de conservation des récits et de transmission de l’Histoire. Avec, en filigrane, la figure de Gilgamesh, roi mythique sumérien dévoré par le désir de trouver l’immortalité et héros du premier récit de l’histoire de l’humanité. » (source : ici)

veroniquecaye_datamossoul7568
Crédits photos : Véronique Caye

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Mes attentes étaient grandes, trop peut-être. Une jeune compagnie, un thème passionnant et ambitieux, le soutien d’une scène nationale (et pas la moindre : la Colline) et malgré tout cela je n’ai pas trouvé la pièce à la hauteur de mes espérances.

La sincérité et la passion de Joséphine Serre pour le sujet sont indéniables, les passages historiques sont bien documentés, l’intrigue anticipationnelle est crédible (une société informatique efface du web, donc de notre mémoire, les informations « obsolètes », de l’énième recette de tarte aux pommes à la Guerre en Irak). Les créations sonore (Frédéric Minière) et vidéo (Véronique Caye) sont convaincantes. Je retrouve avec grand plaisir l’actrice qui a fait battre mon coeur l’été dernier dans « Le Massacre du Printemps » d’Elsa Granat, j’ai nommé Edith Proust.

Mais… mais… l’interprétation est inégale (malgré, également, le charisme d’Estelle Meyer), l’écriture de Joséphine Serre ne m’a pas emporté alors qu’elle se veut profonde, la pièce dure 2h30 (sans entracte) et souffre de la comparaison avec une autre pièce d’anticipation d’une jeune compagnie : « France Fantôme » de Tiphaine Raffier (prochainement en reprise à l’Odéon) qui abordait également le sujet des datas, de la mémoire stockée sur internet… On sent un peu trop également l’influence d’une série comme Black Mirror (elle-même inspirée de notre société, il est vrai) : on rencontre dans la pièce des citoyens obligés d’utiliser internet, dont les notes influent sur le prix de l’assurance : HELLO NOSEDIVE ! La fin de la pièce, qui se veut fantasmagorique et kaleidoscopique, pour reprendre un terme de la note d’intention, m’a complètement perdu et m’a semblé inutile.

Je le répète, sur le papier l’intrigue est passionnante, car elle touche quelque chose qui est on ne peut plus proche de ce que l’observe aujourd’hui : la toute-puissance d’internet, le contrôle de nos mémoires collective et individuelle, de nos vies. Le parallèle avec Mossoul est intéressant. Mais la sauce ne prend pas, pour moi. Est-ce par prétention (Josephine Serre écrit, met en scène, joue), est-ce par manque de moyens ? Je n’ai pas la réponse, mais ça manquait cruellement de souffle.

DATA MOSSOUL

texte et mise en scène Joséphine Serre

avec Guillaume Compiano, Camille Durand‑Tovar, Elsa Granat, Estelle Meyer, Édith Proust, Aurélien Rondeau, Joséphine Serre

collaboration à la mise en scène Pauline Ribat – mise en scène de l’image et création vidéo Véronique Caye – son Frédéric Minière – scénographie Anne-Sophie Grac – stagiaire scénographie Lou Chenivesse – costumes Suzanne Veiga-Gomes assistée de Cécile Box – stagiaire costumes Jovita Negro – lumières Pauline Guyonnet – dessins Guillaume Compiano – assistanat à la mise en scène Pierre-Louis Laugérias

Jusqu’au 12 octobre 2019 à la Colline, Paris

(une autre histoire)

(de la Porte des Lilas à Gambetta)

Les gens baissent la tête. Pas grand chose à voir en l’air, vous me direz, pas d’oiseaux qui s’envolent, un bleu du ciel pas si bleu que cela. On regarde en bas, parce qu’on ne tient pas notre téléphone intelligent en haut. Ni en face de nous, devant nous.

La personne en face de toi a les yeux baissés. Tu marches en sa direction. Tu regardes droit devant. Tu comptes le nombre de secondes. Un, deux, trois. Elle ne relève toujours pas son regard. Quatre, cinq, six. C’est insensé, tout de même. Nez à nez. Elle lève les yeux, ne s’excuse pas, se détourne, parle dans sa barbe.

Mon téléphone vibre. Je lis le message. Je souris. J’écris : « Attention, je tente de t’écrire en marchant. Je suis toujours en avance. Là, je descends l’avenue Gambetta. » Envoi. Elle me répond : « Moi aussi, je marche en t’écrivant. Mais je viens de m’arrêter, je ne sais pas faire deux choses à la fois. » Je lui écris : « Moi aussi. Je m’arrête, je repars. Je m’arrête quand je reçois un appel. Mais comme personne ne m’appelle, je ne m’arrête pas. Pas pour ça. »

A force de m’arrêter et de me repartir, j’arrive en retard au théâtre, alors que j’arrive toujours en avance. Je ne parviens pas à montrer mon billet électronique, je suis de plus en plus en retard. C’est soir de première et je ne connais personne. C’est placement libre, c’est des banquettes, on se serre et j’aime pas quand mon genou touche un autre genou. Surtout un genou de quelqu’un que je ne connais pas et qui ne me plait pas.

Vu le mercredi 18 septembre 2019 à la Colline, Paris

Prix de ma place : 13€ (Carte Colline)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Publicités

Tchekhov à la folie (Anton Tchekhov / Jean-Louis Benoît / Poche Montparnasse)

(de quoi ça parle en vrai ?)

« Tchékhov disait de ces deux pièces courtes qu’elles étaient des « plaisanteries ». C’est pourtant avec elles qu’il va connaître ses premiers triomphes. Il n’a pas trente ans en 1888 et traverse une des périodes les plus heureuses de sa vie. Ce Tchékhov-là, joyeux, farceur, féroce humoriste, fait preuve dans ces miniatures pour la scène d’une violence grotesque incomparable. Que ce soit dans La Demande en mariage ou dans L’Ours, le tumulte, le rythme endiablé, la cocasserie des situations, la folie de ces personnages ahuris et furieux nous emportent loin du Tchékhov « chantre des crépuscules ». » (source : ici)

(pourquoi y vais-je ?)

Parce que je ne sais absolument pas où j’ai vu Jean-Paul Farré, mais je sais que c’est un grand acteur. Parce qu’aussi je me souviens que ça m’amusait de le croiser dans mon ancien quartier en train de répéter son texte tout en marchant.

XVMc63a5d74-5c77-11e9-8592-2e68e187fb35-1024x682.jpg
Emeline Bayart, Manuel Le Lièvre (remplacé par Mathieu Boulet le jour de ma présence), Jean-Paul Farré)

(ceci n’est pas une micro-critique, mais…)

Ce qui impressionne de prime abord, c’est la partition jouée par Emeline Bayart, Jean-Paul Farré et Mathieu Boulet. Aucun temps mort, les dialogues s’enchainent à un rythme effréné, chaque mouvement, intonation, mimique paraissent calculés et exécutés au millimètre près. Ces courtes pièces qui s’enchainent sans transition sont d’une efficacité redoutable. L’expression « vis comica » est faite pour Emeline Bayart qui m’a sincèrement impressionné et je suis heureux de l’avoir découverte dans ce spectacle.

Cependant on aurait eu envie de davantage de nuances, d’un jeu moins outré et d’un volume sonore plus mesuré – j’entends qu’il s’agit d’un choix de mise en scène, je n’ai pas adhéré, voilà tout. La pièce ne m’a pas fait rire autant que je l’aurais souhaité. Je n’ai surtout pas vu l’intérêt d’adapter à nouveau ces pièces mineures de Tchekhov qui font également le bonheur des salles avignonnaises durant le Off d’Avignon.

 

TCHEKHOV À LA FOLIE

(LA DEMANDE EN MARIAGE et L’OURS – deux pièces en un acte d’Anton TCHÉKHOV)

Traduction André MARKOWICZ et Françoise MORVAN – Actes Sud, collection Babel
mise en scène Jean-Louis BENOIT

avec Émeline BAYART, Jean-Paul FARRÉ, Manuel LE LIÈVRE ou Mathieu BOULET

Décor Jean HAAS – Costumes Frédéric OLIVIER – Assistant à la mise en scène Antony COCHIN

Au Poche-Montparnasse, Paris

 

(je pense tout haut)

Je crois qu’en fait, je ne suis pas (plus) tout à fait fait pour ce genre de pièces. Attention, voici une remise en question en règle de ma personne.

Peut-être suis-je totalement formaté par les spectacles que j’ai l’habitude de voir, dans le théâtre subventionné, pour ne pas le nommer. Pourtant j’aime rire, même si cela ne se voit pas quand on me rencontre. Au théâtre, les Chiens de Navarre me font rire, le Raoul Collectif me fait rire… Ok, je n’ai pas d’autres exemples qui me viennent en tête… Il est difficile de me faire rire et je sais que les Feydeau et autres vaudevilles ne me suffisent pas. Ne me suffisent plus.

Je suis snob, c’est peut-être pour ça.

 

Vu le dimanche 15 septembre 2019 au Poche Montparnasse, Paris

Prix de ma place : invitation

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

La fin de l’homme rouge (Svetlana Alexievitch / Emmanuel Meirieu / Bouffes du Nord)

(de quoi ça parle en vrai ?)

« Pendant quarante ans, Svetlana Alexievitch a parcouru ce pays qu’on appelait l’URSS et enregistré des centaines de témoignages. (…) D’une personne à l’autre, de voix en voix, elle a écrit six livres qui n’en font qu’un, un livre sur l’histoire d’une utopie : le socialisme. (…) La Fin de l’homme rouge fait résonner les voix des témoins brisés de l’époque soviétique, voix suppliciées des Goulags, voix des survivants et des bourreaux, voix magnifiques de ceux qui ont cru qu’un jour « ceux qui ne sont rien deviendraient tout », et sont aujourd’hui orphelins d’utopie. » (source : ici)

(pourquoi j’y vais ?)

Parce que Emmanuel Meirieu m’avait totalement dévasté avec « Des Hommes en devenir » au Théâtre Paris Villette il y a deux ans.

Parce que (par ordre alphabétique) Anouk Grinberg, Jérôme Kircher, Maud Wyler…

Parce qu’il ne s’agit pas de la pièce préquelle des Schtroumpfs (je sais… je n’ai pas pu m’empêcher)

122818-la_fin_de_l_homme_rouge115-1
Crédits photos : DR

(ceci n’est pas une critique, mais…)

C’est un vendredi 13, jour de grève de la RATP, que le théatre des Bouffes du Nord , à moitié vide, s’offre à moi. Et accessoirement jour anniversaire de mes quinze ans de vie à Paris (moi, le petit Marseillais qui savait à peine qui était Peter Brook à mon arrivée en 2004)

Le spectacle commence avant même qu’il ne commence. Le décor de Seymour Daval et Emmanuel Meirieu est tout simplement monumental et épouse parfaitement les formes et l’architecture de ce théâtre mythique. Nous sommes dans une salle en ruine, tout est poussière. Aux murs, des projections d’images d’inspiration soviétique qui se transformeront au gré des récits. Le proscénium ne sera quasiment pas utilisé, laissant cette distance entre public et comédien.nes.

Anouk Grinberg ouvre le bal, suivi de Stéphane Balmino, que j’avais découvert dans « Des Hommes en devenir » du même metteur en scène. Le dispositif est identique : une succession de récits, bouleversants, avec très peu d’interaction entre les personnages (on aurait presque envie qu’il n’y en ait aucune, tellement ce lien parait artificiel, je chipote).

On est happé par les récits, même si certains nous convainquent plus que d’autres, peut-être aussi parce que ces comédien.nes-là me touche plus que d’autres (Anouk Grinberg, Jérôme Kircher et Maud Wyler – la seule qui lève les yeux vers la catégorie 3)

L’immersion est totale grâce à un remarquable travail sonore et visuel et le trajet « théâtre / maison » à pied de quarante minutes n’est pas de trop pour doucement revenir à la vraie vie.

 

LA FIN DE L’HOMME ROUGE

D’après le roman de Svetlana Alexievitch

Mise en scène et adaptation Emmanuel Meirieu

Traduction Sophie Benech – Musique Raphaël Chambouvet – Costumes Moïra Douguet – Lumières, décor, vidéo Seymour Laval et Emmanuel Meirieu – Son Félix Muhlenbach et Raphaël Guenot – Maquillage Roxane Bruneton

Avec Stéphane Balmino, Evelyne Didi, Xavier Gallais, Anouk Grinberg, Jérôme Kircher, Maud Wyler, André Wilms (présence filmée) et la voix de Catherine Hiegel

Jusqu’au 12 octobre 2019 aux Bouffes du Nord (Paris) et en tournée notamment à Marseille (du 8 au 19/10 à la Criée)…

 

(une autre histoire)

Vendredi 13… 162 millions d’Euro à gagner à l’Euromillions. Je joue seulement lors des grosses cagnottes. Ce qui est totalement stupide, car qui a besoin d’autant d’argent ? Si je fais la moyenne du temps qu’il me reste à vivre, un million me suffirait ou même un petit pécule qui me permettrait d’arrêter de travailler pendant deux ans comblerait mon bonheur.

Flash. Le ticket dans ma poche arrière. Je marche car c’est la grève des transports. Je rentre chez moi, je sors le ticket de ma… Le ticket n’est plus là. Je ne me suis pourtant pas trompé de… Mes poches sont vides. C’est bien ma veine. Pile aujourd’hui, le premier jour du reste de ma vie. Le ticket est tombé de ma poche, quelqu’un l’a ramassé, les numéros sont évidemment gagnants et je resterai dans mon petit appartement miteux… Je viens de comprendre… quand on dit « miteux », ça signifie en fait qu’il y a des mites ?

Mon ticket est tombé de ma poche sur mon palier. C’est bien ma veine, maintenant que j’ai récupéré mon sésame pour les cieux, les numéros deviennent perdants. Je resterai dans mon petit appartement miteux… mais j’ai dans un tiroir des barquettes technologiques anti-mites, l’honneur est sauf.

 

Vu le vendredi 13 novembre 2019 aux Bouffes du Nord, Paris

Prix de ma place : 20€ (cat. 3)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Automne 19/20

Encore et toujours ma sempiternelle sélection très subjective ! Et en cette nouvelle saison 19/20, j’ai décidé de mettre à l’honneur dix-neuf voire vingt spectacles, que je verrai cet automne. (J’ai réfléchi de longues heures pour trouver ce  nouveau concept…)

 

A la faveur de l’automne, je mettrai tout d’abord l’accent sur… le Festival d’Automne !

La Team Tiago ne manquera sûrement pas Please Please Please par le trio Mathilde Monnier / La Ribot / Tiago Rodrigues (le 15/10 à l’Espace 1789 de St-Ouen et du 17 au 20/10 au Centre Pompidou)

« Je suis sans famille et je m’appelle Rémi et je me balade avec tous mes amis… » Quand j’étais petit, j’avais des peluches nommées Capi et Dolce. Etonnamment, c’est Jonathan Capdevielle qui va adapter le roman d’Hector Malot (du 21 au 30/11 à Nanterre Amandiers)

Je ne sais pas si on entendra la chanson dans le spectacle, mais rien que d’y penser, je l’aurai dans la tête durant toute la rédaction de cet article : Clotilde Hesme aura sans nul doute l’oeil du tigre dans Stallone de Fabien Gorgeart (du 08 au 19/10 au CentQuatre)

Les Talents Adami s’affichent avec Gwenaël Morin dans Uneo uplusi eurstragé dies d’après Sophocle et Eschyle (du 08 au 12/10 à l’Atelier de Paris)

Sans transition, dans le reste de l’actualité…

 

Le Présent qui déborde… ça, c’est parce qu’on ne le surveille pas assez… Après sa présentation lors du dernier festival d’Avignon, Christiane Jatahy revient au CentQuatre (en partenariat avec l’Odéon, du 1e au 17/11)  pour le deuxième volet de son Odyssée.

Je suis un homme fidèle… si si… et je fréquenterai plus que jamais le Théâtre de la Bastille. Cette nouvelle saison me parait assez audacieuse, puisque nous y verrons des artistes qu’on n’a pas vus depuis longtemps sur la rue de la Roquette comme Daniel Linehan et son Body of Work (c’est de la danse, du 18 au 23/11), voire jamais comme Loïc Touzé et sa Forme Simple (c’est aussi de la danse, du 18 au 23/11)

Je ne vais pas tenter d’inventer un résumé d’après le titre du spectacle d’Emmanuel Meirieu aux Bouffes du Nord, La Fin de L’Homme Rouge… J’irai le voir aussi et surtout pour admirer Maud Wyler, Jérôme Kircher… (du 12/09 au 02/10)

Même si je fus légérèment désappointé face à Love Me Tender, je me rendrai à l’Odéon pour voir la nouvelle création de Guillaume Vincent Les Mille et Une Nuits (du 08/11 au 08/12)

 

« Hard ou classique, la musique adoucit les moeurs… »

 

 

Je suis loin d’être un afficionado de Thomas Jolly et pourtant je vais voir un de ses spectacles (à la Scala du 18/10 au 03/11) : Un Jardin de Silence. Parce qu’avant tout pour moi, ce spectacle autour des chansons de Barbara est un projet de Raphaële Lannadère et de Babx

Buster Keaton est cher à mon coeur pour de multiples raisons et le Nouveau Théâtre de Montreuil le met à l’honneur (du 14 au 16/11) avec un ciné-concert performé dirigé par Mathieu Bauer.

Continuons en musique avec Les Siestes Acoustiques de Bastien Lallemant. Certes, j’aurais très bien pu y assister à Paris, mais je ne fais pas comme les autres, j’en ferai une à Manosque dans le cadre des Correspondances (le 28/09)

Parce que la musique est vitale pour moi… d’ailleurs, j’ai toujours une pensée pour ma guitare sans cordes qui trône dans mon salon… je ne raterai pas le concert de Troy Von Balthazar et de Michel Cloup Duo au Petit Bain (le 20/09)

Silence, ça pousse…

 

 

Et parce que je ne vois pas que des valeurs sûres, contrairement à ce que l’on pourrait penser, je me risquerai à la Colline pour voir Data Mossoul de Joséphine Serre (du 18/09 au 12/10)… Ok, c’est surtout pour revoir sur scène Elsa Granat et Edith Proust qui ont enchanté mon été avignonnais avec Le Massacre du Printemps…

D’ailleurs, nous pourrons retrouver Edith Proust au Lavoir Moderne Parisien dans Le Projet Georges, une pièce qu’elle a co-écrite et co-mise en scène avec Laure Grisinger, qui n’est autre que la dramaturge du… Massacre du Printemps ! (du 17 au 20/10)

Autre découverte au Lavoir Moderne Parisien (du 27/11 au 01/12), Les Femmes de Barbe Bleue, une création collective de Juste avant la compagnie qui figure également au programme du prochain festival Impatience (qui met en avant la nouvelle création jeune du spectacle vivant et du théâtre jeune et impatient parce qu’ils sont jeunes…)

Sinon on pourra aussi jeter un oeil à ce qu’il se passe du côté du Théâtre de la Reine Blanche avec Le Mont Analogue (du 04 au 08/09) (que j’avais raté la saison passée au Théâtre Berthelot à Montreuil…) par la Compagnie Les Temps Blancs ou avec Poulette de et avec Andréa Brusque(du 02 au 13/10)

A part ça, au Théâtre de la Tempête, il y aura la pièce Elémentaire de Sébastien Bravard sur une mise en scène de Clément Poirée (du 19/11 au 16/01). Ou l’histoire d’un comédien qui est devenu professeur des écoles… Je ne vois absolument pas pourquoi j’ai dans l’idée de voir cette pièce-là en particulier…

#TeamTiago

© Filipe Ferreira

Last but not least, la vingtième pièce de ma sélection, The Way She Dies, pour la première fois à Paris, au Théâtre de la Bastille, mais qui a été créé il y a plus de deux ans et joué pour la première fois en France au Théâtre Garonne à Toulouse. Et j’y étais (le 28 mars 2017…) ! Ce fut une époque toute particulière pour moi… Les souvenirs vont se ramasser à la pelle… comme les feuilles mortes… parce que c’est l’automne… Vous me suivez ? Super combo tg STAN + Tiago Rodrigues, c’est du 11/09 au 06/10.

 

Il y a d’autres spectacles programmés à mon carnet de bal, j’en parlerai peut-être dans ces mêmes colonnes… On appelle ça une aguiche. Il y a évidemment des spectacles que je n’ai pas mentionnés mais qui valent sûrement le coup d’oeil, mais comme je l’ai lu quelque part, mieux vaut être sélectif qu’exhaustif.

Vive la frustration, bon vent, bonne rentrée et à bientôt !

La Maison de Thé, l’expérience

LE JOURNALISTE

Par charité chrétienne, je ne nommerai pas le journaliste qui m’a conseillé de voir « La Maison de thé ». Je ne veux chercher de noises à personne, C’est ma faute, je ne lui en veux pas, c’est toujours ma faute : j’aurais dû lui demander s’il avait déjà vu le spectacle. En l’occurrence, non. Cela dit, la pièce est un classique du théâtre chinois, le metteur en scène est apparemment réputé. De plus, ce spectacle sera à près le seul pour lequel j’aurai suivi les conseils de quelqu’un. Il faut vivre dangereusement.

COURAGE EST MON DEUXIÈME PRÉNOM

Les premiers retours sont très mauvais. La pièce qui dure trois heures (sans entracte) voit ses spectateurs fuir par grappes, parait-il. Après la déconvenue « Architecture » (j’en suis parti au bout de 2h20, à l’entracte… parce que je ne sais pas partir à un autre moment, je n’ose pas, je ne sais pas vivre dangeureusement), je ne sais que penser.

Les deux camarades qui devaient m’accompagner déclarent forfait (cette information est très importante pour la suite des événements). C’est donc seul que j’aborderai ce défi hors du commun : voir une pièce de trois heures en chinois qui fait l’unanimité contre lui.

LA GARE ROUTIÈRE

C’est une gare. C’est une gare routière. C’est une gare routière souterraine. Glauque. C’est toujours glauque, les gares routières souterraines. « C’est tout droit », qu’on me dit. Alors je vais tout droit. Une fois n’est pas coutume, je ne vais pas à hue et à dia. C’est chaud, c’est moite. Dans un autre contexte, je ne dirais pas non, mais là…

Le spectacle se joue à l’Opéra Confluence, lieu éphémère en face de la gare TGV d’Avignon, en attendant la fin des travaux de l’Opéra qui se situe place de l’Horloge.

« Attends, Olivier, j’ai une idée ! Ça va se jouer hors les murs, comme ça, si les gens veulent partir, ils y réfléchiront à deux fois, parce que pas de moyen de reprendre la navette avant la fin du spectacle, sauf s’ils veulent monter dans un bus régulier. Et le bus régulier, tu sais ce que ça veut dire ? Ça veut dire : Le bourgeois en plein coeur des quartiers extramuros ! Et ça, il veut pas, le bourgeois !

– J’aime ton raisonnement, Kevin !

LA SPECTATRICE DU IN

Dans la file, en attendant la navette :

« J’ai vu Architecture, Phèdre !, Pelleas et Melissande, Sous d’autres cieux, Multiples… J’ai vu un seul spectacle dans le Off. C’était nul. Jamais je ne remettrai les pieds dans le Off. »

Nous sommes en 2019 et nous pouvons toujours entendre ce genre de discours : Le In d’un côté, le Off de l’autre. Comment être à ce point ignorant ? Evidemment que le Off, c’est la rue de la République et ses one man show et autres spectacles comiques pas souvent très distingués. Evidemment que le Off, ce sont ces théâtres garages qui louent à des prix exorbitants leurs espaces pour des créneaux de plus en plus réduits. Mais le Off, c’est aussi et surtout des théâtres comme la Caserne, les Doms, la Manufacture, le Train Bleu, le 11, les Halles (liste non exhaustive) qui ont une programmation audacieuse et passionnante, avec des spectacles qui viennent très souvent du théâtre subventionné… Le snobisme et surtout l’ignorance bêta de cette personne d’une vingtaine d’années m’a quelque peu agacé. Evidemment, je n’ai rien dit car je suis un pleutre. Je sens votre sourcil droit tressauter à la lecture de cette annonce…

CRÉNEAU

Le bus est parti et nous arrivons déjà à proximité de l’Opéra Confluence, à quelques encablures de la Gare Avignon TGV. Comme dans bon nombre de gares situées à l’extérieur des villes, les voitures se garent là où elle peuvent/veulent, échaudées par le prix des parkings. Comme je n’ai jamais su bien décrire, je vais seulement écrire : le bus s’est retrouvé coincé, ne peut ni avancer ni reculer sans toucher les voitures mal garées. Blocage total. Nous sommes la première navette. Ça veut dire, que même si on sort pour terminer le trajet à pied, les autres navettes auront du retard. Dans le hall de l’Opéra Confluence, mis à part deux pauvres fontaines d’eau, aucun lieu pour se rafraîchir ou se sustenter. La soirée va être longue.

début

LES VOISINS

Mes deux camarades ayant déclaré forfait (c’était l’info utile de tout à l’heure), les deux places à ma droite sont libres. J’aurais pu m’y asseoir, mais sur mon billet j’ai celui de gauche, et hormis le fait que je sois toujours plus à l’aise à gauche qu’à droite, je n’ai jamais su m’asseoir à une autre place que celle qu’on m’a assigné. Je suis du genre, si le wagon d’un train est vide et qu’il y a une personne qui s’est mise au hasard à ma place, à demander à cette personne de me laisser la place. Oui, je suis cette personne. Je sens la déception poindre en vous : « Il est comme ça ? »

Une dame s’asseoit à ma gauche. Elle n’arrêtera pas de commenter tout ce qu’elle voit. Elle est venue seule et je suis devenu contre mon gré son nouvel ami. Si elle avait eu moins de quarante ans et un physique que j’aurais considéré comme agréable, elle aurait été plus que la bienvenue. Oui, je suis comme ça, aussi. Je sens la déception s’ancrer en vous : « Il est vraiment comme ça ? »

On nous demande de nous décaler vers le milieu pour ne laisser aucune place libre. Je me lève et… un individu tente de… « Pardon, pardon, je veux cette place ! » Je suis sûr et certain qu’il a payé sa place en catégorie 2 (je suis en catégorie 1, je suis du genre à ne me déplacer qu’en première classe en TGV… « Il est définitivement comme ça ? Heureusement que je ne l’ai pas rencontré durant ce festival ! ») et qu’il attendait qu’on nous déplace pour piquer une place en première catégorie 1.

La dame à ma gauche l’interpelle : « J’espère que vous ne serez pas le premier à partir avant la fin… » Il répond fièrement : « Non, je ne pars jamais avant la fin, Madame. »

Imagine, avoir quelqu’un à côté de toi, bourré de tics, qui bouge tout le temps sa jambe, pendant trois heures. Je le déteste.

LA MICRO-CRITIQUE

Je n’ai rien compris, j’ai un peu dormi, y a une immense roue qui ne sert à rien sauf pendant le dernier quart d’heure.

LE MOT DE LA FIN

Un jour, je dirai à mes petits-enfants : « J’ai résisté. Je suis resté jusqu’à la fin de la Maison de Thé ! »

fin

 

茶馆 (La Maison de Thé)

Avec Chen Lin, Chen Minghao, Ding Yiteng, Han Jing, Han Shuo, Li Jianpeng, Li Jingwen, Liu Chang, Liu Hongfei, Qi Xi, Sun Yucheng, Sun Zhaokun, Tian Yu, Wang Xinyu, Wei Xi, Zhao Hongwei, Zhang Hongyu, Zhang Juncheng, Zhang Zhiming et Li Xiaojun (chant), Li Yibo (batterie), Wang Chuang (guitare et basse)

Texte Lao She

Mise en scène, adaptation Meng Jinghui

Dramaturgie Sebastian Kaiser – Musique Hua Shan, Shao Yanpeng, Nova Heart – Scénographie Zhang Wu – Lumière Wang Qi – Vidéo Wang Zhigang – Son Hua Shan – Costumes Yu Lei – Assistanat mise en scène Li Huayi

à l’Opéra Confluence (Avignon In) jusqu’au 20 juillet 2019

(photo de couverture © Christophe Raynaud de Lage)

Exit (Fausto Paravidino / Anne-Sophie Pauchet / La Manufacture / Avignon Off 19

(de quoi ça parle en vrai)

« A quitte B. A et B se séparent. Plus tard, A rencontrera C et B rencontrera D. Exit c’est l’histoire éternelle de la fin annoncée d’un couple. Et de ce qui pourrait se passer après. L’histoire du renoncement, des échappatoires, des petites lâchetés et des grandes désillusions. Une variation drôle et acide sur la difficulté de concilier le besoin de liberté personnelle et d’émancipation avec un exigeant besoin d’affection et d’une « vie satisfaisante ». Un questionnement sur la crise qui habite ces adultes bourgeois européens parfois autant incapables de courage politique que de courage intime. » (source : ici)

Exit-16©Laure-Delamotte-Legrandw-2
Crédits photos : Laure Delamotte-Legrand

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Cette fois-ci, l’auteur italien s’attaque à l’histoire d’un couple bourgeois en crise. Nous suivons son parcours, pas forcément dans l’ordre, mais surtout une rupture et ses conséquences.

Le bon point de la pièce est ses comédiens, Laure Mathis en tête (que j’ai toujours (en tête) depuis le magnifique « Doreen » de David Geselson). A noter également, la découverte de Jean-François Levistre (pour une fois que je souligne la présence d’un comédien « mâle »…) qui détonne par son physique, son phrasé étonnamment normaux. Il pourrait être n’importe qui dans la rue, mais il est comédien et il le fait bien. (ça pourrait être mal pris, mais c’est réellement un compliment : sa normalité m’a fait du bien)

La pièce, à mon sens, repose uniquement sur les épaules des comédiens (et la direction d’acteurs) car le texte de Fausto Paravidino ne présente pas un réel intérêt, tant il manque d’originalité. J’ai l’impression d’avoir déjà vu cette pièce, sous une forme spectaculaire ou filmique, un certain nombre de fois. Cerise sur le gâteau, nous avons droit à une énième scène de danse sur du David Bowie (ici « Modern Love ») (d’ailleurs, il faudrait légiférer, j’en ai déjà parlé, sur l’emploi des musiques de Bowie ou Nina Simone – cette dernière sera d’ailleurs la figure centrale de la prochaine pièce de David Geselson avec Laure Mathis, je boucle la boucle). 

Il parait loin le temps de Peanuts et de Gênes 01… (autres pièces autrement plus passionnantes)

 

EXIT

Texte : Fausto Paravidino

Metteur en scène : Anne-Sophie Pauchet 

Avec Arnaud Troalic, Laure Mathis, Manon Rivier et Jean-François Levistre

Scénographie : Laure Delamotte-Legrand – Régie générale et création lumière : Max Sautai – Régie son : Gaetan Le Calvez – Régie plateau : David Amiard et Romain Renault (en alternance) 

Jusqu’au 25 juillet 2019 (sauf les 11 et 18) à 12h à la Manufacture – Château St-Chamand, Avignon Off

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le mardi 16 juillet 2019 à la Manufacture, Château St-Chamand, Avignon Off

Prix de ma place : invitation

 

(sans titre)

Ce qui est bien avec les salles extramuros, c’est qu’on voit du pays. Cette fois-ci, ce sont les zones commerciales, l’autre jour, un peu comme à Thoiry, les cités qui n’en ont sûrement rien à faire du festival…

Je n’ai absolument pas fait exprès de choisir de voir une pièce qui s’appelle « Exit » alors même qu’il s’agira de ma dernière pièce de ce festival. Voir une pièce avec un tel nom, en dehors des remparts, veut bien dire ce que ça veut dire, il est temps de partir.

Les signaux EXIT m’enquiquinent dans les théâtres. C’est trop vert. C’est trop lumineux.

(évidemment il était absolument nécessaire que j’écrive cette affirmation)

(ça se voit un peu que je n’ai plus du tout d’inspiration pour cette section de l’article, alors que je vais embarquer dans mon avion dans 28 minutes et que je me dépêche de terminer ma chronique et de la publier…)

Charly Chanteur (L’Arrache-Coeur / Avignon Off)

(de quoi ça parle en vrai)

« Les ballades spleenétiques sont comme des chansons dépressives mais en plus drôles. Les poèmes-poubelles sont des poèmes récupérés dans une poubelle et mis en musique. Charly Chanteur est un chanteur gourou de la secte du « Spleen », un vrai-faux chanteur qui fait un vrai-faux concert. » (source : ici)

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je suis comme ça, je suis prêt à sacrifier la vision du feu d’artifice du 14 juillet pour assister à un concert (apparemment, le feu d’artifice a été annulé à cause du vent). Et pas des moindres, puisqu’il s’agit du concert de Charly Chanteur.

L’an passé, au même endroit, j’avais assisté à l’un des meilleurs concerts de l’année, celui de Léopoldine HH (dont je vous rabats les oreilles, dès que je la vois sur scène, avec Marc Lainé ou sur des chansons de Gérard Manset). Ils étaient trois et Charly Marty n’était déjà pas en reste pour ne pas jouer les fleurs en pot.

Il y a quelque chose des Flight of the Conchords chez Charly Chanteur : cette manière si personnelle de parler de ses amours adolescentes, mais pas que, de la vie, de l’amour et des voitures, l’essentiel quoi, mais aussi ce talent pour interpréter ce personnage de chanteur dépressif qui fait joujou avec ses guitares et ses pédales, coiffé de sa… coiffe d’autochtone américain (toujours prononcer autochetone dorénavant tu devras). Comme il est écrit au-dessus, ce n’est pas tout à fait un concert. On est à Avignon et même dans ce concert, il y a du théâtre. Charly Marty tient jusqu’au bout son rôle de chanteur gourou de la secte du « Spleen ». Quand il ne chante pas, Charly Chanteur, pince sans rire, nous parle, soliloque (j’adore ce mot, désolé), la parole est heurtée, il ne termine presque jamais ses phrases. Le quatrième mur est explosé, il a une jolie gourde, la lumière devient bleue quand la chanson évoque une piscine, il y a même des strapontins sur les côtés… Je suis en vrac (je suis revenu hier soir à Paris et je me sens tout bizarre à me souvenir ces moments-là… vous saurez tout).

On a le sourire aux lèvres, on ose même chanter alors que nous n’étions pas très nombreux ce soir-là, fête du 14 juillet oblige. On aimerait en entendre plus. Il ne faut surtout pas rater ce personnage singulier à l’univers si personnel ! (fin de critique sérieuse mais sincère)

CHARLY CHANTEUR

(cie Les Indiens)

à l’Arrache-Coeur (Avignon Off) jusqu’au 28 juillet 2019 à 22h30 (sauf les 10, 17 et 24)

(peinture de couverture : Nelly Monnier)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le dimanche 14 juillet 2019 à l’Arrache-Coeur, Avignon Off

Prix de ma place : invitation

 

(sans titre)

Nous étions sept. Je n’ai pas compté, mais j’ai ressenti sept belles âmes, avec la mienne bien évidemment, dans cette salle de concert, en ce quatorze juillet. C’est bien maigre, mais c’est jour de fête. J’aurais bien voulu danser ce soir-là. Un slow. Y avait bien ma voisine de siège… Ça fait longtemps que je n’ai pas dansé de slow. En situation. La dernière fois, c’était… avec ma copine, du genre, on mange à la maison, y a de la musique et on se met à danser, tous les deux… Mais c’était avec laquelle de copine ?

Je me souviens qu’en 1999, pendant une impro dans notre atelier théâtre, j’avais dansé avec… (je cherche un faux nom) Mallory Pimenta. Je pense qu’elle avait senti que j’étais tout émoustillé (là je parle de mon entrejambe). Plus tard, je l’ai appelée au téléphone : « Bonjour Madame Pimenta, est-ce que Mallory est là, s’il vous plait ? C’est de la part d’Axel (c’est mon vrai prénom), merci ! » Je lui ai demandé si ça lui disait d’aller prendre un café avec moi. J’ai senti une certaine lenteur dans son temps de réponse et je ne sais pas pourquoi, j’ai cru bon d’ajouter que je voulais lui proposer un rôle dans un court-métrage que je venais d’écrire. Elle accepta et nous nous vîmes (passage au passé simple qui vient de nulle part) dans un café du centre commercial de la Valentine, à Marseille.

Evidemment, il n’existait aucun scénario. Je dus donc en écrire un en quatrième vitesse. Nous tournâmes ce film en une après-midi, avec Mallory, mais ça c’est une autre histoire…

 

Joie (Anna Bouguereau / Jean-Baptiste Tur / Théâtre du Train Bleu / Avignon Off 19

(de quoi ça parle en vrai)

« Est-ce qu’on est obligé de pleurer à un enterrement ? Est-ce que c’est si normal qu’on enferme les morts dans des boîtes ? Pourquoi on fait plus de slows ? Pourquoi grandir ce serait accepter de mourir ? Est-ce que tous les croque-morts on l’air dépressif ? Qui a choisi cette musique improbable ? Pourquoi la dame au premier rang pleure si fort ? Est ce qu’on a le droit de coucher avec son cousin ? Pourquoi il faut attendre d’être mort pour être couvert de fleurs ? Comment continuer à vivre puisque les gens meurent ? (source : ici)

JOIE 3

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Il faudrait que j’ajoute un segment : « Pourquoi ai-je choisi cette pièce ? » Ici, uniquement le souhait de revoir une jeune comédienne lumineuse, Anna Bouguereau, que j’avais beaucoup appréciée dans « En réalités » (aussi au Train Bleu les jours impairs à 11h50), jouer son propre texte.

Malheureusement, la pièce ne m’a pas convaincu. Parce que je n’ai rien trouvé d’essentiel dans le texte, parce que le jeu d’Anna Bouguereau est assuré, un peu trop calculé à mon goût et parce que la mise en scène m’a paru étriqué. Comme une envie que ça sorte du cadre. Même si ce n’est pas forcément bienvenu d’agir de la sorte lors d’un enterrement.

Je parais quelque peu sévère, toutefois l’ensemble reste de bonne facture et ces pensées et autres observations d’ordre funéraire nous font repenser très logiquement aux nôtres. Mais il manque quelque chose.

 

JOIE

de et avec Anna BOUGUEREAU

mise en scène Jean-Baptiste TUR

collaboration artistique Alice VANNIER – création lumière Xavier DUTHU

Jusqu’au 24 juillet 2019 au Théâtre du Train Bleu (Avignon Off) (sauf le 18)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le dimanche 14 juillet 2019 au Théâtre du Train Bleu

Prix de ma place : invitation

 

(sans titre)

J’ai repensé au dernier enterrement auquel j’ai assisté. La défunte portait d’ailleurs le même prénom que celle de la pièce. Puis, la famille avait décidé de diffuser lors de l’inhumation une musique inattendue, du genre « tube de l’été ». J’ai souri et j’ai repensé à cette année…

J’ai rencontré Dieu sur Facebook (Ahmed Madani / 11 Gilgamesh Belleville / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« Comment une adolescente bien sage et bien protégée par sa maman peut-elle sombrer dans une mascarade pseudo-religieuse d’aventure extraordinaire ? Comment une jeune mère qui est parvenue à s’émanciper du poids de la tradition, de la religion, réagit-elle face à ce qu’elle considère comme une trahison de son combat pour la liberté ? Voilà un vrai sujet de société dans lequel la fiction et la poésie peuvent trouver une voie d’expression qui fera écho chez les spectateurs, et les adolescents. » (source : ici)

183563-bd_j_ai-rencontr_-dieu-sur-facebook_madani-cie-5_fran_ois-louis-ath_nas-2
Crédits Photos François-Louis Athènas

(ceci n’est pas une critique, mais…)

La déception fut d’autant plus grande que j’avais énormément apprécié la précédente pièce d’Ahmed Madani « F(l)ammes ». Allons bon, que s’est-il passé ?

Je cite le dossier de presse : « Ahmed Madani a décidé de recentrer son écriture en évoquant les mécanismes de manipulation à l’œuvre sur les réseaux sociaux qui ont conduit de nombreux jeunes gens à suivre la voie du fanatisme religieux. »

L’auteur – metteur en scène utilisera l’humour pour dénoncer le danger de l’embrigadement à travers les réseaux sociaux. Je n’ai tout simplement pas adhéré à ce parti-pris. L’adolescente minaude, le jeune recruteur est caricatural. Mounira Barbouch, qui interprète la mère, est celle qui est la plus juste dans sa partition, elle apporte la crédibilité à l’entreprise. Ou bien est-ce peut-être moi qui suis à la côté de la plaque ?

Je me sens parfois largué quant aux représentations de tel ou tel individu ou de certains faits de société. « Le jeune » serait comme ça ? Cela serait aussi simple ? Je n’y vois que des grosses ficelles. Au fond de moi, je sais que c’est possible, mais je ne parviens pas à m’y résoudre.

Il m’a manqué une certaine profondeur (moi qui en manque parfois dans mes non-critiques… je sais, ça faisait longtemps). J’en viens même à réviser mon jugement concernant « Antioche » de Sarah Berthiaume, qui abordait en partie ce sujet-là avec plus d’inventivité et de finesse.

Je vois où veut en venir Ahmed Madani, je vois à qui il s’adresse… de toute évidence pas moi.

 

J’AI RENCONTRÉ DIEU SUR FACEBOOK

Texte et mise en scène Ahmed Madani

Avec Mounira Barbouch, Louise Legendre, Valentin Madani

Assistant à la mise en scène Valentin Madani – Création sonore Christophe Séchet – Création lumière et régie générale Damien Klein  – Costumes Pascale Barré

Jusqu’au 26 juillet 2019 à 11h50 au 11 Gilgamesh Belleville, Avignon Off (sauf les 10, 17 et 24)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le dimanche 14 juillet 2019 au 11 Gilgamesh Belleville, Avignon Off

Prix de ma place : invitation

 

(sans titre)

Elle me tend son tract. Je le refuse, avec le sourire. « Vous me l’avez déjà donné hier », lui dis-je : un texte sur le rap par Joy Sorman. Sans arme ni violence.

Les fauteuils sont étroits. Je n’ai pas encore suffisamment maigri du cul pour me sentir à l’aise. A côté de moi, un jeune homme, costaud. Ai-je le droit de m’insurger contre le manspreading que m’impose cet homme ? Plus je me fais tout petit, plus il prend de la place. Si je disparaissais, toute la salle serait pleine de lui.

En regardant la pièce, je me souviens d’un épisode de « Sauvés par le gong ». Jessie  (Elizabeth Berkley) devenait accro aux amphétamines, elle perdait les pédales. Et comme si ce n’était pas suffisant, le quatrième mur s’écroulait et Zack Morris (Mark-Paul Gosselaar) s’adressait aux téléspectateurs, accompagné par les autres acteurs du show pour dire : « La drogue, c’est de la marde ! »

Laterna Magica (Ingmar Bergman / Dorian Rossel / Delphine Lanza / 11 Gilgamesh Belleville / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« Ce spectacle est une réinvention pour le plateau de la fausse autobiographie d’Ingmar Bergman. Ce récit sans complaisance, entre mémoires et exutoire psychanalytique, dessine un autre portrait du génie protéiforme. Il se raconte, les souvenirs dérivent, réinventant sa propre histoire pour en mesurer l’étendue et se l’approprier enfin. Bergman fait de sa vie une matière, fertile et fluctuante, pétrie de contrariétés, d’humour et de manques, sédiments propices à l’éclosion de sa créativité. » (source : ici)

20190713_180705

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Il y a des metteurs en scène qui, décidément, ne nous déçoivent jamais et le metteur en scène suisse Dorian Rossel en fait partie. Après s’être attaqué à Ozu, Eustache et Truffaut (pour le coup, je n’ai toujours pas vu son adaptation du « Dernier Métro »), l’artiste helvète adapte cette fois-ci l’ « autobiographie » d’Ingmar Bergman.

Le coup de maître de Dorian Rossel et de Delphine Lanza (n’oublions pas qu’ils sont deux à la mise en scène) est de ne faire aucune référence directe aux films et aux pièces de Bergman. Nul besoin de les avoir vus, la pièce est de facto accessible à tous. On y suit de manière non chronologique ses souvenirs. Le traitement parait simple, il est en tout cas subtil, élégant. Les jeux de lumières sont particulièrement réussis.

Fabien Coquil, l’interprète principal qui incarne un Ingmar Bergman, est une vraie révélation. Il fait apparaitre un humour qu’on ne soupçonnait pas forcément chez Ingmar Bergman et par sa gestuelle et son phrasé impeccable, fait vivre sous nos yeux un artiste en devenir, un enfant, le maître, sans omettre les parts d’ombre du cinéaste.

Dorian Rossel est un magicien, que cela soit écrit.

 

LATERNA MAGICA

Texte Ingmar Bergman

Mise en scène Dorian Rossel et Delphine Lanza

Avec Fabien Coquil, Delphine Lanza et Ilya Levin

Lumières Julien Brun / Musique Yohan Jacquier / Son Thierry Simonot / Costumes Eléonore Cassaigneau / Scénographie Cie STT / Direction technique Matthieu Baumann / Assistant Clément Lanza

Jusqu’au 23 juillet 2019 à 10h30 au 11 Gilgamesh Belleville (sauf les 10 et 17)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le samedi 13 juillet 2019 au 11 Gilgamesh Belleville

Prix de ma place : invitation

 

(sans titre)

Ingmar Bergman aurait eu 101 ans le 14 juillet dernier. La Prise de la Bastille, elle, s’est faite le même jour, mais il y a… (je compte)… 230 ans. Pour les deux cents ans, je me souviens, mes camarades et moi chantions sur le Quai des Belges, devant la Mairie de Marseille. Le Maire d’alors, M. Vigouroux, n’avait pas daigné se montrer sur son balcon pour écouter nos voix célestes. J’essaie de trouver un lien entre Bergman et cet événement forcément majeur de ma vie, mais je ne le trouve point. Ou peut-être qu’un drame digne des films du maître suédois se déroulait derrière les fenêtres du salon de la Mairie, des scènes de la vie municipale.

Le Massacre du Printemps (Elsa Granat / Laure Grisinger / Théâtre du Train Bleu / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« Tu participes aujourd’hui au Massacre du Printemps. Oui j’ai bien dit « Massacre ». Tu vas voir c’est un bilan. Il y a des événements comme ça qui semblent insurmontables, tu penses qu’ils vont te laisser cloué au sol. Et pourtant tu vas découvrir des forces inespérées qui vont t’inspirer pour inventer des printemps même sur pelouse synthétique. Il m’est arrivé d’accompagner des gens en fin de vie. Des combattants sans monument aux morts. J’ai mûri d’un seul coup puis j’ai régressé aussi exactement en même temps. J’ai poussé fort et dans tous les sens. En réalité, tout ça reste très classique: je fais exactement ce que Molière a fait. L’art de la médecine est incapable de soigner sa mère, il écrit le Médecin malgré lui. La technologie médicale est incapable de soigner la mienne, je secoue le théâtre. En 2019 ça ne sera pas en alexandrins. » (source : ici)

IMG_5504
Crédits photos : DR

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Déjà trois jours que j’ai vu cette pièce et elle ne veut pas me quitter. Je ne dirai pas qu’il y a un avant et un après (j’ai vu la sublime pièce de Dorian Rossel « Laterna Magica » le lendemain), pourtant tout devient un peu tiède après ce moment de théâtre intense et bouleversant. D’où ma lenteur également pour écrire cette chronique ou la peur de ne pas trouver les bons mots pour retranscrire ce que j’ai vu et surtout ce que j’ai ressenti.

Dès les premiers instants de la pièce, on est happé par les mots d’Elsa Granat (me revient immédiatement en tête sa première pièce « J’ai plus pied » que j’avais découverte en 2010 à l’Espace Roseau). On ressent la nécessité, l’urgence de dire tout cela et il n’y aucune fioriture.

Le sujet de la pièce n’est pas simple à aborder : la fin de vie, l’accompagnement par le personnel hopsitalier, la famille, les aidants. Cependant (et fort heureusement) l’atmosphère n’y est pas plombante. Nous ne sommes dans un réalisme forcené.

Elsa Granat et ses comédien.ne.s nous emportent dans un maëlstrom d’émotions (on y rit aussi, faut pas croire), avec des personnages qui se dédoublent, qui observent. L’action n’est pas auto-centrée sur le personnage de la jeune femme interprétée (à des âges différents) par Elsa Granat et Edith Proust. On y entend par exemple une infirmière, un musicothérapeute ou tout simplement le père (la limite, peut-être, du procédé, est de laisser penser que chaque acteur/actrice va avoir son moment).

Le temps est multiple, l’action l’est également. Des fragments.

Rien n’est laissé au hasard, mais rien ne commande nos émotions. Je me souviens de l’admirable Saïgon de Caroline Guiela Nguyen mais je ne pouvais m’empêcher de penser qu’elle envoyait un peu trop les violons. Ici, rien de cela, l’émotion vient sans crier gare.

Et je voulais conclure cette longue chronique en évoquant Edith Proust qui interprète le rôle de la jeune femme adolescente. Rarement j’ai vu un tel niveau de jeu, en permanence en mouvement, toujours une proposition, une écoute exceptionnelle, un regard et un investissement qui forcent l’admiration. Comme l’a évoqué une des amies qui m’accompagnait ce jour-là : « J’aimerais revoir la pièce, ne serait-ce que pour me concentrer uniquement sur elle. »

Tout ce que j’écris est assez dérisoire. Ça faisait bien longtemps que je n’avais pas ressenti tout cela en voyant une pièce. J’ai toujours peur de sur-vendre un spectacle. Peur de constater que mes ami.e.s, les gens que je ne connaitrais pas, tant qu’on y est, n’y adhéreraient pas autant que moi.

Dans tous les cas, il faut découvrir ce spectacle. Point final.

 

LE MASSACRE DU PRINTEMPS

écriture et mise en scène  Elsa GRANAT

avec Laurent HUON, Elsa GRANAT, Edith PROUST, Clara GUIPONT, Hélène RENCUREL et Antony COCHIN

dramaturgie Laure GRISINGER scénographie Suzanne BARBAUD création lumière Vera MARTINS création sonore ENZO BODO et ANTONY COCHIN costumes Marion MOINET régie lumières Vera MARTINS régie son Julien CREPIN

Jusqu’au 24 juillet 2019 à 11h50 les jours pairs au Théâtre du Train Bleu

 + le 21 juillet aura lieu la lecture d’une prochaine création d’Elsa Granat au Théâtre Artéphile : « Les Requins du Groenland » avec Alex Fondja (vu notamment dans Iliade / Odyssée par Pauline Bayle) et Sophie Troise (vue notamment dans « J’ai plus pied » d’Elsa Granat en 2010 et « Absurde, vous avez dit absurde ? » au Théâtre de la Criée de Marseille en 1997 avec l’option théâtre à laquelle j’appartenais également…

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le vendredi 12 juillet 2019 à 11h50 au Théâtre du Train Bleu (Avignon Off)

Prix de ma place : invitation

 

(sans titre)

Deux jours plus tard. L’amie infiltrée et moi-même sortons d’une pièce qui ne nous a pas convaincus. Nous apercevons alors, sur son fier destrier, Edith Proust, cette comédienne qui nous avait tant ému deux jours plus tôt. Nous prenons notre courage à deux mains et l’abordons.

J’ai toujours été incapable de parler, dire ce que j’ai ressenti en des termes clairs et compréhensibles. Pourtant je tente, maladroitement. Je la regarde, elle nous regarde et je sens encore des frissons m’étreindre. Ça peut étreindre, les frissons ? Edith Proust est magnétique, je le concède. Mais ici c’est la mémoire qui fait son travail. Deux jours plus tard.

Iphigénie à Splott (Gary Owen / Blandine Pélissier / Artéphile / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« Effie habite à Splott, un quartier de Cardiff touché par le chômage et la paupérisation. Effie, c’est le genre de fille qu’on évite de regarder dans les yeux, qu’on se permet de juger l’air de rien. Effie, c’est la provocation incarnée. On croit la connaître, mais on n’en connaît pas la moitié. Tous les samedis, elle se jette dans une spirale d’alcool, de drogue et de petits drames, et émerge au bout de trois jours d’une gueule de bois pire que la mort pour tenir jusqu’au bout de la semaine et mieux recommencer. Et puis, un soir, l’occasion lui est offerte d’être plus que ça. » (source : ici)

Morgane Peters Iphigénie à Splott 2 © So Beau-Blache
Crédits photos : Anne Cabarbaye

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Splott… Mais qu’est-ce donc que Splott ? C’est moche comme nom. Pourtant c’est le nom d’un quartier à Cardiff au Pays de Galles. On s’imagine la vie à Splott. Puis on rencontre Iphigénie… Effie… Il n’y a pas de hasard.

La comédienne Morgane Peters nous prend aux tripes dès notre entrée dans la salle. Son regard, sa posture, ça bout. L’adresse est directe, la langue est crue et vraie. On s’imagine un texte anglais à la Irvine Welsh (l’auteur écossais de « Trainspotting »), quasi impossible à bien traduire. Blandine Pélissier et Kelly Rivière n’ont pas tenté d’adapter artificiellement l’argot gallois en français. Non, cette langue parait naturelle, simple mais tranchante. Et Morgane Peters, que j’avais découverte quand elle était à l’ERACM (école d’acteurs entre Cannes et Marseille) a su s’approprier ces mots. Elle créé un personnage qui marque, qui nous marque, de par sa franchise, son état brut.

Même si on peut ressentir cinq ou dix minutes en trop dans la pièce (peut-être est-ce notre cerveau qui s’est converti involontairement à la durée standard (1h) des spectacles du Off ?), Morgane Peters ne lâche jamais et nous non plus.

 

IPHIGÉNIE À SPLOTT

Texte : Gary OWEN

Mise en scène : Blandine PÉLISSIER

Interprétation : Morgane PETERS

Lumières : Ivan MATHIS / Son : Loki HARFAGR / Collaboration artistique, scénographie, costumes, graphisme : SO BEAU-BLACHE / Régie : Chloé BÉGOU / Production : Isabelle CANALS / Presse, diffusion : Fouad BOUSBA

au Théâtre Artéphile à 21h40 jusqu’au 27 juillet (sauf les 7, 14 et 21)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le vendredi 12 juillet 2019 au Théâtre Artéphile, Avignon Off

Prix de ma place : invitation

 

(sans titre)

Elle me dit : « Mais toi, tu aimes les seul.e.s en scène ! Mais toi, tu y vas, parce que tu veux en faire un, à toi ! »

Je lui dis : « Non, enfin oui, euh, c’est pas si simple. Oui, je veux en faire un, urgemment. Mais non, je n’y vais pas pour ça. C’est le hasard. Ce soir, parce que j’ai déjà vu la comédienne dans d’autres spectacles et que je suis ce qu’elle fait, autant que je peux. Je ne suis pas ce qu’elle fait, tu m’as compris, hein ? Je suis ce qu’elle fait, plutôt dans ce sens-là. Sinon ça ne veut rien dire. Demain, c’est à cause de l’auteur qui a écrit un monologue pour un acteur, parce qu’il devait raconter cette histoire-là comme ça et pas autrement. Alors oui, ça me donne des idées, une impulsion, ça décomplexe. Mais… »

La Paix dans le Monde (Diastème / Artéphile / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« Cinq ans avaient passé. Puis dix, puis quinze. Le juge peut interdire au coupable d’approcher la victime pour une durée d’au plus cinq ans. Simon n’a pas revu Lucie. Il vit en Suisse, à quelques kilomètres de la maison de Charlie Chaplin. Il lit des livres, il fait du feu. Il ne voit pas le temps passer. Simon se prépare. Au jour où Simon et Lucie seront enfin réunis. Il doit être prêt. Tout doit être prêt. Le monde n’oubliera jamais ce jour. (source : ici) »

(ceci n’est pas une critique, mais…)

D’après le dossier de presse, « La paix dans le monde » est le dernier volet d’un triptyque, dont La Nuit du Thermomètre et 107 ans en sont les deux premiers épisodes. Ce monologue interprété par Frédéric Andrau peut apparemment se voir sans connaitre les premières aventures de Simon et Lucie. Pourtant, il nous manque quelque chose.

Devant nous, le personnage principal, Simon, tout juste sorti d’asile psychiatrique. L’acteur gardera le même regard vitreux, la même articulation languissante durant tout le spectacle. Ce rythme qui ne changera d’un iota durant l’intégralité de la pièce fut difficile à assimiler. Certes, Frédéric Andrau ne sortira pas une seule fois de son personnage, donc on peut saluer sa performance, mais nous aurions aimé peut-être plus de nuances et de variations dans le jeu et le rythme de la pièce. De plus, nous (pourquoi n’écris-je pas « je » ?) aurions aimé savoir comment il a pu se trouver dans un tel état émotionnel et mental. On peut évidemment s’imaginer que la rupture amoureuse puisse être douloureuse voire dévastatrice. En cela, voir « La Nuit du Thermomètre » et « 107 ans » aurait sans doute été salvateur.

De plus – il est difficile d’en parler sans dévoiler le dénouement – pour prolonger l’argument de la pièce, lisible un peu plus haut, Simon et Lucie vont se retrouver. Tout ce qui découlera de cette nouvelle rencontre semble être trop simpliste, pas réaliste. Même si le passé amoureux de ces deux personnages est forcément évoqué, peut-être qu’on aurait mieux compris ce qu’il en retournait en suivant depuis le début leur relation.

Je ne peux m’empêcher non plus de parler de ma frustration de ne pas voir en vrai Emma de Caunes (c’est la Lucie de Simon), qui manque au théâtre et au cinéma.

Ce fut donc un moment assez décevant mais resteront certaines fulgurances dans l’écriture de Diastème.

 

LA PAIX DANS LE MONDE

Texte et mise en scène : DIASTÈME

Interprétation : Frédéric ANDRAU avec la participation d’Emma DE CAUNES

Assistant : Mathieu MORELLE / Lumières : Stéphane BAQUET / Costumes : Frédéric CAMBIER / Décor : Alban HO VAN / Images : Vanessa FILHO / Musique : CALI / Crédit photo : Vanessa Filho

Au Théâtre Artéphile (Avignon Off), jusqu’au 27 juillet 2019 à 14h05 (sauf les 7, 14 et 21)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le samedi 13 juillet 2019 au Théâtre Artéphile, Avignon Off

Prix de ma place : invitation

 

(à quoi je pense ?)

Je pense aux premiers articles de Diastème que je lisais dans Première. C’était il y a longtemps…

Je ne pense pas. J’entends ce satané bruit du climatiseur, monotone, qui phagocyte toute mon attention.

Je pensais écrire quelque chose, mais je ne m’en souviens déjà plus. Ça me reviendra.

Ça me revient… Il n’y a pas tant que ça de films sur le théâtre. Et encore moins sur un festival. Diastème en avait réalisé un, que j’avais aimé. Faudrait que je le revois. On ne parle pas assez des rues d’Avignon, pendant le festival ou hors saison…

Guerre, et si ça nous arrivait ? (Janne Teller / Laurent Maindon / Présence Pasteur / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« IMAGINE : Et si, aujourd’hui, il y avait la guerre en France… Où irais-tu ? » Astucieusement et sans violence, le texte entraîne les spectateurs dans un voyage qui les mène de l’autre côté de la Méditerranée. Ils sont alors confrontés à une nouvelle vie, une culture qu’ils ne connaissent ni ne comprennent et deviennent ainsi l’objet de clichés voire de rejet. De cette inversion du parcours des réfugiés, nous avons choisi de placer les spectateurs dans un container sensoriel avec comme unique « guide » la voix en direct des deux comédiennes, une bande son et des images projetées sur l’écran par des manipulations en rétroprojection en direct… (source : ici)

guerre_repetitions_2
Crédits photos : DR

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Oui, le spectacle se joue tôt (9h50)… Et pourtant, c’est ce qu’il faut pour recevoir cette forme courte car on a l’esprit à peu près frais (ceci est une chronique sponsorisée par « Le jus d’orange au café, c’est bon, buvez-en ! ») et disponible pour cette expérience immersive. Nous ne serons pas assis dans les gradins. Nous prendrons place quelque part sur le plateau. Disposés ici et là des coussins, des tabourets, des caisses. Devant nous, une grande toile. Au-dessus de nous, le ciel. Ou plutôt une bâche qui représentera le ciel.

« Ouvrez vos esprits » : c’est qu’auraient pu dire les deux comédiennes à notre arrivée.

Quand le spectacle commence, nous sommes invités à écouter ce récit qui forcément interroge : « Et si nous étions obligés de fuir notre pays. » Sans parler d’une éventuelle guerre, les changements climatiques pourraient nous y contraindre… Et c’est toujours la même question qui m’assaille : Ces spectacles-là prêchent-ils déjà des convaincus ?

Pour nous raconter cette histoire, l’équipe artistique sollicitera notre boîte à imaginaire. Nous suivons les voix des comédiennes, des images projetées et transformées en direct, des jeux d’ombres (et je suis toujours comme un gamin en voyant ce qu’on peut faire avec les lumières et ces ombres qui se multiplient ou qui changent d’échelle). Nous pourrions presque fermer les yeux et laisser notre esprit se frayer un chemin dans ce monde dystopique.

C’est immersif (je me répète), mais pas agressif. C’est convaincant mais pas donneur de leçons.

Trente-cinq minutes. Une parenthèse, certes. Mais comme le dit l’adage, plus c’est court, plus c’est bon. (et je ne fais aucun clin d’oeil, je ne me permettrais pas… pas ici en tout cas)

 

GUERRE, ET SI ÇA NOUS ARRIVAIT ?

Auteur : Janne Teller

Metteur en scène : Laurent Maindon (Le Théâtre du Rictus)

Interprète(s) : Marion Solange-Malenfant, Claudine Bonhommeau

Assistante mise en scène : Marion Solange-Malenfant – Lumières et Manipulation : Jean-Marc Pinault – Bande son : Jérémie Morizeau – Diffusion : Virna Cirignano

Jusqu’au 28 juillet 2019 (sauf les 8, 15 et 22) à 9h50 à Présence Pasteur (Avignon Off)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le vendredi 12 juillet 2019 à Présence Pasteur (Avignon Off)

Prix de ma place : invitation

 

(avant, pendant, après)

9h50… Je crois n’avoir jamais vu un spectacle aussi tôt ! Je me souviens de ce dimanche où mon père et moi étions allés à la séance de 10h voir « Il faut sauver le Soldat Ryan ». En visionnant la scène du débarquement hyperréaliste, j’avais failli rendre mon petit déjeuner…

La vérité, c’est que je ne pense à rien d’autre pendant le spectacle. Je veux dire, à rien d’autre qu’au spectacle. Pourtant j’en aurais des choses à penser…

Je bois un petit café dans la cour de Présence Pasteur, je tourne la tête… Cette tête, pas la mienne, me dit quelque chose… Un parent d’élève. Une comédienne. Il y a dix ans. Elle me regarde, je la regarde. Non non, je ne te reconnais pas ! J’ai pris cette tête-là.

Trouble (Turbulences Cie ! / Cie HVDZ / LaScierie / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« Initié dans une réflexion libre à la lecture d’écrits de Michel Foucault, le projet s’est construit à travers une coopérative de création sous la direction de Philippe Duban et Didier Cousin. « Trouble » propose une plongée historique atypique autour de l’histoire de la folie qui résonne avec notre époque actuelle. Sur scène, un orchestre d’une quinzaine de musiciens en live, des projections d’images, un trapèze et un chœur d’acteurs danseurs et chanteurs. » (source : ici)

P1300125
Crédits photos : DR

(ceci n’est pas une critique, mais…)

« Nos difficultés, grâce au théâtre, deviennent des choses positives. »

Je l’ai déjà écrit ici ou là, pendant trois ans, j’ai joué avec, notamment, des personnes atypiques qu’on appelle aussi autistes. Nous racontions des histoires sans mettre en avant la particularité des interprètes. Ici c’est tout le contraire, même si le résultat final est le même : Ils ont aussi le droit d’être là et peuvent tout à fait nous émouvoir, nous faire réfléchir…

« « Être comme nous » ou ne pas être. »

Le parti-pris est audacieux. On y parle de la position de la société face à ce qui nous parait différent. En cela, on pourrait aisément élargir le propos à ce que l’on voit en Méditerranée et ailleurs, tous les jours, dans nos journaux télévisés.

Plus important encore, il n’ y a pas de course à l’émotion. Jamais on n’est mal à l’aise, jamais nous ne sommes témoins de démonstrations voyeuristes. Tout est fait avec la plus grande sincérité et générosité possible.

De plus, il devient rare de voir autant de personnes sur scène (une petite trentaine), des chanteurs, des musiciens, des poètes, des acrobates… Il est aussi admirable de voir que les rouages de ce spectacle singulier sont parfaitement huilés, chaque chose est à sa place, chaque artiste sait ce qu’il a à faire. Des personnalités se révèlent : une chanteuse lyrique qui reprend « Joe le taxi » de Vanessa Paradis ici, un poète qui parle des interdits là, ce morceau original piano voix d’un des membres du groupe qui clame haut et fort son autonomie avec un enthousiasme communicatif.

Il est beau de voir que ce spectacle, fruit de trois ans de labeur, est porté majestueusement et de manière professionnelle par tous ses participants.

Et parce que tout se termine en musique, le public est invité à rejoindre les artistes sur scène.

Alors on danse, alors on se mélange, alors on est ensemble.

 

TROUBLE

Mise en scène  Didier Cousin

Conseiller artistique  Guy Alloucherie

Conception, mise en chantier  Philippe Duban

Comédiens, chanteurs et musiciens : Aleksandar Boskovic, Alexandre Bordes, Alexis Baert, Anaïs Landier, André Pereira Da Silva, Arnaud Ndi, Benjamin Lesieur, Brahima Niakate, Charles Pham, Charli Aveilla, Charline Abderemane, Cyrille Ndedy, David Simon, Fabienne Lavanchy, Guénolé Lebrun, Harvey Goma Kouka, Marlène Parada, Martial Nakouzebi, Matthias Bloess, Meschac Assou Sakpa, Mounir Issa, Moussa Diaby, Olivier Martin, Olivier Poindron, Otto Nyap, Philippe Duban, Thomas Carrasqueira, Thomas Dubois, Vanessa Valentin

Composition musicale  Patricio Wang – Chorégraphie  Fatiha Mellal – Trapèze  Laetitia Rancelli – Création vidéo  Bénédicte Alloing – Plasticienne  Magali Brien – Direction et interprétation musicale  Gilles Wolff – Régie lumière  Rudy Sanguino – Régie vidéo et son  Léa Schwebel – Costumes  Sarah-Jane Sheppard

du 5 au 14 juillet à 14h (sauf le 9) à LaScierie (Avignon Off)

 

Vu le jeudi 11 juillet 2019 à 14h à Lascierie, Avignon Off

Prix de ma place : invitation

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

(avant, pendant, après)

Une des raisons pour laquelle je me rends à ce spectacle est que j’ai côtoyé un des artistes, Arnaud, pendant trois ans avec Le Laboratoire à Théâtre. Ce gars-là est capable d’imiter n’importe qui, moi le premier. Mon intonation, mes hésitations…

Dans la fausse vie, je suis professeur des écoles. Un jour, je pris un rendez-vous avec l’inspecteur en charge des relations humaines pour discuter d’une éventuelle reconversion. Je lui fis part de mon envie de théâtre et pourquoi pas d’en faire avec des personnes à part. Il me regarda et me dit : « Vous ne préfèreriez pas en faire avec vos élèves, plutôt ? »

Après le spectacle, je félicite Arnaud. Il me reconnait immédiatement, me serre la main avec vigueur et dit : « Tu as arrêté le théâtre, tu en as fait entre 2013 et 2016, il faut changer, il faut faire autre chose ! » Je souris. Il a toujours eu une meilleure mémoire que moi.

Marx et la Poupée (Maryam Madjidi / Raphaël France-Kullmann / Artéphile / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« Depuis le ventre de sa mère, Maryam vit de front les premières heures de la révolution iranienne. Six ans plus tard, elle rejoint avec sa mère son père en exil à Paris. À travers les souvenirs de ses premières années, elle raconte l’abandon du pays, l’éloignement de sa famille, l’effacement progressif du persan au profit du français avant de le retrouver pleinement. Maryam Madjidi raconte avec humour et tendresse les racines comme fardeau, rempart, moyen de socialisation, et même arme de séduction massive. » (source : ici)

Photo-Marx-et-la-pourpée-2©Bendsphoto
@bendsphoto

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Au départ, il y avait ce roman « Marx et la poupée », écrit par Maryam Madjidi. Le hasard a fait que je la rencontrasse il y a dix ans de cela (pas sûr sûr de l’emploi du subjonctif). L’histoire ne nous dira pas si j’aurais lu son roman sans cette rencontre. Là n’est pas la question, son livre est un petit bijou littéraire, enjoué, dynamique… (et publié par le Nouvel Attila et chez Jai lu en poche)

Les artistes à l’origine de cette forme théâtrale sont resté.e.s très fidèles au matériau original. Trois jeunes femmes sont sur scène, côte à côte : une récitante (Elsa Rozenknop), une musicienne (Clotilde Lebrun à la basse guitare loop) et (c’est ce qui fait le sel de ce spectacle) une interprète en langue des signes (Aude Jarry). Celle-ci sera d’ailleurs mise en lumière durant toute la première partie du spectacle (ses acolytes restant, de fait, un temps dans l’ombre). L’interprète LSF allie expressivité et grâce, on en vient même à ne plus écouter l’histoire (un peu comme dans les pièces en langue étrangère durant lesquelles on se convainc qu’on parle cette langue !)

Au moment où ce dispositif aurait pu lasser, les lignes bougent : la voix et le regard d’Elsa Rozenknop reviennent progressivement dans le jeu. Son débit, son rythme et surtout son investissement emmènent le spectacle un cran au-dessus.

M’est revenue en mémoire une pièce que j’ai vue l’an passé, « Pas pleurer » d’après le roman de Lydie Salvayre au théâtre des Doms qui adoptait une configuration similaire (voix et musique), dans lequel j’avais vu cette même implication.

Même si la forme n’est plus si originale (c’est quelqu’un qui va trop souvent au théâtre qui le dit), tant que les interprètes y mettent autant de coeur, on peut y aller (presque) les yeux fermés.

 

MARX ET LA POUPÉE

Texte : Maryam MADJIDI

Interprétation : Elsa ROZENKNOP, Aude JARRY, Clotilde LEBRUN Et la voix de Maryam MADJIDI

Mise en scène : Raphaël FRANCE-KULLMANN

Collaboration LSF : Sylvanie TENDRON / Lumières : Amandine RICHAUD / Costumes : MOOD-EH / Diffusion : Cathie SIMON-LOUDETTE / Les Audacieuses

du 5 au 27 juillet 2019 au Théâtre Artéphile (relâche les dimanches 7, 14 et 21)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le jeudi 11 juillet 2019 à 11h45 au Théâtre Artéphile

Prix de ma place : invitation

 

(avant, pendant, après)

Je me souviens de cette représentation de « Jean la Chance » d’après Brecht par  François Orsoni. La pièce était traduite en langue des signes. Les deux interprètes étaient transcendés par la vivacité de la pièce et des acteurs (Clotilde Hesme en tête). Parfois mon regard restait bloqué sur ces corps hyper expressifs. Beau, beau !

Je repense à ma propre prestation lors du spectacle des Infiltré.e.s saison 2 que j’ai eu le malheur de visionner hier… Je cligne trop des yeux. Tout est dans le clignement. Ou plutôt, dans le non-clignement. Les comédiennes présentement sur scène ne clignent jamais des yeux, y a les larmes qui montent, bim émotion ! Je ne suis définitivement pas au niveau.

« Maryam, on s’est rencontré le soir de mon anniversaire. J’avais trente ans. Le 14 septembre prochain, je fête mes quinze ans de vie parisienne et accessoirement mes quarante ans et neuf mois moins deux jours de vie tout court, dis, tu viens ? »

Hercule à la plage (Fabrice Melquiot / Mariama Sylla / 11 Gilgamesh Belleville / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« India, Melvil, Angelo et Charles. Enfants ensemble sous les peupliers, puis adolescents sur une plage inoubliable ; devenus adultes, ils se sont perdus de vue. Pour elle, ils ont tenté d’être aussi forts qu’Hercule, ils ont accompli des exploits qui semblaient fous. C’était la fille dont tout le monde rêve, aimée par trois garçons moyens. Un jour, India a déménagé et emporté avec elle l’amitié à la vie à la mort, les premiers élans d’amour et les jeux d’enfants. » (source : ici)

183563-hercule_a_la_plage_06_arianecattonbalabeau
Crédits photos : Ariane Catton Balabeau

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Nous voilà encore dans un rêve éveillé : des enfants adolescents joués par des adultes, entre une plage et une forêt, à différentes périodes de leurs vies. On commence par s’y perdre, un peu comme les personnages qui ne savent pas trop où ils sont, dans cette (vraie) obscurité qui tarde à s’éclaircir, si peu commune au théâtre.

Et quand la lumière fut, le rythme de la pièce s’emballe, entre travaux herculéens pour plaire à la fille de nos rêves et souvenirs qui s’entrelacent.

« Quand on raconte un souvenir, des fois on l’invente. »

« De toi, je ne guérirai jamais. »

Ce qui est étonnant chez Fabrice Melquiot (j’ai seulement vu « Les Séparables » en décembre dernier au Théâtre de Vidy-Lausanne), grandement aidé par la mise en scène ludique de Mariama Sylla et le jeu dynamique et sincère des quatre comédiens (Raphaël Archinard, Julien George, Hélène Hudovernik et Miami Themo jouent, ça veut bien dire ce que ça veut dire), c’est de voir à quel point il parvient à nous toucher au coeur en évoquant cette normalité des êtres, ces amitiés éphémères qui nous marqueront à jamais et les films que l’on peut se faire…

 

HERCULE À LA PLAGE

Texte Fabrice Melquiot

Mise en scène Mariama Sylla, assistée de Tamara Fischer

Avec Raphaël Archinard, Julien George, Hélène Hudovernik, Miami Themo

Scénographie Khaled Khouri – Lumière Rémi Furrer – Costumes Irène Schlatter – Création univers sonore Simon Aeschimann – Régie plateau Gabriel Sklenar en alternance avec Ian Durrer – Régie son Benjamin Tixhon – Régie lumière Théo Serez – Maquillages Katrine Zingg – Peinture des décors Valérie Margot – Construction Les Ateliers du Lignon – Genève

Production Théâtre Am Stram Gram – Genève

Jusqu’au 26 juillet 2019 à 10h10 au 11 Gilgamesh Belleville – Avignon Off (sauf les 10, 17 et 24)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito 

Vu le jeudi 11 juillet 2019 au 11 Gilgamesh Belleville à 10h10

Prix de ma place : invitation

 

(avant, pendant, après)

Hercule… On parle du demi-dieu Grec ou du copain de Pif ? Avant je confondais Fabrice Melquiot et David Lescot, mais ça c’était avant.

Jukebox : Dans la pièce, on fait référence à l’India Song. On chante du Cabrel. On entend « Wannabe » des Spice Girls. Vais-je vous confier que je suis allé voir en salle à sa sortie le film Spiceworld ou que j’ai dansé sur cette même chanson il y dix jours précisément ?

Elle fait semblant de ne pas me voir, je fais semblant de ne pas la voir, nous faisons semblant de ne pas nous voir.

Le Groenland (Pauline Sales / Sylvie Boutley / Salle Roquille / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« Cartographie d’une intimité. Monologue d’une femme qui perd le contrôle de sa vie, mais juste le temps d’une nuit … le temps d’aller au Groenland et de revenir… Théâtre d’une parole ironique. Elle fugue à travers les rues d’une ville, la nuit, en compagnie de sa fille, sa chouette son loup. Elle veut l’emmener au Groenland, un pays lointain, un retour à des origines esquimaudes ou un désir qui insiste. » (source : ici)

le-groenland

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Dans la petite boîte noire intime de la Salle Roquille (ou le secret le mieux gardé d’Avignon) se joue une pièce qui mériterait qu’on s’y attarde.

On vit la pièce comme un rêve éveillé. Un monologue. Un dialogue avec une enfant qui n’existe peut-être pas. Toujours une histoire de je(u).

La mise en scène sobre et exigeante de Sylvie Boutley laisse la place au jeu clair et maîtrisé de Clarisse Hagenmuller (qui reprend cette pièce créée en 2006 avec une autre mise en scène). Chaque geste, chaque mouvement parait calculé. Même si la logorrhée (forcément verbale, clin d’oeil au texte qui se permet ce pléonasme), écrite par Pauline Sales, y tient une place de choix, il y a un remarquable travail corporel, presque invisible, tout en retenue. Sans oublier une création musicale qui souligne très finement le parcours de cette femme.

Certain.e.s rêvent du Brésil. Ici, c’est le Groenland.

 

LE GROENLAND

Écriture Pauline Sales

Interprétation Clarisse Hagenmuller

Direction d’actrice et scénographie Sylvie Boutley

Bande son originale Stéphane Clor – Vidéo Marc Linnhoff – Lumières Raphaël Siefert

Compagnie Indigo Théâtre

jusqu’au 28 juillet (sauf les 8, 15 et 22) à 21h à la Salle Roquille (Avignon Off)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le mercredi 10 juillet 2019 à la Salle Roquille (Avignon Off)

Prix de ma place : 17€ (tarif plein)

 

(avant, pendant, après)

Quand je rentre dans cette salle, plus qu’aucune autre, me revient toujours cet été 2001 durant lequel j’ai joué dans cette petite boîte noire, deux fois par jour, du Ronald Laing et du Fernando Pessoa.

Quand je suis dans cette salle, plus qu’aucune autre, me revient toujours cet été 2001, durant lequel nous avons joué devant une seule spectatrice ce spectacle d’après les poèmes d’Alvaro de Campos et les textes de Bernardo Soarès, souvenir impérissable.

Quand je sors de cette salle, plus qu’aucune autre, me revient toujours cet été 2001… Parce qu’on revient toujours en certains lieux, parce que reviennent toujours les mêmes souvenirs. On ne peut s’en empêcher.

5es Hurlants (Raphaëlle Boitel / La Scala Paris)

(de quoi ça parle en vrai)

« Après avoir travaillé sous la direction de James Thierrée, d’Aurélien Bory et de Marc Lainé, Raphaëlle Boitel réunit pour sa troisième création cinq circassiens de différentes cultures, unis par une même expérience au sein de l’Académie Fratellini. Sur scène, dans un espace brut, noir et métallique à l’image d’un hangar, d’un chapiteau ou d’une usine, cinq personnages évoluent sous nos yeux : une femme indécise, une furieuse compulsive, un paranoïaque «ornithophobique», un équilibré qui glisse et un introverti hystérique. En envisageant leur agrès comme un alter ego mécanique avec lequel ils doivent partager leur vie, ils s’élancent, chutent, se soutiennent et se relèvent, sur des airs de Verdi, de Bach, ou même dans un silence brut. »

5emes-hurlants-01-tt-width-1600-height-1067-crop-0-bgcolor-000000
Crédits photos : Georges Ridel

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Il y a des spectacles dont on sait dès la première minute qu’ils nous plairont : ici, les deux régisseurs plateau du spectacle entrent sur scène, marchent en direction d’un projecteur et le dirigent vers la scène. Ce n’est pas grand chose et pourtant c’est ce qui fait la différence. Hormis les acrobaties, la mise en abyme, le « j’essaie, je tombe, je me relève », j’y vois également un magnifique hommage aux régisseurs, ces personnes de l’ombre qui agissent avec la plus grande humilité. Car les artistes sur scène ne pourraient pas faire grand chose sans eux. Et ici, les régisseurs font partie intégrante du spectacle. Certes, l’un d’entre eux est interprété par le collaborateur de longue date de Raphaëlle Boitel (j’ai lu ça) Tristan Baudoin, qui a fait un magnifique travail sur les ombres et lumières. Il n’empêche, ils sont aussi passionnants à observer que nos circassiens chéris.

Mais j’y viens. On pourrait penser que nous ne voyons rien d’extraordinaire : un fil-de-fériste, un jongleur de balles (même pas des torches en flamme ou des couteaux), une acrobate au cercle aérien, un sangliste (ce mot n’existe toujours pas), une danseuse-acrobate… mais quand on y pense, je dirais même plus, quand on y réfléchit… Ce fil-de-fériste qui joue l’hésitation, la maladresse est incroyable de maîtrise (demandez à un acteur de jouer faux, ben ce n’est pas si évident), le jongleur de balles, même avec une seule balle met tellement d’intensité dans son jeu, comme si sa vie en dépendait… Je pourrais multiplier les exemples… Je ne parlerai pas du dernier tableau avec cette acrobate arachnéenne qui m’a totalement ému et bluffé. Ce que je veux dire, c’est que c’est à la fois d’une simplicité désarmante mais aussi et surtout d’une perfection impressionnante pourtant touchante. La chorégraphie mise au point par Raphaëlle Boitel (que j’avais plus qu’appréciée il y a dix ans de cela chez James Thierrée et Marc Lainé) est remarquable de précision et de poésie.

Ce qui finit par nous séduire définitivement, c’est de constater que l’artiste n’est jamais seul, qu’ils sont tous ensemble, chacun pour tous.

(qu’il est bon de terminer sa saison parisienne avec un tel spectacle !)

 

5ES HURLANTS

conception, mise en scène Raphaëlle Boitel

avec Tristan Baudoin, Salvo Cappello, Alejandro Escobedo, Clara Henry, Loïc Leviel, Nicolas Lourdelle, Julieta Salz

collaboration artistique, scénographie et lumière Tristan Baudoin – musique originale Arthur Bison – régie plateau Nicolas Lourdelle – régie son Arthur Bison – constructions Silvère Boitel – aide à la création son et lumière Stéphane Ley, Hervé Frichet – costumes Lilou Hérin

Production Cie L’Oublié(e) – Raphaëlle Boitel, avec le précieux soutien de l’Académie Fratellini, la SPEDIDAM et la région Occitanie

Jusqu’au 20 juillet 2019 à la Scala Paris

 

(une autre histoire)

Je compte sur mes doigts tout ce que je dois encore faire d’ici mon départ en vacances. Je suis bien fatigué. Chaque fin d’année, je dis la même chose, faut que je me calme. Je dois écrire ci, je dois écrire ça, sans compter le déménagement, la gestion quotidienne des personnes dont je dois continuer à m’occuper, lire, répondre, voir les gens parce que c’est la fin, préparer les vacances, conserver aussi des plages de totale inactivité (moi qui n’aime pas rester sur le sable à bronzer).

Deux heures avant le début du spectacle, je m’écroule sur mon lit. Je ne veux pas y aller. Je dors un petit quart d’heure. Je veux rester dans mon lit.

Ça me fait penser à ces soirées où on ne veut pas aller, parce que pas envie de se mélanger aux gens, de converser, de sourire. Finalement on y va et on ne le regrette pas. Ben là c’est pareil. Je ne regrette pas de m’être levé, d’avoir pris le métro un 4 juillet, d’avoir marché de la Gare de l’Est au théâtre. J’ai même croisé quelqu’un que je connaissais et je lui ai parlé ! J’ai aussi croisé quelqu’un que je connais sans connaître mais je n’ai pas osé lui parler, on ne se refait pas.

Ceci était officiellement mon 300e article. Va falloir que je change tout ça.

 

Vu le jeudi 4 juillet 2019 à la Scala Paris

Prix de ma place : 18€ (cat 1 – demi tarif pour les premières)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Moving with Pina (Cristiana Morganti / Les Abbesses)

(de quoi ça parle en vrai)

« Elle sait danser et raconter, tenir le fil du geste et de la fable dans un même nœud d’énergie organique et souple. La danseuse et chorégraphe Cristiana Morganti, figure du Tanztheater Wuppertal de Pina Bausch de 1993 à 2014, fait vivre le mouvement au diapason des mots sans jamais perdre de vue le public avec lequel elle converse. Elle noue et dénoue les gestes dans un bouquet d’humeurs vives. Avec le solo Moving with Pina, conférence dansée sur l’univers artistique de la chorégraphe allemande, Cristiana Morganti livre, avec l’élan joyeux et partageur qui est le sien, les clés de l’élaboration des fameux solos chers à Pina Bausch. Elle décortique au plus près du corps, du cœur et de l’émotion des extraits emblématiques du répertoire. Un pan d’histoire de la danse glissé comme une conversation ou une confidence. » (source : ici)

movingpina_1
(crédits photos: Musacchio & Ianniello)

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Il y a dix ans pile, disparaissait Pina Bausch. Nonobstant le temps qui passe (je ne sais absolument pas si je l’ai bien employé, mais c’est la première fois que j’utilise un tel terme – nonobstant – je suis tout tourneboulé), elle est toujours aussi présente dans nos esprits que sur les scènes du monde entier, Paris en tête. A défaut de voir les nouveaux spectacles du Tanztheater cette saison (merci de ne pas remuer le couteau dans la plaie), me voilà aux Abbesses pour cette conférence dansée de Cristiana Morganti.

La danseuse chorégraphe a quitté la compagnie de notre Pina adorée en 2014 après plus de vingt ans de bons et loyaux services pour obtenir, selon ses dires une certaine autonomie et assouvir l’envie de s’attaquer à d’autres projets. Pourtant ici il ne sera question que de la chorégraphe allemande. Je ne sais pas s’il ne s’agit que d’une question d’argent, comme me l’a suggéré une amie croisée à l’issue de la représentation, mais ce qui est certain, c’est que Pina Bausch laisse une marque indélébile à celles et ceux qui l’ont côtoyée.

C’est avec drôlerie et tendresse que Cristiana Morganti nous livre son expérience au sein d’une des plus prestigieuses compagnies. Elle revient sur différents mouvements des pièces de Pina Bausch, les exécute devant nous, nous explique comment tel geste est né. Souvent Pina Bausch posait des questions, entre l’absurde et la philosophie et demandait à ses danseurs d’y répondre par le geste. Cette entrée dans le processus de création est passionnante. On se plait à imaginer les sessions de répétition à Wuppertal, cette ville que j’ai visitée, arpentée il y a trois ans, à la recherche d’une quelconque trace de Pina. (oui, je sais, il faut toujours que je me la ramène avec mes voyages et mes propres anecdotes…)

Parce que Cristiana Morganti a aussi un don de conteuse, ce qui n’est pas donné à tout le monde. On pourrait chipoter en déclarant que le spectacle pourrait être plus resserré. Mais la générosité, l’humour, la prestance de la danseuse italienne ne peuvent que nous séduire.

Enfin on se souvient de cette phrase (célèbre) de Pina : « Tanzt sonst sind wir verloren. »

 

MOVING WITH PINA

de et avec Cristiana Morganti

au Théâtre des Abbesses – Théâtre de la Ville

 

(une autre histoire)

Ça commence. C’est la fin de l’année scolaire. Je suis fatigué, j’ai chaud. tout m’agace. Les téléphones qui tardent à s’éteindre, les gourdes en aluminium qui tintinabulent, les bouteilles en plastique qui craquettent… Le spectateur en retard. « C’est ma place », dit-il. Le spectacle a déjà commencé, je le vois joindre le geste à la parole. L’assurance. Il prend une première photographie avec son téléphone intelligent. Une deuxième photographie. Sans gêne. La danseuse demande à un homme de la rejoindre sur scène. « Moi ! » dit-il. Elle décline la proposition car nous sommes au balcon.  Il prend une nouvelle photo. A la fin de la représentation, il applaudit à tout rompre. Il siffle même avec ses doigts. Je n’ai jamais su siffler avec mes doigts. Le pire dans tout ça, c’est qu’il a la chemise ouverte. Je le déteste.

 

Vu le mercredi 26 juin 2019 au Théâtre des Abbesses, Paris.

Prix de ma place : 22€ (cat.2)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Les Évaporés (Delphine Hecquet / Théâtre de la Tempête)

(de quoi ça parle en vrai)

Au Japon, plus de cent mille personnes s’évaporent chaque année. Ce phénomène est ancien mais les évaporations se sont notoirement développées dans les années 90, pendant la crise financière, pour atteindre le chiffre officieux de 180 000 Japonais disparus volontairement par an. Qui sont-ils ceux qui un jour décident de tout quitter, de claquer la porte sur leur vie en effaçant toute trace de leur existence ? Qui sont-ils ceux qui restent, attendant un signe, une vérité, un retour ? Dans ce pays où l’échec se vit comme un déshonneur, un journaliste français décide de partir à la rencontre de ces évaporés, de ces familles au deuil impossible, pour filmer et tenter de comprendre. (source : ici)

les_evapores_a_akihiro_hata
Crédits photos : Dantes Pigeard et Akihiro Hata

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Une fois n’est pas coutume, je me suis repris à plusieurs fois pour écrire cette « non-critique ». Parce que le sujet de la pièce me titille depuis des années, de par mes lectures, mais aussi et surtout par mes voyages durant lesquels je me plais à m’oublier ou à errer. Sans m’évaporer, j’aime me fondre dans la masse, être personne. Mais je ne suis pour l’instant jamais allé me perdre au Japon, ce pays si fascinant.

L’autrice et metteure en scène Delphine Hecquet a fait les bons choix : suggérer, ne pas se laisser enfermer par son dispositif scénique. Certes on a droit à de la vidéo, une voix off, de la musique (dont la reprise entêtante de « Heroes » par Peter Gabriel et par ce savoureux personnnage de vieille dame de deux cents ans), des changements de décors, mais l’ensemble se fait dans la délicatesse et la sobriété. J’avouerai que je me suis quelque peu assoupi, assommé par la chaleur qui régnait dans la salle et ma fatigue chronique, mais ce n’était pas bien grave. L’atmosphère, entre rêve et réalité, s’y prêtait et je n’ai pas perdu le fil (ça, c’est pour rassurer et dire que mon moment de somnolence fut bref), même si on s’étonne parfois de n’écouter que les voix (presque toutes japonaises) sans suivre les surtitres (ou l’illusion éphémère de comprendre ce que l’on entend).

Parce que je me rêve perdu dans la traduction, je ne me suis pas identifié dans le seul personnage français mais nipponophone (ce mot existe-t-il seulement ?). Certes le journaliste joue un rôle essentiel mais mon attention et mon imagination étaient uniquement focalisées sur l’objet de son enquête et toutes les questions qui en découlaient. Quand on s’évapore, on ne disparait pas tout à fait. De la difficulté de réapparaître pour les uns, de l’incapacité à comprendre un tel geste pour les autres. Pardonner, continuer à vivre, attendre, tourner le dos. Que de questions, que de questions… (tout cela sans un point d’interrogation)

Parce que le sujet de la pièce me titille depuis des années, après cette pièce, cela ne peut que me convaincre d’insister.

 

LES ÉVAPORÉS

texte et mise en scène Delphine Hecquet

traduction Akihito Hirano

avec Hiromi Asai, Yumi Fujitani, Akihiro Nishida, Marc Plas, Kyoko Takenaka, Gen Shimaoka, Kana Yokomitsu en vidéo Kaori Ito, Oscar Suzuki Vuillot, Tokio Yokoi

scénographie Victor Melchy – lumières Jérémie Papin – musique Philippe Thibault – costumes Oria Steenkiste – réalisation des séquences filmées Akihiro Hata – dispositif vidéo Melchior Delaunay – surtitrage Satoko Fujimoto – collaboration artistique et dramaturgie Lara Hirzel – régie générale Marie BonneMaison

Jusqu’au 23 juin 2019 au Théâtre de la Tempête (Paris)

 

(une autre histoire)

La première fois que j’entendis parler d’évaporation, c’était durant l’hiver 2015. Je dînais dans le grand restaurant de la ville de Yellowknife dans les Territoires du Nord Ouest au Canada. Je mangeais seul quand un individu me dévisagea. Il me dit en anglais : « Are you going to disappear ? »

– What are you talking about ?

– How to disappear completely ? You know what I mean ?

– No, I don’t know.

Le plus étrange dans l’histoire, c’est que je comprenais instantanément ce qu’il me disait en anglais, comme si je n’avais pas besoin de faire la traduction…

– Pourquoi venir ici si ce n’est pour vous évaporer ? Nous venons tous pour cela. Certains reviennent, d’autres pas.

– Je suis ici en vacances. Je rends visite à ma soeur.

– Et c’est un hasard si vous lisez Thoreau ici, even in French ?

– Euh… Oui… Non… Mais… vous parliez de disparaître ?

– Vous n’avez pas entendu parler de la dernière ? La Japonaise ? Elle est venue seule, a réservé ici, dans cet hôtel. Ça fait deux jours qu’on ne l’a plus revue. Les gens de l’hôtel ont frappé à sa porte, aucune réponse. Ils ont ouvert mais elle n’était pas là. Toujours ses affaires, sur son lit, dans sa salle de bains. Pas une lettre. Rien. Le réceptionniste me disait qu’il avait trouvé ça bizarre de la voir arriver sans un gros manteau sur le dos. Elle n’était pas équipée pour ce blizzard. On dit qu’elle est partie l’autre matin, se promener au bord du Niven Lake mais qu’elle n’est jamais reparue. Il y a des loups dans les parages, vous le saviez ?

– Non.

– Eh ben , je vous le dis, y a des loups dans les parages. Quand on vient ici, on le sait. Vous, vous ne le savez pas.

– Et ?

(il sourit) Nevermind. »

 

Vu le samedi 8 juin 2019 au Théâtre de la Tempête (Paris)

Prix de ma place : invitation

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Festival d’Avignon 2019, ma sélection Off

Autant vous dire, qu’une fois n’est pas coutume, il y a l’embarras du choix cette année dans le Off d’Avignon. La Manufacture, Les Halles, les Doms sont toujours là, deux autres lieux prennent également de plus en plus de place et proposent cette année encore une programmation alléchante et exigeante : le 11 Gilgamesh Belleville et le Train Bleu, qui en très peu d’années (seulement la deuxième pour le Train Bleu) font déjà office d’incontournables.

Je ne parviens pas à me souvenir combien de festivals d’Avignon j’ai faits. Le premier, c’était en 1996, le dernier, forcément, l’an passé. J’ai fait les trois semaines de festival à deux reprises, encore en 1996 et en 2001, autrement dit dans une autre vie. A la fin d’un séjour, il n’est jamais certain que je revienne l’année suivante. Et pourtant, un manque s’immisce en moi et finalement j’organise mes vacances en fonction de.

Je serai de retour à Avignon du 10 au 16 juillet. L’an passé, j’ai vu 24 spectacles en 8 jours (5 + 3). Mon objectif n’est pas d’en voir autant (trois par jour est une bonne moyenne… et c’est déjà beaucoup), mais de mieux apprécier les spectacles et la ville. Prendre le temps aussi pour voir un film à l’Utopia ou une expo à la Collection Lambert. Bref…

Voici donc les vingt-sept spectacles que j’ai sélectionnés parmi les 1 592 qui se joueront dans les différents lieux du Off (sachant que je compte n’en voir que 18 tout au plus, in inclus, je vous laisse calculer) : (classés par horaire)

(NB : Pour ceux qui repassent par là, j’ai ajouté 3 spectacles à ma sélection initiale qui se trouvent en n° 10, 15, 22)

1/ GUERRE, ET SI ÇA NOUS ARRIVAIT ? de Janne Teller par Laurent Maindon à Présence Pasteur à 9h45

« IMAGINE : Et si, aujourd’hui, il y avait la guerre en France… Où irais-tu ? »

Avec une collègue de l’Occupation Bastille période Tiago Rodrigues. Il est toujours bon de suivre les gens qu’on a croisés ici et là.

2/ CRÂNE de Patrick Declerck, mise en scène d’Antoine Laubin, au Théâtre des Dons à 10h

rbph_01117_0009_szparagowska
© Beata Szparagowska

« Devant nous, un écrivain à qui l’on doit retirer une tumeur. Il s’agit d’une intervention dite de chirurgie éveillée. Il faudra sonder le patient pour être certain de ne pas lui ôter le langage. C’est son outil de travail en quelque sorte et sa raison de vivre peut-être. On nous parlera du deuil impossible pour un chien, de la poésie de Shakespeare, du ridicule accoutrement opératoire et de la dignité qui se loge parfois dans les détails même face à une mort hypothétique. »

J’avais découvert le travail d’Antoine Laubin aux Doms avec « Le Réserviste » d’après un texte de Thomas Depryck. Je suis quelqu’un de fidèle.

3/ LATERNA MAGICA de Dorian Rossel et Delphine Lanza au 11 Gilgamesh Belleville à 10h30

183563-bd_viusel_laterna_libre-de-droit_cr_dit_obligatoire_la_lumi_re_sombre_cat_01_todd-hido_sans-titre_-_11692-492_2017_avec-l_aimable-autorisation-de-la-galerie-particuli_re_paris-bruxelles-1
© Todd Hido

« Ce spectacle est une réinvention pour le plateau de la fausse autobiographie d’Ingmar Bergman. Ce récit sans complaisance, entre mémoires et exutoire psychanalytique, dessine un autre portrait du génie protéiforme. Il se raconte, les souvenirs dérivent, réinventant sa propre histoire pour en mesurer l’étendue et se l’approprier enfin. Bergman fait de sa vie une matière, fertile et fluctuante, pétrie de contrariétés, d’humour et de manques, sédiments propices à l’éclosion de sa créativité. »

Grande impatience avant chaque spectacle de Dorian Rossel, dont je regrette de ne pas encore avoir vu son adaptation du Dernier Métro de Truffaut.

4/ PLAIDOYER POUR UNE CIVILISATION NOUVELLE d’après Simone Weil par Jean-Baptiste Sastre au Théâtre des Halles à 11h25

Plaidoyer...-©-DR_WEB
Crédit photo : DR

« Simone Weil : figure radicalement à part de la pensée française du XXe siècle. Sa vie durant, elle a cherché jusqu’à l’épuisement des clefs pour tenter de se comprendre et de comprendre le monde. Elle travailla en usine, prit part à la guerre d’Espagne aux côtés des Républicains, avant de rejoindre Londres et la « France Libre », où elle mourût à l’âge de 34 ans. « Elle ne méprisait rien sinon le mépris lui- même » Albert Camus. Après La France contre les robots de Georges Bernanos, Hiam Abbass et Jean-Baptiste Sastre adaptent une partie de la correspondance, L’Enracinement et d’autres textes de cette philosophe qui relèvent ses apports à la philosophie, à la critique politique et à la spiritualité. »

L’idée de voir l’actrice Hiam Abbass dans la salle de la Chapelle m’impressionne au plus haut point, surtout avec des textes aussi majeurs (et on parle de Simone Weil, pas de Simone Veil… j’ai vérifié avant)

5/ MARX ET LA POUPÉE  d’après le roman de Maryam Madjidi par Raphaël France-Kullmann au Théâtre Artéphile à 11h45

19melp-540x800
@bendsphoto

« Depuis le ventre de sa mère, Maryam vit de front les premières heures de la révolution iranienne. Six ans plus tard, elle rejoint avec sa mère son père en exil à Paris. À travers les souvenirs de ses premières années, elle raconte l’abandon du pays, l’éloignement de sa famille, l’effacement progressif du persan au profit du français avant de le retrouver pleinement. Maryam Madjidi raconte avec humour et tendresse les racines comme fardeau, rempart, moyen de socialisation, et même arme de séduction massive. »

Parce que j’aime énormément ce premier roman et qu’aussi j’avais apprécié discuter avec son autrice les deux fois où on s’est vu. (ce n’était pas pour un rendez-vous Tinder, je préfère préciser, nous avons une connaissance en commun qui avait même traîné Maryam à mon anniversaire pour mes 30 ans, autrement dit il y a dix ans, déjà…)

6/ J’AI RENCONTRÉ DIEU SUR FACEBOOK d’Ahmed Madani au 11 Gilgamesh Belleville à 11h50

183563-bd_j_ai-rencontr_-dieu-sur-facebook_madani-cie-5_fran_ois-louis-ath_nas-2
©François-Louis Athènas

« Comment une adolescente bien sage et bien protégée par sa maman peut-elle sombrer dans une mascarade pseudo-religieuse d’aventure extraordinaire ? Comment une jeune mère qui est parvenue à s’émanciper du poids de la tradition, de la religion, réagit-elle face à ce qu’elle considère comme une trahison de son combat pour la liberté ? Voilà un vrai sujet de société dans lequel la fiction et la poésie peuvent trouver une voie d’expression qui fera écho chez les spectateurs, et les adolescents. »

Après F(l)ammes, je suis curieux de voir ce que nous prépare Ahmed Madani.

7/ LE MASSACRE DU PRINTEMPS d’Elsa Granat au Théâtre du Train Bleu à 11h50, les jours pairs

Le Massacre du Printemps – Teaser from Elsa Granat on Vimeo.

« J’ai mûri d’un seul coup puis j’ai régressé exactement en même temps. J’ai poussé fort et dans tous les sens. Il m’est arrivé d’accompagner des gens en fin de vie. Des combattants sans monument aux morts. Il y a des événements comme ça qui semblent insurmontables, tu penses qu’ils vont te laisser clouée au sol. Et pourtant tu vas découvrir des forces inespérées qui vont t’inspirer pour inventer des printemps même sur pelouse synthétique. Tu participes aujourd’hui au Massacre du Printemps. Oui j’ai bien dit « Massacre ». »

On dit que je suis fidèle… J’ai découvert Elsa Granat il y a déjà neuf ans avec « J’ai plus pied ». Une amie jouait dans cette pièce. J’ai découvert également Claire Méchin (qu’on connait chez les Blond and Blond and Blond et surtout à revoir dans Les Secrets d’un Gainage Efficace). Mais surtout Elsa Granat… une écriture, un point de vue, un sens de la mise en scène. (et je viens seulement de comprendre le jeu de mots (Mas)Sacre du Printemps…

8/ EXIT de Fausto Paravidino par Anne-Sophie Pauchet à la Manufacture à 12h

Bande-annonce EXIT Tournée / Fausto Paravidino / Anne-Sophie Pauchet from Florent_Houdu on Vimeo.

« A quitte B. A et B se séparent. Plus tard, A rencontrera C et B rencontrera D. Exit c’est l’histoire éternelle de la fin annoncée d’un couple. Et de ce qui pourrait se passer après. L’histoire du renoncement, des échappatoires, des petites lâchetés et des grandes désillusions. Une variation drôle et acide sur la difficulté de concilier le besoin de liberté personnelle et d’émancipation avec un exigeant besoin d’affection et d’une « vie satisfaisante ». Un questionnement sur la crise qui habite ces adultes bourgeois européens parfois autant incapables de courage politique que de courage intime. »

L’idée de revoir Laure Mathis, admirable Doreen dans la pièce éponyme de David Geselson et que j’aime l’écriture de Fausto Paravidino.

9/ L’OISEAU MIGRATEUR de Dorian Rossel à la Maison du Théâtre pour Enfants à 14h

14h10_oiseau_1170

« Deux blocs noirs, deux comédiens, deux craies pour conter l’amitié insolite entre un petit garçon, sa voisine et un passereau. À contre-courant des temps tonitruants, L’Oiseau migrateur parie sur la simplicité et invite l’imaginaire à se déployer. L’histoire s’esquisse par des dessins à la ligne épurée, avant que le texte prenne le relais. »

Pour les mêmes raisons qui m’amènent à voir Laterna Magica et parce que je ne rechigne jamais à voir un spectacle dit jeune public.

10/ TROUBLE par Philippe Duban et Didier Cousin à Lascierie à 14h (jusqu’au 14 juillet)

spectacle_26736.jpg

« Initié dans une réflexion libre à la lecture d’écrits de Michel Foucault, le projet s’est construit à travers une coopérative de création sous la direction de Philippe Duban et Didier Cousin. « Trouble » propose une plongée historique atypique autour de l’histoire de la folie qui résonne avec notre époque actuelle. Sur scène, un orchestre d’une quinzaine de musiciens en live, des projections d’images, un trapèze et un chœur d’acteurs danseurs et chanteurs. Porté avec souffle par une équipe de trente artistes, « Trouble » évoque la mue des enfermements, interroge la place des singularités dans les cercles d’appartenances, appelle à l’union dans la diversité. »

Pour avoir déjà officié pendant trois ans en tant que comédien soutien dans une troupe composée essentiellement de jeunes adultes « hors normes », je sais que ce spectacle sera une expérience incomparable. Surtout que la troupe de ce « Trouble » comprend un de ces fameux jeunes aux milles talents cachés (le voir m’imiter un soir de résidence fut un grand moment de… trouble)

11/ LA PAIX DANS LE MONDE de Diastème au Théâtre Artéphile à 14h05

lapaixdanslemonde_4_photo_vanessa_filho-540x800
crédit photo Vanessa Filho

« Cinq ans avaient passé. Puis dix, puis quinze. Le juge peut interdire au coupable d’approcher la victime pour une durée d’au plus cinq ans. Simon n’a pas revu Lucie. Il vit en Suisse, à quelques kilomètres de la maison de Charlie Chaplin. Il lit des livres, il fait du feu. Il ne voit pas le temps passer. Simon se prépare. Au jour où Simon et Lucie seront enfin réunis. Il doit être prêt. Tout doit être prêt. Le monde n’oubliera jamais ce jour. »

Diastème fait partie de ces auteurs, un peu comme Xavier Durringer, qui ont imprimé mon inconscient de leurs thèmes, de leur écriture.

12/ UN DÉMOCRATE de Julie Timmerman à Présence Pasteur à 14h40

spectacle_25616

« Une traversée épique à l’humour impitoyable de la vie et de l’œuvre d’Edward Bernays (1891-1995), neveu de Freud, inventeur dans les années 20 de techniques de manipulation des masses sans précédent : la “Fabrication du consentement”. S’inspirant des découvertes de son oncle sur l’inconscient, il vend indifféremment savons, cigarettes, Présidents et coups d’État. Goebbels lui-même s’inspire de ses méthodes pour la propagande nazie – mais Eddie ne comprend pas car Eddie est un démocrate… Où en est la Démocratie à l’ère du Big Data et de l’hyper-communication? »

Ça doit faire trois ans que j’en entends parler, mieux vaut tard…

13/ FLAVIEN par Flavien Bellec au Théâtre du Train Bleu à 15h20

spectacle_25749

« Un homme, FLAVIEN, décide de faire un spectacle sur lui. Pudique, il n’a cesse d’éviter le face à face, terrible, avec l’autre, le spectateur. Dans une succession de performances anti-spectaculaires, FLAVIEN tente de donner une représentation idéalisée de lui-même. Une entreprise narcissique impossible qui voit affluer, en miettes et fragments, des souvenirs d’enfances et des fantasmes obscurs, dans un spectacle qui prend peu à peu la forme d’un n’importe quoi poétique. La scène devient alors le théâtre d’une lutte étrange entre FLAVIEN et sa propre représentation, jusqu’à devenir le cimetière de ses identités. »

Je devrais pourtant me méfier. Le Flavien fait partie des Divins Animaux

14/ JOIE d’Anna Bouguereau par Jean-Baptiste Tur au Théâtre du Train Bleu à 16h40

spectacle_24592

« Est-ce qu’on est obligé de pleurer à un enterrement ? Est-ce que c’est normal qu’on enferme les morts dans des boites ? Pourquoi on fait plus de slows ? Pourquoi les croque-morts on l’air dépressif ? Qui a choisi cette musique improbable ? Pourquoi la dame au premier rang pleure si fort ? Est ce qu’on a le droit de coucher avec son cousin ? Pourquoi il faut attendre d’être mort pour être couvert de fleurs ? Comment continuer à vivre puisque les gens meurent ? »

J’ai découvert Anna Bouguereau dans « En réalités » et bluffé que je fus, je suis intrigué de voir et entendre ce qu’elle a écrit.

15/ IN-TWO par la Cie Tandaim au Festival Villeneuve en Scène de 18h30 à 22h30

Capture d’écran 2019-06-16 à 10.44.15.png
photo : Gabrielle Voinot

« C’est une petite collection de trois grandes boîtes aux allures de caisses de transport qui vous invite à entrer pour partager une histoire, une confidence, un (jardin) secret… Dans ces confessionnaux du quotidien où vous serez le seul spectateur, les mots de nos auteurs complices vous seront susurrés à l’oreille… Des formes courtes (6 à 8 minutes) à la manière d’un entresort, pour un acteur et un spectateur. »

Du théâtre intime, du théâtre qui ne fait pas mal (entendre : aucune gêne), on m’en a dit grand bien et cela serai aussi l’occasion de revoir peut-être Lucile Oza, une comédienne déjà vu dans mon coup de cœur Avignon 2016 :  Zoom (Gilles Granouillet / Marie Provence)

16/ LES SECRETS D’UN GAINAGE EFFICACE par les Filles de Simone au 11 Gilgamesh Belleville à 18h45

183563-181115_rdl_0137avec-credit-2
© Christophe Raynaud de Lage

« Elles sont cinq et écrivent un livre sur le corps des femmes, comme leurs aînées des 70’s. Elles débattent et se débattent avec les hontes et traumatismes liés à ce corps et disent tout haut ce que tout le monde vit tout bas. Elles explorent leur intimité autant que l’Histoire ou la presse et réinventent les raisons de la colère. Des injonctions esthétiques à la transmission mère-fille, des règles au clitoris, elles explosent à grands coups d’autodérision les clichés qui leur collent à la peau. »

Mise à part la comédienne Claire Méchin dont j’ai parlé un peu plus tôt, je vais me laisser convaincre par le bouche à oreille.

17/ LES SIESTES ACOUSTIQUES par Bastien Lallemant à la Collection Lambert avec Là c’est de la musique à 19h

Les Siestes Acoustique de Bastien Lallemant from François GLRN on Vimeo.

« Laboratoire collectif et bienveillant, les Siestes Acoustiques de Bastien Lallemant sont imprévisibles, et réunissent acteurs et dormeurs autour de l’instant. Ne ratez pas l’occasion de faire cette expérience d’écoute musicale et sensorielle dans un cadre exceptionnel et surtout n’oubliez pas…de vous laisser aller à dormir ! »

Parce que j’aurais besoin de dormir un peu. Le problème, c’est que c’est à 19h et que 19h, c’est pas vraiment le bon horaire pour faire la sieste, on s’endort, on se réveille ensuqué, on ne sait plus où on est…

18/ LE GROËNLAND de Pauline Sales par Sylvie Boutley à la Salle Roquille à 21h

spectacle_25319.jpg

« Cartographie d’une intimité. Monologue d’une femme qui perd le contrôle de sa vie, mais juste le temps d’une nuit … le temps d’aller au Groenland et de revenir… Théâtre d’une parole ironique. Elle fugue à travers les rues d’une ville, la nuit, en compagnie de sa fille, sa chouette son loup. Elle veut l’emmener au Groenland, un pays lointain, un retour à des origines esquimaudes ou un désir qui insiste. »

Les mots de Pauline Sales, la mise en scène certainement très sobre de Sylvie Boutley (que je connais un peu pour avoir travaillé avec elle en 2001 sur un texte de Ronald Laing)

19/ LA DERNIÈRE BANDE de Samuel Beckett par Jacques Osinski au Théâtre des Halles à 21h30

LA DERNIÈRE BANDE
©Pierre Grosbois

« « Viens d’écouter ce pauvre petit crétin pour qui je me prenais il y a trente ans, difficile de croire que j’aie jamais été con à ce point- là. » Chaque année, le jour de son anniversaire, Krapp fait le point sur sa vie et s’enregistre sur un magnétophone. Chaque année, il écoute quelques bandes anciennes et peste contre celui qu’il a été tout en se remémorant certains instants merveilleux et perdus. Il est à la recherche de l’instant T, du moment fondateur, celui de l’amour peut-être. « Sois de nouveau, sois de nouveau ». »

Denis Lavant + Samuel Beckett = un retour forcément déconcertant et inévitable.

20/ 11 SEPTEMBRE 2001 de Jacques Vinaver par le collectif Ildi Eldi au Théâtre des Halles à 21h30

11-septembre....-©-C.-Raynaud-de-Lage_WEB
©C. Raynaud de Lage

« Depuis le 11 septembre 2001, une page nouvelle de l’histoire contemporaine s’est ouverte concernant le terrorisme, non seulement dans les faits, mais aussi dans les consciences. C’est comme si, à force de subir les attentats à répétitions, nous étions devenus plus à même de les accepter comme une normalité. La parole des acteurs, témoins et victimes du drame constitue le coeur de ce texte qui refuse tout jugement : les récits alternent, sans hiérarchie entre eux. Des casques, des micros, une partition sonore. Les comédiens prêtent leurs voix à l’ensemble des personnages, terroristes, rescapés ou hommes politiques. Dans cette atmosphère confinée et intime, le collectif ildi ! eldi évite tout pathos en dépassant la sidération et la saturation d’images par des voix murmurées qui ne peuvent être qu’un souffle. »

Même si je fus quelque peu déçu par « Ovnis » l’automne dernier, je ne raterai pas ce nouveau spectacle du collectif. Et aussi parce que je suis un inconditionnel de Grégoire Monsaingeon !

21/ HÉROÏNES 2 de Dominique Richard par Lucile Jourdan au Théâtre de l’Entrepôt (du 12 au 15 juillet) à 21h30

Capture-d%u2019écran-2019-04-08-à-12.01.47

« Une femme se cherche, ivre de désir d’amour et d’absence, dans le frais gazon vert de la maison calme, elle prend le temps de délacer les fils emmêlés de sa vie amoureuse. De l’enfance – aux côtés de son frère Paul, double adoré et jalousé – à aujourd’hui, elle suit les rainures de sa mémoire. »

Parce que la pièce était sélectionnée dans le festival Court au Théâtre du Théâtre Berthelot à Montreuil, dont je suis la programmation pour Le Blog de Nestor (un peu de réclame n’a jamais fait de mal) et aussi parce qu’on m’a grandement conseillé de découvrir l’écriture de Dominique Richard.

22/ IPHIGÉNIE À SPLOTT (Gary Owen / Blandine Pélissier) au Théâtre Artéphile à 21h40

Iphigénie-à-Splott-visuel-fond-daffiche-courte-809x1024

« Effie habite à Splott, un quartier de Cardiff touché par le chômage et la paupérisation. Effie, c’est le genre de fille qu’on évite de regarder dans les yeux, qu’on se permet de juger l’air de rien. Effie, c’est la provocation incarnée. On croit la connaître, mais on n’en connaît pas la moitié. Tous les samedis, elle se jette dans une spirale d’alcool, de drogue et de petits drames, et émerge au bout de trois jours d’une gueule de bois pire que la mort pour tenir jusqu’au bout de la semaine et mieux recommencer. Et puis, un soir, l’occasion lui est offerte d’être plus que ça. »

Je ne sais pas s’il s’agit d’un hasard, mais voir cette pièce au même endroit et à la même heure qu’une certaine Irish Story vue l’an passé est de bon augure. Surtout que la co-traductrice du texte n’est autre que Kelly Rivière (l’autrice et interprète de « An Irish Story », tout le monde suit ?) et que je pourrai y admirer Morgane Peters, que j’avais énormément appréciée dans des pièces jouées avec sa promo de l’ERACM.

23/ LOUISE O’SMAN au Théâtre de la Croisée des Chemins à 21h50

« Chausser des bottes de sept-lieues, devant la folie des Hommes, de ceux qui ne croquent plus la pomme -surtout dans la rue Paradis. Écouter la beauté des ondes, des veilleurs de ponts et des sourdes frondes enfouis dans le bleu endormi. Raconter les frênes trop frêles, les cœurs étouffés sous le satin, la violence des miroirs quotidiens. S’asseoir enfin à l’ombre des mémoires pour chanter l’attente, le manque et l’absence, qui sont peut-être déjà, les premiers signes du printemps. À la fois doux et intime, incisif et courtois, le répertoire de Louise O’sman marque par sa force, son originalité et sa poésie. »

C’est de la chanson, c’est de l’accordéon, c’est aussi un peu de copinage car la demoiselle se produisait également avec les No Man’s Louise que je suivais de Paris à Marseille…

24/ LA CONVIVIALITÉ par Arnaud Hoedt et Jérome Piron au Théâtre du Chapeau d’Ebène à 22h15

La Convivialité, Théâtre National, septembre 2016

« Le spectacle des deux belges qui veulent simplifier la langue française » : tout est faux dans cette phrase. Pas « simplifier » mais faire preuve d’esprit critique. Pas « deux belges», mais deux curieux qui veulent partager les découvertes des linguistes. Pas même la langue, seulement son orthographe. Car l’orthographe, c’est pas la langue, juste le code graphique qui permet de la retranscrire. Nous avons écrit pour dédramatiser, pour réconcilier et aussi parce qu’on a toujours pensé que l’Académie Française avait un vrai potentiel comique. Notez que tout n’est pas faux : il s’agit bien d’un spectacle ! Et drôle en plus ! C’est quand la dernière fois que vous avez changé d’avis? »

Je ne m’en orgueillis jamais assez : je suis le vice-champion départemental des Bouches du Rhône 1991 d’orthographe.

25/ DÉGLUTIS ÇA IRA MIEUX d’Andréa Bescond et Éric Métayer au Théâtre du Balcon à 22h30

Affiche-grande-DEGLUTIS-CA-IRA-MIEUX-Avignon-2019

« Déglutis, ça ira mieux est l’histoire d’une femme, Aline, éternelle adolescente de 45 ans, fuyant sa vie, ses responsabilités et surtout son rôle de mère. Lorsqu’elle apprend qu’elle est atteinte d’une maladie dégénérative, elle se débrouille pour retrouver sa fille, Nina, devenue adulte trop tôt et qui a fait ses bagages depuis longtemps. Les retrouvailles entre ces deux femmes que tout oppose – ou presque – seront déjantées et passionnées. Bien malgré elle, Nina se retrouve emportée par la folie douce et l’humour de sa mère. Aline, elle, a une idée derrière la tête. Faire la paix avec sa fille. Et lui demander l’impossible… »

Je n’ai point vu de spectacles du duo Andréa Bescond / Eric Métayer. Je veux seulement revoir Géraldine Martineau sur scène. C’est dit.

26/ CHARLY CHANTEUR à l’Arrache-Coeur à 22h30

 

« Les ballades spleenétiques sont comme des chansons dépressives mais en plus drôles. Les poèmes-poubelles sont des poèmes récupérés dans une poubelle et mis en musique. Charly Chanteur est un chanteur gourou de la secte du « Spleen », un vrai-faux chanteur qui fait un vrai-faux concert. »

L’acolyte de Léopoldine HH revient à l’Arrache-Coeur tout seul. Pour bien terminer la soirée.

27/ LA 7E VIE DE PATTI SMITH de Claudine Galea par Benoît Bradel à la Manufacture, du 13 au 19 juillet à 23h

7eViePS©BenoitBradel
crédit photo Benoît Bradel

« 2 portraits en parallèle, 2 amplis, 3 micros, 1 jeune fille, 1 jeune femme, des guitares électriques. À la fin des années 70, dans un village près de Marseille, une jeune fille timide porte difficilement ses 16 printemps. Jusqu’au moment où elle entend une voix. Celle bien saccadée d’une autre jeune femme maigre et timide. Mais trentenaire celle-ci. C’est Patti Smith qui, avec Horses, entre dans la légende. En adaptant à la scène l’écriture de Claudine Galea, Benoît Bradel signe un trio électrique sur notre irrépressible besoin de liberté. »

Patti Smith + Marie-Sophie Ferdane = deux raisons suffisantes.

**********

À part ça, j’ai déjà vu et je ne peux que conseiller :

La Légende de Bornéo du Collectif L’Avantage du Doute au Théâtre des Carmes, Désobéir de Julie Berès à la Manufacture (chronique très en retard), Le Champ des Possibles d’Elise Noiraud au Théâtre Transversal, On voudrait revivre par Léopoldine Hummel, Maxime Kerzanet et Chloé Brugnon à la Caserne des Pompiers, Vies de papier par la Cie La Bande Passante au 11 Gilgamesh Belleville, Batman contre Robespierre par le Grand Colossal Théâtre au Théâtre des Gémeaux, En réalités par Alice Vannier au Théâtre du Train Bleu, le Syndrome du Banc de Touche de Léa Girardet au Théâtre du Train Bleu.

Il y a bien deux trois autres pièces que j’ai vues et qui repassent par Avignon mais que je ne conseillerai pas et que je ne mentionnerai pas ici (dans l’onglet AVIGNON 2019, vous pourrez tout de même les trouver, j’y ai même mis des étoiles, on n’arrête pas le progrès !)

Il s’agit bien évidemment d’une sélection complètement subjective. Je le répète, il y a presque 1 600 spectacles programmés dans le Off. J’ai déjà reçu énormément de courriels m’invitant à découvrir certaines pièces. Ça me désole (et déprime aussi) de ne pas pouvoir répondre, je vous prie de bien vouloir m’excuser. Mais n’hésitez tout de même pas à donner vos conseils, vos envies. On sait jamais…

Avignon c’est dans un mois. Et d’ici là…

Et d’ici là, j’ajouterai bientôt trois nouveaux spectacles qui sont arrivés à mes oreilles…

Ps : Pourquoi Off alors que In ? Parce que si In plutôt Out. Ou bien On et Off ? Pourquoi en anglais d’ailleurs ?

Festival d’Avignon 2019 , ma sélection In

On prend de l’avance, on planifie de bonne heure, hormis des spectacles dans le Off (sélection à suivre), je tenterai de voir une ou deux pièces dans le In durant mon « court » séjour (et qu’on ne me montre pas du doigt, comme on me l’a dit l’an passé, je ne vais pratiquement que dans des théâtres subventionnés durant la saison normale, je peux faire des écarts (admirables) dans le Off l’été !) Tout ça pour dire, si je pouvais, je verrais :

1/ ARCHITECTURE de Pascal Rambert dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes du 4 au 13 juillet 2019

rambert_architecture__c_marcelbreuer
Photo : Marcel Breuer

« Une famille d’artistes n’échappe pas à la tourmente du XXe siècle qui engloutit ses espoirs et son avenir. »

Parfois je me dis que l’addition de talents aussi grands n’est pas forcément un gage de réussite. Le casting fait envie : Emmanuelle Béart, Audrey Bonnet, Marie-Sophie Ferdane, Anne Brochet (qui remplace Marina Hands), Arthur Nauzyciel, Stanislas Nordey, Denis Podalydès ou Pascal Rénéric, Laurent Poitrenaux, Jacques Weber (et je reprends mon souffle). « Clôture de l’amour » avait été une vraie claque, « Répétition » une déception (dans le genre, chaque acteur attend son tour pour prendre la parole ou quand Rambert reproduit la recette de « Clôture… » mais avec quatre comédiens), « Actrices » m’avait conquis uniquement grâce à Marina Hands. Bref, je suis très curieux de voir ce spectacle qui, à l’origine, n’était pas prévu pour la Cour d’Honneur.

La pièce sera en tournée en 19/20, notamment aux Bouffes du Nord en décembre prochain.

2/ LE PRÉSENT QUI DÉBORDE NOTRE ODYSSÉE II de Christiane Jatahy au Gymnase du Lycée Aubanel du 5 au 12 juillet

jatahy_visuelinspiration_c_paulocamacho
Photo : Paul Camacho

« Odyssées contemporaines des exilés, contraints par leur douleur à ne pas se souvenir, empêchés par les épreuves de penser demain. »

Je rattraperai ce second volet cet automne au CentQuatre, je ne peux rater la nouvelle création de Christiane Jatahy qui fait partie de mes créatrices préférées.  (aussi parce que la première fois que j’ai vu un de ses spectacles, « Julia » au CentQuatre le 20 septembre 2013… je m’en souviens parce que… non… rien…) Cette fois-ci, elle sera à la lisère du théâtre documentaire. Il y aura aussi un peu d’Amazonie et quand on sait ce qu’il s’y passe aujourd’hui…

3/ PHÈDRE ! de François Grémaud à la Collection Lambert du 11 au 21 juillet

phedre_horizontal_c_loan_nguyen
Photo : Loan Nguyen

« Sur scène, une drôle de conférence sur Phèdre, par un comédien-professeur qui se laisse déborder par sa passion… »

L’humour et l’intelligence de François Grémaud m’avaient emballé lors des Conférences de choses qu’il avait co-écrites avec Pierre Mifsud. Il est ici une nouvelle fois à la mise en scène et à la conception de ce nouveau « cours » et j’attends avec impatience cette relecture du classique de Racine.

Ce spectacle est également présent dans la programmation du Théâtre de la Bastille pour la saison prochaine.

4/ OUTSIDE de Kirill Serebrennikov à l’Autre Scène du Grand Avignon – Vedène du 16 au 23 juillet

outside_c_kirillserebrennikov

« Images, poèmes, corps urbains. La vie de l’artiste chinois Ren Hang mise à nue par le regard incisif et résistant de Kirill Serebrennikov. »

Outre l’aspect politique que revêt la présence à Avignon de Kirill Serebrennikov, nul doute que ce spectacle sera à la hauteur des attentes que nous portons envers le créateur de « Les Âmes Mortes » et des films « Le Disciple » ou « Leto ».

5/ GRANMA. LES TROMBONES DE LA HAVANE par le Rimini Protokoll au Cloître des Carmes du 18 au 23 juillet

riminiprotokoll_granma__c_dorotuch_3
Photo Doro Tuch

« L’histoire de quatre petits-enfants de la Révolution cubaine qui, aux côtés des anciennes générations, décident désormais du destin de leur île. »

Le Rimini Protokoll fait partie de mes révélations tardives de la saison dernière. Après leur installation autour de la mort « Nachlass », voici donc une vision de Cuba aujourd’hui.

La pièce sera également présentée à la Commune d’Aubervilliers dans le cadre du Festival d’Automne.

6/ A LEAF par Célia Gondol et Nina Santes aux Hivernales – CDCN d’Avignon du 6 au 8 juillet

visuelaleaf_c_scribe
photo Scribe

« A Leaf est un concert chorégraphique conçu comme une spirale vibratoire, où la frontière entre réalité et fiction s’efface doucement. »

Après avoir découvert son travail organique ce printemps avec « Hymen Hymne », je ne peux que tenter de découvrir ce que Nina Santes peut avoir en tête. En réalité, je ne serai pas encore présent, mais j’essaierai la transmission de pensées.

7/ VIVE LE SUJET ! SÉRIE 4 – CE JARDIN de Ina Mihalache et Madeleine Fournier au Jardin de la Vierge du Lycée Saint-Joseph du 17 au 23 juillet

cejardin_c_marineprunier
image Marie Prunier

« Deux femmes tentent de mettre en pratique la sororité. Elles voudraient s’aimer simplement, se désirer aussi peut-être, mais ce n’est pas si simple dans une société patriarcale qui met les femmes en compétition les unes contre les autres. Ce Jardin ouvre un espace d’exploration et d’exorcisation des relations qui existent entre elles avant même qu’elles se soient rencontrées. »

Je suis un des admirateurs de la première heure de Ina Mihalache alias Solange te parle. Il est heureux de la voir ailleurs que sur YouTube, de suivre son évolution, toujours là où on ne l’attend pas, toujours aussi audacieuse et exigeante.

Le Champ des Possibles (Elise Noiraud / La Reine Blanche)

(de quoi ça parle en vrai)

« A 19 ans, Elise décide de quitter son village poitou-charentais pour aller à Paris suivre des études de lettres. Elle découvre alors l’autonomie et la liberté et se pose beaucoup de questions. A quel moment se sent-on adulte ? Comment quitter ses parents ? Quitter le terrain de son enfance ? Faire ses premiers choix ? » (source : ici)

54006205_2025284274234735_2769897389274693632_n
Photo de couverture : Baptiste Ribrault

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Ceci est le troisième opus de la vie d’Élise. Je l’avais découverte il y a sept ans à l’Espace Saint-Martial dans le Off d’Avignon avec le premier volet de cette oeuvre autobiographique : « La banane américaine ». Il y eut d’abord son enfance, puis son adolescence (« Pour que tu m’aimes encore » que j’avais raté) et maintenant le passage à l’âge adulte. Elise Noiraud m’avait déjà à l’époque séduit, le genre « monologue autofictionnel » étant l’une de mes passions.

Ici, l’artiste ne fait que confirmer le bien que je pensais. L’écriture est simple et directe, la mise en scène toute aussi sobre (une chaise, un coffre, des changements de lumière, des musiques bien choisies (oui, j’ai eu aussi ma période All Saints avec « Pure Shores ») et surtout il y a une sacrée comédienne devant nous.

Si on devait faire des rapprochements, on pourrait dire qu’il y a du Philippe Caubère chez Elise Noiraud, cette façon de passer d’un personnage à l’autre, de caractériser cette mère omniprésente, toxique… « Le Champ des possibles » est d’ailleurs plus profond qu’il n’y parait. Sous des allures de « seule en scène » comique, viennent poindre progressivement des instants dramatiques, sur l’accomplissement de soi, sa place quand on devient adulte.

Le rythme y est soutenu. J’aime cette idée de se raconter par le regard d’autres personnages.

Cette pièce est réussie parce qu’Elise Noiraud parle d’elle-même. Elle nous cueille surtout quand elle se joue elle-même. Cette pièce est réussie, surtout parce que chacun s’y reconnait. Je m’y suis reconnu : l’arrivée à Paris (même si j’étais sensiblement plus vieux), le rapport à la famille, l’éloignement géographique…

Je suis Élise. (et je jette au sol mon micro)

 

LE CHAMP DES POSSIBLES

TEXTE & INTERPRÉTATION Élise Noiraud

COLLABORATION ARTISTIQUE Baptiste Ribrault – CRÉATION LUMIÈRE François Duguest

Jusqu’au 22 juin 2019 au Théâtre de la Reine Blanche (Paris), puis au Théâtre Transversal à Avignon du 5 au 28 juillet 2019

 

(une autre histoire)

Je suis en retard, je sais. Pour écrire cet article. Une surcharge mentale m’étreint. Trop de choses à penser, à écrire… « Non non non, pas d’insectes dans ma tête… » Résultat des courses, je suis immobile, allongé sur mon parquet. Je compte les moutons sous mon canapé mais ne m’endors pas pour autant. Je suis aux aguets. Des petits bruits. Ma machine à laver fuit. Je voulais en parler de ma machine qui fuit. Parce que j’ai peur que mon voisin en ait subi les conséquences. Je ne veux pas y aller.

« Toc toc, bonjour petit voisin qui fait semblant de ne pas me voir dans la rue et qui souffle comme un boeuf alors qu’il a un étage de moins à monter par rapport à moi. »

Non, je ne le ferai pas. Je n’ose pas sortir, il m’entendrait. Tous les jours, je l’entends hurler « PUTAIN ! » J’ai peur. Il doit jouer aux jeux vidéos, ça doit être ça la lumière bleutée que je vois quand je lève les yeux au ciel en arrivant dans ma cour. J’ai réparé la fuite, au fait. Juste le boulon ou l’écrou (je ne suis pas très bricoleur) qui s’était desserré.

Je mens. Aujourd’hui, j’ai passé la journée dans un café. Pour écrire ceci, pour écrire cela. Je reviendrai chez moi tard, sur la pointe des pieds. On ne sait jamais.

 

vu le samedi 25 mai 2019 au Théâtre de la Reine Blanche (Paris)

Prix de ma place : invitation

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Antioche (Sarah Berthiaume / Martin Faucher / Paris Villette)

(de quoi ça parle en vrai)

Jade fait des listes et des rencontres sur Internet pour essayer de trouver un sens à sa révolte. Antigone, sa meilleure amie morte dans une pièce écrite il y a 2 500 ans, essaie désespérément de faire jouer sa tragédie à la troupe de théâtre de l’école. Inès, la mère de Jade, erre comme un fantôme dans leur maison de banlieue. Antioche, c’est l’histoire de trois filles emmurées vivantes qui décident de fuir vers l’avant. Et surtout, d’une rencontre improbable dans la ville d’Antioche, en Turquie, là où tout pourrait encore changer. (source : ici)

183563-bd_309_copie

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Voici une pièce à forte inspiration wajdimouawadienne : un peu de Québec, une pincée de Proche Orient, un sujet sociétal, de la tragédie grecque…

Pourtant c’est la petite histoire qui convainc le plus. Même si la quête (ou l’absence) de sens de la vie d’une adolescente n’est pas le sujet le plus original, le dynamisme des comédiennes (la référence au film Trainspotting également) nous séduit dans un premier temps, sans parler du capital sympathie pour cette langue québécoise que j’aime tant !

Le hasard (?) de la programmation du Paris Villette fait s’enchainer dans le mois deux pièces (Désobéir de Julie Berès et celle-ci) dont certains effets (les comédiennes se filment avec leurs téléphones portables) et des actions (l’adolescente qui communique via Skype avec un étrange inconnu) sont communs. La suite de la pièce est prévisible et peine à nous convaincre. La gestion du volet « radicalisation » (l’héroïne d’origine turque pense qu’en retrouvant ses origines et le bel inconnu, sa vie prendra un nouveau sens, alors même que sa mère avait elle-même fui son pays d’origine pour rejoindre le Canada au même âge) est assez maladroite.

Reste le plaisir d’observer la force de conviction des trois comédiennes, dont Sarah Laurendeau (la fameuse Antigone), déjà à l’affiche de « L’Avalée des avalées » l’automne dernier aux Déchargeurs.

 

ANTIOCHE

texte Sarah Berthiaume

mise en scène Martin Faucher

distribution Sharon Ibgui, Sarah Laurendeau, Mounia Zahzam

scénographie Max-Otto Fauteux / éclairages Alexandre Pilon-Guay / musique originale Michel F. Côté / costumes Denis Lavoie / maquillage et coiffure Angelo Barsetti / vidéo Pierre Laniel / assistance à la mise en scène Emanuelle Kirouac-Sanche / direction technique Karl-Émile Durand et Francis Vaillancourt-Martin

Jusqu’à ce soir (samedi 25 mai 2019) au Théâtre Paris Villette puis au 11 Gilgamesh Belleville du 5 au 26 juillet  2019 (Avignon Off)

 

 

(une autre histoire)

L’ami qui m’accompagne pour voir cette pièce est quelque peu irrité par le comportement de certains spectateurs lycéens. Je crois que je m’énerve suffisamment en journée, dans le cadre de mon travail qui me permet de payer ma place de théâtre, pour que cela me passe au-dessus.

L’ami me propose de boire un verre après la représentation. Il est tôt (20h30). Pourtant je décline l’invitation. Je préfère retrouver mes pénates, ma machine à laver qui fuit… Je n’ose toquer à la porte de mon voisin du dessous pour lui demander si une quelconque fuite est apparue à son plafond. Je fais réchauffer du gratin de courgettes, je suis seul. La semaine dernière, mon appartement était clinquant. Aujourd’hui…

Ce soir, je regarde Koh Lanta. Oui. Je suis celui qui voue un culte à Angélica Liddell, Marlène Saldana, Tiago Rodrigues et je regarde Koh Lanta. Je l’ai même enregistré, au cas où. Je ne le regarde jamais en direct, car je ne sais jamais quoi faire pendant les réclames. J’ai mon chouchou (Cyril… qui est l’ami d’enfance d’une amie infiltrée…), je peste contre le comportement infantile de certains candidats (Mohamed et Nicolas), je m’excite tout seul sur mon divan devant la mauvaise foi ou la lacheté, j’applaudis, je crie « HAHA » quand Cyril sort son collier d’immunité lors du conseil, laissant ses adversaires bouche bée devant ce retournement de situation.

L’émission se termine. Je fais quoi déjà, la semaine prochaine ? J’ai rendez-vous avec mon ex. Je programme l’émission de vendredi prochain, puis je découvre que le programme du prochain Festival d’Automne est déjà disponible. Je note dans mon agenda… Rimini Protokoll, Tiago Rodrigues, Jonathan Capdevielle, Clotilde Hesme, Gisèle Vienne, Boris Charmatz…

De Koh Lanta à Mette Ingvartsen, il n’y a qu’un pas.

 

vu le vendredi 24 mai 2019 au Théâtre Paris Villette

Prix de ma place : 9€ (Pass TPV)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

En Réalités (Alice Vannier / Pierre Bourdieu / Théâtre de la Cité Internationale)

(de quoi ça parle en vrai)

« Pourquoi les gens font ce qu’ils font ? Comment la société, les institutions, les médias déterminent-t-ils nos comportements et notre vision du monde ? Comment l’individu existe-t-il au milieu de ces déterminations sociales si puissantes ? Ces questions qui se posaient dans les années 1990, années de naissances des six comédien·nes au plateau, semblent être toujours aussi actuelles. Comment s’en emparer au mieux et se confronter à nos réalités sinon en essayant de comprendre l’état du monde dans lequel nous sommes arrivés ? « (source : ici)

43037166_252186122165627_8954118776131944448_o
Crédits photos : Cie Courir à la Catastrophe

(ceci n’est pas une critique, mais…)

L’appréhension s’empare toujours de moi lorsque je lis qu’un spectacle est inspiré de travaux d’un grand philosophe ou sociologue, ici un ouvrage collectif dirigé par Pierre Bourdieu que je n’ai jamais officiellement lu, hormis des citations ou des extraits ici et là. Cependant, vous ne devez avoir aucun crainte, tout se passera bien.

« En réalités » présente deux réalités : celle d’un groupe de sociologues qui s’activent à la finalisation d’un ouvrage et celle des entretiens présents dans celui-ci. La deuxième réalité est la plus frappante. Elle montre des êtres en souffrance, qui tentent avec leurs mots d’en rendre compte. Ce qui séduit, c’est la sobriété de l’entreprise. Ici, presqu’aucun effet : on prend le temps d’énoncer, donc pour le spectateur d’entendre, de comprendre, de mettre en perspective. Même si j’aurais tendance à dire qu’il y a un petit quart d’heure de trop, il est heureux de voir que la parole de l’individu est respectée, pour que l’on se fasse une idée la plus juste possible de cette réalité.

Le choix d’adapter cette étude qui date des années 90 n’est pas anodine : on y parle d’harcèlement sexuel, moral, de solitude, de la tentation de l’extrême droite, de la pauvreté que nous croisons aux coins de nos rues… Et force est de constater que cela fait cruellement écho à notre quotidien. A la veille des prochaines élections européeenes, rien n’a changé. Je rectifie, la situation s’est aggravée, à tous les niveaux.

Les jeunes acteurs jouent à la fois les sociologues et les témoins (acteurs) de cette misère avec une aisance exemplaire (une étoile en plus pour Anna Bouguereau, à la voix affirmée et le jeu tout en nuances).

A voir et à suivre…

 

EN RÉALITÉS

D’après « La Misère du monde » écrit sous la direction de P. Bourdieu

Mise en scène : Alice Vannier

Avec Anna Bouguereau, Margaux Grilleau, Adrien Guiraud, Hector Manuel, Sacha Ribeiro, Judith Zins

Scénographie: Camille Davy – Lumières: Clément Soumy – Son: Manon Amor – Assistante à la mise en scène: Marie Menechi – Adaptation: Marie Menechi et Alice Vannier

Production: Courir à la Catastrophe

Ce dimanche 19 mai à 15h au Théâtre de la Cité Internationale (Paris) dans le cadre du Festival JT19, puis du 25 au 27 mai au Théâtre Dijon Bourgogne (Théâtre en mai), le 21 juin au Théâtre des Célestins à Lyon et du 5 au 24 juillet (jours impairs) au Théâtre du Train Bleu (Avignon Off)

 

(une autre histoire)

C’est drôle de voir ce genre de spectacles qui parle de la misère humaine, alors que juste avant d’entrer dans le théâtre, j’ai fait semblant de ne pas la voir, de ne pas l’entendre.

Désormais je me balade toujours avec mes écouteurs dans les oreilles. Il ne faut pas perdre de temps. Donc je rattrape certains podcasts (en ce moment « Première et dernière fois » par Lucille Bellan et « Lumières dans la ville » par Edouard Baer) ou bien je réécoute certains albums que j’avais délaissés (présentement « The Forgotten Arm » d’Aimee Mann et « Foreplay » du duo éphémère My Girlfriend is better than yours.

Je m’isole, je suis dans ma bulle. Je m’aperçois même que ça m’handicape quand je sors du métro, quand je me retrouve ballotté par les gens qui se déplacent plus vite que moi.

A l’entrée de la Cité Universitaire Internationale (où se trouve le théâtre), quelqu’un m’interpelle : « S’il vous plait, Monsieur ! » Je l’ai entendu, mais je ne réponds pas.

La vérité, c’est que je dis que je suis dans ma bulle, mais je vois tout, je suis aux aguets. Avant de traverser la rue, je l’avais vu qui faisait les cent pas, qui accostait les passants. C’est une question de timing.

« S’il vous plaît, Monsieur ! (un temps) Monsieur ! (un temps) HEEEEEEEEEEEEY ! »

Je ne me suis pas retourné. J’ai des écouteurs, je ne t’entends pas, nos regards ne se sont pas croisés, tu n’existes pas.

 

Vu le samedi 18 mai 2019 au Théâtre de la Cité Internationale (Paris)

Prix de ma place : invitation Télérama

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito