Trouble (Turbulences Cie ! / Cie HVDZ / LaScierie / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« Initié dans une réflexion libre à la lecture d’écrits de Michel Foucault, le projet s’est construit à travers une coopérative de création sous la direction de Philippe Duban et Didier Cousin. « Trouble » propose une plongée historique atypique autour de l’histoire de la folie qui résonne avec notre époque actuelle. Sur scène, un orchestre d’une quinzaine de musiciens en live, des projections d’images, un trapèze et un chœur d’acteurs danseurs et chanteurs. » (source : ici)

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Crédits photos : DR

(ceci n’est pas une critique, mais…)

« Nos difficultés, grâce au théâtre, deviennent des choses positives. »

Je l’ai déjà écrit ici ou là, pendant trois ans, j’ai joué avec, notamment, des personnes atypiques qu’on appelle aussi autistes. Nous racontions des histoires sans mettre en avant la particularité des interprètes. Ici c’est tout le contraire, même si le résultat final est le même : Ils ont aussi le droit d’être là et peuvent tout à fait nous émouvoir, nous faire réfléchir…

« « Être comme nous » ou ne pas être. »

Le parti-pris est audacieux. On y parle de la position de la société face à ce qui nous parait différent. En cela, on pourrait aisément élargir le propos à ce que l’on voit en Méditerranée et ailleurs, tous les jours, dans nos journaux télévisés.

Plus important encore, il n’ y a pas de course à l’émotion. Jamais on n’est mal à l’aise, jamais nous ne sommes témoins de démonstrations voyeuristes. Tout est fait avec la plus grande sincérité et générosité possible.

De plus, il devient rare de voir autant de personnes sur scène (une petite trentaine), des chanteurs, des musiciens, des poètes, des acrobates… Il est aussi admirable de voir que les rouages de ce spectacle singulier sont parfaitement huilés, chaque chose est à sa place, chaque artiste sait ce qu’il a à faire. Des personnalités se révèlent : une chanteuse lyrique qui reprend « Joe le taxi » de Vanessa Paradis ici, un poète qui parle des interdits là, ce morceau original piano voix d’un des membres du groupe qui clame haut et fort son autonomie avec un enthousiasme communicatif.

Il est beau de voir que ce spectacle, fruit de trois ans de labeur, est porté majestueusement et de manière professionnelle par tous ses participants.

Et parce que tout se termine en musique, le public est invité à rejoindre les artistes sur scène.

Alors on danse, alors on se mélange, alors on est ensemble.

 

TROUBLE

Mise en scène  Didier Cousin

Conseiller artistique  Guy Alloucherie

Conception, mise en chantier  Philippe Duban

Comédiens, chanteurs et musiciens : Aleksandar Boskovic, Alexandre Bordes, Alexis Baert, Anaïs Landier, André Pereira Da Silva, Arnaud Ndi, Benjamin Lesieur, Brahima Niakate, Charles Pham, Charli Aveilla, Charline Abderemane, Cyrille Ndedy, David Simon, Fabienne Lavanchy, Guénolé Lebrun, Harvey Goma Kouka, Marlène Parada, Martial Nakouzebi, Matthias Bloess, Meschac Assou Sakpa, Mounir Issa, Moussa Diaby, Olivier Martin, Olivier Poindron, Otto Nyap, Philippe Duban, Thomas Carrasqueira, Thomas Dubois, Vanessa Valentin

Composition musicale  Patricio Wang – Chorégraphie  Fatiha Mellal – Trapèze  Laetitia Rancelli – Création vidéo  Bénédicte Alloing – Plasticienne  Magali Brien – Direction et interprétation musicale  Gilles Wolff – Régie lumière  Rudy Sanguino – Régie vidéo et son  Léa Schwebel – Costumes  Sarah-Jane Sheppard

du 5 au 14 juillet à 14h (sauf le 9) à LaScierie (Avignon Off)

 

Vu le jeudi 11 juillet 2019 à 14h à Lascierie, Avignon Off

Prix de ma place : invitation

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

(avant, pendant, après)

Une des raisons pour laquelle je me rends à ce spectacle est que j’ai côtoyé un des artistes, Arnaud, pendant trois ans avec Le Laboratoire à Théâtre. Ce gars-là est capable d’imiter n’importe qui, moi le premier. Mon intonation, mes hésitations…

Dans la fausse vie, je suis professeur des écoles. Un jour, je pris un rendez-vous avec l’inspecteur en charge des relations humaines pour discuter d’une éventuelle reconversion. Je lui fis part de mon envie de théâtre et pourquoi pas d’en faire avec des personnes à part. Il me regarda et me dit : « Vous ne préfèreriez pas en faire avec vos élèves, plutôt ? »

Après le spectacle, je félicite Arnaud. Il me reconnait immédiatement, me serre la main avec vigueur et dit : « Tu as arrêté le théâtre, tu en as fait entre 2013 et 2016, il faut changer, il faut faire autre chose ! » Je souris. Il a toujours eu une meilleure mémoire que moi.

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Moving with Pina (Cristiana Morganti / Les Abbesses)

(de quoi ça parle en vrai)

« Elle sait danser et raconter, tenir le fil du geste et de la fable dans un même nœud d’énergie organique et souple. La danseuse et chorégraphe Cristiana Morganti, figure du Tanztheater Wuppertal de Pina Bausch de 1993 à 2014, fait vivre le mouvement au diapason des mots sans jamais perdre de vue le public avec lequel elle converse. Elle noue et dénoue les gestes dans un bouquet d’humeurs vives. Avec le solo Moving with Pina, conférence dansée sur l’univers artistique de la chorégraphe allemande, Cristiana Morganti livre, avec l’élan joyeux et partageur qui est le sien, les clés de l’élaboration des fameux solos chers à Pina Bausch. Elle décortique au plus près du corps, du cœur et de l’émotion des extraits emblématiques du répertoire. Un pan d’histoire de la danse glissé comme une conversation ou une confidence. » (source : ici)

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(crédits photos: Musacchio & Ianniello)

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Il y a dix ans pile, disparaissait Pina Bausch. Nonobstant le temps qui passe (je ne sais absolument pas si je l’ai bien employé, mais c’est la première fois que j’utilise un tel terme – nonobstant – je suis tout tourneboulé), elle est toujours aussi présente dans nos esprits que sur les scènes du monde entier, Paris en tête. A défaut de voir les nouveaux spectacles du Tanztheater cette saison (merci de ne pas remuer le couteau dans la plaie), me voilà aux Abbesses pour cette conférence dansée de Cristiana Morganti.

La danseuse chorégraphe a quitté la compagnie de notre Pina adorée en 2014 après plus de vingt ans de bons et loyaux services pour obtenir, selon ses dires une certaine autonomie et assouvir l’envie de s’attaquer à d’autres projets. Pourtant ici il ne sera question que de la chorégraphe allemande. Je ne sais pas s’il ne s’agit que d’une question d’argent, comme me l’a suggéré une amie croisée à l’issue de la représentation, mais ce qui est certain, c’est que Pina Bausch laisse une marque indélébile à celles et ceux qui l’ont côtoyée.

C’est avec drôlerie et tendresse que Cristiana Morganti nous livre son expérience au sein d’une des plus prestigieuses compagnies. Elle revient sur différents mouvements des pièces de Pina Bausch, les exécute devant nous, nous explique comment tel geste est né. Souvent Pina Bausch posait des questions, entre l’absurde et la philosophie et demandait à ses danseurs d’y répondre par le geste. Cette entrée dans le processus de création est passionnante. On se plait à imaginer les sessions de répétition à Wuppertal, cette ville que j’ai visitée, arpentée il y a trois ans, à la recherche d’une quelconque trace de Pina. (oui, je sais, il faut toujours que je me la ramène avec mes voyages et mes propres anecdotes…)

Parce que Cristiana Morganti a aussi un don de conteuse, ce qui n’est pas donné à tout le monde. On pourrait chipoter en déclarant que le spectacle pourrait être plus resserré. Mais la générosité, l’humour, la prestance de la danseuse italienne ne peuvent que nous séduire.

Enfin on se souvient de cette phrase (célèbre) de Pina : « Tanzt sonst sind wir verloren. »

 

MOVING WITH PINA

de et avec Cristiana Morganti

au Théâtre des Abbesses – Théâtre de la Ville

 

(une autre histoire)

Ça commence. C’est la fin de l’année scolaire. Je suis fatigué, j’ai chaud. tout m’agace. Les téléphones qui tardent à s’éteindre, les gourdes en aluminium qui tintinabulent, les bouteilles en plastique qui craquettent… Le spectateur en retard. « C’est ma place », dit-il. Le spectacle a déjà commencé, je le vois joindre le geste à la parole. L’assurance. Il prend une première photographie avec son téléphone intelligent. Une deuxième photographie. Sans gêne. La danseuse demande à un homme de la rejoindre sur scène. « Moi ! » dit-il. Elle décline la proposition car nous sommes au balcon.  Il prend une nouvelle photo. A la fin de la représentation, il applaudit à tout rompre. Il siffle même avec ses doigts. Je n’ai jamais su siffler avec mes doigts. Le pire dans tout ça, c’est qu’il a la chemise ouverte. Je le déteste.

 

Vu le mercredi 26 juin 2019 au Théâtre des Abbesses, Paris.

Prix de ma place : 22€ (cat.2)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Festival d’Avignon 2019, ma sélection Off

Autant vous dire, qu’une fois n’est pas coutume, il y a l’embarras du choix cette année dans le Off d’Avignon. La Manufacture, Les Halles, les Doms sont toujours là, deux autres lieux prennent également de plus en plus de place et proposent cette année encore une programmation alléchante et exigeante : le 11 Gilgamesh Belleville et le Train Bleu, qui en très peu d’années (seulement la deuxième pour le Train Bleu) font déjà office d’incontournables.

Je ne parviens pas à me souvenir combien de festivals d’Avignon j’ai faits. Le premier, c’était en 1996, le dernier, forcément, l’an passé. J’ai fait les trois semaines de festival à deux reprises, encore en 1996 et en 2001, autrement dit dans une autre vie. A la fin d’un séjour, il n’est jamais certain que je revienne l’année suivante. Et pourtant, un manque s’immisce en moi et finalement j’organise mes vacances en fonction de.

Je serai de retour à Avignon du 10 au 16 juillet. L’an passé, j’ai vu 24 spectacles en 8 jours (5 + 3). Mon objectif n’est pas d’en voir autant (trois par jour est une bonne moyenne… et c’est déjà beaucoup), mais de mieux apprécier les spectacles et la ville. Prendre le temps aussi pour voir un film à l’Utopia ou une expo à la Collection Lambert. Bref…

Voici donc les vingt-sept spectacles que j’ai sélectionnés parmi les 1 592 qui se joueront dans les différents lieux du Off (sachant que je compte n’en voir que 18 tout au plus, in inclus, je vous laisse calculer) : (classés par horaire)

(NB : Pour ceux qui repassent par là, j’ai ajouté 3 spectacles à ma sélection initiale qui se trouvent en n° 10, 15, 22)

1/ GUERRE, ET SI ÇA NOUS ARRIVAIT ? de Janne Teller par Laurent Maindon à Présence Pasteur à 9h45

« IMAGINE : Et si, aujourd’hui, il y avait la guerre en France… Où irais-tu ? »

Avec une collègue de l’Occupation Bastille période Tiago Rodrigues. Il est toujours bon de suivre les gens qu’on a croisés ici et là.

2/ CRÂNE de Patrick Declerck, mise en scène d’Antoine Laubin, au Théâtre des Dons à 10h

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© Beata Szparagowska

« Devant nous, un écrivain à qui l’on doit retirer une tumeur. Il s’agit d’une intervention dite de chirurgie éveillée. Il faudra sonder le patient pour être certain de ne pas lui ôter le langage. C’est son outil de travail en quelque sorte et sa raison de vivre peut-être. On nous parlera du deuil impossible pour un chien, de la poésie de Shakespeare, du ridicule accoutrement opératoire et de la dignité qui se loge parfois dans les détails même face à une mort hypothétique. »

J’avais découvert le travail d’Antoine Laubin aux Doms avec « Le Réserviste » d’après un texte de Thomas Depryck. Je suis quelqu’un de fidèle.

3/ LATERNA MAGICA de Dorian Rossel et Delphine Lanza au 11 Gilgamesh Belleville à 10h30

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© Todd Hido

« Ce spectacle est une réinvention pour le plateau de la fausse autobiographie d’Ingmar Bergman. Ce récit sans complaisance, entre mémoires et exutoire psychanalytique, dessine un autre portrait du génie protéiforme. Il se raconte, les souvenirs dérivent, réinventant sa propre histoire pour en mesurer l’étendue et se l’approprier enfin. Bergman fait de sa vie une matière, fertile et fluctuante, pétrie de contrariétés, d’humour et de manques, sédiments propices à l’éclosion de sa créativité. »

Grande impatience avant chaque spectacle de Dorian Rossel, dont je regrette de ne pas encore avoir vu son adaptation du Dernier Métro de Truffaut.

4/ PLAIDOYER POUR UNE CIVILISATION NOUVELLE d’après Simone Weil par Jean-Baptiste Sastre au Théâtre des Halles à 11h25

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Crédit photo : DR

« Simone Weil : figure radicalement à part de la pensée française du XXe siècle. Sa vie durant, elle a cherché jusqu’à l’épuisement des clefs pour tenter de se comprendre et de comprendre le monde. Elle travailla en usine, prit part à la guerre d’Espagne aux côtés des Républicains, avant de rejoindre Londres et la « France Libre », où elle mourût à l’âge de 34 ans. « Elle ne méprisait rien sinon le mépris lui- même » Albert Camus. Après La France contre les robots de Georges Bernanos, Hiam Abbass et Jean-Baptiste Sastre adaptent une partie de la correspondance, L’Enracinement et d’autres textes de cette philosophe qui relèvent ses apports à la philosophie, à la critique politique et à la spiritualité. »

L’idée de voir l’actrice Hiam Abbass dans la salle de la Chapelle m’impressionne au plus haut point, surtout avec des textes aussi majeurs (et on parle de Simone Weil, pas de Simone Veil… j’ai vérifié avant)

5/ MARX ET LA POUPÉE  d’après le roman de Maryam Madjidi par Raphaël France-Kullmann au Théâtre Artéphile à 11h45

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« Depuis le ventre de sa mère, Maryam vit de front les premières heures de la révolution iranienne. Six ans plus tard, elle rejoint avec sa mère son père en exil à Paris. À travers les souvenirs de ses premières années, elle raconte l’abandon du pays, l’éloignement de sa famille, l’effacement progressif du persan au profit du français avant de le retrouver pleinement. Maryam Madjidi raconte avec humour et tendresse les racines comme fardeau, rempart, moyen de socialisation, et même arme de séduction massive. »

Parce que j’aime énormément ce premier roman et qu’aussi j’avais apprécié discuter avec son autrice les deux fois où on s’est vu. (ce n’était pas pour un rendez-vous Tinder, je préfère préciser, nous avons une connaissance en commun qui avait même traîné Maryam à mon anniversaire pour mes 30 ans, autrement dit il y a dix ans, déjà…)

6/ J’AI RENCONTRÉ DIEU SUR FACEBOOK d’Ahmed Madani au 11 Gilgamesh Belleville à 11h50

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©François-Louis Athènas

« Comment une adolescente bien sage et bien protégée par sa maman peut-elle sombrer dans une mascarade pseudo-religieuse d’aventure extraordinaire ? Comment une jeune mère qui est parvenue à s’émanciper du poids de la tradition, de la religion, réagit-elle face à ce qu’elle considère comme une trahison de son combat pour la liberté ? Voilà un vrai sujet de société dans lequel la fiction et la poésie peuvent trouver une voie d’expression qui fera écho chez les spectateurs, et les adolescents. »

Après F(l)ammes, je suis curieux de voir ce que nous prépare Ahmed Madani.

7/ LE MASSACRE DU PRINTEMPS d’Elsa Granat au Théâtre du Train Bleu à 11h50, les jours pairs

Le Massacre du Printemps – Teaser from Elsa Granat on Vimeo.

« J’ai mûri d’un seul coup puis j’ai régressé exactement en même temps. J’ai poussé fort et dans tous les sens. Il m’est arrivé d’accompagner des gens en fin de vie. Des combattants sans monument aux morts. Il y a des événements comme ça qui semblent insurmontables, tu penses qu’ils vont te laisser clouée au sol. Et pourtant tu vas découvrir des forces inespérées qui vont t’inspirer pour inventer des printemps même sur pelouse synthétique. Tu participes aujourd’hui au Massacre du Printemps. Oui j’ai bien dit « Massacre ». »

On dit que je suis fidèle… J’ai découvert Elsa Granat il y a déjà neuf ans avec « J’ai plus pied ». Une amie jouait dans cette pièce. J’ai découvert également Claire Méchin (qu’on connait chez les Blond and Blond and Blond et surtout à revoir dans Les Secrets d’un Gainage Efficace). Mais surtout Elsa Granat… une écriture, un point de vue, un sens de la mise en scène. (et je viens seulement de comprendre le jeu de mots (Mas)Sacre du Printemps…

8/ EXIT de Fausto Paravidino par Anne-Sophie Pauchet à la Manufacture à 12h

Bande-annonce EXIT Tournée / Fausto Paravidino / Anne-Sophie Pauchet from Florent_Houdu on Vimeo.

« A quitte B. A et B se séparent. Plus tard, A rencontrera C et B rencontrera D. Exit c’est l’histoire éternelle de la fin annoncée d’un couple. Et de ce qui pourrait se passer après. L’histoire du renoncement, des échappatoires, des petites lâchetés et des grandes désillusions. Une variation drôle et acide sur la difficulté de concilier le besoin de liberté personnelle et d’émancipation avec un exigeant besoin d’affection et d’une « vie satisfaisante ». Un questionnement sur la crise qui habite ces adultes bourgeois européens parfois autant incapables de courage politique que de courage intime. »

L’idée de revoir Laure Mathis, admirable Doreen dans la pièce éponyme de David Geselson et que j’aime l’écriture de Fausto Paravidino.

9/ L’OISEAU MIGRATEUR de Dorian Rossel à la Maison du Théâtre pour Enfants à 14h

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« Deux blocs noirs, deux comédiens, deux craies pour conter l’amitié insolite entre un petit garçon, sa voisine et un passereau. À contre-courant des temps tonitruants, L’Oiseau migrateur parie sur la simplicité et invite l’imaginaire à se déployer. L’histoire s’esquisse par des dessins à la ligne épurée, avant que le texte prenne le relais. »

Pour les mêmes raisons qui m’amènent à voir Laterna Magica et parce que je ne rechigne jamais à voir un spectacle dit jeune public.

10/ TROUBLE par Philippe Duban et Didier Cousin à Lascierie à 14h (jusqu’au 14 juillet)

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« Initié dans une réflexion libre à la lecture d’écrits de Michel Foucault, le projet s’est construit à travers une coopérative de création sous la direction de Philippe Duban et Didier Cousin. « Trouble » propose une plongée historique atypique autour de l’histoire de la folie qui résonne avec notre époque actuelle. Sur scène, un orchestre d’une quinzaine de musiciens en live, des projections d’images, un trapèze et un chœur d’acteurs danseurs et chanteurs. Porté avec souffle par une équipe de trente artistes, « Trouble » évoque la mue des enfermements, interroge la place des singularités dans les cercles d’appartenances, appelle à l’union dans la diversité. »

Pour avoir déjà officié pendant trois ans en tant que comédien soutien dans une troupe composée essentiellement de jeunes adultes « hors normes », je sais que ce spectacle sera une expérience incomparable. Surtout que la troupe de ce « Trouble » comprend un de ces fameux jeunes aux milles talents cachés (le voir m’imiter un soir de résidence fut un grand moment de… trouble)

11/ LA PAIX DANS LE MONDE de Diastème au Théâtre Artéphile à 14h05

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crédit photo Vanessa Filho

« Cinq ans avaient passé. Puis dix, puis quinze. Le juge peut interdire au coupable d’approcher la victime pour une durée d’au plus cinq ans. Simon n’a pas revu Lucie. Il vit en Suisse, à quelques kilomètres de la maison de Charlie Chaplin. Il lit des livres, il fait du feu. Il ne voit pas le temps passer. Simon se prépare. Au jour où Simon et Lucie seront enfin réunis. Il doit être prêt. Tout doit être prêt. Le monde n’oubliera jamais ce jour. »

Diastème fait partie de ces auteurs, un peu comme Xavier Durringer, qui ont imprimé mon inconscient de leurs thèmes, de leur écriture.

12/ UN DÉMOCRATE de Julie Timmerman à Présence Pasteur à 14h40

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« Une traversée épique à l’humour impitoyable de la vie et de l’œuvre d’Edward Bernays (1891-1995), neveu de Freud, inventeur dans les années 20 de techniques de manipulation des masses sans précédent : la “Fabrication du consentement”. S’inspirant des découvertes de son oncle sur l’inconscient, il vend indifféremment savons, cigarettes, Présidents et coups d’État. Goebbels lui-même s’inspire de ses méthodes pour la propagande nazie – mais Eddie ne comprend pas car Eddie est un démocrate… Où en est la Démocratie à l’ère du Big Data et de l’hyper-communication? »

Ça doit faire trois ans que j’en entends parler, mieux vaut tard…

13/ FLAVIEN par Flavien Bellec au Théâtre du Train Bleu à 15h20

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« Un homme, FLAVIEN, décide de faire un spectacle sur lui. Pudique, il n’a cesse d’éviter le face à face, terrible, avec l’autre, le spectateur. Dans une succession de performances anti-spectaculaires, FLAVIEN tente de donner une représentation idéalisée de lui-même. Une entreprise narcissique impossible qui voit affluer, en miettes et fragments, des souvenirs d’enfances et des fantasmes obscurs, dans un spectacle qui prend peu à peu la forme d’un n’importe quoi poétique. La scène devient alors le théâtre d’une lutte étrange entre FLAVIEN et sa propre représentation, jusqu’à devenir le cimetière de ses identités. »

Je devrais pourtant me méfier. Le Flavien fait partie des Divins Animaux

14/ JOIE d’Anna Bouguereau par Jean-Baptiste Tur au Théâtre du Train Bleu à 16h40

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« Est-ce qu’on est obligé de pleurer à un enterrement ? Est-ce que c’est normal qu’on enferme les morts dans des boites ? Pourquoi on fait plus de slows ? Pourquoi les croque-morts on l’air dépressif ? Qui a choisi cette musique improbable ? Pourquoi la dame au premier rang pleure si fort ? Est ce qu’on a le droit de coucher avec son cousin ? Pourquoi il faut attendre d’être mort pour être couvert de fleurs ? Comment continuer à vivre puisque les gens meurent ? »

J’ai découvert Anna Bouguereau dans « En réalités » et bluffé que je fus, je suis intrigué de voir et entendre ce qu’elle a écrit.

15/ IN-TWO par la Cie Tandaim au Festival Villeneuve en Scène de 18h30 à 22h30

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photo : Gabrielle Voinot

« C’est une petite collection de trois grandes boîtes aux allures de caisses de transport qui vous invite à entrer pour partager une histoire, une confidence, un (jardin) secret… Dans ces confessionnaux du quotidien où vous serez le seul spectateur, les mots de nos auteurs complices vous seront susurrés à l’oreille… Des formes courtes (6 à 8 minutes) à la manière d’un entresort, pour un acteur et un spectateur. »

Du théâtre intime, du théâtre qui ne fait pas mal (entendre : aucune gêne), on m’en a dit grand bien et cela serai aussi l’occasion de revoir peut-être Lucile Oza, une comédienne déjà vu dans mon coup de cœur Avignon 2016 :  Zoom (Gilles Granouillet / Marie Provence)

16/ LES SECRETS D’UN GAINAGE EFFICACE par les Filles de Simone au 11 Gilgamesh Belleville à 18h45

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© Christophe Raynaud de Lage

« Elles sont cinq et écrivent un livre sur le corps des femmes, comme leurs aînées des 70’s. Elles débattent et se débattent avec les hontes et traumatismes liés à ce corps et disent tout haut ce que tout le monde vit tout bas. Elles explorent leur intimité autant que l’Histoire ou la presse et réinventent les raisons de la colère. Des injonctions esthétiques à la transmission mère-fille, des règles au clitoris, elles explosent à grands coups d’autodérision les clichés qui leur collent à la peau. »

Mise à part la comédienne Claire Méchin dont j’ai parlé un peu plus tôt, je vais me laisser convaincre par le bouche à oreille.

17/ LES SIESTES ACOUSTIQUES par Bastien Lallemant à la Collection Lambert avec Là c’est de la musique à 19h

Les Siestes Acoustique de Bastien Lallemant from François GLRN on Vimeo.

« Laboratoire collectif et bienveillant, les Siestes Acoustiques de Bastien Lallemant sont imprévisibles, et réunissent acteurs et dormeurs autour de l’instant. Ne ratez pas l’occasion de faire cette expérience d’écoute musicale et sensorielle dans un cadre exceptionnel et surtout n’oubliez pas…de vous laisser aller à dormir ! »

Parce que j’aurais besoin de dormir un peu. Le problème, c’est que c’est à 19h et que 19h, c’est pas vraiment le bon horaire pour faire la sieste, on s’endort, on se réveille ensuqué, on ne sait plus où on est…

18/ LE GROËNLAND de Pauline Sales par Sylvie Boutley à la Salle Roquille à 21h

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« Cartographie d’une intimité. Monologue d’une femme qui perd le contrôle de sa vie, mais juste le temps d’une nuit … le temps d’aller au Groenland et de revenir… Théâtre d’une parole ironique. Elle fugue à travers les rues d’une ville, la nuit, en compagnie de sa fille, sa chouette son loup. Elle veut l’emmener au Groenland, un pays lointain, un retour à des origines esquimaudes ou un désir qui insiste. »

Les mots de Pauline Sales, la mise en scène certainement très sobre de Sylvie Boutley (que je connais un peu pour avoir travaillé avec elle en 2001 sur un texte de Ronald Laing)

19/ LA DERNIÈRE BANDE de Samuel Beckett par Jacques Osinski au Théâtre des Halles à 21h30

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©Pierre Grosbois

« « Viens d’écouter ce pauvre petit crétin pour qui je me prenais il y a trente ans, difficile de croire que j’aie jamais été con à ce point- là. » Chaque année, le jour de son anniversaire, Krapp fait le point sur sa vie et s’enregistre sur un magnétophone. Chaque année, il écoute quelques bandes anciennes et peste contre celui qu’il a été tout en se remémorant certains instants merveilleux et perdus. Il est à la recherche de l’instant T, du moment fondateur, celui de l’amour peut-être. « Sois de nouveau, sois de nouveau ». »

Denis Lavant + Samuel Beckett = un retour forcément déconcertant et inévitable.

20/ 11 SEPTEMBRE 2001 de Jacques Vinaver par le collectif Ildi Eldi au Théâtre des Halles à 21h30

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©C. Raynaud de Lage

« Depuis le 11 septembre 2001, une page nouvelle de l’histoire contemporaine s’est ouverte concernant le terrorisme, non seulement dans les faits, mais aussi dans les consciences. C’est comme si, à force de subir les attentats à répétitions, nous étions devenus plus à même de les accepter comme une normalité. La parole des acteurs, témoins et victimes du drame constitue le coeur de ce texte qui refuse tout jugement : les récits alternent, sans hiérarchie entre eux. Des casques, des micros, une partition sonore. Les comédiens prêtent leurs voix à l’ensemble des personnages, terroristes, rescapés ou hommes politiques. Dans cette atmosphère confinée et intime, le collectif ildi ! eldi évite tout pathos en dépassant la sidération et la saturation d’images par des voix murmurées qui ne peuvent être qu’un souffle. »

Même si je fus quelque peu déçu par « Ovnis » l’automne dernier, je ne raterai pas ce nouveau spectacle du collectif. Et aussi parce que je suis un inconditionnel de Grégoire Monsaingeon !

21/ HÉROÏNES 2 de Dominique Richard par Lucile Jourdan au Théâtre de l’Entrepôt (du 12 au 15 juillet) à 21h30

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« Une femme se cherche, ivre de désir d’amour et d’absence, dans le frais gazon vert de la maison calme, elle prend le temps de délacer les fils emmêlés de sa vie amoureuse. De l’enfance – aux côtés de son frère Paul, double adoré et jalousé – à aujourd’hui, elle suit les rainures de sa mémoire. »

Parce que la pièce était sélectionnée dans le festival Court au Théâtre du Théâtre Berthelot à Montreuil, dont je suis la programmation pour Le Blog de Nestor (un peu de réclame n’a jamais fait de mal) et aussi parce qu’on m’a grandement conseillé de découvrir l’écriture de Dominique Richard.

22/ IPHIGÉNIE À SPLOTT (Gary Owen / Blandine Pélissier) au Théâtre Artéphile à 21h40

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« Effie habite à Splott, un quartier de Cardiff touché par le chômage et la paupérisation. Effie, c’est le genre de fille qu’on évite de regarder dans les yeux, qu’on se permet de juger l’air de rien. Effie, c’est la provocation incarnée. On croit la connaître, mais on n’en connaît pas la moitié. Tous les samedis, elle se jette dans une spirale d’alcool, de drogue et de petits drames, et émerge au bout de trois jours d’une gueule de bois pire que la mort pour tenir jusqu’au bout de la semaine et mieux recommencer. Et puis, un soir, l’occasion lui est offerte d’être plus que ça. »

Je ne sais pas s’il s’agit d’un hasard, mais voir cette pièce au même endroit et à la même heure qu’une certaine Irish Story vue l’an passé est de bon augure. Surtout que la co-traductrice du texte n’est autre que Kelly Rivière (l’autrice et interprète de « An Irish Story », tout le monde suit ?) et que je pourrai y admirer Morgane Peters, que j’avais énormément appréciée dans des pièces jouées avec sa promo de l’ERACM.

23/ LOUISE O’SMAN au Théâtre de la Croisée des Chemins à 21h50

« Chausser des bottes de sept-lieues, devant la folie des Hommes, de ceux qui ne croquent plus la pomme -surtout dans la rue Paradis. Écouter la beauté des ondes, des veilleurs de ponts et des sourdes frondes enfouis dans le bleu endormi. Raconter les frênes trop frêles, les cœurs étouffés sous le satin, la violence des miroirs quotidiens. S’asseoir enfin à l’ombre des mémoires pour chanter l’attente, le manque et l’absence, qui sont peut-être déjà, les premiers signes du printemps. À la fois doux et intime, incisif et courtois, le répertoire de Louise O’sman marque par sa force, son originalité et sa poésie. »

C’est de la chanson, c’est de l’accordéon, c’est aussi un peu de copinage car la demoiselle se produisait également avec les No Man’s Louise que je suivais de Paris à Marseille…

24/ LA CONVIVIALITÉ par Arnaud Hoedt et Jérome Piron au Théâtre du Chapeau d’Ebène à 22h15

La Convivialité, Théâtre National, septembre 2016

« Le spectacle des deux belges qui veulent simplifier la langue française » : tout est faux dans cette phrase. Pas « simplifier » mais faire preuve d’esprit critique. Pas « deux belges», mais deux curieux qui veulent partager les découvertes des linguistes. Pas même la langue, seulement son orthographe. Car l’orthographe, c’est pas la langue, juste le code graphique qui permet de la retranscrire. Nous avons écrit pour dédramatiser, pour réconcilier et aussi parce qu’on a toujours pensé que l’Académie Française avait un vrai potentiel comique. Notez que tout n’est pas faux : il s’agit bien d’un spectacle ! Et drôle en plus ! C’est quand la dernière fois que vous avez changé d’avis? »

Je ne m’en orgueillis jamais assez : je suis le vice-champion départemental des Bouches du Rhône 1991 d’orthographe.

25/ DÉGLUTIS ÇA IRA MIEUX d’Andréa Bescond et Éric Métayer au Théâtre du Balcon à 22h30

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« Déglutis, ça ira mieux est l’histoire d’une femme, Aline, éternelle adolescente de 45 ans, fuyant sa vie, ses responsabilités et surtout son rôle de mère. Lorsqu’elle apprend qu’elle est atteinte d’une maladie dégénérative, elle se débrouille pour retrouver sa fille, Nina, devenue adulte trop tôt et qui a fait ses bagages depuis longtemps. Les retrouvailles entre ces deux femmes que tout oppose – ou presque – seront déjantées et passionnées. Bien malgré elle, Nina se retrouve emportée par la folie douce et l’humour de sa mère. Aline, elle, a une idée derrière la tête. Faire la paix avec sa fille. Et lui demander l’impossible… »

Je n’ai point vu de spectacles du duo Andréa Bescond / Eric Métayer. Je veux seulement revoir Géraldine Martineau sur scène. C’est dit.

26/ CHARLY CHANTEUR à l’Arrache-Coeur à 22h30

 

« Les ballades spleenétiques sont comme des chansons dépressives mais en plus drôles. Les poèmes-poubelles sont des poèmes récupérés dans une poubelle et mis en musique. Charly Chanteur est un chanteur gourou de la secte du « Spleen », un vrai-faux chanteur qui fait un vrai-faux concert. »

L’acolyte de Léopoldine HH revient à l’Arrache-Coeur tout seul. Pour bien terminer la soirée.

27/ LA 7E VIE DE PATTI SMITH de Claudine Galea par Benoît Bradel à la Manufacture, du 13 au 19 juillet à 23h

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crédit photo Benoît Bradel

« 2 portraits en parallèle, 2 amplis, 3 micros, 1 jeune fille, 1 jeune femme, des guitares électriques. À la fin des années 70, dans un village près de Marseille, une jeune fille timide porte difficilement ses 16 printemps. Jusqu’au moment où elle entend une voix. Celle bien saccadée d’une autre jeune femme maigre et timide. Mais trentenaire celle-ci. C’est Patti Smith qui, avec Horses, entre dans la légende. En adaptant à la scène l’écriture de Claudine Galea, Benoît Bradel signe un trio électrique sur notre irrépressible besoin de liberté. »

Patti Smith + Marie-Sophie Ferdane = deux raisons suffisantes.

**********

À part ça, j’ai déjà vu et je ne peux que conseiller :

La Légende de Bornéo du Collectif L’Avantage du Doute au Théâtre des Carmes, Désobéir de Julie Berès à la Manufacture (chronique très en retard), Le Champ des Possibles d’Elise Noiraud au Théâtre Transversal, On voudrait revivre par Léopoldine Hummel, Maxime Kerzanet et Chloé Brugnon à la Caserne des Pompiers, Vies de papier par la Cie La Bande Passante au 11 Gilgamesh Belleville, Batman contre Robespierre par le Grand Colossal Théâtre au Théâtre des Gémeaux, En réalités par Alice Vannier au Théâtre du Train Bleu, le Syndrome du Banc de Touche de Léa Girardet au Théâtre du Train Bleu.

Il y a bien deux trois autres pièces que j’ai vues et qui repassent par Avignon mais que je ne conseillerai pas et que je ne mentionnerai pas ici (dans l’onglet AVIGNON 2019, vous pourrez tout de même les trouver, j’y ai même mis des étoiles, on n’arrête pas le progrès !)

Il s’agit bien évidemment d’une sélection complètement subjective. Je le répète, il y a presque 1 600 spectacles programmés dans le Off. J’ai déjà reçu énormément de courriels m’invitant à découvrir certaines pièces. Ça me désole (et déprime aussi) de ne pas pouvoir répondre, je vous prie de bien vouloir m’excuser. Mais n’hésitez tout de même pas à donner vos conseils, vos envies. On sait jamais…

Avignon c’est dans un mois. Et d’ici là…

Et d’ici là, j’ajouterai bientôt trois nouveaux spectacles qui sont arrivés à mes oreilles…

Ps : Pourquoi Off alors que In ? Parce que si In plutôt Out. Ou bien On et Off ? Pourquoi en anglais d’ailleurs ?

Festival d’Avignon 2019 , ma sélection In

On prend de l’avance, on planifie de bonne heure, hormis des spectacles dans le Off (sélection à suivre), je tenterai de voir une ou deux pièces dans le In durant mon « court » séjour (et qu’on ne me montre pas du doigt, comme on me l’a dit l’an passé, je ne vais pratiquement que dans des théâtres subventionnés durant la saison normale, je peux faire des écarts (admirables) dans le Off l’été !) Tout ça pour dire, si je pouvais, je verrais :

1/ ARCHITECTURE de Pascal Rambert dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes du 4 au 13 juillet 2019

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Photo : Marcel Breuer

« Une famille d’artistes n’échappe pas à la tourmente du XXe siècle qui engloutit ses espoirs et son avenir. »

Parfois je me dis que l’addition de talents aussi grands n’est pas forcément un gage de réussite. Le casting fait envie : Emmanuelle Béart, Audrey Bonnet, Marie-Sophie Ferdane, Anne Brochet (qui remplace Marina Hands), Arthur Nauzyciel, Stanislas Nordey, Denis Podalydès ou Pascal Rénéric, Laurent Poitrenaux, Jacques Weber (et je reprends mon souffle). « Clôture de l’amour » avait été une vraie claque, « Répétition » une déception (dans le genre, chaque acteur attend son tour pour prendre la parole ou quand Rambert reproduit la recette de « Clôture… » mais avec quatre comédiens), « Actrices » m’avait conquis uniquement grâce à Marina Hands. Bref, je suis très curieux de voir ce spectacle qui, à l’origine, n’était pas prévu pour la Cour d’Honneur.

La pièce sera en tournée en 19/20, notamment aux Bouffes du Nord en décembre prochain.

2/ LE PRÉSENT QUI DÉBORDE NOTRE ODYSSÉE II de Christiane Jatahy au Gymnase du Lycée Aubanel du 5 au 12 juillet

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Photo : Paul Camacho

« Odyssées contemporaines des exilés, contraints par leur douleur à ne pas se souvenir, empêchés par les épreuves de penser demain. »

Je rattraperai ce second volet cet automne au CentQuatre, je ne peux rater la nouvelle création de Christiane Jatahy qui fait partie de mes créatrices préférées.  (aussi parce que la première fois que j’ai vu un de ses spectacles, « Julia » au CentQuatre le 20 septembre 2013… je m’en souviens parce que… non… rien…) Cette fois-ci, elle sera à la lisère du théâtre documentaire. Il y aura aussi un peu d’Amazonie et quand on sait ce qu’il s’y passe aujourd’hui…

3/ PHÈDRE ! de François Grémaud à la Collection Lambert du 11 au 21 juillet

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Photo : Loan Nguyen

« Sur scène, une drôle de conférence sur Phèdre, par un comédien-professeur qui se laisse déborder par sa passion… »

L’humour et l’intelligence de François Grémaud m’avaient emballé lors des Conférences de choses qu’il avait co-écrites avec Pierre Mifsud. Il est ici une nouvelle fois à la mise en scène et à la conception de ce nouveau « cours » et j’attends avec impatience cette relecture du classique de Racine.

Ce spectacle est également présent dans la programmation du Théâtre de la Bastille pour la saison prochaine.

4/ OUTSIDE de Kirill Serebrennikov à l’Autre Scène du Grand Avignon – Vedène du 16 au 23 juillet

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« Images, poèmes, corps urbains. La vie de l’artiste chinois Ren Hang mise à nue par le regard incisif et résistant de Kirill Serebrennikov. »

Outre l’aspect politique que revêt la présence à Avignon de Kirill Serebrennikov, nul doute que ce spectacle sera à la hauteur des attentes que nous portons envers le créateur de « Les Âmes Mortes » et des films « Le Disciple » ou « Leto ».

5/ GRANMA. LES TROMBONES DE LA HAVANE par le Rimini Protokoll au Cloître des Carmes du 18 au 23 juillet

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Photo Doro Tuch

« L’histoire de quatre petits-enfants de la Révolution cubaine qui, aux côtés des anciennes générations, décident désormais du destin de leur île. »

Le Rimini Protokoll fait partie de mes révélations tardives de la saison dernière. Après leur installation autour de la mort « Nachlass », voici donc une vision de Cuba aujourd’hui.

La pièce sera également présentée à la Commune d’Aubervilliers dans le cadre du Festival d’Automne.

6/ A LEAF par Célia Gondol et Nina Santes aux Hivernales – CDCN d’Avignon du 6 au 8 juillet

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photo Scribe

« A Leaf est un concert chorégraphique conçu comme une spirale vibratoire, où la frontière entre réalité et fiction s’efface doucement. »

Après avoir découvert son travail organique ce printemps avec « Hymen Hymne », je ne peux que tenter de découvrir ce que Nina Santes peut avoir en tête. En réalité, je ne serai pas encore présent, mais j’essaierai la transmission de pensées.

7/ VIVE LE SUJET ! SÉRIE 4 – CE JARDIN de Ina Mihalache et Madeleine Fournier au Jardin de la Vierge du Lycée Saint-Joseph du 17 au 23 juillet

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image Marie Prunier

« Deux femmes tentent de mettre en pratique la sororité. Elles voudraient s’aimer simplement, se désirer aussi peut-être, mais ce n’est pas si simple dans une société patriarcale qui met les femmes en compétition les unes contre les autres. Ce Jardin ouvre un espace d’exploration et d’exorcisation des relations qui existent entre elles avant même qu’elles se soient rencontrées. »

Je suis un des admirateurs de la première heure de Ina Mihalache alias Solange te parle. Il est heureux de la voir ailleurs que sur YouTube, de suivre son évolution, toujours là où on ne l’attend pas, toujours aussi audacieuse et exigeante.

La Nuit des Taupes (Philippe Quesne / Nanterre Amandiers)

(de quoi ça parle en vrai)

« Dans cet univers des profondeurs, les sept taupes géantes mangent, boivent, font l’amour, enfantent et constituent un groupe de rock! Dans la pénombre de leur existence souterraine, elles manifestent avec joie ce qui caractérise le théâtre, cet art de la caverne où croire ou ne pas croire nous relie à la superbe allégorie de Platon. Bien plus profondément encore, l’univers des cavernes développe et déclenche un imaginaire immédiat remontant à la nuit des temps. » (source : ici)

Philippe Quesne - La nuit des taupes (Welcome to Caveland!)
crédits photos : MARTIN ARGYROGLO

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Aussi curieux que cela puisse paraître, voici donc la première fois que je découvre une oeuvre du directeur du théâtre des Amandiers à Nanterre, Philippe Quesne. Et je ne fus pas mécontent du voyage.

Welcome to Caveland ! Je pourrai dire à qui veut bien l’entendre que j’ai vu des taupes faire de la batterie et de la trottinette électrique (mais pas en même temps). Il n’y a pas vraiment d’histoire. Seulement des tranches de la vie des taupes. Qui pourraient très bien être des êtres humains. L’ensemble se veut burlesque, poétique, atmosphérique. On peut même se hasarder à la micro-sieste, nous ne perdrons aucune miette.

On pense aux grosses marionnettes du Fraggle Rock de notre enfance. La scénographie « cavernesque » en carton-pâte est impressionnante. La musique électro-rock (vive le thérémine) nous fait bouger la tête. Et surtout le spectacle comporte différents degrés de compréhension qui permettent de l’apprécier sans avoir toutes les références à Platon, Nietzsche comme j’ai pu le lire ici ou là. En bref, une belle découverte !

 

LA NUIT DES TAUPES

CONCEPTION, MISE EN SCÈNE ET SCÉNOGRAPHIE Philippe Quesne

AVEC Yvan Clédat, Jean-Charles Dumay, Léo Gobin, Erwan Ha Kyoon Larcher, Sébastien Jacobs, Thomas Suire, Gaëtan Vourc’h

COSTUMES Corine Petitpierre assistée d’Anne Tesson – COLLABORATION DRAMATURGIQUE Léo Gobin, Lancelot Hamelin, Ismaël Jude, Smaranda Olcèse – COLLABORATION ARTISTIQUE ET TECHNIQUE Marc Chevillon, Yvan Clédat, Élodie Dauguet, Abigail Fowler, Thomas Laigle – SON Samuel Gutman – RÉGIE GÉNÉRALE Marc Chevillon – RÉGIE LUMIÈRES Mickaël Nodin – RÉGIE PLATEAU Joachim Fosset – HABILLAGE Pauline Jakobiak – ASSISTANTE SCÉNOGRAPHIE Élodie Dauguet

 

(une autre histoire)

La taupe est aveugle ou presque. Comme Polly Magoo… Non… Comme Mr Magoo.

Lors d’un stage de sensibilisation au handicap visuel, nous avions chaussé des lunettes qui occultaient en grande partie notre vision. J’étais très fier d’avoir pu lire un texte malgré ces lunettes. Mais quand on m’a demandé ce que j’en avais retenu… Rien. 

Tu préfèrerais être sourd ou aveugle ? Ne plus avoir de bras ou de jambes ? Etre imberbe ou poilu ? (pour la dernière question, j’ai une réponse).

« J’fais des trous, j’fais des trous, toujours des p’tits trous… » Je prends mon grand marteau et je tape sur la tête de la première taupe venue.

Je ne sais pas prononcer correctement le mot « taupe ». Mon accent me joue des tours. Top taupe, c’est pareil pour moi.

La nuit, je vois courir des rats. Mais pas des taupes. C’est quoi la différence ? La nuit, tous les chats sont gris. Et le jour, comment sont les taupes ?

A t-on déjà vu une jeune femme malvoyante arpenter le podium d’un défilé de mode ? Non, je ne dirai pas comment on l’appellerait dans le métier. Ce bon mot serait trop facile. On lui demanderait seulement : Mais qui êtes-vous, Polly Magoo ? Un quelconque lien de parenté avec Mr Magoo ?

 

vu le samedi 20 avril 2019 au Théâtre Nanterre Amandiers

Prix de ma place : Invitation (page Facebook du théâtre Nanterre Amandiers)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Of Balls, Books and Hats (Julien Prévieux /La Ménagerie de Verre / Festival Etrange Cargo)

(de quoi ça parle en vrai)

« Tous les objets qui nous entourent ont tendance à devenir “smart”, des smartphones aux smart grids en passant par les smart cities et les inénarrables smart shoes. Cette smartification du monde se développe grâce à un ensemble de processus d’apprentissage intégrés aux appareils eux-mêmes. Dans Of balls, books and hats, quatre danseurs/acteurs donnent à voir des expériences clés à l’origine de cette évolution… » (source : ici)

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© Betty Bogaert

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Il faut voir ce spectacle pour comprendre ce qu’il en est. Même en voyant le spectacle, il est difficile de poser des mots. En tout cas pour moi. Donc… Devant nous : quatre performeurs (danseurs, acteurs…) qui exécutent des séries d’actions, orales mais surtout physiques et absurdes. Ils essaient, ils se trompent, ils essaient, ils se trompent. L’intelligence artificielle enregistre, ajuste, pour, à terme, que l’I.A. remplace la présence humaine.

« Of balls, books and hats » pourrait très bien être présenté dans un musée, ou divisé en micro-pastilles qu’on présenterait sur Arte. Ceci n’est pas une critique, mais un moyen pour faire comprendre qu’il ne s’agit pas d’un spectacle théâtral au sens classique du terme. Je dis cela car j’ai la fâcheuse tendance à ne jamais lire le programme avant d’entrer en salle. Pour information, Julien Prévieux fut le récipiendaire du Prix Marcel Duchamp 2014.

Tout ça pour dire qu’on est dans de la performance, qui peut être drôle, notamment quand nos performeurs se déplacent à la John Cleese ou comme des petits personnages de jeux vidéos qu’on ferait évoluer dans différents univers. Qui peut aussi faire réfléchir, car tout cela est loin d’être vain, notamment grâce à cette voix off qui explique le fin mot de l’histoire. C’est la machine qui gagne à la fin. Et on aime ça. (pas la conclusion, mais le fait de voir des spectacles différents chaque soir)

 

OF BALLS, BOOKS AND HATS

conception • Julien Prévieux

avec • Jonathan Drillet, Harold Henning, Anne Steffens et Julia Perazzini

voix off • Frédéric Poinceau

(d’autres histoires)

Aujourd’hui, j’ai manifesté. Oui, parce que dans la vraie vie (ou la fausse, c’est selon), je fais un métier qui demande parfois de manifester. Parce que je fais un métier de feignasse, de privilégié, qui se plaint tout le temps et qui ne veut pas que les choses changent. Bref. C’est aussi et surtout l’occasion de revoir des anciens collègues.

ELLE : Je t’ai vu l’autre jour, à la télé, au journal de 20h ! Pour la manif du 18 ! Tu passais, t’étais habillé comme aujourd’hui… Tu faisais peur !

Je suis celui qui fait tout le temps la gueule. C’est un fait. Et ça a été filmé.

*****

Aujourd’hui, j’ai manifesté et sur le chemin du retour, sur l’avenue des Gobelins, j’ai croisé une artiste d’origine québécoise qui fait des vidéos sur Youtube et qui va se produire au Festival d’Avignon dans un Sujet à Vif. (Ira Mihalache alias Solange te Parle) J’apprécie beaucoup ce qu’elle fait.

Le soir, je me rends à la Ménagerie de Verre. Qui croisé-je ? Cette même artiste. Je n’ose pas l’aborder pour lui dire : « J’aime beaucoup ce que vous faites. » ni « Vous savez, je vous ai croisée cet après-midi, avenue des Gobelins. Non non, je ne vous ai pas du tout suivie ! »

*****

Ce soir, je suis allé à la Ménagerie de Verre parce que j’avais gagné une invitation. Je donne mon prénom et mon nom. La jeune femme de la billetterie me dit : « Alexis ? » Je réponds : « Non, moi, c’est Axel, mais le nom de famille, c’est bien ça. ». Elle me dit : « C’est pourtant écrit Alexis ».

Je sanglote.

*****

Ce soir, je suis allé à la Ménagerie de Verre et j’ai également croisé la divine Marlène Saldana. Je n’ose pas l’aborder pour lui dire : « J’aime beaucoup ce que vous faites. » ni « Vous savez, je vous ai croisée la semaine dernière à la Grande Halle de la Villette pour le Jan Fabre… Non non, je ne vous ai pas du tout suivie depuis huit jours, c’est pas vrai ! »

 

vu le samedi 30 mars 2019 à la Ménagerie de Verre, Paris

prix de ma place : invitation Sceneweb

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Loretta Strong (Copi / Florian Pautasso)

(de quoi ça parle en vrai)

« Une femme parle au téléphone, sans logique ni raison. A ses dires, elle est dans le cosmos, et traverse une série de situations de crise. Il y a des rats et de l’or, des accouchements et des meurtres. Soumise à un dispositif scénique tour à tour aliénant et libérateur, l’interprète est conduite jusqu’aux limites de son humanité, éprouve le chaos et se frotte à l’infiniment grand. Si le rire survient, il est glaciaire. » (source : ici)

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Capture d’écran du teaser vidéo

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je pense n’avoir jamais vu/lu de pièces de Copi*. Et pour être honnête, je n’ai aucune idée du personnage qu’il était, même si j’ai cru comprendre qu’il était quelqu’un de singulier.

Je ne pouvais pas mieux tomber en voyant donc se confronter l’univers de Copi et celui de Stéphanie Aflalo aux avant-postes et de Florian Pautasso aux manettes. La comédienne est un drôle d’animal qui sait jouer de son visage, de son corps, de sa diction, tant et si bien qu’on reste fasciné par ce qu’elle dégage durant cette heure où elle est seule en scène. Dans l’espace familier du bureau, elle nous emmène à des années lumière de la stratosphère pour un moment théâtral qui ne ressemble à rien de ce que l’on a pu voir jusqu’à présent. Il n’est pas étonnant de constater qu’il n’y a presque aucun travail sur la lumière ou le son. Tout repose sur les épaules de Stéphanie Aflalo qui enchaine à une vitesse folle les phrases absurdes de Copi.

Cette Loretta Strong est bien un objet théâtral non identifié, à la langue et au corps qui déconcerteront certains, mais qui est assurément une découverte (de 1974, je sais…)

*après verification, oui : Les Quatre Jumelles par Jean-Michel Rabeux au Théâtre de la Bastille en 2012

 

LORETTA STRONG

De Copi

Mise en scène : Florian Pautasso

Avec : Stéphanie Aflalo

Production : Les divins Animaux

 

(une autre histoire)

C’est tout neuf ici, je veux dire ce théâtre où je n’ai jamais mis les pieds. Sur mon billet, ils ont oublié un S à mon nom de famille. Je n’ai rien dit. Je m’assois, consulte mon téléphone mais je ne capte pas. Alors je regarde les gens autour de moi. J’ai comme l’impression que je suis entouré à 90% de gens du théâtre. Je l’ai vu où, lui ? Elle me dit quelque chose, elle.

Tout le monde me regarde. Je ne comprends pas. Je n’ai pourtant pas oublié de me laver aujourd’hui. Le mec en face de moi embrasse sa copine et me regarde avec insistance. Me suggèrerait t-il un ménage à trois ? Cela serait une première. Y a une autre nana aussi pas loin qui regarde… mes cheveux… Tout est en place. Serait-ce le bouton de mon pantalon manquant qui les émoustillerait ? (Oui, ok, j’ai pété le bouton et n’ai toujours pas pris le temps de le recoudre. C’est parce que j’ai pris du poids, mais j’ai de bonnes raisons, que je n’évoquerai pas ici) Ça ne se voit pas, la ceinture se charge du reste, je précise. Ou bien serait-ce ma nouvelle façon de lacer mes lacets ?

Y en a même qui rient en me montrant du doigt. Je… Je… Mais… Comme dans un mauvais rêve… Travelling compensé (Travelling Arrière et Zoom Avant).

L’autre jour, j’ai enfin revu mes amis de Marseille. Ils m’ont souhaité mon anniversaire avec presque trois mois de retard et m’ont dit : « Tu verras, à partir de quarante, tout fout le camp. Et ça commence par la vue. » Je n’avais pas percu que tous ces gens avaient en fait l’oeil sur l’écran situé au-dessus de ma tête. Un écran qui diffusait des extraits des spectacles de la programmation du théâtre.

 

vu le samedi 23 mars 2019 à l’Etoile du Nord, Paris

prix de ma place : 7€ (tarif WeClap)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Belgium Rules, Belgian Rules (Jan Fabre / La Villette)

(quand on ne lit pas la bible)

Belgium rules, Belgian rules ? Oh un jeu de mots ? Les règles de la Belgique ou bien la Belgique et les Belges, ils assurent ! (dit-il en levant ses deux pouces)

(de quoi ça parle en vrai)

« Bienvenue en Belgique ! Jan Fabre s’empare de son pays pour en faire un portrait chaleureux et ironique. On compte 117 nationalités à Anvers, c’est plus qu’à New-York. Dans ces différences, il y a une unité qu’exaltent Jan Fabre et ses quinze interprètes à coup de bière, de corps, de fougue et de souveraine singularité. Contre la montée des nationalismes, le metteur en scène célèbre l’esprit naturellement critique des Belges, leur anticonformisme vigoureux, leur soif de chair et de vie. Il dessine cet étrange royaume où l’on parle trois langues, où le multiculturalisme et le multi-nationalisme sont des faits. Ici, plus que la loi, la règle ou les mots, c’est l’image qui sert de guide, inspirée par les artistes visuels qui ont jalonné l’histoire du pays, des primitifs flamands aux surréalistes, de Jérôme Bosch aux auteurs de bande-dessinée. Tableaux et esthétiques se succèdent et se tissent pour écrire un récit organique, aux antipodes des peurs et des replis identitaires. (source : ici)

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Crédits photos : Wonge Bergmann

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je mentirais si je disais que je suis un spécialiste de Jan Fabre. J’ai seulement vu quatre de ses spectacles, le premier étant « Je suis sang » à Avignon en 2001 alors que j’étais dramatiquement puceau (comprenez cela comme vous le souhaitez) et que j’aimerais revoir aujourd’hui avec tout ce que je sais désormais, sur la vie, l’amour et les vaches. Pourtant je ne peux m’empêcher de penser que Jan Fabre nous a concocté ici un « Belgium Rules, Belgian Rules » proche d’un Mount Olympus light. (Pour rappel, Mount Olympus était une performance de 24h : mes chroniques ici et )

Jan Fabre teste toujours autant la résistance de ses artistes que celle des spectateurs : nombre d’entre nous ont quitté la salle tout au long de la performance (3h45 sans entracte sur les banquettes de la Villette, ça fait mal au cucul à la longue ou bien est-ce moi qui suis devenu particulièrement douillet). On a également retrouvé ces scènes où les danseurs scandent ces fameuses règles en exécutant en boucle des exercices de musculation (variante de la corde à sauter dans Mount Olympus) : et ça dure… et ça dure… (« oh, qu’ils sont résistants, oh c’est touchant, ils se donnent vraiment à fond ! »… mais c’est alors qu’on crie « Déjà-Vou »)

Certaines scènes ont également pour objectif de tester notre sens olfactif : encens et bière à gogo (si je devais faire du mauvais esprit, je dirais que c’était de la Tourtel et non une bière d’abbaye).

Alors oui, il y a des tableaux très beaux, hypnotiques même, comme celui des drapeaux (je me suis souvenu qu’en CM2, j’avais participé à la Fête du Stade : c’était au Stade Vélodrome de Marseille et les écoles participantes devaient exécuter une chorégraphie sur une musique de Jean-Michel Jarre. Nous avions chacun deux drapeaux que nous faisions virevolter, tournoyer…). On voit des danseur.ses légèrement vêtu.es (surtout les filles… tiens donc… je ne vais pas me plaindre, hein… mais quand on y pense… je dirais même, quand on y réfléchit…), on y fait gicler la bière, on retrouve ces scènes durant lesquelles les danseur.ses font de la muscu, une dame qui fait pipi… Les passages parlés sont les moins intéressants. Ceci étant dit, les numéros collectifs sont toujours aussi enthousiasmants (avec du Stromae, du Jacques Brel, de la techno style pompier et du Adamo en fond sonore) et parfaitement exécutés.

Pour résumer, dans cette histoire historique et culturelle de la Belgique qui oscille entre amour et haine du plat pays, qui n’hésite pas non plus à égratigner sa politique colonialiste (comme tant d’autres), Jan Fabre fait ce qu’on attend de lui et ce n’est pas suffisant.

(Et je suis curieux de savoir ce qu’en pensent les Belges… Les applaudissements furent plutôt mous hier soir par chez nous…)

 

BELGIAN RULES, BELGIUM RULES

Une production Troubleyn/Jan Fabre

Avec : Lore Borremans, Annabelle Chambon, Cédric Charron, Anny Czupper, Conor Doherty, Stella Höttler, Ivana Jozic, Gustav Koenigs, Chiara Monteverde, Andrew Van Ostade, Pietro Quadrino, Annabel Reid, Ursel Tilk, Irene Urciuoli, Kasper Vandenberghe

Concept, Mise-en-scène: Jan Fabre
Texte: Johan de Boose
Musique: Raymond van het Groenewoud (Belgian Rules et Vlaanderen Boven/Wallonie d’abord); Andrew Van Ostade (toutes les autres musiques)

Dramaturgie: Miet Martens

Assistante à la dramaturgie: Edith Cassiers – Technicien en chef: André Schneider – Chargé de production: Liesbeth Plettinckx – Régisseur lumières: Wout Janssens – Régisseur plateau: Randy Tielemans and Kevin Deckers  – Régisseur son: Tom Buys
Costumes: Kasia Mielczarek, Maarten Van Mulken, Jonne Sikkema, Les Ateliers du Théâtre de Liège, Catherine Somers (chapeaux de carnaval) – Accessoires : Alessandra Ferreri

Jusqu’au 24 mars 2019 à la Grande Halle de la Villette et les 12 et 13 avril 2019 au Théâtre des Salins à Martigues.

 

(une autre histoire)

C’est drôle, parfois, le cerveau humain. J’ai rêvé d’elle les trois nuits suivant notre séparation. Genre de rêve que tu fais au petit matin et qui te suit toute la journée. Comme dans un état second. Et t’es pas bien. Et t’es d’humeur mélancolique. « Ça va ? – Ça peut aller. » Je n’ai jamais su mentir. Je sais bien que cette question n’est que pure rhétorique, mais je ne sais plus sourire et dire : « Oui, ça va. »

J’ai supprimé toute trace (matérielle) d’elle. Photos, lettres. Elle habite quelque part à Bruges, mais je ne me souviens même plus de l’adresse exacte. C’est quoi le mot, déjà, quand on fait tout pour passer à autre chose, quitte à oublier ?

Je l’ai rencontrée ici, mais elle habite là-bas. Je ne me suis jamais rendu là-bas. Parfois je me dis que j’irais bien à Bruges. Qu’au détour d’une rue, même vingt-quatre ans après, je la croiserais. Elle parlerait toujours aussi bien français. Je lui ferais un tour de prestidigitation, elle rirait.

Je l’imagine faire le trajet inverse, aller là où je vivais à l’époque et me chercher en vain.

Parfois j’ai cette cruelle impression que je suis le seul à chercher, à ressasser.

 

Vu le vendredi 22 mars 2019 à la Grande Halle de la Villette, Paris

Prix de ma place : 12€ (tarif personnel Villette – mais c’est pas moi)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

À quelle sauce… (printemps 2019)

Le printemps est déjà là. Ce n’est pas moi qui le dis mais le réchauffement climatique. Je prends donc le temps de vous donner ma sélection des spectacles et autres concerts qui me donnent envie ou que j’irai voir. Je suis devenu très sélectif, et pas seulement pour des raisons économiques (un grand périple entre le Québec et St Pierre et Miquelon avec très peu de spectacles à l’intérieur se prépare pour cet été après mon séjour traditionnel à Avignon) : je fais ce que je dis, je ralentis la cadence.

Selon la formule consacrée, évidemment, cette liste sera amenée à muter, selon mes envies, mes humeurs, ma tirelire, les propositions… (liste parisienne et francilienne uniquement, désolé…)

MARS

J’y suis déjà allé

Saison Sèche : Enfin je vois un spectacle de Phia Ménard et à Marseille, qui plus est… et l’article est par .

J’irai voir 

Hernani, c’est un scandale ! : Un peu de copinage ne peut faire de mal, on va voir la mise en scène de Judith Policar qui écrit aussi par ici (à l’Université Sorbonne Nouvelle, dans le cadre du Festival À contre sens – les mardis 12 à 21h et 19 à 13h30)

Le Direktor : Ou l’adaptation d’un film méconnu de Lars Von Trier par un metteur en scène suisse inconnu de moi… (au Théâtre de la Bastille – du 12 mars au 4 avril)

Belgian Rules : C’est le retour de Jan Fabre à la Grande Halle de la Villette, avec un spectacle de grande envergure, mais beaucoup moins long que son Mount Olympus. L’ambiance y sera-t-elle aussi survoltée après les accusations portées à son encontre ? (à la Grande Halle de la Villette – du 22 au 24 mars)

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La Légende de Bornéo : Auréolé d’un bouche à oreille flatteur après le film « Tout ce qu’il me reste de la révolution », le collectif L’Avantage du Doute revient au théâtre avec la reprise de cette pièce. Etonnant de voir le Théâtre de l’Atelier appliquer ce que fait le Théâtre de la Porte St Martin ou la Scala (programmer des pièces créées dans le théâtre subventionné) et ce collectif s’aventurer dans le théâtre privé… (du 19 mars au 4 mai – Théâtre de l’Atelier et aussi cet été dans le Off d’Avignon au Théâtre des Carmes)

J’irai peut-être voir

La Collection : De Harold Pinter par Ludovic Lagarde avec Mathieu Amalric, Micha Lescot, Laurent Poitrenaux, Valérie Dashwood, quatre étoiles (Bouffes du Nord – jusqu’au 23 mars)

Bells & Spells : Après le grand-père, les parents, le frère, je demande la soeur : Aurélia Thierrée. Certes un peu réducteur, même si la mère (Victoria Thierrée) a créé le spectacle. Mais c’est assurément un rêve éveillé auquel nous allons assister. (jusqu’au 12 mai –  Théâtre de l’Atelier)

Apocalypse Bébé : Despentes au théâtre, encore (Paris Villette – du 12 au 28 mars)

Chanson douce : Pauline Bayle a le vent en poupe, avant la reprise d’Iliade Odyssée à la Scala… (au Studio – Comédie Française – du 14 mars au 28 avril)

Le Fils : Par Marine Bachelot Nguyen. Pas celui de Florian Zeller, je ne suis pas maso… enfin… (Théâtre du Rond Point – du 19 mars au 14 avril)

Loretta Strong : Copi dont, étonnamment, je n’ai vu aucune adaptation par les Divins Animaux, une mise en scène de Florian Pautasso avec la troublante et singulière Stéphanie Aflalo. (du 21 au 23 mars – à l’Etoile du Nord)

Potentia Gaudendi : Par Gurshad Shaheman, je sais déjà que sauf miracle je ne pourrai pas le voir, mais j’en ai eu de très bons échos, made in Marseille, car avec des élèves de l’ERACM. (Nouveau Théâtre de Montreuil – 21 et 22 mars)

Le Voyage de G. Mastorna : Marie Rémond poursuit sa collaboration avec la Comédie Française après le génial « Comme une pierre qui »… Elle prend comme matériau de départ un film de Federico Fellini qui n’a jamais existé. (du 28 mars au 5 mai au Vieux Colombier – Comédie Française)

Evel Knievel vs Macbeth : Une pièce de Rodrigo Garcia est toujours intéressante, parce qu’il y a toujours une parole, des idées à retenir. (à Nanterre Amandiers – du 29 mars au 7 avril)

Dans le rayon des concerts, on peut citer The Cinematic Orchestra, un (autre) rêve éveillé (Casino de Paris – 18 mars) ; Balthazar, la pop belge classe (Casino de Paris – 25 mars) ; Camp Claude, juste pour l’envie de découvrir (Maroquinerie – 27 mars) ; O – Olivier Marguerit, voir tout  seul celui que j’ai vu à plusieurs avec Syd Matters ou My Girlfriend is better than yours (FGO Barbara – 28 mars)

J’ai déjà vu (et je conseille)

Raoul : James Thierrée, point. (Scala – jusqu’au 20 mars et c’est complet)

Les Damnés : La reprise d’un grand spectacle… faudrait que je relise ma chronique(du 20 mars au 2 juin – à la Salle Richelieu – Comédie Française)

Je devais aller voir

La Trilogie de la Vengeance : Ou la nouvelle création de Simon Stone qui m’avait grandement séduit avec son adaptation très personnelle des Trois Soeurs… Je devais car la représentation à laquelle je devais me rendre a été annulée. C’est une création, ils n’étaient pas prêts… Ont-ils été présomptueux ? Réunir une bande d’acteurs pas forcément habitués à travailler ensemble, sur de l’écriture au plateau, qui plus est… Avec un metteur en scène australien – je ne sais finalement pas s’il parle français… Bref, j’avais profité de la place d’une amie en vacances qui échangera sûrement pour un autre jour. Avec ou sans moi ? (d’après les premiers retours, l’attente vaut la peine) (aux Ateliers Berthier – Odéon Théâtre de l’Europe – du 13 mars au 21 avril)

AVRIL

J’irai voir

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The Hidden Force par Ivo Van Hove (photo : Jan Versweyveld)

The Hidden Force : Ivo Van Hove, voilà. Avec sa troupe hollandaise en prime. (à la Grande Halle de la Villette – du 4 au 11 avril)

Body Roots / Rising (Shira Eviatar) + Hard to be soft – A Belfast Prayer (Oona Doherty) + Sunbengsitting (Simon Mayer) + Hymen Hymne (Nina Santes) : On pourrait penser que le Théâtre de la Bastille se repose un peu trop sur le tg STAN ou Tiago Rodrigues pour composer sa programmation, mais c’est sans compter ces temps forts autour de la danse qui donnent un éclairage sur des grands chorégraphes en devenir. Un risque mais l’assurance  de trouver la pépite de ces prochaines années. (au Théâtre de la Bastille en collaboration avec l’Atelier de Paris / CDCN – du 8 au 18 avril)

JR : J’avais raté leur Pays de Nod, je compte bien découvrir cette fois-ci ce collectif FC Bergman (à la Grande Halle de la Villette – du 12 au 16 avril)

Kreatur : Malgré l’accueil très réservé l’été passé à Avignon, j’ose m’aventurer dans l’univers de Sasha Waltz. (toujours à la Grande Halle de la Villette – du 17 au 20 avril) (j’aime ces soirées qui se passent à 7 min à pied de chez moi…)

J’irai peut-être voir

Affordable Solution for Better Living : Ça m’intrigue (CentQuatre – 5 et 6 avril)

Je suis Fassbinder : Par Falk Richter et Stanislas Nordey  , inratable parait-il (Théâtre du Rond Point – du 5 au 28 avril)

John : Pièce de jeunesse de Wajdi Mouawad, mise en scène par Stanislas Nordey. A quand une belle adaptation d’Alphonse, une autre de ses premières pièces, que j’avais découverte au Fringe Festival d’Edinburgh il y a déjà 9 ans ? (aux Quartiers d’Ivry – du 8 au 19 avril)

Trissotin ou les femmes savantes : Par Macha Makeïeff, sans Maud Wyler mais avec une partie des acteurs qu’on peut voir chez Jean Bellorini (Scala – du 10 avril au 10 mai)

Some Hope for the Bastards : Frédérick Gravel dans un format plus large que les pièces qu’il a l’habitude de nous montrer au Théâtre de la Bastille (Chaillot – du 11 au 13 avril)

Purge Baby Purge : Le Zerep et Marlène Saldana (à Nanterre Amandiers – du 13 au 20 avril)

Méduse : Pour la découverte d’un collectif déjà passé par le festival Impatience et le festival d’Avignon (T2G – du 16 au 10 avril)

Electre/Oreste : Le retour d’Ivo Van Hove au Français… (du 27 avril au 3 juillet à Richelieu – Comédie Française)

Dans les concerts :  Anna Calvi + Shannon Wright, dans le cadre du festival Les Femmes s’en mêlent ou la soirée rêvée (Trabendo – 4 avril) ; Rufus Wainwright, depuis le temps… (Olympia – 5 avril) ; Minimalist Dream House par Katia & Marielle Labèque avec la participation de Thom Yorke (Philharmonie – 7 avril) ; Elisapie, déjà vue et à revoir (Boule Noire – 16 avril) ; Hubert Lenoir, ou la nouvelle sensation québécoise (Maroquinerie – 17 avril) ; Soap & Skin, depuis le temps… (Trianon – 17 avril) ; Sophie Hunger, hypnotisante et émouvante (Gaité Lyrique, 25 avril) ; Glen Hansard, pour ceux qui se souviennent de The Swell Season et du film Once… (Casino de Paris – 27 avril)

J’ai déjà vu (et je conseille)

An Irish Story – Une Histoire Irlandaise : J’en ai déjà parlé, j’ai vu la pièce de Kelly Rivière l’été passé et l’histoire est désormais parisienne avec cette belle série de représentations (au Théâtre de Belleville –  du 3 avril au 30 juin)

MAI

J’irai voir

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Fauves : Ou la nouvelle création de Wajdi Mouawad (Colline, du 9 mai au 21 juin)

Occupation Bastille 3 : Troisième édition d’une occupation artistique qui ne ressemblera en rien à celles de Tiago Rodrigues et l’Avantage du Doute. Et pour cause, c’est l’artiste Nathalie Béasse qui la mènera. L’occasion de (re)découvrir Happy Child, Tout semblait immobile, Roses, Le Bruit des Arbres qui tombent. Et d’autres petites choses sont en préparation, me semble-t-il. (du 13 mai au 29 juin – au Théâtre de la Bastille)

J’irai peut-être voir

Opening Night, : Cassavetes meets Teste feat. Adjani (Bouffes du Nord – du 3 au 26 mai)

Ode to the Attempt / Sweat Baby Sweat : Par Jan Martens ou le genre de chorégraphe que je dois encore découvrir (Théâtre des Abbesses – du 6 au 11 mai)

Je m’en vais mais l’Etat demeure : Par Hugues Duchêne, grand ramdam autour de cette pièce (Scala – du 8 au 12 mai)

Logiqueimperturbabledufou : Par Zabou Breitman et raté lors d’un précédent passage au Festival Off d’Avignon (Théâtre du Rond Point – du 9 mai au 2 juin)

Désobéir : Par Julie Bérès, avec un parfum de F(l)ammes (Paris Villette – du 9 au 19 mai)

L’Ennemi Du Peuple : Nicolas Bouchaud, point. (du 10 mai au 15 juin – à l’Odéon Théâtre de l’Europe)

Contes Immoraux Partie 1 – Maison Mère : Après avoir vu Saison Sèche, je ne peux qu’ajouter ce spectacle à ma liste des envies… (à Nanterre Amandiers – du 13 au 18 mai)

Lostmovements : Par Jan Martens & Marc Vanruxt, si cette année je le rate, je le fais exprès (Nouveau Théâtre de Montreuil / Rencontres Chorégraphiques de Seine St Denis – 17 et 18 mai)

Cataract Valley : Parce que voir un spectacle de Marie Rémond est toujours un ravissement (j’en ai vu trois, je me donne le droit d’énoncer cette vérité) (du 17 mai au 15 juin dans la petite salle des Ateliers Berthier – Odéon Théâtre de l’Europe)

Ce qui demeure : Par Elise Chatauret, parce que je l’avais raté l’été dernier à la Manufacture pendant Avignon Off (Quartiers d’Ivry – du 18 au 28 mai)

Dans les concerts : Jesse Mac Cormack, découvert en 1e partie d’un concert de Patrick Watson, me semble-t-il et pour que je me souvienne d’une première partie, c’est qu’il en valait la peine (Pop Up! – 4 mai) Emilie Kahn, qui a abandonné son harpe Ogden (Café de la Danse – 15 mai) ; Jon Spencer & The Hitmakers, explosif à coup sûr – je ne me lave plus les cheveux depuis qu’il m’a ébouriffé lors d’un concert à emporter dans un atelier du XXe il y a six (?) ans (Maroquinerie – 17 mai) ; Constance Verluca, c’est avec une impatience non dissimulée que je vais découvrir les nouvelles chansons de celle qui chantait « Vive le chocolat, l’héroïne et la vodka ! » (Les Étoiles –  23 mai) ; The Good, The Bad & The Queen, avec Damon Albarn notamment (Bataclan – 27 mai) ; Erik Truffaz Quartet feat. Nya, genre de jazz qu j’écoute (Odéon Théâtre de l’Europe – 27 mai)

J’ai déjà vu (et je conseille)

Iliade / Odyssée, par Pauline Bayle, vus à la Manufacture (Avignon Off) et au Théâtre de la Bastille, repris ici mais avec une nouvelle distribution (Scala – du 21 mai au 2 juin)

Hors Concours

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Les Infilitré.e.s saison 2 : Je joue dedans, c’est une écriture collective, c’est un projet de Marc Woog de la Compagnie Mimesis, c’est les 9 et 10 mai au Théâtre de la Bastille. (hormis des tableaux collectifs, j’aurai la chance  (?) d’interpréter une scène de « Après la répétition » vu cette année dans le même théâtre avec Georgia Scalliet et Franck Vercruyssen du tg STAN.)

JUIN

J’irai voir

Je n’ai aucun billet dans mon escarcelle, une anomalie dans mon histoire spectaculaire…

J’irai peut-être voir

Où la chèvre est attachée : Par Rébecca Chaillon que j’avais ratée au dernier festival Transformes à la Villette (Nouveau Théâtre de Montreuil – du 3 au 6 juin)

Aziz Ansari : Master of None (Olympia – 8 juin)

Soufflette : Par François Chaignaud et la compagnie Carte Blanche, je veux revoir le premier depuis Romances Inciertos (MC93 Bobigny / Rencontres Chorégraphiques de Seine St Denis – les 12 et 13 juin)

Why ? : par Peter Brook et Marie-Hélène Estienne, cela se suffit à soi-même (Bouffes du Nord – du 19 juin au 13 juillet)

The Swan and the Pimp : Par Hillel Kogan, le créateur de I love Arabs (Nouveau Théâtre de Montreuil / Rencontres Chorégraphiques de Seine St Denis – 21 et 22 juin)

Moving with Pina : Par Christina Morganti, comme je ne verrai probablement aucun Pina Bausch cette saison, cela sera peut-être mon lot de consolation (Théâtre des Abbesses – du 25 au 29 juin)

Bon voyage, Bob… : Par Alan Lucien Oyen et surtout le Wuppertal Tanztheater, nouvelle tentative de faire vivre la troupe sans sa créatrice (Chaillot, du 29 juin au 3 juillet)

Dans les concerts :  Julia Holter + Cate le Bon, parce qu’on m’en a dit du bien (Trabendo – 8 juin) ; Chewing-Gum Silence, par le clarinettiste Antonin Tri Hoang (Philharmonie – 15 juin) ; Eve Risser, pianiste inclassable entre jazz et musique contemporaine (Philharmonie – 16 juin) ; Les Innocents, les meilleures chansons pop françaises au monde (Café de la Danse – 19 juin) ; Elton John, non non, vous avez bien lu (20 juin – Bercy) ; Kevin Morby, car on m’en a dit aussi du bien (Cabaret Sauvage – 20 juin) ; Tom Jones, et j’assume totalement (Salle Pleyel – 28-29 juin)

J’ai déjà vu (et je conseille)

Saïgon : Vous pouvez lire ma chronique par ici (du 5 au 22 juin – aux Ateliers Berthier – Odéon Théâtre de l’Europe)

JUILLET

J’irai voir

La Cité Idéale Radieuse et Éternelle : Ou la nouvelle pièce du Laboratoire à Théâtre que j’ai bien connu pendant 3 ans. (MPAA St-Germain – 6 et 7 juillet)

J’irai peut-être voir

Dans les concerts, Cat Power avec H-Burns en 1e partie, en souvenir de plein de choses que je n’écrirai pas ici (Philharmonie – 4 juillet) ; Jonsi & Alex Somers, quand il y a du Sigur Ros quelque part, c’est toujours bon à entendre (Philharmonie, 6 /7 juillet) ; Thom Yorke : Point (Philharmonie – 7 juillet)

Je n’irai pas voir mais j’ai une bonne raison

Since She : Je serai au même moment à Avignon. Et pourtant j’avais très envie de voir ce que Dimitris Papaioannou avait à dire avec les danseurs du Wuppertal Tanztheater. (du 8 au 11 juillet à la Grande Halle de la Villette)

Ps : Je ne dirai pas combien de temps m’a pris la rédaction et la mise en page de cet article, mais je ne le ferai pas tous les jours…

Saison Sèche (Phia Ménard / La Criée)

(quand on ne lit pas la bible)

Saison sèche ? Ou le terrible destin d’agriculteurs français face à la grande sècheresse ?

(de quoi ça parle en vrai)

Contre la loi du mâle, du blanc, du dominateur, Saison Sèche promeut des silhouettes peintes, des corps en guerre, des nus dont le genre s’efface sous la vivacité poignante des couleurs. Comme pour résumer le théâtre à son essence, selon Phia Ménard : de la chair, de la sueur et de la sincérité. Superbe déflagration. (source : ici)

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Crédits photos : Christophe Raynaud de Lage

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je fais du tourisme théâtral. Je ne peux m’empêcher de regarder ce qui est programmé au théâtre là où je passe. En l’occurrence, ici Marseille. La bonne occasion pour enfin découvrir le travail de Phia Ménard.

Le spectacle commence comme ça : Phia Ménard descend les marches de la grande salle de la Criée. Nous la suivons du regard. Micro en main, elle nous observe, attend qu’une retardataire prenne place. Mais que va-t-elle dire ? « Je te claque la chatte. » Noir. Une phrase, à choix multiples. Certains spectateurs de la Criée ont applaudi… La voir prendre la parole et dire cette unique phrase a d’autant plus d’impact. On ressent une urgence. Voilà où nous en sommes. Une façon aussi de dire « Vous allez voir ce que vous allez voir ». A raison. C’est une grande claque qu’on se prend avec cette « Saison sèche ».

Je ne décrirai pas ici dans le détail les différents tableaux de ce spectacle majeur. Mais des images resteront probablement ancrées en moi très longtemps : dans un espace blanc, sur un plateau légèrement incliné, ces corps arachnéens, qui tentent de se relever, de se tenir droit, ce plafond qui monte et descend, ces murs qui suintent, qui explosent…

Phia Ménard & Jean-Luc Beaujault ont imaginé une scénographie ambitieuse et maîtrisée (big up aux régisseurs qui reconstruisent le décor chaque soir) (oui, j’ai osé employer l’expression « big up »). L’ambiance sonore est particulièrement oppressante et nous donne vraiment l’impression que la scène peut imploser à tout moment. Le temps s’étire. Tout se termine en chanson. Velvet Underground « Femme Fatale ».

Bien heureux je fus d’enfin voir un spectacle de Phia Ménard. Un spectacle politique, féministe, de grande envergure. Je reviendrai.

 

SAISON SÈCHE

Dramaturgie et mise en scène Phia Ménard & Jean-Luc Beaujault / Cie Non Nova

Création et interprétation Marion Blondeau, Anna Gaïotti, Elise Legros, Phia Ménard, Marion Parpirolles, Marlène Rostaing, Jeanne Vallauri, Amandine Vandroth

Scénographie Phia Ménard – Composition sonore et régie son Ivan Roussel – Création lumière Laïs Foulc – Régie plateau Benoît Desnos, Adèle Ogier, Rodolphe Thibaud – Costumes et accessoires Fabrice Ilia Leroy – Construction décor et accessoires Philippe Ragot

Prochainement à Gradignan le 7 mars et les 13 et 14 mars à Nantes

 

(une autre histoire)

Je suis devant le Théâtre National de la Criée. A Marseille. J’ai déjà joué là, j’avais dix-huit ans, avec les élèves de l’option théâtre de mon lycée. Un spectacle autour du théâtre absurde qui s’appelait « Absurde, vous avez dit absurde ? » Certains jouaient Ubu Roi, d’autres La Cantatrice Chauve ou Fin de Partie. Un camarade de jeu et moi-même avions fait un hold-up au CDI du lycée sur toutes les pièces de Beckett, Ionesco… Nous avons tout lu. Nous voulions trouver la perle rare. J’ai découvert « L’impromptu de l’Alma » de l’ami Eugène. Nous avons effectué les coupes, redistribué certaines répliques… Notre metteur en scène et notre professeur de lettres nous ont laissés faire.

Parfois je me dis que j’ai raté quelque chose dans ma vie.

Notre professeur voulait que nous répétions le titre du spectacle à la fin de la représentation. Soupir de consternation. J’apporte la musique de Hugues le Bars dans laquelle Ionesco répète qu’il en a marre, sur un air de valse. Je propose qu’on danse sur cette ritournelle. Tout le monde était d’accord, tout le monde était content. Y avait des feuilles aussi qui tombaient du ciel. C’est moi qui le rêve ou bien cela s’est-il vraiment passé ? Je ne sais plus. C’est dommage, il n’y a pas eu de captation de ce soir-là.

J’en ai marre d’aligner des paroles et des paroles.

La veille, une amie de Marseille m’a demandé pourquoi je n’avais pas fait d’études théâtrales à Aix. La veille, une autre amie de Marseille, plus vieille, plus chère, qui était là avec moi, avec nous, sur la scène de la petite salle de la Criée… Je disais quoi ?

Je voudrais bien me reposer.

 

Vu le vendredi 1e mars 2019 à la Criée, Marseille

Prix de ma place : 15€ (tarif CE grâce à l’ami marseillais)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Deux mille dix-huit

SPECTACLE VIVANT

Une année record (j’avais déjà dit cela l’an passé, mais j’ai de nouveau battu mon record, c’est moi qui ai la plus longue, pour une fois). Alors même que cette année j’ai travaillé à plein temps (pour le pire et le moins pire), je sais déjà que j’en ferai beaucoup moins en 2019, j’ai vu mes limites, tant physiques qu’inspirationnelles, si je puis dire. (ça aussi, je l’ai déjà écrit l’an passé, mais à moins qu’on me paye pour écrire, je verrai réellement beaucoup moins de spectacles l’an prochain). Pour être plus sérieux, j’ai la fâcheuse impression que d’en voir beaucoup me blase un tantinet…

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Bibliothèque du Théâtre de Gennevilliers

139 spectacles (71 il y a 2 ans, 101 l’an passé) à Paris, Montreuil, Bobigny, Nanterre, Gennevilliers, Aubervilliers, Saint-Denis, Boulogne-Billancourt, Saint-Ouen, mais aussi Avignon, Bussang, Bruxelles, Londres et Lausanne, dans 66 lieux avec des artistes français, belges, anglais, néerlandais, italiens, portugais, canadiens, danois, suisses, brésiliens, grecs, polonais, allemands, israëliens, russes… parfois (souvent) dans le texte. Du théâtre, des chevaux, des images, du son, de la musique, des marionnettes, des objets, du théâtre documentaire, de la danse, du cirque, du seul en scène, du one wo.man show, des écoles de théâtre, des gens tous nus, des performances, du jeune public, des professionnels, des « amateurs » et même des pièces dans le privé…

Trois spectacles vus une 2e fois (« Iliade » par Pauline Bayle, « Bovary » et « Sopro » de Tiago Rodrigues) ou une 3e fois (« By Heart » de Tiago Rodrigues, toujours lui)

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Ça ne se passe jamais comme prévu de Tiago Rodrigues avec les élèves de la Manufacture au Théâtre de l’Aquarium

J’ai vu cinq spectacles du tg STAN (« Quoi Maintenant », « Infidèles », « Atelier », « Après la répétition », « Quartett »), quatre de Tiago Rodrigues (+ « Ça ne se passe jamais comme prévu ») (#TeamTiago), quatre de Julien Gosselin (« 1993 » et sa trilogie Don DeLillo), quatre de Gwenaël Morin (sa tétralogie « Molière de Vitez »), trois de Marc Lainé (« La fusillade sur une plage d’Allemagne », « Hunter », « La Chambre désaccordée »), deux du Collectif L’Avantage du Doute (« Grande Traversée », « La Caverne ») (le film de Judith Davis « Tout ce qu’il me reste de la révolution » sort début février, soit dit en passant), deux de Pauline Bayle (« Iliade » et « Odyssée »), deux avec Laetitia Dosch (« La Maladie de la Mort » de Katie Mitchell et « Hate »), deux avec Emilie Incerti Formentini (« Au bois » et « Love me tender »), deux avec Grégoire Monsaingeon (« Bovary » et « Ovni(s) »), deux de Lisbeth Gruwez (« We’re pretty fuckin’ far from ok », « The Sea Within »), etc.

Par souci de transparence, je tiens à mentionner que j’ai bénéficié de 43 invitations  (dont 19 dans le cadre du Festival Off d’Avignon) grâce à ce blog ou dans le cadre de  mes contributions au Blog de Nestor (blog sur l’actualité culturelle montreuilloise). J’ai donc payé 96 fois ma place…

À part ça de grands souvenirs avec (dans le désordre) :

  • France Fantôme de Tiphaine Raffier au TGP St-Denis
  • B. Traven de Frédéric Sonntag au Nouveau Théâtre de Montreuil
  • The Encounter de Simon McBurney à l’Odéon Théâtre de l’Europe
  • Tragédies Romaines de Ivo Van Hove à Chaillot (je ne l’ai pas chronique, vous rendez-vous compte ?!?)
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Tragédies romaines d’Ivo Van Hove à Chaillot

Et dans les (plus ou moins) bons souvenirs :

  • le bataillon 30 hyper dissipé aux Tanneurs pour le « By Heart » de Tiago Rodrigues.
  • ma crampe à la cuisse droite durant la trilogie Don DeLillo aux Ateliers Berthier.
  • le site magnifique du Théâtre du Peuple à Bussang.
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Théâtre du Peuple, Bussang
  • mon extinction de voix à cause de Laetitia Dosch (ou plutôt à cause de ma persévérance à ne pas vouloir acheter de parapluie)
  • mon accréditation pour le Off d’Avignon.
  • la découverte du Barbican à Londres (clin d’oeil à Camellia Burows)
  • tomber amoureux d’une bonne dizaine de comédiennes/danseuses (en vrai, j’ai préféré ne pas compter pour ne pas me faire du mal) (clin d’oeil à Laurent, je te laisse Laetitia, mais j’ai vu Lisbeth avant toi, je te ferai remarquer !)
  • ces moments « je vais aux toilettes ou je n’y vais pas » pendant les spectacles de Gosselin ou Van Hove.
  • ma gêne lors de ma rencontre avec une comédienne qui avait lu ma chronique mitigée d’une pièce dans laquelle elle avait joué (longue phrase bien lourde).

 

CONCERTS

16 soirées concerts (soit moitié moins que l’an passé) mais avec 27 artistes ou groupes.

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Parce que je fais parfois régisseur son…

TOP 5

 

EXPOS

La découverte (enfin) des Rencontres Photographiques d’Arles, les polaroïds de Wim Wenders à Londres, mon initiation à l’architecture…

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La Cité Radieuse par le Corbusier sur la Planète Mars

 

CINÉMA

Moitié moins de films cette année (35 au 26 décembre 2018), la faute au théâtre et aux chroniques à écrire, à la flemme. Huit films sont tout de même parvenus à se détacher : 

  • Leto de Kirill Serebrennikov
  • Shéhérazade de Jean-Bernard Marlin (#TeamLycéeMichelet)

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  • Amanda de Mikael Hers
  • Climax de Gaspar Noé
  • Woman at War de Benedikt Erlingsson
  • Au Poste de Quentin Dupieux
  • Phantom Thread de Paul Thomas Anderson
  • Ready Player One de Steven Spielberg

 

SÉRIES

J’ai vu énormément (trop ?) de saisons cette année : 50 si j’ai bien compté

TOP 5

  • l’intégrale de Six Feet Under (enfin !) : qui m’a totalement dévasté, je pèse mes mots.
  • la saison 2 de The Good Fight : série trop méconnue, légèrement anti-Trump.
  • la saison 1 de Kidding (+ S1 : I’m dying up here) : Jim Carrey. Voilà.
  • la saison 1 de Counterpart : Espionnage et monde parallèle…
  • la saison 1 de The First : Sean Penn, Mars… Elle prend son temps.

 

LIVRES

TOP 5

  • la découverte FabCaro avec « Zaï  Zaï Zaï Zaï »et son roman « Le Discours » auquel je me suis pas mal reconnu (c’était même assez troublant à certains endroits) :

 

« Je ne suis pas comme vous, je vous emmerde, j’ai trop de problèmes dans ma vie pour faire la chenille, j’ai lu « Le livre de l’intranquillité » de Pessoa, vous imaginez quelqu’un qui a lu « Le livre de l’intranquillité » de Pessoa faire la chenille ? »

 

  • l’Arabe du Futur 4 de Riad Sattouf
  • Vernon Subutex 3 de Virginie Despentes
  • Le Lambeau de Philippe Lançon

 

CÔTÉ BLOG 

5 articles pas par moi : de grands remerciements encore et toujours à Cyril Bivalski et Laurent Suavet. La porte reste toujours ouverte pour vous (et pour d’autres aussi, soyons fous !)

130 articles écrits par moi…

Top 10 fréquentation (au 26 décembre) :

Le blog va plutôt bien, merci de demander. 

 

SUR LE PLAN PERSONNEL

Sans rentrer dans les détails… J’ai donc écrit de nombreux articles pour ce blog (130), quelques articles pour le Blog de Nestor (19 peut-être). J’ai collaboré à Radio Mortimer (et fait la connaissance de personnes très très intéressantes). J’ai (enfin) terminé d’écrire ma deuxième pièce que j’espère pouvoir monter d’une façon ou d’une autre en 2019, participé au labo social (fantôme) mené par le collectif « L’Avantage du Doute » lors de l’Occupation Bastille 2 (dans le théâtre du même nom), joué à deux reprises dans la salle du haut du théâtre de la Bastille en compagnie de mes amis Les Infilitré.e.s (et dit un de mes textes, tout seul devant le public)… Je crois que j’ai beaucoup écrit cette année… (et je ne suis absolument pas épuisé, mais ça c’est l’âge)

 

Et prochainement en 2019… Les Infiltré.e.s saison 2 au théâtre de la Bastille les 9 et 10 mai… « Dedans ma tête », le seul en scène écrit et interprété par moi-même… Des chroniques made in Québec…

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photo : Marc Woog – Compagnie Mimesis

 

Textes et photos (sauf mention contraire) : Axel Ito

Radio Mortimer #17

À part ça, j’ai eu la joie et l’angoisse de participer à Radio Mortimer, dix-septième du nom. C’est une émission (audio) web faite par des passionné.e.s de théâtre comme moi, avec ou sans blog. Et c’est à l’Odéon Théâtre de l’Europe que nous avons eu la chance d’enregistrer ce nouveau numéro (j’allais ajouter quelque chose, mais je ne le ferai pas, je suis le seul à comprendre cela)

Nous avons disserté à propos de « La Locandiera » de Carlo Goldoni sur une mise en scène d’Alain Françon (Comédie Française), « J’ai rencontré Dieu sur Facebook » d’Ahmed Madani (en tournée), « J’abandonne une partie de moi que j’adapte » du Nabla Group sur une mise en scène de Justine Lequette (les 11 et 12 décembre au Théâtre de Gennevilliers), « Joueurs / Mao II / Les Noms » de Don DeLillo adaptés et mis en scène par Julien Gosselin (Ateliers Berthier – Odéon Théâtre de l’Europe) et « La Bible – vaste entreprise de colonisation d’une planète habitable » par Céline Champinot (Théâtre de la Bastille).

Pour ma part, je suis intervenu sur les deux derniers segments (à partir de 32’15) : j’ai bafouillé, hésité, eeeeeeeet…. cherché mes mots et mes idées. Un grand merci à Mélina (Théâtrices) pour ses coups de ciseaux et bien plus encore et évidemment à toute l’équipe de Radio Mortimer présente lors de l’enregistrement pour leur accueil chaleureux : (par ordre alphabétique) : Bénédicte (Nouvelle Claque), Bertrand, Christine (Théâtre Côté Coeur), Hélène, Iris, Thibaut, Suzanne (Mordue de Théâtre), Valérie (R42 Culture Gourmande), Véro (Théâtrelle)

Je ferai mieux la prochaine fois…

Ps : Je n’ai absolument pas été payé pour dire tout cela, j’ai même fait un chèque en sortant de l’enregistrement…

 

Fléau (Dave St Pierre – Alex Huot / Le Tarmac)

(quand on ne lit pas la bible)

Fléau ? Ils se donnent le mot ? Une nouvelle adaptation d’un roman de Stephen King ?

(de quoi ça parle en vrai)

« Les artistes québécois Dave St-Pierre et Alex Huot creusent au noyau de l’intime. Fléau est un objet performatif flirtant avec la danse contemporaine et l’art visuel qui exhibe la fusion et les tiraillements de leur relation. » (source : ici)

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© Dave St-Pierre & Alex Huot

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je ne sais pas par quoi commencer. Je pourrais parler du malaise, de l’ennui que le spectacle a provoqué en moi. Mettons d’abord les choses dans leur contexte.

C’est l’histoire d’un couple qui a un chien. Ils font du sport, s’excitent mutuellement. Puis, du jour au lendemain, l’un d’entre eux se trouve dans un état végétatif. Son compagnon l’aide à manger, à se laver. Il en profite aussi pour se donner du plaisir, lui en donner. Et c’est la fin. Je suis resté volontairement soft. J’étais au deuxième rang et je n’ai rien raté. Les deux performeurs sont nus. Y aura bien des tableaux où ils porteront un costume poilu et un masque de loup, tandis qu’une troisième acolyte se baladera en costume de corbeau (la mort ?), mais bon…

Dave St Pierre et Alex Huot font durer ces moments indéfiniment. Il ne s’y passe pas forcément grand chose. Ils ne tentent pas de rendre séduisant cette relation (les lumières de service resteront allumées durant toute la représentation et la musique sortira d’un téléphone), il n’ y a pas de surenchère dans le pathos. On est face à une performance, une installation. « Fléau » est à l’opposé de « Néant », que j’avais beaucoup aimé et qui m’avait fait revenir en cette chaude soirée du mois d’octobre.

Oui, j’ai détourné mon regard à plusieurs reprises lors de la scène du souper.

Reste le chien, court sur pattes, qui s’appelle Fléau. Qui joue son rôle de chien. Qui aboie quand un spectateur se fait entendre ou sort de la salle.

Ce que je regrette, après avoir fait mes petites recherches, c’est que la pièce a été d’abord conçue comme une installation, beaucoup plus longue que l’heure et demie à laquelle nous avons assisté et que le spectateur n’était pas censé rester assis, passif,  dans son fauteuil, mais pouvait déambuler sur la scène, sortir, entrer. Je ne sais pas si ça m’aurait plus plu (est-ce que ce genre d’oeuvre est faite pour plaire, c’est une autre question) mais en tout cas, j’aurais mieux compris la démarche.

 

FLÉAU

Une idée de Dave St-Pierre et Alex Huot

Interprètes-créateurs : Alex Huot, Alanna Kraaijeveld et

Dustin Ariel Segura-Suarez

Équipe de création : Angie Cheng, Hubert Leduc-Villeneuve, Guillaume Rémus et Dave St-Pierre

Jusqu’au 12 octobre 2018 au Tarmac, Paris (c’est donc déjà fini)

 

(une autre histoire)

Quelqu’un m’a dit l’autre jour qu’elle pouvait être gênée par ce que je racontais dans cette partie de ma chronique. Que c’était trop intime. Aujourd’hui, j’ai donc pensé à elle, je ne parlerai pas de masturbation ou des pratiques sexuelles que j’affectionne, ce qui aurait été en phase avec certaines scènes du spectacle vu ce soir.

Je parlerai de l’avant, de l’après, mais pas du pendant.

Je me demande si mon voisin m’entend. Je l’entends ronfler, donc il doit m’entendre, nous entendre.

Parfois je me dis : « Et si je mentais, si je racontais quelque chose qui ne s’était jamais passé ? »

J’ai mis un sparadrap sur la caméra de mon ordinateur. Il y a un magasin à Paris qui s’appelle « Le roi de la capote ». Je ne suis jamais entré dans un sex shop. J’ai envie de relire du Stephen King. (parce que Fléau… faut vraiment que j’explique tout ?) Une fois, j’ai pensé à quelqu’un d’autre. Mais c’était y a longtemps. Neuf. « Drôle, si vous voulez, personnellement, elle ne me fait pas rire »… Pourquoi cette réplique me revient en mémoire ? Par deux fois je me suis rendu avec ma promise dans le restaurant en bas de chez moi, par deux fois ma promis rompit (rompa ? romput ?) dans les quarante-huit heures.

Une scène longue… Non ce n’est jamais long.

Tout cela n’a ni queue.

 

vu le mercredi 10 octobre 2018 au Tarmac, Paris

prix de ma place : 18€

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Atelier (tg STAN / de Koe / Maatschappij Discordia / Théâtre de la Bastille / Festival d’Automne)

(de quoi ça parle en vrai)

« Le comédien – comme tout artiste – a-t-il un atelier pour répéter et exercer son art ? Si oui, sous quelle forme se présente-t-il et comment le comédien y occupe-t-il ses journées ? Le comédien est-il lui-même son propre atelier ? Et peut-on dire qu’il est, en tant qu’« objet regardé », une œuvre d’art vivante ? Ce sont ces questions que soulève le spectacle Atelier, dernière « polyproduction » des compagnies tg STAN, de KOE et Maatschappij Discordia, qui nous font pénétrer dans leur intimité, grâce à une installation instable faite de bric et de broc, se construisant petit à petit sous nos yeux. Sans un mot, les trois comédiens apportent un éclairage sur leur travail quotidien, sur leur statut de comédien, sur ce qui fait théâtre, sur l’Art aussi… dans un spectacle burlesque qui promet du rire, de la fantaisie, mais aussi beaucoup de poésie. » (source : ici)

 

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© Jorn Heijdenrijk

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Mais où vont-il chercher tout cela ? Je l’ai déjà écrit sur les réseaux sociaux, mais ce que j’ai vu ce soir relève pour moi du génie. Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas vu un spectacle qui m’interroge sur son processus de création. D’accord, c’est un peu le sujet de la pièce, l’atelier, tout ça mais il n’empêche. Tout est foutraque, mais tout fait sens. On se demande où ça va. Puis on comprend, les références à différentes oeuvres. On recherche, on prend tout ce qui nous tombe sous la main, on essaie, on échoue, on recommence.

Et c’est drôle. Le spectacle est quasiment muet, proche du burlesque d’antan. Humour de répétition.

Après Onomatopée dans lequel le trio sévissait déjà, nos trois artisans mettent sens dessus dessous la salle du bas du Théâtre de la Bastille, le dispositif scénique est bi-frontal, on s’amuse des réactions de nos voisins d’en face. On retrouve le regard tantôt inquiétant tantôt malicieux de Peter Van Den Eede (De Koe), la bonhomie de Damiaan De Schrijver (tg STAN) et le flegme de Matthias de Koning (Maatschappij Discordia), acteurs qui osent tout, même de l’humour pas très fin, aux corps qui ne sont plus tout jeunes, des physiques disparates, mais hyper intéressants à observer.

Un génial bordel organisé.

 

ATELIER

De et avec Matthias de Koning, Damiaan De Schrijver et Peter Van den Eede

Costumes Elisabeth Michiels – Technique Pol Geusens, Bram De Vreese et Tim Wouters

Production tg STAN, de KOE et Maatschappij Discordia

Jusqu’au 12 octobre 2018 au Théâtre de la Bastille (avec le Festival d’Automne à Paris)

(une autre histoire)

« Salut, je m’appelle Matthieu, mais tous mes amis m’appellent Matt (avec deux tt)… T’as vu, j’ai fait de l’humour : deux tt, j’ai deux tétés. Trop drôle. Ce soir, je vais au théâtre. On m’a filé des places, donc j’y vais. C’est au théâtre de la Bastille. J’ai failli arriver en retard, je croyais que c’était à l’Opéra Bastille, mais non, c’est le théâtre rue de la Roquette. Je me suis bien habillé pour rien, quoi. C’est pas grave. J’aime particulièrement mes belles baskets blanches. On dit que c’est trop la mode des baskets blanches. Vu leur prix, y a intérêt que ça soit à la mode ! Je sais pas trop de quoi parle la pièce, hormis que c’est un atelier. De couture peut-être, ça tombe bien, j’ai un ourlet à faire faire sur mon nouveau pantalon… Ça vous fait pas rire ?

(…)

Je m’ennuie… Je m’emmerde même. Y a pas de dialogues. Je vois trois vieilles personnes… On m’avait dit que dans le théâtre contemporain, y avait des acteurs à poil. J’avais plutôt imaginé des actrices à poil. C’est un poil dégoûtant. Ils balancent tout un tas de trucs sur des planches, je comprends rien. C’est quoi l’histoire ? Je sais pas si j’ai bien fait de me mettre au premier rang…

(…)

Bordel de putain de comédiens de merde ! Ils m’ont bousillé mes baskets blanches. Y a le gars, là, le tout maigre au crâne chauve, il est assis en équilibre dans un fauteuil et il tombe sur moi ! Il avait plein de peinture noire sur son corps dégueulasse, sur ses mains et j’ai l’empreinte de ses doigts sur mes baskets blanches qui m’ont coûté un bras ! Je peux porter plainte ? Je peux porter plainte ? M’en fous, j’applaudirai pas. Bon, ok, j’applaudirai, mais des deux mains. Je veux dire, lentement, comme ça ils verront ces Flamands de merde ce que je pense de leur théâtre de… merde. Et ce mec-là, en face de moi, qu me regarde, qui me sourit. Avec sa chemise à carreaux de merde et sa barbe pas taillée. Il a une barbe et il la taille même pas, oh l’autre eh ! Il se fout littéralement de ma gueule. Je t’attends à la sortie et j’essuierai mes godasses sur ta gueule de barbu pas taillé ! »

 

vu le samedi 6 octobre 2018 au Théâtre de la Bastille, Paris

prix de ma place : 13€ / mois (Pass Bastille)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Hate (Laetitia Dosch / Nanterre Amandiers / Festival d’Automne)

(quand on ne lit pas la bible)

Hate ? Deuxième partie d’un diptyque Love/Hate qui dure le temps de tatouer ces quatre lettres sur les phalanges d’un comédien qui porte le masque de Robert Mitchum ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Dans ce nouveau spectacle, HATE, l’actrice nue joue, soliloque et dialogue avec un cheval auquel elle se livre sans candeur et sans impudeur. Afin de mieux comprendre et cerner le chaos de notre époque, et pour en finir une bonne fois pour toutes avec ce sentiment de pouvoir qui pousse à la destruction des gens supposés inférieurs, de la nature, des animaux, elle choisit de vivre avec un cheval en établissant une relation d’égalité avec lui et, au-delà, avec l’Autre (le partenaire, le faible, la nature). Une relation respectueuse. De petites chansons en rap ravageur, de récits intimes en engagements politiques, du temps qui passe en moments suspendus par la beauté des images, d’une quête joyeuse en incompréhensions violentes, HATE est aussi l’improbable mais possible invention d’un amour fou entre la femme et le cheval. Sans domination humaine, sans manipulation, sans sauvagerie animale, la relation est-elle viable? L’amour et le partage peuvent-ils apporter un peu de poésie? Alors, Laetitia Dosch monte à cheval, lève son épée et se jette à corps perdu dans cette épique quête utopique. (source : ici)

 

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(ceci n’est pas une critique, mais…)

Dorénavant, tout spectacle devrait avoir son cheval. Qu’est-ce que ça fait du bien d’entrer dans une salle à pas feutrés (j’espère que Laetitia Dosch, assise sur les marches, a remarqué combien je faisais attention à ne pas faire de bruit en les descendant), d’apprécier ce silence avant le début de la représentation. rien de tel pour entrer dans l’univers de Corazon, déjà présent sur scène.

Il reste immobile. Il joue ou bien il est ? Il parait vivant. Non, il parait conscient de la tournure des événements.

Laetitia Dosch arrive, l’observe, enlève ses vêtements par souci d’équité avec l’équidé et entre dans l’arène.

Alors que dans « Un Album », la comédienne suisse se prêtait au jeu des personnages, ici, elle parle à la première personne, parle à Corazon comme s’il était son confident apparemment muet, de ce que devient le monde, de ce qu’elle est et fait, elle, dans ce monde.

On ressent un amour et un respect quasi-mutuels entre les deux artistes présents sur scène. Parce que Corazon parle aussi. Comme les deux Corvidés auxquels Jonathan Capdevielle et Laetitia Dosch avaient prêté leurs voix lors d’un précédent festival d’Avignon.

Corazon joue, Laetitia s’adapte, improvise, retrouve le fil.

Corazon pisse, Corazon bande. Il parait tranquille, serein. Il apprivoise la comédienne.

Une relation intime, charnelle se crée sous nous yeux, parfois dérangeante quand on y pense.

Aux saluts, Corazon est accompagné d’une camarade. A la fin de ceux-ci, Laetitia Dosch adresse une dernière caresse à Corazon et lui chuchote quelque chose à l’oreille. Le spectacle est terminé, les spectateurs commencent à se lever, elle continue à lui parler avant de s’éclipser.

Un moment hors du commun, un moment suspendu.

 

HATE

Un spectacle de Laetitia Dosch avec la participation de Yuval Rozman

Co-Mise en scène : Yuval Rozman & Laetitia Dosch

Avec Laetitia Dosch et Corazon

Collaboratrice chorégraphique et coach cheval Judith Zagury / Shanju

Scénographie : Philippe Quesne, d’après une peinture de Albert Bierstadt (Courtesy Fogg Art Museum) – Lumières : David Perez – Son : Jérémy Conne – Collaborateur dramaturgique  : Hervé Pons – Collaborateurs ponctuels : Barbara Carlotti, Vincent Thomasset – Assistante à la mise en scène : Lisa Como

les 26 et 27 septembre 2018 à Marseille, au TNB de Rennes du 16 au 20/10, au NEXT Festival du 30/11 au 01/12, au Bonlieu d’Annecy du 16 au 18/01/19, au Quai d’Angers les 7 et 8/03/19…

 

(d’autres histoires)

Voilà quatorze ans que je vis à Paris et je n’ai toujours pas de parapluie. J’ai bien un imperméable de type K-Way, mais je ne le mets jamais. Je ferme alors mon blouson, enfonce ma casquette jusqu’à mes broussailleux sourcils et attend que ça se passe.

Aujourd’hui, il pleut. Je dois marcher sous la pluie, j’arriverai trempé au théâtre, prendrai froid parce que mes vêtements n’auront pas eu le temps de sécher pendant la représentation et je perdrai ma voix deux jours plus tard. Ce mercredi après-midi, j’aurais pu accomplir quelque chose qui m’aurait comblé, mais je ne pus point (du verbe pouvoir), à cause de ma voix et de ma toux (que j’avais déjà pour le Procès, mais vous le savez déjà, si vous me suivez). Tout comme au mois de novembre, j’aurais pu accomplir autre chose d’assez amusant, mais je suis empêché par une réunion de travail.

La pluie et le travail m’empêchent de réaliser mes rêves. Je vais donc démissionner  de ce pas de mon emploi rémunérateur et partir en croisade contre la pluie. Je ne sais pas comment je vais faire, mais je vais le faire.

*****

Je l’ai croisée un matin dans un parc parisien, vers le 14 juillet. Je courais, elle marchait. Je ne pouvais pas m’arrêter, parce qu’une fois que la machine est lancée…  Pis, qu’est-ce que je lui aurais dit ?

– Excusez-moi de vous déranger, j’aime beaucoup ce que vous faites. Je transpire un peu, je sais, je suis comme ça. Mais, ce que je voulais vous dire, c’est ce que… Je vous ai vue dans ce film et dans cette pièce et sur le toit du Point Ephémère aussi et dans cette performance au Centre Pompidou et encore dans cette pièce. Je serai là au deuxième rang (parce que je n’aime pas le premier rang).

– C’est pour mieux me voir mon enfant ?

– Oui.

 

vu le dimanche 23 septembre 2018 à Nanterre Amandiers

prix de la place : 15€ (abonnement Festival d’Automne)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Transformes (Espace Périphérique de La Villette)

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Le weekend du 8 septembre 2018 a eu lieu un festival pas comme les autres, nommé Transformes. Né de l’envie d’étudiants en Master 2 Professionnel Métiers de la production théâtrale de Paris 3 – Sorbonne Nouvelle (je reprends mon souffle), Transformes, ce furent 24h de théâtre, de danse, de musique, de performances, de débats, d’installations à l’Espace Périphérique de la Villette.

« Le temps d’une rotation de la Terre sur elle-même, interrogeons-nous sur ce qu’il se passe « entre », sur l’endroit du changement, sur ce mouvement qui nous traverse pour faire évoluer nos quotidiens, nos travails, nos corps, nos vies. »

Le lieu est assez singulier. En mauvais voisin que je suis, c’était la première fois que j’y allais, sous le périph’, entre le canal de la Villette et la ligne de tramway. Des street artistes se sont emparés des murs, pour certains gigantesques.

Je ne fus pas l’un des mohicans à rester vingt-quatre heures durant à la Villette, même si le festival regorgeait de propositions toutes plus intéressantes les unes que les autres et à toute heure, ne serait-ce que cette performance « Statu »  dirigée par Suzanne, durant laquelle dix interprètes en alternance se confrontèrent à l’erreur en répétant une série de gestes. De les voir se relayer, essayer à différents moments de l’événement, il y avait quelque chose de touchant. Rien de plus difficile que d’être ensemble.

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Statu – Crédit photo : Joseph Banderet

Là où je m’en suis voulu, c’était de ne pas avoir pris la peine d’écouter le collectif Blacklist ou les rappeurs Beeby, Chris Da Vinci et Chapsy. Car le festival donnait la parole à des artistes qui ne ressemblent pas forcément à nous autres, jeunes (et moins jeunes) gens, qui allons voir des performances dans des friches ou du théâtre dans des lieux subventionnés (je schématise énormément, je le sais). Parce que cette musique-là, à de rares exceptions, ne me touche pas. Je suis assez ignorant, en fait, de cette mouvance musicale, hormis les IAM et NTM, des références qui datent un peu, j’en conviens. Et cette tentative d’ouverture était suffisamment intéressante pour le souligner.

Après eux, j’ai tout de même assisté au concert d’Apaache, sympathique et groovant groupe qui tourne bien.

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Apaache – Crédit photo : Studio Nicecream (grand jeu : où est Charlie ?)

Evidemment, j’ai vu du théâtre. La première pièce, « À ton ombre » par l’autrice-metteuse en scène et comédienne Caroline Fouilhoux, ne m’a pas convaincu. Il s’agissait d’une quête d’un jumeau perdu, des rencontres, des identités multiples, le voyage… Peut-être parce que j’en attendais autre chose, dans l’esprit d’Antonio Tabucchi et de son Nocturne Indien, quelque chose de plus contemplatif sûrement. L’ensemble était tout de même digne d’intérêt.

L’autre pièce, prometteuse, par le Collectif Satori et son metteur en scène Thomas Resendes s’intitulait « Les Ennemis Publics ». Malgré l’heure tardive (0h30), elle sut me captiver en retraçant notamment l’histoire (pourtant connue de moi) de la Bande à Baader et en l’entremêlant avec des réflexions plus contemporaines. Me revinrent à l’esprit « Ça ira – Fin de Louis » de Joël Pommerat dans la manière d’utiliser l’espace public pour les scènes de débat, d’autres pièces dans lesquelles les acteurs jouent différents personnages. Il y a une économie de moyens mais de l’ambition dans cette pièce qui est tout à fait enthousiasmante.

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Evidemment, je n’ai vu qu’une infime partie de tout ce que proposait « Transformes » (figurait également dans le programme Rebecca Chaillon, pour ne citer qu’elle). C’est donc un festival foisonnant et audacieux que nous ont proposé ces jeunes gens. Je ne sais pas s’il s’agissait d’un « one shot », mais aux vues de leur énergie et de leur enthousiasme, il serait dommage de ne pas renouveler l’essai l’an prochain (et d’ajouter  alors un deuxième foodtruck, ça serait pas mal non plus)

 

TRANSFORMES

à l’Espace Périphériques de la Villette, Paris 19e

du samedi 8 septembre midi au dimanche 9 septembre midi

Programme complet : ici

 

 

(une autre histoire)

Je discute avec une camarade, de dix-huit ans ma cadette. Je me sens vieux. Elle ne fait rien pour me faire sentir vieux, mais c’est juste moi. Ça me travaille. Tout à l’heure, j’étais au premier rang pour le concert d’Apaache. Non pas que je sois leur fan number one, mais y avait de la place contre la barrière, j’ai pu m’y adosser, mon dos me faisant souffrir. Faut dire que j’ai couru six kilomètres ce matin et que je récupère bien moins vite. Je vois ce photographe prendre des photos du public. Mais que va-t-on penser de ce vieux au milieu de jeunes ? Ma camarade de dix-huit ans ma cadette me donne trente-huit ans. J’en ai trente-neuf, bientôt quarante. J’ai des cheveux poivre et sel, mais ça ne se voit pas trop. Pourtant ma coiffeuse s’étonne de la rapidité à laquelle mes cheveux blanchissent. L’âge, je lui dis. Elle me répond le stress. J’ai la barbe qui grisonne. Ça en revanche, ça se voit… J’ai un certain nombre de poils blancs sur le torse. Mon ancienne copine m’avait demandé si je comptais les couper. J’ai dit non. C’est un souvenir du Togo. Au Togo, je suis tombé malade, j’avais des furoncles. D’un furoncle purulent est né mon premier poil blanc. Puis ça proliféra. J’ai trouvé cet été mon premier poil pubien blanc. Jusqu’à présent, j’étais plutôt fier d’avoir été épargné de ce côté-là. Je suis déprime.

 

Présent du samedi 8 septembre à 17h30 jusqu’au dimanche 9 septembre à 02h30.

prix de la place : entrée libre (mais j’ai mon prénom dans le programme grâce à ma participation au crowdfunding)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

À quelle sauce… (automne 2018)

Nouvelle saison (18/19) et nouvelles habitudes. Un peu comme les résolutions du Nouvel An, nous essaierons de nous y tenir : je veux ralentir le mouvement. Ça veut dire, accepter de ne pas tout voir, ne pas tout voir, ne pas tout chroniquer. (même si je verrai tout du Théâtre de la Bastille, mon théâtre de prédilection)

Voici donc dans cet article les spectacles que j’irai voir, ceux que j’ai tout de même en vue, ceux que j’ai déjà vus (et que j’ai aimés… donc je ne parlerai du Fils, malgré le changement de distribution ou de Sombre Rivière de Lazare au Rond Point…).

Encore une fois, le théâtre subventionné, comme on dit, aura la part belle, on ne se refait pas, même si je ne suis pas (complètement) sectaire (suivez mon regard vers le Off d’Avignon…). Pour conclure, celle liste est évidemment non exhaustive (je n’ai pas l’oeil sur tout) et sera certainement amenée à être modifiée dans les semaines à venir.

Et c’est parti !

 

SEPTEMBRE

HATE
HATE par Laetitia Dosch (Photo Philippe Quesne et Dorothée Thébert Filliger)

J’irai voir :

  • LE SYNDROME DU BANC DE TOUCHE au Théâtre de Belleville (parce qu’on me                       l’a conseillé… et qu’on m’a invité, je l’avoue) (critique : ici)
  • le festival TRANSFORMES à la Villette (parce qu’il y aura notamment une pièce mise en scène par Thomas Resendes, le traducteur attitré de Tiago Rodrigues et qu’il est bon de soutenir un nouveau festival et comme c’est à côté de chez moi, je peux faire des allers retours très facilement)
  • INFIDÈLES au Théâtre de la Bastille / Festival d’Automne (tg STAN, prise 1) (critique : ici)
  • RADIO VINCI PARK (parce que j’aime aller sur un parking à Nanterre en milieu de semaine voir des motos)
  • LA FÊTE DE L’HUMANITÉ (essentiellement pour Franz Ferdinand et Catherine Ringer mais aussi pour la présentation de 1336, parole de Fralibs… j’en profiterai d’ailleurs pour faire le plein de leurs thés excellents)
  • LOVE ME TENDER aux Bouffes du Nord (parce que Guillaume Vincent)
  • SHOCK CORRIDOR au Nouveau Théâtre de Montreuil (parce que je vais sûrement écrire dessus pour le compte du blog de Nestor)
  • LE PROCÈS à l’Odéon Théâtre de l’Europe / Festival d’Automne (parce que j’ai déjà joué dans une adaptation du roman de Kafka, qui m’avait valu le plus grand trou de texte de toute l’histoire du théâtre amateur)
  • HATE à Nanterre Amandiers / Festival d’Automne (parce que Laetitia Dosch)
  • CHRIS GARNEAU (Point Éphémère) (parce que ça fait longtemps que je ne l’ai pas vu en concert… dix ans en fait, après Bruxelles et New York… oui, je me la pète, mais y a prescription)
  • L’OCCUPATION au Théâtre Berthelot (Montreuil) (parce que les mots d’Annie Ernaux et surtout la présence de Romane Bohringer)
  • CUISINE ET CONFESSIONS par les 7 Doigts à Bobino (parce que c’est québécois)

J’irai (peut-être) voir :

  • L’ENVOL DES CIGOGNES + LE DERNIER JOUR DU JEÛNE au Théâtre du Soleil (parce que Simon Abkarian et Ariane Ascaride)
  • LES DÉMONS à l’Odéon Théâtre de l’Europe (parce que Nicolas Bouchaud et Valérie Dréville et que je n’ai toujours pas vu de pièce de Sylvain Creuzevault)
  • LE PÈRE à la MC93 Bobigny (parce que Julien Gosselin)
  • SCALA à la Scala (parce que Yoann Bourgeois et la curiosité de découvrir ce nouveau théâtre)
  • LA NUIT DES ROIS à la Comédie Française (parce que Shakespeare et Ostermeier)
  • LA REPRISE à Nanterre Amandiers (parce que Milo Rau et toutes les bonnes choses que j’ai entendues pendant le Festival d’Avignon)
  • CALLISTO ET ARCAS aux Bouffes du Nord (parce que Guillaume Vincent deux fois)
  • CONSTRUIRE UN FEU à la Comédie Française (parce que Marc Lainé)
  • CONVERSATION EL KHATIB / CAVALIER à Nanterre Amandiers (parce que curieux de ce que peuvent se dire ces deux artistes)
  • RICHARD BOHRINGER au Théâtre de l’Oeuvre (parce que je ne l’ai jamais vu en vrai)

J’ai déjà vu (et je recommande) :

 

OCTOBRE

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Atelier par TG STAN / DE KOE / MAARSCHAPPIJ DISCORDIA (© Jorn Heijdenrijk)

J’irai voir :

  • ATELIER au Théâtre de la Bastille / Festival d’Automne (tg STAN, prise deux)
  • EVOL au Théâtre de la Bastille (parce que je suis obligé de le voir, car je suis passé en deuxième année d’infiltration, comprend qui pourra)
  • QUASI NIENTE au Théâtre de la Bastille / Festival d’Automne (parce que j’ai la carte illimitée)
  • OVNI(S) au Théâtre Ouvert (malgré les mauvais retours de cet été au Festival d’Avignon, parce que Grégoire Monsaingeon et les auteurs du Nouveau Ciné-Club)
  • WESTERN au Nouveau Théâtre de Montreuil (parce que Mathieu Bauer)
  • KING KONG THEORIE au Théâtre de l’Atelier (parce que j’adore cet essai de Virginie Despentes et que j’apprécie (et voudrais remercier pour un certain conseil) Marie Denarnaud)
  • LA CHAMBRE DÉSACCORDÉE à l’Espace Cardin (parce que Marc Lainé et Léopoldine Hummel aka Léopoldine H.H.)
  • COMPLETE WORKS à l’Espace Cardin (parce que Shakespeare et Forced Entertainment)
  • LA GUERRE DES SALAMANDRES à la Maison des Métallos (parce qu’on m’en a dit du bien)
  • FLÉAU au Tarmac (parce que Dave St Pierre)

J’irai (peut-être) voir :

  • GEORGE DANDIN à la MC93 Bobigny (parce que les acteurs du CDN de Vire)
  • LA PLAZA au Centre Pompidou (parce que je suis curieux)
  • FRANCIS SAUVE LE MONDE au Centre Wallonie-Bruxelles (parce que c’était une série de bandes dessinées hilarantes avec un blaireau au départ et je ne sais absolument pas ce que ça va donner)
  • MONSIEUR FRAIZE à l’Européen (parce qu’il crève l’écran)

J’ai déjà vu :

 

NOVEMBRE

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Joueurs / Mao II / Les Noms par Julien Gosselin (Photo : Christophe Raynaud de Lage. Hans Lucas)

J’irai voir :

J’irai (peut-être) voir :

  • LOVE aux Ateliers Berthier (parce qu’il n’y a pas tant que ça de metteurs en scène britanniques qui passent la Manche)
  • 4.48 PSYCHOSE au Théâtre Paris Villette (parce que Sarah Kane et Sophie Cadieux)
  • FURIA à Chaillot (parce que Lia Rodrigues)
  • SOEURS aux Bouffes du Nord (parce que Marina Hands, même si Pascal Rambert ne me convainc pas tout le temps)
  • L’AVALÉE DES AVALÉS aux Déchargeurs (parce qu’un texte québécois que j’ai raté cet été au Petit Louvre à Avignon)
  • LA VOIX HUMAINE à l’Espace Cardin (parce que Ivo)
  • THE OTHER VOICE à l’Espace Cardin (parce que Van Hove)

J’ai déjà vu :

 

À suivre…

On fait le bilan (Avignon Off 2018)

8 jours de festival, 24 spectacles vus dans 17 théâtres différents, 1 concert, 2 spectacles avec de la musique en vrai, 9 seul.e en scène ou one wo.man show, des zizis et des tétés dans 3 spectacles seulement. Le hasard fait que parmi les 24 spectacles vus, 13 ont été mis en scène par des femmes…

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Grande satisfaction : J’abandonne une partie de moi que j’adapte (j’ai mis le temps à mémoriser ce titre et on aura l’occasion de (re)voir ce spectacle prochainement en Belgique et en France.

Grandes surprises : Batman contre Robespierre / Ode Maritime

Hors série : le concert de Léopoldine HH

 

Photo Leopoldine HH 3

 

Je ne parlerai pas des déceptions, même si je pourrais m’étendre sur un certain spectacle, qui semble avoir reçu l’unanimité de mes camarades blogueurs. J’espère malgré tout qu’il pourra être repris à Paris et dans le reste de la France pour se confronter à un public plus large.

Il m’est difficile de faire un vrai bilan du OFF, n’ayant vu que 2% des spectacles proposés. Je ne peux que m’étonner de ce nombre très commenté de 1536 spectacles dans le Off. Les différents articles des « Bruit du Off », « Zibeline » et autres journaux régionaux et nationaux y sont revenus en long et en large. Cette année, j’ai donc pu profiter de ma position de « blogueur accrédité » pour observer ce grand cirque. Qu’arrive-t-il aux spectacles, qui ne jouent pas dans les théâtres qui ont la carte ou le vent en poupe, qui n’ont pas d’attaché.e.s de presse efficaces ou qui n’ont pas de relais sur les réseaux sociaux ? J’ai reçu de nombreuses invitations pour assister à des représentations et deux ont retenu mon attention, dans lesquelles j’ai pu lire ceci :

« Ma dernière création « *** », n’a pas encore eu la chance d’être couverte par la presse avignonaise, ni par aucun blog. »

et

« Je sais que vous devez être inondé de demandes, cependant permettez-moi d’attirer votre attention sur mon spectacle « *** » j’aurais aimé que quelqu’un vienne pour avoir une chance d’être peut être parmi vos coups de cœur, qui sait ???? On ne decouvre un artiste qu’en le voyant sur scène… »

Tout ça m’interroge. Pourquoi vais-je voir telle ou telle pièce ? Faisons le récapitulatif  :

Sur les 24 pièces vues : 3 pour le « entendu à la radio » (Constance / Pablo Mira / Roukiata Ouedraogo), 1 pour le buzz Twitter (Un garçon d’Italie), 7 pour les conseils d’amis (J’abandonne une partie de moi que j’adapte / La Violence des riches / Pas pleurer / Trouble(s) / J’ai appelé mes frères / Ode Maritime / Si Richard Si), 7 parce que j’avais déjà vu des pièces des artistes (Lodka / Les Travaux avancent à grands pas / Le Maître et Marguerite / Speed Leving / Polaroïds / La Bataille d’Eskandar / Belle fille), 1 parce que j’aime ses chansons (Léopoldine HH), 2 parce que j’ai écrit un article sur l’opération « Montreuil en Avignon » pour Le Blog de Nestor (Batman contre Robespierre / An Irish Story), 1 parce que copinage (Petite Chimère), 1 pour découvrir un auteur (Love & Money), 1 parce que je ne sais pas, je l’ai senti comme ça (Cent mètres papillon)

En conclusion, il n’y a qu’un seul vrai saut dans l’inconnu (même si le fait que 100m Papillon soit programmé à la Manufacture a aidé)

À part ça… Les (presque) petits nouveaux Le 11 Gilgamesh Belleville (malgré ses problèmes de sécurité) et le théâtre du Train Bleu ont présenté une programmation de qualité, le théâtre des Doms et ses artistes belges s’imposent comme un incontournable. Il est intéressant de constater que la Manufacture et les Doms n’hésitent pas à proposer un abonnement 3 spectacles qui court-circuite la fameuse Carte Off (le tarif est même inférieur à celui proposé avec la carte Off).

Je remercie les lecteurs, les attaché.e.s de presse, les théâtres (mais pas un certain haut lieu du Off qui n’a pas daigné répondre à mes sollicitations « Non, on ne s’en occupe pas sur place, vous appelez la personne responsable… Allô ? Pouvez-vous m’écrire ? » Je conçois que je ne suis pas grand chose ici bas, il n’empêche que je ne peux qu’être déçu par ce théâtre dont j’ai toujours salué la programmation, surtout quand deux des pièces que j’ai chroniquées par ici jouaient devant une salle à moitié remplie (restons positifs)), le Festival Off, les artistes et les compagnies qui ont relayé certaines de mes chroniques sur les réseaux sociaux, les blogueurs…

Et je remercie plus particulièrement Ludovic grâce à qui j’ai pu dormir intra muros durant ma première semaine et ça change la vie et Laurent l’ami marseillais pour notre 9e festival d’affilée ensemble.

Je ne sais pas encore si l’année prochaine je reviendrai, parce que la vie, tout ça… Mais ce fut une sacrée expérience.

 

Ps : J’avais commencé à écrire mes chroniques avignonnaises, à réfléchir sur des capsules audios et/ou vidéos. Or le temps n’est pas extensible, ma fatigabilité a été mise à rude épreuve cette année et je n’en ferai pas plus, parce que je veux me reposer et surtout écrire autre chose d’ici mon périple à Bussang le mois prochain…

Les Travaux Avancent À Grands Pas (L’Amicale de Production / 11 Gilgamesh Belleville / Avignon Off)

(de quoi ça parle en vrai)

Présentation de six projets différents tout au long du festival. L’Amicale se transforme en cantine coopérative. Il y a de nouvelles·eaux cuisinières·ers, et six projets sont sur le feu. On voudrait vous raconter tout ça, et autre chose, et puis on jouera au jeu de tirer au sort lequel des six on vous montrera vraiment. (lien : ici)

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Cette présentation s’articule autour de deux points : la présentation de la présentation et la présentation d’un des projets en chantier, tiré plus ou moins au sort lors de la présentation de la présentation, vous me suivez ?

Cet après-midi ne se répètera pas et c’est ce qui fait la force de cette forme. Aujourd’hui sont présents Antoine Defoort, Julien Fournet et Samuel Hackwill. Après l’introduction métaphoriquement drôle de Antoine Defoort et son explication sur le système de tirage au sort (j’ai voulu reproduire le tableau excel présenté sur scène, à base de métrage, de piste d’atterrissage et d’avions en papier, mais je n’ai pas que ça à faire…), vient le tour de Julien Fournet de nous présenter les grandes lignes de son projet « Amis, il faut faire une pause ». Parce que tous viennent avec des propositions inachevées, des maquettes en somme, c’était ça le principe et ainsi se confronter à l’avis du public.

Le projet de Julien Fournet est en fait une conférence dans laquelle il nous invite à nous remémorer d’un ou plusieurs événements culturels auxquels nous avons pris part et surtout à enlever nos sandales, à triturer de la pate à modeler pour en faire un souvenir d’une manifestation culturelle qui nous a marqués et à nous laisser aller. Bon, il faisait encore une fois très chaud, j’ai fermé les yeux et j’ai somnolé, mais ce massage moral à base de philosophie, de jeu, de souvenir n’était pas désagréable, même si un peu frustrant de par la courteté (ce mot se dit ?) du moment.

Les deux phrases du jour : « La pate à modeler, c’est bon pour se concentrer » et « On viendra à bout du capitalisme quand nos mères configureront elles-mêmes leur message de répondeur. »

 

vu le dimanche 8 juillet 2018 au 11 Gilgamesh Belleville

prix de la place : invitation

 

 

LES TRAVAUX AVANCENT À GRANDS PAS

Un projet coopératif de l’Amicale

Avec les projets d’Antoine Defoort, Julien Fournet, Ina Mihalache, Diederik Peteers, Sofia Teillet.

Régie générale Romain Crivellari – Collaborateurs.rice associé.es Emmanuelle Wattier, Kevin Deffresne et Camille Bono – Intervention fugaces ou autres trucs du genre et remerciements à tous les ami.es qui feront une apparition

Production Marion Le Guerroué assistée de Benjamin Berthe

Jusqu’au 27 juillet 2018 (sauf les mercredis) à 15h au 11 Gilgamesh Belleville (Avignon Off)

 

 

(quand j’attends dans la salle…)

Ina Mihalache n’est pas là. Ina Mihalache n’est pas présente. Je pars ou je reste ? J’ai le droit d’être remboursé même si je n’ai pas payé ? Elle sera là à partir du 12. Mais je pars le 12, elle a fait exprès ? Et je suis certain qu’elle repartira quand je reviendrai : le monde est ligué contre moi !

Voilà à quoi je pense quand j’attends dans la salle…

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Grande Traversée (L’Avantage du Doute / Théâtre de la Bastille)

(quand on ne lit pas la bible)

Grande Traversée ? Les membres du Collectif L’Avantage du Doute prennent leurs rames pour expliquer pendant deux heures aux participants de l’Occupation première du nom avec Tiago Rodrigues que : « Non, c’est pas pareil ! » ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Afin d’inaugurer « Occupation 2 », le collectif L’Avantage du doute revisitera ses trois premiers spectacles, tous présentés au Théâtre de la Bastille, sous la forme d’une pièce unique. Qu’est-ce qui a changé depuis leurs créations ? Qu’est-ce qui n’a pas bougé ? Comment trouver, ensemble, le germe d’un questionnement futur ? Tout ce qui nous reste de la révolution, c’est Simon questionnait l’engagement politique à la lumière de Mai 68, La Légende de Bornéo les formes contemporaines du travail tandis que Le bruit court que nous ne sommes plus en direct interrogeait le rôle des médias dans notre vie quotidienne. Revisiter ces spectacles, cela signifie en écrire une trajectoire nouvelle, mais aussi porter un regard rétrospectif, critique et sans aucun doute fécond. Une traversée en forme d’invitation au voyage et au doute. Une belle entrée en matière, pour découvrir ou redécouvrir le travail du collectif. (site du théâtre de la Bastille)

 

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Crédits photos : Pierre Grosbois

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Autant dire que ce n’est toujours pas simple d’écrire quelque chose d’un tant soit peu objectif quand on connait en vrai certains membres du collectif dont on veut parler. Là où c’est intéressant, c’est que depuis le début de cette année 2018, j’ai passé quelque chose comme quatre-vingts heures avec Judith Davis et Claire Dumas à découvrir le comment du pourquoi de la création d’un spectacle du Collectif L’Avantage du Doute. Parce qu’en connaissant plus ou moins la cuisine interne, forcément on ne voit pas le spectacle du même oeil.

Surtout que je n’avais point vu leurs deux premières pièces. J’ai eu donc plaisir à entendre, rééentendre, voir ces six scènes choisies (plus ou moins) au hasard par le public parmi les quatorze proposées (soit 1 chance sur 2 162 160 de tomber sur cette combinaison-là). Le collectif ne commente pas les scènes jouées, il laisse le public se faire sa propre opinion : Depuis le temps où les spectacles ont été créés (entre 2 et 10 ans), est-ce que ça a changé ? La réponse est non. Le Pôle Emploi brazilien dépeint avec folie par une Claire Dumas survoltée, les réflexions sur une certaine gauche, Mylène Farmer vs Bernard Stiegler, « mais faire du théâtre c’est un vrai métier ? » etc. font toujours écho aujourd’hui.

C’est toujours génial (et c’est cliché de le dire, je le sais) de voir que c’est du théâtre mais pas que. Qu’on peut rire, mais pas que. Ou plutôt qu’on sait qu’il y a énormément de recherches, de discussions, de collages, de doutes et que malgré tout, grâce au talent de ce collectif (non ce n’est pas improvisé…), tout passe et surtout tout fait sens.

Et ce qui est intéressant de constater, c’est que les scènes isolées de leur contexte (les pièces « Tout ce qui nous reste de la révolution, c’est Simon », « La légende de Bornéo », « Le bruit court que nous ne sommes plus en direct ») fonctionnent, que ce montage en direct de ces scènes apparemment disparates apparait presque miraculeusement naturel.

Je ne sais pas si je suis le seul à avoir fait ce parallèle-là mais je me souviens que lors de l’Occupation 1, trois soirées s’intitulaient : « Ce soir ne se répètera jamais ». Demain est un autre jour et justement samedi 26 et dimanche 27, c’est une autre Grande Traversée auxquelles vous assisterez, car ces soirées-là ne se répèteront pas.

Ps : Et j’ai comme une envie de lire du Walt Whitman.

Pps : Scène jouées lors de la première représentation : « Pôle emploi », « Ethique Télé 1 », « Le dîner » , « Rescapés de la gauche », « Simon ce héros » et « Disco » (le joker du collectif)

 

vu le mercredi 23 mai 2018 au théâtre de la Bastille, Paris

prix de la place : invitation

 

 

LA GRANDE TRAVERSÉE

par le collectif L’Avantage du Doute

Avec Simon Bakhouche, Mélanie Bestel, Judith Davis, Claire Dumas et Nadir Legrand

Lumière et régie générale Wilfried Gourdin – Vidéo Kristelle Paré – Collaboration technique Erwan Belland, Jérôme Perez et Thomas Rathier

Jusqu’au 27 mai 2018 au Théâtre de la Bastille et l’Occupation 2 continue jusqu’au 16 juin avec « La Caverne » (spectacle tous publics), les Veillées et différentes animations organisées par le théâtre lui-même. (http://www.theatre-bastille.com/saison-17-18/occupation-2)

 

(une autre histoire)

– Mais j’ai pas compris cette Occupation 2 ! C’est comme avec Tiago Rodrigues ?

– Attends, je ne suis pas le porte-parole du collectif ou du théâtre…

– Peut-être, mais tu dors au théâtre de la Bastille… L’Occupation 1, tu y étais, les Manifestes du Choeur l’an passé, tu y étais. Cette année…

– Mais je ne voulais rien faire cette année ! Mais on me l’a gentiment proposé, comment voulais-tu que je refuse ? Je n’ai jamais su dire non…

– Faut dire que tu n’as aucune vie sociale et sentimentale.

– Je ne te permets pas de dire ça. Je… Non… Rien. Je te le dirai une autre fois.

– Mais quoi ?

– J’ai un agenda.

– Oui, Moleskine, tout le monde le sait, avec Snoopy dessus.

– Je veux dire, j’ai un agenda. Un grand projet : je vais m’infiltrer.

– Ça aussi, tout le monde le sait. Tu fais partie des Infilitré.e.s. en spectacle au théâtre de la Bastille le vendredi 25 mai à 20h et le samedi 26 mai à 17h, réservations par téléphone au 01 43 57 42 14 ou par courriel : accueil@theatre-bastille.com …

– Je vais m’infiltrer dans toutes les occupations. En 2019, Nathalie Béasse, Occupation 3 : je m’infiltre. Ils feront sûrement une Occupation avec le tg STAN : je m’infitre. Céline Champinot, elle occupera, j’en suis persuadé et je m’infiltrerai, etc. L’idée c’est qu’à la dixième occupation…

– Tout le monde sera mort.

– A la dixième occupation, c’est moi qui occuperai tout seul. L’occupation d’un spectateur. Pendant dix ans, j’écrirai un texte au long cours sur mes différentes occupations et j’occuperai le théâtre : une déambulation infinie, une logorrhée interminable.

– Tu sais que personne ne viendra…

– Je sais que personne ne viendra. Mais j’ai dix ans pour convaincre les gens.

(à suivre…)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

The Encounter (McBurney / Odéon Théâtre de l’Europe)

(quand on ne lit pas la bible)

The Encounter ? Ou la première rencontre avec une entité extraterrestre qui porte le nom de code de A.L.F. ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Les Mayoruna, hommes-félins, vivent non loin des sources de l’Amazone, dans la vallée du Javari. En 1969, le photographe-reporter Loren McIntyre s’enfonça dans la jungle, aux confins du Brésil et du Pérou, à la recherche de leur tribu isolée et semi-nomade. L’expérience transforma sa vie. Seize ans plus tard, à Manaus, il raconta son histoire à Petru Popescu. L’écrivain roumain en tira un roman de cinq cents pages, Amazon Beaming. Simon McBurney y a puisé la matière d’un spectacle solo étrange et envoûtant, pour nous faire partager ce voyage hors du temps par les voies du théâtre le plus inventif et le plus contemporain. Muni d’un casque audio, chaque spectateur est immergé dans un univers sonore où le récit se fait parcours initiatique à travers les échos d’une autre nature, aux frontières immémoriales de la conscience. McBurney et sa compagnie Complicité ont longuement mis au point ce projet en s’entourant d’une équipe de techniciens de pointe et en prenant conseil auprès de spécialistes des sciences cognitives. Les créations de Complicité ont été applaudies dans plus d’une quarantaine de pays. Invité en France par Peter Brook dès 1995, Simon McBurney y est revenu à plusieurs reprises, notamment avec Mnemonic (1999). Il n’avait jamais encore eu l’occasion de se produire à l’Odéon. (http://www.theatre-odeon.eu/fr/2017-2018/spectacles/encounter)

 

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Crédits photos : Robbie Jack

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

On va aussi au théâtre pour voir des choses qu’on n’a jamais vues. Ou plutôt devrais-je dire, entendues. Je me souviens d’une capsule au Ciné 13 Théâtre durant laquelle le spectateur, les yeux bandés, écoutait une histoire jouée, bruitée par des comédiens. Je me souviens d’un concert de Amadou et Mariam à la Cité de la Musique dans le noir, avec diffusion de parfums et variations de températures.

Ici, Simon McBurney nous demande de mettre sur nos oreilles un casque, nous explique le dispositif, ce qui me fait dire que les écouteurs avec lesquels j’écoute ma musique dans le métro sont vraiment de mauvaise qualité, tellement avec ce système, on se sent immergé dans l’univers de l’artiste britannique, enveloppé. Plusieurs fois on en vient à enlever son casque pour écouter, alors qu’en fait on entend à peine la voix de Simon McBurney ou bien on se retourne, persuadé que quelqu’un vient d’ouvrir une porte derrière nous, souffle dans notre oreille droite, qu’un moustique nous tourne autour. On ne sait plus si c’est dans la salle, dans sa tête ou seulement l’enregistrement. Et là, où la 3D au cinéma, dans 95% des cas, n’est qu’un gadget, ici le dispositif est à 100% pertinent, parce qu’en plus, il ne s’agit pas d’une pièce radiophonique qu’on pourrait écouter tranquillement dans son fauteuil club avec un verre de whisky japonais en fermant les yeux (ça c’est mon rêve).

Il faut voir Simon McBurney progressivement prendre les corps et les voix du narrateur (lui-même) et du photographe Loren McIntyre, utiliser des bouteilles d’eau ou des bandes magnétiques de cassettes vhs pour les différents bruitages. Car c’est une réelle performance de deux heures à laquelle se livre ce McBurney, conteur hors pair, aidé par un travail lumière et son incroyable. Avec une histoire qui a un propos politique : l’Amazonie, une tribu, les Mayoruna… 1969… 2018, même combat ! Malheureusement toujours le même combat…

 

vu le samedi 7 avril 2018 à l’Odéon Théâtre de l’Europe, Paris

Prix de la place : 28€ (tarif abonnement)

 

THE ENCOUNTER

un spectacle de Complicité / Simon McBurney d’après Amazon Beaming de Petru Popescu

avec Simon McBurney

coréalisation Kirsty Housley – collaboration à la mise en scène Jemima James – scénographie Michael Levine – son Gareth Fry, Pete Malkin – lumière Paul Anderson – vidéo Will Duke

production Complicité (http://www.complicite.org)

Jusqu’au 8 avril 18 à l’Odéon Théâtre de l’Europe, Paris. Puis en tournée au Barbican, Londres, à la Schaubühne, Berlin…

 

(une autre histoire)

Je suis allergique aux moustiques. À leurs piqûres mais également à leur bourdonnement. Quand j’entendis dans mon oreille droite un mosquito approcher, mon sang sucré ne fit qu’un tour. Je me levai, m’emmêlai les fils de mon casque, tombai sur ma voisine qui me faisait de la jambe et sortis finalement de la salle sous les huées du public. Sur la place du théâtre, j’entendis le crieur qui faisait la réclame pour son théâtre. « Vous êtes au courant qu’il n’y a personne encore. » lui dis-je. « Mais vous êtes là ! » me répondit-il. « Je suis là, mais je ne suis pas là, en fait. », conclus-je.

Parce que je n’étais vraiment pas là. Ma tête était ailleurs. En fait, je suis resté au milieu de la place, immobile, impassible. Et j’avais encore Simon McBurney dans la tête.

– Vous êtes sorti en plein milieu de mon show. Je vous hanterai jusqu’à la fin de vos jours.

– Oui, je sais, mais y avait un moustique.

– C’était pas un vrai moustique.

– Je sais bien, mais c’est plus fort que moi.

– Je pensais que j’étais malade, mais je ne suis pas le seul.

– Vous savez, c’était la première fois que je vous voyais au théâtre.

– Mais vous m’aviez vu au cinéma.

– Oui, c’est ça. En fait, je vous ai vu plusieurs fois dans des films, mais sans vous identifier, jusqu’à…

– Jusqu’à Mission Impossible 4 ou 5.

– Vous ne savez pas ?

– Ils ont arrêté de compter, selon les études, les gens préfèrent un sous-titre à un numéro. Les gens sont stupides.

– C’est vous qui le dites.

– Vous ne voulez pas revenir dans la salle ?

– Vous avez arrêté la pièce pour moi ?

– Oui et non, là on vous entend.

– Quoi ?

– C’est magique.

– Mais ils doivent s’ennuyer, je n’ai rien dit de bien intéressant.

– J’ai trafiqué votre voix, ça les fait rire.

– Ah ! Bon, ben je reviens alors. Comme ça, vous êtes vraiment allé en Amazonie ?

– Non, mais Sting est un ami, il m’a raconté un soir. Raoni était invité aussi.

– Le chef avec le plateau ?

– On s’est pas mal amusé avec.

– Je pourrai monter sur scène avec vous ? Je cherche une reconversion et…

– Non.

– Pourquoi ?

– Parce que tout ça n’est pas vrai. En fait, vous êtes mort.

– Ah ! Et je vais être condamné à avoir votre voix dans ma tête pour l’éternité ?

– Oui. Ça ne vous fait rien d’être mort ?

– Un petit peu, oui. Mais j’ai fait le ménage chez moi avant de venir ici, donc c’est pas trop grave. Je suis mort de quoi ?

– Une piqûre de moustique.

– Ah !

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

21 Pornographies (Mette Ingvartsen / Centre Pompidou)

(quand on ne lit pas la bible)

21 pornographies ? Parce qu’il y en a vingt et une ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Partant du constat que la pornographie s’est répandue dans la société, Mette Ingvartsen explore ses effets à travers une série de matériaux érotiques et affectifs, dont peu ont à voir avec le sexe mais qui caractérisent la pornographie : les expressions de la cruauté, la précision clinique, la violence et la douleur, le rire, l’excitation. Le mélange des actions et des descriptions narratives crée une chorégraphie spéculative dont le spectateur ressent les sensations imaginaires et viscérales. (https://www.centrepompidou.fr/cpv/ressource.action?param.id=FR_R-8f3b52c442e56dc59cd9c4b2ee904f&param.idSource=FR_E-8f3b52c442e56dc59cd9c4b2ee904f)

 

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Crédits photos : Marc Domage

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Mette Ingvartsen est une artiste protéiforme qui n’a pas froid aux yeux et pas froid tout court, et en appelle à la danse mais surtout à la littérature, à la politique…

« Pour moi, la nudité est un costume. (…) Dans mes performances, j’ai toujours abordé le nu comme un rôle que nous jouons. »  (in http://www.telerama.fr/sortir/entre-rire,-degout-et-effroi,-la-choregraphe-mette-ingvartsen-explore-la-pornographie,n5533898.php)

Finalement, c’est quoi au juste la pornographie ? Si j’en crois mon ami Robert, c’est la représentation de choses obscènes destinées à être communiquées au public, l’obscénité étant ce qui blesse ouvertement la pudeur, surtout par des représentations d’ordre sexuel ou scatologique, ça c’est mon amie la Rousse qui me le sussurre au creux de l’oreille. Pour le commun des mortels, c’est des images d’ordre sexuel interdites aux moins de dix-huit ans mais qu’on peut retrouver à portée de clic. Ou bien n’est-elle pas omniprésente dans des formes, elles, admises et même accessibles encore plus facilement au plus grand nombre ?

Si on lit le « de quoi ça parle en vrai » ci-dessus, le pari est réussi. L’artiste est déjà dans la salle quand nous y pénétrons (c’est parce que je sais à quoi elle ressemble que je l’ai reconnue). On entend sa voix, en français, on passe d’une fête chez le Marquis de Sade au tournage d’un film coquin dans les années 70 en passant par une guerre indéterminée. Mette Ingvartsen a quelque chose de Angélica Liddell dans ce jusqueboutisme, cette façon de provoquer le spectateur mais jamais gratuitement, qui conclut sa performance de manière hypnotico-stroboscopique, jouant avec les ombres et les lumières d’un tube de néon, son corps prenant diverses formes assez inconcevables par la seule inclinaison du tube, puis qui tourne sur elle-même indéfiniment, le visage encagoulé, me laissant coi comme à la fin du film « Irréversible » de Gaspar Noé.

« 21 Pornographies » vaut bien plus qu’un Ferrero Roche d’Or, vaut bien mieux que cette non-critique d’ailleurs (branche d’ortie, flagellation, sado-masochisme… Sade encore lui…).

 

vu le jeudi 22 mars 2018 au Centre Pompidou à Paris.

prix de la place : 15,75€ (prix adhérent FNAC)

 

21 PORNOGRAPHIES

Concept, chorégraphie et performance : Mette Ingvartsen

Lumières : Minna Tiikkainen – Création sonore : Peter Lenaerts – Scénographie : Mette Ingvartsen, Minna Tiikkainen – Dramaturgie : Bojana Cvejic – Directeur technique : Hans Meijer – Assistant à la chorégraphie : Dolores Hulan

Production : Mette Ingvartsen / Great Investment

Dernier jour ce 24 mars 2018 au Centre Pompidou et en tournée en Europe

http://www.metteingvartsen.net/performance/21-pornographies/

 

(une autre histoire)

L’artiste nous invite à saisir un chocolat placé sous notre siège. J’ai faim. Je le cherche mais ne le trouve point. Ma voisine, de première jeunesse et déjà à quatre pattes, m’aide à le trouver. Je la remercie. Je souris même. Enfin je crois.

Un Ferrero Roche d’Or. Ouf, ce n’est pas un Mon Chéri. Parce que je déteste les Mon Chéri. Saviez-vous que ça s’appelle comme cela car cela vient du mot anglais « cherry » qui veut dire « cerise » ? Quand j’ai appris cela, ça a fait ma journée et depuis je répète à qui veut l’entendre cette anecdote, surtout lorsque je suis invité aux soirées de l’Ambassadeur. En règle générale, je n’aime pas les liqueurs avec du chocolat à l’intérieur. Pardon, c’est l’inverse. J’aime l’alcool, j’aime le chocolat mais je n’aime pas les deux en même temps.

J’engouffre le chocolat dans ma bouche, je manque de m’étouffer et évite l’accident malheureux. J’aurais peut-être dû demander à ma jeune voisine si elle avait son brevet de secourisme. Le problème, c’est que ça me donne faim et mis à part mes ongles, j’ai pas grand chose à me mettre sous la dent. Le parfum de la personne avec qui je partage un accoudoir n’arrange rien. J’ai l’eau à la bouche. Je ferme les yeux un instant.

Je vois une farandole de chocolats me tourner autour. Je tente de les attraper , en vain.

J’ouvre les yeux, une seconde a passé. En ce moment, je rêve beaucoup. L’autre soir pour The Great Tamer, par exemple… Je ne rêve plus dans mon lit, je rêve dans les salles de spectacle. Je ne sais pas si c’est bon signe. Ou bien dois-je demander à un.e ami.e de venir faire un seul en scène à la maison, je m’installerais dans mon canapé pas assez profond et je rêverais ? Parce que d’habitude, je note tous mes rêves dans un carnet noir de marque Moleskine (publicité clandestine) pour les réutiliser dans mes autres histoires… Comme ça, quand je n’ai absolument rien à raconter, je recycle. Je ne me souviens jamais quel jour passe la benne à ordures pour la poubelle jaune. J’ai envie de faire pipi. J’ai l’impression que l’artiste en face de moi a aussi envie de faire. Ça, c’est le thé. J’ai voulu me réchauffer tout à l’heure après la manifestation, un thé vert s’il vous plait ? Y avait un chocolat « Michel et Augustin » servi avec. Je l’ai mangé, même s’ils soutiennent la Manif pour tous. Je me suis senti honteux. Alors je suis allé aux toilettes. Et j’ai repensé à Angélica Liddell. Elle me manque. Son dernier spectacle, je n’avais pas pu le voir, il avait été annulé à cause des attentats du 13 novembre.

J’ai gardé l’emballage du Ferrero Roche d’Or offert par Mette Ingvartsen. Il est tout près d’une baguette chinoise qui m’avait été lancée par un des acteurs de Angélica Liddell à la dernière de Ping Pang Qiu.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

À quelle sauce (printemps-été 18)

Parce que j’ai encore dix jours avant de voir mon prochain spectacle et que je m’ennuie, donc je dégaine avec un peu d’avance mon programme pour ces quatre prochains mois.

 

MARS

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Crédits photos : Théâtre de la Bastille
  • Claude de et par Gauthier Ployette (Théâtre À la croisée des chemins) : Premier spectacle du mois, premier saut dans l’inconnu… (tous les mercredis et jeudis, du 7 mars au 5 avril 18)
  • Bovary (Théâtre de la Bastille) : Tiago Rodrigues est de retour avec la reprise de Bovary (mais sans le grand Jacques Bonnaffé) avant un feu d’artifice en 18/19 ? (Sa façon de mourir avec le tg STAN + Sopro ?) (du 1e au 28 mars 18)
  • NTM (Accorhôtels Bercy) : Ce soir, on vous met… Ce soir on vous met la fièvre… pendant des heures… (du 8 au 10 mars 2018)
  • Hunter – Le chant nocturne des chiens (Théâtre de Chaillot) : Marc Lainé n’est jamais aussi bon que quand il écrit lui-même ses spectacles. (du 7 au 16 mars 18)
  • Cubix par Mathieu Enderlin (Le Mouffetard) : Découverte d’un spectacle jeune public. (du 14 au 25 mars 18)
  • Ithaque (Ateliers Berthier) : Christiane Jatahy est de retour avec les comédiennes de sa version des Trois Soeurs et rien que ça… (du 16 mars au 21 avril 18)
  • The Prisoner (Bouffes du Nord) : Peter Brook est de retour… Un beau moment de simplicité et de poésie en perspective. (du 6 au 24 mars 18)
  • The Great Tamer (Grande Halle de la Villette) : Après sa présentation au dernier Festival d’Avignon, je me suis laissé convaincre par la vidéo de Ronan sur ses attentes pour 2018. (du 20 au 23 mars 18)
  • 21 Pornographies par Mette Ingvartsen (Centre Pompidou) : Non non… rien… (du 22 au 24 mars 18)
  • M comme Méliès (Théâtre de Chaillot) : Di Fonzo Bo / Vigier dans un spectacle alliant théâtre, cinéma et magie. On fait confiance. (du 22 au 29 mars 18)
  • Notre innocence (anciennement Victoires) (La Colline) : Curieux de voir cette nouvelle création de Wajdi Mouawad, quelques mois seulement après le très beau « Tous des oiseaux ». (du 14 mars au 11 avril 18)
  • Les Émigrants – The Ghostchasers (en 2 parties) (Théâtre de la Bastille) : Je ne sais pas quoi dire. (du 20 au 31 mars 18)
  • By Heart (Les Tanneurs, Bruxelles) : Troisième fois que je verrai ce moment mené par Tiago Rodrigues. Oserai-je apprendre avec neuf autres personnes le fameux sonnet de Shakespeare ? (du 28 au 30 mars 18)

AVRIL

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Crédits photos : Robbie Jack
  • For Claude Shannon (du 3 au 6 avril 18) + This Duet that we’ve already done (so many times) (du 4 au 8 avril 18) + Radical Light (du 9 au 15 avril 18) + A Kind of Fierce (du 12 au 15 avril 18) (Théâtre de la Bastille) : Découvertes également de toutes ces pièces de danse avec tout de même l’envie de revoir Frédérick Gravel.
  • The Encounter (Odéon Théâtre de l’Europe) : Spectacle immersif par Simon McBurney (du 29 mars au 8 avril 18)
  • La Mécanique du Coeur d’après le roman de Mathias Malzieu (À la Folie Théâtre) : Pour être honnête, je fus un grand fan de Dionysos mais beaucoup moins des romans de Mathias Malzieu. Curieux de voir ce qui en a été fait pour le théâtre, même sans la musique du groupe. (les jeudis, samedis et dimanches, du 12 avril au 25 juin 18)
  • Les 7 jours de Simon Labrosse (Théâtre de Ménilmontant) : Je ne ferai aucun commentaire car cette pièce reste pour moi… Non, je ne dirai rien. (tous les mardis jusqu’au 29 mai 18)

MAI

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Olafur Arnalds
  • Au bois (Colline) : Revoir enfin Emilie Incerti Formentini sur scène après Rendez-vous Gare de l’Est de Guillaume Vincent (du 3 au 19 mai 18)
  • Mona (CentQuatre) : Ceci n’est pas un concert ni une pièce, mais Emily Loizeau. (les 2 et 3 mai 18) -> J’avais noté Mona, mais d’après le site internet du 104, ça serait un concert hommage à Lou Reed, à suivre…
  • Olafur Arnalds (Trianon) : Quelque chose de l’Islande dans ma tête, sûrement. (le 15 mai 18)
  • Gaz Coombes (Maroquinerie) : La satisfaction du concert hommage des Beatles l’autombe dernier, que je vois enfin tout seul, à défaut de l’avoir vu avec Supergrass. (le 29 mai 18)
  • Quelque chose se prépare au Théâtre de la Bastille auquel je participerai… les 25 et 26 mai 18… dans la salle du haut… Les Infiltré.e.s
  • Et toujours au théâtre de la Bastille, le collectif L’Avantage du doute prend la suite de Tiago Rodrigues pour occuper Bastille et ça sera forcément différent : Occupation Bastille 2 (du 23 mai au 16 juin 18)
  • Voilà ce que jamais je ne te dirai + Je suis un pays (La Colline) : C’est Macaigne et j’ai un peu peur de ce qu’il va nous demander de faire, surtout pour le 1e spectacle. (du 31 mai au 14 juin 18)

 

JUIN/JUILLET

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Crédits photo : Tanztheater Wuppertal
  • Tragédies romaines (Théâtre de Chaillot) : IVO VAN HOVE… voilà, c’est tout. (du 29 juin au 5 juillet 18)
  • Nefes (Théâtre des Champs Elysées) : PINA BAUSCH… voilà c’est tout. (du 2 au 12 juillet 18)

Encore une fois, il s’agit ici d’une liste qui risque de s’allonger ou de se modifier dans les prochaines semaines, au gré des invitations, conseils et autres rencontres.

 

J’AI DÉJÀ VU, C’EST BIEN MAIS JE N’Y RETOURNE PAS PARCE QUE JE N’AI PLUS DE SOUS ET QUE J’ESSAIE D’AVOIR UNE VIE SOCIALE…

  • Nicolas Bouchaud au Théâtre du Rond Point avec La loi du marcheur (du 7 au 18 mars 18), Un métier idéal (du 20 au 31 mars 18) et Le méridien (du 4 au 14 avril 18), avec une préférence pour le premier et les mots de Serge Daney.
  • La reprise, toujours au Rond Point des Bijoux de Pacotille par Céline Milliat Baumgartner et Pauline Bureau (du 6 au 31 mars 18)
  • La reprise encore au Rond Point du spectacle de Mathieu Madenian (du 24 au 26 mai 18)
  • La reprise de la Conférence de Choses par François Grémaud et Pierre Mifsud au Nouveau Théâtre de Montreuil (du 20 au 24 juin 18)
  • Jusque dans vos bras des Chiens de Navarre à la MC 93 Bobigny (du 24 au 29 avril 18)
  • La nuit je suis Robert de Niro de Guillaume Barbot, mise en scène par Elsa Granat (dont on devrait entendre parler la saison prochaine…) à la Loge (du 12 au 15 juin 18)
  • F(l)ammes à la Commune (du 9 au 11 avril 18)
  • Une Chambre en Inde au Théâtre du Soleil (même si je n’avais pas été complètement convaincu). (du 24 février au 29 avril 18)

(court) BILAN HIVER 2018

42 spectacles vus du 1e décembre 2017 au 19 février 2018, 35 chroniques écrites (une seule chronique pour les deux volets d’Adieu Ferdinand de Philippe Caubère et pour le diptyque Iliade Odyssée, aucune chronique pour des spectacles déjà vus et chroniqués : le concert des No Man’s Louise au Nez Rouge et au Jam à Marseille, Bacchantes de Marlene Monteiro Freitas, Gala de Jérôme Bel, pas de chronique non plus concernant une Pastorale dans le village familial pour des raisons de proximité, mais deux articles « hors série » avec mon bilan 2017 et la soirée Gladparty). Je n’ai raté aucun spectacle de mon programme, mis à part celui de Phia Menard, mais c’était pour la bonne cause et surtout pour Londres.

Dans les coups de coeur, je mentionnerai la confirmation Marlene Monteiro Freitas et son Jaguar à Bastille, la claque Lia Rodrigues et son Pindorama à Chaillot et la découverte des Petites Reines de Justine Heynemann (que des femmes, dites donc et encore je n’ai pas cité Emma Dante !)

Les chroniques les plus lues : Mélancolies, Saïgon et Adieu Ferdinand ! (sans compter celle de la Gladparty)

 

A bientôt en mai pour un billet spécial sur les nouvelles saisons 18/19 présentées dans les différents théâtres, ainsi que sur la programmation du prochain Festival d’Avignon !

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Jaguar (Marlene Monteiro Freitas / Andreas Merk / Théâtre de la Bastille)

(quand on ne lit pas la bible)

Jaguar ? Marlene Monteiro Freitas danse autour de voitures prêtées par la célèbre marque ? Une seule pensée vient alors à l’esprit des spectateurs : Mais comment diable ont – ils fait pour entrer toutes ces voitures dans la salle du bas du théâtre de la Bastille ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Accompagnée de son acolyte Andreas Merk, la chorégraphe cap-verdienne, au cours d’une partie de chasse endiablée, caresse les limites de l’esthétiquement correct. Les deux pantins clownesques se livrent à un savant mélange de sursauts et contorsions, saccadés et répétés en de multiples variations, alternant épuisement et état de transe devant un animal démesuré. Exaltés par la musique classique comme par les rythmes entraînants du carnaval du Cap-Vert, ils nous transportent dans leur univers énigmatique, fabuleux, singulier – évoquant le mythe de Diane surprise au bain par Actéon – où chacun pourra librement intérioriser les permanentes métamorphoses de ces deux danseurs. Une performance véritablement physique et animale. (http://www.theatre-bastille.com/saison-17-18/les-spectacles/jaguar)

 

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Crédits photos : Laurent Paillier

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Parce que je tiens « Bacantes » pour être l’un des meilleurs spectacles vus ces dernières années, c’est avec une impatience non dissimulée mais aussi une certaine appréhension, car peur d’être déçu, que je me suis rendu au Théâtre de la Bastille pour voir cette nouvelle pièce de Marlene Monteiro Freitas en collaboration avec Andreas Merk.

Ce spectacle est peut-être moins évident à appréhender que Bacantes, car on ne saisit pas immédiatement le lien entre les scènes (pour celui inspiré d’Euripide… ben la réponse était dans la question). Ce qui est en revanche bienheureux de retrouver, c’est la performance physique de Marlene Monteiro Freitas et de Andreas Merk qui, durant 1h45,  n’arrêteront pas une seule seconde.

« Jaguar » ne laisse pas indifférent. Il emprunte au burlesque, au clownesque dans cette façon de déformer les corps et les visages, épuise chaque possibilité autour de l’utilisation des accessoires : « ceci n’est pas une serviette », étire le temps et laisse surtout le champ libre à l’imagination et à toutes sortes d’interprétation. On apprécie également l’utilisation de morceaux classiques plutôt connus, d’airs de carnaval cap-verdien (ça je l’ai lu, je ne l’aurais pas deviné tout seul), tout comme on apprécie entendre un David Bowie qu’on n’a pas entendu 50-12 fois (Love is lost).

Puis ce mélange de baiser ou de tête de bête de foire…

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Encore une chose, Marlene Monteiro Freitas, je vous aime.

 

vu le mardi 13 février 2018 au Théâtre de la Bastille

Prix de la place : 13€/mois (pass Bastille)

 

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Chorégraphie Marlene Monteiro Freitas avec la collaboration de Andreas Merk

Performance Marlene Monteiro Freitas et Andreas Merk

Lumières et espace scénique Yannick Fouassier – Accessoires João Francisco Figueira en collaboration avec Miguel Figueira – Son Tiago Cerqueira – Recherches João Francisco Figueira et Marlene Monteiro Freitas

Spectacle présenté en coréalisation avec l’Atelier de Paris / Centre de développement chorégraphique national.

Jusqu’au 18 février 2018 au théâtre de la Bastille (Paris)

 

(une autre histoire)

Bonsoir, je vous remercie de bien vouloir signer cette autorisation. Vous vous engagez seulement à ne pas me poursuivre pénalement ou civilement, si jamais j’évoque un de vos faits et gestes durant cette soirée, mais également de continuer à m’adresser la parole. Je suis un peu à court d’idées, de ce fait, je grapille un peu tout ce qui me passe sous la main.

Par exemple, je pourrais évoquer ces deux spectatrices assises ce soir devant moi qui ont passé la moitié du spectacle à chercher un bijou qui avait glissé sous leurs sièges et qu’elles n’ont jamais retrouvé. Mais je ne le ferai pas, puisque l’une d’elles m’a avoué qu’elle lisait mes chroniques et que je suis un poltron. Je ne peux pas parler non plus de mes éventuelles conquêtes (rires du public) ni des rendez-vous galants que je donnerais au théâtre, car ces personnes-là sont également au courant de cet espace non-critique et je ne veux pas l’utiliser comme défouloir pour me venger d’une certaine personne qui aurait refusé mes avances et que j’ai déjà supprimé de mes contacts… Mais je n’en dirai pas plus. Non non, n’insistez pas. Je… Aaaah… Non, je ne raconterai rien, même sous la torture.

Tous mes amis partent de Paris, ils font des bébés, ah je vous jure ! Donc je n’aimerais pas me mettre à dos mes quelques amis restants. Sinon, je serais obligé de passer des annonces sur Twitter pour trouver des amis, je m’infiltrerais dans un atelier théâtre pour socialiser, pour me casser les dents sur des filles trop jeunes pour moi, j’essaierais de trouver une occupation près de Bastille, parce que j’aime beaucoup ce quartier, etc, etc.

Je deviendrais pathétique. Ou gênant. Ou les deux à la fois.

Vous pourriez dater, je vous prie, voilà, merci.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Bestie di scena (Emma Dante / Théâtre du Rond Point)

(quand on ne lit pas la bible)

Bestie di scena ? Bêtes de scène ? Les Italiens s’attaquent à nos deux bêtes de scène à nous, Johnny et Cloclo dans une lutte fratricide à coups de hologrammes. Le téléphone va pleurer et on va y allumer le feu.

 

(de quoi ça parle en vrai)

D’ici repartira un nouvel élan. Quatorze comédiens, comédiennes, danseurs et danseuses sur le plateau : Emma Dante les expose, les exhibe. Corps déshabillés, perdus dans l’espace, en mouvement, ils dansent en sous-vêtements ou nus. Instants de grâce et images chocs. Pierre Notte https://www.theatredurondpoint.fr/spectacle/bestie-di-scena/

 

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Crédits photos : Masiar Pasquali

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je sais, je me répète, mais j’aime les premières fois. Jusqu’à ce soir, je n’avais vu aucun spectacle d’Emma Dante et j’ai donc choisi un spectacle dans lequel tous les performeurs sont à poil pour me dépuceler. (humour (?) de répétition (cf critique sur Khatia Buniatishvili) (c’est quand on commence à s’auto-référencer qu’il faut redescendre de son nuage)). Cela dit, j’avais vu le film « Palerme » réalisé par Emma Dante, donc pas totalement vierge de ce qui peut trotter dans la tête de la dame.

Ici quatorze artistes coincés quelque part, qui deviendront les pantins malgré eux d’une entité supérieure. Et pourtant ils en sortiront… Pas un mot de plus.

Ce n’est pas rien de se retrouver au troisième rang face à ces performeurs bientôt nus comme des vers. Alors on se concentre sur leurs visages, férocement expressifs (je ne sais pas ce que ça veut dire, mais j’aime bien). Il n’ y aucune sexualisation des corps. Les danseurs-comédiens tentent même de cacher leurs attributs, tant bien que mal, livrant ici un des moments les plus facétieux du trop court spectacle, à peine une heure. Mais le spectacle commence avant le spectacle, avec ce qu’on appellera un échauffement devant le public qui arrive progressivement dans la salle. Je suis d’ailleurs toujours éberlué devant l’indifférence (« ô téléphone mon amour » ou « blababla » on saura tout de leur vie) que montrent certains spectateurs quand les artistes sont déjà sur scène. Mais quel bonheur de les voir évoluer avant les trois coups, de faire connaissance avec ces personnes toutes plus différentes les unes que les autres.

On aime la liberté, le lâcher prise, cet investissement total. On aime cette poupée désarticulée, ce joueur de basket, ce grand singe, cette mangeuse de cacahuètes (à deux doigts de l’étouffement)… Et quand à la fin, il se retrouvent encore face à nous, toujours aussi nus, quelque chose a changé. Une libération. Dans leur regard, dans leur posture, dans notre regard.

 

vu le mercredi 7 février 2018 au théâtre du Rond Point (Paris)

prix de la place : 19€ (tarif abonnement)

 

BESTIE DI SCENA (Bêtes de scène)

Un spectacle de : Emma Dante

Avec : Elena Borgogni, Sandro Maria Campagna, Viola Carinci, Italia Carroccio, Davide Celona, Sabino Civilleri, Roberto Galbo, Carmine Maringola, Ivano Picciallo, Leonarda Saffi, Daniele Savarino, Stéphanie Taillandier, Emilia Verginelli, Marta Zollet

Et avec : Daniela Macaluso, Gabriele Gugliara

Décors : Emma Dante – Lumières : Christian Zucaro – Directeur de plateau : Gabriele Gugliara – Assistanat à la production : Daniela Gusmano – Coordination et diffusion : Aldo Miguel Grompone

Jusqu’au 25 février 2018 au théâtre du Rond Point (Paris), puis les 30 et 31 mars 2018 au théâtre Anthéa – Antipolis (Antibes-Juan les Pins) et le 3 avril 2018 à la MA Scène Nationale de Montbéliard.

 

(une autre histoire)

Être spectateur est un métier à risques. Ce soir, j’ai reçu une goutte d’eau mêlée à de la salive, projetée de la bouche d’un des danseurs. Elle est venue directement se loger sur mes lèvres. J’aimerais me glisser dans les coulisses à la fin du spectacle avec mes cotons tiges et prélever un peu de leur adn. « Qui de vous est un peu en moi ? » Que va-t-il m’arriver ? Vais-je devenir un danseur ? Parce qu’il y a un peu de votre ADN en moi mainenant. J’ai toujours été nul en biologie. Même quand j’ai redoublé ma seconde. Pourtant durant le premier trimestre, j’avais de bonnes notes en sciences, je me disais même que je pourrais choisir la section scientifique mais tout ça est redescendu bien vite.

Il va se passer quoi dans quelques heures, quand je serai allongé dans mon lit, que je rêverai d’une telle ou d’une telle ? Peut-être que je rêverai de toi ? Un mélange de toi, de toi et de toi ? Je serai nu, à poil et ça sera bien le cas de le dire. En chair et en os et à poil. Quand on vieillit, les poils poussent moins, non ? Je serai donc nu. Je serai à la fois dedans et dehors. A l’intérieur puis à l’extérieur. Je sentirai chaque centimètre carré de mon corps bouger, en vingt-quatre dimensions. Je ne cacherai pas mes parties intimes. Il n’ y a rien à voir de toute façon. Du ciel tombera la neige, c’est ça mon cadeau du gars ou de la fille au-dessus de tout ça. Je m’immobiliserai et je deviendrai bonhomme de neige. Je fumerai la pipe, j’aurai tout de même mon écharpe et mon chapeau, mon nez se transformera en carotte ce qui me rendra plus aimable. Puis viendra le redoux, je fondrai, me jetterai dans la Seine, ce qui fera remonter le niveau du fleuve jusqu’aux couilles du Zouave. Paris inondée. Les grandes crues. Mon immeuble dans les flots. L’eau monte, l’eau monte, jusqu’au sixième étage. Le fleuve est mon ascenseur. Personne ne veut m’ouvrir à l’intérieur parce que je n’y suis pas. Heureusement j’ai un double des clés. J’ouvre et je suis allongé dans mon lit, sous ma couette, en chien de fusil. Il y a un trou au-dessus de moi, la neige tombe et me recouvre. Parce que j’ai laissé la porte de la salle de bains ouverte, le froid s’engouffre dans tout l’appartement, je gèle. On se reverra au printemps, promis.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Ex Anima (Bartabas / Zingaro)

(quand on ne lit pas la bible)

Ex Anima ? L’histoire d’un échange d’âme qui tourne mal ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Comme un souffle de l’âme, « un cheval hennit quelque part, jusqu’à la fin du monde »*…

Voilà presque trente ans qu’au cœur de l’Aventure Zingaro les chevaux vivent et travaillent à nos côtés. Ils sont les inspirateurs de nos créations, notre moteur de désir. À leur contact, nous avons appris à nous ensauvager pour recevoir les leçons qu’ils ont bien voulu nous enseigner et comprendre qu’ils sont une ‘‘partie mémorielle de nous-mêmes’’ **. Pour cette ultime création, je souhaiterais les célébrer comme les acteurs véritables de ce ‘‘théâtre équestre’’ si original… Montrer un rituel sans mémoire, une cérémonie où le spectateur se surprendra à voir l’animal comme le miroir de l’humanité. Pour cela nous devons apprendre à nous dépouiller de notre ego, de notre corps individuel au profit d’un corps partagé, anonyme… N’être plus qu’une présence en retrait et devenir des ‘‘montreurs de chevaux’’ et avec eux, défricher des terres nouvelles… BARTABAS (* Joseph Delteil  ** Michel Onfray)  (http://bartabas.fr/theatre-zingaro/spectacles/)

 

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Crédits photos : Marion Tubiana

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Deuxième spectacle signé Bartabas que je vois de mes yeux vus. Le premier baignait au son de Tom Waits et était accompagné par des anges. Il m’avait fait grande impression, notamment grâce au lieu magique qu’est le théâtre Zingaro, le survol des écuries…

Cette fois-ci, on nous promet un spectacle sans humains. Ou presque. L’homme, le dresseur restera en retrait, à l’image du grand Manitou Bartabas, tapi dans l’ombre mais veillant au grain à ce que tout soit parfait. Or, par définition, mettez deux canassons tout seuls sur scène, rien ne sera parfait et c’est ça qui est génial. On les voit récalcitrants, cabotins… Nous ne savons pas ce que nous regardons ni où nous allons. Cela fait-il partie du spectacle, ça commence quand, ça finit quand ? C’est une expérience quasi mystique à laquelle nous invite Bartabas et toute son équipe, durant laquelle l’animal et l’anima ne font qu’un (latin jusqu’en seconde). Moi qui n’ai jamais monté un seul cheval de toute ma vie (et ici, dois-je le préciser, aucun cheval n’est monté), je suis resté fasciné du début à la fin, ou presque. Je dis presque, car, hormis l’absence d’effet de surprise de la première fois, on peut ressentir quelques longueurs, mais largement compensées par une musique jouée en direct par des musiciens maîtrisant de multiples instruments de toutes origines (je ne pouvais pas faire plus vague, désolé… y avait le machin qu’on voit dans les westerns, comme un élastique…)

Mais surtout, à l’heure où on parle régulièrement de la souffrance animale, on ne peut s’empêcher de se demander : « Mais comment ont-ils fait ? A quoi réagissent les chevaux ? Une odeur, un ultra-son, une caresse, un toussotement ? Combien de temps pour ce résultat ? » (liste non exhaustive)

On reste en tout cas ébahi devant la beauté de ces chevaux, de gabarits et d’origines différents (je me souviens des chevaux courts sur pattes en Islande…). Dommage que ce spectacle ne se termine par une scène plutôt graphique, pour aller dans l’euphémisme (voir la section « une autre histoire »). On préferera garder en mémoire les sons, les parfums, le mouvement équestre et la liberté.

 

vu le mardi 30 janvier 2018 au théâtre Zingaro, Aubervilliers

prix de la place : cadeau anniversaire

 

EX ANIMA

Une création du Théâtre équestre Zingaro

Conception, mise en scène, scénographie : Bartabas

Musique Originale : François Marillier, Véronique Piron, Jean-Luc Thomas, Wang Li

Jusqu’au 4 mars 2018 au théâtre équestre Zingaro (Aubervilliers), du 19 avril au 13 mai 18 à Bourget-le-Lac, du 28 septembre au 24 octobre 18 à Caen.

 

(une autre histoire)

Un cheval mécanique ? Non. Un engin en forme de cheval avec un trou à la place de la queue (de cheval) pour accueillir la semence de l’étalon qui s’approche. Comment dire ? Je n’ai jamais vu ça. Comment appelle-t-on ce genre de… un étalon ? Pourtant j’ai déjà vu des films à caractère pornographique et… je me suis caché les yeux. Je n’ai jamais vu un tel membre. Il avait peine à trouver où était le trou, ça me rappelle quelqu’un… Euh… non, non… la piste est glissante, je ne dois pas m’y engager, même si c’est toujours bon signe quand c’est glissant. Je m’enfonce. Je ne devrais peut-être pas dire ça. On pourrait se méprendre, je ne suis absolument pas obsédé.

Attendez, je remets mon pantalon, j’aime me mettre à l’aise quand j’écris. Je m’imagine à une autre époque trempant ma plume… tout en trempant mon biscuit… J’ai honte. Je manque de sommeil, il faut dire. J’essaie de trouver un sous-entendu graveleux pour enchainer, mais je n’y arrive point. Je vous l’ai dit, je manque de sommeil. Je m’endors toujours facilement, mais je me réveille au milieu de la nuit, souvent à la suite d’un cauchemar. Je rêve qu’il n’y a plus rien là où je fais pipi. Vous me direz… enfin… l’une d’entre vous pourrait dire : Déjà qu’il faut bien chercher en temps normal… Purée, je m’étais promis de ne pas en parler ! Je n’ai donc plus rien. Mais y a même pas de trou à la place et j’ai envie de faire pipi.

La vérité, c’est que je ne sais pas où cette histoire va. Ou plutôt si, elle part à vau-l’eau. Encore de l’eau et ça me donne encore envie de faire pipi. Et du coup (je viens d’utiliser mon joker « du coup » du mois), je ne sais plus si j’ai envie de faire pipi en vrai ou seulement dans mon rêve. Une fois j’ai rêvé que j’étais aux toilettes…

De quoi je parlais ? De la queue du cheval. Est-ce qu’on peut en faire des tresses ?

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito