On fait le bilan (Avignon 2019)

Il est l’heure de faire un court bilan de mon festival d’Avignon : 15 spectacles dans le Off, 2 dans le In. L’idée était de voir moins de spectacles, ça c’est fait et si jamais je reviens par Avignon l’an prochain, j’aurais presque envie de rester plus longtemps mais d’en voir seulement deux par jour.

Dans mes grandes satisfactions, si vous m’avez suivi, vous aurez compris que je retiendrai Laterna Magica de Dorian Rossel au 11 Gilgamesh Belleville et surtout Le Massacre du Printemps d’Elsa Granat au Théâtre du Train Bleu.

Sinon je pense aux personnes extraordinaires (au sens premier du terme) qui ont peuplé le spectacle Trouble, à ma découverte de ce grand monsieur de théâtre qu’est Jean-Louis Hourdin, à la folie douce de Charly Chanteur, aux affres adolescentes d’Hercule à la plage, à la confirmation du talent de Morgane Peters dans Iphigénie à Splott, à l’adaptation réussie et immersive qu’est Guerre, et si ça nous arrivait ?, sans oublier Le Groenland.

« Au nom de la Manufacture, du Train Bleu et du 11 Gilgamesh Belleville »

Ainsi soit la nouvelle Sainte Trinité d’Avignon Off, tellement j’ai pu entendre parler des spectacles se jouant dans ces théâtres-là. Je me garderai bien de faire un bilan du festival en général. Je n’ai vu qu’un nombre très minime de spectacles dans le In comme dans le Off. Il y a trop de spectacles dans le Off ? Embouteillage de spectacles intéressants avant midi et après 21h ?

En règle générale, j’ai vécu un festival (off) assez confortable et je n’ai même pas usé de mes tickets de boisson du Bar du Off…

– Salut, si ça te dit, je te paye un verre… Au bar du…

– Du In ?

– Du Off ! Entre 18h14 et 19h52… Mais où vas-tu, belle demoiselle ?

Un grand merci à l’ami Ludo de s’être occupé du logement intramuros et mes salutations à l’ami Marseillais avec qui on a fêté notre 10e festival en commun !

 

Et pendant ce temps sur Twitter

Avignon jour 1 

Intramuros. J’arrive. Je prends un café sous les platanes et j’attends les amis avec qui on a pris un appart. Et qui vient s’asseoir à côté de moi ? Armelle Héliot ! On ne peut plus être tranquille !!!

Note pour plus tard : toujours me balader avec ma grosse valise, au moins on vient pas me chercher pour me présenter tel ou tel spectacle…

(ces quelques lignes ont provoqué un débat des plus houleux concernant l’existence ou non des platanes en terre avignonnaise… La réponse : Je sais que je ne suis pas un spécialiste en arbrologie, mais je sais reconnaître un platane quand j’en vois un, je suis né à Marseille, oh fan de chichourle !)

Avignon Jour 2

Elle fait semblant de ne pas me voir, je fais semblant de ne pas la voir, nous faisons semblant de ne pas nous voir.

J’apprends finalement que je serai infiltré pour une troisième saison.

Sur la rue Guillaume Puy, là où résistent les huit derniers platanes de la ville, s’est installé un théâtre. Dans mes souvenirs s’y trouvaient les locaux du quotidien « La Marseillaise »…

A part ça, j’ai voulu manger des spaghettis bolognaise et je me suis fait une tache sur ma belle chemise que j’avais mise pour l’occasion : ce soir-là, j’allais voir Architecture dans la Cour d’Honneur. J’étais au 3e rang et j’ai senti les acteurs déconcentrés par ma tache, j’ai préféré m’éclipser et partir à l’entracte.

Avignon Jour 4

Accueillir numéro 5 dans l’appart entre 8h et 9h. Ouvrir la porte pile au moment où il arrive. 10e festival que je fais avec l’ami marseillais. Plus besoin de s’envoyer des messages.

C’est le soir. J’erre en solitaire (dans le Jardin des Doms), comme une âme en peine… Comme une envie de danser ce soir. Ou de manger un kebab.

J’ai finalement mangé un shish taouk.

Et je viens de me rendre qu’il ne s’agissait pas de mon quatrième jour mais de mon troisième. Tout va bien.

Avignon Jour 4 (le vrai) 

J’ai mal à la gorge et je voulais que le monde le sache. Ou au moins Twitter.

L’instant fan : Après le beau Laterna Magica (et Fabien Coquil, quel acteur !), j’ai serré la main de Dorian Rossel !!! Je ne me laverai plus jamais ma main droite ! Et je lui ai parlé !!! Je ne me laverai plus jamais… euh…

Un commentaire avisé du colocataire numéro un : Après tes pièces « Guerre, et si ça nous arrivait ? » et « Le Massacre du printemps », aujourd’hui ça ira mieux si tu vois « La Paix dans le Monde » de Diastème… Même si on en est loin, de la paix dans le monde…

Samedi 13 juillet, l’après-midi, Avignon. J’ai traversé de part en part la rue de la République. Les vrais savent. Demain ? La rue des Teinturiers !

Je viens de boire un Pac à l’eau avec une fille que je n’avais pas vue depuis 18 ans, que je connais depuis 35 ans. Elle vit à Paris, a repris des études de théâtre, écrit 2 pièces soutenues par Artcena mais… elle ne connaît pas Tiago Rodrigues (et n’avait jamais bu de Pac à l’eau). Je crois que je vais supprimer son numéro. (Petit bonhomme qui fait un clin d’oeil si jamais elle lit cela…)

Mon cœur saigne. Depuis l’été 1996, comme un pèlerinage en souvenir d’un amour de vacances, une histoire sans lendemain, mais à laquelle on repense…, chaque année j’allais manger une glace chez Deldon, rue St Agricol. Deldon n’est plus, je suis inconsolable. Pourquoi ?

Terminer la soirée en entendant une anecdote que je n’ai pas le droit de dire ici… C’est tout pour aujourd’hui.

Avignon Jour 5

Quand tu as tes 3 colocs et la collègue Théâtrelle qui vont voir ce matin des spectacles que tu as largement conseillés : Le Massacre du Printemps au Train Bleu et On pourrait revivre à la Caserne. Toujours l’impression de survendre les spectacles que j’adore et que je reverrais volontiers.

Voir avec une amie une pièce qui m’a terriblement déçu, croiser ensuite l’extraordinaire actrice du Massacre du printemps, Edith Proust, oser l’aborder et ressentir encore des frissons rien qu’en lui parlant.

Passer le début de la soirée à Montreuil (casquette Le Blog de Nestor). Et discuter avec 2 membres du Cabaret ta mère aux Corps Saints à 22h25 et regretter de ne vraiment pas pouvoir y aller d’ici mon départ…

Et il arrive qu’on fasse une rencontre à 1h du matin qui nous convainc d’ajouter un spectacle au planning… (et je n’avais même pas bu).

Avignon Jour 6

Je ne parlerai pas du joli rêve de cette nuit.. Toutefois je peux dire que je regrette ma voisine de lit, car mon nouveau coloc de lit (l’ami marseillais -> 10e festival en commun, je me répète, je sais) pique tout le temps le drap. C’est pas comme si j’en avais besoin, mais c’est pour le principe !

Ça sent la fin pour moi… Ça sent tellement la fin que je me suis trompé d’heure pour la pièce avec Hiam Abbass… c’est dans une minute et je n’ai toujours pas pris ma douche… Ce n’était donc pas à midi, mais à onze heures…

La phrase qu’on entend, qu’on répète aussi : Quel jour on est déjà ?

Quand tu reçois le SMS de confirmation du TGV pour demain… mais qui te rappelle que dans 3 jours tu seras au Pays de la Poutine !

Accepter avec le sourire un tract donné par la comédienne d’une pièce que je n’ai pas aimée…

Ne pas trop en dire ici et garder un peu pour soi… (et aimer les verbes à l’infinitif)

Aujourd’hui, j’ai pris deux cafés avec une comédienne et amie qui a su lire dans mes pensées, reçu un courriel d’une personne qui m’a ému (elle devient coutumière du fait), mangé un tacos tout seul et pensé déjà à l’été prochain…

Avignon Dernier jour (7)

J’entends Coloc n°2 se lever, il attend près de la machine à café… 7h58… 7h59… 8 heures pétantes, Nespresso ronronne.

Je n’ai pas du tout fait exprès de choisir une pièce qui s’intitule Exit (à la Manufacture) comme ultime spectacle de mon festival…

Et pour mon 17e et dernier spectacle que nous avons finalement atteint le Point Bowie (Modern Love). En revanche, ce fut pour moi un festival sans nudité, ça faisait longtemps…

A mon tour de dire que je m’en vais d’Avignon : 17 spectacles vus, trop de chroniques en retard, mais des cafés et des verres avec des gens pas vus depuis longtemps, des rendez-vous manqués, des promesses, des moments de partage avec mes amies exfiltrées, le cœur qui bat…

Je me suis bien amusé… et j’aimerais trouver une ânerie pour conclure ce moment nostalgico-bilano-pathétique, mais je n’en trouve pas.

La Maison de Thé, l’expérience

LE JOURNALISTE

Par charité chrétienne, je ne nommerai pas le journaliste qui m’a conseillé de voir « La Maison de thé ». Je ne veux chercher de noises à personne, C’est ma faute, je ne lui en veux pas, c’est toujours ma faute : j’aurais dû lui demander s’il avait déjà vu le spectacle. En l’occurrence, non. Cela dit, la pièce est un classique du théâtre chinois, le metteur en scène est apparemment réputé. De plus, ce spectacle sera à près le seul pour lequel j’aurai suivi les conseils de quelqu’un. Il faut vivre dangereusement.

COURAGE EST MON DEUXIÈME PRÉNOM

Les premiers retours sont très mauvais. La pièce qui dure trois heures (sans entracte) voit ses spectateurs fuir par grappes, parait-il. Après la déconvenue « Architecture » (j’en suis parti au bout de 2h20, à l’entracte… parce que je ne sais pas partir à un autre moment, je n’ose pas, je ne sais pas vivre dangeureusement), je ne sais que penser.

Les deux camarades qui devaient m’accompagner déclarent forfait (cette information est très importante pour la suite des événements). C’est donc seul que j’aborderai ce défi hors du commun : voir une pièce de trois heures en chinois qui fait l’unanimité contre lui.

LA GARE ROUTIÈRE

C’est une gare. C’est une gare routière. C’est une gare routière souterraine. Glauque. C’est toujours glauque, les gares routières souterraines. « C’est tout droit », qu’on me dit. Alors je vais tout droit. Une fois n’est pas coutume, je ne vais pas à hue et à dia. C’est chaud, c’est moite. Dans un autre contexte, je ne dirais pas non, mais là…

Le spectacle se joue à l’Opéra Confluence, lieu éphémère en face de la gare TGV d’Avignon, en attendant la fin des travaux de l’Opéra qui se situe place de l’Horloge.

« Attends, Olivier, j’ai une idée ! Ça va se jouer hors les murs, comme ça, si les gens veulent partir, ils y réfléchiront à deux fois, parce que pas de moyen de reprendre la navette avant la fin du spectacle, sauf s’ils veulent monter dans un bus régulier. Et le bus régulier, tu sais ce que ça veut dire ? Ça veut dire : Le bourgeois en plein coeur des quartiers extramuros ! Et ça, il veut pas, le bourgeois !

– J’aime ton raisonnement, Kevin !

LA SPECTATRICE DU IN

Dans la file, en attendant la navette :

« J’ai vu Architecture, Phèdre !, Pelleas et Melissande, Sous d’autres cieux, Multiples… J’ai vu un seul spectacle dans le Off. C’était nul. Jamais je ne remettrai les pieds dans le Off. »

Nous sommes en 2019 et nous pouvons toujours entendre ce genre de discours : Le In d’un côté, le Off de l’autre. Comment être à ce point ignorant ? Evidemment que le Off, c’est la rue de la République et ses one man show et autres spectacles comiques pas souvent très distingués. Evidemment que le Off, ce sont ces théâtres garages qui louent à des prix exorbitants leurs espaces pour des créneaux de plus en plus réduits. Mais le Off, c’est aussi et surtout des théâtres comme la Caserne, les Doms, la Manufacture, le Train Bleu, le 11, les Halles (liste non exhaustive) qui ont une programmation audacieuse et passionnante, avec des spectacles qui viennent très souvent du théâtre subventionné… Le snobisme et surtout l’ignorance bêta de cette personne d’une vingtaine d’années m’a quelque peu agacé. Evidemment, je n’ai rien dit car je suis un pleutre. Je sens votre sourcil droit tressauter à la lecture de cette annonce…

CRÉNEAU

Le bus est parti et nous arrivons déjà à proximité de l’Opéra Confluence, à quelques encablures de la Gare Avignon TGV. Comme dans bon nombre de gares situées à l’extérieur des villes, les voitures se garent là où elle peuvent/veulent, échaudées par le prix des parkings. Comme je n’ai jamais su bien décrire, je vais seulement écrire : le bus s’est retrouvé coincé, ne peut ni avancer ni reculer sans toucher les voitures mal garées. Blocage total. Nous sommes la première navette. Ça veut dire, que même si on sort pour terminer le trajet à pied, les autres navettes auront du retard. Dans le hall de l’Opéra Confluence, mis à part deux pauvres fontaines d’eau, aucun lieu pour se rafraîchir ou se sustenter. La soirée va être longue.

début

LES VOISINS

Mes deux camarades ayant déclaré forfait (c’était l’info utile de tout à l’heure), les deux places à ma droite sont libres. J’aurais pu m’y asseoir, mais sur mon billet j’ai celui de gauche, et hormis le fait que je sois toujours plus à l’aise à gauche qu’à droite, je n’ai jamais su m’asseoir à une autre place que celle qu’on m’a assigné. Je suis du genre, si le wagon d’un train est vide et qu’il y a une personne qui s’est mise au hasard à ma place, à demander à cette personne de me laisser la place. Oui, je suis cette personne. Je sens la déception poindre en vous : « Il est comme ça ? »

Une dame s’asseoit à ma gauche. Elle n’arrêtera pas de commenter tout ce qu’elle voit. Elle est venue seule et je suis devenu contre mon gré son nouvel ami. Si elle avait eu moins de quarante ans et un physique que j’aurais considéré comme agréable, elle aurait été plus que la bienvenue. Oui, je suis comme ça, aussi. Je sens la déception s’ancrer en vous : « Il est vraiment comme ça ? »

On nous demande de nous décaler vers le milieu pour ne laisser aucune place libre. Je me lève et… un individu tente de… « Pardon, pardon, je veux cette place ! » Je suis sûr et certain qu’il a payé sa place en catégorie 2 (je suis en catégorie 1, je suis du genre à ne me déplacer qu’en première classe en TGV… « Il est définitivement comme ça ? Heureusement que je ne l’ai pas rencontré durant ce festival ! ») et qu’il attendait qu’on nous déplace pour piquer une place en première catégorie 1.

La dame à ma gauche l’interpelle : « J’espère que vous ne serez pas le premier à partir avant la fin… » Il répond fièrement : « Non, je ne pars jamais avant la fin, Madame. »

Imagine, avoir quelqu’un à côté de toi, bourré de tics, qui bouge tout le temps sa jambe, pendant trois heures. Je le déteste.

LA MICRO-CRITIQUE

Je n’ai rien compris, j’ai un peu dormi, y a une immense roue qui ne sert à rien sauf pendant le dernier quart d’heure.

LE MOT DE LA FIN

Un jour, je dirai à mes petits-enfants : « J’ai résisté. Je suis resté jusqu’à la fin de la Maison de Thé ! »

fin

 

茶馆 (La Maison de Thé)

Avec Chen Lin, Chen Minghao, Ding Yiteng, Han Jing, Han Shuo, Li Jianpeng, Li Jingwen, Liu Chang, Liu Hongfei, Qi Xi, Sun Yucheng, Sun Zhaokun, Tian Yu, Wang Xinyu, Wei Xi, Zhao Hongwei, Zhang Hongyu, Zhang Juncheng, Zhang Zhiming et Li Xiaojun (chant), Li Yibo (batterie), Wang Chuang (guitare et basse)

Texte Lao She

Mise en scène, adaptation Meng Jinghui

Dramaturgie Sebastian Kaiser – Musique Hua Shan, Shao Yanpeng, Nova Heart – Scénographie Zhang Wu – Lumière Wang Qi – Vidéo Wang Zhigang – Son Hua Shan – Costumes Yu Lei – Assistanat mise en scène Li Huayi

à l’Opéra Confluence (Avignon In) jusqu’au 20 juillet 2019

(photo de couverture © Christophe Raynaud de Lage)

Exit (Fausto Paravidino / Anne-Sophie Pauchet / La Manufacture / Avignon Off 19

(de quoi ça parle en vrai)

« A quitte B. A et B se séparent. Plus tard, A rencontrera C et B rencontrera D. Exit c’est l’histoire éternelle de la fin annoncée d’un couple. Et de ce qui pourrait se passer après. L’histoire du renoncement, des échappatoires, des petites lâchetés et des grandes désillusions. Une variation drôle et acide sur la difficulté de concilier le besoin de liberté personnelle et d’émancipation avec un exigeant besoin d’affection et d’une « vie satisfaisante ». Un questionnement sur la crise qui habite ces adultes bourgeois européens parfois autant incapables de courage politique que de courage intime. » (source : ici)

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Crédits photos : Laure Delamotte-Legrand

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Cette fois-ci, l’auteur italien s’attaque à l’histoire d’un couple bourgeois en crise. Nous suivons son parcours, pas forcément dans l’ordre, mais surtout une rupture et ses conséquences.

Le bon point de la pièce est ses comédiens, Laure Mathis en tête (que j’ai toujours (en tête) depuis le magnifique « Doreen » de David Geselson). A noter également, la découverte de Jean-François Levistre (pour une fois que je souligne la présence d’un comédien « mâle »…) qui détonne par son physique, son phrasé étonnamment normaux. Il pourrait être n’importe qui dans la rue, mais il est comédien et il le fait bien. (ça pourrait être mal pris, mais c’est réellement un compliment : sa normalité m’a fait du bien)

La pièce, à mon sens, repose uniquement sur les épaules des comédiens (et la direction d’acteurs) car le texte de Fausto Paravidino ne présente pas un réel intérêt, tant il manque d’originalité. J’ai l’impression d’avoir déjà vu cette pièce, sous une forme spectaculaire ou filmique, un certain nombre de fois. Cerise sur le gâteau, nous avons droit à une énième scène de danse sur du David Bowie (ici « Modern Love ») (d’ailleurs, il faudrait légiférer, j’en ai déjà parlé, sur l’emploi des musiques de Bowie ou Nina Simone – cette dernière sera d’ailleurs la figure centrale de la prochaine pièce de David Geselson avec Laure Mathis, je boucle la boucle). 

Il parait loin le temps de Peanuts et de Gênes 01… (autres pièces autrement plus passionnantes)

 

EXIT

Texte : Fausto Paravidino

Metteur en scène : Anne-Sophie Pauchet 

Avec Arnaud Troalic, Laure Mathis, Manon Rivier et Jean-François Levistre

Scénographie : Laure Delamotte-Legrand – Régie générale et création lumière : Max Sautai – Régie son : Gaetan Le Calvez – Régie plateau : David Amiard et Romain Renault (en alternance) 

Jusqu’au 25 juillet 2019 (sauf les 11 et 18) à 12h à la Manufacture – Château St-Chamand, Avignon Off

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le mardi 16 juillet 2019 à la Manufacture, Château St-Chamand, Avignon Off

Prix de ma place : invitation

 

(sans titre)

Ce qui est bien avec les salles extramuros, c’est qu’on voit du pays. Cette fois-ci, ce sont les zones commerciales, l’autre jour, un peu comme à Thoiry, les cités qui n’en ont sûrement rien à faire du festival…

Je n’ai absolument pas fait exprès de choisir de voir une pièce qui s’appelle « Exit » alors même qu’il s’agira de ma dernière pièce de ce festival. Voir une pièce avec un tel nom, en dehors des remparts, veut bien dire ce que ça veut dire, il est temps de partir.

Les signaux EXIT m’enquiquinent dans les théâtres. C’est trop vert. C’est trop lumineux.

(évidemment il était absolument nécessaire que j’écrive cette affirmation)

(ça se voit un peu que je n’ai plus du tout d’inspiration pour cette section de l’article, alors que je vais embarquer dans mon avion dans 28 minutes et que je me dépêche de terminer ma chronique et de la publier…)

Charly Chanteur (L’Arrache-Coeur / Avignon Off)

(de quoi ça parle en vrai)

« Les ballades spleenétiques sont comme des chansons dépressives mais en plus drôles. Les poèmes-poubelles sont des poèmes récupérés dans une poubelle et mis en musique. Charly Chanteur est un chanteur gourou de la secte du « Spleen », un vrai-faux chanteur qui fait un vrai-faux concert. » (source : ici)

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je suis comme ça, je suis prêt à sacrifier la vision du feu d’artifice du 14 juillet pour assister à un concert (apparemment, le feu d’artifice a été annulé à cause du vent). Et pas des moindres, puisqu’il s’agit du concert de Charly Chanteur.

L’an passé, au même endroit, j’avais assisté à l’un des meilleurs concerts de l’année, celui de Léopoldine HH (dont je vous rabats les oreilles, dès que je la vois sur scène, avec Marc Lainé ou sur des chansons de Gérard Manset). Ils étaient trois et Charly Marty n’était déjà pas en reste pour ne pas jouer les fleurs en pot.

Il y a quelque chose des Flight of the Conchords chez Charly Chanteur : cette manière si personnelle de parler de ses amours adolescentes, mais pas que, de la vie, de l’amour et des voitures, l’essentiel quoi, mais aussi ce talent pour interpréter ce personnage de chanteur dépressif qui fait joujou avec ses guitares et ses pédales, coiffé de sa… coiffe d’autochtone américain (toujours prononcer autochetone dorénavant tu devras). Comme il est écrit au-dessus, ce n’est pas tout à fait un concert. On est à Avignon et même dans ce concert, il y a du théâtre. Charly Marty tient jusqu’au bout son rôle de chanteur gourou de la secte du « Spleen ». Quand il ne chante pas, Charly Chanteur, pince sans rire, nous parle, soliloque (j’adore ce mot, désolé), la parole est heurtée, il ne termine presque jamais ses phrases. Le quatrième mur est explosé, il a une jolie gourde, la lumière devient bleue quand la chanson évoque une piscine, il y a même des strapontins sur les côtés… Je suis en vrac (je suis revenu hier soir à Paris et je me sens tout bizarre à me souvenir ces moments-là… vous saurez tout).

On a le sourire aux lèvres, on ose même chanter alors que nous n’étions pas très nombreux ce soir-là, fête du 14 juillet oblige. On aimerait en entendre plus. Il ne faut surtout pas rater ce personnage singulier à l’univers si personnel ! (fin de critique sérieuse mais sincère)

CHARLY CHANTEUR

(cie Les Indiens)

à l’Arrache-Coeur (Avignon Off) jusqu’au 28 juillet 2019 à 22h30 (sauf les 10, 17 et 24)

(peinture de couverture : Nelly Monnier)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le dimanche 14 juillet 2019 à l’Arrache-Coeur, Avignon Off

Prix de ma place : invitation

 

(sans titre)

Nous étions sept. Je n’ai pas compté, mais j’ai ressenti sept belles âmes, avec la mienne bien évidemment, dans cette salle de concert, en ce quatorze juillet. C’est bien maigre, mais c’est jour de fête. J’aurais bien voulu danser ce soir-là. Un slow. Y avait bien ma voisine de siège… Ça fait longtemps que je n’ai pas dansé de slow. En situation. La dernière fois, c’était… avec ma copine, du genre, on mange à la maison, y a de la musique et on se met à danser, tous les deux… Mais c’était avec laquelle de copine ?

Je me souviens qu’en 1999, pendant une impro dans notre atelier théâtre, j’avais dansé avec… (je cherche un faux nom) Mallory Pimenta. Je pense qu’elle avait senti que j’étais tout émoustillé (là je parle de mon entrejambe). Plus tard, je l’ai appelée au téléphone : « Bonjour Madame Pimenta, est-ce que Mallory est là, s’il vous plait ? C’est de la part d’Axel (c’est mon vrai prénom), merci ! » Je lui ai demandé si ça lui disait d’aller prendre un café avec moi. J’ai senti une certaine lenteur dans son temps de réponse et je ne sais pas pourquoi, j’ai cru bon d’ajouter que je voulais lui proposer un rôle dans un court-métrage que je venais d’écrire. Elle accepta et nous nous vîmes (passage au passé simple qui vient de nulle part) dans un café du centre commercial de la Valentine, à Marseille.

Evidemment, il n’existait aucun scénario. Je dus donc en écrire un en quatrième vitesse. Nous tournâmes ce film en une après-midi, avec Mallory, mais ça c’est une autre histoire…

 

Joie (Anna Bouguereau / Jean-Baptiste Tur / Théâtre du Train Bleu / Avignon Off 19

(de quoi ça parle en vrai)

« Est-ce qu’on est obligé de pleurer à un enterrement ? Est-ce que c’est si normal qu’on enferme les morts dans des boîtes ? Pourquoi on fait plus de slows ? Pourquoi grandir ce serait accepter de mourir ? Est-ce que tous les croque-morts on l’air dépressif ? Qui a choisi cette musique improbable ? Pourquoi la dame au premier rang pleure si fort ? Est ce qu’on a le droit de coucher avec son cousin ? Pourquoi il faut attendre d’être mort pour être couvert de fleurs ? Comment continuer à vivre puisque les gens meurent ? (source : ici)

JOIE 3

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Il faudrait que j’ajoute un segment : « Pourquoi ai-je choisi cette pièce ? » Ici, uniquement le souhait de revoir une jeune comédienne lumineuse, Anna Bouguereau, que j’avais beaucoup appréciée dans « En réalités » (aussi au Train Bleu les jours impairs à 11h50), jouer son propre texte.

Malheureusement, la pièce ne m’a pas convaincu. Parce que je n’ai rien trouvé d’essentiel dans le texte, parce que le jeu d’Anna Bouguereau est assuré, un peu trop calculé à mon goût et parce que la mise en scène m’a paru étriqué. Comme une envie que ça sorte du cadre. Même si ce n’est pas forcément bienvenu d’agir de la sorte lors d’un enterrement.

Je parais quelque peu sévère, toutefois l’ensemble reste de bonne facture et ces pensées et autres observations d’ordre funéraire nous font repenser très logiquement aux nôtres. Mais il manque quelque chose.

 

JOIE

de et avec Anna BOUGUEREAU

mise en scène Jean-Baptiste TUR

collaboration artistique Alice VANNIER – création lumière Xavier DUTHU

Jusqu’au 24 juillet 2019 au Théâtre du Train Bleu (Avignon Off) (sauf le 18)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le dimanche 14 juillet 2019 au Théâtre du Train Bleu

Prix de ma place : invitation

 

(sans titre)

J’ai repensé au dernier enterrement auquel j’ai assisté. La défunte portait d’ailleurs le même prénom que celle de la pièce. Puis, la famille avait décidé de diffuser lors de l’inhumation une musique inattendue, du genre « tube de l’été ». J’ai souri et j’ai repensé à cette année…

J’ai rencontré Dieu sur Facebook (Ahmed Madani / 11 Gilgamesh Belleville / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« Comment une adolescente bien sage et bien protégée par sa maman peut-elle sombrer dans une mascarade pseudo-religieuse d’aventure extraordinaire ? Comment une jeune mère qui est parvenue à s’émanciper du poids de la tradition, de la religion, réagit-elle face à ce qu’elle considère comme une trahison de son combat pour la liberté ? Voilà un vrai sujet de société dans lequel la fiction et la poésie peuvent trouver une voie d’expression qui fera écho chez les spectateurs, et les adolescents. » (source : ici)

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Crédits Photos François-Louis Athènas

(ceci n’est pas une critique, mais…)

La déception fut d’autant plus grande que j’avais énormément apprécié la précédente pièce d’Ahmed Madani « F(l)ammes ». Allons bon, que s’est-il passé ?

Je cite le dossier de presse : « Ahmed Madani a décidé de recentrer son écriture en évoquant les mécanismes de manipulation à l’œuvre sur les réseaux sociaux qui ont conduit de nombreux jeunes gens à suivre la voie du fanatisme religieux. »

L’auteur – metteur en scène utilisera l’humour pour dénoncer le danger de l’embrigadement à travers les réseaux sociaux. Je n’ai tout simplement pas adhéré à ce parti-pris. L’adolescente minaude, le jeune recruteur est caricatural. Mounira Barbouch, qui interprète la mère, est celle qui est la plus juste dans sa partition, elle apporte la crédibilité à l’entreprise. Ou bien est-ce peut-être moi qui suis à la côté de la plaque ?

Je me sens parfois largué quant aux représentations de tel ou tel individu ou de certains faits de société. « Le jeune » serait comme ça ? Cela serait aussi simple ? Je n’y vois que des grosses ficelles. Au fond de moi, je sais que c’est possible, mais je ne parviens pas à m’y résoudre.

Il m’a manqué une certaine profondeur (moi qui en manque parfois dans mes non-critiques… je sais, ça faisait longtemps). J’en viens même à réviser mon jugement concernant « Antioche » de Sarah Berthiaume, qui abordait en partie ce sujet-là avec plus d’inventivité et de finesse.

Je vois où veut en venir Ahmed Madani, je vois à qui il s’adresse… de toute évidence pas moi.

 

J’AI RENCONTRÉ DIEU SUR FACEBOOK

Texte et mise en scène Ahmed Madani

Avec Mounira Barbouch, Louise Legendre, Valentin Madani

Assistant à la mise en scène Valentin Madani – Création sonore Christophe Séchet – Création lumière et régie générale Damien Klein  – Costumes Pascale Barré

Jusqu’au 26 juillet 2019 à 11h50 au 11 Gilgamesh Belleville, Avignon Off (sauf les 10, 17 et 24)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le dimanche 14 juillet 2019 au 11 Gilgamesh Belleville, Avignon Off

Prix de ma place : invitation

 

(sans titre)

Elle me tend son tract. Je le refuse, avec le sourire. « Vous me l’avez déjà donné hier », lui dis-je : un texte sur le rap par Joy Sorman. Sans arme ni violence.

Les fauteuils sont étroits. Je n’ai pas encore suffisamment maigri du cul pour me sentir à l’aise. A côté de moi, un jeune homme, costaud. Ai-je le droit de m’insurger contre le manspreading que m’impose cet homme ? Plus je me fais tout petit, plus il prend de la place. Si je disparaissais, toute la salle serait pleine de lui.

En regardant la pièce, je me souviens d’un épisode de « Sauvés par le gong ». Jessie  (Elizabeth Berkley) devenait accro aux amphétamines, elle perdait les pédales. Et comme si ce n’était pas suffisant, le quatrième mur s’écroulait et Zack Morris (Mark-Paul Gosselaar) s’adressait aux téléspectateurs, accompagné par les autres acteurs du show pour dire : « La drogue, c’est de la marde ! »

Laterna Magica (Ingmar Bergman / Dorian Rossel / Delphine Lanza / 11 Gilgamesh Belleville / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« Ce spectacle est une réinvention pour le plateau de la fausse autobiographie d’Ingmar Bergman. Ce récit sans complaisance, entre mémoires et exutoire psychanalytique, dessine un autre portrait du génie protéiforme. Il se raconte, les souvenirs dérivent, réinventant sa propre histoire pour en mesurer l’étendue et se l’approprier enfin. Bergman fait de sa vie une matière, fertile et fluctuante, pétrie de contrariétés, d’humour et de manques, sédiments propices à l’éclosion de sa créativité. » (source : ici)

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(ceci n’est pas une critique, mais…)

Il y a des metteurs en scène qui, décidément, ne nous déçoivent jamais et le metteur en scène suisse Dorian Rossel en fait partie. Après s’être attaqué à Ozu, Eustache et Truffaut (pour le coup, je n’ai toujours pas vu son adaptation du « Dernier Métro »), l’artiste helvète adapte cette fois-ci l’ « autobiographie » d’Ingmar Bergman.

Le coup de maître de Dorian Rossel et de Delphine Lanza (n’oublions pas qu’ils sont deux à la mise en scène) est de ne faire aucune référence directe aux films et aux pièces de Bergman. Nul besoin de les avoir vus, la pièce est de facto accessible à tous. On y suit de manière non chronologique ses souvenirs. Le traitement parait simple, il est en tout cas subtil, élégant. Les jeux de lumières sont particulièrement réussis.

Fabien Coquil, l’interprète principal qui incarne un Ingmar Bergman, est une vraie révélation. Il fait apparaitre un humour qu’on ne soupçonnait pas forcément chez Ingmar Bergman et par sa gestuelle et son phrasé impeccable, fait vivre sous nos yeux un artiste en devenir, un enfant, le maître, sans omettre les parts d’ombre du cinéaste.

Dorian Rossel est un magicien, que cela soit écrit.

 

LATERNA MAGICA

Texte Ingmar Bergman

Mise en scène Dorian Rossel et Delphine Lanza

Avec Fabien Coquil, Delphine Lanza et Ilya Levin

Lumières Julien Brun / Musique Yohan Jacquier / Son Thierry Simonot / Costumes Eléonore Cassaigneau / Scénographie Cie STT / Direction technique Matthieu Baumann / Assistant Clément Lanza

Jusqu’au 23 juillet 2019 à 10h30 au 11 Gilgamesh Belleville (sauf les 10 et 17)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le samedi 13 juillet 2019 au 11 Gilgamesh Belleville

Prix de ma place : invitation

 

(sans titre)

Ingmar Bergman aurait eu 101 ans le 14 juillet dernier. La Prise de la Bastille, elle, s’est faite le même jour, mais il y a… (je compte)… 230 ans. Pour les deux cents ans, je me souviens, mes camarades et moi chantions sur le Quai des Belges, devant la Mairie de Marseille. Le Maire d’alors, M. Vigouroux, n’avait pas daigné se montrer sur son balcon pour écouter nos voix célestes. J’essaie de trouver un lien entre Bergman et cet événement forcément majeur de ma vie, mais je ne le trouve point. Ou peut-être qu’un drame digne des films du maître suédois se déroulait derrière les fenêtres du salon de la Mairie, des scènes de la vie municipale.

Le Massacre du Printemps (Elsa Granat / Laure Grisinger / Théâtre du Train Bleu / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« Tu participes aujourd’hui au Massacre du Printemps. Oui j’ai bien dit « Massacre ». Tu vas voir c’est un bilan. Il y a des événements comme ça qui semblent insurmontables, tu penses qu’ils vont te laisser cloué au sol. Et pourtant tu vas découvrir des forces inespérées qui vont t’inspirer pour inventer des printemps même sur pelouse synthétique. Il m’est arrivé d’accompagner des gens en fin de vie. Des combattants sans monument aux morts. J’ai mûri d’un seul coup puis j’ai régressé aussi exactement en même temps. J’ai poussé fort et dans tous les sens. En réalité, tout ça reste très classique: je fais exactement ce que Molière a fait. L’art de la médecine est incapable de soigner sa mère, il écrit le Médecin malgré lui. La technologie médicale est incapable de soigner la mienne, je secoue le théâtre. En 2019 ça ne sera pas en alexandrins. » (source : ici)

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Crédits photos : DR

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Déjà trois jours que j’ai vu cette pièce et elle ne veut pas me quitter. Je ne dirai pas qu’il y a un avant et un après (j’ai vu la sublime pièce de Dorian Rossel « Laterna Magica » le lendemain), pourtant tout devient un peu tiède après ce moment de théâtre intense et bouleversant. D’où ma lenteur également pour écrire cette chronique ou la peur de ne pas trouver les bons mots pour retranscrire ce que j’ai vu et surtout ce que j’ai ressenti.

Dès les premiers instants de la pièce, on est happé par les mots d’Elsa Granat (me revient immédiatement en tête sa première pièce « J’ai plus pied » que j’avais découverte en 2010 à l’Espace Roseau). On ressent la nécessité, l’urgence de dire tout cela et il n’y aucune fioriture.

Le sujet de la pièce n’est pas simple à aborder : la fin de vie, l’accompagnement par le personnel hopsitalier, la famille, les aidants. Cependant (et fort heureusement) l’atmosphère n’y est pas plombante. Nous ne sommes dans un réalisme forcené.

Elsa Granat et ses comédien.ne.s nous emportent dans un maëlstrom d’émotions (on y rit aussi, faut pas croire), avec des personnages qui se dédoublent, qui observent. L’action n’est pas auto-centrée sur le personnage de la jeune femme interprétée (à des âges différents) par Elsa Granat et Edith Proust. On y entend par exemple une infirmière, un musicothérapeute ou tout simplement le père (la limite, peut-être, du procédé, est de laisser penser que chaque acteur/actrice va avoir son moment).

Le temps est multiple, l’action l’est également. Des fragments.

Rien n’est laissé au hasard, mais rien ne commande nos émotions. Je me souviens de l’admirable Saïgon de Caroline Guiela Nguyen mais je ne pouvais m’empêcher de penser qu’elle envoyait un peu trop les violons. Ici, rien de cela, l’émotion vient sans crier gare.

Et je voulais conclure cette longue chronique en évoquant Edith Proust qui interprète le rôle de la jeune femme adolescente. Rarement j’ai vu un tel niveau de jeu, en permanence en mouvement, toujours une proposition, une écoute exceptionnelle, un regard et un investissement qui forcent l’admiration. Comme l’a évoqué une des amies qui m’accompagnait ce jour-là : « J’aimerais revoir la pièce, ne serait-ce que pour me concentrer uniquement sur elle. »

Tout ce que j’écris est assez dérisoire. Ça faisait bien longtemps que je n’avais pas ressenti tout cela en voyant une pièce. J’ai toujours peur de sur-vendre un spectacle. Peur de constater que mes ami.e.s, les gens que je ne connaitrais pas, tant qu’on y est, n’y adhéreraient pas autant que moi.

Dans tous les cas, il faut découvrir ce spectacle. Point final.

 

LE MASSACRE DU PRINTEMPS

écriture et mise en scène  Elsa GRANAT

avec Laurent HUON, Elsa GRANAT, Edith PROUST, Clara GUIPONT, Hélène RENCUREL et Antony COCHIN

dramaturgie Laure GRISINGER scénographie Suzanne BARBAUD création lumière Vera MARTINS création sonore ENZO BODO et ANTONY COCHIN costumes Marion MOINET régie lumières Vera MARTINS régie son Julien CREPIN

Jusqu’au 24 juillet 2019 à 11h50 les jours pairs au Théâtre du Train Bleu

 + le 21 juillet aura lieu la lecture d’une prochaine création d’Elsa Granat au Théâtre Artéphile : « Les Requins du Groenland » avec Alex Fondja (vu notamment dans Iliade / Odyssée par Pauline Bayle) et Sophie Troise (vue notamment dans « J’ai plus pied » d’Elsa Granat en 2010 et « Absurde, vous avez dit absurde ? » au Théâtre de la Criée de Marseille en 1997 avec l’option théâtre à laquelle j’appartenais également…

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le vendredi 12 juillet 2019 à 11h50 au Théâtre du Train Bleu (Avignon Off)

Prix de ma place : invitation

 

(sans titre)

Deux jours plus tard. L’amie infiltrée et moi-même sortons d’une pièce qui ne nous a pas convaincus. Nous apercevons alors, sur son fier destrier, Edith Proust, cette comédienne qui nous avait tant ému deux jours plus tôt. Nous prenons notre courage à deux mains et l’abordons.

J’ai toujours été incapable de parler, dire ce que j’ai ressenti en des termes clairs et compréhensibles. Pourtant je tente, maladroitement. Je la regarde, elle nous regarde et je sens encore des frissons m’étreindre. Ça peut étreindre, les frissons ? Edith Proust est magnétique, je le concède. Mais ici c’est la mémoire qui fait son travail. Deux jours plus tard.

Iphigénie à Splott (Gary Owen / Blandine Pélissier / Artéphile / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« Effie habite à Splott, un quartier de Cardiff touché par le chômage et la paupérisation. Effie, c’est le genre de fille qu’on évite de regarder dans les yeux, qu’on se permet de juger l’air de rien. Effie, c’est la provocation incarnée. On croit la connaître, mais on n’en connaît pas la moitié. Tous les samedis, elle se jette dans une spirale d’alcool, de drogue et de petits drames, et émerge au bout de trois jours d’une gueule de bois pire que la mort pour tenir jusqu’au bout de la semaine et mieux recommencer. Et puis, un soir, l’occasion lui est offerte d’être plus que ça. » (source : ici)

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Crédits photos : Anne Cabarbaye

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Splott… Mais qu’est-ce donc que Splott ? C’est moche comme nom. Pourtant c’est le nom d’un quartier à Cardiff au Pays de Galles. On s’imagine la vie à Splott. Puis on rencontre Iphigénie… Effie… Il n’y a pas de hasard.

La comédienne Morgane Peters nous prend aux tripes dès notre entrée dans la salle. Son regard, sa posture, ça bout. L’adresse est directe, la langue est crue et vraie. On s’imagine un texte anglais à la Irvine Welsh (l’auteur écossais de « Trainspotting »), quasi impossible à bien traduire. Blandine Pélissier et Kelly Rivière n’ont pas tenté d’adapter artificiellement l’argot gallois en français. Non, cette langue parait naturelle, simple mais tranchante. Et Morgane Peters, que j’avais découverte quand elle était à l’ERACM (école d’acteurs entre Cannes et Marseille) a su s’approprier ces mots. Elle créé un personnage qui marque, qui nous marque, de par sa franchise, son état brut.

Même si on peut ressentir cinq ou dix minutes en trop dans la pièce (peut-être est-ce notre cerveau qui s’est converti involontairement à la durée standard (1h) des spectacles du Off ?), Morgane Peters ne lâche jamais et nous non plus.

 

IPHIGÉNIE À SPLOTT

Texte : Gary OWEN

Mise en scène : Blandine PÉLISSIER

Interprétation : Morgane PETERS

Lumières : Ivan MATHIS / Son : Loki HARFAGR / Collaboration artistique, scénographie, costumes, graphisme : SO BEAU-BLACHE / Régie : Chloé BÉGOU / Production : Isabelle CANALS / Presse, diffusion : Fouad BOUSBA

au Théâtre Artéphile à 21h40 jusqu’au 27 juillet (sauf les 7, 14 et 21)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le vendredi 12 juillet 2019 au Théâtre Artéphile, Avignon Off

Prix de ma place : invitation

 

(sans titre)

Elle me dit : « Mais toi, tu aimes les seul.e.s en scène ! Mais toi, tu y vas, parce que tu veux en faire un, à toi ! »

Je lui dis : « Non, enfin oui, euh, c’est pas si simple. Oui, je veux en faire un, urgemment. Mais non, je n’y vais pas pour ça. C’est le hasard. Ce soir, parce que j’ai déjà vu la comédienne dans d’autres spectacles et que je suis ce qu’elle fait, autant que je peux. Je ne suis pas ce qu’elle fait, tu m’as compris, hein ? Je suis ce qu’elle fait, plutôt dans ce sens-là. Sinon ça ne veut rien dire. Demain, c’est à cause de l’auteur qui a écrit un monologue pour un acteur, parce qu’il devait raconter cette histoire-là comme ça et pas autrement. Alors oui, ça me donne des idées, une impulsion, ça décomplexe. Mais… »

La Paix dans le Monde (Diastème / Artéphile / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« Cinq ans avaient passé. Puis dix, puis quinze. Le juge peut interdire au coupable d’approcher la victime pour une durée d’au plus cinq ans. Simon n’a pas revu Lucie. Il vit en Suisse, à quelques kilomètres de la maison de Charlie Chaplin. Il lit des livres, il fait du feu. Il ne voit pas le temps passer. Simon se prépare. Au jour où Simon et Lucie seront enfin réunis. Il doit être prêt. Tout doit être prêt. Le monde n’oubliera jamais ce jour. (source : ici) »

(ceci n’est pas une critique, mais…)

D’après le dossier de presse, « La paix dans le monde » est le dernier volet d’un triptyque, dont La Nuit du Thermomètre et 107 ans en sont les deux premiers épisodes. Ce monologue interprété par Frédéric Andrau peut apparemment se voir sans connaitre les premières aventures de Simon et Lucie. Pourtant, il nous manque quelque chose.

Devant nous, le personnage principal, Simon, tout juste sorti d’asile psychiatrique. L’acteur gardera le même regard vitreux, la même articulation languissante durant tout le spectacle. Ce rythme qui ne changera d’un iota durant l’intégralité de la pièce fut difficile à assimiler. Certes, Frédéric Andrau ne sortira pas une seule fois de son personnage, donc on peut saluer sa performance, mais nous aurions aimé peut-être plus de nuances et de variations dans le jeu et le rythme de la pièce. De plus, nous (pourquoi n’écris-je pas « je » ?) aurions aimé savoir comment il a pu se trouver dans un tel état émotionnel et mental. On peut évidemment s’imaginer que la rupture amoureuse puisse être douloureuse voire dévastatrice. En cela, voir « La Nuit du Thermomètre » et « 107 ans » aurait sans doute été salvateur.

De plus – il est difficile d’en parler sans dévoiler le dénouement – pour prolonger l’argument de la pièce, lisible un peu plus haut, Simon et Lucie vont se retrouver. Tout ce qui découlera de cette nouvelle rencontre semble être trop simpliste, pas réaliste. Même si le passé amoureux de ces deux personnages est forcément évoqué, peut-être qu’on aurait mieux compris ce qu’il en retournait en suivant depuis le début leur relation.

Je ne peux m’empêcher non plus de parler de ma frustration de ne pas voir en vrai Emma de Caunes (c’est la Lucie de Simon), qui manque au théâtre et au cinéma.

Ce fut donc un moment assez décevant mais resteront certaines fulgurances dans l’écriture de Diastème.

 

LA PAIX DANS LE MONDE

Texte et mise en scène : DIASTÈME

Interprétation : Frédéric ANDRAU avec la participation d’Emma DE CAUNES

Assistant : Mathieu MORELLE / Lumières : Stéphane BAQUET / Costumes : Frédéric CAMBIER / Décor : Alban HO VAN / Images : Vanessa FILHO / Musique : CALI / Crédit photo : Vanessa Filho

Au Théâtre Artéphile (Avignon Off), jusqu’au 27 juillet 2019 à 14h05 (sauf les 7, 14 et 21)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le samedi 13 juillet 2019 au Théâtre Artéphile, Avignon Off

Prix de ma place : invitation

 

(à quoi je pense ?)

Je pense aux premiers articles de Diastème que je lisais dans Première. C’était il y a longtemps…

Je ne pense pas. J’entends ce satané bruit du climatiseur, monotone, qui phagocyte toute mon attention.

Je pensais écrire quelque chose, mais je ne m’en souviens déjà plus. Ça me reviendra.

Ça me revient… Il n’y a pas tant que ça de films sur le théâtre. Et encore moins sur un festival. Diastème en avait réalisé un, que j’avais aimé. Faudrait que je le revois. On ne parle pas assez des rues d’Avignon, pendant le festival ou hors saison…

Guerre, et si ça nous arrivait ? (Janne Teller / Laurent Maindon / Présence Pasteur / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« IMAGINE : Et si, aujourd’hui, il y avait la guerre en France… Où irais-tu ? » Astucieusement et sans violence, le texte entraîne les spectateurs dans un voyage qui les mène de l’autre côté de la Méditerranée. Ils sont alors confrontés à une nouvelle vie, une culture qu’ils ne connaissent ni ne comprennent et deviennent ainsi l’objet de clichés voire de rejet. De cette inversion du parcours des réfugiés, nous avons choisi de placer les spectateurs dans un container sensoriel avec comme unique « guide » la voix en direct des deux comédiennes, une bande son et des images projetées sur l’écran par des manipulations en rétroprojection en direct… (source : ici)

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Crédits photos : DR

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Oui, le spectacle se joue tôt (9h50)… Et pourtant, c’est ce qu’il faut pour recevoir cette forme courte car on a l’esprit à peu près frais (ceci est une chronique sponsorisée par « Le jus d’orange au café, c’est bon, buvez-en ! ») et disponible pour cette expérience immersive. Nous ne serons pas assis dans les gradins. Nous prendrons place quelque part sur le plateau. Disposés ici et là des coussins, des tabourets, des caisses. Devant nous, une grande toile. Au-dessus de nous, le ciel. Ou plutôt une bâche qui représentera le ciel.

« Ouvrez vos esprits » : c’est qu’auraient pu dire les deux comédiennes à notre arrivée.

Quand le spectacle commence, nous sommes invités à écouter ce récit qui forcément interroge : « Et si nous étions obligés de fuir notre pays. » Sans parler d’une éventuelle guerre, les changements climatiques pourraient nous y contraindre… Et c’est toujours la même question qui m’assaille : Ces spectacles-là prêchent-ils déjà des convaincus ?

Pour nous raconter cette histoire, l’équipe artistique sollicitera notre boîte à imaginaire. Nous suivons les voix des comédiennes, des images projetées et transformées en direct, des jeux d’ombres (et je suis toujours comme un gamin en voyant ce qu’on peut faire avec les lumières et ces ombres qui se multiplient ou qui changent d’échelle). Nous pourrions presque fermer les yeux et laisser notre esprit se frayer un chemin dans ce monde dystopique.

C’est immersif (je me répète), mais pas agressif. C’est convaincant mais pas donneur de leçons.

Trente-cinq minutes. Une parenthèse, certes. Mais comme le dit l’adage, plus c’est court, plus c’est bon. (et je ne fais aucun clin d’oeil, je ne me permettrais pas… pas ici en tout cas)

 

GUERRE, ET SI ÇA NOUS ARRIVAIT ?

Auteur : Janne Teller

Metteur en scène : Laurent Maindon (Le Théâtre du Rictus)

Interprète(s) : Marion Solange-Malenfant, Claudine Bonhommeau

Assistante mise en scène : Marion Solange-Malenfant – Lumières et Manipulation : Jean-Marc Pinault – Bande son : Jérémie Morizeau – Diffusion : Virna Cirignano

Jusqu’au 28 juillet 2019 (sauf les 8, 15 et 22) à 9h50 à Présence Pasteur (Avignon Off)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le vendredi 12 juillet 2019 à Présence Pasteur (Avignon Off)

Prix de ma place : invitation

 

(avant, pendant, après)

9h50… Je crois n’avoir jamais vu un spectacle aussi tôt ! Je me souviens de ce dimanche où mon père et moi étions allés à la séance de 10h voir « Il faut sauver le Soldat Ryan ». En visionnant la scène du débarquement hyperréaliste, j’avais failli rendre mon petit déjeuner…

La vérité, c’est que je ne pense à rien d’autre pendant le spectacle. Je veux dire, à rien d’autre qu’au spectacle. Pourtant j’en aurais des choses à penser…

Je bois un petit café dans la cour de Présence Pasteur, je tourne la tête… Cette tête, pas la mienne, me dit quelque chose… Un parent d’élève. Une comédienne. Il y a dix ans. Elle me regarde, je la regarde. Non non, je ne te reconnais pas ! J’ai pris cette tête-là.

Trouble (Turbulences Cie ! / Cie HVDZ / LaScierie / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« Initié dans une réflexion libre à la lecture d’écrits de Michel Foucault, le projet s’est construit à travers une coopérative de création sous la direction de Philippe Duban et Didier Cousin. « Trouble » propose une plongée historique atypique autour de l’histoire de la folie qui résonne avec notre époque actuelle. Sur scène, un orchestre d’une quinzaine de musiciens en live, des projections d’images, un trapèze et un chœur d’acteurs danseurs et chanteurs. » (source : ici)

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Crédits photos : DR

(ceci n’est pas une critique, mais…)

« Nos difficultés, grâce au théâtre, deviennent des choses positives. »

Je l’ai déjà écrit ici ou là, pendant trois ans, j’ai joué avec, notamment, des personnes atypiques qu’on appelle aussi autistes. Nous racontions des histoires sans mettre en avant la particularité des interprètes. Ici c’est tout le contraire, même si le résultat final est le même : Ils ont aussi le droit d’être là et peuvent tout à fait nous émouvoir, nous faire réfléchir…

« « Être comme nous » ou ne pas être. »

Le parti-pris est audacieux. On y parle de la position de la société face à ce qui nous parait différent. En cela, on pourrait aisément élargir le propos à ce que l’on voit en Méditerranée et ailleurs, tous les jours, dans nos journaux télévisés.

Plus important encore, il n’ y a pas de course à l’émotion. Jamais on n’est mal à l’aise, jamais nous ne sommes témoins de démonstrations voyeuristes. Tout est fait avec la plus grande sincérité et générosité possible.

De plus, il devient rare de voir autant de personnes sur scène (une petite trentaine), des chanteurs, des musiciens, des poètes, des acrobates… Il est aussi admirable de voir que les rouages de ce spectacle singulier sont parfaitement huilés, chaque chose est à sa place, chaque artiste sait ce qu’il a à faire. Des personnalités se révèlent : une chanteuse lyrique qui reprend « Joe le taxi » de Vanessa Paradis ici, un poète qui parle des interdits là, ce morceau original piano voix d’un des membres du groupe qui clame haut et fort son autonomie avec un enthousiasme communicatif.

Il est beau de voir que ce spectacle, fruit de trois ans de labeur, est porté majestueusement et de manière professionnelle par tous ses participants.

Et parce que tout se termine en musique, le public est invité à rejoindre les artistes sur scène.

Alors on danse, alors on se mélange, alors on est ensemble.

 

TROUBLE

Mise en scène  Didier Cousin

Conseiller artistique  Guy Alloucherie

Conception, mise en chantier  Philippe Duban

Comédiens, chanteurs et musiciens : Aleksandar Boskovic, Alexandre Bordes, Alexis Baert, Anaïs Landier, André Pereira Da Silva, Arnaud Ndi, Benjamin Lesieur, Brahima Niakate, Charles Pham, Charli Aveilla, Charline Abderemane, Cyrille Ndedy, David Simon, Fabienne Lavanchy, Guénolé Lebrun, Harvey Goma Kouka, Marlène Parada, Martial Nakouzebi, Matthias Bloess, Meschac Assou Sakpa, Mounir Issa, Moussa Diaby, Olivier Martin, Olivier Poindron, Otto Nyap, Philippe Duban, Thomas Carrasqueira, Thomas Dubois, Vanessa Valentin

Composition musicale  Patricio Wang – Chorégraphie  Fatiha Mellal – Trapèze  Laetitia Rancelli – Création vidéo  Bénédicte Alloing – Plasticienne  Magali Brien – Direction et interprétation musicale  Gilles Wolff – Régie lumière  Rudy Sanguino – Régie vidéo et son  Léa Schwebel – Costumes  Sarah-Jane Sheppard

du 5 au 14 juillet à 14h (sauf le 9) à LaScierie (Avignon Off)

 

Vu le jeudi 11 juillet 2019 à 14h à Lascierie, Avignon Off

Prix de ma place : invitation

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

(avant, pendant, après)

Une des raisons pour laquelle je me rends à ce spectacle est que j’ai côtoyé un des artistes, Arnaud, pendant trois ans avec Le Laboratoire à Théâtre. Ce gars-là est capable d’imiter n’importe qui, moi le premier. Mon intonation, mes hésitations…

Dans la fausse vie, je suis professeur des écoles. Un jour, je pris un rendez-vous avec l’inspecteur en charge des relations humaines pour discuter d’une éventuelle reconversion. Je lui fis part de mon envie de théâtre et pourquoi pas d’en faire avec des personnes à part. Il me regarda et me dit : « Vous ne préfèreriez pas en faire avec vos élèves, plutôt ? »

Après le spectacle, je félicite Arnaud. Il me reconnait immédiatement, me serre la main avec vigueur et dit : « Tu as arrêté le théâtre, tu en as fait entre 2013 et 2016, il faut changer, il faut faire autre chose ! » Je souris. Il a toujours eu une meilleure mémoire que moi.

Marx et la Poupée (Maryam Madjidi / Raphaël France-Kullmann / Artéphile / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« Depuis le ventre de sa mère, Maryam vit de front les premières heures de la révolution iranienne. Six ans plus tard, elle rejoint avec sa mère son père en exil à Paris. À travers les souvenirs de ses premières années, elle raconte l’abandon du pays, l’éloignement de sa famille, l’effacement progressif du persan au profit du français avant de le retrouver pleinement. Maryam Madjidi raconte avec humour et tendresse les racines comme fardeau, rempart, moyen de socialisation, et même arme de séduction massive. » (source : ici)

Photo-Marx-et-la-pourpée-2©Bendsphoto
@bendsphoto

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Au départ, il y avait ce roman « Marx et la poupée », écrit par Maryam Madjidi. Le hasard a fait que je la rencontrasse il y a dix ans de cela (pas sûr sûr de l’emploi du subjonctif). L’histoire ne nous dira pas si j’aurais lu son roman sans cette rencontre. Là n’est pas la question, son livre est un petit bijou littéraire, enjoué, dynamique… (et publié par le Nouvel Attila et chez Jai lu en poche)

Les artistes à l’origine de cette forme théâtrale sont resté.e.s très fidèles au matériau original. Trois jeunes femmes sont sur scène, côte à côte : une récitante (Elsa Rozenknop), une musicienne (Clotilde Lebrun à la basse guitare loop) et (c’est ce qui fait le sel de ce spectacle) une interprète en langue des signes (Aude Jarry). Celle-ci sera d’ailleurs mise en lumière durant toute la première partie du spectacle (ses acolytes restant, de fait, un temps dans l’ombre). L’interprète LSF allie expressivité et grâce, on en vient même à ne plus écouter l’histoire (un peu comme dans les pièces en langue étrangère durant lesquelles on se convainc qu’on parle cette langue !)

Au moment où ce dispositif aurait pu lasser, les lignes bougent : la voix et le regard d’Elsa Rozenknop reviennent progressivement dans le jeu. Son débit, son rythme et surtout son investissement emmènent le spectacle un cran au-dessus.

M’est revenue en mémoire une pièce que j’ai vue l’an passé, « Pas pleurer » d’après le roman de Lydie Salvayre au théâtre des Doms qui adoptait une configuration similaire (voix et musique), dans lequel j’avais vu cette même implication.

Même si la forme n’est plus si originale (c’est quelqu’un qui va trop souvent au théâtre qui le dit), tant que les interprètes y mettent autant de coeur, on peut y aller (presque) les yeux fermés.

 

MARX ET LA POUPÉE

Texte : Maryam MADJIDI

Interprétation : Elsa ROZENKNOP, Aude JARRY, Clotilde LEBRUN Et la voix de Maryam MADJIDI

Mise en scène : Raphaël FRANCE-KULLMANN

Collaboration LSF : Sylvanie TENDRON / Lumières : Amandine RICHAUD / Costumes : MOOD-EH / Diffusion : Cathie SIMON-LOUDETTE / Les Audacieuses

du 5 au 27 juillet 2019 au Théâtre Artéphile (relâche les dimanches 7, 14 et 21)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le jeudi 11 juillet 2019 à 11h45 au Théâtre Artéphile

Prix de ma place : invitation

 

(avant, pendant, après)

Je me souviens de cette représentation de « Jean la Chance » d’après Brecht par  François Orsoni. La pièce était traduite en langue des signes. Les deux interprètes étaient transcendés par la vivacité de la pièce et des acteurs (Clotilde Hesme en tête). Parfois mon regard restait bloqué sur ces corps hyper expressifs. Beau, beau !

Je repense à ma propre prestation lors du spectacle des Infiltré.e.s saison 2 que j’ai eu le malheur de visionner hier… Je cligne trop des yeux. Tout est dans le clignement. Ou plutôt, dans le non-clignement. Les comédiennes présentement sur scène ne clignent jamais des yeux, y a les larmes qui montent, bim émotion ! Je ne suis définitivement pas au niveau.

« Maryam, on s’est rencontré le soir de mon anniversaire. J’avais trente ans. Le 14 septembre prochain, je fête mes quinze ans de vie parisienne et accessoirement mes quarante ans et neuf mois moins deux jours de vie tout court, dis, tu viens ? »

Hercule à la plage (Fabrice Melquiot / Mariama Sylla / 11 Gilgamesh Belleville / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« India, Melvil, Angelo et Charles. Enfants ensemble sous les peupliers, puis adolescents sur une plage inoubliable ; devenus adultes, ils se sont perdus de vue. Pour elle, ils ont tenté d’être aussi forts qu’Hercule, ils ont accompli des exploits qui semblaient fous. C’était la fille dont tout le monde rêve, aimée par trois garçons moyens. Un jour, India a déménagé et emporté avec elle l’amitié à la vie à la mort, les premiers élans d’amour et les jeux d’enfants. » (source : ici)

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Crédits photos : Ariane Catton Balabeau

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Nous voilà encore dans un rêve éveillé : des enfants adolescents joués par des adultes, entre une plage et une forêt, à différentes périodes de leurs vies. On commence par s’y perdre, un peu comme les personnages qui ne savent pas trop où ils sont, dans cette (vraie) obscurité qui tarde à s’éclaircir, si peu commune au théâtre.

Et quand la lumière fut, le rythme de la pièce s’emballe, entre travaux herculéens pour plaire à la fille de nos rêves et souvenirs qui s’entrelacent.

« Quand on raconte un souvenir, des fois on l’invente. »

« De toi, je ne guérirai jamais. »

Ce qui est étonnant chez Fabrice Melquiot (j’ai seulement vu « Les Séparables » en décembre dernier au Théâtre de Vidy-Lausanne), grandement aidé par la mise en scène ludique de Mariama Sylla et le jeu dynamique et sincère des quatre comédiens (Raphaël Archinard, Julien George, Hélène Hudovernik et Miami Themo jouent, ça veut bien dire ce que ça veut dire), c’est de voir à quel point il parvient à nous toucher au coeur en évoquant cette normalité des êtres, ces amitiés éphémères qui nous marqueront à jamais et les films que l’on peut se faire…

 

HERCULE À LA PLAGE

Texte Fabrice Melquiot

Mise en scène Mariama Sylla, assistée de Tamara Fischer

Avec Raphaël Archinard, Julien George, Hélène Hudovernik, Miami Themo

Scénographie Khaled Khouri – Lumière Rémi Furrer – Costumes Irène Schlatter – Création univers sonore Simon Aeschimann – Régie plateau Gabriel Sklenar en alternance avec Ian Durrer – Régie son Benjamin Tixhon – Régie lumière Théo Serez – Maquillages Katrine Zingg – Peinture des décors Valérie Margot – Construction Les Ateliers du Lignon – Genève

Production Théâtre Am Stram Gram – Genève

Jusqu’au 26 juillet 2019 à 10h10 au 11 Gilgamesh Belleville – Avignon Off (sauf les 10, 17 et 24)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito 

Vu le jeudi 11 juillet 2019 au 11 Gilgamesh Belleville à 10h10

Prix de ma place : invitation

 

(avant, pendant, après)

Hercule… On parle du demi-dieu Grec ou du copain de Pif ? Avant je confondais Fabrice Melquiot et David Lescot, mais ça c’était avant.

Jukebox : Dans la pièce, on fait référence à l’India Song. On chante du Cabrel. On entend « Wannabe » des Spice Girls. Vais-je vous confier que je suis allé voir en salle à sa sortie le film Spiceworld ou que j’ai dansé sur cette même chanson il y dix jours précisément ?

Elle fait semblant de ne pas me voir, je fais semblant de ne pas la voir, nous faisons semblant de ne pas nous voir.

Le Groenland (Pauline Sales / Sylvie Boutley / Salle Roquille / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« Cartographie d’une intimité. Monologue d’une femme qui perd le contrôle de sa vie, mais juste le temps d’une nuit … le temps d’aller au Groenland et de revenir… Théâtre d’une parole ironique. Elle fugue à travers les rues d’une ville, la nuit, en compagnie de sa fille, sa chouette son loup. Elle veut l’emmener au Groenland, un pays lointain, un retour à des origines esquimaudes ou un désir qui insiste. » (source : ici)

le-groenland

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Dans la petite boîte noire intime de la Salle Roquille (ou le secret le mieux gardé d’Avignon) se joue une pièce qui mériterait qu’on s’y attarde.

On vit la pièce comme un rêve éveillé. Un monologue. Un dialogue avec une enfant qui n’existe peut-être pas. Toujours une histoire de je(u).

La mise en scène sobre et exigeante de Sylvie Boutley laisse la place au jeu clair et maîtrisé de Clarisse Hagenmuller (qui reprend cette pièce créée en 2006 avec une autre mise en scène). Chaque geste, chaque mouvement parait calculé. Même si la logorrhée (forcément verbale, clin d’oeil au texte qui se permet ce pléonasme), écrite par Pauline Sales, y tient une place de choix, il y a un remarquable travail corporel, presque invisible, tout en retenue. Sans oublier une création musicale qui souligne très finement le parcours de cette femme.

Certain.e.s rêvent du Brésil. Ici, c’est le Groenland.

 

LE GROENLAND

Écriture Pauline Sales

Interprétation Clarisse Hagenmuller

Direction d’actrice et scénographie Sylvie Boutley

Bande son originale Stéphane Clor – Vidéo Marc Linnhoff – Lumières Raphaël Siefert

Compagnie Indigo Théâtre

jusqu’au 28 juillet (sauf les 8, 15 et 22) à 21h à la Salle Roquille (Avignon Off)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le mercredi 10 juillet 2019 à la Salle Roquille (Avignon Off)

Prix de ma place : 17€ (tarif plein)

 

(avant, pendant, après)

Quand je rentre dans cette salle, plus qu’aucune autre, me revient toujours cet été 2001 durant lequel j’ai joué dans cette petite boîte noire, deux fois par jour, du Ronald Laing et du Fernando Pessoa.

Quand je suis dans cette salle, plus qu’aucune autre, me revient toujours cet été 2001, durant lequel nous avons joué devant une seule spectatrice ce spectacle d’après les poèmes d’Alvaro de Campos et les textes de Bernardo Soarès, souvenir impérissable.

Quand je sors de cette salle, plus qu’aucune autre, me revient toujours cet été 2001… Parce qu’on revient toujours en certains lieux, parce que reviennent toujours les mêmes souvenirs. On ne peut s’en empêcher.

5es Hurlants (Raphaëlle Boitel / La Scala Paris)

(de quoi ça parle en vrai)

« Après avoir travaillé sous la direction de James Thierrée, d’Aurélien Bory et de Marc Lainé, Raphaëlle Boitel réunit pour sa troisième création cinq circassiens de différentes cultures, unis par une même expérience au sein de l’Académie Fratellini. Sur scène, dans un espace brut, noir et métallique à l’image d’un hangar, d’un chapiteau ou d’une usine, cinq personnages évoluent sous nos yeux : une femme indécise, une furieuse compulsive, un paranoïaque «ornithophobique», un équilibré qui glisse et un introverti hystérique. En envisageant leur agrès comme un alter ego mécanique avec lequel ils doivent partager leur vie, ils s’élancent, chutent, se soutiennent et se relèvent, sur des airs de Verdi, de Bach, ou même dans un silence brut. »

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Crédits photos : Georges Ridel

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Il y a des spectacles dont on sait dès la première minute qu’ils nous plairont : ici, les deux régisseurs plateau du spectacle entrent sur scène, marchent en direction d’un projecteur et le dirigent vers la scène. Ce n’est pas grand chose et pourtant c’est ce qui fait la différence. Hormis les acrobaties, la mise en abyme, le « j’essaie, je tombe, je me relève », j’y vois également un magnifique hommage aux régisseurs, ces personnes de l’ombre qui agissent avec la plus grande humilité. Car les artistes sur scène ne pourraient pas faire grand chose sans eux. Et ici, les régisseurs font partie intégrante du spectacle. Certes, l’un d’entre eux est interprété par le collaborateur de longue date de Raphaëlle Boitel (j’ai lu ça) Tristan Baudoin, qui a fait un magnifique travail sur les ombres et lumières. Il n’empêche, ils sont aussi passionnants à observer que nos circassiens chéris.

Mais j’y viens. On pourrait penser que nous ne voyons rien d’extraordinaire : un fil-de-fériste, un jongleur de balles (même pas des torches en flamme ou des couteaux), une acrobate au cercle aérien, un sangliste (ce mot n’existe toujours pas), une danseuse-acrobate… mais quand on y pense, je dirais même plus, quand on y réfléchit… Ce fil-de-fériste qui joue l’hésitation, la maladresse est incroyable de maîtrise (demandez à un acteur de jouer faux, ben ce n’est pas si évident), le jongleur de balles, même avec une seule balle met tellement d’intensité dans son jeu, comme si sa vie en dépendait… Je pourrais multiplier les exemples… Je ne parlerai pas du dernier tableau avec cette acrobate arachnéenne qui m’a totalement ému et bluffé. Ce que je veux dire, c’est que c’est à la fois d’une simplicité désarmante mais aussi et surtout d’une perfection impressionnante pourtant touchante. La chorégraphie mise au point par Raphaëlle Boitel (que j’avais plus qu’appréciée il y a dix ans de cela chez James Thierrée et Marc Lainé) est remarquable de précision et de poésie.

Ce qui finit par nous séduire définitivement, c’est de constater que l’artiste n’est jamais seul, qu’ils sont tous ensemble, chacun pour tous.

(qu’il est bon de terminer sa saison parisienne avec un tel spectacle !)

 

5ES HURLANTS

conception, mise en scène Raphaëlle Boitel

avec Tristan Baudoin, Salvo Cappello, Alejandro Escobedo, Clara Henry, Loïc Leviel, Nicolas Lourdelle, Julieta Salz

collaboration artistique, scénographie et lumière Tristan Baudoin – musique originale Arthur Bison – régie plateau Nicolas Lourdelle – régie son Arthur Bison – constructions Silvère Boitel – aide à la création son et lumière Stéphane Ley, Hervé Frichet – costumes Lilou Hérin

Production Cie L’Oublié(e) – Raphaëlle Boitel, avec le précieux soutien de l’Académie Fratellini, la SPEDIDAM et la région Occitanie

Jusqu’au 20 juillet 2019 à la Scala Paris

 

(une autre histoire)

Je compte sur mes doigts tout ce que je dois encore faire d’ici mon départ en vacances. Je suis bien fatigué. Chaque fin d’année, je dis la même chose, faut que je me calme. Je dois écrire ci, je dois écrire ça, sans compter le déménagement, la gestion quotidienne des personnes dont je dois continuer à m’occuper, lire, répondre, voir les gens parce que c’est la fin, préparer les vacances, conserver aussi des plages de totale inactivité (moi qui n’aime pas rester sur le sable à bronzer).

Deux heures avant le début du spectacle, je m’écroule sur mon lit. Je ne veux pas y aller. Je dors un petit quart d’heure. Je veux rester dans mon lit.

Ça me fait penser à ces soirées où on ne veut pas aller, parce que pas envie de se mélanger aux gens, de converser, de sourire. Finalement on y va et on ne le regrette pas. Ben là c’est pareil. Je ne regrette pas de m’être levé, d’avoir pris le métro un 4 juillet, d’avoir marché de la Gare de l’Est au théâtre. J’ai même croisé quelqu’un que je connaissais et je lui ai parlé ! J’ai aussi croisé quelqu’un que je connais sans connaître mais je n’ai pas osé lui parler, on ne se refait pas.

Ceci était officiellement mon 300e article. Va falloir que je change tout ça.

 

Vu le jeudi 4 juillet 2019 à la Scala Paris

Prix de ma place : 18€ (cat 1 – demi tarif pour les premières)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito