Belgium Rules, Belgian Rules (Jan Fabre / La Villette)

(quand on ne lit pas la bible)

Belgium rules, Belgian rules ? Oh un jeu de mots ? Les règles de la Belgique ou bien la Belgique et les Belges, ils assurent ! (dit-il en levant ses deux pouces)

(de quoi ça parle en vrai)

« Bienvenue en Belgique ! Jan Fabre s’empare de son pays pour en faire un portrait chaleureux et ironique. On compte 117 nationalités à Anvers, c’est plus qu’à New-York. Dans ces différences, il y a une unité qu’exaltent Jan Fabre et ses quinze interprètes à coup de bière, de corps, de fougue et de souveraine singularité. Contre la montée des nationalismes, le metteur en scène célèbre l’esprit naturellement critique des Belges, leur anticonformisme vigoureux, leur soif de chair et de vie. Il dessine cet étrange royaume où l’on parle trois langues, où le multiculturalisme et le multi-nationalisme sont des faits. Ici, plus que la loi, la règle ou les mots, c’est l’image qui sert de guide, inspirée par les artistes visuels qui ont jalonné l’histoire du pays, des primitifs flamands aux surréalistes, de Jérôme Bosch aux auteurs de bande-dessinée. Tableaux et esthétiques se succèdent et se tissent pour écrire un récit organique, aux antipodes des peurs et des replis identitaires. (source : ici)

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Crédits photos : Wonge Bergmann

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je mentirais si je disais que je suis un spécialiste de Jan Fabre. J’ai seulement vu quatre de ses spectacles, le premier étant « Je suis sang » à Avignon en 2001 alors que j’étais dramatiquement puceau (comprenez cela comme vous le souhaitez) et que j’aimerais revoir aujourd’hui avec tout ce que je sais désormais, sur la vie, l’amour et les vaches. Pourtant je ne peux m’empêcher de penser que Jan Fabre nous a concocté ici un « Belgium Rules, Belgian Rules » proche d’un Mount Olympus light. (Pour rappel, Mount Olympus était une performance de 24h : mes chroniques ici et )

Jan Fabre teste toujours autant la résistance de ses artistes que celle des spectateurs : nombre d’entre nous ont quitté la salle tout au long de la performance (3h45 sans entracte sur les banquettes de la Villette, ça fait mal au cucul à la longue ou bien est-ce moi qui suis devenu particulièrement douillet). On a également retrouvé ces scènes où les danseurs scandent ces fameuses règles en exécutant en boucle des exercices de musculation (variante de la corde à sauter dans Mount Olympus) : et ça dure… et ça dure… (« oh, qu’ils sont résistants, oh c’est touchant, ils se donnent vraiment à fond ! »… mais c’est alors qu’on crie « Déjà-Vou »)

Certaines scènes ont également pour objectif de tester notre sens olfactif : encens et bière à gogo (si je devais faire du mauvais esprit, je dirais que c’était de la Tourtel et non une bière d’abbaye).

Alors oui, il y a des tableaux très beaux, hypnotiques même, comme celui des drapeaux (je me suis souvenu qu’en CM2, j’avais participé à la Fête du Stade : c’était au Stade Vélodrome de Marseille et les écoles participantes devaient exécuter une chorégraphie sur une musique de Jean-Michel Jarre. Nous avions chacun deux drapeaux que nous faisions virevolter, tournoyer…). On voit des danseur.ses légèrement vêtu.es (surtout les filles… tiens donc… je ne vais pas me plaindre, hein… mais quand on y pense… je dirais même, quand on y réfléchit…), on y fait gicler la bière, on retrouve ces scènes durant lesquelles les danseur.ses font de la muscu, une dame qui fait pipi… Les passages parlés sont les moins intéressants. Ceci étant dit, les numéros collectifs sont toujours aussi enthousiasmants (avec du Stromae, du Jacques Brel, de la techno style pompier et du Adamo en fond sonore) et parfaitement exécutés.

Pour résumer, dans cette histoire historique et culturelle de la Belgique qui oscille entre amour et haine du plat pays, qui n’hésite pas non plus à égratigner sa politique colonialiste (comme tant d’autres), Jan Fabre fait ce qu’on attend de lui et ce n’est pas suffisant.

(Et je suis curieux de savoir ce qu’en pensent les Belges… Les applaudissements furent plutôt mous hier soir par chez nous…)

 

BELGIAN RULES, BELGIUM RULES

Une production Troubleyn/Jan Fabre

Avec : Lore Borremans, Annabelle Chambon, Cédric Charron, Anny Czupper, Conor Doherty, Stella Höttler, Ivana Jozic, Gustav Koenigs, Chiara Monteverde, Andrew Van Ostade, Pietro Quadrino, Annabel Reid, Ursel Tilk, Irene Urciuoli, Kasper Vandenberghe

Concept, Mise-en-scène: Jan Fabre
Texte: Johan de Boose
Musique: Raymond van het Groenewoud (Belgian Rules et Vlaanderen Boven/Wallonie d’abord); Andrew Van Ostade (toutes les autres musiques)

Dramaturgie: Miet Martens

Assistante à la dramaturgie: Edith Cassiers – Technicien en chef: André Schneider – Chargé de production: Liesbeth Plettinckx – Régisseur lumières: Wout Janssens – Régisseur plateau: Randy Tielemans and Kevin Deckers  – Régisseur son: Tom Buys
Costumes: Kasia Mielczarek, Maarten Van Mulken, Jonne Sikkema, Les Ateliers du Théâtre de Liège, Catherine Somers (chapeaux de carnaval) – Accessoires : Alessandra Ferreri

Jusqu’au 24 mars 2019 à la Grande Halle de la Villette et les 12 et 13 avril 2019 au Théâtre des Salins à Martigues.

 

(une autre histoire)

C’est drôle, parfois, le cerveau humain. J’ai rêvé d’elle les trois nuits suivant notre séparation. Genre de rêve que tu fais au petit matin et qui te suit toute la journée. Comme dans un état second. Et t’es pas bien. Et t’es d’humeur mélancolique. « Ça va ? – Ça peut aller. » Je n’ai jamais su mentir. Je sais bien que cette question n’est que pure rhétorique, mais je ne sais plus sourire et dire : « Oui, ça va. »

J’ai supprimé toute trace (matérielle) d’elle. Photos, lettres. Elle habite quelque part à Bruges, mais je ne me souviens même plus de l’adresse exacte. C’est quoi le mot, déjà, quand on fait tout pour passer à autre chose, quitte à oublier ?

Je l’ai rencontrée ici, mais elle habite là-bas. Je ne me suis jamais rendu là-bas. Parfois je me dis que j’irais bien à Bruges. Qu’au détour d’une rue, même vingt-quatre ans après, je la croiserais. Elle parlerait toujours aussi bien français. Je lui ferais un tour de prestidigitation, elle rirait.

Je l’imagine faire le trajet inverse, aller là où je vivais à l’époque et me chercher en vain.

Parfois j’ai cette cruelle impression que je suis le seul à chercher, à ressasser.

 

Vu le vendredi 22 mars 2019 à la Grande Halle de la Villette, Paris

Prix de ma place : 12€ (tarif personnel Villette – mais c’est pas moi)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

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À quelle sauce… (printemps 2019)

Le printemps est déjà là. Ce n’est pas moi qui le dis mais le réchauffement climatique. Je prends donc le temps de vous donner ma sélection des spectacles et autres concerts qui me donnent envie ou que j’irai voir. Je suis devenu très sélectif, et pas seulement pour des raisons économiques (un grand périple entre le Québec et St Pierre et Miquelon avec très peu de spectacles à l’intérieur se prépare pour cet été après mon séjour traditionnel à Avignon) : je fais ce que je dis, je ralentis la cadence.

Selon la formule consacrée, évidemment, cette liste sera amenée à muter, selon mes envies, mes humeurs, ma tirelire, les propositions… (liste parisienne et francilienne uniquement, désolé…)

MARS

J’y suis déjà allé

Saison Sèche : Enfin je vois un spectacle de Phia Ménard et à Marseille, qui plus est… et l’article est par .

J’irai voir 

Hernani, c’est un scandale ! : Un peu de copinage ne peut faire de mal, on va voir la mise en scène de Judith Policar qui écrit aussi par ici (à l’Université Sorbonne Nouvelle, dans le cadre du Festival À contre sens – les mardis 12 à 21h et 19 à 13h30)

Le Direktor : Ou l’adaptation d’un film méconnu de Lars Von Trier par un metteur en scène suisse inconnu de moi… (au Théâtre de la Bastille – du 12 mars au 4 avril)

Belgian Rules : C’est le retour de Jan Fabre à la Grande Halle de la Villette, avec un spectacle de grande envergure, mais beaucoup moins long que son Mount Olympus. L’ambiance y sera-t-elle aussi survoltée après les accusations portées à son encontre ? (à la Grande Halle de la Villette – du 22 au 24 mars)

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La Légende de Bornéo : Auréolé d’un bouche à oreille flatteur après le film « Tout ce qu’il me reste de la révolution », le collectif L’Avantage du Doute revient au théâtre avec la reprise de cette pièce. Etonnant de voir le Théâtre de l’Atelier appliquer ce que fait le Théâtre de la Porte St Martin ou la Scala (programmer des pièces créées dans le théâtre subventionné) et ce collectif s’aventurer dans le théâtre privé… (du 19 mars au 4 mai – Théâtre de l’Atelier et aussi cet été dans le Off d’Avignon au Théâtre des Carmes)

J’irai peut-être voir

La Collection : De Harold Pinter par Ludovic Lagarde avec Mathieu Amalric, Micha Lescot, Laurent Poitrenaux, Valérie Dashwood, quatre étoiles (Bouffes du Nord – jusqu’au 23 mars)

Bells & Spells : Après le grand-père, les parents, le frère, je demande la soeur : Aurélia Thierrée. Certes un peu réducteur, même si la mère (Victoria Thierrée) a créé le spectacle. Mais c’est assurément un rêve éveillé auquel nous allons assister. (jusqu’au 12 mai –  Théâtre de l’Atelier)

Apocalypse Bébé : Despentes au théâtre, encore (Paris Villette – du 12 au 28 mars)

Chanson douce : Pauline Bayle a le vent en poupe, avant la reprise d’Iliade Odyssée à la Scala… (au Studio – Comédie Française – du 14 mars au 28 avril)

Le Fils : Par Marine Bachelot Nguyen. Pas celui de Florian Zeller, je ne suis pas maso… enfin… (Théâtre du Rond Point – du 19 mars au 14 avril)

Loretta Strong : Copi dont, étonnamment, je n’ai vu aucune adaptation par les Divins Animaux, une mise en scène de Florian Pautasso avec la troublante et singulière Stéphanie Aflalo. (du 21 au 23 mars – à l’Etoile du Nord)

Potentia Gaudendi : Par Gurshad Shaheman, je sais déjà que sauf miracle je ne pourrai pas le voir, mais j’en ai eu de très bons échos, made in Marseille, car avec des élèves de l’ERACM. (Nouveau Théâtre de Montreuil – 21 et 22 mars)

Le Voyage de G. Mastorna : Marie Rémond poursuit sa collaboration avec la Comédie Française après le génial « Comme une pierre qui »… Elle prend comme matériau de départ un film de Federico Fellini qui n’a jamais existé. (du 28 mars au 5 mai au Vieux Colombier – Comédie Française)

Evel Knievel vs Macbeth : Une pièce de Rodrigo Garcia est toujours intéressante, parce qu’il y a toujours une parole, des idées à retenir. (à Nanterre Amandiers – du 29 mars au 7 avril)

Dans le rayon des concerts, on peut citer The Cinematic Orchestra, un (autre) rêve éveillé (Casino de Paris – 18 mars) ; Balthazar, la pop belge classe (Casino de Paris – 25 mars) ; Camp Claude, juste pour l’envie de découvrir (Maroquinerie – 27 mars) ; O – Olivier Marguerit, voir tout  seul celui que j’ai vu à plusieurs avec Syd Matters ou My Girlfriend is better than yours (FGO Barbara – 28 mars)

J’ai déjà vu (et je conseille)

Raoul : James Thierrée, point. (Scala – jusqu’au 20 mars et c’est complet)

Les Damnés : La reprise d’un grand spectacle… faudrait que je relise ma chronique(du 20 mars au 2 juin – à la Salle Richelieu – Comédie Française)

Je devais aller voir

La Trilogie de la Vengeance : Ou la nouvelle création de Simon Stone qui m’avait grandement séduit avec son adaptation très personnelle des Trois Soeurs… Je devais car la représentation à laquelle je devais me rendre a été annulée. C’est une création, ils n’étaient pas prêts… Ont-ils été présomptueux ? Réunir une bande d’acteurs pas forcément habitués à travailler ensemble, sur de l’écriture au plateau, qui plus est… Avec un metteur en scène australien – je ne sais finalement pas s’il parle français… Bref, j’avais profité de la place d’une amie en vacances qui échangera sûrement pour un autre jour. Avec ou sans moi ? (d’après les premiers retours, l’attente vaut la peine) (aux Ateliers Berthier – Odéon Théâtre de l’Europe – du 13 mars au 21 avril)

AVRIL

J’irai voir

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The Hidden Force par Ivo Van Hove (photo : Jan Versweyveld)

The Hidden Force : Ivo Van Hove, voilà. Avec sa troupe hollandaise en prime. (à la Grande Halle de la Villette – du 4 au 11 avril)

Body Roots / Rising (Shira Eviatar) + Hard to be soft – A Belfast Prayer (Oona Doherty) + Sunbengsitting (Simon Mayer) + Hymen Hymne (Nina Santes) : On pourrait penser que le Théâtre de la Bastille se repose un peu trop sur le tg STAN ou Tiago Rodrigues pour composer sa programmation, mais c’est sans compter ces temps forts autour de la danse qui donnent un éclairage sur des grands chorégraphes en devenir. Un risque mais l’assurance  de trouver la pépite de ces prochaines années. (au Théâtre de la Bastille en collaboration avec l’Atelier de Paris / CDCN – du 8 au 18 avril)

JR : J’avais raté leur Pays de Nod, je compte bien découvrir cette fois-ci ce collectif FC Bergman (à la Grande Halle de la Villette – du 12 au 16 avril)

Kreatur : Malgré l’accueil très réservé l’été passé à Avignon, j’ose m’aventurer dans l’univers de Sasha Waltz. (toujours à la Grande Halle de la Villette – du 17 au 20 avril) (j’aime ces soirées qui se passent à 7 min à pied de chez moi…)

J’irai peut-être voir

Affordable Solution for Better Living : Ça m’intrigue (CentQuatre – 5 et 6 avril)

Je suis Fassbinder : Par Falk Richter et Stanislas Nordey  , inratable parait-il (Théâtre du Rond Point – du 5 au 28 avril)

John : Pièce de jeunesse de Wajdi Mouawad, mise en scène par Stanislas Nordey. A quand une belle adaptation d’Alphonse, une autre de ses premières pièces, que j’avais découverte au Fringe Festival d’Edinburgh il y a déjà 9 ans ? (aux Quartiers d’Ivry – du 8 au 19 avril)

Trissotin ou les femmes savantes : Par Macha Makeïeff, sans Maud Wyler mais avec une partie des acteurs qu’on peut voir chez Jean Bellorini (Scala – du 10 avril au 10 mai)

Some Hope for the Bastards : Frédérick Gravel dans un format plus large que les pièces qu’il a l’habitude de nous montrer au Théâtre de la Bastille (Chaillot – du 11 au 13 avril)

Purge Baby Purge : Le Zerep et Marlène Saldana (à Nanterre Amandiers – du 13 au 20 avril)

Méduse : Pour la découverte d’un collectif déjà passé par le festival Impatience et le festival d’Avignon (T2G – du 16 au 10 avril)

Electre/Oreste : Le retour d’Ivo Van Hove au Français… (du 27 avril au 3 juillet à Richelieu – Comédie Française)

Dans les concerts :  Anna Calvi + Shannon Wright, dans le cadre du festival Les Femmes s’en mêlent ou la soirée rêvée (Trabendo – 4 avril) ; Rufus Wainwright, depuis le temps… (Olympia – 5 avril) ; Minimalist Dream House par Katia & Marielle Labèque avec la participation de Thom Yorke (Philharmonie – 7 avril) ; Elisapie, déjà vue et à revoir (Boule Noire – 16 avril) ; Hubert Lenoir, ou la nouvelle sensation québécoise (Maroquinerie – 17 avril) ; Soap & Skin, depuis le temps… (Trianon – 17 avril) ; Sophie Hunger, hypnotisante et émouvante (Gaité Lyrique, 25 avril) ; Glen Hansard, pour ceux qui se souviennent de The Swell Season et du film Once… (Casino de Paris – 27 avril)

J’ai déjà vu (et je conseille)

An Irish Story – Une Histoire Irlandaise : J’en ai déjà parlé, j’ai vu la pièce de Kelly Rivière l’été passé et l’histoire est désormais parisienne avec cette belle série de représentations (au Théâtre de Belleville –  du 3 avril au 30 juin)

MAI

J’irai voir

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Fauves : Ou la nouvelle création de Wajdi Mouawad (Colline, du 9 mai au 21 juin)

Occupation Bastille 3 : Troisième édition d’une occupation artistique qui ne ressemblera en rien à celles de Tiago Rodrigues et l’Avantage du Doute. Et pour cause, c’est l’artiste Nathalie Béasse qui la mènera. L’occasion de (re)découvrir Happy Child, Tout semblait immobile, Roses, Le Bruit des Arbres qui tombent. Et d’autres petites choses sont en préparation, me semble-t-il. (du 13 mai au 29 juin – au Théâtre de la Bastille)

J’irai peut-être voir

Opening Night, : Cassavetes meets Teste feat. Adjani (Bouffes du Nord – du 3 au 26 mai)

Ode to the Attempt / Sweat Baby Sweat : Par Jan Martens ou le genre de chorégraphe que je dois encore découvrir (Théâtre des Abbesses – du 6 au 11 mai)

Je m’en vais mais l’Etat demeure : Par Hugues Duchêne, grand ramdam autour de cette pièce (Scala – du 8 au 12 mai)

Logiqueimperturbabledufou : Par Zabou Breitman et raté lors d’un précédent passage au Festival Off d’Avignon (Théâtre du Rond Point – du 9 mai au 2 juin)

Désobéir : Par Julie Bérès, avec un parfum de F(l)ammes (Paris Villette – du 9 au 19 mai)

L’Ennemi Du Peuple : Nicolas Bouchaud, point. (du 10 mai au 15 juin – à l’Odéon Théâtre de l’Europe)

Contes Immoraux Partie 1 – Maison Mère : Après avoir vu Saison Sèche, je ne peux qu’ajouter ce spectacle à ma liste des envies… (à Nanterre Amandiers – du 13 au 18 mai)

Lostmovements : Par Jan Martens & Marc Vanruxt, si cette année je le rate, je le fais exprès (Nouveau Théâtre de Montreuil / Rencontres Chorégraphiques de Seine St Denis – 17 et 18 mai)

Cataract Valley : Parce que voir un spectacle de Marie Rémond est toujours un ravissement (j’en ai vu trois, je me donne le droit d’énoncer cette vérité) (du 17 mai au 15 juin dans la petite salle des Ateliers Berthier – Odéon Théâtre de l’Europe)

Ce qui demeure : Par Elise Chatauret, parce que je l’avais raté l’été dernier à la Manufacture pendant Avignon Off (Quartiers d’Ivry – du 18 au 28 mai)

Dans les concerts : Jesse Mac Cormack, découvert en 1e partie d’un concert de Patrick Watson, me semble-t-il et pour que je me souvienne d’une première partie, c’est qu’il en valait la peine (Pop Up! – 4 mai) Emilie Kahn, qui a abandonné son harpe Ogden (Café de la Danse – 15 mai) ; Jon Spencer & The Hitmakers, explosif à coup sûr – je ne me lave plus les cheveux depuis qu’il m’a ébouriffé lors d’un concert à emporter dans un atelier du XXe il y a six (?) ans (Maroquinerie – 17 mai) ; Constance Verluca, c’est avec une impatience non dissimulée que je vais découvrir les nouvelles chansons de celle qui chantait « Vive le chocolat, l’héroïne et la vodka ! » (Les Étoiles –  23 mai) ; The Good, The Bad & The Queen, avec Damon Albarn notamment (Bataclan – 27 mai) ; Erik Truffaz Quartet feat. Nya, genre de jazz qu j’écoute (Odéon Théâtre de l’Europe – 27 mai)

J’ai déjà vu (et je conseille)

Iliade / Odyssée, par Pauline Bayle, vus à la Manufacture (Avignon Off) et au Théâtre de la Bastille, repris ici mais avec une nouvelle distribution (Scala – du 21 mai au 2 juin)

Hors Concours

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Les Infilitré.e.s saison 2 : Je joue dedans, c’est une écriture collective, c’est un projet de Marc Woog de la Compagnie Mimesis, c’est les 9 et 10 mai au Théâtre de la Bastille. (hormis des tableaux collectifs, j’aurai la chance  (?) d’interpréter une scène de « Après la répétition » vu cette année dans le même théâtre avec Georgia Scalliet et Franck Vercruyssen du tg STAN.)

JUIN

J’irai voir

Je n’ai aucun billet dans mon escarcelle, une anomalie dans mon histoire spectaculaire…

J’irai peut-être voir

Où la chèvre est attachée : Par Rébecca Chaillon que j’avais ratée au dernier festival Transformes à la Villette (Nouveau Théâtre de Montreuil – du 3 au 6 juin)

Aziz Ansari : Master of None (Olympia – 8 juin)

Soufflette : Par François Chaignaud et la compagnie Carte Blanche, je veux revoir le premier depuis Romances Inciertos (MC93 Bobigny / Rencontres Chorégraphiques de Seine St Denis – les 12 et 13 juin)

Why ? : par Peter Brook et Marie-Hélène Estienne, cela se suffit à soi-même (Bouffes du Nord – du 19 juin au 13 juillet)

The Swan and the Pimp : Par Hillel Kogan, le créateur de I love Arabs (Nouveau Théâtre de Montreuil / Rencontres Chorégraphiques de Seine St Denis – 21 et 22 juin)

Moving with Pina : Par Christina Morganti, comme je ne verrai probablement aucun Pina Bausch cette saison, cela sera peut-être mon lot de consolation (Théâtre des Abbesses – du 25 au 29 juin)

Bon voyage, Bob… : Par Alan Lucien Oyen et surtout le Wuppertal Tanztheater, nouvelle tentative de faire vivre la troupe sans sa créatrice (Chaillot, du 29 juin au 3 juillet)

Dans les concerts :  Julia Holter + Cate le Bon, parce qu’on m’en a dit du bien (Trabendo – 8 juin) ; Chewing-Gum Silence, par le clarinettiste Antonin Tri Hoang (Philharmonie – 15 juin) ; Eve Risser, pianiste inclassable entre jazz et musique contemporaine (Philharmonie – 16 juin) ; Les Innocents, les meilleures chansons pop françaises au monde (Café de la Danse – 19 juin) ; Elton John, non non, vous avez bien lu (20 juin – Bercy) ; Kevin Morby, car on m’en a dit aussi du bien (Cabaret Sauvage – 20 juin) ; Tom Jones, et j’assume totalement (Salle Pleyel – 28-29 juin)

J’ai déjà vu (et je conseille)

Saïgon : Vous pouvez lire ma chronique par ici (du 5 au 22 juin – aux Ateliers Berthier – Odéon Théâtre de l’Europe)

JUILLET

J’irai voir

La Cité Idéale Radieuse et Éternelle : Ou la nouvelle pièce du Laboratoire à Théâtre que j’ai bien connu pendant 3 ans. (MPAA St-Germain – 6 et 7 juillet)

J’irai peut-être voir

Dans les concerts, Cat Power avec H-Burns en 1e partie, en souvenir de plein de choses que je n’écrirai pas ici (Philharmonie – 4 juillet) ; Jonsi & Alex Somers, quand il y a du Sigur Ros quelque part, c’est toujours bon à entendre (Philharmonie, 6 /7 juillet) ; Thom Yorke : Point (Philharmonie – 7 juillet)

Je n’irai pas voir mais j’ai une bonne raison

Since She : Je serai au même moment à Avignon. Et pourtant j’avais très envie de voir ce que Dimitris Papaioannou avait à dire avec les danseurs du Wuppertal Tanztheater. (du 8 au 11 juillet à la Grande Halle de la Villette)

Ps : Je ne dirai pas combien de temps m’a pris la rédaction et la mise en page de cet article, mais je ne le ferai pas tous les jours…

Saison Sèche (Phia Ménard / La Criée)

(quand on ne lit pas la bible)

Saison sèche ? Ou le terrible destin d’agriculteurs français face à la grande sècheresse ?

(de quoi ça parle en vrai)

Contre la loi du mâle, du blanc, du dominateur, Saison Sèche promeut des silhouettes peintes, des corps en guerre, des nus dont le genre s’efface sous la vivacité poignante des couleurs. Comme pour résumer le théâtre à son essence, selon Phia Ménard : de la chair, de la sueur et de la sincérité. Superbe déflagration. (source : ici)

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Crédits photos : Christophe Raynaud de Lage

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je fais du tourisme théâtral. Je ne peux m’empêcher de regarder ce qui est programmé au théâtre là où je passe. En l’occurrence, ici Marseille. La bonne occasion pour enfin découvrir le travail de Phia Ménard.

Le spectacle commence comme ça : Phia Ménard descend les marches de la grande salle de la Criée. Nous la suivons du regard. Micro en main, elle nous observe, attend qu’une retardataire prenne place. Mais que va-t-elle dire ? « Je te claque la chatte. » Noir. Une phrase, à choix multiples. Certains spectateurs de la Criée ont applaudi… La voir prendre la parole et dire cette unique phrase a d’autant plus d’impact. On ressent une urgence. Voilà où nous en sommes. Une façon aussi de dire « Vous allez voir ce que vous allez voir ». A raison. C’est une grande claque qu’on se prend avec cette « Saison sèche ».

Je ne décrirai pas ici dans le détail les différents tableaux de ce spectacle majeur. Mais des images resteront probablement ancrées en moi très longtemps : dans un espace blanc, sur un plateau légèrement incliné, ces corps arachnéens, qui tentent de se relever, de se tenir droit, ce plafond qui monte et descend, ces murs qui suintent, qui explosent…

Phia Ménard & Jean-Luc Beaujault ont imaginé une scénographie ambitieuse et maîtrisée (big up aux régisseurs qui reconstruisent le décor chaque soir) (oui, j’ai osé employer l’expression « big up »). L’ambiance sonore est particulièrement oppressante et nous donne vraiment l’impression que la scène peut imploser à tout moment. Le temps s’étire. Tout se termine en chanson. Velvet Underground « Femme Fatale ».

Bien heureux je fus d’enfin voir un spectacle de Phia Ménard. Un spectacle politique, féministe, de grande envergure. Je reviendrai.

 

SAISON SÈCHE

Dramaturgie et mise en scène Phia Ménard & Jean-Luc Beaujault / Cie Non Nova

Création et interprétation Marion Blondeau, Anna Gaïotti, Elise Legros, Phia Ménard, Marion Parpirolles, Marlène Rostaing, Jeanne Vallauri, Amandine Vandroth

Scénographie Phia Ménard – Composition sonore et régie son Ivan Roussel – Création lumière Laïs Foulc – Régie plateau Benoît Desnos, Adèle Ogier, Rodolphe Thibaud – Costumes et accessoires Fabrice Ilia Leroy – Construction décor et accessoires Philippe Ragot

Prochainement à Gradignan le 7 mars et les 13 et 14 mars à Nantes

 

(une autre histoire)

Je suis devant le Théâtre National de la Criée. A Marseille. J’ai déjà joué là, j’avais dix-huit ans, avec les élèves de l’option théâtre de mon lycée. Un spectacle autour du théâtre absurde qui s’appelait « Absurde, vous avez dit absurde ? » Certains jouaient Ubu Roi, d’autres La Cantatrice Chauve ou Fin de Partie. Un camarade de jeu et moi-même avions fait un hold-up au CDI du lycée sur toutes les pièces de Beckett, Ionesco… Nous avons tout lu. Nous voulions trouver la perle rare. J’ai découvert « L’impromptu de l’Alma » de l’ami Eugène. Nous avons effectué les coupes, redistribué certaines répliques… Notre metteur en scène et notre professeur de lettres nous ont laissés faire.

Parfois je me dis que j’ai raté quelque chose dans ma vie.

Notre professeur voulait que nous répétions le titre du spectacle à la fin de la représentation. Soupir de consternation. J’apporte la musique de Hugues le Bars dans laquelle Ionesco répète qu’il en a marre, sur un air de valse. Je propose qu’on danse sur cette ritournelle. Tout le monde était d’accord, tout le monde était content. Y avait des feuilles aussi qui tombaient du ciel. C’est moi qui le rêve ou bien cela s’est-il vraiment passé ? Je ne sais plus. C’est dommage, il n’y a pas eu de captation de ce soir-là.

J’en ai marre d’aligner des paroles et des paroles.

La veille, une amie de Marseille m’a demandé pourquoi je n’avais pas fait d’études théâtrales à Aix. La veille, une autre amie de Marseille, plus vieille, plus chère, qui était là avec moi, avec nous, sur la scène de la petite salle de la Criée… Je disais quoi ?

Je voudrais bien me reposer.

 

Vu le vendredi 1e mars 2019 à la Criée, Marseille

Prix de ma place : 15€ (tarif CE grâce à l’ami marseillais)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

10 000 Gestes (Boris Charmatz / Nanterre Amandiers)

(de quoi ça parle en vrai)

Utopie de danse où aucun geste ne se répète jamais, 10000 gestes de Boris Charmatz est un torrent ininterrompu parcouru de tremblements et de soubresauts. Ses danseurs sont suédois, américains, turcs, français. Ils ont entre vingt et cinquante ans et ensemble, ils effectuent une myriade de mouvements, crient, chantent improvisent, dans une chorégraphie-scénographie aux allures chaotiques mais méticuleusement bien réglée. Ce moment fou imaginé par Boris Charmatz est un défi sensitif et chorégraphique saturant l’espace de la perception. Inventer un geste, inventer deux gestes, inventer trois gestes, d’accord. Mais inventer dix mille gestes, comment est-ce possible? À l’impossible, nul n’est tenu et surtout pas Charmatz, artiste coutumier des expériences inédites. Il invente ici un kaléidoscope de gestes, un assemblage bigarré, un rêve éveillé pour une danse tour à tour animale, érotique, violente et humaine. Du hip hop au ballet. Comme si c’était la fin du monde et qu’il fallait faire une dernière danse. «Une forêt chorégraphique» peuplée d’êtres ne s’interdisant pas de chanter, de gueuler, d’embrasser, de frapper, d’accoucher, de sauter, de faire un doigt, de tout faire et vite, dans une urgence vitale. Et puis tant qu’à faire, autant le faire sur le Requiem de Mozart ! Avec 10000 gestes, Boris Charmatz transcende l’éphémère beauté de la vie par l’éphémère et foisonnante beauté de la danse. (source : ici)

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Photo de couverture : © Ursula Kaufmann
Photo ci-dessus : © Gianmarco Bresadola

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Deux représentations seulement pour ces 10 000 Gestes (spectacle déjà présenté à Chaillot dans le cadre du Festival d’Automne en 2017), une grande salle qui affiche complet et qui tarde à ouvrir ses portes, l’impatience et la fébrilité se lisent dans les yeux des spectateurs qui sont dans les starting blocks pour obtenir la meilleure place, placement libre oblige. Une fois nous autres en place, noir dans la salle, lumières sur scène, sans crier gare. « Wow ». J’ai véritablement entendu de nombreux spectateurs faire « Wow. ».

Quelques petites notes de musique en sourdine, celles du Requiem de Mozart, les premiers pas, les premiers gestes effectués en solo par une des vingt danseurs avant l’entrée tonitruante des dix-neuf autres artistes.

On s’amuse parfois à noter mentalement les différents gestes, le style, l’origine, on est à l’affût d’une répétition, mais on oublie assez rapidement, parce qu’on est surtout submergé par cette énergie, cette profusion. On ne sait pas trop où donner de la tête. On se concentre sur l’une ou l’autre, on repère les rapprochements, les changements de rythme. On passe d’une sensation euphorique à une atmosphère anxiogène, les moments de silence silencieux, de quasi-immobilité (moi aussi, j’ai le petit doigt qui a bougé) ont d’autant plus de force et de grâce.

On se souviendra longtemps de ce vertigineux tour de force. Le Requiem de Mozart n’y est certainement pas pour rien. Il se passe quoi après le dix millième geste ?

 

10 000 GESTES

CHORÉGRAPHIE Boris Charmatz

INTERPRÉTATION Djino Alolo Sabin, Salka Ardal Rosengren, Or Avishay, Régis Badel, Jessica Batut, Nadia Beugré, Nuno Bizarro, Matthieu Burner, Dimitri Chamblas, Konan Dayot, Olga Dukhovnaya, Sidonie Duret, Bryana Fritz, Julien Gallée-Ferré, Kerem Gelebek, Alexis Hedouin, Rémy Héritier, Tatiana Julien, Maud Le Pladec, Johanna-Elisa Lemke, Noé Pellencin, Solène Wachter

ASSISTANTE Magali Caillet-Gajan – LUMIÈRES Yves Godin – COSTUMES

Jean-Paul Lespagnard – TRAVAIL VOCAL Dalila Khatir

au Théâtre Nanterre Amandiers ce dimanche 27 janvier 2010

 

(une autre critique)

Je demande un recomptage, Madame la Juge. Où se trouve Maître Qashquaï, notre huissier de justice ? Parce que, qui me dit qu’il y a effectivement 10 000 gestes effectués par nos danseurs et pas 9 997 ou bien 9 991 ? Bien malin celui qui parviendra à les compter en une seule fois ! Et on a bien vu l’entourloupette des danseurs dans le public, tout cela pour nous berner, qu’on s’emmêle les pinceaux ! Je veux être remboursé ! Oui je paye ma place, moi, Monsieur, c’est marqué à la fin de l’article ! C’est une mascarade, de la publicité mensongère ! Boris Charmatz ne nous avait pas habitués à cela. Je ne vous tire pas mon bonnet, Monsieur. La dernière fois que j’ai vu un de vos spectacles, cela s’appelait « Danse de nuit ». Certes, ça parlait un peu, mais ça dansait et c’était de nuit. A la belle époque, on ne nous prenait pas pour des jambons ! Je tenais également à signaler à Monsieur Charmatz ma déception de ne pas voir sur scène Marlène Saldana. Parce qu’il y avait de la place pour elle. En 2017, ils étaient 24 danseurs. En 2019, ils ne sont plus que 20. Eh ben, Marlène, elle aurait pu danser la somme des gestes de 4 danseurs. Eh ouais ! Je sais qu’elle joue présentement dans Les Idoles et je me suis promis d’écrire ou prononcer son nom une fois par semaine. J’ai même profité du décès de Michel Legrand pour vanter sa performance sur une des chansons du compositeur dans la pièce de Christophe Honoré, par le truchement d’un tweet : 21 likes et 5 Retweets, boom boom shake shake the room ! Même pas honte !

 

vu le samedi 26 janvier 2019 à Nanterre Amandiers

prix de ma place : 17 € (tarif adhérent FNAC)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Deux mille dix-huit

SPECTACLE VIVANT

Une année record (j’avais déjà dit cela l’an passé, mais j’ai de nouveau battu mon record, c’est moi qui ai la plus longue, pour une fois). Alors même que cette année j’ai travaillé à plein temps (pour le pire et le moins pire), je sais déjà que j’en ferai beaucoup moins en 2019, j’ai vu mes limites, tant physiques qu’inspirationnelles, si je puis dire. (ça aussi, je l’ai déjà écrit l’an passé, mais à moins qu’on me paye pour écrire, je verrai réellement beaucoup moins de spectacles l’an prochain). Pour être plus sérieux, j’ai la fâcheuse impression que d’en voir beaucoup me blase un tantinet…

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Bibliothèque du Théâtre de Gennevilliers

139 spectacles (71 il y a 2 ans, 101 l’an passé) à Paris, Montreuil, Bobigny, Nanterre, Gennevilliers, Aubervilliers, Saint-Denis, Boulogne-Billancourt, Saint-Ouen, mais aussi Avignon, Bussang, Bruxelles, Londres et Lausanne, dans 66 lieux avec des artistes français, belges, anglais, néerlandais, italiens, portugais, canadiens, danois, suisses, brésiliens, grecs, polonais, allemands, israëliens, russes… parfois (souvent) dans le texte. Du théâtre, des chevaux, des images, du son, de la musique, des marionnettes, des objets, du théâtre documentaire, de la danse, du cirque, du seul en scène, du one wo.man show, des écoles de théâtre, des gens tous nus, des performances, du jeune public, des professionnels, des « amateurs » et même des pièces dans le privé…

Trois spectacles vus une 2e fois (« Iliade » par Pauline Bayle, « Bovary » et « Sopro » de Tiago Rodrigues) ou une 3e fois (« By Heart » de Tiago Rodrigues, toujours lui)

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Ça ne se passe jamais comme prévu de Tiago Rodrigues avec les élèves de la Manufacture au Théâtre de l’Aquarium

J’ai vu cinq spectacles du tg STAN (« Quoi Maintenant », « Infidèles », « Atelier », « Après la répétition », « Quartett »), quatre de Tiago Rodrigues (+ « Ça ne se passe jamais comme prévu ») (#TeamTiago), quatre de Julien Gosselin (« 1993 » et sa trilogie Don DeLillo), quatre de Gwenaël Morin (sa tétralogie « Molière de Vitez »), trois de Marc Lainé (« La fusillade sur une plage d’Allemagne », « Hunter », « La Chambre désaccordée »), deux du Collectif L’Avantage du Doute (« Grande Traversée », « La Caverne ») (le film de Judith Davis « Tout ce qu’il me reste de la révolution » sort début février, soit dit en passant), deux de Pauline Bayle (« Iliade » et « Odyssée »), deux avec Laetitia Dosch (« La Maladie de la Mort » de Katie Mitchell et « Hate »), deux avec Emilie Incerti Formentini (« Au bois » et « Love me tender »), deux avec Grégoire Monsaingeon (« Bovary » et « Ovni(s) »), deux de Lisbeth Gruwez (« We’re pretty fuckin’ far from ok », « The Sea Within »), etc.

Par souci de transparence, je tiens à mentionner que j’ai bénéficié de 43 invitations  (dont 19 dans le cadre du Festival Off d’Avignon) grâce à ce blog ou dans le cadre de  mes contributions au Blog de Nestor (blog sur l’actualité culturelle montreuilloise). J’ai donc payé 96 fois ma place…

À part ça de grands souvenirs avec (dans le désordre) :

  • France Fantôme de Tiphaine Raffier au TGP St-Denis
  • B. Traven de Frédéric Sonntag au Nouveau Théâtre de Montreuil
  • The Encounter de Simon McBurney à l’Odéon Théâtre de l’Europe
  • Tragédies Romaines de Ivo Van Hove à Chaillot (je ne l’ai pas chronique, vous rendez-vous compte ?!?)
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Tragédies romaines d’Ivo Van Hove à Chaillot

Et dans les (plus ou moins) bons souvenirs :

  • le bataillon 30 hyper dissipé aux Tanneurs pour le « By Heart » de Tiago Rodrigues.
  • ma crampe à la cuisse droite durant la trilogie Don DeLillo aux Ateliers Berthier.
  • le site magnifique du Théâtre du Peuple à Bussang.
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Théâtre du Peuple, Bussang
  • mon extinction de voix à cause de Laetitia Dosch (ou plutôt à cause de ma persévérance à ne pas vouloir acheter de parapluie)
  • mon accréditation pour le Off d’Avignon.
  • la découverte du Barbican à Londres (clin d’oeil à Camellia Burows)
  • tomber amoureux d’une bonne dizaine de comédiennes/danseuses (en vrai, j’ai préféré ne pas compter pour ne pas me faire du mal) (clin d’oeil à Laurent, je te laisse Laetitia, mais j’ai vu Lisbeth avant toi, je te ferai remarquer !)
  • ces moments « je vais aux toilettes ou je n’y vais pas » pendant les spectacles de Gosselin ou Van Hove.
  • ma gêne lors de ma rencontre avec une comédienne qui avait lu ma chronique mitigée d’une pièce dans laquelle elle avait joué (longue phrase bien lourde).

 

CONCERTS

16 soirées concerts (soit moitié moins que l’an passé) mais avec 27 artistes ou groupes.

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Parce que je fais parfois régisseur son…

TOP 5

 

EXPOS

La découverte (enfin) des Rencontres Photographiques d’Arles, les polaroïds de Wim Wenders à Londres, mon initiation à l’architecture…

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La Cité Radieuse par le Corbusier sur la Planète Mars

 

CINÉMA

Moitié moins de films cette année (35 au 26 décembre 2018), la faute au théâtre et aux chroniques à écrire, à la flemme. Huit films sont tout de même parvenus à se détacher : 

  • Leto de Kirill Serebrennikov
  • Shéhérazade de Jean-Bernard Marlin (#TeamLycéeMichelet)

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  • Amanda de Mikael Hers
  • Climax de Gaspar Noé
  • Woman at War de Benedikt Erlingsson
  • Au Poste de Quentin Dupieux
  • Phantom Thread de Paul Thomas Anderson
  • Ready Player One de Steven Spielberg

 

SÉRIES

J’ai vu énormément (trop ?) de saisons cette année : 50 si j’ai bien compté

TOP 5

  • l’intégrale de Six Feet Under (enfin !) : qui m’a totalement dévasté, je pèse mes mots.
  • la saison 2 de The Good Fight : série trop méconnue, légèrement anti-Trump.
  • la saison 1 de Kidding (+ S1 : I’m dying up here) : Jim Carrey. Voilà.
  • la saison 1 de Counterpart : Espionnage et monde parallèle…
  • la saison 1 de The First : Sean Penn, Mars… Elle prend son temps.

 

LIVRES

TOP 5

  • la découverte FabCaro avec « Zaï  Zaï Zaï Zaï »et son roman « Le Discours » auquel je me suis pas mal reconnu (c’était même assez troublant à certains endroits) :

 

« Je ne suis pas comme vous, je vous emmerde, j’ai trop de problèmes dans ma vie pour faire la chenille, j’ai lu « Le livre de l’intranquillité » de Pessoa, vous imaginez quelqu’un qui a lu « Le livre de l’intranquillité » de Pessoa faire la chenille ? »

 

  • l’Arabe du Futur 4 de Riad Sattouf
  • Vernon Subutex 3 de Virginie Despentes
  • Le Lambeau de Philippe Lançon

 

CÔTÉ BLOG 

5 articles pas par moi : de grands remerciements encore et toujours à Cyril Bivalski et Laurent Suavet. La porte reste toujours ouverte pour vous (et pour d’autres aussi, soyons fous !)

130 articles écrits par moi…

Top 10 fréquentation (au 26 décembre) :

Le blog va plutôt bien, merci de demander. 

 

SUR LE PLAN PERSONNEL

Sans rentrer dans les détails… J’ai donc écrit de nombreux articles pour ce blog (130), quelques articles pour le Blog de Nestor (19 peut-être). J’ai collaboré à Radio Mortimer (et fait la connaissance de personnes très très intéressantes). J’ai (enfin) terminé d’écrire ma deuxième pièce que j’espère pouvoir monter d’une façon ou d’une autre en 2019, participé au labo social (fantôme) mené par le collectif « L’Avantage du Doute » lors de l’Occupation Bastille 2 (dans le théâtre du même nom), joué à deux reprises dans la salle du haut du théâtre de la Bastille en compagnie de mes amis Les Infilitré.e.s (et dit un de mes textes, tout seul devant le public)… Je crois que j’ai beaucoup écrit cette année… (et je ne suis absolument pas épuisé, mais ça c’est l’âge)

 

Et prochainement en 2019… Les Infiltré.e.s saison 2 au théâtre de la Bastille les 9 et 10 mai… « Dedans ma tête », le seul en scène écrit et interprété par moi-même… Des chroniques made in Québec…

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photo : Marc Woog – Compagnie Mimesis

 

Textes et photos (sauf mention contraire) : Axel Ito

Rain (Rosas / Ictus / La Villette / Festival d’Automne)

(quand on ne lit pas la bible)

Rain ? Si seulement je l’avais vu en novembre, j’aurais pu ironiser sur la chanson de Guns n’Roses, mais hélas non. Et comme la compagnie de Anna Teresa De Keersmaeker s’appelle Rosas, moi je dis, y a pas de hasard !

(de quoi ça parle en vrai)

« Cette pièce phare d’Anne Teresa De Keersmaeker, composée en 2001 sur Music for 18 Musicians de Steve Reich, est peut-être la clé de voûte de toute son oeuvre chorégraphique. La structure de la danse, à la fois imbriquée et adjointe à celle de la musique, agit comme une matrice ; par ses répétitions, ses variations, ses conjugaisons des motifs initiaux, elle génère une vitalité rare, une incandescence persistante et vertigineuse, que les danseurs, dans leur mouvement collectif, ne cessent d’auto-alimenter. Portés par les vagues ondulatoires et obsédantes de la musique, les ressorts formels de cette « danse pure » exercent leur action bien au-delà du plateau. Leur rigueur infaillible distille les sensations, s’immisce dans les gradins, insiste et recommence, jusqu’à l’envoûtement. » (source : ici)

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Crédits photos : Anne Van Aerschot

(ceci n’est pas une critique, car il faut vraiment que je prenne des vacances, hélas, avec celle-ci, j’ai encore 5 chroniques à pondre…)

On voit des danseuses et des danseurs courir en rond. On voit des danseuses et des danseurs à deux doigts de perdre l’équilibre. On voit et on entend surtout dix musiciens et choristes jouer une musique de Steve Reich. Entêtant, hypnotisant. Du mouvement pendant plus d’une heure, les danseurs ne prennent pratiquement aucune pause, les musiciens se relaient au piano, aux cordes ou au xylophone. Une sensation de fluidité. La musique répétitive de Reich mais jamais ennuyeuse se laisse écouter comme un morceau dont on découvrirait de nouvelles choses à chaque écoute.

(Parfois je laisse mon regard s’attarder sur une seule personne pendant de longues minutes, occultant tout le reste. Puis reviens sur le groupe. Ils vont bien ensemble.)

Parce qu’on n’est pas pareil à la fin du spectacle (et c’est un peu la moindre des choses quand on va au spectacle), notre seul souhait est que la pluie tombe sur nous. Et aussi courir.

 

RAIN (rosas / ictus)

Chorégraphie Anne Teresa De Keersmaeker

Dansé par Laura Bachman, Léa Dubois, Anika Edström Kawaji, Zoi Efstathiou, Yuika Hashimoto, Laura Maria Poletti, Soa Ratsifandrihana, Frank Gizycki, Lav Crnčević, Luka Švajda

Musique : Music for 18 Musicians Steve Reich

(dans le cadre du Festival d’Automne à Paris)

 

(une autre histoire)

Dans mes archives musicales, j’ai 109 chansons avec le mot « rain » et autres mots de la même famille, mais seulement 15 morceaux avec le mot français « pluie ». Je n’ose rechercher le nombre de fois où le mot « love » ou « amour » apparait. Ça me déprimerait bien trop. Surtout que la pluie elle-même me met dans un état proche de la larve qui aurait abusé de sucreries. Le gris aussi me fait ça. Revoir certaines personnes également. Alors j’ai dit « stop ». Je me mets au sport, j’arrête de boire, je n’écoute plus de musique triste ou grise. Je me regarde la face dans la glace et je tente de battre le record de souriage. Je pense alors à ma nouvelle dentiste dont j’ai sauvagement décommandé le rendez-vous. Je la rappellerai l’année prochaine, ça sera ma première résolution. Et j’arrêterai de commencer mes phrases par « je ».

(…)

J’aimerais ça, courir en rond, sans m’arrêter, sur une petite distance. J’irais tellement vite que la force centrifusionelle me permettrait de courir à 20° d’angle du sol. Je serais comme Fred Astaire et je courirais sur le tapis bleu du ciel. Parce que parce que je l’ai décidé, le ciel serait toujours bleu. Avec un ou deux petits nuages, pour agrémenter et faire fonctionner la boîte à imaginaire. Avec tout cet entraînement, je pourrais faire comme Michael Jackson dans le clip « Smooth Criminal » et me baisser sans décoller des pieds. Je ne perdrais point l’équilibre. Je ne sais pas bien à quoi ça me servirait, mais ça serait cool…

(…)

Voilà voilà…

 

vu le vendredi 7 décembre 2018 à la Grande Halle de la Villette, Paris

Prix de ma place : 12€ (place prise par une amie qui travaille à la Villette)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Quartett (Heiner Müller / Rosas / tg STAN / Centre Pompidou / Festival d’Automne à Paris)

(de quoi ça parle en vrai)

« Quartett, créé en 1999, est le fruit d’une collaboration entre deux membres de la compagnie de danse Rosas, Anne Teresa De Keersmaeker et Cynthia Loemij, et deux membres du collectif théâtral tg STAN, Jolente De Keersmaeker et Frank Vercruyssen. Le texte éponyme du dramaturge allemand Heiner Müller, inspiré des Liaison dangereuses (1782) de Choderlos de Laclos, s’ouvre sur ces mots : « Un salon d’avant la Révolution française / Un bunker d’après la Troisième Guerre mondiale ». Un homme et une femme traquent et échangent leurs identités dans l’imminence de l’effondrement du monde — peut-être même un peu plus tard. Frank Vercruyssen et Cynthia Loemij se partagent le plateau en un face-à-face qui convoque à la fois la férocité du verbe et la puissance menaçante des gestes. » (source : ici)

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Crédits photos : Herman Sorgeloos

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je rêve d’un portrait l’an prochain consacré au tg STAN, pile pour les trente ans du collectif. En attendant, nous avons eu droit à quatre de leurs spectacles cette année et leur cycle s’achève par une collaboration avec une des artistes mises à l’honneur cette année au Festival d’Automne à Paris : Anna Teresa de Keersmaecker. J’avais déjà eu la chance d’assister, il y a six ans, à « Nusch » d’après Paul Eluard, autre duo entre Franck Vercruyssen du tg STAN et une danseuse de la compagnie Rosas, souvenir émouvant et unique.

Quartett (de Heiner Müller) est une re-création. J’envie les spectateurs qui avaient assisté à la création du spectacle en 1999, avec le même Franck Vercruyssen et la même Cynthia Loemij. Dix-neuf ans ou une éternité. Des corps qui ont changé, un contexte social et politique différent. Qui est le / la dominant(e) ? Qui est le / la dominée ? On retrouve une des marques de fabrique du tg STAN quand les deux artistes échangent leurs rôles (la femme prend la veste de l’homme et la revêtit).

Je ne suis absolument pas un connaisseur des chorégraphies De Keersmaecker, donc je me garderai bien de juger la prestation de Cynthia Loemij, toute en maîtrise (oui, je juge tout de même). Nous voyons Franck Vercruyssen dans un jeu assez différent de celui que nous avons l’habitude de voir. Il est ici très raide, très droit, monocorde. Il joue avec la sonorisation, fait des bruits de bouche, respire, parle dans un souffle.

Mais qu’en ai-je pensé, me direz-vous ? Du bien. Un spectacle qui compte, différent, glaçant, vénéneux.

 

QUARTETT

Concept, Anne Teresa De Keersmaeker, Jolente De Keersmaeker, Cynthia Loemij, Frank Vercruyssen
Texte, Heiner Müller, Quartett
Avec Cynthia Loemij, Frank Vercruyssen
Scénographie et lumières, Herman Sorgeloos, Thomas Walgrave -Costumes, An D’Huys

Production tg STAN ; Rosas

 

(une autre histoire)

Ce soir, j’ai dit bonjour à… une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept personnes que je connaissais. Si numéro six et numéro sept me lisent, je voulais m’excuser, parce que dans le métro, je ne vous ai pas présentées l’une à l’autre. J’avais oublié vos prénoms. Je ne suis pas quelqu’un qui est très prénom prénom. Par exemple, toutes les copines que j’ai pu fréquenter, je les appelais « Chou ». Les personnes avec qui je travaille, je ne peux pas les appeler « Chou ». Alors je ne les appelle pas. Ou bien j’utilise des moyens mnémotechniques assez sophistiquées, je trouve. Par exemple, j’ai une collègue qui ne boit que du Pepsi, elle a du pep’s et elle sent bon, pas comme Pepe le putois, mot qui ressemble à « putain », « fuck » en anglais. Je dis souvent « putain » quand j’ai mal : « Fuck the pain away » chantait Peaches. Les pêches que j’aime melba à l’anis… Mélanie.

(ça se voit que je manque d’inspiration en ce moment ?)

 

vu le mercredi 28 novembre 2018 au Centre Pompidou, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris.

prix de ma place : 12€ (abonnement festival d’automne)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Fléau (Dave St Pierre – Alex Huot / Le Tarmac)

(quand on ne lit pas la bible)

Fléau ? Ils se donnent le mot ? Une nouvelle adaptation d’un roman de Stephen King ?

(de quoi ça parle en vrai)

« Les artistes québécois Dave St-Pierre et Alex Huot creusent au noyau de l’intime. Fléau est un objet performatif flirtant avec la danse contemporaine et l’art visuel qui exhibe la fusion et les tiraillements de leur relation. » (source : ici)

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© Dave St-Pierre & Alex Huot

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je ne sais pas par quoi commencer. Je pourrais parler du malaise, de l’ennui que le spectacle a provoqué en moi. Mettons d’abord les choses dans leur contexte.

C’est l’histoire d’un couple qui a un chien. Ils font du sport, s’excitent mutuellement. Puis, du jour au lendemain, l’un d’entre eux se trouve dans un état végétatif. Son compagnon l’aide à manger, à se laver. Il en profite aussi pour se donner du plaisir, lui en donner. Et c’est la fin. Je suis resté volontairement soft. J’étais au deuxième rang et je n’ai rien raté. Les deux performeurs sont nus. Y aura bien des tableaux où ils porteront un costume poilu et un masque de loup, tandis qu’une troisième acolyte se baladera en costume de corbeau (la mort ?), mais bon…

Dave St Pierre et Alex Huot font durer ces moments indéfiniment. Il ne s’y passe pas forcément grand chose. Ils ne tentent pas de rendre séduisant cette relation (les lumières de service resteront allumées durant toute la représentation et la musique sortira d’un téléphone), il n’ y a pas de surenchère dans le pathos. On est face à une performance, une installation. « Fléau » est à l’opposé de « Néant », que j’avais beaucoup aimé et qui m’avait fait revenir en cette chaude soirée du mois d’octobre.

Oui, j’ai détourné mon regard à plusieurs reprises lors de la scène du souper.

Reste le chien, court sur pattes, qui s’appelle Fléau. Qui joue son rôle de chien. Qui aboie quand un spectateur se fait entendre ou sort de la salle.

Ce que je regrette, après avoir fait mes petites recherches, c’est que la pièce a été d’abord conçue comme une installation, beaucoup plus longue que l’heure et demie à laquelle nous avons assisté et que le spectateur n’était pas censé rester assis, passif,  dans son fauteuil, mais pouvait déambuler sur la scène, sortir, entrer. Je ne sais pas si ça m’aurait plus plu (est-ce que ce genre d’oeuvre est faite pour plaire, c’est une autre question) mais en tout cas, j’aurais mieux compris la démarche.

 

FLÉAU

Une idée de Dave St-Pierre et Alex Huot

Interprètes-créateurs : Alex Huot, Alanna Kraaijeveld et

Dustin Ariel Segura-Suarez

Équipe de création : Angie Cheng, Hubert Leduc-Villeneuve, Guillaume Rémus et Dave St-Pierre

Jusqu’au 12 octobre 2018 au Tarmac, Paris (c’est donc déjà fini)

 

(une autre histoire)

Quelqu’un m’a dit l’autre jour qu’elle pouvait être gênée par ce que je racontais dans cette partie de ma chronique. Que c’était trop intime. Aujourd’hui, j’ai donc pensé à elle, je ne parlerai pas de masturbation ou des pratiques sexuelles que j’affectionne, ce qui aurait été en phase avec certaines scènes du spectacle vu ce soir.

Je parlerai de l’avant, de l’après, mais pas du pendant.

Je me demande si mon voisin m’entend. Je l’entends ronfler, donc il doit m’entendre, nous entendre.

Parfois je me dis : « Et si je mentais, si je racontais quelque chose qui ne s’était jamais passé ? »

J’ai mis un sparadrap sur la caméra de mon ordinateur. Il y a un magasin à Paris qui s’appelle « Le roi de la capote ». Je ne suis jamais entré dans un sex shop. J’ai envie de relire du Stephen King. (parce que Fléau… faut vraiment que j’explique tout ?) Une fois, j’ai pensé à quelqu’un d’autre. Mais c’était y a longtemps. Neuf. « Drôle, si vous voulez, personnellement, elle ne me fait pas rire »… Pourquoi cette réplique me revient en mémoire ? Par deux fois je me suis rendu avec ma promise dans le restaurant en bas de chez moi, par deux fois ma promis rompit (rompa ? romput ?) dans les quarante-huit heures.

Une scène longue… Non ce n’est jamais long.

Tout cela n’a ni queue.

 

vu le mercredi 10 octobre 2018 au Tarmac, Paris

prix de ma place : 18€

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Cuisine et confessions (Les 7 Doigts de la Main / Bobino)

(quand on ne lit pas la bible)

Cuisine et confessions ? Ou comment des policiers donnent leurs recettes pour cuisiner leurs suspects ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

« Les 7 doigts de la main donnent naissance à un spectacle d’un nouveau genre, dans lequel le toucher, l’odorat et le goût s’ajoutent à l’émerveillement des yeux et des oreilles, faisant de la cuisine le point de rencontre des cultures. Nous sommes nous-même composés d’un savant mélange d’ingrédients qui fait de chacun de nous une recette unique. » (source : ici)

 

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©Alexandre Galliez (pour info, la représentation ne comptait que 7 artistes au lieu des 9 présents ci-dessus et seuls 3 figuraient dans la distribution d’origine)

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Ce n’était pas une représentation comme les autres puisque celle-ci a dû être interrompue suite à l’accident survenu à une des artistes. Une mauvaise réception, une mauvaise chute, cela fait son petit effet (et j’ai repensé immédiatement à Tsirihaka Harivel dans le spectacle « Grande » mais je n’y étais pas, donc je ne peux pas comparer). Ils ont bien tenté de poursuivre le spectacle, notamment par un solo de Terrance Robinson au mât chinois, mais le coeur ne devait pas y être et quand on coupe un doigt d’une main, ben on est handicapé, on ne peut plus tout faire comme on veut. J’espère de tout coeur que ce fut plus de peur que de mal.

Quoi qu’il en soit, je tenais à dire que les 7 acrobates/danseurs/comédiens présents sur scène sont des artistes émérites et sur bon nombre de numéros, ils prouvent leur grand talent et un certain sens du rythme. Je fus notamment assez impressionné par le numéro des anneaux chinois (en fait des cadres plus ou moins grands à travers lesquels les acrobates passent tête en avant, fesses en arrière…) exécuté par Terrance Robinson et Enmen Song ainsi que par celui de Anna Kichtchenko au tissu aérien.

En revanche, je n’ai pas trouvé l’ensemble à mon goût. Je vais peut-être faire preuve de cynisme (ce n’est peut-être pas le bon mot), mais voir des numéros de diabolo ou de jonglage avec 3 fouets de cuisine, ça ne casse pas trois pattes à un canard (même si excellemment exécutés, je le précise). L’introduction du spectacle était interminable (on fait participer le public : on lui fait casser un oeuf d’une seule main, on tente d’envoyer un bonbon dans la bouche…) et c’est seulement lors du fameux numéro des anneaux chinois (qui étaient donc carrés) qu’il y eut un net regain d’intérêt. Malheureusement les intermèdes sont plutôt longs et surtout n’est pas comédien qui veut. Je ne doute pas de la sincérité des interprètes quand ils racontent leurs souvenirs d’enfance dans la cuisine de leurs parents, mais on ne s’improvise pas comédien (surtout quand le français n’est pas notre langue maternelle) et les anecdotes auraient peut-être nécessité une session de réécriture (qui aurait certainement empêché un certain naturel, je le concède).

L’ensemble était beaucoup trop sucré à mon goût, pour que le charme opère complètement (avec ou sans gâteau aux bananes). Et comme je tente bon gré, mal gré, de perdre du poids…

 

CUISINE ET CONFESSIONS

avec Mishannock Ferrero, Anna Kichtchenko, Pablo Pramparo, Soen Geirnaert, Nella Niva, Terrance Robinson, Enmen Song

Production Les 7 Doigts

Création et mise en scène Shana Carroll et Sébastien Soldevila

Assistance à la mise en scène Mathias Plaul – Direction musicale Sébastien Soldevila

Jusqu’au 12 janvier 2019 à Bobino (Paris) puis le 18/01/19 à l’Olympia (Arcachon) et le 22/01/19 à la Maison de la Culture (Nevers)

 

(une autre histoire)

#1 Je ne dis jamais que je cuisine mais que je me fais à manger.

#2 Quand j’étais petit, on me disait que le foie gras était du pâté, parce que j’adorais ça, le pâté.

#3 Une fois j’ai pris une torgnole de mon père parce que je ne voulais pas finir ma soupe.

#4 Ma grand-mère me donnait une pièce de 2 Francs quand je l’aidais à faire la vaisselle.

#5 A chacun de mes anniversaires, on me rappelle que quand j’étais petit, je ne mangeais que du gruyère et des coquillettes.

#6 Le mercredi, c’était purée tournedos et le samedi steak frites (des vraies, pas les congelées)

#7 Je n’aime que le gratin de courgettes de ma mère. Pas un autre.

 

vu le samedi 29 septembre 2018 (16h30) à Bobino, Paris

prix de ma place : invitation

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Transformes (Espace Périphérique de La Villette)

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Le weekend du 8 septembre 2018 a eu lieu un festival pas comme les autres, nommé Transformes. Né de l’envie d’étudiants en Master 2 Professionnel Métiers de la production théâtrale de Paris 3 – Sorbonne Nouvelle (je reprends mon souffle), Transformes, ce furent 24h de théâtre, de danse, de musique, de performances, de débats, d’installations à l’Espace Périphérique de la Villette.

« Le temps d’une rotation de la Terre sur elle-même, interrogeons-nous sur ce qu’il se passe « entre », sur l’endroit du changement, sur ce mouvement qui nous traverse pour faire évoluer nos quotidiens, nos travails, nos corps, nos vies. »

Le lieu est assez singulier. En mauvais voisin que je suis, c’était la première fois que j’y allais, sous le périph’, entre le canal de la Villette et la ligne de tramway. Des street artistes se sont emparés des murs, pour certains gigantesques.

Je ne fus pas l’un des mohicans à rester vingt-quatre heures durant à la Villette, même si le festival regorgeait de propositions toutes plus intéressantes les unes que les autres et à toute heure, ne serait-ce que cette performance « Statu »  dirigée par Suzanne, durant laquelle dix interprètes en alternance se confrontèrent à l’erreur en répétant une série de gestes. De les voir se relayer, essayer à différents moments de l’événement, il y avait quelque chose de touchant. Rien de plus difficile que d’être ensemble.

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Statu – Crédit photo : Joseph Banderet

Là où je m’en suis voulu, c’était de ne pas avoir pris la peine d’écouter le collectif Blacklist ou les rappeurs Beeby, Chris Da Vinci et Chapsy. Car le festival donnait la parole à des artistes qui ne ressemblent pas forcément à nous autres, jeunes (et moins jeunes) gens, qui allons voir des performances dans des friches ou du théâtre dans des lieux subventionnés (je schématise énormément, je le sais). Parce que cette musique-là, à de rares exceptions, ne me touche pas. Je suis assez ignorant, en fait, de cette mouvance musicale, hormis les IAM et NTM, des références qui datent un peu, j’en conviens. Et cette tentative d’ouverture était suffisamment intéressante pour le souligner.

Après eux, j’ai tout de même assisté au concert d’Apaache, sympathique et groovant groupe qui tourne bien.

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Apaache – Crédit photo : Studio Nicecream (grand jeu : où est Charlie ?)

Evidemment, j’ai vu du théâtre. La première pièce, « À ton ombre » par l’autrice-metteuse en scène et comédienne Caroline Fouilhoux, ne m’a pas convaincu. Il s’agissait d’une quête d’un jumeau perdu, des rencontres, des identités multiples, le voyage… Peut-être parce que j’en attendais autre chose, dans l’esprit d’Antonio Tabucchi et de son Nocturne Indien, quelque chose de plus contemplatif sûrement. L’ensemble était tout de même digne d’intérêt.

L’autre pièce, prometteuse, par le Collectif Satori et son metteur en scène Thomas Resendes s’intitulait « Les Ennemis Publics ». Malgré l’heure tardive (0h30), elle sut me captiver en retraçant notamment l’histoire (pourtant connue de moi) de la Bande à Baader et en l’entremêlant avec des réflexions plus contemporaines. Me revinrent à l’esprit « Ça ira – Fin de Louis » de Joël Pommerat dans la manière d’utiliser l’espace public pour les scènes de débat, d’autres pièces dans lesquelles les acteurs jouent différents personnages. Il y a une économie de moyens mais de l’ambition dans cette pièce qui est tout à fait enthousiasmante.

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Evidemment, je n’ai vu qu’une infime partie de tout ce que proposait « Transformes » (figurait également dans le programme Rebecca Chaillon, pour ne citer qu’elle). C’est donc un festival foisonnant et audacieux que nous ont proposé ces jeunes gens. Je ne sais pas s’il s’agissait d’un « one shot », mais aux vues de leur énergie et de leur enthousiasme, il serait dommage de ne pas renouveler l’essai l’an prochain (et d’ajouter  alors un deuxième foodtruck, ça serait pas mal non plus)

 

TRANSFORMES

à l’Espace Périphériques de la Villette, Paris 19e

du samedi 8 septembre midi au dimanche 9 septembre midi

Programme complet : ici

 

 

(une autre histoire)

Je discute avec une camarade, de dix-huit ans ma cadette. Je me sens vieux. Elle ne fait rien pour me faire sentir vieux, mais c’est juste moi. Ça me travaille. Tout à l’heure, j’étais au premier rang pour le concert d’Apaache. Non pas que je sois leur fan number one, mais y avait de la place contre la barrière, j’ai pu m’y adosser, mon dos me faisant souffrir. Faut dire que j’ai couru six kilomètres ce matin et que je récupère bien moins vite. Je vois ce photographe prendre des photos du public. Mais que va-t-on penser de ce vieux au milieu de jeunes ? Ma camarade de dix-huit ans ma cadette me donne trente-huit ans. J’en ai trente-neuf, bientôt quarante. J’ai des cheveux poivre et sel, mais ça ne se voit pas trop. Pourtant ma coiffeuse s’étonne de la rapidité à laquelle mes cheveux blanchissent. L’âge, je lui dis. Elle me répond le stress. J’ai la barbe qui grisonne. Ça en revanche, ça se voit… J’ai un certain nombre de poils blancs sur le torse. Mon ancienne copine m’avait demandé si je comptais les couper. J’ai dit non. C’est un souvenir du Togo. Au Togo, je suis tombé malade, j’avais des furoncles. D’un furoncle purulent est né mon premier poil blanc. Puis ça proliféra. J’ai trouvé cet été mon premier poil pubien blanc. Jusqu’à présent, j’étais plutôt fier d’avoir été épargné de ce côté-là. Je suis déprime.

 

Présent du samedi 8 septembre à 17h30 jusqu’au dimanche 9 septembre à 02h30.

prix de la place : entrée libre (mais j’ai mon prénom dans le programme grâce à ma participation au crowdfunding)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

À quelle sauce… (automne 2018)

Nouvelle saison (18/19) et nouvelles habitudes. Un peu comme les résolutions du Nouvel An, nous essaierons de nous y tenir : je veux ralentir le mouvement. Ça veut dire, accepter de ne pas tout voir, ne pas tout voir, ne pas tout chroniquer. (même si je verrai tout du Théâtre de la Bastille, mon théâtre de prédilection)

Voici donc dans cet article les spectacles que j’irai voir, ceux que j’ai tout de même en vue, ceux que j’ai déjà vus (et que j’ai aimés… donc je ne parlerai du Fils, malgré le changement de distribution ou de Sombre Rivière de Lazare au Rond Point…).

Encore une fois, le théâtre subventionné, comme on dit, aura la part belle, on ne se refait pas, même si je ne suis pas (complètement) sectaire (suivez mon regard vers le Off d’Avignon…). Pour conclure, celle liste est évidemment non exhaustive (je n’ai pas l’oeil sur tout) et sera certainement amenée à être modifiée dans les semaines à venir.

Et c’est parti !

 

SEPTEMBRE

HATE
HATE par Laetitia Dosch (Photo Philippe Quesne et Dorothée Thébert Filliger)

J’irai voir :

  • LE SYNDROME DU BANC DE TOUCHE au Théâtre de Belleville (parce qu’on me                       l’a conseillé… et qu’on m’a invité, je l’avoue) (critique : ici)
  • le festival TRANSFORMES à la Villette (parce qu’il y aura notamment une pièce mise en scène par Thomas Resendes, le traducteur attitré de Tiago Rodrigues et qu’il est bon de soutenir un nouveau festival et comme c’est à côté de chez moi, je peux faire des allers retours très facilement)
  • INFIDÈLES au Théâtre de la Bastille / Festival d’Automne (tg STAN, prise 1) (critique : ici)
  • RADIO VINCI PARK (parce que j’aime aller sur un parking à Nanterre en milieu de semaine voir des motos)
  • LA FÊTE DE L’HUMANITÉ (essentiellement pour Franz Ferdinand et Catherine Ringer mais aussi pour la présentation de 1336, parole de Fralibs… j’en profiterai d’ailleurs pour faire le plein de leurs thés excellents)
  • LOVE ME TENDER aux Bouffes du Nord (parce que Guillaume Vincent)
  • SHOCK CORRIDOR au Nouveau Théâtre de Montreuil (parce que je vais sûrement écrire dessus pour le compte du blog de Nestor)
  • LE PROCÈS à l’Odéon Théâtre de l’Europe / Festival d’Automne (parce que j’ai déjà joué dans une adaptation du roman de Kafka, qui m’avait valu le plus grand trou de texte de toute l’histoire du théâtre amateur)
  • HATE à Nanterre Amandiers / Festival d’Automne (parce que Laetitia Dosch)
  • CHRIS GARNEAU (Point Éphémère) (parce que ça fait longtemps que je ne l’ai pas vu en concert… dix ans en fait, après Bruxelles et New York… oui, je me la pète, mais y a prescription)
  • L’OCCUPATION au Théâtre Berthelot (Montreuil) (parce que les mots d’Annie Ernaux et surtout la présence de Romane Bohringer)
  • CUISINE ET CONFESSIONS par les 7 Doigts à Bobino (parce que c’est québécois)

J’irai (peut-être) voir :

  • L’ENVOL DES CIGOGNES + LE DERNIER JOUR DU JEÛNE au Théâtre du Soleil (parce que Simon Abkarian et Ariane Ascaride)
  • LES DÉMONS à l’Odéon Théâtre de l’Europe (parce que Nicolas Bouchaud et Valérie Dréville et que je n’ai toujours pas vu de pièce de Sylvain Creuzevault)
  • LE PÈRE à la MC93 Bobigny (parce que Julien Gosselin)
  • SCALA à la Scala (parce que Yoann Bourgeois et la curiosité de découvrir ce nouveau théâtre)
  • LA NUIT DES ROIS à la Comédie Française (parce que Shakespeare et Ostermeier)
  • LA REPRISE à Nanterre Amandiers (parce que Milo Rau et toutes les bonnes choses que j’ai entendues pendant le Festival d’Avignon)
  • CALLISTO ET ARCAS aux Bouffes du Nord (parce que Guillaume Vincent deux fois)
  • CONSTRUIRE UN FEU à la Comédie Française (parce que Marc Lainé)
  • CONVERSATION EL KHATIB / CAVALIER à Nanterre Amandiers (parce que curieux de ce que peuvent se dire ces deux artistes)
  • RICHARD BOHRINGER au Théâtre de l’Oeuvre (parce que je ne l’ai jamais vu en vrai)

J’ai déjà vu (et je recommande) :

 

OCTOBRE

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Atelier par TG STAN / DE KOE / MAARSCHAPPIJ DISCORDIA (© Jorn Heijdenrijk)

J’irai voir :

  • ATELIER au Théâtre de la Bastille / Festival d’Automne (tg STAN, prise deux)
  • EVOL au Théâtre de la Bastille (parce que je suis obligé de le voir, car je suis passé en deuxième année d’infiltration, comprend qui pourra)
  • QUASI NIENTE au Théâtre de la Bastille / Festival d’Automne (parce que j’ai la carte illimitée)
  • OVNI(S) au Théâtre Ouvert (malgré les mauvais retours de cet été au Festival d’Avignon, parce que Grégoire Monsaingeon et les auteurs du Nouveau Ciné-Club)
  • WESTERN au Nouveau Théâtre de Montreuil (parce que Mathieu Bauer)
  • KING KONG THEORIE au Théâtre de l’Atelier (parce que j’adore cet essai de Virginie Despentes et que j’apprécie (et voudrais remercier pour un certain conseil) Marie Denarnaud)
  • LA CHAMBRE DÉSACCORDÉE à l’Espace Cardin (parce que Marc Lainé et Léopoldine Hummel aka Léopoldine H.H.)
  • COMPLETE WORKS à l’Espace Cardin (parce que Shakespeare et Forced Entertainment)
  • LA GUERRE DES SALAMANDRES à la Maison des Métallos (parce qu’on m’en a dit du bien)
  • FLÉAU au Tarmac (parce que Dave St Pierre)

J’irai (peut-être) voir :

  • GEORGE DANDIN à la MC93 Bobigny (parce que les acteurs du CDN de Vire)
  • LA PLAZA au Centre Pompidou (parce que je suis curieux)
  • FRANCIS SAUVE LE MONDE au Centre Wallonie-Bruxelles (parce que c’était une série de bandes dessinées hilarantes avec un blaireau au départ et je ne sais absolument pas ce que ça va donner)
  • MONSIEUR FRAIZE à l’Européen (parce qu’il crève l’écran)

J’ai déjà vu :

 

NOVEMBRE

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Joueurs / Mao II / Les Noms par Julien Gosselin (Photo : Christophe Raynaud de Lage. Hans Lucas)

J’irai voir :

J’irai (peut-être) voir :

  • LOVE aux Ateliers Berthier (parce qu’il n’y a pas tant que ça de metteurs en scène britanniques qui passent la Manche)
  • 4.48 PSYCHOSE au Théâtre Paris Villette (parce que Sarah Kane et Sophie Cadieux)
  • FURIA à Chaillot (parce que Lia Rodrigues)
  • SOEURS aux Bouffes du Nord (parce que Marina Hands, même si Pascal Rambert ne me convainc pas tout le temps)
  • L’AVALÉE DES AVALÉS aux Déchargeurs (parce qu’un texte québécois que j’ai raté cet été au Petit Louvre à Avignon)
  • LA VOIX HUMAINE à l’Espace Cardin (parce que Ivo)
  • THE OTHER VOICE à l’Espace Cardin (parce que Van Hove)

J’ai déjà vu :

 

À suivre…

On fait le bilan (Avignon Off 2018)

8 jours de festival, 24 spectacles vus dans 17 théâtres différents, 1 concert, 2 spectacles avec de la musique en vrai, 9 seul.e en scène ou one wo.man show, des zizis et des tétés dans 3 spectacles seulement. Le hasard fait que parmi les 24 spectacles vus, 13 ont été mis en scène par des femmes…

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Grande satisfaction : J’abandonne une partie de moi que j’adapte (j’ai mis le temps à mémoriser ce titre et on aura l’occasion de (re)voir ce spectacle prochainement en Belgique et en France.

Grandes surprises : Batman contre Robespierre / Ode Maritime

Hors série : le concert de Léopoldine HH

 

Photo Leopoldine HH 3

 

Je ne parlerai pas des déceptions, même si je pourrais m’étendre sur un certain spectacle, qui semble avoir reçu l’unanimité de mes camarades blogueurs. J’espère malgré tout qu’il pourra être repris à Paris et dans le reste de la France pour se confronter à un public plus large.

Il m’est difficile de faire un vrai bilan du OFF, n’ayant vu que 2% des spectacles proposés. Je ne peux que m’étonner de ce nombre très commenté de 1536 spectacles dans le Off. Les différents articles des « Bruit du Off », « Zibeline » et autres journaux régionaux et nationaux y sont revenus en long et en large. Cette année, j’ai donc pu profiter de ma position de « blogueur accrédité » pour observer ce grand cirque. Qu’arrive-t-il aux spectacles, qui ne jouent pas dans les théâtres qui ont la carte ou le vent en poupe, qui n’ont pas d’attaché.e.s de presse efficaces ou qui n’ont pas de relais sur les réseaux sociaux ? J’ai reçu de nombreuses invitations pour assister à des représentations et deux ont retenu mon attention, dans lesquelles j’ai pu lire ceci :

« Ma dernière création « *** », n’a pas encore eu la chance d’être couverte par la presse avignonaise, ni par aucun blog. »

et

« Je sais que vous devez être inondé de demandes, cependant permettez-moi d’attirer votre attention sur mon spectacle « *** » j’aurais aimé que quelqu’un vienne pour avoir une chance d’être peut être parmi vos coups de cœur, qui sait ???? On ne decouvre un artiste qu’en le voyant sur scène… »

Tout ça m’interroge. Pourquoi vais-je voir telle ou telle pièce ? Faisons le récapitulatif  :

Sur les 24 pièces vues : 3 pour le « entendu à la radio » (Constance / Pablo Mira / Roukiata Ouedraogo), 1 pour le buzz Twitter (Un garçon d’Italie), 7 pour les conseils d’amis (J’abandonne une partie de moi que j’adapte / La Violence des riches / Pas pleurer / Trouble(s) / J’ai appelé mes frères / Ode Maritime / Si Richard Si), 7 parce que j’avais déjà vu des pièces des artistes (Lodka / Les Travaux avancent à grands pas / Le Maître et Marguerite / Speed Leving / Polaroïds / La Bataille d’Eskandar / Belle fille), 1 parce que j’aime ses chansons (Léopoldine HH), 2 parce que j’ai écrit un article sur l’opération « Montreuil en Avignon » pour Le Blog de Nestor (Batman contre Robespierre / An Irish Story), 1 parce que copinage (Petite Chimère), 1 pour découvrir un auteur (Love & Money), 1 parce que je ne sais pas, je l’ai senti comme ça (Cent mètres papillon)

En conclusion, il n’y a qu’un seul vrai saut dans l’inconnu (même si le fait que 100m Papillon soit programmé à la Manufacture a aidé)

À part ça… Les (presque) petits nouveaux Le 11 Gilgamesh Belleville (malgré ses problèmes de sécurité) et le théâtre du Train Bleu ont présenté une programmation de qualité, le théâtre des Doms et ses artistes belges s’imposent comme un incontournable. Il est intéressant de constater que la Manufacture et les Doms n’hésitent pas à proposer un abonnement 3 spectacles qui court-circuite la fameuse Carte Off (le tarif est même inférieur à celui proposé avec la carte Off).

Je remercie les lecteurs, les attaché.e.s de presse, les théâtres (mais pas un certain haut lieu du Off qui n’a pas daigné répondre à mes sollicitations « Non, on ne s’en occupe pas sur place, vous appelez la personne responsable… Allô ? Pouvez-vous m’écrire ? » Je conçois que je ne suis pas grand chose ici bas, il n’empêche que je ne peux qu’être déçu par ce théâtre dont j’ai toujours salué la programmation, surtout quand deux des pièces que j’ai chroniquées par ici jouaient devant une salle à moitié remplie (restons positifs)), le Festival Off, les artistes et les compagnies qui ont relayé certaines de mes chroniques sur les réseaux sociaux, les blogueurs…

Et je remercie plus particulièrement Ludovic grâce à qui j’ai pu dormir intra muros durant ma première semaine et ça change la vie et Laurent l’ami marseillais pour notre 9e festival d’affilée ensemble.

Je ne sais pas encore si l’année prochaine je reviendrai, parce que la vie, tout ça… Mais ce fut une sacrée expérience.

 

Ps : J’avais commencé à écrire mes chroniques avignonnaises, à réfléchir sur des capsules audios et/ou vidéos. Or le temps n’est pas extensible, ma fatigabilité a été mise à rude épreuve cette année et je n’en ferai pas plus, parce que je veux me reposer et surtout écrire autre chose d’ici mon périple à Bussang le mois prochain…

Quatuor Tristesse (Daniel Léveillé / June Events)

(quand on ne lit pas la bible)

Quatuor Tristesse ? Ils sont quatre et ils dansent la tristesse ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Les espaces sont épurés, l’émotion fiévreuse, les corps lumineux. Depuis la fin des années 70, Daniel Léveillé, venu à la danse après des études d’architecture, marque de son empreinte exigeante le paysage artistique québécois. « Créer de la danse, dit-il, c’est nourrir l’espoir d’accéder à ce qui ne peut se nommer, d’en saisir l’état, la sensation, dans l’ici et maintenant de l’oeuvre en devenir ». Juste après la création au festival TransAmériques à Montréal, JUNE EVENTS accueillera cette pièce doucement tamisée par le parfum de la tristesse, tel qu’il peut voiler certains moments du quotidien, et qu’il convient de savoir délicatement accueillir. (http://atelierdeparis.org/fr/daniel-leveille/quatuor-tristesse-0)

 

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Crédits photos : Denis Farley

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Ma soeur me dit, ils sont tout nus. Je lui dis que non, que sur les photos ils ont des slips noirs. Il faut toujours écouter sa grande soeur : ils sont tout nus, durant les soixante minutes de la représentation. Quatre danseurs (trois hommes, une femme) arrivent sur le plateau dans le plus simple appareil. Et le plus étonnant, c’est que ce n’est absolument pas souligné dans le programme. Pourtant cela a son importance puisque on est fasciné par ces corps. Encore un écueil du genre, je le sais bien et de le dire l’est également, mais grâce aux délicates lumières de Marc Parent, on n’a d’yeux, si je puis dire, que pour ces muscles, ces parcelles de corps, qui s’étirent presque au ralenti.

Car la chorégraphie de Claude Léveillé est quasi millimétrée, la fragilité de certains pas, due à leur complexité, renforce l’empathie et une certaine émotion qu’on a pour ce Quatuor Tristesse ou plutôt Mélancolie.

Certes, on pourrait penser que c’est un poil (sans mauvais jeu de mots) trop long, mais l’ensemble des six danseurs (oui, ils apparaissent, disparaissent, réapparaissent… ils étaient six et pas quatre… Ellen Furey et Esther Gaudette se ressemblent comme deux gouttes d’eau quand on n’y regarde pas à deux fois…) livrent une performance fine grâce à une chorégraphie de Daniel Léveillé, dont je suis heureux d’avoir enfin découvert le travail, lui qui soutient un de mes chorégraphes préférés, Frédérick Gravel.

 

vu le mardi 12 juin 2018 au théâtre de l’Aquarium dans le cadre des June Events (première française)

prix de la place : invitation de ma soeur

 

QUATUOR TRISTESSE

Chorégraphie Daniel Léveillé

Interprétation Mathieu Campeau, Dany Desjardins, Ellen Furey, Justin Gionet, Esther Gaudette et Simon Renaud

Assistante chorégraphie Sophie Corriveau – Musique John Dowland, Marin Marais, Luca Marenzio, Claudio Monteverdi, Josquin des Prés, Giovanni Salvatore et Giovanni Maria Trabaci – Lumières Marc Parent – Participation au développement de l’écriture chorégraphique Emmanuel Proulx – Direction des répétitions Sophie Corriveau et Frédéric Boivin

 

(une autre histoire)

DANSEUR 1 : Je sais pas ce que j’ai mangé, y avait quoi dans mon souper ? Mais je vais faire quoi, moi ? J’vais danser dans quinze minutes, j’vais passer l’heure à poil et j’arrête pas de péter ! Si je me contorsionne et que je présente mon anus aux spectateurs et que je lâche un pet, je fais comment pour survivre à ça, dis ?

DANSEUR 2 : Est-ce que je peux soulever un problème ? C’est le tapis. Quand je transpire et que je pose mon dos sur le tapis, ça fait ventouse quand je me lève et ça fait comme si je pétais.

DANSEUR 1 : Ok, je sais ce que je vais faire. Je vais me retenir, je vais me retenir et quand l’autre, là, sera dos au tapis, je pète. Comme ça on pensera que c’est lui qui… Enfin vous m’avez compris…

DANSEUR 2 : Est-ce que je peux soulever un problème ? C’est le tapis. J’ai déjà évoqué la texture du tapis, l’effet ventouse de mon dos transpirant, mais là… Ce soir, y avait comme une odeur. On peut changer le tapis ? Parce que c’est hyper désagréable. Comme un parfum de cassoulet.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

A kind of fierce (Katerina Andreou / Théâtre de la Bastille)

(quand on ne lit pas la bible)

A kind of fierce ? Une espèce de férocité ? Une variation autour de la figure du grand fauve à l’heure où il va boire ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Dans son solo baptisé A Kind of Fierce, la chorégraphe et danseuse grecque Katerina Andreou teste des figures, bifurque, se ravise, saute et se traîne, change de tempo, arpentant l’espace comme dans une course d’obstacles, évaluant son territoire. Car ce qu’elle met en scène ici c’est justement sa capacité et son envie d’inventer sans cesse de nouvelles règles du jeu. S’inspirant de l’observation de mouvements incarnant la liberté et l’audace – danses urbaines, concerts punk-rock des années 80, voguing né dans les clubs gay de New York – et s’imposant comme ligne de conduite la rupture et la déconstruction, elle cherche à trouver ce qui lui échappe. Les mouvements sitôt lancés sont interrompus ; des figures connues s’effacent devant quelque chose d’incongru ; la maladresse – feinte – vient perturber la dextérité – codée. A Kind of Fierce présente ainsi un parfait éloge de l’élan et de l’inattendu. (Laure Dautzenberg – http://www.theatre-bastille.com/saison-17-18/les-spectacles/a-kind-of-fierce)

 

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Crédits photos : Emilia Milewska

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Dans la série « Axel Ito tente de chroniquer de la danse sans paraphraser la note d’intention », aujourd’hui le solo de Katerina Andreou ! C’est ce que je disais à la personne qui m’accompagnait : « Quand tu vois du Pina Bausch ou du Marlene Monteiro Freitas, c’est quand même plus simple pour donner un avis… »

Ici le plateau est nu, hormis une série de néons au mur et deux autres posées au sol pour délimiter l’espace. Un micro est suspendu. Katerina Andreou arrive sans crier gare. Nous avons devant nous une danseuse aux airs de Buster Keaton, qui va essayer tout en conservant un air imperturbable. Démantibulée, déguingandée. On imagine son parcours si le plateau avait été plus grand (j’ai cru comprendre que le spectacle était conçu pour un espace plus étendu que celui de la salle du haut). Elle essaie, se ravise, elle recherche d’abord sans musique, même si on la soupçonne de se mouveoir sur le plateau avec quelque chose dans les oreilles. Des indications ? Une musique ? Katerina Andreou joue sur l’imprévisibilité. La tête de la danseuse heurte le micro, le son se répète. Un geste, la musique démarre (Chevreuil « Breakdance » et The Beatles « Because » dans une version bidouillée). Si on creuse, je reviens aux écouteurs dans les oreilles, lui dicte-t-on ce qu’elle doit jouer ? Le geste est libre. Enfin je crois.

C’est un régal de voir Katerina Andreou évoluer sur scène, d’y percevoir un certain humour, de l’audace (a kind of fierce…).

 

vu le samedi 14 avril 18 au Théâtre de la Bastille, Paris

prix de la place : 13€/mois (Pass Bastille)

 

A KIND OF FIERCE

Chorégraphie, interprétation et conception son Katerina Andreou

Régie son Éric Yvelin – Lumières Yannick Fouassier – Regard extérieur Myrto Katsiki

Production Mi-MAÏ 

C’était la dernière hier, dimanche 15 avril 18 au Théâtre de la Bastille (en collaboration avec l’Atelier de Paris – CDCN)

 

(une autre histoire)

Parfois je vais au théâtre tout seul. Parce que je suis un loup solitaire. Je creuse mon sillon, je gambade sur les chemins à mon rythme. Tout seul. Alone. Forever. Qui m’aime me suive ? Pas grand monde m’aime en ce moment, faut dire. Je jette en l’air les propositions, les invitations, pas grand monde pour les rattraper au vol.

Je n’ai pas invité la personne qui m’a accompagné aujourd’hui. Je lui ai dit : « Hey, je vais voir de la danse samedi à 19h, si tu veux me voir par la même occasion, ça sera ce moment-là ou jamais. ». L’ultimatum ultime. Je n’avais pas lancé cette bouteille au hasard dans la mer. La donzelle connaissait la danse, c’était son fond de commerce. Pas du genre à se suspendre à une barre de lapdance, je précise. Enfin… J’en sais rien. Non, danse contemporaine, tout ça, elle s’y connait.

Pas folle la guêpe ! Tu vois où je veux en venir ? J’invite quelqu’un qui s’y connait en danse, on assiste à la performance et juste après je la travaille. J’aurais bien voulu la travailler autrement, mais ça c’est une autre histoire… euh… Je la travaille, je l’interroge : Alors t’en as pensé quoi ? Mais le fin mot de l’histoire ? La technique ? Les références ? Ça parle de quoi finalement ?

Ne viens pas avec moi, tu risquerais de te retrouver ici. Je t’enregistre, je te note, je te reproduis. Ne viens pas avec moi ici, c’est à tes risques et périls.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Radical Light (Salva Sanchis / Théâtre de la Bastille)

(quand on ne lit pas la bible)

Radical Light ? Satire politique dans laquelle les Radicaux de gauche ont inventé une lumière capable de faire changer les électeurs d’avis, pour qu’enfin ils puissent revenir au pouvoir ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Quand la pièce commence, les interprètes ont déjà investi le plateau et, plus précisément, le tapis orange au centre de la scène. Certains dansent, d’autres les observent. Les mouvements sont précis, aériens. Puis la partition musicale, d’abord minimale, se développe, augmente en richesse et en puissance. La danse se fait plus vive, plus ample. Tout au long de Radical Light, les cinq interprètes déroulent un mouvement continu, fluide, passant d’une vitesse et d’une amplitude à une autre. Surtout, ils conjuguent avec virtuosité une qualité de mouvements qui emprunte autant à la danse « de plaisir », telle qu’on peut la pratiquer seul chez soi ou en discothèque, qu’à une danse formelle, avec son architecture et la précision de son vocabulaire. Nourrie par une bande-son qui met la pulsation au centre, la pièce allie la force et la grâce, la délicatesse et l’épure. (Laure Dautzenberg – http://www.theatre-bastille.com/saison-17-18/les-spectacles/radical-light)

 

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Crédits photos : Bart Grietens

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Autant vous dire que je n’en menais pas large au début de la représentation, puisqu’au moment où les portes de la salle s’ouvrirent, une personne derrière moi fit un malaise et s’effondra. Heureusement un médecin était dans la salle, comme on dit. Mais ajoutée à mon manque de sommeil chronique, il me fallut un certain temps pour retrouver mes esprits (je suis une petite nature, mais ayant flirté avec les vertiges ces derniers jours, je ne pouvais qu’être touché – moment politique qui n’a rien à voir avec une critique (décidément…) : quand mettra-t-on en place une vraie médecine du travail là où je m’emploie, moi qui ne fus à peine ausculté que l’année de mon embauche, il y a presque quatorze ans de cela ? Mais comme je me refuse de parler ici de ma véritable activité professionnelle, cela ne sert évidemment à rien, fin de la parenthèse.)

Des danseurs dansent. La musique musique. Crescendo du son suivi par les performeurs. Imprévisiblité des gestes, ils ne se toucheront presque jamais. Une heure durant, les cinq artistes s’épuiseront sur cette musique techno pas agressive et entêtante. On s’attend à ce que l’un d’eux abandonne mais non, is ne s’arrêteront pas avant la fin. 

Je suis toujours admiratif (attention encore porte ouverte) de combien le corps peut se souvenir d’autant de mouvements, car ici point de pause (ou presque). Danse ininterrompue. Il serait très facile de rester extérieur. Je le suis un peu resté, à dire vrai, j’ai même eu le temps de repenser à « For Claude Shannon » qui est remonté dans mon estime. Et je ne regrette en rien ma présence dans cette salle, à regarder ses danseurs. Moment suspendu.

Si on lit la bible, on découvre que le chorégraphe/danseur Salva Sanchis a arrêté de créer de nouvelles pièces, mais poursuit tout de même son accompagnement des pièces déjà existantes (on le retrouvera avec Anna Teresa de Keersmaecker au prochain Festival d’Automne de Paris). Je ne connais pas la véritable raison de cette pause, si ce n’est des études en psychologie, mais prendre une telle décision me fascine. Pourquoi ?

 

vu le mardi 10 avril 2018 au théâtre de la Bastille

prix de la place : 13€/mois (pass Bastille)

 

RADICAL LIGHT

Chorégraphie Salva Sanchis

Avec Stanislav Dobak, Inga Huld Hakonardottir, Salva Sanchis, Peter Savel et, en alternance, Thomas Vantuycom et Gabriel Schenker

Musique Discodesafinado par Senjan Jansen et Joris Vermeiren

Production Kunst/Werk (http://www.kunst-werk.be/)

Jusqu’au 15 avril 18 au Théâtre de la Bastille (en collaboration avec l’Atelier de Paris – CDCN)

 

(une autre histoire)

Lundi soir, je pris un verre… deux verres avec mes camarades comédiens amateurs.  Nous parlâmes de nos vies, nos espoirs, nos prochaines représentations. L’une de mes camarades me fit un joli compliment concernant ce que j’écrivais (elle n’est point au courant de cet espace non-critique, je précise, parce que j’écris (d’)autre(s) chose(s)) et me demanda même, si je le voulais bien, de lui faire lire ce que j’étais en train de préparer pour un avenir proche. Je rougis. Certains voulurent prolonger la soirée. Je regardai ma montre, il était minuit passé. Évidemment le lendemain je devais travailler, genre de travail pour lequel je dois avoir un minimum de neurones lucides, parce que j’ai une certaine responsabilité. Je refusai la proposition et rentrai par l’avant-dernier métro.

Il y a quelques années de cela, je n’aurais jamais refusé la promesse d’une soirée de rires et d’alcool, même en semaine.

Je ne dors plus mes huit heures par nuit mais je suis incapable de ne pas dormir du tout. Je dors en moyenne six heures mais suis tout le temps fatigué, énervé, grognon. Faut dire que je ne m’épargne pas. L’automne dernier, je parvenais à maintenir le rythme : spectacles trois à quatre fois par semaine, écriture des chroniques, trois séances hebdomadaires de running, un atelier théâtre, un à deux films au cinéma, quelque chose qu’on appelle le travail… Puis en janvier, le run disparut (l’hiver a bon dos), ainsi que les films au cinéma. Cette année, je n’ai pris aucun jour de congé maladie et j’ai poursuivi mon rythme effréné de trois à quatre spectacles par semaine. Pourtant, je sens que quelque chose cloche. J’ai toujours été grognon, je suis connu pour ça. Tout ça me rend heureux, c’est pas le problème (je ne parle pas de mon boulot, cela va sans dire), mais quelque chose cloche. J’ai des vertiges, j’oublie, j’ai des absences, prends deux rendez-vous le même jour à la même heure, j’hésite à prendre le vélo. Tout est au ralenti. Faut dire que je mange n’importe comment, ne bois pas assez d’eau, passe trop de temps derrière un écran.

Mardi soir, quelqu’un a fait un malaise derrière moi. Ça aurait pu être moi, me fracassant le nez contre le sol du hall d’entrée, perte de connaissance, amnésie, tout est en sourdine. Mais je me serais levé et aurais vu ce putain de spectacle. Parce que si je m’arrête… Si je m’arrête… Attention citation que tout le monde ou presque connait : « Danse, danse, sinon nous sommes perdus – Tanzt, Tanzt, sonst sind wir verloren»

Si je m’arrête, je suis perdu.

Ps : Wuppertal, tu me manques. Mais surtout Lisbonne. Il y a un an jour pour jour, je m’envolais vers toi et… tu me manques aussi. Je ne veux pas travailler et je ne fume même pas.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

This duet we’ve already done (so many times) (Frédérick Gravel / Théâtre de la Bastille)

(quand on ne lit pas la bible)

This duet we’ve already done (so many times) ? Un spectacle sur deux chanteurs de karaoké qui reprennent une ulitme fois la chanson d’Elton John et Kiki Dee « Don’t go breaking my heart » ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Proche d’artistes comme Daniel Léveillé ou Étienne Lepage, le chorégraphe, danseur et musicien Frédérick Gravel fait partie des chercheurs actifs de la danse contemporaine sur la scène montréalaise. Dans ce nouveau spectacle, plus intimiste mais toujours électrique, il invente un pas de deux tout en crescendo. Un iPad laisse défiler du Joy Division, du Timber Timbre ou du Last Ex, un peu de whisky appelle à la détente… Sans artifice et tout en nonchalance, nous entrons dans la danse d’un couple amoureux, un peu mais pas si rock, fragile. Lui assume sa maladresse. Elle répond par une précision tranchante. Ils se regardent, jouent, dansent l’un pour l’autre. Puis, comme par accident, la complémentarité les gagne, romantique et jouissive. (Elsa Kedadouche – http://www.theatre-bastille.com/saison-17-18/les-spectacles/this-duet-that-weve-already-done-so-many-times)

 

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Crédits photos : Claudia Chan Tak

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Ces deux-là se connaissent, on le devine. Faut dire que le titre aide. À notre entrée dans la salle, Frédérick Gravel passe des vieilles chansons sur sa tablette, Brianna Lombardo s’échauffe, son collègue en fera de même. Ils boivent un verre de whisky coupé à l’eau.

Ça commence, it’s country time ! Chacun leur tour ils dansent, s’observent mais paraissent connaitre chacun le tour de l’autre. Partie deux, plus contemporaine, dans la musique je veux dire, c’est un corps à corps, chaque geste vers l’autre, chaque toucher sont autant de micro-histoires. Ils sont touchants, parfois drôles, toujours justes. Ce duo séduit instantanément, notamment grâce à leur simplicité.

Il faut saluer les choix musicaux de Frédérick Gravel et de Stéphane Boucher, toujours à propos, qui, mis à part la dernière chanson qui ponctuera la fin du spectacle et les saluts (« Love will tear us apart » par Joy Division ), font la part belle à des artistes méconnus par le grand public comme Timber Timbre ou Last Ex.

Le temps s’étire, comme si on n’avait pas envie de les quitter, comme s’ils n’avaient pas envie de se quitter, même si la dernière chanson évoque.…

 

vu le mercredi 4 avril 2018 au théâtre de la Bastille, Paris

Prix de la place : 13€ (Pass Bastille)

 

THIS DUET THAT WE’VE ALREADY DONE (SO MANY TIMES)

Avec Frédérick Gravel et Brianna Lombardo

Conception et direction artistique Frédérick Gravel

Lumières Alexandre Pilon-Guay – Environnement sonore Stéphane Boucher et Frédérick Gravel – Musique originale Stéphane Boucher – Aide à la création et à la production Ivana Milicevic et Jamie Wright – Aide aux costumes Elen Ewing – Conseillers à la création Stéphane Boucher, Clara Furey, Étienne Lepage et Katya Montaignac – Direction technique Olivier Chopinet

Production Frédérick Gravel et Daniel Léveillé Danse (https://www.danielleveilledanse.org)

Jusqu’au 8 avril 18 au Théâtre de la Bastille (en collaboration avec l’Atelier de Paris – CDCN)

 

(une autre histoire)

Il y a dix ans, je suis allé pour la première et unique fois à New York. Comme j’aime bien la difficulté, je ne suis pas parti de Paris ou de Marseille mais de la ville de Québec. D’abord du covoiturage avec Allostop entre Québec et Montréal, puis le bus de minuit pour arriver au petit matin dans la Grosse Pomme. Sur le trajet retour, au passage aux douanes, on me demanda ce que j’avais dans mon sac. « Mes affaires » répondis-je très naturellement. L’agent me regarda d’un air circonspect, haussa un de ses sourcils. « Vous savez, par chez nous, ça peut être mal compris le mot « affaires ». Ca peut paraitre louche ! » répliqua-t-il. « Euh… Euh… Ben… Mes vêtements, des souvenirs, des livres… » bredouillai-je.

A mon arrivée à Montréal, je pris une douche bien méritée dans une de ces salles de bains partagées avec une autre chambre. Ne surtout pas oublier de verrouiller la porte de communication, c’est un conseil. Le soir je retrouvai des connaissances françaises qui se produisaient en concert dans le cadre des Francofolies de Montréal. Pas peu fier d’arborer mon Pass Backstage. Je suis Wayne. Je suis Garth. Après le concert, dans les loges, on m’offrit un verre de vin, on me présenta une chanteuse que j’appréciais beaucoup (et encore aujourd’hui). Elle avait la peau douce. J’oubliai que j’avais le même âge qu’elle, que si j’avais voulu, j’aurais pu la courtiser, lui faire les yeux doux, comme on dit. Mais c’est comme si j’avais seize ans (et encore aujjourd’hui)

Je ne sais plus si c’était avant ou après New York, toujours à Montréal, toujours pendant les Francofolies, j’avais assisté à une des représentations de Mutantès, un opera rock de Pierre Lapointe. A l’époque, je ne savais pas que Frédérick Gravel avait signé la chorégraphie du spectacle.

Plusieurs années plus tard, en 2014, j’attendais dans la file du théâtre de la Bastille pour accéder à la salle du bas et voir « Ainsi parlait… » du même Frédérick Gravel (et aussi de Étienne Lepage). A côté de moi patientait Pierre Lapointe. Naïvement, je me dis qu’il venait seulement voir un compatriote québécois. Je n’osai pas l’aborder, parce que je ne savais jamais quoi dire dans une situation pareille. Même si je connais certaines de ses chansons par cœur, que je l’avais vu quatre ou cinq fois sur scène. J’aurais pu lui parler de Mutantès que j’avais vu à Montréal. Il m’aurait dit que Gravel en avait signé la chorégraphie.

C’est seulement hier que je découvris le lien entre les deux artistes : c’était écrit dans la bible du spectacle. On n’a pas entendu du Pierre Lapointe, mais du Timbre Timbre et c’est aussi vraiment bien. Après le spectacle, j’aurais pu dire à Frédérick Gravel tout le bien que je pensais de son travail. Ca commence à faire pas mal de spectacles que je vois de lui (je n’ai pas cité « Logique du pire », donc je cite aussi « Logique du pire »). J’aurais même pu lui parler de l’histoire avec Pierre Lapointe, mais j’allais voir l’autre spectacle de danse programmé dans le même théâtre.

Dommage que je ne puisse pas non plus me rendre à son DJ Set ce samedi à Bastille. Parce que je vais voir un autre spectacle.

Je vais voir trop de spectacles. Définitivement.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

For Claude Shannon (Liz Santoro – Pierre Godard / Théâtre de la Bastille)

(quand on ne lit pas la bible)

For Claude Shannon ? Une pièce de danse hommage à Claude, hobo officiel de l’aéroport de Shannon en Irlande ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Liz Santoro et Pierre Godard sont des expérimentateurs du mouvement. Alliant les dimensions scientifiques et corporelles, ils cherchent de pièce en pièce à comprendre comment celui-ci naît, s’échange, se transmet, et se teinte d’une couleur particulière quand on est soumis au regard des autres. Avec For Claude Shannon, du nom de l’un des pionniers de la théorie de l’information, ils créent à chaque fois une représentation différente, conçue comme un acte unique, puisque la partition est basée sur une contrainte tirée au hasard tous les soirs. Il en résulte une pièce fascinante par sa rigueur, à la gestuelle minimale et ultra-précise. Les interprètes obéissent à une logique mystérieuse et indéchiffrable mais palpable dans l’intensité de leurs présences, et invitent à un voyage qui aiguise l’attention et les sens. (Laure Dautzenberg – http://www.theatre-bastille.com/saison-17-18/les-spectacles/for-claude-shannon)

 

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Crédits photos :  Julieta Cervantes

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Ça me fait sourire. Bientôt le collectif « L’avantage du doute » va occuper à son tour le théâtre de la Bastille et ce soir nous voyons un spectacle de la compagnie « Le principe d’incertitude ».

Parfois je me dis : « Tu n’aurais pas dû enchaîner ces deux spectacles de danse diamétralement opposés, tant sur la forme qu’apparemment sur le fond. » Puis je réfléchis (ça m’arrive) et justement de mettre les deux spectacles en perspective, c’est plutôt pas mal. Alors que « This Duet… » (le spectacle de Frédérick Gravel qui se joue à 19h30 dans l’autre salle du théâtre, avant celui-ci… ma chronique prochainement !) fait appel à l’émotion, à une certaine immédiateté, on ressent « For Claude Shannon » comme un spectacle qui sollicite l’intellect et réclame une réflexion à long terme. Non pas que le premier ne le fasse pas mais la démarche des chorégraphes et notre « travail » de spectateur paraissent bien plus cérébraux. La tête avant le corps et le coeur.

Tout est expliqué au-dessus, dans le « ça parle de quoi en vrai ». Je dois également avouer que je mens, à moitié, puisqu’il m’arrive, pour préparer la structure de mes chroniques de lire en partie le programme de ce que je vais voir, j’étais donc quelque peu préparé psychologiquement. On m’avait même prévenu qu’il fallait s’accrocher dans les premiers moments du spectacle. Je dirais plutôt les deux premiers tiers, pour lesquels je suis resté quelque peu circonspect. La question qu’on peut se poser, c’est : « Dois-je saluer la performance des danseurs de renouveler chaque soir la chorégraphie ou bien applaudir la performance à l’instant t ? »

Parce que durant les deux premiers tiers, les danseurs répètent les gestes choisis quelques heures plus tôt. On ressent une certaine imprécision, le geste n’est pas assuré, mais c’est assumé. On entend le son d’une soufflerie, comme si on était dans un avion. Je m’attendrai presque à ce que les danseurs nous montrent les issues de secours tellement leurs gestes sont mécaniques et droits. Le rythme s’accélère progressivement, des mots sont prononcés (qu’on ne comprendra pas toujours) et c’est seulement quand ils se détacheront de la contrainte de la répétitivité des gestes que la pièce réveillera notre intérêt.

Pourtant, et je vais faire un parallèle hasardeux, il semblerait, les minutes et les heures (et la nuit) passant, que le spectacle prend finalement sens. Je me souviens d’un des films de Jean-Luc Godard : « Eloge de l’amour » que j’avais vu en 2001 au cinéma (et je jure que je n’ai pas fait exprès de citer Godard qui porte le même nom qu’un des chorégraphes). Je m’étais ennuyé en le voyant, je m’étais même endormi, je ne comprenais pas où il voulait en venir (je débutais seulement mon éducation à la Nouvelle Vague et j’étais loin d’être préparé aux essais cinématographiques des années 90-2000 de Godard), mais c’est en y repensant dans la soirée et les jours d’après que le puzzle s’était mis en place. Et c’est un peu ce qu’il se passe avec « For claude Shannon ». D’autres questions arrivent dans ma tête, que je n’ai pas encore formulées précisément… Peut-être réécrirai-je cette chronique dans les prochains jours ?

 

vu le mercredi 4 avril 18 au Théâtre de la Bastille, Paris.

prix de la place : 13€/mois (pass Bastille)

 

FOR CLAUDE SHANNON

Avec Marco D’Agostin, Cynthia Koppe, Liz Santoro et Teresa Silva

Conception Pierre Godard et Liz Santoro / Le principe d’incertitude – Musique Greg Beller – Costumes Reid Bartelme – Lumières et régie générale Sarah Marcotte

Une production Le Principe d’incertitude (http://www.lpdi.org/fr/calendar/2018)

jusqu’au 6 avril 18 au Théâtre de la Bastille (en collaboration avec l’Atelier de Paris – CDCN)

 

(une autre histoire)

Y a un truc que j’aime bien, c’est quand il n’y a pas trop de monde dans la salle. Je veux dire, il y a du monde, ils s’entassent au milieu mais ils me laissent les rangs sur les côtés. Le mien de côté, c’est à jardin. Quatre places, rien que pour moi. Je prends mes aises, pose ma veste à ma gauche, me tourne légèrement vers la droite, croise mes jambes comme je l’entends. Je me souviens d’une autre pièce que j’avais vue, de la même place. J’avais failli partir, j’étais en colère ce soir-là… Ça parlait de General Motors…

De là je vois bien la scène et surtout les spectateurs. J’en reconnais certains. Une habituée aime arriver après tout le monde. Elle n’est pas très exigeante au niveau de la place, mais elle aime qu’on la regarde quand elle arrive. Je vois également quelqu’un qui prend des notes ou qui consulte son téléphone portable ou qui lit le programme ou parfois les trois, mais pas en même temps. Et cette personne continuera à ne pas regarder le spectacle, à prendre des notes, consulter son smartphone pendant le spectacle. Elle est au premier rang, tout va bien. Il y a des choses que je ne comprends pas, un tel degré d’irrespect. Tu t’ennuies, ok. Dès les premiers instants, bon. Mais tu ne te mets pas au premier rang, purée ! Regarde le gars qui dort quelques rangs derrière toi. Il est noyé dans la masse, on l’aperçoit à peine. Ses voisins le détestent car il respire fort et, pris d’un réflexe myoclonique, a donné un coup de pied dans le siège de devant, ce qui a réveillé le spectateur, lui aussi endormi, qui a poussé un grand cri. On a tous cru que ça faisait partie du spectacle, mais non. C’est la vingt-cinquième fois que je vois le spectacle et les vingt-quatre premières fois, il n’y avait pas ce cri. Ah mais c’est peut-être Claude Shannon qui avait tout prévu, chaque représentation étant à chaque fois différente… Mince, ils m’ont encore eu : je suis le seul spectateur et vous autres dans le public êtes tous des danseurs-comédiens. Pourquoi me regardez-vous tous ?

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

21 Pornographies (Mette Ingvartsen / Centre Pompidou)

(quand on ne lit pas la bible)

21 pornographies ? Parce qu’il y en a vingt et une ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Partant du constat que la pornographie s’est répandue dans la société, Mette Ingvartsen explore ses effets à travers une série de matériaux érotiques et affectifs, dont peu ont à voir avec le sexe mais qui caractérisent la pornographie : les expressions de la cruauté, la précision clinique, la violence et la douleur, le rire, l’excitation. Le mélange des actions et des descriptions narratives crée une chorégraphie spéculative dont le spectateur ressent les sensations imaginaires et viscérales. (https://www.centrepompidou.fr/cpv/ressource.action?param.id=FR_R-8f3b52c442e56dc59cd9c4b2ee904f&param.idSource=FR_E-8f3b52c442e56dc59cd9c4b2ee904f)

 

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Crédits photos : Marc Domage

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Mette Ingvartsen est une artiste protéiforme qui n’a pas froid aux yeux et pas froid tout court, et en appelle à la danse mais surtout à la littérature, à la politique…

« Pour moi, la nudité est un costume. (…) Dans mes performances, j’ai toujours abordé le nu comme un rôle que nous jouons. »  (in http://www.telerama.fr/sortir/entre-rire,-degout-et-effroi,-la-choregraphe-mette-ingvartsen-explore-la-pornographie,n5533898.php)

Finalement, c’est quoi au juste la pornographie ? Si j’en crois mon ami Robert, c’est la représentation de choses obscènes destinées à être communiquées au public, l’obscénité étant ce qui blesse ouvertement la pudeur, surtout par des représentations d’ordre sexuel ou scatologique, ça c’est mon amie la Rousse qui me le sussurre au creux de l’oreille. Pour le commun des mortels, c’est des images d’ordre sexuel interdites aux moins de dix-huit ans mais qu’on peut retrouver à portée de clic. Ou bien n’est-elle pas omniprésente dans des formes, elles, admises et même accessibles encore plus facilement au plus grand nombre ?

Si on lit le « de quoi ça parle en vrai » ci-dessus, le pari est réussi. L’artiste est déjà dans la salle quand nous y pénétrons (c’est parce que je sais à quoi elle ressemble que je l’ai reconnue). On entend sa voix, en français, on passe d’une fête chez le Marquis de Sade au tournage d’un film coquin dans les années 70 en passant par une guerre indéterminée. Mette Ingvartsen a quelque chose de Angélica Liddell dans ce jusqueboutisme, cette façon de provoquer le spectateur mais jamais gratuitement, qui conclut sa performance de manière hypnotico-stroboscopique, jouant avec les ombres et les lumières d’un tube de néon, son corps prenant diverses formes assez inconcevables par la seule inclinaison du tube, puis qui tourne sur elle-même indéfiniment, le visage encagoulé, me laissant coi comme à la fin du film « Irréversible » de Gaspar Noé.

« 21 Pornographies » vaut bien plus qu’un Ferrero Roche d’Or, vaut bien mieux que cette non-critique d’ailleurs (branche d’ortie, flagellation, sado-masochisme… Sade encore lui…).

 

vu le jeudi 22 mars 2018 au Centre Pompidou à Paris.

prix de la place : 15,75€ (prix adhérent FNAC)

 

21 PORNOGRAPHIES

Concept, chorégraphie et performance : Mette Ingvartsen

Lumières : Minna Tiikkainen – Création sonore : Peter Lenaerts – Scénographie : Mette Ingvartsen, Minna Tiikkainen – Dramaturgie : Bojana Cvejic – Directeur technique : Hans Meijer – Assistant à la chorégraphie : Dolores Hulan

Production : Mette Ingvartsen / Great Investment

Dernier jour ce 24 mars 2018 au Centre Pompidou et en tournée en Europe

http://www.metteingvartsen.net/performance/21-pornographies/

 

(une autre histoire)

L’artiste nous invite à saisir un chocolat placé sous notre siège. J’ai faim. Je le cherche mais ne le trouve point. Ma voisine, de première jeunesse et déjà à quatre pattes, m’aide à le trouver. Je la remercie. Je souris même. Enfin je crois.

Un Ferrero Roche d’Or. Ouf, ce n’est pas un Mon Chéri. Parce que je déteste les Mon Chéri. Saviez-vous que ça s’appelle comme cela car cela vient du mot anglais « cherry » qui veut dire « cerise » ? Quand j’ai appris cela, ça a fait ma journée et depuis je répète à qui veut l’entendre cette anecdote, surtout lorsque je suis invité aux soirées de l’Ambassadeur. En règle générale, je n’aime pas les liqueurs avec du chocolat à l’intérieur. Pardon, c’est l’inverse. J’aime l’alcool, j’aime le chocolat mais je n’aime pas les deux en même temps.

J’engouffre le chocolat dans ma bouche, je manque de m’étouffer et évite l’accident malheureux. J’aurais peut-être dû demander à ma jeune voisine si elle avait son brevet de secourisme. Le problème, c’est que ça me donne faim et mis à part mes ongles, j’ai pas grand chose à me mettre sous la dent. Le parfum de la personne avec qui je partage un accoudoir n’arrange rien. J’ai l’eau à la bouche. Je ferme les yeux un instant.

Je vois une farandole de chocolats me tourner autour. Je tente de les attraper , en vain.

J’ouvre les yeux, une seconde a passé. En ce moment, je rêve beaucoup. L’autre soir pour The Great Tamer, par exemple… Je ne rêve plus dans mon lit, je rêve dans les salles de spectacle. Je ne sais pas si c’est bon signe. Ou bien dois-je demander à un.e ami.e de venir faire un seul en scène à la maison, je m’installerais dans mon canapé pas assez profond et je rêverais ? Parce que d’habitude, je note tous mes rêves dans un carnet noir de marque Moleskine (publicité clandestine) pour les réutiliser dans mes autres histoires… Comme ça, quand je n’ai absolument rien à raconter, je recycle. Je ne me souviens jamais quel jour passe la benne à ordures pour la poubelle jaune. J’ai envie de faire pipi. J’ai l’impression que l’artiste en face de moi a aussi envie de faire. Ça, c’est le thé. J’ai voulu me réchauffer tout à l’heure après la manifestation, un thé vert s’il vous plait ? Y avait un chocolat « Michel et Augustin » servi avec. Je l’ai mangé, même s’ils soutiennent la Manif pour tous. Je me suis senti honteux. Alors je suis allé aux toilettes. Et j’ai repensé à Angélica Liddell. Elle me manque. Son dernier spectacle, je n’avais pas pu le voir, il avait été annulé à cause des attentats du 13 novembre.

J’ai gardé l’emballage du Ferrero Roche d’Or offert par Mette Ingvartsen. Il est tout près d’une baguette chinoise qui m’avait été lancée par un des acteurs de Angélica Liddell à la dernière de Ping Pang Qiu.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

The Great Tamer (Dimitris Papaioannou / La Villette / Théâtre de la Ville)

(quand on ne lit pas la bible)

The great tamer ? Le grand dompteur… Dernier spectacle bravant l’interdiction de représenter des grands fauves dans l’enceinte d’une salle de spectacles ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Entre images d’actualité et iconographie byzantine, ce nouvel opus gravite autour de la Grèce, terre mythique où les légendes se font et se défont. En quête désespérée de nouveaux idéaux, l’homme projette sur des mirages ses désirs les plus obscurs et les plus fous. Les performances de Dimitris Papaioannou font cet effet-là, celui de résumer l’humanité par des images fortes et accomplies où la beauté est une invitée de marque. (https://lavillette.com/evenement/dimitris-papaioannou/)

 

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Crédits photos : Julian Mommert

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

C’est sur les bons conseils de Ronan dans cette vidéo (-> ici) que je me décidai à franchir les portes de la Grande Halle de la Villette pour découvrir le travail de Dimitris Papaioannou, qui y reviendra d’ailleurs l’an prochain (et j’y serai… enfin j’espère) pour présenter sa nouvelle création avec la compagnie de Pina Bausch, la Wuppertal Tanztheater. Mais n’anticipons pas et profitons de ce rêve éveillé que fut The Great Tamer.

Le Beau Danube Bleu de Strauss qui conclut toujours le concert du Nouvel An à Vienne (et qu’on m’oblige chaque année à le regarder) sera le fil conducteur de ce spectacle, mais sera trituré, ralenti… Je pourrais parler des images : l’homme qui se deshabille, s’allonge, un linceul est déposé sur son corps, le souffle d’une plaque en bois qui tombe le fait s’envoler (action qui sera répétée) / Cet être composé d’un buste féminin et de deux jambes de deux danseurs, à la démarche déglinguée / Ces trappes qui referment diverses surprises / l’ombre du cosmonaute / les épis de blés qui se plantent telles des flèches au sol… Je pourrais parler de l’absence de couleurs, des références picturales qui me manquent mais qui ne me frustrent pas…

Le spectacle est d’une sombre beauté insondable et poétique.

(je ne sais pas d’où je sors ça, mais il serait vain pour moi et pas très intéressant pour vous de tenter d’expliquer cette expérience, j’ai préféré aller à l’essentiel)

 

vu le mardi 20 mars 2018 à la Grande Halle de la Villette

prix de la place : 10€ (tarif obtenu grâce à une amie qui travaille à la Villette)

 

THE GREAT TAMER

conception & direction : Dimitris Papaioannou

avec Pavlina Andriopoulou, Costas Chrysafidis, Ektor Liatsos, Ioannis Michos, Evangelia Randou, Kalliopi Simou, Drossos Skotis, Christos Strinopoulos, Yorgos Tsiantoulas, Alex Vangelis

Jusqu’au 23 mars 2018 à la Grande Halle de la Villette (avec le Théâtre de la Ville)

 

(une autre histoire)

Je vous jure, ça a duré une fraction de seconde. Sur scène, le gars était en train d’enlever ses chaussures, j’ai fermé les yeux, je les ai rouverts, il enlevait ses chaussettes. Je n’ai rien raté. Enfin je crois. Parce que dans ce genre de spectacles, ça se répète pas mal. Mais faut me comprendre, je fais un métier pénible, je n’arrête pas d’y penser, je dors mal et mes rêves, je les fais lors de mes micro-siestes pendant des spectacles.

J’étais à l’hôpital, j’allais me faire ouvrir le ventre. J’angoissais à l’idée qu’on farfouille trifouille dans mes entrailles et qu’on y trouve je ne sais quoi. Un peu comme quand le mois prochain j’irai chez le dentiste alors que je n’y suis pas allé depuis plus de trois ans. Une honte m’étreint. Dans ma chambre, une personne que j’ai rencontrée quelque part (le côté abstrait et flou est totalement voulu car j’ai clairement identifié la personne) est à mes côtés, elle me tient la main et est venue avec toute sa famille nombreuse. Je me sens bien avec eux.

Mais tout disparait. J’ai arrêté de travailler. Je vis reclus dans la maison familiale. Plus personne de ma famille n’existe sauf moi. Un jour, on m’a dit : « Tu sais, la lignée familiale tient dans tes couilles. Tu ne procréés pas, ton nom meurt ». Je suis tout seul. Je vis sur mes économies, j’ai vendu les dernières terres pour subsister jusqu’à la saison nouvelle, la maison est maintenant encerclée par de nouvelles villas et une nouvelle route départementale dont les voitures dépassent allègrement la limite autorisée. Je regarde autour de moi, à la recherche d’objets que je pourrais revendre ou échanger contre des boîtes de thon. Je suis tout seul, je vis dans un bric à brac, dans la maison de mes parents qui est devenue ma maison, j’ai sur le dos une vieille veste en laine qui sent le bois brûlé. Je ne sais pas trop ce que je fais. Je ne sais pas trop quoi penser, je n’ai jamais su.

J’ouvre les yeux et sur scène un homme enlève ses chaussettes après avoir enlevé ses chaussures.

J’ai cligné des yeux combien de temps ?

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

À quelle sauce (printemps-été 18)

Parce que j’ai encore dix jours avant de voir mon prochain spectacle et que je m’ennuie, donc je dégaine avec un peu d’avance mon programme pour ces quatre prochains mois.

 

MARS

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Crédits photos : Théâtre de la Bastille
  • Claude de et par Gauthier Ployette (Théâtre À la croisée des chemins) : Premier spectacle du mois, premier saut dans l’inconnu… (tous les mercredis et jeudis, du 7 mars au 5 avril 18)
  • Bovary (Théâtre de la Bastille) : Tiago Rodrigues est de retour avec la reprise de Bovary (mais sans le grand Jacques Bonnaffé) avant un feu d’artifice en 18/19 ? (Sa façon de mourir avec le tg STAN + Sopro ?) (du 1e au 28 mars 18)
  • NTM (Accorhôtels Bercy) : Ce soir, on vous met… Ce soir on vous met la fièvre… pendant des heures… (du 8 au 10 mars 2018)
  • Hunter – Le chant nocturne des chiens (Théâtre de Chaillot) : Marc Lainé n’est jamais aussi bon que quand il écrit lui-même ses spectacles. (du 7 au 16 mars 18)
  • Cubix par Mathieu Enderlin (Le Mouffetard) : Découverte d’un spectacle jeune public. (du 14 au 25 mars 18)
  • Ithaque (Ateliers Berthier) : Christiane Jatahy est de retour avec les comédiennes de sa version des Trois Soeurs et rien que ça… (du 16 mars au 21 avril 18)
  • The Prisoner (Bouffes du Nord) : Peter Brook est de retour… Un beau moment de simplicité et de poésie en perspective. (du 6 au 24 mars 18)
  • The Great Tamer (Grande Halle de la Villette) : Après sa présentation au dernier Festival d’Avignon, je me suis laissé convaincre par la vidéo de Ronan sur ses attentes pour 2018. (du 20 au 23 mars 18)
  • 21 Pornographies par Mette Ingvartsen (Centre Pompidou) : Non non… rien… (du 22 au 24 mars 18)
  • M comme Méliès (Théâtre de Chaillot) : Di Fonzo Bo / Vigier dans un spectacle alliant théâtre, cinéma et magie. On fait confiance. (du 22 au 29 mars 18)
  • Notre innocence (anciennement Victoires) (La Colline) : Curieux de voir cette nouvelle création de Wajdi Mouawad, quelques mois seulement après le très beau « Tous des oiseaux ». (du 14 mars au 11 avril 18)
  • Les Émigrants – The Ghostchasers (en 2 parties) (Théâtre de la Bastille) : Je ne sais pas quoi dire. (du 20 au 31 mars 18)
  • By Heart (Les Tanneurs, Bruxelles) : Troisième fois que je verrai ce moment mené par Tiago Rodrigues. Oserai-je apprendre avec neuf autres personnes le fameux sonnet de Shakespeare ? (du 28 au 30 mars 18)

AVRIL

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Crédits photos : Robbie Jack
  • For Claude Shannon (du 3 au 6 avril 18) + This Duet that we’ve already done (so many times) (du 4 au 8 avril 18) + Radical Light (du 9 au 15 avril 18) + A Kind of Fierce (du 12 au 15 avril 18) (Théâtre de la Bastille) : Découvertes également de toutes ces pièces de danse avec tout de même l’envie de revoir Frédérick Gravel.
  • The Encounter (Odéon Théâtre de l’Europe) : Spectacle immersif par Simon McBurney (du 29 mars au 8 avril 18)
  • La Mécanique du Coeur d’après le roman de Mathias Malzieu (À la Folie Théâtre) : Pour être honnête, je fus un grand fan de Dionysos mais beaucoup moins des romans de Mathias Malzieu. Curieux de voir ce qui en a été fait pour le théâtre, même sans la musique du groupe. (les jeudis, samedis et dimanches, du 12 avril au 25 juin 18)
  • Les 7 jours de Simon Labrosse (Théâtre de Ménilmontant) : Je ne ferai aucun commentaire car cette pièce reste pour moi… Non, je ne dirai rien. (tous les mardis jusqu’au 29 mai 18)

MAI

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Olafur Arnalds
  • Au bois (Colline) : Revoir enfin Emilie Incerti Formentini sur scène après Rendez-vous Gare de l’Est de Guillaume Vincent (du 3 au 19 mai 18)
  • Mona (CentQuatre) : Ceci n’est pas un concert ni une pièce, mais Emily Loizeau. (les 2 et 3 mai 18) -> J’avais noté Mona, mais d’après le site internet du 104, ça serait un concert hommage à Lou Reed, à suivre…
  • Olafur Arnalds (Trianon) : Quelque chose de l’Islande dans ma tête, sûrement. (le 15 mai 18)
  • Gaz Coombes (Maroquinerie) : La satisfaction du concert hommage des Beatles l’autombe dernier, que je vois enfin tout seul, à défaut de l’avoir vu avec Supergrass. (le 29 mai 18)
  • Quelque chose se prépare au Théâtre de la Bastille auquel je participerai… les 25 et 26 mai 18… dans la salle du haut… Les Infiltré.e.s
  • Et toujours au théâtre de la Bastille, le collectif L’Avantage du doute prend la suite de Tiago Rodrigues pour occuper Bastille et ça sera forcément différent : Occupation Bastille 2 (du 23 mai au 16 juin 18)
  • Voilà ce que jamais je ne te dirai + Je suis un pays (La Colline) : C’est Macaigne et j’ai un peu peur de ce qu’il va nous demander de faire, surtout pour le 1e spectacle. (du 31 mai au 14 juin 18)

 

JUIN/JUILLET

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Crédits photo : Tanztheater Wuppertal
  • Tragédies romaines (Théâtre de Chaillot) : IVO VAN HOVE… voilà, c’est tout. (du 29 juin au 5 juillet 18)
  • Nefes (Théâtre des Champs Elysées) : PINA BAUSCH… voilà c’est tout. (du 2 au 12 juillet 18)

Encore une fois, il s’agit ici d’une liste qui risque de s’allonger ou de se modifier dans les prochaines semaines, au gré des invitations, conseils et autres rencontres.

 

J’AI DÉJÀ VU, C’EST BIEN MAIS JE N’Y RETOURNE PAS PARCE QUE JE N’AI PLUS DE SOUS ET QUE J’ESSAIE D’AVOIR UNE VIE SOCIALE…

  • Nicolas Bouchaud au Théâtre du Rond Point avec La loi du marcheur (du 7 au 18 mars 18), Un métier idéal (du 20 au 31 mars 18) et Le méridien (du 4 au 14 avril 18), avec une préférence pour le premier et les mots de Serge Daney.
  • La reprise, toujours au Rond Point des Bijoux de Pacotille par Céline Milliat Baumgartner et Pauline Bureau (du 6 au 31 mars 18)
  • La reprise encore au Rond Point du spectacle de Mathieu Madenian (du 24 au 26 mai 18)
  • La reprise de la Conférence de Choses par François Grémaud et Pierre Mifsud au Nouveau Théâtre de Montreuil (du 20 au 24 juin 18)
  • Jusque dans vos bras des Chiens de Navarre à la MC 93 Bobigny (du 24 au 29 avril 18)
  • La nuit je suis Robert de Niro de Guillaume Barbot, mise en scène par Elsa Granat (dont on devrait entendre parler la saison prochaine…) à la Loge (du 12 au 15 juin 18)
  • F(l)ammes à la Commune (du 9 au 11 avril 18)
  • Une Chambre en Inde au Théâtre du Soleil (même si je n’avais pas été complètement convaincu). (du 24 février au 29 avril 18)

(court) BILAN HIVER 2018

42 spectacles vus du 1e décembre 2017 au 19 février 2018, 35 chroniques écrites (une seule chronique pour les deux volets d’Adieu Ferdinand de Philippe Caubère et pour le diptyque Iliade Odyssée, aucune chronique pour des spectacles déjà vus et chroniqués : le concert des No Man’s Louise au Nez Rouge et au Jam à Marseille, Bacchantes de Marlene Monteiro Freitas, Gala de Jérôme Bel, pas de chronique non plus concernant une Pastorale dans le village familial pour des raisons de proximité, mais deux articles « hors série » avec mon bilan 2017 et la soirée Gladparty). Je n’ai raté aucun spectacle de mon programme, mis à part celui de Phia Menard, mais c’était pour la bonne cause et surtout pour Londres.

Dans les coups de coeur, je mentionnerai la confirmation Marlene Monteiro Freitas et son Jaguar à Bastille, la claque Lia Rodrigues et son Pindorama à Chaillot et la découverte des Petites Reines de Justine Heynemann (que des femmes, dites donc et encore je n’ai pas cité Emma Dante !)

Les chroniques les plus lues : Mélancolies, Saïgon et Adieu Ferdinand ! (sans compter celle de la Gladparty)

 

A bientôt en mai pour un billet spécial sur les nouvelles saisons 18/19 présentées dans les différents théâtres, ainsi que sur la programmation du prochain Festival d’Avignon !

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Le dur désir de durer (Théâtre Dromesko / Monfort Théâtre)

(quand on ne lit pas la bible)

Le dur désir de durer ? Ceci n’est pas un spectacle inspiré par les écrits de Cioran, c’est certain.

 

(de quoi ça parle en vrai)

(…) Deuxième volet d’un diptyque, Le Dur désir de durer, démarre là où s’est arrêté Le Jour du Grand Jour. On les retrouve dans le même dispositif que traversent les comédiens, musiciens, danseurs comme on traverse sa vie. Ici, le Théâtre Dromesko évoque le temps qui passe, l’abandon, le désenchantement, la fragilité de la vie, ses tempêtes aussi, jusqu’à la disparition, avec l’inconnu et le mystère qui nous attend tous, derrière la porte. Il n’y a plus qu’à se laisser emporter… (…) Sur ce petit bout de plancher perdu au milieu du public, ponton flottant sur cette marée humaine, nous allons passer et repasser, courant ou trainant, seuls ou nombreux, allant toujours dans la même direction. Apercevoir des fragments de parcours, des parenthèses de vie avant un « après », ou après un «avant ». Une vierge naine, un homme portant un jeune enfant, un chirurgien dans son habit de lumière… Tous, anonymes de la vie et normaux de l’imaginaire. (http://www.lemonfort.fr/programmation/le-dur-desir-de-durer-apres-demain-demain-sera-hier)

 

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Crédits photos : Fanny Gonin

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

C’est drôle parfois la vie, on croise quelqu’un, on lui parle cinq secondes, cette personne a juste le temps de mentionner le nom Dromesko, allez comprendre pourquoi cela pique notre curiosité, la personne disparait, on pense à elle avant le début du spectacle puis on se dit qu’on ne la remerciera jamais assez pour avoir évoqué ce spectacle. (Ce n’est pas la première fois que ça m’arrive, ce genre de mésaventures. Peut-être me lira-t-elle ?)

Alors attention, ce spectacle, dont les thèmes sont éternels : la vie, la mort, le passage, que dis-je, la traversée d’un état à un autre (j’en reparlerai plus tard, de ces traversées), n’est pas exempt de défauts, car après un départ en fanfare avec ces corps sans tête à quatre jambes qui supportaient et faisaient avancer la Vierge Naine de Séville (ça je l’ai lu dans le programme) et ces musiciens tout droit sortis d’un Freak Show, le soufflé retombe quelque peu. Je ne suis pas à une contradiction près, moi qui écris beaucoup, mais les parties écrites/parlées font baisser le rythme et l’attention (je ne parle pas de la qualité de l’écriture, qui est bien présente, je précise). Car le Théâtre Dromesko sait nous transporter dans un ailleurs grâce à ces images qui m’ont fait penser aux meilleurs films de Kusturica (les naissances, les mariages…), il y aurait aussi quelque chose de Fellinien (j’imaginerais bien un jeune garçon qui verrait ce spectacle et qui tomberait amoureux d’une des artistes, un peu comme dans Amarcord).

Ce que je n’ai pas dit, c’est que nous sommes ici dans un dispositif bifrontal (et on est très mal assis, mais ça, c’est une autre histoire) et il y a une seule entrée et une seule sortie. Ce sont ces traversées qui fascinent. Rien ne s’arrête mais on fait tout pour durer ou faire durer le plaisir. Et c’est très bête, mais voir un personnage tirer un lit d’hôpital, le sortir de scène et le voir revenir de l’autre côté alors que le lit n’a pas fini sa sortie, ça me fait rire.

La dernière demi-heure est fantastique : un personnage ne parvient pas à sortir, se heurtant à un mur invisible, là où des dizaines d’individus (joués par les huit autres comédiens) entrent et sortent de plus en plus rapidement, le vent (et le burlesque) s’invite dans la partie, un « chien-taureau », un poney, pas de cochon hier soir mais cet oiseau… irréel. Je ne me souviens pas en avoir vu un tel de toute ma vie. Est-ce un contorsionniste ? Une marionnette ? C’est un marabout (je me suis renseigné) d’un autre âge, qui joue remarquablement bien. Ses ailes, son bec, ses pattes sont tout un poème (oui, je sais, j’ai déjà écrit cela du corps de Robert Lepage, mais Robert Lepage est-il un marabout ? Ahhh…)

« Le dur désir de durer »… à chaque fois que j’écris ce titre, j’ai envie d’écrire « Le dur désir d’aimer », allez comprendre…

 

vu le samedi 17 février 2018 au Monfort Théâtre (Paris)

prix de la place : 20€

 

LE DUR DÉSIR DE DURER (Après-demain, demain sera hier)

par le Théâtre Dromesko (http://www.dromesko.net/fr/)

conception, mise en scène et scénographie Igor et Lily – textes : Guillaume Durieux

jeu / danse Lily, Igor, Guillaume Durieux, Violeta Todό-González, Florent Hamon, Zina Gonin-Lavina, Revaz Matchabeli, Olivier Gauducheau, Jeanne Vallauri

interprétation musicale Revaz Matchabeli (violoncelle), Lily (chant), Igor (accordéon)

construction décor Philippe Cottais – costumes Cissou Winling – lumière Fanny Gonin – régie plateau Olivier Gauducheau – création son Philippe Tivilliers – régie son Morgan Romagny – création et régie lumière Fanny Gonin

EN PARTENARIAT AVEC LE THÉÂTRE DE LA VILLE

C’était la dernière représentation au Monfort Théâtre… Et du 22 au 26 mai 2018 à la Scène Nationale de Sète et du Bassin de Thau.

 

(une autre histoire)

Parfois j’ai des idées… Je vis dans le 19e arrondissement de Paris et le Monfort Théâtre se trouve dans le 15e. C’est 3 métros pour y aller ou 2 tramways. Mais quelle mouche m’a donc piqué pour que je me mette en tête d’y aller à pied ? Selon mon amie Mappy, cette promenade durerait près de 2h30 pour environ une dizaine de kilomètres. Et je suis parti chaussé de mes sempiternelles Docs Martens.

Il fait beau, pas trop froid. Faut dire que je suis resté toute la journée chez moi. Je devais me remettre à courir, à la place j’ai bu trois cafés et regardé deux films (Le paradis de Alain Cavalier et American Sniper de Clint Eastwood : aucun rapport, je sais). Je devais aller au cinéma, à la place j’ai regardé le début de la saison 2 de Search Party et envoyé deux courriels importants.

La meilleure façon de marcher… c’est de mettre de bonnes chaussettes.

Je respire le bon air parisien, je m’arrête quand le petit bonhomme est rouge, je suis un garçon discpiliné. Je lève les yeux au ciel. Oh Félix Potin ! Je commence à compter les Caisse d’Épargne mais arrête assez rapidement. Je marche de plus en plus lentement, il ne fait plus jour mais pas complètement nuit, comme dans un rêve. Je passe devant le Brady (jamais allé), l’Archipel (j’avais vu une pièce avec S.), le Théâtre Antoine (ils passent Art… pas envie…), le Comédia, la future Scala, la Gaîté Lyrique (toujours pas compris à quoi ça servait), les théâtres du Châtelet et de la Ville en travaux, au-dessus de la Seine avec un côté des berges encore inondé. Photo. Saint Michel. De ce côté-ci de la Seine, je ne suis pas à l’aise. C’est bien la seule fois où je suis heureux (et je le revendique) d’être à droite.

Mince, j’ai des ampoules au pied, c’est à cause des chaussettes, ça. Je crois que je transpire. Mince, j’ai torp envie de faire pipi. Je vais avoir quelle tête en arrivant ? C’est quand qu’on arrive ? Elle est longue la Rue du Cherche-Midi… Attends, je m’arrête, je vais envoyer un message à Calimero, ça va me reposer deux minutes. Non, je ne sais pas envoyer un texto tout en marchant.

J’arrive. Tout ça pour quoi ? Pour me donner de l’inspiration ? Pour économiser un ticket de bus ?

Moi je sais pourquoi.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Jaguar (Marlene Monteiro Freitas / Andreas Merk / Théâtre de la Bastille)

(quand on ne lit pas la bible)

Jaguar ? Marlene Monteiro Freitas danse autour de voitures prêtées par la célèbre marque ? Une seule pensée vient alors à l’esprit des spectateurs : Mais comment diable ont – ils fait pour entrer toutes ces voitures dans la salle du bas du théâtre de la Bastille ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Accompagnée de son acolyte Andreas Merk, la chorégraphe cap-verdienne, au cours d’une partie de chasse endiablée, caresse les limites de l’esthétiquement correct. Les deux pantins clownesques se livrent à un savant mélange de sursauts et contorsions, saccadés et répétés en de multiples variations, alternant épuisement et état de transe devant un animal démesuré. Exaltés par la musique classique comme par les rythmes entraînants du carnaval du Cap-Vert, ils nous transportent dans leur univers énigmatique, fabuleux, singulier – évoquant le mythe de Diane surprise au bain par Actéon – où chacun pourra librement intérioriser les permanentes métamorphoses de ces deux danseurs. Une performance véritablement physique et animale. (http://www.theatre-bastille.com/saison-17-18/les-spectacles/jaguar)

 

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Crédits photos : Laurent Paillier

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Parce que je tiens « Bacantes » pour être l’un des meilleurs spectacles vus ces dernières années, c’est avec une impatience non dissimulée mais aussi une certaine appréhension, car peur d’être déçu, que je me suis rendu au Théâtre de la Bastille pour voir cette nouvelle pièce de Marlene Monteiro Freitas en collaboration avec Andreas Merk.

Ce spectacle est peut-être moins évident à appréhender que Bacantes, car on ne saisit pas immédiatement le lien entre les scènes (pour celui inspiré d’Euripide… ben la réponse était dans la question). Ce qui est en revanche bienheureux de retrouver, c’est la performance physique de Marlene Monteiro Freitas et de Andreas Merk qui, durant 1h45,  n’arrêteront pas une seule seconde.

« Jaguar » ne laisse pas indifférent. Il emprunte au burlesque, au clownesque dans cette façon de déformer les corps et les visages, épuise chaque possibilité autour de l’utilisation des accessoires : « ceci n’est pas une serviette », étire le temps et laisse surtout le champ libre à l’imagination et à toutes sortes d’interprétation. On apprécie également l’utilisation de morceaux classiques plutôt connus, d’airs de carnaval cap-verdien (ça je l’ai lu, je ne l’aurais pas deviné tout seul), tout comme on apprécie entendre un David Bowie qu’on n’a pas entendu 50-12 fois (Love is lost).

Puis ce mélange de baiser ou de tête de bête de foire…

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Encore une chose, Marlene Monteiro Freitas, je vous aime.

 

vu le mardi 13 février 2018 au Théâtre de la Bastille

Prix de la place : 13€/mois (pass Bastille)

 

JAGUAR

Chorégraphie Marlene Monteiro Freitas avec la collaboration de Andreas Merk

Performance Marlene Monteiro Freitas et Andreas Merk

Lumières et espace scénique Yannick Fouassier – Accessoires João Francisco Figueira en collaboration avec Miguel Figueira – Son Tiago Cerqueira – Recherches João Francisco Figueira et Marlene Monteiro Freitas

Spectacle présenté en coréalisation avec l’Atelier de Paris / Centre de développement chorégraphique national.

Jusqu’au 18 février 2018 au théâtre de la Bastille (Paris)

 

(une autre histoire)

Bonsoir, je vous remercie de bien vouloir signer cette autorisation. Vous vous engagez seulement à ne pas me poursuivre pénalement ou civilement, si jamais j’évoque un de vos faits et gestes durant cette soirée, mais également de continuer à m’adresser la parole. Je suis un peu à court d’idées, de ce fait, je grapille un peu tout ce qui me passe sous la main.

Par exemple, je pourrais évoquer ces deux spectatrices assises ce soir devant moi qui ont passé la moitié du spectacle à chercher un bijou qui avait glissé sous leurs sièges et qu’elles n’ont jamais retrouvé. Mais je ne le ferai pas, puisque l’une d’elles m’a avoué qu’elle lisait mes chroniques et que je suis un poltron. Je ne peux pas parler non plus de mes éventuelles conquêtes (rires du public) ni des rendez-vous galants que je donnerais au théâtre, car ces personnes-là sont également au courant de cet espace non-critique et je ne veux pas l’utiliser comme défouloir pour me venger d’une certaine personne qui aurait refusé mes avances et que j’ai déjà supprimé de mes contacts… Mais je n’en dirai pas plus. Non non, n’insistez pas. Je… Aaaah… Non, je ne raconterai rien, même sous la torture.

Tous mes amis partent de Paris, ils font des bébés, ah je vous jure ! Donc je n’aimerais pas me mettre à dos mes quelques amis restants. Sinon, je serais obligé de passer des annonces sur Twitter pour trouver des amis, je m’infiltrerais dans un atelier théâtre pour socialiser, pour me casser les dents sur des filles trop jeunes pour moi, j’essaierais de trouver une occupation près de Bastille, parce que j’aime beaucoup ce quartier, etc, etc.

Je deviendrais pathétique. Ou gênant. Ou les deux à la fois.

Vous pourriez dater, je vous prie, voilà, merci.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Bestie di scena (Emma Dante / Théâtre du Rond Point)

(quand on ne lit pas la bible)

Bestie di scena ? Bêtes de scène ? Les Italiens s’attaquent à nos deux bêtes de scène à nous, Johnny et Cloclo dans une lutte fratricide à coups de hologrammes. Le téléphone va pleurer et on va y allumer le feu.

 

(de quoi ça parle en vrai)

D’ici repartira un nouvel élan. Quatorze comédiens, comédiennes, danseurs et danseuses sur le plateau : Emma Dante les expose, les exhibe. Corps déshabillés, perdus dans l’espace, en mouvement, ils dansent en sous-vêtements ou nus. Instants de grâce et images chocs. Pierre Notte https://www.theatredurondpoint.fr/spectacle/bestie-di-scena/

 

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Crédits photos : Masiar Pasquali

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je sais, je me répète, mais j’aime les premières fois. Jusqu’à ce soir, je n’avais vu aucun spectacle d’Emma Dante et j’ai donc choisi un spectacle dans lequel tous les performeurs sont à poil pour me dépuceler. (humour (?) de répétition (cf critique sur Khatia Buniatishvili) (c’est quand on commence à s’auto-référencer qu’il faut redescendre de son nuage)). Cela dit, j’avais vu le film « Palerme » réalisé par Emma Dante, donc pas totalement vierge de ce qui peut trotter dans la tête de la dame.

Ici quatorze artistes coincés quelque part, qui deviendront les pantins malgré eux d’une entité supérieure. Et pourtant ils en sortiront… Pas un mot de plus.

Ce n’est pas rien de se retrouver au troisième rang face à ces performeurs bientôt nus comme des vers. Alors on se concentre sur leurs visages, férocement expressifs (je ne sais pas ce que ça veut dire, mais j’aime bien). Il n’ y aucune sexualisation des corps. Les danseurs-comédiens tentent même de cacher leurs attributs, tant bien que mal, livrant ici un des moments les plus facétieux du trop court spectacle, à peine une heure. Mais le spectacle commence avant le spectacle, avec ce qu’on appellera un échauffement devant le public qui arrive progressivement dans la salle. Je suis d’ailleurs toujours éberlué devant l’indifférence (« ô téléphone mon amour » ou « blababla » on saura tout de leur vie) que montrent certains spectateurs quand les artistes sont déjà sur scène. Mais quel bonheur de les voir évoluer avant les trois coups, de faire connaissance avec ces personnes toutes plus différentes les unes que les autres.

On aime la liberté, le lâcher prise, cet investissement total. On aime cette poupée désarticulée, ce joueur de basket, ce grand singe, cette mangeuse de cacahuètes (à deux doigts de l’étouffement)… Et quand à la fin, il se retrouvent encore face à nous, toujours aussi nus, quelque chose a changé. Une libération. Dans leur regard, dans leur posture, dans notre regard.

 

vu le mercredi 7 février 2018 au théâtre du Rond Point (Paris)

prix de la place : 19€ (tarif abonnement)

 

BESTIE DI SCENA (Bêtes de scène)

Un spectacle de : Emma Dante

Avec : Elena Borgogni, Sandro Maria Campagna, Viola Carinci, Italia Carroccio, Davide Celona, Sabino Civilleri, Roberto Galbo, Carmine Maringola, Ivano Picciallo, Leonarda Saffi, Daniele Savarino, Stéphanie Taillandier, Emilia Verginelli, Marta Zollet

Et avec : Daniela Macaluso, Gabriele Gugliara

Décors : Emma Dante – Lumières : Christian Zucaro – Directeur de plateau : Gabriele Gugliara – Assistanat à la production : Daniela Gusmano – Coordination et diffusion : Aldo Miguel Grompone

Jusqu’au 25 février 2018 au théâtre du Rond Point (Paris), puis les 30 et 31 mars 2018 au théâtre Anthéa – Antipolis (Antibes-Juan les Pins) et le 3 avril 2018 à la MA Scène Nationale de Montbéliard.

 

(une autre histoire)

Être spectateur est un métier à risques. Ce soir, j’ai reçu une goutte d’eau mêlée à de la salive, projetée de la bouche d’un des danseurs. Elle est venue directement se loger sur mes lèvres. J’aimerais me glisser dans les coulisses à la fin du spectacle avec mes cotons tiges et prélever un peu de leur adn. « Qui de vous est un peu en moi ? » Que va-t-il m’arriver ? Vais-je devenir un danseur ? Parce qu’il y a un peu de votre ADN en moi mainenant. J’ai toujours été nul en biologie. Même quand j’ai redoublé ma seconde. Pourtant durant le premier trimestre, j’avais de bonnes notes en sciences, je me disais même que je pourrais choisir la section scientifique mais tout ça est redescendu bien vite.

Il va se passer quoi dans quelques heures, quand je serai allongé dans mon lit, que je rêverai d’une telle ou d’une telle ? Peut-être que je rêverai de toi ? Un mélange de toi, de toi et de toi ? Je serai nu, à poil et ça sera bien le cas de le dire. En chair et en os et à poil. Quand on vieillit, les poils poussent moins, non ? Je serai donc nu. Je serai à la fois dedans et dehors. A l’intérieur puis à l’extérieur. Je sentirai chaque centimètre carré de mon corps bouger, en vingt-quatre dimensions. Je ne cacherai pas mes parties intimes. Il n’ y a rien à voir de toute façon. Du ciel tombera la neige, c’est ça mon cadeau du gars ou de la fille au-dessus de tout ça. Je m’immobiliserai et je deviendrai bonhomme de neige. Je fumerai la pipe, j’aurai tout de même mon écharpe et mon chapeau, mon nez se transformera en carotte ce qui me rendra plus aimable. Puis viendra le redoux, je fondrai, me jetterai dans la Seine, ce qui fera remonter le niveau du fleuve jusqu’aux couilles du Zouave. Paris inondée. Les grandes crues. Mon immeuble dans les flots. L’eau monte, l’eau monte, jusqu’au sixième étage. Le fleuve est mon ascenseur. Personne ne veut m’ouvrir à l’intérieur parce que je n’y suis pas. Heureusement j’ai un double des clés. J’ouvre et je suis allongé dans mon lit, sous ma couette, en chien de fusil. Il y a un trou au-dessus de moi, la neige tombe et me recouvre. Parce que j’ai laissé la porte de la salle de bains ouverte, le froid s’engouffre dans tout l’appartement, je gèle. On se reverra au printemps, promis.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

We’re pretty fuckin’ far from okay (Lisbeth Gruwez / Théâtre de la Bastille)

(quand on ne lit pas la bible)

We’re pretty fuckin’ far from okay ? On est bien bien loin d’être oakie doakie, vindieu ? (j’ai fait Langues étrangères appliquées à la fac, si vous avez besoin d’une traduction…)

 

(de quoi ça parle en vrai)

Qu’est-ce que la peur ? À quoi nous pousse-t-elle ? Dans quel état met-elle nos corps ? C’est en partant de questions et d’observations sur ce sentiment puissant, instinctif, que la chorégraphe Lisbeth Gruwez et son comparse au son Maarten Van Cauwenberghe ont créé le duo We’re pretty fuckin’ far from okay, troisième volet d’un triptyque sur le corps extatique (…). Sur scène, les deux interprètes Lisbeth Gruwez et Wannes Labath sont pris entre la tétanie, la fuite et la lutte, et traversent des états de méfiance, de repli, de recherche d’appuis, dans lesquels la respiration prend une place cruciale. Lisbeth Gruwez crée ainsi une pièce qui transforme l’espace du plateau en piège anxiogène étouffant et fascinant. (Laure Dautzenberg   – http://www.theatre-bastille.com/saison-17-18/les-spectacles/were-pretty-fuckin-far-from-okay)

 

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© Leif Firnhabe

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je prends une photo du plateau en arrivant, puis j’éteins l’appareil, le range dans ma poche et je les regarde faire. Ils sont nombreux à faire comme ça : être déjà sur scène au moment où le public arrive dans la salle. Je ne sais pas poursuivre ma conversation ou lire le journal. J’aime les regarder, tenter de capter leur regard avant le début. Ou peut-être sommes-nous déjà dans le spectacle ? Lisbeth Gruwez et Wannes Labath sont assis en face de nous. Noir dans la salle. Ça commence petit. On entend des souffles, le grincement des chaises, tout est contenu, pour prendre finalement de l’ampleur. La chorégraphe belge gère parfaitement la durée, étire le temps mais sait s’arrêter au bon moment (reprendre son souffle) avant de repartir de plus belle. D’abord chacun dans son coin sur sa chaise, puis ensemble.

La pièce est courte mais intense, qu’on ressent aussi physiquement en tant que spectateur. Après le spectacle où elle dansait sur du Bob Dylan et qui m’avait fait chavirer, Lisbeth Gruwez atteint encore sa cible et on ne détache pas un seul instant notre regard de la scène de tout le spectacle.

 

vu le mercredi 17 janvier 2018 au théâtre de la Bastille (dans le cadre du festival Faits d’hiver)

prix de la place : 13€/mois (Pass Bastille)

 

WE’RE PRETTY FUCKIN’ FAR FROM OKAY

Conception et chorégraphie Lisbeth Gruwez (http://www.voetvolk.be)

Avec Lisbeth Gruwez et Wannes Labath

Composition, son et assistanat Maarten Van Cauwenberghe – Dramaturgie Bart Van den Eynde – Répétiteur Lucius Romeo-Fromm – Lumières Harry Cole et Caroline Mathieu – Direction technique Thomas Glorieux – Scénographie Marie Szersnovicz, Lisbeth Gruwez et Maarten Van Cauwenberghe – Costumes Alexandra Sebbag – Manager pour la compagnie Arnaud Vanrafelghem.

 

(une autre histoire)

Une semaine plus tard, j’écris cette chronique. Que s’est-il passé dans ma vie pour que je mette une semaine à pondre cela, moi qui étais si prompt à publier au plus tard 48 heures après. Mmmh…

« Ça je ne peux pas le dire, ça non plus, ça je pourrais, mais ce n’est pas intéressant… »

Je regarde mes ongles pousser. Je mets mes mains derrière le dos pour ne pas me gratter. Je tente de battre mon record d’apnée dans un verre d’eau. Je compte les minutes avant que le réveil ne sonne. J’appuie sur la latte qui grince pour embêter mon voisin. Je pars en expédition à la recherche du Vélib perdu. Je reste de longues minutes en suspens au-dessus de la touche entrée de mon ordinateur. J’écoute l’intégrale des Cranberries et comprends pourquoi je ne les ai pas écoutés depuis belle lurette. Je rêve. Un peu trop. Je rêve mais ne dors pas. J’espère. Toujours trop. J’ajoute des livres sur ma pile de livres à lire. J’écris des listes. Je pense à St Pierre et à Miquelon. Je pense à elle.

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Deux mille dix-sept

SPECTACLE VIVANT

Parce que j’aime faire des bilans, même si l’année théâtrale est plus scolaire que civile. L’occasion également d’inclure des spectacles vus l’été dernier durant le Festival d’Avignon (in & off).

Une année record, aussi parce que je n’ai pas travaillé entre février et août (vive le temps partiel annualisé qui me manque tant), pourtant c’est entre septembre et décembre que j’ai vu le plus de spectacles… Et je sais déjà que j’en ferai beaucoup moins en 2018, hors Festival d’Avignon bien entendu, j’ai vu mes limites, tant physiques qu’inspirationnelles, si je puis dire.

101 spectacles (71 l’an passé) à Paris, Avignon, Marseille, Saint Martin de Brômes, Montreuil, Nanterre, Toulouse, Les Lilas, Porto, Lisbonne, Bruxelles, Bobigny, dans 50 lieux avec des artistes français, portugais, suisses, québécois, italiens, grecs, belges, allemands, israëliens, brésiliens, parfois (souvent) dans le texte. Du théâtre, de la danse, du seul en scène, du one wo.man show, des lectures, des sorties d’ateliers, d’écoles de théâtre, du cirque, des lectures, des performances, du jeune public, des professionnels, des « amateurs » et même des pièces dans le privé, mais pas trop quand même… Trois spectacles vus deux fois (Gala, Bacchantes, Grande)…

À part ça de grands souvenirs avec (dans le désordre et les liens vers mes non-critiques qui vont avec) :

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(Sopro)
  • Bacantes / Bacchantes (Marlene Monteiro Freitas – TNDM II, Lisboa & Centre Pompidou, Paris)
  • Gala (Jérôme Bel – Rond Point, Paris & Kaaitheater, Bruxelles)
  • Sopro (Tiago Rodrigues – Cloître des Carmes, Avignon)
  • Grande (Tsirihaka Harivel & Vimala Pons – CentQuatre, Paris)
  • Tous des oiseaux (Wajdi Mouawad – Colline, Paris)
  • Les barbelés (Annick Lefèvbre/Alexia Bürger – Colline, Paris)
  • Néant (Dave St Pierre – Oulle, Avignon)
  • La face cachée de la lune (Robert Lepage – Grande Halle de la Villette, Paris)
  • F(l)ammes (Ahmed Madani – Les Halles, Avignon)
  • Maîtres anciens (Nicolas Bouchaud – Bastille, Paris)
  • Interview (Nicolas Truong / Nicolas Bouchaud / Judith Henry – Monfort, Paris)
  • We love Arabs (Hilel Korgan – Rond Point, Paris)
  • Doreen (David Geselson – Bastille, Paris)
  • Pindorama (Lia Rodrigues – Chaillot, Paris)
  • Mount Olympus (Jan Fabre – Grande Halle de la Villette, Paris)

 

CONCERTS

30 soirées concerts mais 46 artistes entre Paris, Bruxelles, Reykjavik, le fin fond des Alpes de Haute Provence, Pantin, Torshavn avec dans les coups de coeur (et dans le désordre, avec les liens vers mes non-critiques qui vont avec) :

Klo Pelgag – Le sexe des étoiles (Live) from DTO FILMS on Vimeo.

 

  • Klô Pelgag (Brussels Summer Festival)
  • La soirée hommage à Lhasa (Philharmonie de Paris avec le festival Aurores Montréal)
  • Girls in Hawaii (Trianon, Paris)
  • Shannon Wright (Café de la Danse, Paris)
  • Seu Jorge (Théâtre Silvain, Marseille)
  • et le spécial copinage mais elles le valent bien : No Man’s Louise (Vieille Grille, Paris & le Jam, Marseille) (tous les dimanches du mois de janvier à 17h sur la péniche Le Nez Rouge)

 

DISQUES

J’achète toujours des CD, j’en emprunte quelques uns à la médiathèque. Comme pour les livres, je ne suis pas forcément l’actualité… (réécoute des albums de Lhasa, de Suuns, de The Divine Comedy) mais à part ça…

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  • Girls in Hawaii « Nocturne »
  • Klô Pelgag « L’alchimie des monstres » (son premier album)
  • Lcd Soundsystem « American Dream »
  • Pierre Lapointe « La Science du Coeur »
  • Courtney Barnett & Kurt Vile « Lotta Sea Lice »
  • Lhasa « Live in Reykjavik »

 

 

CINÉMA

Beaucoup de films (70 au 27 décembre 2017), vus dans 31 cinémas différents et pourtant pas de grands coups de coeur et je serais bien incapable de faire un top 15. Et quand je liste les films que j’ai ratés, je ne peux que m’en tenir pour responsable. Donc on se limite à dix films avec, dans le désordre :

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  • La Villa (Robert Guédiguian)
  • L’autre côté de l’espoir (Aki Kaurismaki)
  • Le sens de la fête (Nakache / Toledano)
  • Diane a les épaules (Fabien Gorgeart)
  • Baby Driver (Edgar Wright)
  • Les Filles d’Avril (Michel Franco)
  • L’Amant d’un jour (Philippe Garrel)
  • The Square (Ruben Ostlund)
  • I am not your negro (Raoul Peck)
  • Lion (Garth Davis) , le plaisir coupable qui m’a fait pleurer comme ça faisait longtemps que je n’avais plus pleuré au cinéma…

Cependant je pourrais ajouter des films (re)vus enfin sur grand écran et qui m’ont procuré énormément de plaisir comme La Ronde (Max Ophüls), La règle du jeu (Jean Renoir), The Kid (Charles Chaplin), La Maman et la Putain (Jean Eustache)

 

RATTRAPAGE TV

  • Hungry Hearts de Saverio Costanzo avec Alba Rohwacher et Adam Driver
  • Jim & Andy, documentaire de Chris Smith avec Jim Carrey sur le tournage de « Man on the moon » de Milos Forman

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  • It follows de David Robert Mitchell
  • Frank de Lenny Abrahamson avec Michael Fassbender, Domnhall Gleeson, Maggie Gyllenhall
  • 99 Homes de Ramin Bahrani avec Michael Shannon, Andrew Garfield

 

SÉRIES

Je n’ai toujours pas vu The Crown, The Leftovers, The Handmaid’s Tale, la dernière saison de Twin Peaks, aucune saison du Bureau des Légendes, Stranger Things.

En revanche, j’ai apprécié :

  • la saison 2 de « Master of None »

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  • la saison 1 de « The Good Place »
  • la saison 1 de « The Good Fight »
  • la saison 1 de « This is us »
  • les trois saisons de « Broadchurch »

Et j’ajouterai également la saison 2 de la série québécoise humoristique « Like moi » qui va bientôt connaître une adaptation française, j’ai peur.

 

LIVRES

  • Dans les essais : « Modern Romance » d’Aziz Ansari (Hauteville) et « Aller au cinéma ou faire l’amour » de Christine Delmas (Textuel).
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illustrations de Yann Legendre
  • Dans les romans : « Marx et la poupée » de Maryam Madjidi (Le Nouvel Attila).
  • Dans les romans/documentaires : « Les gens dans l’enveloppe » de Isabelle Monnin (avec une musique de Alex Beaupain) (Livre de Poche)
  • Dans les bandes dessinées : toute l’oeuvre de Guy Delisle (Delcourt) et les « Faits divers » de Anouk Ricard (Cornélius).
  • Dans les correspondances : « Lettres à la fiancée » de Fernando Pessoa (Rivages)

 

Sur le plan personnel… Non, je n’en parlerai pas. Seulement que j’espère bien que ce blog vivra une année 2018 exceptionnelle, entre Paris, Avignon, Marseille, Bruxelles, Londres et ailleurs… Infiltré, bientôt de nouveau occupé (je vous laisse l’avantage du doute… comprend qui pourra)… En route vers de nouvelles aventures avec mon amie la sterne arctique croisée lors d’une balade en vélo à Seydisfjordur (Islande) et qui ne me quitte plus depuis. A bientôt ici ou ailleurs.

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Pindorama (Lia Rodrigues / Chaillot)

(quand on ne lit pas la bible)

Le cirque Pinder brave les interdits et accède à la salle Firmin Guimier du théâtre National de Chaillot avec sa ménagerie et ses fauves, pourtant interdits dans Paris. L’occasion de retracer la glorieuse histoire de ce cirque traditionnel vieux d’un certain nombre d’années. (oui, bon, ok, Pindorama et pas Pinderama, mais c’est la fin de l’année, je fais ce que je peux pour écrire mes dernières chroniques avant le 31 décembre !!!)

 

(de quoi ça parle en vrai)

Lia Rodrigues poursuit ici son travail commencé en 2000 : mettre le public dans le même espace que la danse dans une proximité des corps. Pindorama voit les interprètes évoluer le plus souvent au sol, sur une bâche plastique transparente comme gorgée d’eau. Le mouvement quasi perpétuel de cette bâche agitée par les danseurs fait penser à un océan entre calme et révolte. Le public, debout au plus près d’eux, peut ressentir les vibrations de cette danse à nu. La dimension politique et écologique de la chorégraphie de Lia Rodrigues, comme magnifiée par la beauté des vagues gestuelles, transporte chacun au lointain. Pindorama, qui dans la langue tupi désigne le Brésil d’avant la colonisation, est une invitation engagée au voyage. (Philippe Noisette)

 

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Crédits photos Sammi Landweer

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

La bâche, le retour. Après ce moment poétique vécu grâce à Nathalie Béasse un peu plus tôt dans la saison au théâtre de la Bastille dans « Le bruit des arbres qui tombent », à nouveau une chorégraphe nous fait rêver, partir très très loin grâce à l’utilisation ingénieuse d’une simple bâche transparente, légère, en plastique. L’océan est devant nous, déchaîné. La femme, l’homme, dans le plus pur et le plus simple appareil se battent contre les éléments, perdent, se rassemblent. Investissement physique total.

La re-création de Lia Rodrigues est fascinante, on est plongé dans un imaginaire, alors qu’il n’y a rien : une bâche, de l’eau, des ballons d’eau (des capotes) qui seront tous explosés sous les corps des danseurs qui se mouvront tout en horizontalité, à ras de sol.

C’est quand même quelque chose de se retrouver aussi proche de danseurs nus. On a l’habitude d’en voir, mais il y a presque toujours ce quatrième mur invisible.

Un moment suspendu. On est dans une bulle, on ne l’éclatera qu’à la fin du spectacle, au moment des applaudissements.

 

vu le jeudi 21 décembre 2017 au Théâtre National de Chaillot.

prix de la place : 25€ (abonnement)

 

PINDORAMA

Chorégraphie Lia Rodrigues

Dramaturgie : Silvia Soter – Collaboration artistique : Guillaume Bernardi – Lumières : Nicolas Boudier – Direction des répétitions  : Amalia Lima

Avec Amália Lima, Leonardo Nunes, Gabriele Nascimento, Francisco Thiago Cavalcanti, Clara Castro, Clara Cavalcante, Dora Selva, Felipe Vian, Glaciel Farias, Luana Bezerra, Thiago de Souza, com a participação na criação de Gabriela Cordovez (distribution lors de la création en 2013 – je ne suis pas parvenu à trouver celle de cette reprise, car j’ai oublié de prendre le programme, mais où avais-je la tête ?)

 

(une autre histoire)

« Putain, mais ils sont où les sièges ? J’ai passé une heure dans les transports en commun, debout, à laisser les places assises à des dames qui ne sont sûrement pas assez vieilles pour avoir pris leur retraite, mais que voulez-vous, je suis comme ça, je suis un romantique, mais bordel, j’ai mal aux jambes ! J’ai pas payé 25€ pour être debout ou assis par terre. Je comprends mieux pourquoi la nana tout en haut des marches m’avait conseillé de déposer mon manteau à la consigne. J’ai pas suivi son conseil, pas envie d’attendre après le spectacle. Résultat, je vais me coltiner mon manteau pendant une heure et demie sous le bras. Attends, pourquoi ces gens-là ont droit à une petite chaise ? Il faut faire quoi pour avoir une chaise ? Ah bon ? Ils se déplacent difficilement ? Ils sont vieux ? Mais putain, moi je suis quoi ? C’est toujours les mêmes qui touchent. Bande d’assistés ! M’en fous, je m’assois par terre, j’allonge mes jambes et pis c’est tout. Attends, sans déconner, faut que je me déplace encore ? Mais mettez-la ailleurs votre bâche ! Attends, je vais m’assoir à côté de cette jolie dame, un peu vieille à mon goût, mais bien conservée. Hoho ! Elle voit un spectacle de danse, elle veut faire comme eux, elle fait ses exercices d’assouplissement. Encore bien souple, la dame. Aujourd’hui c’est la journée mondiale de l’orgasme, je dis ça je dis rien. Oh putain, les danseurs ils sont tous à poil ! Les meufs, les mecs. C’est qu’ils sont pas mal beaux les mecs ! Putain, qu’est-ce qu’il m’arrive, mais je vais pas bien, moi ? Oh des bombes à eau, je vais les éclater aussi, c’est marrant. Quoi j’ai pas le droit ? C’est pour les danseurs ? Je fais ce que je veux, moi ! C’est Noël ! »

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito