Les Bonnes (Robyn Orlin / Jean Genet / Théâtre de la Bastille)

(de quoi ça parle en vrai)

« La metteuse en scène et chorégraphe Robyn Orlin s’empare de l’une des plus célèbres pièces de Jean Genet, Les Bonnes, dans laquelle deux sœurs domestiques tentent d’empoisonner leur maîtresse, tout en multipliant entre elles de délirants jeux de rôles pervers. Faisant écho à un fait divers qui défraya la chronique dans la France des années 30, la pièce soulève la question du conflit de classe, offre une satire de la bourgeoisie, une réflexion sur le travestissement, et apparaît comme une parodie de la tragédie classique. Mêlant chorégraphie, théâtre et cinéma, Robyn Orlin fait dialoguer le jeu au plateau avec la projection en arrière-scène du film que Christopher Miles adapta de la pièce en 1975. » (source : ici)

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© Robyn Orlin

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Le genre de pièces où tu te dis : Oui ! Et en fait… Non…

Nous sommes d’abord séduits par le dispositif : une caméra fixe filme les comédiens sur scène et leur image est ensuite incrustée dans le film de Christopher Miles, aujourd’hui oublié. L’image est loin d’être parfaite et c’est totalement assumé. Nous sommes loin de la perfection d’un spectacle de Julien Gosselin, pour citer le premier exemple qui me vient en tête. Nous sommes ébahis ensuite par l’application des comédiens qui respectent les marques sur scène pour être totalement raccord avec le décor fictif (celui du film) dans lequel ils évoluent. Et c’est à peu près tout. Là on attendait que le procédé évolue, il s’enlise.

L’oeil est immanquablement attiré par l’image alors que les comédiens évoluent devant nous. Une fois qu’on a compris le principe, on s’attarde alors sur le jeu des acteurs et c’est là où le bât blesse également. J’entends le choix de Robyn Orlin d’employer des acteurs noirs pour jouer ces Bonnes qui veulent empoisonner leur maîtresse blanche. Mais pourquoi donc avoir choisi des hommes si c’est pour les faire jouer de manière excessive et outrée des femmes ? De plus, lors de la générale à laquelle j’ai assisté, la diction était loin d’être parfaite et notre attention n’a cessé de s’éparpiller. Et je ne parlerai pas du gimmick de faire jouer les acteurs également dans le public. A quoi bon ?

Une déception de la part de la chorégraphe sud-africaine qui s’essayait pour la première fois à la création intégrale d’une pièce de théâtre, elle qui m’avait tant étonné avec « And so you see… our honourable blue sky and ever enduring sun… can only be consumed slice by slice… »

 

LES BONNES

Un projet de Robyn Orlin

Avec Andréas Goupil, Arnold Mensah, Maxime Tshibangu

 D’après le texte de Jean Genet

Création lumières Laïs Foulc – Création costumes Birgit Neppl – Création vidéo Eric Perroys – Création musique Arnaud Sallé – Régisseur général Fabrice Ollivier

Jusqu’au 15 novembre 2019 au Théâtre de la Bastille avec le Festival d’Automne à Paris, puis à Toulouse, Rouen, Tremblay-en-France et Tours.

 

(une autre histoire)

Dimanche soir… Pas l’après-midi… Mais dimanche soir. Il pleut. Demain c’est la rentrée. Après le spectacle, quelqu’un propose d’aller boire un verre. On refuse. Demain c’est la rentrée. Il faut être en forme pour la rentrée. On ne peut décemment pas boire un verre, peut-être deux, se coucher trop tard un dimanche soir. On a passé ces deux dernières semaines à se reposer pour être en forme le jour j. Ce n’est pas pour annihiler tous ces efforts. Il y a quinze ans, je l’aurais bu ce verre. J’aurais même pu faire une nuit blanche et enchainer avec le boulot. Mais ça, c’était avant. Je pense à mon programme de la semaine. Je pleure. Je pense à mardi, parce que mardi sera le soir où je serai chez moi au calme, au chaud, à ne rien faire. Parce que les autres soirs, je serai toujours par monts et par vaux. Il me tarde mardi. Mardi soir. Ne rien faire.

 

Vu le dimanche 3 novembre 2019 (générale) au Théâtre de la Bastille, Paris

Prix de ma place : invitation

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Le Projet Georges (Edith Proust / Laure Grisinger / Le Lavoir Moderne Parisien)

(de quoi ça parle en vrai)

« Pour éviter le doute Georges a des théories. Elle se pose des questions plus grandes qu’elle. Oui mais le très grand est aussi tout petit, et inversement. Par où commencer ? Comment ne pas se perdre ? Georges a fui les Hommes, ou peut-être pas. Georges suit à la trace le flot de sa pensée. Comme elle ne s’arrête jamais, Georges non plus. Alors elle marche. Elle marche et ça l’entraine jusqu’à. Georges n’est pas seule, elle traine derrière elle Joseph. Joseph c’est son arbre, deux mètres de haut, sur roulettes. Ensemble ils cherchent l’endroit. L’endroit où Joseph pourra s’enraciner. (source : ici)

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Crédits photos : DR

 

(ceci n’est pas absolument pas une critique excessivement dithyrambique que j’ai réécrite vingt-sept fois, mais…)

Je ne suis pas arrivé par hasard au Lavoir Moderne Parisien. Je savais. Je savais qu’Edith Proust y serait présente. Parce qu’Edith Proust, dès son apparition sur la scène du Théâtre du Train Bleu à Avignon l’été dernier dans la pièce d’Elsa Granat « Le Massacre du Printemps » m’a bouleversé, fasciné… C’est à cause d’elle (et également la présence d’Elsa Granat) que j’ai vu « Data Mossoul » de Joséphine Serre à la Colline le mois dernier (la pièce s’est avérée décevante mais Edith Proust s’y révélait à nouveau intense et toujours prompte à jouer.)

Aujourd’hui, Edith Proust est seule sur scène. Elle porte à bout de bras ce « Projet Georges » depuis cinq ans et avec le compagnonnage de Laure Grisinger à l’écriture et à la mise en scène (complice également de la grande réussite du « Massacre du Printemps »… tout est lié…) le hisse au firmament.

Pour certain.e.s, il s’agira d’une révélation, pour d’autres comme moi une confirmation.

Il est rare d’être emporté par un personnage dès les premiers instants d’un spectacle. Edith Proust y est méconnaissable : bonnet vissé sur la tête, cheveux en plastique qui ressortent, maquillage clownesque. Car oui, il s’agit d’un spectacle de clown comme on n’en voit pas souvent et c’est bien dommage. Mais cela va au-delà du spectacle de clown. Lors de ces pérégrinations poético-philosophiques « dedans la tête » de Georges, on s’étonnera de vouloir le/la prendre dans ses bras, de la/le revoir dès que possible, tellement ce personnage nous aura émus. Sa voix, son regard, sa gestuelle, sa démarche, ses mots… « J’adore » ! J’ai eu la chance de m’installer au premier rang et observer le moindre écarquillement d’yeux, les lèvres qui frémissent.

Pis Georges n’est pas tout seul. Joseph est là. Joseph est un arbre dont elle s’occupe. Son compagnon. Elle lui parle, Georges. De la vie, de l’infiniment petit et de l’infiniment grand, de la solitude, du Monde. La performance physique d’Edith Proust n’est pas la seule chose à retenir. Il y a aussi des mots, un propos qui fait sens et qu’on aurait eu envie de noter si on n’avait pas eu peur de rater une seule miette.

Edith Proust. Septième fois que je cite son nom. Car quand vous entendrez parler d’elle. vous saurez.

 

LE PROJET GEORGES

Autrices Edith Proust et Laure Grisinger

Mise en scène Laure Grisinger et Edith Proust

Avec Edith Proust

Présenté par la Compagnie L’usine à Lièges

Les jeudi et vendredi 14 février 2020 au Théâtre de la Tempête (Paris) à 18h, entrée libre sur réservation par courriel : marine.lecoutour.pro@gmail.com

 

(d’autres histoires)

M. et moi, on n’a peur de rien. On s’assoit au premier rang. Au milieu. Pendant le spectacle, Georges parle des yeux de M., puis la comédienne me regarde. Droit dans les yeux. Plus tard, elle évoquera mon sweat bordeaux mais cette fois-ci, elle me dit que je suis plutôt grand. Je ne réponds pas. On ne sait jamais s’il faut répondre ou pas en pareille situation. Elle répète à nouveau que je suis plutôt grand. Je tente d’exprimer un « Soit » avec mes sourcils, mes yeux et ma bouche simultanément. Mais que si on regarde du ciel, de très très haut, je suis tout petit. Insignifiant. Un grain de sable. C’est ce qu’elle me dit. Je pars de la salle, la tête dans les épaules, les bras ballants, appelez-moi Charlie Brown.

**********

Joseph n’est plus. Joseph c’est l’arbre un peu sec de Georges. Hier soir, c’était la dernière représentation. Il est au bout de sa vie, Georges. Fini la vie de star, les paillettes, l’eau gratis en spray. Ashes to Ashes. Direct à la poubelle. On demande à la comédienne : « Edith, tu dis au revoir à Georges ? – Au revoir, Georges ! »

**********

Après la représentation, M. et moi attendons Edith. Je suis toujours mal à l’aise. Je sais que je vais sourire, que je vais bredouiller trois mots. Elle arrive, nous embrasse, nous discutons quelques minutes, elle part et me touche le bras.

MOI : Elle m’a touché le bras ! Elle m’a touché le bras !

M. : Et elle t’a même touché la joue avec sa joue…

MOI : Elle m’a touché la joue ! Elle m’a touché la joue !

M. : Fais gaffe, si jamais tu racontes ça dans une de tes autres histoires, j’en connais une qui va être jalouse…

MOI (après un temps de réflexion) : T’as raison, je ne vais peut-être pas l’écrire et encore moins la publier.

**********

Et je me gêne moi-même quand je pense qu’Edith Proust lira ces quelques lignes…

 

Vu le dimanche 20 octobre 2019 au Lavoir Moderne Parisien (Paris)

Prix de ma place : invitation

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Please Please Please (La Ribot / Mathilde Monnier / Tiago Rodrigues / Centre Pompidou / Festival d’Automne)

(de quoi ça parle en vrai)

Dans Please Please Please, sa dernière création en date de 2019, La Ribot s’allie à nouveau à la chorégraphe Mathilde Monnier (…) et pour la première fois au metteur en scène portugais Tiago Rodrigues. Ils signent ensemble un pacte dérégulé par lequel tous trois s’engagent à préserver ce que la danse a de plus indomptable. Comme une contre-proposition au contrat social, l’accord déjoue les normes du spectacle pour laisser s’exprimer des corps rendus à leur seul désir, incluant le public à son insu. La pièce s’interroge sur ce que l’institution (de l’école au centre d’art) peut faire au corps en déclinant des figures de marginalité, présentées comme autant de façons de contourner la norme. Please Please Please mutualise, selon leurs propres termes, la danse du beau et celle de l’exécrable dans une performance polymorphe qui prend le sauvage pour prisme de lecture. Au cours de cette négociation, les clauses du spectacle se redéfinissent sans cesse. Placé en situation d’autonomie, chacun éprouve alors seul son corps, au risque assumé du ridicule, de l’incertitude et du dysfonctionnement. (source : ici)

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Crédits photos : Grégory Batardon – DR

(ceci n’est toujours pas une critique, mais…)

Je ne connaissais pas La Ribot, je n’avais jamais vu Mathilde Monnier sur scène mais avant ce soir, j’avais déjà assisté à huit spectacles écrits par Tiago Rodrigues (1). Les plus fidèles d’entre vous savent combien je suis attaché au travail de l’artiste portugais (2). Depuis que j’ai démarré cet espace qui ne se veut pas critique, il y a deux ans et demi, je souffre de deux syndromes : Celui de l’Imposteur (Qui suis-je pour donner mon avis ?) et celui du Fan (Puis-je parler d’un spectacle alors que je connais (plus ou moins) en personne l’artiste et qu’en plus j’apprécie son travail ?). Je prenais toujours des pincettes, annonçait la couleur mais me voilà libéré : Je n’ai pas aimé « Please Please Please » !

Sur scène, une masse non identifiée qui mesure la largeur de la grande scène du Centre Pompidou. Certains diront un Monstre type du Loch Ness qui sera finalement deshabillé à la fin du spectacle, d’autres un tube digestif… une longue et interminable bouse ? Mathilde Monnier et La Ribot entrent sur scène et amorcent une danse infinie, jusqu’à la fin de la première partie. Elles dansent. Elles parlent. Je m’endors. Les deux artistes laissent alors parler leurs corps. Je lutte contre le sommeil. Je parviens à le vaincre. Puis une mère, un bébé se parlent. En espagnol non sur-titré, en français.

Perplexité sera le maître-mot de cette soirée. Je suis en train de voir quoi. J’aurais pu me raccrocher à la poésie des mots de Tiago Rodrigues, mais ses saillies ne m’atteignent pas. Elles sont, de manière incompréhensible pour moi, fades et sans intérêt. Je ne suis, non plus, pas touché par le parcours de Mathilde Monnier et La Ribot.

Je ne chercherai pas à en dire plus, je ne ferai que confirmer le premier syndrome cité.

(1) : By Heart (3), Bovary (2), Sopro (2), The Way She Dies (2), Tristesse et joie dans la vie des girafes, Ça ne se passe jamais comme prévu, Je t’ai vu pour la première fois au Théâtre de la Bastille (2), Antoine et Cléopâtre (2)

(2) : J’avais participé en 2016 à l’Occupation Bastille qu’il avait dirigée.

 

PLEASE PLEASE PLEASE

Un spectacle de La Ribot, Mathilde Monnier, Tiago Rodrigues

Avec Mathilde Monnier, La Ribot

Traduction, Thomas Resendes – Musique, Béla Bartók (extraits) – Lumières, Eric Wurtz – Scénographie, Annie Tolleter – Réalisation scénographie, Christian Frappereau, Mathilde Monier  – Costumes, La Ribot, Mathilde Monnier

Costumes, Marion Schmid, Letizia Compitiello – Création musique et régie son, Nicolas Houssin – Direction technique et régie lumière, Marie Prédour – Régie plateau, Guillaume Defontaine

En tournée en 2020 à Strasbourg, Nantes et Angers

 

(d’autres histoires)

Si j’étais venu au Centre Pompidou sans avoir lu la note d’intention du spectacle, sans connaître les noms des gens ayant commis ce spectacle, j’aurais pu penser qu’il s’agissait d’un hommage à cette chanson interprétée par James Brown. En voyant cette vidéo, je repense à la performance du groupe The National qui, sur invitation de l’artiste Ragnar Kjartansson, a interprété pendant six heures, soit 99 fois, le morceau « A lot of sorrow », et ce, de manière ininterrompue. As-tu déjà écouté 99 fois d’affilée une chanson ?

**********

Entre deux micro-siestes, je repense à tout ce que je dois faire durant les prochains jours : le ménage, remplacer l’ampoule de ma lampe de chevet, la lessive, remplir le frigo, relancer C. qui doit me faire un retour sur la soixante-dix-huitième version de ma pièce (et éventuellement lui proposer de la mettre en scène), dormir, courir, ne pas tousser, répondre à des questions sur la frustration, trouver un logement pour mon Noël québécois, aller pour la dernière fois chez mon coiffeur marseillais bientôt à la retraite, sortir du placard la couette, transpirer en mettant la housse de la couette, lire le dernier Fabcaro et cette pièce québécoise qu’A. m’a envoyée le mois dernier, écouter les nouveaux disques de Pierre Lapointe et Patrick Watson, écrire… toujours.

 

Vu le vendredi 18 octobre 2019 au Centre Pompidou dans le cadre du Festival d’Automne à Paris

Prix de ma place : 14€ (abonnement Festival d’Automne)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Le Mariage (Timeau de Keyser / Théâtre de la Bastille)

(de quoi ça parle en vrai)

« Timeau De Keyser et le collectif Tibaldus livrent une adaptation féroce du Mariage. Dans cette pièce de Witold Gombrowicz, Henri, soldat polonais envoyé en France pendant la Seconde Guerre mondiale, bascule dans un rêve où, par la force poétique du langage, s’invente un royaume dont il devient le roi tyrannique. Entre le grotesque et la folie, les situations glissent et les personnages changent sans cesse de visages, entraînés dans un ballet dont les mouvements distordent le pouvoir et les interactions sociales. Pour épouser cette débordante rêverie, Timeau De Keyser construit un théâtre à la géométrie brute et ludique, traversé de polyphonies flamandes, révélant ainsi l’écriture musicale de Gombrowicz. » (source : ici)

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© Pieter Dumoul

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je pense que je pourrais copier coller l’introduction d’une de mes critiques précédentes : Le spectacle avait tout pour me plaire et pourtant…

Timeau de Keyser et le collectif Tibaldus ont la jeunesse pour eux, un certain enthousiasme, un dispositif proche de celui du tg STAN (tous les comédiens sur scène (en jeu ou en regard), une scénographie dépouillée, une décontraction apparente, l’envie certaine de jouer – dans tous les sens du terme -…) Ce qui ne m’a pas empêché d’être déçu, voire lassé. Il y a des moments poétiques (les chants particulièrement harmonieux), des trouvailles jubilatoires (le pouvoir suprême de l’index), des gimmicks qui fonctionnent (chaque personnage se voit identifié par son prénom chanté). Pourtant je me suis ennuyé, alors que les comédiens étaient justes, : la faute à certaines longueurs et à une machine qui tournait à vide. Cela manquait de maturité et le dispositif « Je suis en représentation même si tout laisse croire que je suis en répétition (comédiens en jogging, je me lève quand c’est bientôt mon tour de jouer, mais avant ça je bois à la gourde et je mange un morceau de banane…) » a atteint ses limites.

On reste à l’extérieur.

 

LE MARIAGE

Spectacle de Timeau De Keyser, Collectif Tibaldus

D’après Witold Gombrowicz (Traduction Paul Beers) De et avec Simon De Winne, Hans Mortelmans, Ferre Marnef, Lieselotte De Keyzer, Katrien Valckenaers, Hendrik Van Doorn, Sander De Winne et Lieven Gouwy

Régie Marie Vandecasteel

(ce spectacle était présenté dans le cadre du temps fort  P.U.L.S. Initié en 2017 par Guy Cassiers et le Toneelhuis — le Théâtre de la Ville d’Anvers — P.U.L.S. est d’abord un dispositif artistique qui favorise l’accompagnement et l’accès aux grands plateaux pour de très jeunes artistes. Ce spectacle sera en tournée prochainement aux Pays-Bas et en Belgique)

 

(une autre histoire)

Attention ce que je vais conter dans les prochaines lignes est purement auto-congratulationnel. Mais ça fait du bien parfois.

Dans la file d’attente, je rejoins une camarade de jeu qui me présente sa fille d’une vingtaine d’années.

MA CAMARADE (à sa fille) : Tu le reconnais ? Tu te souviens de lui sur scène ?

SA FILLE (après un moment de réfléxion) : L’an passé, c’est toi qui parlais de ta prof d’anglais ?

Notez qu’elle se souvenait de moi dans l’avant-dernier spectacle dans lequel je jouais un texte que j’avais écrit et pas le dernier où j’interprétais « seulement » Henrik, le personnage principal de « Après la répétition » d’Ingmar Bergman.

*****

Au Café de l’Industrie, après la représentation, mon alter ego théâtral et moi croisons deux de ses amies. Ces dernières me reconnaissent : « Mais c’est toi qui avait mis en scène E. dans ta pièce ! »

Voilà voilà… J’ai bien dormi après ça.

 

Vu le samedi 12 octobre 2019 à 20h30 au Théâtre de la Bastille (Paris)

Prix de ma place : 13€ par mois (Pass Bastille)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

New Skin (Hannah De Meyer / Théâtre de la Bastille)

(de quoi ça parle en vrai)

« À l’orée de la représentation, Hannah De Meyer entame une chanson pour faire sienne l’indignation d’auteurs et autrices féministes, écologistes et décolonialistes. Pour autant, New Skin procède moins par citations que par perturbations : Hannah De Meyer cherche à éprouver la manière dont les récits alternatifs de Judith Butler, Achille Mbembe et Donna Haraway peuvent habiter son corps. Sa présence est à la fois poreuse et insécable, comme un éclat de roche brillante et hypnotique. Les visions s’enchâssent, pleines de colère et de tendresse, cheminant jusqu’à la caverne d’une divinité féminine originelle. L’espace scénique se fait alors organique, telle une cellule qui se dilate et se rétracte, contenue dans le corps de l’artiste puis s’élargissant pour envelopper le public. » (source : ici)

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© Hannah De Meyer

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Ce samedi 12 octobre, j’ai vu trois spectacles d’affilée. Paris s’est donné pour moi des airs de Festival d’Avignon. Mal m’en a pris puisque j’ai dérogé à ma règle de ralentir et à la fin de la soirée, j’avais la certitude suivante : aucun des trois spectacles ne m’avait véritablement enthousiasmé. Je voyais les qualités, mais certains défauts venaient entacher cette envie de partager, de recommander tel ou tel spectacle.

Vingt-quatre heures plus tard, malgré un texte (dit en français) que je n’ai saisi que par fulgurances (les moments sur la conception et la naissance, par exemple), c’est ce spectacle-là qui me reste en mémoire : New Skin.

Parce que Hannah De Meyer présente un spectacle original et hypnotique. Je me souviens avoir dit au camarade que j’ai rejoint un peu plus tard dans la soirée pour « Le Mariage » (prochainement dans ces mêmes colonnes) : « Je crois qu’elle l’aurait fait en flamand non sur-titré ou avec des grommelos, j’aurais presque plus apprécié. » Il faudrait peut-être voir cette création deux fois, pour appréhender ce travail corporel (proche de la danse) et sonore assez incroyable dans un premier temps, puis comprendre ce qui est dit.

Hannah de Meyer est un corps. Elle dit des mots, on la sent vivre ses mots, elle se meut dans l’espace, change de rythme, ses gestes calculés pourraient en fait presque se passer de mots (même si ce sont ces mots qui déclenchent tout, c’est contradictoire, je sais). Mais pas de sons (je veux dire, on ne pourrait pas s’en passer)

Ce que l’artiste fait avec ses moyens (un micro, les hauts-parleurs du théâtre) m’ont rappelé le chef d’oeuvre de Simon McBurney « The Encounter » dans lequel le dramaturge anglais nous emportait en Amazonie à l’aide d’un système phonique de haute volée (nous étions munis d’un casque audio, nous n’entendions que la voix de McBurney et les différents bruitages qu’il lançait, en « mode 3D »).

Une belle découverte que cette Hannah De Meyer (même si, la prochaine fois, il faudra que je lise la note d’intention pour apprécier pleinement son travail).

 

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Spectacle de Hannah De Meyer

Texte et interprétation Hannah De Meyer

Regard extérieur Jesse Vandamme – Son Niels Van Heertum et Frederik Leroux – Lumière Peter Missotten

Jusqu’au 16 octobre 2019 au Théâtre de la Bastille (Paris) et le 7 mars 2020 au Quartz (Brest)

(ce spectacle est présenté dans le cadre du temps fort  P.U.L.S. Initié en 2017 par Guy Cassiers et le Toneelhuis — le Théâtre de la Ville d’Anvers — P.U.L.S. est d’abord un dispositif artistique qui favorise l’accompagnement et l’accès aux grands plateaux pour de très jeunes artistes)

 

(une autre histoire)

Salle du haut du théâtre de la Bastille,

Je m’assois en bout de rang. Je suis le premier arrivé dans la salle. Je m’assois en bout de rang, parce qu’après New Skin, je dois descendre dans la salle du bas pour ma troisième pièce de la journée, le Mariage, récupérer au vol mon alter-ego théâtral qui ne me ressemble en rien (trop longue histoire) et tenter de ne pas s’asseoir sur un strapontin.

J’espère que la pièce n’aura pas de retard. J’espère que la pièce ne sera pas trop bonne, parce que si la pièce est trop bonne, ça va applaudir à n’en plus finir et je n’oserai jamais me lever alors que les autres spectateurs applaudissent l’artiste. Pis, l’artiste, elle me verra si je me lève avant tous les autres. Elle pensera que je me lève parce que j’ai adoré son travail, mais comme je descendrai les marches, elle pensera que je n’ai pas aimé, donc je me ferai remarquer en partant tout en continuant à applaudir, ce qui est le comble du ridicule, parce que si ça te plait, tu restes à ta place, point. Deux saluts… trois saluts… Trois saluts, c’est correct. Quatre, ça commence à faire… Si je m’arrête d’applaudir, peut-être lancerai-je le mouvement ? Peut-être que ne suis-je pas le seul dans ce cas-là ? D’autres spectateurs, comme moi, doivent être invités au Mariage d’après Gombrovicz ? Où êtes-vous ? On fait comment ? Si j’étais dans Star Trek, je me téléporterais directement, sans gêner qui que ce soit. « Beam me up, Jean-Marie ! » (c’est le prénom du directeur du théâtre, je préfère préciser)

Un jour, j’aurai ma place réservée au théâtre de la Bastille, ô oui, un jour j’aurai un fauteuil à mon nom !

 

Vu le samedi 12 octobre à 19h30 au Théâtre de la Bastille (Paris)

Prix de ma place : 13€ / mois (Pass Bastille)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

L’Assemblée des Rêves (Duncan Evennou / Les Plateaux Sauvages)

(de quoi ça parle en vrai)

« Un quatuor donne corps à un corpus de rêves recueilli par un collectif d’artistes, de scientifiques et de citoyen·ne·s à Nanterre pendant l’élection présidentielle française de 2017 et mis en texte par Lancelot Hamelin. Les acteur·trice·s du spectacle transmettent la parole des habitant·e·s dans toute leur sensibilité. Différentes conceptions du rêve s’y entrechoquent pour laisser apercevoir l’inframonde d’une ville. En quoi le rêve nous renseigne-t-il sur un territoire et le traduit ? Cette archive onirique permet-elle ainsi de rendre visible l’invisible ? » (source : ici)

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© Pauline Le Goff

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Les quatre comédiens sont autour d’une table, comme pour l’enregistrement d’une émission de radio. La table est jonchée de petits papiers, la même dimension que les reçus qu’on nous donne au supermarché. Au centre, une machine qui imprime les dits reçus. Sur ces bouts de papier, les retranscriptions des témoignages.

Ce dispositif est passionnant. Il pourrait être renouvelable à l’infini. Les comédiens lisent (plus ou moins) ces pépites. Ce qui est intéressant, c’est d’entendre comment la parole est reproduite, quels mots sont choisis, quel est le débit, les hésitations, le mécanisme de la pensée, les interrogations des personnes interrogées sur la démarche. Le rêve en lui-même n’est pas forcément le plus captivant, même si certains sont savoureux.

L’interprétation des comédiens aide à la compréhension, notamment celle de Manuel Vallade, drôle et investi. J’émettrai une réserve concernant Isabelle Angotti qui ne m’a pas paru au diaposon de ses petits camarades, restant trop souvent le nez dans ses fiches et n’offrant pas un jeu suffisamment varié. Ce déséquilibre m’a quelque peu empêché d’être totalement enthousiaste. La représentation aurait également pu être plus resserrée, à mon sens (cela aurait peut-être permis à ma voisine de ne pas piquer du nez… petit bonhomme qui fait un clin d’oeil).

Parfois nos rêves n’ont pas de fin, comme cette critique.

 

L’ASSEMBLÉE DES RÊVES

Texte Lancelot Hamelin
Mise en scène Duncan Evennou
Design de recherche Benoît Verjat – Scénographie Patrick Laffont de Lojo et Benoît Verjat – Création sonore Maya Boquet – Création lumière Patrick Laffont de Lojo

Avec Isabelle Angotti, Maxime Lévêque et en alternance Thierry Raynaud, Olivia Ross, Anne Steffens et Manuel Vallade, avec la voix de Maya Boquet

Jusqu’au 18 octobre 2019 aux Plateaux Sauvages (Paris)

 

(d’autres histoires)

Aux Plateaux Sauvages, c’est toi qui choisis le prix de ton billet : 5 / 10 / 15 / 20 / 30€. Mazette, combien vais-je payer ? J’ai un emploi, je gagne suffisamment ma vie pour ne pas mourir de faim et me loger décemment dans Paris. Je ne peux pas sortir un billet de 5, on pensera que je suis radin. Déjà que je suis du genre à compter mes sous… Je ne vais pas sortir ma carte bleue pour mettre 30 balles pour un spectacle d’un théâtre subventionné, faudrait pas pousser Mémé dans les orties ! Non, je vais mettre 10€. Je suis du genre à avoir un fichier Excel dans lequel je note mes dépenses. Je compte le nombre de spectacles que je vois, je fais une moyenne… 11€ En moyenne, je paye 11€ par spectacle. Invitations, abonnements compris. J’en vois une centaine dans l’année. Tu peux faire le compte. J’arrondis à 10€, je donnerai 1€ de pourboire à la serveuse ce soir, ça compensera.

*****

C’est moi qui ai lancé les applaudissements, c’est moi qui ai lancé les applaudissmeents !!!

*****

Rêve de cette nuit : J’ai rêvé de mon ex… Parce qu’avant la pièce, je suis allé voir « Chambre 212 » de Christophe Honoré, tout seul. Et que le précédent film du réalisateur, je l’ai vu avec mon ex. Mais elle n’était pas mon ex à ce moment-là. C’était l’année dernière. Mais cette année, c’est mon ex. J’ai failli lui écrire pour lui dire où j’étais. Parce qu’il y a des artistes, des endroits, comme ça, qui te font repenser immanquablement à une personne. Mais je me suis retenu. Mon pouce droit a bien tenté de composer des mots sur mon téléphone, mais ma main gauche s’est saisi de l’appareil électronique et l’a jeté contre le mur. Ma main gauche est comme ça. Qu’est-ce que je ferais sans elle ? Du coup, j’ai rêvé d’elle cette nuit. Et ça m’énerve.

 

Vu le samedi 12 octobre 2019 à 17h aux Plateaux Sauvages (Paris)

Prix de ma place : 10€

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Stallone (Emmanuelle Bernheim / Fabien Gorgeart / CentQuatre / Festival d’Automne)

(de quoi ça parle en vrai)

« Lise, 25 ans, est une secrétaire médicale à l’existence paisible. Tout bascule après une séance de cinéma : le film Rocky 3 lui fait l’effet d’une véritable épiphanie. Suivant l’exemple de l’ancien champion de boxe qui rempile pour un dernier tour de ring, Lise se lance à corps perdu dans la reprise de ses études de médecine. » (source : ici)

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Crédit photo : Huma Rosentalski

(ceci n’est pas une critique, mais…)

A l’origine, un roman court d’Emmanuelle Bernheim, aujourd’hui disparue. Un titre : Stallone. Un acteur mythique aux films inoubliables : Rocky 1, Rocky 2, Rocky 3, Rocky 4, Rocky 5, Rocky Balboa, Rambo 1, Rambo 2, Rambo 3, John Rambo, Rambo (tellement tu écris ce nom, il ne veut plus rien dire)

Alors oui, le seul reproche que l’on pourrait faire sans avoir vu le spectacle serait le suivant : encore ce dispositif archi-rabattu : une comédienne au micro + un musicien (ici au clavier) + une adaptation d’une oeuvre littéraire. Et pourtant…

Pourtant l’histoire de Lise, racontée à la troisième personne par Clotilde Hesme, fonctionne à merveille, car ce récit d’une jeune femme qui prend sa vie en mains après avoir pris un uppercut en voyant Rocky 3 est tour à tour émouvant, dynamique, drôle, inspirant, émouvant (oui, je l’ai déjà dit). La mise en scène sobre de Fabien Gorgeart met en avant la simplicité des mots d’Emmanuelle Bernheim.

Scène d’introduction : Nous entendons la scène du combat ultime entre Rocky Balboa et Clubber Lang (joué par Mr T.). Clotilde Hesme et Pascal Sangla (qui l’accompagne sur scène musicalement et théâtralement) entrent sur scène et sont captivés par ce qu’ils « voient » (le film n’est pas projeté). La comédienne est au bord des larmes.

Cependant elle ne nous émouvra pas immédiatement. Elle parait même en dedans, presque grise. Dans le jeu et physiquement. Sans un seul effet spécial ni raccord, Clotilde Hesme, au fil de la pièce, va gagner en assurance, comme son personnage, se colorer. C’est bête à dire, mais il faut le voir pour le croire.

Il fallait un Pascal Sangla (déjà vu chez les Chiens de Navarre) malicieux et juste, quel que soient les personnages qu’il interprète (tous les autres personnages du roman en somme) pour lui tenir la dragée haute, ce qu’il réussit haut la main. De multiples variations du thème « Eye of the Tiger » du groupe Survivor retentissent tout au long du spectacle, tout va vite, on passe du rire aux larmes en un clin d’oeil. On s’étonne à vouloir rattraper « Daylight » après le résumé hilarant qu’en fait Lise, on aimerait que l’histoire se poursuive…

En résumé, un grand coup de coeur pour cette histoire et ces deux grands artistes !

 

STALLONE

conception : Fabien Gorgeart et Clotilde Hesme
mise en scène : Fabien Gorgeart
d’après Stallone d’Emmanuèle Bernheim (Gallimard)
avec : Clotilde Hesme et Pascal Sangla

création sonore et musique live : Pascal Sangla – lumières : Thomas Veyssière – assistanat à la mise en scène : Aurélie Barrin – collaboration artistique : Cyril Gomez-Mathieu

Jusqu’au 26 octobre 2019 au CentQuatre (Paris) dans le cadre du Festival d’Automne à Paris puis en tournée à Rennes, Tulle, Toulon.

 

(d’autres histoires)

Dans l’histoire, dans la pièce, Lise se passe en boucle la chanson du film : « Eye of the Tiger » du groupe Survivor. Le mois dernier, après l’achat panurgique d’une platine disque vinyle, j’ai récupéré d’anciens vinyles à moi, chez mes parents. J’ai évidemment laissé derrière moi ma pléthorique collection de disques à la gloire de Chantal Goya et Dorothée (je ne pensais pas en avoir autant) pour conserver la substantifique moelle de mon passé vinylistique. S’en vient le moment de faire quelques confidences concernant ces fameuses chansons des années quatre-vingts :

  • Thriller de Michael Jackson m’a seulement effrayé à la toute fin de son clip, quand le King of Pop se retourne dévoilant le rire sardonique de Vincent Price.
  • You can call me Al de Paul Simon : J’ai toujours été persuadé que Chevy Chase était Paul Simon.
  • Pile ou face de Corynne Charby : Je me souviens être allé chez le coiffeur, tout le monde pensait que je lisais un Astérix mais j’avais caché un Lui avec Corynne Charby toute nue…
  • Nuit de folie de Début de soirée : Je connais toujours les paroles par coeur. Oui, je sais…
  • J’ai deux 45t de David Hallyday… et « Hélène » aussi de Roch Voisine.
  • Je pense vraiment utiliser le 45t de Michel Leeb La Ponctuation pour agrémenter mes cours de grammaire… (j’attends que Laurent Lafitte le réactualise au Français)
  • A mon retour de classe verte, mes parents m’avaient offert le 45t de Samantha Fox « Touch me » mais je n’ai pas pensé à appeler la DDASS. (et on ne faisait pas encore d’anglais en école élémentaire)

 

Vu le mercredi 9 octobre 2019 au CentQuatre (Paris)

Prix de ma place : 14€ (abonnement Festival d’Automne)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Palace (Jean-Michel Ribes / Théâtre de Paris)

(de quoi ça parle en vrai)

« Retrouvez la série culte « Palace », adaptée par Jean-Michel Ribes et Jean-Marie Gourio au Théâtre de Paris. « Ni souvenirs, ni nostalgie, simplement l’envie de laisser s’échapper sur scène la folie, le rire et l’émotion de ce Palace qui ne m’a jamais quitté, tout comme ceux avec qui je l’ai inventé. » Jean-Michel Ribes. Une véritable percée de non-sens à l’audace joyeuse ! » (source : ici)

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Crédits photos : DR

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Il est des spectacles pour lesquels nous aimerions ne rien savoir avant que le rideau rouge ne s’ouvre. Parce que « Palace », je le vois venir depuis un an exactement, traînant derrière lui son lot de souvenirs télévisuels, du temps où je regardais des choses que je ne comprenais pas forcément (remarquez, ça m’arrive encore), les interrogations quant au bien-fondé de l’entreprise (mais pourquoi donc ressortir sous forme spectaculaire un série humoristique vieille d’une petite trentaine d’années ?)…

Faire revenir Palace d’entre les morts était donc une fausse bonne idée.

Cette série, qui compte désormais plus de morts que de vivants dans sa distribution, aurait dû rester dans son formol. Je parais méchant en disant cela car le résultat n’est pas catastrophique, mais son adaptation scénique, trente ans plus tard, était une mission impossible et surtout inutile.

Hormis pour faire jouer la corde nostalgique, monter « Palace » aujourd’hui n’a aucun sens. L’écriture et la mise en scène paraissent datées, les seules allusions à l’actualité récente (les migrants et le réchauffement climatique) arrivent comme deux cheveux sur la soupe (je défie le Directeur du Palace de nous expliquer ce que ça vient faire là, alors que tout est fait pour nous garder dans les années 80) et pire que tout, je n’ai pas eu envie d’être heureux à la sortie du théâtre, comme le désirerait Jean-Michel Ribes. (mais je suis un éternel grincheux, c’est peut-être pour ça… petit bonhomme qui fait un clin d’oeil)

Au fil du spectacle, on regarde sa montre, même si un groom nous donne régulièrement l’heure du palace (oui, parce qu’en fait, on vit une journée dans la vie d’un palace et ces 24 heures s’éternisent…) D’ailleurs la durée du spectacle (1h50 avec le final) est supérieure à la durée moyenne d’un épisode (1h30) (et ce n’est pas la faute aux changements de décors, qui, pour le coup, sont assez efficaces, hop un bon point !)

Malgré tout, on peut saluer l’investissement des comédien.nes (ça fait tout de même bizarre de voir ici une Anne-Elodie Sorlin loin de ses compagnons des Chiens de Navarre), des chorégraphies bien exécutées par des danseur.ses mignon.nes tout plein.

Bon ça fait une semaine que j’ai le générique dans la tête et le spectacle m’a presque laissé de marbre, je fais comment maintenant ?

 

PALACE

D’après la série télévisée de Jean-Michel Ribes

Adaptation Jean-Marie Gourio & Jean-Michel Ribes

Mise en scène Jean-Michel Ribes

Comédiens et Danseurs Salim Bagayoko, Joséphine de Meaux, Salomé Dienis-Meulien, Mikaël Halimi, Magali Lange, Jocelyn Laurent, Philippe Magnan, Karina Marimon, Gwendal Marimoutou, Coline Omasson, Thibaut Orsoni, Simon Parmentier, Christian Pereira, Alexie Ribes, Rodolphe Sand, Emmanuelle Seguin, Anne-Elodie Sorlin, Alexandra Trovato, Eric Verdin, Philippe Vieux, Ben Akl, Armelle Gerbault 

Assistante mise en scène Virginie Ferrere – Musique Germinal Tenas – Arrangements Gilles Tinayre – Chorégraphie Stéphane Jarny – Décors Patrick Dutertre – Costumes Juliette Chanaud & Patrick Dutertre – Lumières Laurent Béal – Son Virgile Hilaire – Maquillage / Coiffure Maurine Baldassari

Au Théâtre de Paris pour une durée encore indéterminée…

 

(je pense tout haut)

 – La fille de Jean-Michel Ribes ne démérite pas sur scène, mais je suis toujours gêné par ce népotisme. Et dire que mon père n’a jamais voulu que je travaille aux Impôts durant mes étés estudantins…

– Je crois que je suis en train de tomber amoureux de la danseuse, celle qui… attends, je les confonds… celle avec le rouge à lèvres et les sourcils… La danseuse qui danse avec ses jambes et qui sourit…

– Quand ils passent la musique du générique de « Palace » à un volume sonore élevé à la fin de la représentation, c’est pour cacher le manque d’applaudissements ? C’est très contraignant, j’aimerais ne pas applaudir en rythme, mais je n’y arrive point.

– Je ne comprends pas, ils auraient pu introduire une pause publicitaire pendant un changement de décor et nous aurions tous repris en choeur : « C’est la MAAF ! »

– Je veux pas cafter mais Philippe Magnan ne connaissait pas les paroles de la chanson lors des saluts… Magnifique poisson !

– Est-ce qu’on parle des prix des places pour ce spectacle ? Si j’ai assisté au spectacle, c’est uniquement parce que j’ai bénéficié d’une offre promotionnelle grâce à la newsletter du théâtre du Rond Point (que dirige Jean-Michel Ribes). 73€ en carré or, 58€ la première catégorie, 28€ pour une place en visibilité réduite (avant la promo) !!! Alors oui, je sais, le spectacle vivant coûte cher… J’étais assis en fauteuil d’orchestre mais je n’avais pas suffisamment de place pour mes jambes (alors que je ne mesure qu’1m69 et demi) et ma visibilité fut également quelque peu réduite à cause du spectateur placé devant moi. J’ai même vu la Maire de Paris, placée deux rangs devant moi, se décaler de deux sièges pour mieux y voir… Nous sommes au Théâtre de Paris, donc c’est Anne Hidalgo qui est responsable de tout cela : Hidalgo démission !!!

 

Vu le mardi 24 septembre 2019 au Théâtre de Paris

Prix de ma place : 23€, cat.1 (promo newsletter Rond Point – au lieu de 58€)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Troy Von Balthazar au Petit Bain

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Troy Von Balthazar… Son nom est tout un poème. L’artiste d’origine hawaïenne et désormais limousin ne cesse de m’émerveiller : Troy l’Enchanteur.

Vendredi soir, il était en concert au Petit Bain, en double plateau avec Michel Cloup Duo. Certes, c’est l’ancien membre de Diabologum qui tenait le haut de l’affiche, mais TVB a su captiver son audience une heure durant. On ne sait jamais qui vient pour qui. Ce soir, et ça fait du bien à voir et à entendre, le public écoute religieusement les sons et les mots concoctés par Monsieur Von Balthazar. Très peu de téléphones levés aussi, nous pouvons le souligner.

L’homme aux 599 chansons tristes et 1 moins triste, passe d’une époque à l’autre, de « I block the sunlight out » à « Tigers » en passant par la plus récente « Filthy Days ». Il est tout seul, au clavier, à la guitare, agissant sur ses multiples pédales, tel un artisan consciencieux et investi (il fabrique même les fondus sonores pour ses fins de chansons en direct). Sa voix est claire, mélancolique. Il ne sait parfois pas ce qu’il fait, il l’avoue. Il se lance, ferme les yeux et nous envoie ses images mentales directement dans notre inconscient.

Pour les vieux de la vieille, il tente même une reprise de son ancien groupe, Chokebore.

Il fait partie de ces artistes qui ne déçoivent jamais sur scène, qui ne ME déçoivent jamais. Je répète souvent cette expression : « un moment suspendu ». Ça en était un : alors même que je maudissais la salle du Petit Bain, structure flottante sur la Seine, de tanguer tant, il suffit de l’arrivée, sans tambour ni trompettes, de TVB, pour que j’oublie mon malaise.

Pourquoi Troy Von Balthazar ne connait-il pas une renommée plus importante ? Peut-être parce que…

« I want to change the world, I want to change the world, I want to change the world… But not today… Maybe tomorrow… »

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Crédits photos : Axel Ito

TROY VON BALTHAZAR au Petit Bain (+ Michel Cloup Duo) – 20/09/19

 

(une autre histoire)

Troy, tu n’as pas joué deux de mes chansons préférées : « Dogs » et « Rainbow ». Certes, pas de toute première jeunesse. Certes, tu as six cents chansons dans ta besace. Mais tu aurais dû savoir que j’étais là et que je voulais les entendre, encore, en vrai. Tu n’es pas un juke-box à pièces, tu n’es pas le DJ à qui on demande de jouer telle ou telle chanson, je le concède. « Rainbow » a longtemps été ma sonnerie de téléphone. Aujourd’hui c’est « Starman » de David Bowie. Tu as eu ce privilège avant Bowie, te rends-tu compte ? Ok, je laisse toujours mon téléphone en mode silence ou vibreur, donc ça ne sert pas à grand chose.

Je me souviens, la première fois que je t’ai vu, à la Maroquinerie en 2006 ou au Point Ephémère l’année d’avant, je ne sais plus, je n’ai plus toute ma tête, tu portais une perruque, tu étais un petit facétieux dans ton genre. Tu réglais tes instruments tel un régisseur lambda. Je ne savais pas que tu étais Troy. Je ne t’avais pas reconnu parce que je ne t’avais jamais vu.

Troy… Troie… Point de cheval. Troyes, c’est dans le Limousin ? J’ai toujours été nul en géographie.

Balthazar… Y a un excellent groupe belge qui s’appelle comme ça, tu connais ? Leurs chansons aussi me transportent. Je ne sais où… En Belgique, parfois… Ma soeur est allée à Hawaï une fois et m’a rapporté une petite Hawaïenne qu’on doit coller sur le tableau de bord. Je n’ai pas de voiture, donc ma petite Hawaïenne ne bouge jamais. Toi qui vis dans le Limousin maintenant, j’ai une question : Est-ce que les petites Limousines dansent ?

Ben non, elle roulent… 

(Désolé pour cette fin de micro-texte totalement indigne, je ne ferai pas mieux la prochaine fois)

 

Vu le vendredi 20 septembre 2019 au Petit Bain, Paris

Prix de ma place : 17€

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Data Mossoul (Joséphine Serre / La Colline)

(de quoi ça parle en vrai)

« À la façon d’un kaléidoscope, Data Mossoul met en scène une ingénieure du web privée d’une partie de sa mémoire, un bibliothécaire collectant les écrits d’anonymes, une archéologue à Mossoul sauvant des tablettes d’argile millénaires des destructions de Daesh et le roi-scribe assyrien Assurbanipal. Évoluant dans ces strates de géographies, d’époques et de civilisations, ces quatre personnages sont liés par la notion de conservation des récits et de transmission de l’Histoire. Avec, en filigrane, la figure de Gilgamesh, roi mythique sumérien dévoré par le désir de trouver l’immortalité et héros du premier récit de l’histoire de l’humanité. » (source : ici)

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Crédits photos : Véronique Caye

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Mes attentes étaient grandes, trop peut-être. Une jeune compagnie, un thème passionnant et ambitieux, le soutien d’une scène nationale (et pas la moindre : la Colline) et malgré tout cela je n’ai pas trouvé la pièce à la hauteur de mes espérances.

La sincérité et la passion de Joséphine Serre pour le sujet sont indéniables, les passages historiques sont bien documentés, l’intrigue anticipationnelle est crédible (une société informatique efface du web, donc de notre mémoire, les informations « obsolètes », de l’énième recette de tarte aux pommes à la Guerre en Irak). Les créations sonore (Frédéric Minière) et vidéo (Véronique Caye) sont convaincantes. Je retrouve avec grand plaisir l’actrice qui a fait battre mon coeur l’été dernier dans « Le Massacre du Printemps » d’Elsa Granat, j’ai nommé Edith Proust.

Mais… mais… l’interprétation est inégale (malgré, également, le charisme d’Estelle Meyer), l’écriture de Joséphine Serre ne m’a pas emporté alors qu’elle se veut profonde, la pièce dure 2h30 (sans entracte) et souffre de la comparaison avec une autre pièce d’anticipation d’une jeune compagnie : « France Fantôme » de Tiphaine Raffier (prochainement en reprise à l’Odéon) qui abordait également le sujet des datas, de la mémoire stockée sur internet… On sent un peu trop également l’influence d’une série comme Black Mirror (elle-même inspirée de notre société, il est vrai) : on rencontre dans la pièce des citoyens obligés d’utiliser internet, dont les notes influent sur le prix de l’assurance : HELLO NOSEDIVE ! La fin de la pièce, qui se veut fantasmagorique et kaleidoscopique, pour reprendre un terme de la note d’intention, m’a complètement perdu et m’a semblé inutile.

Je le répète, sur le papier l’intrigue est passionnante, car elle touche quelque chose qui est on ne peut plus proche de ce que l’observe aujourd’hui : la toute-puissance d’internet, le contrôle de nos mémoires collective et individuelle, de nos vies. Le parallèle avec Mossoul est intéressant. Mais la sauce ne prend pas, pour moi. Est-ce par prétention (Josephine Serre écrit, met en scène, joue), est-ce par manque de moyens ? Je n’ai pas la réponse, mais ça manquait cruellement de souffle.

DATA MOSSOUL

texte et mise en scène Joséphine Serre

avec Guillaume Compiano, Camille Durand‑Tovar, Elsa Granat, Estelle Meyer, Édith Proust, Aurélien Rondeau, Joséphine Serre

collaboration à la mise en scène Pauline Ribat – mise en scène de l’image et création vidéo Véronique Caye – son Frédéric Minière – scénographie Anne-Sophie Grac – stagiaire scénographie Lou Chenivesse – costumes Suzanne Veiga-Gomes assistée de Cécile Box – stagiaire costumes Jovita Negro – lumières Pauline Guyonnet – dessins Guillaume Compiano – assistanat à la mise en scène Pierre-Louis Laugérias

Jusqu’au 12 octobre 2019 à la Colline, Paris

(une autre histoire)

(de la Porte des Lilas à Gambetta)

Les gens baissent la tête. Pas grand chose à voir en l’air, vous me direz, pas d’oiseaux qui s’envolent, un bleu du ciel pas si bleu que cela. On regarde en bas, parce qu’on ne tient pas notre téléphone intelligent en haut. Ni en face de nous, devant nous.

La personne en face de toi a les yeux baissés. Tu marches en sa direction. Tu regardes droit devant. Tu comptes le nombre de secondes. Un, deux, trois. Elle ne relève toujours pas son regard. Quatre, cinq, six. C’est insensé, tout de même. Nez à nez. Elle lève les yeux, ne s’excuse pas, se détourne, parle dans sa barbe.

Mon téléphone vibre. Je lis le message. Je souris. J’écris : « Attention, je tente de t’écrire en marchant. Je suis toujours en avance. Là, je descends l’avenue Gambetta. » Envoi. Elle me répond : « Moi aussi, je marche en t’écrivant. Mais je viens de m’arrêter, je ne sais pas faire deux choses à la fois. » Je lui écris : « Moi aussi. Je m’arrête, je repars. Je m’arrête quand je reçois un appel. Mais comme personne ne m’appelle, je ne m’arrête pas. Pas pour ça. »

A force de m’arrêter et de me repartir, j’arrive en retard au théâtre, alors que j’arrive toujours en avance. Je ne parviens pas à montrer mon billet électronique, je suis de plus en plus en retard. C’est soir de première et je ne connais personne. C’est placement libre, c’est des banquettes, on se serre et j’aime pas quand mon genou touche un autre genou. Surtout un genou de quelqu’un que je ne connais pas et qui ne me plait pas.

Vu le mercredi 18 septembre 2019 à la Colline, Paris

Prix de ma place : 13€ (Carte Colline)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Tchekhov à la folie (Anton Tchekhov / Jean-Louis Benoît / Poche Montparnasse)

(de quoi ça parle en vrai ?)

« Tchékhov disait de ces deux pièces courtes qu’elles étaient des « plaisanteries ». C’est pourtant avec elles qu’il va connaître ses premiers triomphes. Il n’a pas trente ans en 1888 et traverse une des périodes les plus heureuses de sa vie. Ce Tchékhov-là, joyeux, farceur, féroce humoriste, fait preuve dans ces miniatures pour la scène d’une violence grotesque incomparable. Que ce soit dans La Demande en mariage ou dans L’Ours, le tumulte, le rythme endiablé, la cocasserie des situations, la folie de ces personnages ahuris et furieux nous emportent loin du Tchékhov « chantre des crépuscules ». » (source : ici)

(pourquoi y vais-je ?)

Parce que je ne sais absolument pas où j’ai vu Jean-Paul Farré, mais je sais que c’est un grand acteur. Parce qu’aussi je me souviens que ça m’amusait de le croiser dans mon ancien quartier en train de répéter son texte tout en marchant.

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Emeline Bayart, Manuel Le Lièvre (remplacé par Mathieu Boulet le jour de ma présence), Jean-Paul Farré)

(ceci n’est pas une micro-critique, mais…)

Ce qui impressionne de prime abord, c’est la partition jouée par Emeline Bayart, Jean-Paul Farré et Mathieu Boulet. Aucun temps mort, les dialogues s’enchainent à un rythme effréné, chaque mouvement, intonation, mimique paraissent calculés et exécutés au millimètre près. Ces courtes pièces qui s’enchainent sans transition sont d’une efficacité redoutable. L’expression « vis comica » est faite pour Emeline Bayart qui m’a sincèrement impressionné et je suis heureux de l’avoir découverte dans ce spectacle.

Cependant on aurait eu envie de davantage de nuances, d’un jeu moins outré et d’un volume sonore plus mesuré – j’entends qu’il s’agit d’un choix de mise en scène, je n’ai pas adhéré, voilà tout. La pièce ne m’a pas fait rire autant que je l’aurais souhaité. Je n’ai surtout pas vu l’intérêt d’adapter à nouveau ces pièces mineures de Tchekhov qui font également le bonheur des salles avignonnaises durant le Off d’Avignon.

 

TCHEKHOV À LA FOLIE

(LA DEMANDE EN MARIAGE et L’OURS – deux pièces en un acte d’Anton TCHÉKHOV)

Traduction André MARKOWICZ et Françoise MORVAN – Actes Sud, collection Babel
mise en scène Jean-Louis BENOIT

avec Émeline BAYART, Jean-Paul FARRÉ, Manuel LE LIÈVRE ou Mathieu BOULET

Décor Jean HAAS – Costumes Frédéric OLIVIER – Assistant à la mise en scène Antony COCHIN

Au Poche-Montparnasse, Paris

 

(je pense tout haut)

Je crois qu’en fait, je ne suis pas (plus) tout à fait fait pour ce genre de pièces. Attention, voici une remise en question en règle de ma personne.

Peut-être suis-je totalement formaté par les spectacles que j’ai l’habitude de voir, dans le théâtre subventionné, pour ne pas le nommer. Pourtant j’aime rire, même si cela ne se voit pas quand on me rencontre. Au théâtre, les Chiens de Navarre me font rire, le Raoul Collectif me fait rire… Ok, je n’ai pas d’autres exemples qui me viennent en tête… Il est difficile de me faire rire et je sais que les Feydeau et autres vaudevilles ne me suffisent pas. Ne me suffisent plus.

Je suis snob, c’est peut-être pour ça.

 

Vu le dimanche 15 septembre 2019 au Poche Montparnasse, Paris

Prix de ma place : invitation

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

La fin de l’homme rouge (Svetlana Alexievitch / Emmanuel Meirieu / Bouffes du Nord)

(de quoi ça parle en vrai ?)

« Pendant quarante ans, Svetlana Alexievitch a parcouru ce pays qu’on appelait l’URSS et enregistré des centaines de témoignages. (…) D’une personne à l’autre, de voix en voix, elle a écrit six livres qui n’en font qu’un, un livre sur l’histoire d’une utopie : le socialisme. (…) La Fin de l’homme rouge fait résonner les voix des témoins brisés de l’époque soviétique, voix suppliciées des Goulags, voix des survivants et des bourreaux, voix magnifiques de ceux qui ont cru qu’un jour « ceux qui ne sont rien deviendraient tout », et sont aujourd’hui orphelins d’utopie. » (source : ici)

(pourquoi j’y vais ?)

Parce que Emmanuel Meirieu m’avait totalement dévasté avec « Des Hommes en devenir » au Théâtre Paris Villette il y a deux ans.

Parce que (par ordre alphabétique) Anouk Grinberg, Jérôme Kircher, Maud Wyler…

Parce qu’il ne s’agit pas de la pièce préquelle des Schtroumpfs (je sais… je n’ai pas pu m’empêcher)

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Crédits photos : DR

(ceci n’est pas une critique, mais…)

C’est un vendredi 13, jour de grève de la RATP, que le théatre des Bouffes du Nord , à moitié vide, s’offre à moi. Et accessoirement jour anniversaire de mes quinze ans de vie à Paris (moi, le petit Marseillais qui savait à peine qui était Peter Brook à mon arrivée en 2004)

Le spectacle commence avant même qu’il ne commence. Le décor de Seymour Daval et Emmanuel Meirieu est tout simplement monumental et épouse parfaitement les formes et l’architecture de ce théâtre mythique. Nous sommes dans une salle en ruine, tout est poussière. Aux murs, des projections d’images d’inspiration soviétique qui se transformeront au gré des récits. Le proscénium ne sera quasiment pas utilisé, laissant cette distance entre public et comédien.nes.

Anouk Grinberg ouvre le bal, suivi de Stéphane Balmino, que j’avais découvert dans « Des Hommes en devenir » du même metteur en scène. Le dispositif est identique : une succession de récits, bouleversants, avec très peu d’interaction entre les personnages (on aurait presque envie qu’il n’y en ait aucune, tellement ce lien parait artificiel, je chipote).

On est happé par les récits, même si certains nous convainquent plus que d’autres, peut-être aussi parce que ces comédien.nes-là me touche plus que d’autres (Anouk Grinberg, Jérôme Kircher et Maud Wyler – la seule qui lève les yeux vers la catégorie 3)

L’immersion est totale grâce à un remarquable travail sonore et visuel et le trajet « théâtre / maison » à pied de quarante minutes n’est pas de trop pour doucement revenir à la vraie vie.

 

LA FIN DE L’HOMME ROUGE

D’après le roman de Svetlana Alexievitch

Mise en scène et adaptation Emmanuel Meirieu

Traduction Sophie Benech – Musique Raphaël Chambouvet – Costumes Moïra Douguet – Lumières, décor, vidéo Seymour Laval et Emmanuel Meirieu – Son Félix Muhlenbach et Raphaël Guenot – Maquillage Roxane Bruneton

Avec Stéphane Balmino, Evelyne Didi, Xavier Gallais, Anouk Grinberg, Jérôme Kircher, Maud Wyler, André Wilms (présence filmée) et la voix de Catherine Hiegel

Jusqu’au 12 octobre 2019 aux Bouffes du Nord (Paris) et en tournée notamment à Marseille (du 8 au 19/10 à la Criée)…

 

(une autre histoire)

Vendredi 13… 162 millions d’Euro à gagner à l’Euromillions. Je joue seulement lors des grosses cagnottes. Ce qui est totalement stupide, car qui a besoin d’autant d’argent ? Si je fais la moyenne du temps qu’il me reste à vivre, un million me suffirait ou même un petit pécule qui me permettrait d’arrêter de travailler pendant deux ans comblerait mon bonheur.

Flash. Le ticket dans ma poche arrière. Je marche car c’est la grève des transports. Je rentre chez moi, je sors le ticket de ma… Le ticket n’est plus là. Je ne me suis pourtant pas trompé de… Mes poches sont vides. C’est bien ma veine. Pile aujourd’hui, le premier jour du reste de ma vie. Le ticket est tombé de ma poche, quelqu’un l’a ramassé, les numéros sont évidemment gagnants et je resterai dans mon petit appartement miteux… Je viens de comprendre… quand on dit « miteux », ça signifie en fait qu’il y a des mites ?

Mon ticket est tombé de ma poche sur mon palier. C’est bien ma veine, maintenant que j’ai récupéré mon sésame pour les cieux, les numéros deviennent perdants. Je resterai dans mon petit appartement miteux… mais j’ai dans un tiroir des barquettes technologiques anti-mites, l’honneur est sauf.

 

Vu le vendredi 13 novembre 2019 aux Bouffes du Nord, Paris

Prix de ma place : 20€ (cat. 3)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Automne 19/20

Encore et toujours ma sempiternelle sélection très subjective ! Et en cette nouvelle saison 19/20, j’ai décidé de mettre à l’honneur dix-neuf voire vingt spectacles, que je verrai cet automne. (J’ai réfléchi de longues heures pour trouver ce  nouveau concept…)

 

A la faveur de l’automne, je mettrai tout d’abord l’accent sur… le Festival d’Automne !

La Team Tiago ne manquera sûrement pas Please Please Please par le trio Mathilde Monnier / La Ribot / Tiago Rodrigues (le 15/10 à l’Espace 1789 de St-Ouen et du 17 au 20/10 au Centre Pompidou)

« Je suis sans famille et je m’appelle Rémi et je me balade avec tous mes amis… » Quand j’étais petit, j’avais des peluches nommées Capi et Dolce. Etonnamment, c’est Jonathan Capdevielle qui va adapter le roman d’Hector Malot (du 21 au 30/11 à Nanterre Amandiers)

Je ne sais pas si on entendra la chanson dans le spectacle, mais rien que d’y penser, je l’aurai dans la tête durant toute la rédaction de cet article : Clotilde Hesme aura sans nul doute l’oeil du tigre dans Stallone de Fabien Gorgeart (du 08 au 19/10 au CentQuatre)

Les Talents Adami s’affichent avec Gwenaël Morin dans Uneo uplusi eurstragé dies d’après Sophocle et Eschyle (du 08 au 12/10 à l’Atelier de Paris)

Sans transition, dans le reste de l’actualité…

 

Le Présent qui déborde… ça, c’est parce qu’on ne le surveille pas assez… Après sa présentation lors du dernier festival d’Avignon, Christiane Jatahy revient au CentQuatre (en partenariat avec l’Odéon, du 1e au 17/11)  pour le deuxième volet de son Odyssée.

Je suis un homme fidèle… si si… et je fréquenterai plus que jamais le Théâtre de la Bastille. Cette nouvelle saison me parait assez audacieuse, puisque nous y verrons des artistes qu’on n’a pas vus depuis longtemps sur la rue de la Roquette comme Daniel Linehan et son Body of Work (c’est de la danse, du 18 au 23/11), voire jamais comme Loïc Touzé et sa Forme Simple (c’est aussi de la danse, du 18 au 23/11)

Je ne vais pas tenter d’inventer un résumé d’après le titre du spectacle d’Emmanuel Meirieu aux Bouffes du Nord, La Fin de L’Homme Rouge… J’irai le voir aussi et surtout pour admirer Maud Wyler, Jérôme Kircher… (du 12/09 au 02/10)

Même si je fus légérèment désappointé face à Love Me Tender, je me rendrai à l’Odéon pour voir la nouvelle création de Guillaume Vincent Les Mille et Une Nuits (du 08/11 au 08/12)

 

« Hard ou classique, la musique adoucit les moeurs… »

 

 

Je suis loin d’être un afficionado de Thomas Jolly et pourtant je vais voir un de ses spectacles (à la Scala du 18/10 au 03/11) : Un Jardin de Silence. Parce qu’avant tout pour moi, ce spectacle autour des chansons de Barbara est un projet de Raphaële Lannadère et de Babx

Buster Keaton est cher à mon coeur pour de multiples raisons et le Nouveau Théâtre de Montreuil le met à l’honneur (du 14 au 16/11) avec un ciné-concert performé dirigé par Mathieu Bauer.

Continuons en musique avec Les Siestes Acoustiques de Bastien Lallemant. Certes, j’aurais très bien pu y assister à Paris, mais je ne fais pas comme les autres, j’en ferai une à Manosque dans le cadre des Correspondances (le 28/09)

Parce que la musique est vitale pour moi… d’ailleurs, j’ai toujours une pensée pour ma guitare sans cordes qui trône dans mon salon… je ne raterai pas le concert de Troy Von Balthazar et de Michel Cloup Duo au Petit Bain (le 20/09)

Silence, ça pousse…

 

 

Et parce que je ne vois pas que des valeurs sûres, contrairement à ce que l’on pourrait penser, je me risquerai à la Colline pour voir Data Mossoul de Joséphine Serre (du 18/09 au 12/10)… Ok, c’est surtout pour revoir sur scène Elsa Granat et Edith Proust qui ont enchanté mon été avignonnais avec Le Massacre du Printemps…

D’ailleurs, nous pourrons retrouver Edith Proust au Lavoir Moderne Parisien dans Le Projet Georges, une pièce qu’elle a co-écrite et co-mise en scène avec Laure Grisinger, qui n’est autre que la dramaturge du… Massacre du Printemps ! (du 17 au 20/10)

Autre découverte au Lavoir Moderne Parisien (du 27/11 au 01/12), Les Femmes de Barbe Bleue, une création collective de Juste avant la compagnie qui figure également au programme du prochain festival Impatience (qui met en avant la nouvelle création jeune du spectacle vivant et du théâtre jeune et impatient parce qu’ils sont jeunes…)

Sinon on pourra aussi jeter un oeil à ce qu’il se passe du côté du Théâtre de la Reine Blanche avec Le Mont Analogue (du 04 au 08/09) (que j’avais raté la saison passée au Théâtre Berthelot à Montreuil…) par la Compagnie Les Temps Blancs ou avec Poulette de et avec Andréa Brusque(du 02 au 13/10)

A part ça, au Théâtre de la Tempête, il y aura la pièce Elémentaire de Sébastien Bravard sur une mise en scène de Clément Poirée (du 19/11 au 16/01). Ou l’histoire d’un comédien qui est devenu professeur des écoles… Je ne vois absolument pas pourquoi j’ai dans l’idée de voir cette pièce-là en particulier…

#TeamTiago

© Filipe Ferreira

Last but not least, la vingtième pièce de ma sélection, The Way She Dies, pour la première fois à Paris, au Théâtre de la Bastille, mais qui a été créé il y a plus de deux ans et joué pour la première fois en France au Théâtre Garonne à Toulouse. Et j’y étais (le 28 mars 2017…) ! Ce fut une époque toute particulière pour moi… Les souvenirs vont se ramasser à la pelle… comme les feuilles mortes… parce que c’est l’automne… Vous me suivez ? Super combo tg STAN + Tiago Rodrigues, c’est du 11/09 au 06/10.

 

Il y a d’autres spectacles programmés à mon carnet de bal, j’en parlerai peut-être dans ces mêmes colonnes… On appelle ça une aguiche. Il y a évidemment des spectacles que je n’ai pas mentionnés mais qui valent sûrement le coup d’oeil, mais comme je l’ai lu quelque part, mieux vaut être sélectif qu’exhaustif.

Vive la frustration, bon vent, bonne rentrée et à bientôt !

5es Hurlants (Raphaëlle Boitel / La Scala Paris)

(de quoi ça parle en vrai)

« Après avoir travaillé sous la direction de James Thierrée, d’Aurélien Bory et de Marc Lainé, Raphaëlle Boitel réunit pour sa troisième création cinq circassiens de différentes cultures, unis par une même expérience au sein de l’Académie Fratellini. Sur scène, dans un espace brut, noir et métallique à l’image d’un hangar, d’un chapiteau ou d’une usine, cinq personnages évoluent sous nos yeux : une femme indécise, une furieuse compulsive, un paranoïaque «ornithophobique», un équilibré qui glisse et un introverti hystérique. En envisageant leur agrès comme un alter ego mécanique avec lequel ils doivent partager leur vie, ils s’élancent, chutent, se soutiennent et se relèvent, sur des airs de Verdi, de Bach, ou même dans un silence brut. »

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Crédits photos : Georges Ridel

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Il y a des spectacles dont on sait dès la première minute qu’ils nous plairont : ici, les deux régisseurs plateau du spectacle entrent sur scène, marchent en direction d’un projecteur et le dirigent vers la scène. Ce n’est pas grand chose et pourtant c’est ce qui fait la différence. Hormis les acrobaties, la mise en abyme, le « j’essaie, je tombe, je me relève », j’y vois également un magnifique hommage aux régisseurs, ces personnes de l’ombre qui agissent avec la plus grande humilité. Car les artistes sur scène ne pourraient pas faire grand chose sans eux. Et ici, les régisseurs font partie intégrante du spectacle. Certes, l’un d’entre eux est interprété par le collaborateur de longue date de Raphaëlle Boitel (j’ai lu ça) Tristan Baudoin, qui a fait un magnifique travail sur les ombres et lumières. Il n’empêche, ils sont aussi passionnants à observer que nos circassiens chéris.

Mais j’y viens. On pourrait penser que nous ne voyons rien d’extraordinaire : un fil-de-fériste, un jongleur de balles (même pas des torches en flamme ou des couteaux), une acrobate au cercle aérien, un sangliste (ce mot n’existe toujours pas), une danseuse-acrobate… mais quand on y pense, je dirais même plus, quand on y réfléchit… Ce fil-de-fériste qui joue l’hésitation, la maladresse est incroyable de maîtrise (demandez à un acteur de jouer faux, ben ce n’est pas si évident), le jongleur de balles, même avec une seule balle met tellement d’intensité dans son jeu, comme si sa vie en dépendait… Je pourrais multiplier les exemples… Je ne parlerai pas du dernier tableau avec cette acrobate arachnéenne qui m’a totalement ému et bluffé. Ce que je veux dire, c’est que c’est à la fois d’une simplicité désarmante mais aussi et surtout d’une perfection impressionnante pourtant touchante. La chorégraphie mise au point par Raphaëlle Boitel (que j’avais plus qu’appréciée il y a dix ans de cela chez James Thierrée et Marc Lainé) est remarquable de précision et de poésie.

Ce qui finit par nous séduire définitivement, c’est de constater que l’artiste n’est jamais seul, qu’ils sont tous ensemble, chacun pour tous.

(qu’il est bon de terminer sa saison parisienne avec un tel spectacle !)

 

5ES HURLANTS

conception, mise en scène Raphaëlle Boitel

avec Tristan Baudoin, Salvo Cappello, Alejandro Escobedo, Clara Henry, Loïc Leviel, Nicolas Lourdelle, Julieta Salz

collaboration artistique, scénographie et lumière Tristan Baudoin – musique originale Arthur Bison – régie plateau Nicolas Lourdelle – régie son Arthur Bison – constructions Silvère Boitel – aide à la création son et lumière Stéphane Ley, Hervé Frichet – costumes Lilou Hérin

Production Cie L’Oublié(e) – Raphaëlle Boitel, avec le précieux soutien de l’Académie Fratellini, la SPEDIDAM et la région Occitanie

Jusqu’au 20 juillet 2019 à la Scala Paris

 

(une autre histoire)

Je compte sur mes doigts tout ce que je dois encore faire d’ici mon départ en vacances. Je suis bien fatigué. Chaque fin d’année, je dis la même chose, faut que je me calme. Je dois écrire ci, je dois écrire ça, sans compter le déménagement, la gestion quotidienne des personnes dont je dois continuer à m’occuper, lire, répondre, voir les gens parce que c’est la fin, préparer les vacances, conserver aussi des plages de totale inactivité (moi qui n’aime pas rester sur le sable à bronzer).

Deux heures avant le début du spectacle, je m’écroule sur mon lit. Je ne veux pas y aller. Je dors un petit quart d’heure. Je veux rester dans mon lit.

Ça me fait penser à ces soirées où on ne veut pas aller, parce que pas envie de se mélanger aux gens, de converser, de sourire. Finalement on y va et on ne le regrette pas. Ben là c’est pareil. Je ne regrette pas de m’être levé, d’avoir pris le métro un 4 juillet, d’avoir marché de la Gare de l’Est au théâtre. J’ai même croisé quelqu’un que je connaissais et je lui ai parlé ! J’ai aussi croisé quelqu’un que je connais sans connaître mais je n’ai pas osé lui parler, on ne se refait pas.

Ceci était officiellement mon 300e article. Va falloir que je change tout ça.

 

Vu le jeudi 4 juillet 2019 à la Scala Paris

Prix de ma place : 18€ (cat 1 – demi tarif pour les premières)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Moving with Pina (Cristiana Morganti / Les Abbesses)

(de quoi ça parle en vrai)

« Elle sait danser et raconter, tenir le fil du geste et de la fable dans un même nœud d’énergie organique et souple. La danseuse et chorégraphe Cristiana Morganti, figure du Tanztheater Wuppertal de Pina Bausch de 1993 à 2014, fait vivre le mouvement au diapason des mots sans jamais perdre de vue le public avec lequel elle converse. Elle noue et dénoue les gestes dans un bouquet d’humeurs vives. Avec le solo Moving with Pina, conférence dansée sur l’univers artistique de la chorégraphe allemande, Cristiana Morganti livre, avec l’élan joyeux et partageur qui est le sien, les clés de l’élaboration des fameux solos chers à Pina Bausch. Elle décortique au plus près du corps, du cœur et de l’émotion des extraits emblématiques du répertoire. Un pan d’histoire de la danse glissé comme une conversation ou une confidence. » (source : ici)

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(crédits photos: Musacchio & Ianniello)

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Il y a dix ans pile, disparaissait Pina Bausch. Nonobstant le temps qui passe (je ne sais absolument pas si je l’ai bien employé, mais c’est la première fois que j’utilise un tel terme – nonobstant – je suis tout tourneboulé), elle est toujours aussi présente dans nos esprits que sur les scènes du monde entier, Paris en tête. A défaut de voir les nouveaux spectacles du Tanztheater cette saison (merci de ne pas remuer le couteau dans la plaie), me voilà aux Abbesses pour cette conférence dansée de Cristiana Morganti.

La danseuse chorégraphe a quitté la compagnie de notre Pina adorée en 2014 après plus de vingt ans de bons et loyaux services pour obtenir, selon ses dires une certaine autonomie et assouvir l’envie de s’attaquer à d’autres projets. Pourtant ici il ne sera question que de la chorégraphe allemande. Je ne sais pas s’il ne s’agit que d’une question d’argent, comme me l’a suggéré une amie croisée à l’issue de la représentation, mais ce qui est certain, c’est que Pina Bausch laisse une marque indélébile à celles et ceux qui l’ont côtoyée.

C’est avec drôlerie et tendresse que Cristiana Morganti nous livre son expérience au sein d’une des plus prestigieuses compagnies. Elle revient sur différents mouvements des pièces de Pina Bausch, les exécute devant nous, nous explique comment tel geste est né. Souvent Pina Bausch posait des questions, entre l’absurde et la philosophie et demandait à ses danseurs d’y répondre par le geste. Cette entrée dans le processus de création est passionnante. On se plait à imaginer les sessions de répétition à Wuppertal, cette ville que j’ai visitée, arpentée il y a trois ans, à la recherche d’une quelconque trace de Pina. (oui, je sais, il faut toujours que je me la ramène avec mes voyages et mes propres anecdotes…)

Parce que Cristiana Morganti a aussi un don de conteuse, ce qui n’est pas donné à tout le monde. On pourrait chipoter en déclarant que le spectacle pourrait être plus resserré. Mais la générosité, l’humour, la prestance de la danseuse italienne ne peuvent que nous séduire.

Enfin on se souvient de cette phrase (célèbre) de Pina : « Tanzt sonst sind wir verloren. »

 

MOVING WITH PINA

de et avec Cristiana Morganti

au Théâtre des Abbesses – Théâtre de la Ville

 

(une autre histoire)

Ça commence. C’est la fin de l’année scolaire. Je suis fatigué, j’ai chaud. tout m’agace. Les téléphones qui tardent à s’éteindre, les gourdes en aluminium qui tintinabulent, les bouteilles en plastique qui craquettent… Le spectateur en retard. « C’est ma place », dit-il. Le spectacle a déjà commencé, je le vois joindre le geste à la parole. L’assurance. Il prend une première photographie avec son téléphone intelligent. Une deuxième photographie. Sans gêne. La danseuse demande à un homme de la rejoindre sur scène. « Moi ! » dit-il. Elle décline la proposition car nous sommes au balcon.  Il prend une nouvelle photo. A la fin de la représentation, il applaudit à tout rompre. Il siffle même avec ses doigts. Je n’ai jamais su siffler avec mes doigts. Le pire dans tout ça, c’est qu’il a la chemise ouverte. Je le déteste.

 

Vu le mercredi 26 juin 2019 au Théâtre des Abbesses, Paris.

Prix de ma place : 22€ (cat.2)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Les Évaporés (Delphine Hecquet / Théâtre de la Tempête)

(de quoi ça parle en vrai)

Au Japon, plus de cent mille personnes s’évaporent chaque année. Ce phénomène est ancien mais les évaporations se sont notoirement développées dans les années 90, pendant la crise financière, pour atteindre le chiffre officieux de 180 000 Japonais disparus volontairement par an. Qui sont-ils ceux qui un jour décident de tout quitter, de claquer la porte sur leur vie en effaçant toute trace de leur existence ? Qui sont-ils ceux qui restent, attendant un signe, une vérité, un retour ? Dans ce pays où l’échec se vit comme un déshonneur, un journaliste français décide de partir à la rencontre de ces évaporés, de ces familles au deuil impossible, pour filmer et tenter de comprendre. (source : ici)

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Crédits photos : Dantes Pigeard et Akihiro Hata

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Une fois n’est pas coutume, je me suis repris à plusieurs fois pour écrire cette « non-critique ». Parce que le sujet de la pièce me titille depuis des années, de par mes lectures, mais aussi et surtout par mes voyages durant lesquels je me plais à m’oublier ou à errer. Sans m’évaporer, j’aime me fondre dans la masse, être personne. Mais je ne suis pour l’instant jamais allé me perdre au Japon, ce pays si fascinant.

L’autrice et metteure en scène Delphine Hecquet a fait les bons choix : suggérer, ne pas se laisser enfermer par son dispositif scénique. Certes on a droit à de la vidéo, une voix off, de la musique (dont la reprise entêtante de « Heroes » par Peter Gabriel et par ce savoureux personnnage de vieille dame de deux cents ans), des changements de décors, mais l’ensemble se fait dans la délicatesse et la sobriété. J’avouerai que je me suis quelque peu assoupi, assommé par la chaleur qui régnait dans la salle et ma fatigue chronique, mais ce n’était pas bien grave. L’atmosphère, entre rêve et réalité, s’y prêtait et je n’ai pas perdu le fil (ça, c’est pour rassurer et dire que mon moment de somnolence fut bref), même si on s’étonne parfois de n’écouter que les voix (presque toutes japonaises) sans suivre les surtitres (ou l’illusion éphémère de comprendre ce que l’on entend).

Parce que je me rêve perdu dans la traduction, je ne me suis pas identifié dans le seul personnage français mais nipponophone (ce mot existe-t-il seulement ?). Certes le journaliste joue un rôle essentiel mais mon attention et mon imagination étaient uniquement focalisées sur l’objet de son enquête et toutes les questions qui en découlaient. Quand on s’évapore, on ne disparait pas tout à fait. De la difficulté de réapparaître pour les uns, de l’incapacité à comprendre un tel geste pour les autres. Pardonner, continuer à vivre, attendre, tourner le dos. Que de questions, que de questions… (tout cela sans un point d’interrogation)

Parce que le sujet de la pièce me titille depuis des années, après cette pièce, cela ne peut que me convaincre d’insister.

 

LES ÉVAPORÉS

texte et mise en scène Delphine Hecquet

traduction Akihito Hirano

avec Hiromi Asai, Yumi Fujitani, Akihiro Nishida, Marc Plas, Kyoko Takenaka, Gen Shimaoka, Kana Yokomitsu en vidéo Kaori Ito, Oscar Suzuki Vuillot, Tokio Yokoi

scénographie Victor Melchy – lumières Jérémie Papin – musique Philippe Thibault – costumes Oria Steenkiste – réalisation des séquences filmées Akihiro Hata – dispositif vidéo Melchior Delaunay – surtitrage Satoko Fujimoto – collaboration artistique et dramaturgie Lara Hirzel – régie générale Marie BonneMaison

Jusqu’au 23 juin 2019 au Théâtre de la Tempête (Paris)

 

(une autre histoire)

La première fois que j’entendis parler d’évaporation, c’était durant l’hiver 2015. Je dînais dans le grand restaurant de la ville de Yellowknife dans les Territoires du Nord Ouest au Canada. Je mangeais seul quand un individu me dévisagea. Il me dit en anglais : « Are you going to disappear ? »

– What are you talking about ?

– How to disappear completely ? You know what I mean ?

– No, I don’t know.

Le plus étrange dans l’histoire, c’est que je comprenais instantanément ce qu’il me disait en anglais, comme si je n’avais pas besoin de faire la traduction…

– Pourquoi venir ici si ce n’est pour vous évaporer ? Nous venons tous pour cela. Certains reviennent, d’autres pas.

– Je suis ici en vacances. Je rends visite à ma soeur.

– Et c’est un hasard si vous lisez Thoreau ici, even in French ?

– Euh… Oui… Non… Mais… vous parliez de disparaître ?

– Vous n’avez pas entendu parler de la dernière ? La Japonaise ? Elle est venue seule, a réservé ici, dans cet hôtel. Ça fait deux jours qu’on ne l’a plus revue. Les gens de l’hôtel ont frappé à sa porte, aucune réponse. Ils ont ouvert mais elle n’était pas là. Toujours ses affaires, sur son lit, dans sa salle de bains. Pas une lettre. Rien. Le réceptionniste me disait qu’il avait trouvé ça bizarre de la voir arriver sans un gros manteau sur le dos. Elle n’était pas équipée pour ce blizzard. On dit qu’elle est partie l’autre matin, se promener au bord du Niven Lake mais qu’elle n’est jamais reparue. Il y a des loups dans les parages, vous le saviez ?

– Non.

– Eh ben , je vous le dis, y a des loups dans les parages. Quand on vient ici, on le sait. Vous, vous ne le savez pas.

– Et ?

(il sourit) Nevermind. »

 

Vu le samedi 8 juin 2019 au Théâtre de la Tempête (Paris)

Prix de ma place : invitation

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Le Champ des Possibles (Elise Noiraud / La Reine Blanche)

(de quoi ça parle en vrai)

« A 19 ans, Elise décide de quitter son village poitou-charentais pour aller à Paris suivre des études de lettres. Elle découvre alors l’autonomie et la liberté et se pose beaucoup de questions. A quel moment se sent-on adulte ? Comment quitter ses parents ? Quitter le terrain de son enfance ? Faire ses premiers choix ? » (source : ici)

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Photo de couverture : Baptiste Ribrault

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Ceci est le troisième opus de la vie d’Élise. Je l’avais découverte il y a sept ans à l’Espace Saint-Martial dans le Off d’Avignon avec le premier volet de cette oeuvre autobiographique : « La banane américaine ». Il y eut d’abord son enfance, puis son adolescence (« Pour que tu m’aimes encore » que j’avais raté) et maintenant le passage à l’âge adulte. Elise Noiraud m’avait déjà à l’époque séduit, le genre « monologue autofictionnel » étant l’une de mes passions.

Ici, l’artiste ne fait que confirmer le bien que je pensais. L’écriture est simple et directe, la mise en scène toute aussi sobre (une chaise, un coffre, des changements de lumière, des musiques bien choisies (oui, j’ai eu aussi ma période All Saints avec « Pure Shores ») et surtout il y a une sacrée comédienne devant nous.

Si on devait faire des rapprochements, on pourrait dire qu’il y a du Philippe Caubère chez Elise Noiraud, cette façon de passer d’un personnage à l’autre, de caractériser cette mère omniprésente, toxique… « Le Champ des possibles » est d’ailleurs plus profond qu’il n’y parait. Sous des allures de « seule en scène » comique, viennent poindre progressivement des instants dramatiques, sur l’accomplissement de soi, sa place quand on devient adulte.

Le rythme y est soutenu. J’aime cette idée de se raconter par le regard d’autres personnages.

Cette pièce est réussie parce qu’Elise Noiraud parle d’elle-même. Elle nous cueille surtout quand elle se joue elle-même. Cette pièce est réussie, surtout parce que chacun s’y reconnait. Je m’y suis reconnu : l’arrivée à Paris (même si j’étais sensiblement plus vieux), le rapport à la famille, l’éloignement géographique…

Je suis Élise. (et je jette au sol mon micro)

 

LE CHAMP DES POSSIBLES

TEXTE & INTERPRÉTATION Élise Noiraud

COLLABORATION ARTISTIQUE Baptiste Ribrault – CRÉATION LUMIÈRE François Duguest

Jusqu’au 22 juin 2019 au Théâtre de la Reine Blanche (Paris), puis au Théâtre Transversal à Avignon du 5 au 28 juillet 2019

 

(une autre histoire)

Je suis en retard, je sais. Pour écrire cet article. Une surcharge mentale m’étreint. Trop de choses à penser, à écrire… « Non non non, pas d’insectes dans ma tête… » Résultat des courses, je suis immobile, allongé sur mon parquet. Je compte les moutons sous mon canapé mais ne m’endors pas pour autant. Je suis aux aguets. Des petits bruits. Ma machine à laver fuit. Je voulais en parler de ma machine qui fuit. Parce que j’ai peur que mon voisin en ait subi les conséquences. Je ne veux pas y aller.

« Toc toc, bonjour petit voisin qui fait semblant de ne pas me voir dans la rue et qui souffle comme un boeuf alors qu’il a un étage de moins à monter par rapport à moi. »

Non, je ne le ferai pas. Je n’ose pas sortir, il m’entendrait. Tous les jours, je l’entends hurler « PUTAIN ! » J’ai peur. Il doit jouer aux jeux vidéos, ça doit être ça la lumière bleutée que je vois quand je lève les yeux au ciel en arrivant dans ma cour. J’ai réparé la fuite, au fait. Juste le boulon ou l’écrou (je ne suis pas très bricoleur) qui s’était desserré.

Je mens. Aujourd’hui, j’ai passé la journée dans un café. Pour écrire ceci, pour écrire cela. Je reviendrai chez moi tard, sur la pointe des pieds. On ne sait jamais.

 

vu le samedi 25 mai 2019 au Théâtre de la Reine Blanche (Paris)

Prix de ma place : invitation

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Antioche (Sarah Berthiaume / Martin Faucher / Paris Villette)

(de quoi ça parle en vrai)

Jade fait des listes et des rencontres sur Internet pour essayer de trouver un sens à sa révolte. Antigone, sa meilleure amie morte dans une pièce écrite il y a 2 500 ans, essaie désespérément de faire jouer sa tragédie à la troupe de théâtre de l’école. Inès, la mère de Jade, erre comme un fantôme dans leur maison de banlieue. Antioche, c’est l’histoire de trois filles emmurées vivantes qui décident de fuir vers l’avant. Et surtout, d’une rencontre improbable dans la ville d’Antioche, en Turquie, là où tout pourrait encore changer. (source : ici)

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(ceci n’est pas une critique, mais…)

Voici une pièce à forte inspiration wajdimouawadienne : un peu de Québec, une pincée de Proche Orient, un sujet sociétal, de la tragédie grecque…

Pourtant c’est la petite histoire qui convainc le plus. Même si la quête (ou l’absence) de sens de la vie d’une adolescente n’est pas le sujet le plus original, le dynamisme des comédiennes (la référence au film Trainspotting également) nous séduit dans un premier temps, sans parler du capital sympathie pour cette langue québécoise que j’aime tant !

Le hasard (?) de la programmation du Paris Villette fait s’enchainer dans le mois deux pièces (Désobéir de Julie Berès et celle-ci) dont certains effets (les comédiennes se filment avec leurs téléphones portables) et des actions (l’adolescente qui communique via Skype avec un étrange inconnu) sont communs. La suite de la pièce est prévisible et peine à nous convaincre. La gestion du volet « radicalisation » (l’héroïne d’origine turque pense qu’en retrouvant ses origines et le bel inconnu, sa vie prendra un nouveau sens, alors même que sa mère avait elle-même fui son pays d’origine pour rejoindre le Canada au même âge) est assez maladroite.

Reste le plaisir d’observer la force de conviction des trois comédiennes, dont Sarah Laurendeau (la fameuse Antigone), déjà à l’affiche de « L’Avalée des avalées » l’automne dernier aux Déchargeurs.

 

ANTIOCHE

texte Sarah Berthiaume

mise en scène Martin Faucher

distribution Sharon Ibgui, Sarah Laurendeau, Mounia Zahzam

scénographie Max-Otto Fauteux / éclairages Alexandre Pilon-Guay / musique originale Michel F. Côté / costumes Denis Lavoie / maquillage et coiffure Angelo Barsetti / vidéo Pierre Laniel / assistance à la mise en scène Emanuelle Kirouac-Sanche / direction technique Karl-Émile Durand et Francis Vaillancourt-Martin

Jusqu’à ce soir (samedi 25 mai 2019) au Théâtre Paris Villette puis au 11 Gilgamesh Belleville du 5 au 26 juillet  2019 (Avignon Off)

 

 

(une autre histoire)

L’ami qui m’accompagne pour voir cette pièce est quelque peu irrité par le comportement de certains spectateurs lycéens. Je crois que je m’énerve suffisamment en journée, dans le cadre de mon travail qui me permet de payer ma place de théâtre, pour que cela me passe au-dessus.

L’ami me propose de boire un verre après la représentation. Il est tôt (20h30). Pourtant je décline l’invitation. Je préfère retrouver mes pénates, ma machine à laver qui fuit… Je n’ose toquer à la porte de mon voisin du dessous pour lui demander si une quelconque fuite est apparue à son plafond. Je fais réchauffer du gratin de courgettes, je suis seul. La semaine dernière, mon appartement était clinquant. Aujourd’hui…

Ce soir, je regarde Koh Lanta. Oui. Je suis celui qui voue un culte à Angélica Liddell, Marlène Saldana, Tiago Rodrigues et je regarde Koh Lanta. Je l’ai même enregistré, au cas où. Je ne le regarde jamais en direct, car je ne sais jamais quoi faire pendant les réclames. J’ai mon chouchou (Cyril… qui est l’ami d’enfance d’une amie infiltrée…), je peste contre le comportement infantile de certains candidats (Mohamed et Nicolas), je m’excite tout seul sur mon divan devant la mauvaise foi ou la lacheté, j’applaudis, je crie « HAHA » quand Cyril sort son collier d’immunité lors du conseil, laissant ses adversaires bouche bée devant ce retournement de situation.

L’émission se termine. Je fais quoi déjà, la semaine prochaine ? J’ai rendez-vous avec mon ex. Je programme l’émission de vendredi prochain, puis je découvre que le programme du prochain Festival d’Automne est déjà disponible. Je note dans mon agenda… Rimini Protokoll, Tiago Rodrigues, Jonathan Capdevielle, Clotilde Hesme, Gisèle Vienne, Boris Charmatz…

De Koh Lanta à Mette Ingvartsen, il n’y a qu’un pas.

 

vu le vendredi 24 mai 2019 au Théâtre Paris Villette

Prix de ma place : 9€ (Pass TPV)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

En Réalités (Alice Vannier / Pierre Bourdieu / Théâtre de la Cité Internationale)

(de quoi ça parle en vrai)

« Pourquoi les gens font ce qu’ils font ? Comment la société, les institutions, les médias déterminent-t-ils nos comportements et notre vision du monde ? Comment l’individu existe-t-il au milieu de ces déterminations sociales si puissantes ? Ces questions qui se posaient dans les années 1990, années de naissances des six comédien·nes au plateau, semblent être toujours aussi actuelles. Comment s’en emparer au mieux et se confronter à nos réalités sinon en essayant de comprendre l’état du monde dans lequel nous sommes arrivés ? « (source : ici)

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Crédits photos : Cie Courir à la Catastrophe

(ceci n’est pas une critique, mais…)

L’appréhension s’empare toujours de moi lorsque je lis qu’un spectacle est inspiré de travaux d’un grand philosophe ou sociologue, ici un ouvrage collectif dirigé par Pierre Bourdieu que je n’ai jamais officiellement lu, hormis des citations ou des extraits ici et là. Cependant, vous ne devez avoir aucun crainte, tout se passera bien.

« En réalités » présente deux réalités : celle d’un groupe de sociologues qui s’activent à la finalisation d’un ouvrage et celle des entretiens présents dans celui-ci. La deuxième réalité est la plus frappante. Elle montre des êtres en souffrance, qui tentent avec leurs mots d’en rendre compte. Ce qui séduit, c’est la sobriété de l’entreprise. Ici, presqu’aucun effet : on prend le temps d’énoncer, donc pour le spectateur d’entendre, de comprendre, de mettre en perspective. Même si j’aurais tendance à dire qu’il y a un petit quart d’heure de trop, il est heureux de voir que la parole de l’individu est respectée, pour que l’on se fasse une idée la plus juste possible de cette réalité.

Le choix d’adapter cette étude qui date des années 90 n’est pas anodine : on y parle d’harcèlement sexuel, moral, de solitude, de la tentation de l’extrême droite, de la pauvreté que nous croisons aux coins de nos rues… Et force est de constater que cela fait cruellement écho à notre quotidien. A la veille des prochaines élections européeenes, rien n’a changé. Je rectifie, la situation s’est aggravée, à tous les niveaux.

Les jeunes acteurs jouent à la fois les sociologues et les témoins (acteurs) de cette misère avec une aisance exemplaire (une étoile en plus pour Anna Bouguereau, à la voix affirmée et le jeu tout en nuances).

A voir et à suivre…

 

EN RÉALITÉS

D’après « La Misère du monde » écrit sous la direction de P. Bourdieu

Mise en scène : Alice Vannier

Avec Anna Bouguereau, Margaux Grilleau, Adrien Guiraud, Hector Manuel, Sacha Ribeiro, Judith Zins

Scénographie: Camille Davy – Lumières: Clément Soumy – Son: Manon Amor – Assistante à la mise en scène: Marie Menechi – Adaptation: Marie Menechi et Alice Vannier

Production: Courir à la Catastrophe

Ce dimanche 19 mai à 15h au Théâtre de la Cité Internationale (Paris) dans le cadre du Festival JT19, puis du 25 au 27 mai au Théâtre Dijon Bourgogne (Théâtre en mai), le 21 juin au Théâtre des Célestins à Lyon et du 5 au 24 juillet (jours impairs) au Théâtre du Train Bleu (Avignon Off)

 

(une autre histoire)

C’est drôle de voir ce genre de spectacles qui parle de la misère humaine, alors que juste avant d’entrer dans le théâtre, j’ai fait semblant de ne pas la voir, de ne pas l’entendre.

Désormais je me balade toujours avec mes écouteurs dans les oreilles. Il ne faut pas perdre de temps. Donc je rattrape certains podcasts (en ce moment « Première et dernière fois » par Lucille Bellan et « Lumières dans la ville » par Edouard Baer) ou bien je réécoute certains albums que j’avais délaissés (présentement « The Forgotten Arm » d’Aimee Mann et « Foreplay » du duo éphémère My Girlfriend is better than yours.

Je m’isole, je suis dans ma bulle. Je m’aperçois même que ça m’handicape quand je sors du métro, quand je me retrouve ballotté par les gens qui se déplacent plus vite que moi.

A l’entrée de la Cité Universitaire Internationale (où se trouve le théâtre), quelqu’un m’interpelle : « S’il vous plait, Monsieur ! » Je l’ai entendu, mais je ne réponds pas.

La vérité, c’est que je dis que je suis dans ma bulle, mais je vois tout, je suis aux aguets. Avant de traverser la rue, je l’avais vu qui faisait les cent pas, qui accostait les passants. C’est une question de timing.

« S’il vous plaît, Monsieur ! (un temps) Monsieur ! (un temps) HEEEEEEEEEEEEY ! »

Je ne me suis pas retourné. J’ai des écouteurs, je ne t’entends pas, nos regards ne se sont pas croisés, tu n’existes pas.

 

Vu le samedi 18 mai 2019 au Théâtre de la Cité Internationale (Paris)

Prix de ma place : invitation Télérama

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Cataract Valley (Jane Bowles / Marie Rémond / Ateliers Berthier)

(quand on ne lit pas la bible)

Cataract Valley ? Six seniors sont en convalescence dans la Vallée de la Mort après une intervention chirurgicale de la cataracte ?

(de quoi ça parle en vrai)

« Pourquoi Harriet manipule-t-elle les sentiments de Beryl, “serveuse blonde et courtaude au regard têtu” ? Pourquoi sa jeune sœur, Sadie, vient-elle lui rendre une visite inopinée ? À Camp Cataract, mi-camp de vacances mi-sanatorium, la folie n’est jamais très loin… » (source : ici)

simon gosselin
Crédits photos : Simon Gosselin

(ceci n’est pas une critique, mais…)

En entrant dans la petite salle des Ateliers Berthier, nous sommes saisis par le parfum des pins, du sol mouillé. Bienvenue en forêt. La pluie, les chutes d’une cascade seront également de la partie, nous serons soufflés par… le souffle causé par la chute de la pluie et des chutes de l’eau de la cascade… Je m’égare et pas que dans la forêt. Je pense être victime d’une malédiction : tous les spectacles qui se passent dans une forêt me tombent des bras : Au bois et surtout Opéraporno de triste mémoire.

Tout ça pour dire que « Cataract Valley » est un objet théâtral qui ne se laisse pas apprivoiser facilement. Oui, un objet peut être apprivoisé, je l’ai décidé. Pour être clair, je ne suis pas entré dans cette atmosphère champêtre et mystérieuse qui avance masqué. Je suis resté à la lisière de l’ennui. On rencontre un Indien qui n’en est pas un, une soeur qui ne veut pas que sa famille s’incruste dans son refuge… Alors oui, comme il est indiqué dans la note d’intention, on perçoit l’impressionnisme de la mise en scène, le fameux « trompe-l’oeil », mais bon… (« mais bon… » est le meilleur de mes arguments !) Je fus heureusement sauvé par la prestation de Caroline Arrouas qui impressionne par sa fragilité et sa justesse en soeur qui se perd peu à peu.

 

CATARACT VALLEY

d’après Jane Bowles

un projet de Marie Rémond, adaptation et mise en scène Marie Rémond et Thomas Quillardet

avec Caroline Arrouas, Caroline Darchen, Laurent Ménoret, Marie Rémond

traduction Claude-Nathalie Thomas – scénographie Mathieu Lorry-Dupuy – son Aline Loustalot – lumière Michel Le Borgne – costumes Marie La Rocca – assistant à la mise en scène Aurélien Hamard–Padis

Jusqu’au 15 juin 2019 dans la petite salle des Ateliers Berthier – Odéon Théâtre de l’Europe (Paris)

 

(copié collé)

Une fois n’est pas coutume, je ne vous gratifierai pas d’une nouvelle histoire. L’eau tient une part très importante dans cette pièce et je désirais reproduire ici un extrait de « Journal d’un médecin de Niagara Falls, 1879 – 1905 » du Dr Moses Blaine, qui est diablement inspirant :

« Les chutes du Niagara exercent sur une partie de la population, qui atteint peut-être les 40% d’adultes, un effet mystérieux dit hydracropsychique. On a vu cet état morbide miner temporairement jusqu’à la volonté d’hommes actifs et robustes dans la fleur de leur âge, comme s’ils se trouvaient sous le charme d’un hypnotiseur malveillant. Ces individus, attirés par les tumultes en bas des Chutes, peuvent passer de longues minutes à les contempler, comme paralysés. Si on leur parle d’un ton ferme, ils n’entendent pas, si on essaye de les toucher ou de les retenir, ils peuvent vous repousser avec colère. Les yeux de la victime envoûtée sont fixes ou  dilatés. Il existe peut-être une mystérieuse attirance biologique pour la force tonnante de la nature représentée par les Chutes – qualifiées trompeusement par romantisme de « magnifiques », « grandioses », « divines » – de sorte que l’infortunée victime se précipite à sa perte si elle n’en est empêchée. »

 

vu le mercredi 15 mai 2019 à la petite salle des Ateliers Berthier – Odéon Théâtre de l’Europe

Prix de ma place : 14€ (tarif avant-première)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Kreatur (Sasha Waltz / La Villette)

(de quoi ça parle en vrai)

Dans l’environnement sonore créé par le trio Soundwalk Collective, avec les costumes de la styliste Iris van Herpen et les lumières d’Urs Schönebaum, la chorégraphe allemande renoue ici avec quelque chose d’originel. Comment existe-t-on, aujourd’hui, dans cette société sans dessus dessous qu’est devenue la nôtre ? Brinquebalés, arc-boutés, malmenés, insurgés. Entre le pouvoir et la domination, la liberté et le contrôle, la communauté et la solitude, on s’essaye à l’équilibre. Ça blesse, ça vibre, ça cogne, ça échappe, ça insiste. Sans répit, les quatorze danseurs matérialisent ces tensions incessantes, ces déplacements d’un pôle à l’autre, intemporels autant qu’arrimés à notre contexte contemporain. (source : ici)

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(photo de couverture : Walter Bickmann – ci-dessus : Ute & Luna Zscharnt)

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Cette pièce de danse intitulée « Kreatur » a déjà été présentée lors du dernier Festival d’Avignon. Les retours avaient été plutôt frais mais l’envie de découvrir le travail de Sasha Waltz était intacte.

Le premier tableau du spectacle est « de toute beauté ». Nous voyons ces danseurs, toutes et tous torse nu, évoluer à l’intérieur d’une espèce de cocon, s’en extirper, se rencontrer, puis prendre place derrière des sortes de miroirs sans tain flexibles, dans lesquels ils s’enferment, nous donnant l’occasion d’admirer leurs corps diffractés (je ne sais absolument pas si cela veut dire grand chose), grâce également à la magnifique lumière de Urs Schönebaum.

Et c’est après cela que les ennuis commencent, que l’ennui s’empare peu à peu de moi. Je vois un groupe qui se meut, s’arrête et repart de concert. Puis le chef de la meute mène ses semblables qui reproduisent ses gestes. Attends, mais bon sang, c’est bien sûr : j’ai déjà fait cet exercice-là lors d’un atelier de théâtre amateur ! Quelque chose se brise dans ma perception de cette pièce. Les interprètes se mettent à parler : « La vie est fantastique, pourquoi on se la complique ? ». Non, les paroles c’est : « Le plastique, c’est fantastique ! » (jamais je n’aurais pensé citer le groupe Elmer Food Beat ici et je l’ai pourtant fait !).

Dans le dernier tableau, nous entendons « Je t’aime moi non plus », la chanson de Gainsbourg et Birkin. Les danseurs s’entremêlent, y a une poutre en bois qui s’imbrique dans ces corps… Je trouve cela daté et même ridicule.

Je trouve cela surtout dommage quand je repense à l’exceptionnel tableau introductif.

 

KREATUR

Direction, chorégraphie Sasha Waltz

Costumes Iris van Herpen – Musique Soundwalk Collective – Lumières Urs Schönebaum – Directeur de répétition Davide Di Pretoro Dramaturgie Jochen Sandig

Danseurs Liza Alpízar Aguilar, Jirí Bartovanec, Davide Camplani, Clémentine Deluy, Peggy Grelat-Dupont, Hwanhee Hwang, Annapaola Leso, Nicola Mascia, Thusnelda Mercy, Virgis Puodziunas, Zaratiana Randrianantenaina, Yael Schnell, Corey Scott-Gilbert, Claudia de Serpa Soares

 

(une autre histoire)

Sasha Waltz est allemande. Premier point commun, j’ai du sang allemand. Lorrain pour être plus précis, mais à un moment ou à un autre, ce sang était quand même allemand. Pis, j’ai fait Allemand LV1. Je ne le répète jamais assez.

Sasha Waltz est née à Karlsruhe. Avec ma classe de seconde, nous avions passé une journée à Karlsruhe. Les coïncidences parfois… Le matin, nous étions au lycée, le midi nous mangions des pates (allez savoir pourquoi ça m’a marqué) avec du Spezi. Le Spezi, c’est un mélange de Coca et de soda à l’orange. J’adore ! L’après-midi nous avions quartier libre. Je me baladais en chantant lalala avec un de mes amis, puis nous nous perdîmes. Les églises se ressemblaient toutes, nous faillîmes nous faire écraser par une bicyclette folle qui ne semblait pas comprendre que nous étions égarés sur cette immense piste cyclable : « Mais c’est où pour les piétons, c’est là où c’est clair ou là où c’est foncé ? ». Nous demandâmes notre chemin à un parfait inconnu : « Die Jugendherberge, bitte ? Wir sind verloren ! » Ce gentil monsieur nous proposa de nous ramener en voiture.

Notez que nous n’avons absolument pas pensé une seule seconde au pire. Cela dit, peut-être s’est-il passé quelque chose dans cette voiture, que mon inconscient a totalement occulté. Peut-être que tout cela n’existe pas, que tout ce que j’ai vu, tout ce que je raconte, tout ce que j’ai vécu, c’est dans ma tête. Que les mots que j’écris ici sont en fait sur les murs d’une cave allemande et que ça fait bien longtemps que j’ai dévoré et digéré mon acolyte…

 

vu le vendredi 19 avril 2019 à la Grande Halle de la Villette

prix de ma place : 12€ (tarif personnel Villette obtenu grâce à une amie)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Le Voyage de G. Mastorna (Fellini / Rémond / Comédie Française)

(de quoi ça parle en vrai)

« Un projet qu’il disait être le plus important de sa vie et que lui-même a rendu mythique. Au sommet de sa gloire, alors qu’il vient de tourner Huit et demi et Juliette des esprits, il s’engage dans ce « thriller métaphysique ». Il y a de la Divine Comédie de Dante dans l’odyssée de Giuseppe Mastorna, violoncelliste de renommée internationale qui, victime d’un accident d’avion, se retrouve dans une sorte de ville-limbes, un au-delà baroque et cauchemardesque. Ne parvenant pas à prouver son identité, « il a perdu le sens le plus authentique de la vie », explique Federico Fellini qui soumet son « double » à une série d’épreuves kafkaïennes. » (source : ici)

LE VOYAGE DE G. MASTORNA -
Photo : Vincent PONTET

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Fellini est à la mode : Avant l’exposition qui lui est consacré à la Cinémathèque, voici donc la seconde incursion de Marie Rémond à la Comédie Française avec ce spectacle inspiré de la mésaventure Mastorna ou le film qu’on ne verra jamais tounée par le Maître.

Je ne suis pas un habitué du Français. J’y ai seulement vu le très classique et réussi Avare avec Denis Podalydès ou les mises en scènes de Ivo van Hove et de Christiane Jatahy. Je fus dont très heureux de me retrouver au premier rang, dans ce dispositif bi-frontal. Les acteurs y sont aussi obligés de jouer de dos, au plus près des spectateurs. Et ces acteurs-là sont tous sensationnels, Serge Bagdassarian en tête (et Georgia Scalliet aussi que j’avais pu admirer dans « Après la répétition » d’après Bergman par le tg STAN). C’est aussi et surtout la joie de retrouver une metteure en scène que j’admire : Marie Rémond. A la manière d’un Dorian Rossel (metteur en scène suisse que je vous invite à découvrir, si ce n’est déjà fait), elle adapte des matériaux non théâtraux (biographie, film, roman…) pour en faire des objets toujours savoureux. Après André Agassi, Barbara Loden et Bob Dylan (déjà à la Comédie Française), elle propose cet épisode de la vie artistique et personnelle de Fellini, entre répétitions de tournage, crise existentielle, qu’on pourrait rapprocher du Lost in la Mancha qui contait le tournage avorté de Don Quichotte par Terry Gilliam. Avant de mourir d’une overdose de name dropping, je dirai également que la pièce n’aurait pu être qu’anecdotique si elle ne s’était contenté que de scènes montrant Mastroianni (Laurent Lafitte) mangeant des pates ou cet acteur (Nicolas Lormeau) qui donne sa réplique toujours trop tôt ou trop tard. Mais Marie Rémond et ses collègues Thomas Quillardet et Aurélien Hamard-Padis ont réussi, à mon sens, à instiller ce sentiment de doute dans la vie d’un artiste, où la réalité se mélange à la fiction (ou l’inverse).

Alors pour chercher la petite bête, on pourrait dire que la pièce souffre de longueurs dans sa deuxième partie, aussi, peut-être pour montrer que Fellini était un génie inégalable. 

 

LE VOYAGE DE G. MASTORNA

avec Alain Lenglet, Serge Bagdassarian, Nicolas Lormeau, Georgia Scalliet, Jeremy Lopez, Jennifer Decker, Laurent Lafitte, Yoann Gasiorowski

D’après Federico Fellini

Mise en scène : Marie Rémond

Traduction : Françoise Pieri – Adaptation : Marie Rémond, Thomas Quillardet et Aurélien Hamard-Padis – Scénographie : Alban Ho Van – Costumes : Marie La Rocca – Lumière : Jérémie Papin – Son : Dominique Bataille – Film : Avril Tembouret – Maquillage et coiffure : Cécile Kretschmar – Collaboration artistique : Thomas Quillardet

Jusqu’au 5 mai 2019 au Vieux Colombier – Comédie Française, Paris.

 

(une autre histoire)

Je me souviens… Il faudrait que je démarre toutes mes chroniques par cette locution. Je devrais peut-être même écrire un livre avec mes souvenirs : « Je me souviens ci, je me souviens ça… » Je suis sûr que ça pourrait marcher.

Donc… Je me souviens avoir entendu la musique de la Strada sans savoir que c’était  de Nino Rota (et donc un film de Fellini). Je me souviens dans le Péril Jeune du personnage de Tomasi qui ne descendait pas du panneau de basket et qui criait « Voglio una donna », parce qu’il avait vu Amarcord la veille à la télé. D’ailleurs moi aussi. Je vous laisse choisir ce que moi aussi.

Il y a quelques années, j’avais vu une expo qui lui était consacré au Jeu de Paume. Je m’étais dit que je (re)verrais bien ses films dans la foulée, ce que je n’ai pas fait. Pourquoi ?

Je rêve d’avoir la vie douce… Non, je ne ferai pas la compilation des titres de ses films.

Moi aussi, j’ai un projet avorté. Deux. Trois ? Officiellement deux. Le troisième est en cours. J’ai ça en commun avec l’éléphante, une longue gestation.

De quoi pourrais-je encore parler ici ?

De l’expérience du strapontin qui saute dès que le voisin repositionne son séant ?

Je vais vous raconter une histoire… Non, j’ai déjà fait ça. Depuis ce matin, je tente de ne pas me répéter.

 

Vu le dimanche 7 avril 2019 au Vieux Colombier – Comédie Française

prix de ma place : 24€ (strapontin)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

La Légende de Bornéo (L’Avantage du Doute / Théâtre de l’Atelier)

(quand on ne lit pas la bible)

La Légende de Bornéo ? Je ne vais pas me lancer, je ne sais déjà pas où se trouve Bornéo… Pis, je ne vais pas faire semblant de ne pas savoir de quoi il retourne, vu que j’ai vu la Grande Traversée du collectif l’an passé et le film de Judith Davis « Tout ce qu’il me reste de la révolution » !

(de quoi ça parle en vrai)

« Il y a une légende à Bornéo qui dit que les orangs outans savent parler mais qu’ils ne le disent pas pour ne pas avoir à travailler. » (source : ici)

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Ici point de singe, mais des comédiennes et des comédiens qui interrogent notre rapport au travail, du sens que cela peut avoir et surtout comment ce travail peut influer sur notre vie, sur nos rapports à l’autre, sur notre famille ou sur notre couple. (Je dis « notre », mais c’est un terme générique, parce que, personnellement, je ne suis présentement pas en couple. J’ai déjà du mal à me supporter moi-même…)

C’est une pièce qui s’articule autour de cinq moments, de cinq tableaux, qui n’ont pas forcément de lien entre eux, on ne sait pas trop quand ça commence, ni quand ça finit. Mais sous des allures un peu foutraques, le collectif sait très bien où il veut en venir, on rit, mais on ne peut s’empêcher à un moment ou à un autre d’avoir un peu froid dans le dos. On y aborde tout de même le burn-out, le regard de l’autre quand on se risque à ne plus être dans les normes sociales… On est souvent sur le fil. Ce qui fait aussi froid dans le dos, c’est de savoir que la pièce a été créée au Théâtre de la Bastille il y a sept ans et que rien ne semble avoir changé, bien au contraire.

C’est une pièce finement écrite, il y a une générosité, une sincérité qui transparaissent très clairement de la part des cinq acteurs. Il y a des moments agités, certes, où ça fuse, mais aussi des moments où on prend le temps de raconter une histoire. On laisse respirer les flottements (je ne sais absolument pas si ce que je viens de dire veut dire quelque chose).

J’ai beaucoup d’affection pour les personnes qui composent le collectif, en particulier Judith Davis et Claire Dumas, que j’ai pu cotoyer de longues heures l’an passé durant leur Occupation du Théâtre de la Bastille. Et je tenais vraiment à écrire ces quelques mots (une semaine après avoir vu la pièce) pour un spectacle qui compte. Un spectacle utile.

(cette chronique a été dans les grandes lignes lue lors du dernier enregistrement de Radio Mortimer #20)

 

LA LÉGENDE DE BORNÉO

par le Collectif L’Avantage du Doute

Avec Simon Bakhouche, Mélanie Bestel, Judith Davis, Claire Dumas, Nadir Legrand

(photos : Pierre Grosbois)

Jusqu’au 5 mai 2019 au Théâtre de l’Atelier, Paris puis au Théâtre des Carmes pendant le Festival Off d’Avignon.

 

 

(d’autres histoires)

Serait-ce le moment de parler de mon travail, moi qui, dans la fausse vie (vous connaissez la suite… ou lisez Fernando Pessoa, nom de Dieu !), suis fonctionnaire. Il n’ y a pas longtemps, mon supérieur hiérarchique a évoqué lors d’une réunion que nous autres, fonctionnaires, étions là pour fonctionner. Le gros mot est dit. Je vais recevoir un blâme pour en avoir parlé ? Licencie-moi si tu l’oses. Cap ou cap ?

Gagner sa vie. Il n’y aurait pas d’autres moyens de gagner sa vie ? Avons-nous eu le choix d’être en vie, alors pourquoi la gagner ? Vous avez quatre heures, toute sortie est définitive.

Si t’avais vraiment eu le choix, t’aurais fait quoi ? Je souris.

Je réponds désormais : Je ne sais pas. Mais je sais qu’il y a presque quatorze ans, quand on m’a donné mon affectation, au lieu d’aller à droite, je serais allé à gauche et ne serais plus jamais revenu.

*****

En job d’été, j’ai travaillé à la banque, un mois. Au Conseil général, un mois. A la Poste, 3 étés et 2 Noël. Me lever à 4h30 du matin l’été m’allait bien. Il faisait frais, je m’offrais toujours un Coca Vanille à la pause de 10h, je piquais le Télé 7 Jours d’une personne décédée dont l’abonnement n’avait pas encore été interrompu, j’étais l’as du tri : ville / département / pays / étranger / non timbré. Je soupesais les lettres et savais si le timbre correspondait au poids. Je jouais au basket avec les colis. J’étais insouciant.

*****

J’ai vu cette pièce du collectif l’Avantage du Doute le 7 avril. Le 14, je vois le Voyage de G. Mastorna par Marie Rémond à la Comédie Française, qui parle notamment des affres de la création (un film que n’aura jamais réalisé Federico Fellini) et du doute. J’aime trouver des liens.

*****

Le 14 septembre 2019, je vais fêter mes quinze ans de travail d’adulte. Et par la même occasion, mes quinze ans de vie parisienne. Tu es cordialement invité.e. à fêter cela ce jour-là. 

 

vu le dimanche 7 avril 2019 au Théâtre de l’Atelier, Paris

Prix de ma place : 25€ (cat.2)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Stan dans « Quelque chose en nous de Vinci (La Nouvelle Seine)

(quand on ne lit pas la bible)

Stan ? Mince ! Mon collectif adoré le tg STAN s’est séparé ?

(de quoi ça parle en vrai)

« Une chaise et un chapeau comme unique décor, Stan entre en scène en dansant sur un air de Michael Jackson pour emmener le public dans ses propres univers. (…) De la Joconde à la Vénus de Milo, de « l’homme enceint » au rappeur gentil, il met l’humour de manière subtile au service de la poésie de Rimbaud ou d’Edmond Rostand, avec une interprétation rappelant celle de Raymond Devos et la verve de Fabrice Luchini… » Isabelle Antoine Rey, LA PROVENCE (source : ici)

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photo de couverture : Sophie Carotenuto

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Pourquoi suis-je allé voir ce spectacle, ce « one man show » ? Parce qu’on m’en avait dit du bien (notamment une très vieille amie qui connait le jeune homme), parce qu’il a travaillé avec une metteure en scène dont je me languis de revoir le travail (Elsa Granat, bientôt au Théâtre du Train Bleu au Festival Off d’Avignon cet été), parce qu’il vient de Marseille (solidarité Planète Mars).

Alors même que le spectacle souffre peut-être de longueurs dans sa deuxième partie (je ne suis pas un afficionado du genre, il faut dire), on ne peux que souligner la qualité de l’écriture, fine et intelligente (entendre « pas intello »). Parce que Christophe Carotenuto, de son vrai nom, a des lettres, nous en fait profiter, sans que cela soit pesant ou abscons. Il nous parle de sa vie, de certains personnages qu’il a croisés, de sa passion pour le théâtre, les arts, les mots, de sa difficulté en tant qu’acteur à faire son trou. Et comme il le dit dans son spectacle, on ne sait pas trop dans quelle case on peut le mettre. Faut-il tout mettre dans des cases ? Disons qu’on est entre le seul en scène et le one man show. Ce qui veut dire la même chose, j’en conviens, mais n’a pas la même « connotation ». Stan ne cherche pas le rire toutes les dix secondes. On est amusé, interessé. On rit aussi, quand même, heureusement. On voit qu’il a de nombreuses cordes à son arc, le Christophe Carotenuto sait jouer et écrire (et danser) et ne va pas « baisser le charisme » de sitôt.

Ce spectacle recommandé et recommandable, qui a déjà pas mal tourné, est à guetter près de chez vous.

 

STAN – On a tous quelque chose de Vinci

De et par Stan

Co-mise en scène: Elsa Granat

À la Nouvelle Seine, Paris, les 28 mai et 18 juin

 

(d’autres histoires)

Deux fois cette semaine, ce soir et vendredi prochain avec Ivo van Hove, que j’entends ce prénom (oui, je vois dans l’avenir… ou j’écris mes chroniques dans le désordre). Je ne citerai pas ce prénom. J’ai peur qu’il me hante durant ces prochaines nuits noires et solitaires, alors que j’ai tant besoin de repos. Mentalement, je fais la liste, que dis-je le catalogue, des prénoms que je ne donnerai jamais à mes enfants. Les prénoms des personnes bêtes, des anciennes petites amies, des élèves qui t’ont mis hors de toi… Il ne reste pas grand chose, j’en conviens.

*****

Faudra m’expliquer comment je peux avoir le mal de mer sur une péniche à quai sur la Seine, alors que j’ai déjà passé 48h sur un bateau entre le Danemark et l’Islande sans souffrir d’une quelconque nausée.

*****

A la sortie, je suis évidemment en train de consulter mon téléphone, quand une personne m’aborde et me demande : « Tu as une feuille à rouler ? » Je ne me suis pas dit : « Oh purée, je vais me faire agresser ou pire subtiliser mon portable dont l’obsolescence est apparemment programmée pour dans douze jours, aux vues des caprices de ma batterie ! ». Non, je me suis dit : « On me tutoie, vous avez entendu ? On m’a tutoyé ! J’ai rasé ma longue barbe et pile après on me tutoie ! »

Evidemment on m’a piqué mon téléphone plus trop intelligent, mais c’était pas bien grave : on m’a tutoyé !

 

vu le mardi 2 avril 2019 à la Nouvelle Seine, Paris

prix de ma place : 5€ (tarif WeClap)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

The Hidden Force (Couperus / Ivo van Hove / La Villette)

(quand on fait semblant de ne pas lire la bible)

The Hidden Force ? Le mystère, c’est qu’il s’agit d’un titre anglais alors que la pièce se joue en néerlandais… De stille Kracht…

(de quoi ça parle en vrai)

Fin du XIXe siècle. Indes orientales néerlandaises. Île de Java. Otto van Oudijck est un gouverneur dévoué et compétent, apprécié, croit-il, des siens et des locaux, si investi dans sa mission qu’il en devient aveugle aux besoins de ses proches. La Force des ténèbres est le formidable roman de sa déchéance. À sa culture rationnelle, logique, bureaucratique d’occidental s’opposent les phénomènes occultes, le mystère, la superstition, qui orchestreront sa perte. (source : ici)

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Crédits photos : Jan Versweyveld

(ceci n’est pas une critique, mais…)

L’ultra-prolifique Ivo van Hove adapte et met en scène un texte d’un auteur néerlandais, Louis Couperus, inconnu de moi-même. Coupons court au suspense, il m’a laissé sur le bord du chemin. Alors que je fus plus qu’enthousiaste à la vision de ses adaptations shakespeariennes, je ne parvins pas à entrer dans cette histoire familiale et coloniale.

Le prestigieux metteur en scène, adulé de New York à Paris, sait toujours aussi bien composer des images fortes (la mousson, la tempête, en vrai sur le plateau… une pensée pour les spectateurs du premier rang) avec une composition musicale interprétée en direct (une pensée à ce piano qui prend l’eau) Et pourtant, malgré une interprétation irréprochable, la pièce ne m’a fait ressentir qu’un ennui poli. Elle n’est pas parvenue à me toucher. La mousson m’a tenu à distance. (je cherche une nouvelle phrase pour dire exactement la même chose, mais n’y parviens pas, désolé)

Ps : Les acteurs passent pratiquement deux heures sous la flotte, sans un toussotement. Je voudrais  bien qu’on me communique l’adresse de leur médecin.

 

THE HIDDEN FORCE

Texte Louis Couperus

Mise en scène Ivo van Hove

Adaptation, dramaturgie Peter van Kraaij – Scénographie, lumières Jan Versweyveld – Musique Harry De Wit – Costumes An D’Huys – Chorégraphie Koen Augustijnen – Assistant metteur en scène Gilles Groot – Directeur associé Wouter Van Ransbeek

Avec Bart Bijnens, Mingus Dagelet, Jip van Den Dool, Barry Emond, Eva Heijnen, Halina Reijn, Maria Kraakman, Chris Nietvelt, Massimo Pesik, Dewi Reijs, Michael Schnörr, Gijs Scholten van Aschat, Leon Voorberg

Jusqu’au 11 avril 2019 à la Grande Halle de la Villette, Paris (en collaboration avec le Théâtre de la Ville)

 

(une autre histoire)

(mercredi après-midi) On ne peut pas dire que je sois… C’est quoi le mot quand on se croit tout le temps malade… Y a même eu un film de Dany Boon là-dessus… Hypocondriaque. Je serais plutôt dans le déni. Je sais que je ne suis pas sain, mais je ne vais pas pour autant chez le médecin. Oh ! Ça rime ! Depuis peu, je cours et pour une prochaine course caritative je dois fournir un certificat médical. Mon médecin se souvient de mon visage. Elle me demande de deviner depuis combien de temps je ne suis pas venu. Cinq ans. Je m’en souviens, parce qu’il y a cinq ans, je lui avais demandé un arrêt maladie. Cinq ans que je ne me suis pas arrêté, obsèques d’un.e proche non compris ?

Comme je suis pour l’optimisation du temps et des ressources, je lui demande de voir si tout va bien et le reste aussi, tant qu’à faire. Je lui parle de mon rhume du moment et de la toux qui s’en vient et qui revient, mais qui ne s’en va jamais. C’est nerveux, je crois bien. Ou la pollution.

(jeudi matin) L’infirmière chope du premier coup ma veine. Mais deux jours après, j’ai encore un hématome. Je suis prêt pour Trainspotting 3.

(jeudi après-midi) Je lis les résultats d’analyse. Elles ne sont pas bonnes. Je consulte, crétin que je suis, Doctissimo : Je suis une bombe à retardement. Mes six étages me seront fatals, un jour ou l’autre. Je couve un infarctus, une fracture du myocarde. Je déprime. Comme je n’arrive pas à mentir, quand on me demande si ça va, je pleure.

(vendredi) J’ai très mal dormi. Déjà qu’avec le boulot que je fais, je frôle tous les jours l’AVC, je ne sais plus quoi faire. Mon médecin lit les analyses.

« Ah, j’aurais peut-être dû vous dire d’attendre que votre rhume passe, cela a quelque peu faussé vos analyses sanguines. À part ça, tout va bien. »

(vendredi soir) C’est le coeur léger que je me rends à la Grande Halle de la Villette où je dis bonjour à deux collègues blogueuses et une collègue tout court qui sera surprise de me voir le rang devant elle.

Moi : « Finalement, je ne vais pas mourir.

Elle :  Mais si, voyons. Nous mourrons tous.

Moi : Je sais, je sais, mais pas moi. Moi, je suis immortel. »

 

Vu le samedi 5 avril 2019 à la Grande Halle de la Villette

Prix de ma place : 12€ (tarif spécial personnel de la Villette, grâce à une amie)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Radio Mortimer #20

Et voici donc venu le temps de ma deuxième intervention au podcast théâtre Radio Mortimer, une émission faite par des passionné.e.s de théâtre.

Au programme du soir :

Chanson douce de Pauline Bayle à la Comédie-Française (à partir d’1 min 37 s, avec Hélène – Le 4e Mur et Iris – Miniepoussine)

La Trilogie de la vengeance de Simon Stone au Théâtre de l’Odéon – Ateliers Berthier (à partir de 9 min 19s, avec Christine – Théâtre Côté Coeur, Claire – Apartés, Thibaud – Titikatiam)

– Coup de coeur pour Ça ira (1) – Fin de Louis de Joël Pommerat au Théâtre de la Porte St-Martin (à partir de 22 min 03s, par Christine – Théâtre Côté Coeur)

Le Pays lointain de Clément Hervieu-Léger au Théâtre de l’Odéon (à partir de 24 min 36 s, avec Claire – Apartés, Hélène – Le 4e Mur, Bénédicte – La Nouvelle Claque)

– Coup de coeur pour Bells and Spells de Victoria-Thierrée Chaplin au Théâtre de l’Atelier (à partir de 35 min 40 s, par Yann – Le Galopin)

Le Direktor d’Oskar Gomez Mata au Théâtre de la Bastille (à partir de 37 min 37s, avec Hélène – Le 4e Mur et moi-même)

Coups de coeur pour An Irish Story – Une Histoire Irlandaise de Kelly Rivière au Théâtre de Belleville (à partir de 43 min 10 s) et La Légende de Bornéo par le collectif L’Avantage du Doute au Théâtre de l’Atelier (à partir de 45 min 22 s) (par moi-même)

Le Fils de Marine Bachelot Nguyen au Théâtre du Rond-Point (à partir de 47 min 50 s, avec Iris – Miniepoussine et Véro – Théâtrelle)

Un grand merci à toute l’équipe et aussi à Melina – Théâtrices pour ses ciseaux et la présentation et à la prochaine !