Kanata (Robert Lepage / Théâtre du Soleil)

(de quoi ça parle en vrai)

« C’est la première fois, en cinquante-quatre ans de son histoire, qu’Ariane Mnouchkine confie la troupe du Théâtre du Soleil à un metteur en scène invité – le Canadien Robert Lepage. La pièce imaginée par ce dernier assemble les fragments d’une vaste épopée retraçant deux-cents ans d’histoire de son pays — « kanata » est le mot iroquoien, signifant « village », qui a donné son nom au Canada — et scelle la rencontre, par comédiens interposés, entre deux géants de la mise en scène qui sont avant tout deux humanistes, convaincus que l’artiste doit être le témoin de son temps. » (source : ici)

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photos de répétition ©Michèle Laurent

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Exercice assez compliqué que de parler de ce spectacle sans avoir en tête la polémique qui naquit cet été (je résume à l’extrême : une pièce sur les autochtones sans acteurs autochtones).

J’imagine Robert Lepage et Ariane Mnouchkine se grattant la tête : « Bon on fait quoi maintenant ? »

La pièce s’appelle Kanata – Episode 1 : La Controverse. Je me pose la question suivante : Pourquoi ?

(je pense tout haut)

Le spectacle a le cul entre deux chaises (c’est vulgaire, je sais). J’ai peut-être eu un problème de perception, mais je n’ai pas eu l’impression que l’accent était mis sur la population autochtone. On assiste à ce fait divers sordide où des dizaines de jeunes femmes (en majorités autochtones) sont sauvagement assassinées, on apprend l’existence de la rue Hastings à Vancouver peuplée de miséreux et de toxicomanes, mais ce n’est qu’à la fin du spectacle (pendant une séance de taï-chi… WTF ?) qu’on nous fera un cours magistral sur les Anglais, les Indes, l’opium, les autochtones, le Canada. (résumé de mauvaise foi qui ne dit pas grand chose, j’en conviens)

Effectivement il y a deux scènes furtives en début de spectacle, avec un enfant enlevé, des arbres décimés, mais ce n’est finalement pas grand chose pour un spectacle s’appelant Kanata. Quel formidable sujet aurait pu être l’assimilation de tous ces enfants, de leur adoption (allez écouter les chansons d’Elisapie, qui sait de quoi elle parle), les conditions de vie des membres des premières nations dans les réserves. Ici c’est tiède, c’est superficiel et ça passe à côté de son sujet (comme certaines de mes chroniques).

Ensuite était-ce bien nécessaire d’ajouter cette dernière demie-heure sur cette peintre française à qui on reproche de peindre des visages d’autochtones disparues sans en avoir demandé l’autorisation (la fameuse controverse de l’appropriation, clin d’oeil au feuilleton franco-canadien de cet été).

Je parais très critique car ma déception est très grande : j’admire le Théâtre du Soleil et les mises en scène de Robert Lepage (on apprécie encore l’engagement des comédiens, on admire la virtuosité d’une scène de rêve). Je ne vais pas entrer dans la polémique car je ne connais sûrement pas tous les tenants et les aboutissants (Ils n’auraient vraiment pas pu intégrer des comédiens autochtones dans la distribution ? Il me semble pourtant que le Théâtre du Soleil accueille des nouveaux pour chaque création, non ?) Certes, il y a les investisseurs, il y a Robert Lepage qui doit avoir x projets en cours, il y a le Festival d’Automne, mais fut un temps où le Théâtre du Soleil osait repousser les dates de création parce qu’ils n’étaient tout simplement pas prêts. Pourquoi pas ici ?

 

KANATA, ÉPISODE 1 : LA CONTROVERSE

Mise en scène, Robert Lepage

Avec les comédiens du Théâtre du Soleil

Dramaturgie Michel Nadeau – Direction artistique Steve Blanchet – Scénographie et accessoires Ariane Sauvé…

Jusqu’au 17 février 2019 au Théâtre du Soleil (la Cartoucherie, Paris) en partenariat avec le Festival d’Automne à Paris et prochainement au Printemps des Comédiens (Montpellier)

 

(une autre histoire)

La première fois que je suis allé au Québec, c’était à Québec même, il y a presque quatorze ans. J’étais mince (c’est faux), je ne portais pas la barbe (mais j’avais déjà la flemme de me raser), j’avais pris le train à 2h du matin à la gare de Rivière du Loup pour me retrouver au fin fond de la Gaspésie, croiser la route d’un fan parisien de Bruce Springsteen qui jouait de la guitare dans une salle de répétition à vingt mètres de chez moi (et qui est devenu un ami que je fréquente toujours) et entendre cette réplique mythique : « En Gaspésie, j’ai pas vu de phoques et j’ai même pas fucké ! » (que d’histoires à raconter à mes petits-enfants que je n’aurai sûrement pas…).

Au bout de trois jours de vie trépidante québécoise, je croise un homme un peu basané. Ne vous offusquez pas trop vite, je m’explique : c’était la première fois que je rencontrais une personne de couleur dans la ville de Québec, intramuros (parce qu’il y a des remparts à Québec, parce que les Anglais, les Français, je me suis endormi à ce moment-là de l’exposé et j’ai tout mélangé). Montréal, ce n’est pas du tout pareil, je précise.

A l’extérieur de la capitale se trouve Wendake. C’est une réserve autochtone. Je m’imaginais les tipis, les flèches et les attrape-rêves, mais non, c’est une vraie petite ville. Avec des attrape-rêves. Et à Wendake, y a un endroit où on mange comme les autochetones, ça s’appelle Sagamité (je ne mentionne pas du tout ce restaurant pour qu’ils m’invitent l’été prochain, car ma soeur a emménagé non loin de la maison d’enfance de Robert Lepage et je vais revenir à Québec, faut suivre, je sais). On y mange surtout de la viande. Du bison, du wapiti, de la biche, du cerf. Alors ils coupent des petits morceaux et c’est servi sur une espèce de potence et ils font flamber le tout. Rien que pour ça, je retarde encore ma conversion au végétarisme et j’arrêterai mon histoire ici, j’ai déjà perdu la moitié de mon lectorat. Vive le Québec libre !

 

vu le dimanche 13 janvier 2019 au Théâtre du Soleil

prix de ma place : 30€ (abonnement Festival d’Automne)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

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Les Idoles (Christophe Honoré / Odéon Théâtre de l’Europe)

(de quoi ça parle en vrai)

« (…) En rendant hommage à ses six Idoles – Collard, Daney, Demy, Guibert, Koltès, Lagarce –, à travers six manières singulières d’affronter le désir et la mort en face, Honoré revient aux “jours sinistres et terrifiants” de sa jeunesse. “Un spectacle pour répondre à la question: Comment danse-t-on après?” » (source : ici)

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© Jean-Louis Fernandez

(ceci n’est pas une critique, mais…)

J’attendais avec impatience la nouvelle pièce de Christophe Honoré. Parce que, à une exception près, j’aime son cinéma et que j’avais énormément apprécié « Fin de l’Histoire » (où j’ai découvert la divine Marlène Saldana) et « Nouveau Roman » dont la mécanique est ici reprise : des acteurs qui jouent des personnalités de la vie artistique, une recherche documentaire qui les implique dans le processus de création…

C’est dans un décor (toujours imposant) de station de métro à la St Michel (c’est mon interprétation) que Christophe Honoré rend hommage à ces hommes qui furent ses idoles, qui l’ont en quelque sorte façonné. Il est aussi, je ne dirai pas étonnant mais, beau de voir à quel point il peut faire confiance en ses acteurs : Marina Foïs dont on a l’impression qu’elle joue toujours de la même façon (cet air détaché, une diction et un rythme qui respirent – je sais, ça ne veut rien dire), pourtant ça fonctionne à en devenir bouleversant, Marlène Saldana (dont je ne peux m’empêcher d’admirer l’énergie, l’audace et la finesse) qui emporte tout sur son passage, Jean-Charles Clichet qui apparait tour à tour fragile et drôle (ou les deux à la fois)…

L’ensemble est à ravir. C’est généreux. On rit, on est ému. Christophe Honoré parvient à trouver l’équilibre. On se retrouve dans ces années 80/90 pendant lesquelles j’étais bien trop jeune pour apprécier (ce n’est peut-être pas le bon mot) ce que pouvaient être ces années SIDA. Un spectacle essentiel et mémorable.

On connait déjà la fin puisqu’ils sont déjà tous morts. D’ailleurs le début pourrait être la fin, ça se terminerait comme dans un film de Jacques Demy, on y danserait comme les danseurs de Dominique Bagouet, sur une musique des Doors mais ça ne se terminerait jamais…

« When the music’s over, turn out the lights… »

 

LES IDOLES

de Christophe Honoré

avec Youssouf Abi-Ayad, Harrison Arévalo, Jean-Charles Clichet, Marina Foïs, Julien Honoré, Marlène Saldana et Teddy Bogaert

scénographie Alban Ho Van – dramaturgie Timothée Picard – lumière Dominique Bruguière ) costumes Maxime Rappaz – collaboration à la mise en scène Teddy Bogaert

Jusqu’au 2 février 2019 à l’Odéon Théâtre de l’Europe – Paris (mais c’est complet !), les 6 et 7 février à la Comédie de Caen et les 14 et 15 février à Montbéliard

 

(d’autres histoires)

Serge Daney, je l’ai découvert grâce à Nicolas Bouchaud dans « La loi du marcheur ». Je n’avais aucune idée de comment il était mort, mais je m’en fichais un peu. Serge Daney, un autre passeur, comme Christophe Honoré.

Jean-Luc Lagarce, Bernard Marie Koltès, je les ai connus parce que quand on s’intéresse au théâtre, ils sont incontournables. J’avais joué une scène de « Quai Ouest », une année. Une histoire de ne pas se débarbouiller, si je me souviens bien. Et il faut absolument lire les éditoriaux de Lagarce pour le théâtre du Granit de Belfort.

Cyril Collard, j’avais treize ans quand j’ai vu Les Nuits Fauves au cinéma. Je n’avais pas aimé. Je n’avais pas compris. Mais j’avais découvert Romane Bohringer.

Jacques Demy… Je n’ai jamais été biberonné à Peau d’Âne, ai découvert sur le tard les Demoiselles de Rochefort. Je connais plus les chansons de Michel Legrand que son cinéma.

Hervé Guibert, ben je ne l’ai jamais lu. Je ne savais même pas qu’il était lié à Michel Foucault que, lui, je connais malgré mon 6 en philo au bac (le corps utopique, les hétérotopies…). Mais je le lirai, oui.

*****

Si je me retrouvais nez à nez avec Marlène Saldana, je lui dirais quoi ? Nous avons le même âge, elle est ce qu’elle est, je suis ce que je suis. Je n’ai surtout plus l’âge de passer pour un fan. A vingt ans, ça peut être attendrissant, à quarante, ça peut paraître étrange, pour ne pas dire malsain.

« J’aime ce que vous faites, ce que vous êtes. »

Je lui dirai… Je sais… Je lui dirai :

« Vous disiez dans la pièce, je veux dire, vous faites dire à Jacques Demy : « Ah non pas l’accent marseillais, j’ai tourné « Trois places pour le 26 » à Marseille et personne n’avait d’accent ». Je suis né à Marseille, j’y ai passé les vingt-cinq premières années de ma vie et pourtant je n’ai pas l’accent. Ou à peine. Voilà, c’est tout. »

 

vu le mercredi 9 janvier 2019 à l’Odéon Théâtre de l’Europe, Paris

prix de ma place : 20€ (cat 1 – avant-première)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Deux mille dix-huit

SPECTACLE VIVANT

Une année record (j’avais déjà dit cela l’an passé, mais j’ai de nouveau battu mon record, c’est moi qui ai la plus longue, pour une fois). Alors même que cette année j’ai travaillé à plein temps (pour le pire et le moins pire), je sais déjà que j’en ferai beaucoup moins en 2019, j’ai vu mes limites, tant physiques qu’inspirationnelles, si je puis dire. (ça aussi, je l’ai déjà écrit l’an passé, mais à moins qu’on me paye pour écrire, je verrai réellement beaucoup moins de spectacles l’an prochain). Pour être plus sérieux, j’ai la fâcheuse impression que d’en voir beaucoup me blase un tantinet…

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Bibliothèque du Théâtre de Gennevilliers

139 spectacles (71 il y a 2 ans, 101 l’an passé) à Paris, Montreuil, Bobigny, Nanterre, Gennevilliers, Aubervilliers, Saint-Denis, Boulogne-Billancourt, Saint-Ouen, mais aussi Avignon, Bussang, Bruxelles, Londres et Lausanne, dans 66 lieux avec des artistes français, belges, anglais, néerlandais, italiens, portugais, canadiens, danois, suisses, brésiliens, grecs, polonais, allemands, israëliens, russes… parfois (souvent) dans le texte. Du théâtre, des chevaux, des images, du son, de la musique, des marionnettes, des objets, du théâtre documentaire, de la danse, du cirque, du seul en scène, du one wo.man show, des écoles de théâtre, des gens tous nus, des performances, du jeune public, des professionnels, des « amateurs » et même des pièces dans le privé…

Trois spectacles vus une 2e fois (« Iliade » par Pauline Bayle, « Bovary » et « Sopro » de Tiago Rodrigues) ou une 3e fois (« By Heart » de Tiago Rodrigues, toujours lui)

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Ça ne se passe jamais comme prévu de Tiago Rodrigues avec les élèves de la Manufacture au Théâtre de l’Aquarium

J’ai vu cinq spectacles du tg STAN (« Quoi Maintenant », « Infidèles », « Atelier », « Après la répétition », « Quartett »), quatre de Tiago Rodrigues (+ « Ça ne se passe jamais comme prévu ») (#TeamTiago), quatre de Julien Gosselin (« 1993 » et sa trilogie Don DeLillo), quatre de Gwenaël Morin (sa tétralogie « Molière de Vitez »), trois de Marc Lainé (« La fusillade sur une plage d’Allemagne », « Hunter », « La Chambre désaccordée »), deux du Collectif L’Avantage du Doute (« Grande Traversée », « La Caverne ») (le film de Judith Davis « Tout ce qu’il me reste de la révolution » sort début février, soit dit en passant), deux de Pauline Bayle (« Iliade » et « Odyssée »), deux avec Laetitia Dosch (« La Maladie de la Mort » de Katie Mitchell et « Hate »), deux avec Emilie Incerti Formentini (« Au bois » et « Love me tender »), deux avec Grégoire Monsaingeon (« Bovary » et « Ovni(s) »), deux de Lisbeth Gruwez (« We’re pretty fuckin’ far from ok », « The Sea Within »), etc.

Par souci de transparence, je tiens à mentionner que j’ai bénéficié de 43 invitations  (dont 19 dans le cadre du Festival Off d’Avignon) grâce à ce blog ou dans le cadre de  mes contributions au Blog de Nestor (blog sur l’actualité culturelle montreuilloise). J’ai donc payé 96 fois ma place…

À part ça de grands souvenirs avec (dans le désordre) :

  • France Fantôme de Tiphaine Raffier au TGP St-Denis
  • B. Traven de Frédéric Sonntag au Nouveau Théâtre de Montreuil
  • The Encounter de Simon McBurney à l’Odéon Théâtre de l’Europe
  • Tragédies Romaines de Ivo Van Hove à Chaillot (je ne l’ai pas chronique, vous rendez-vous compte ?!?)
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Tragédies romaines d’Ivo Van Hove à Chaillot

Et dans les (plus ou moins) bons souvenirs :

  • le bataillon 30 hyper dissipé aux Tanneurs pour le « By Heart » de Tiago Rodrigues.
  • ma crampe à la cuisse droite durant la trilogie Don DeLillo aux Ateliers Berthier.
  • le site magnifique du Théâtre du Peuple à Bussang.
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Théâtre du Peuple, Bussang
  • mon extinction de voix à cause de Laetitia Dosch (ou plutôt à cause de ma persévérance à ne pas vouloir acheter de parapluie)
  • mon accréditation pour le Off d’Avignon.
  • la découverte du Barbican à Londres (clin d’oeil à Camellia Burows)
  • tomber amoureux d’une bonne dizaine de comédiennes/danseuses (en vrai, j’ai préféré ne pas compter pour ne pas me faire du mal) (clin d’oeil à Laurent, je te laisse Laetitia, mais j’ai vu Lisbeth avant toi, je te ferai remarquer !)
  • ces moments « je vais aux toilettes ou je n’y vais pas » pendant les spectacles de Gosselin ou Van Hove.
  • ma gêne lors de ma rencontre avec une comédienne qui avait lu ma chronique mitigée d’une pièce dans laquelle elle avait joué (longue phrase bien lourde).

 

CONCERTS

16 soirées concerts (soit moitié moins que l’an passé) mais avec 27 artistes ou groupes.

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Parce que je fais parfois régisseur son…

TOP 5

 

EXPOS

La découverte (enfin) des Rencontres Photographiques d’Arles, les polaroïds de Wim Wenders à Londres, mon initiation à l’architecture…

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La Cité Radieuse par le Corbusier sur la Planète Mars

 

CINÉMA

Moitié moins de films cette année (35 au 26 décembre 2018), la faute au théâtre et aux chroniques à écrire, à la flemme. Huit films sont tout de même parvenus à se détacher : 

  • Leto de Kirill Serebrennikov
  • Shéhérazade de Jean-Bernard Marlin (#TeamLycéeMichelet)

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  • Amanda de Mikael Hers
  • Climax de Gaspar Noé
  • Woman at War de Benedikt Erlingsson
  • Au Poste de Quentin Dupieux
  • Phantom Thread de Paul Thomas Anderson
  • Ready Player One de Steven Spielberg

 

SÉRIES

J’ai vu énormément (trop ?) de saisons cette année : 50 si j’ai bien compté

TOP 5

  • l’intégrale de Six Feet Under (enfin !) : qui m’a totalement dévasté, je pèse mes mots.
  • la saison 2 de The Good Fight : série trop méconnue, légèrement anti-Trump.
  • la saison 1 de Kidding (+ S1 : I’m dying up here) : Jim Carrey. Voilà.
  • la saison 1 de Counterpart : Espionnage et monde parallèle…
  • la saison 1 de The First : Sean Penn, Mars… Elle prend son temps.

 

LIVRES

TOP 5

  • la découverte FabCaro avec « Zaï  Zaï Zaï Zaï »et son roman « Le Discours » auquel je me suis pas mal reconnu (c’était même assez troublant à certains endroits) :

 

« Je ne suis pas comme vous, je vous emmerde, j’ai trop de problèmes dans ma vie pour faire la chenille, j’ai lu « Le livre de l’intranquillité » de Pessoa, vous imaginez quelqu’un qui a lu « Le livre de l’intranquillité » de Pessoa faire la chenille ? »

 

  • l’Arabe du Futur 4 de Riad Sattouf
  • Vernon Subutex 3 de Virginie Despentes
  • Le Lambeau de Philippe Lançon

 

CÔTÉ BLOG 

5 articles pas par moi : de grands remerciements encore et toujours à Cyril Bivalski et Laurent Suavet. La porte reste toujours ouverte pour vous (et pour d’autres aussi, soyons fous !)

130 articles écrits par moi…

Top 10 fréquentation (au 26 décembre) :

Le blog va plutôt bien, merci de demander. 

 

SUR LE PLAN PERSONNEL

Sans rentrer dans les détails… J’ai donc écrit de nombreux articles pour ce blog (130), quelques articles pour le Blog de Nestor (19 peut-être). J’ai collaboré à Radio Mortimer (et fait la connaissance de personnes très très intéressantes). J’ai (enfin) terminé d’écrire ma deuxième pièce que j’espère pouvoir monter d’une façon ou d’une autre en 2019, participé au labo social (fantôme) mené par le collectif « L’Avantage du Doute » lors de l’Occupation Bastille 2 (dans le théâtre du même nom), joué à deux reprises dans la salle du haut du théâtre de la Bastille en compagnie de mes amis Les Infilitré.e.s (et dit un de mes textes, tout seul devant le public)… Je crois que j’ai beaucoup écrit cette année… (et je ne suis absolument pas épuisé, mais ça c’est l’âge)

 

Et prochainement en 2019… Les Infiltré.e.s saison 2 au théâtre de la Bastille les 9 et 10 mai… « Dedans ma tête », le seul en scène écrit et interprété par moi-même… Des chroniques made in Québec…

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photo : Marc Woog – Compagnie Mimesis

 

Textes et photos (sauf mention contraire) : Axel Ito

Fracassés (Kate Tempest / Gabriel Dufay / La Villette)

(de quoi ça parle en vrai)

« Il y a dix ans, Tony est mort. Ted, Danny et Charlotte se retrouvent pour ce triste anniversaire, alors qu’ils tâchent, péniblement, d’entrer dans l’âge adulte. La mélancolie de leurs années d’excès se ravive ; drogue, alcool, sexe, ils ont tout fait, joyeusement, complètement, intensément. Maintenant ils sombrent, s’engloutissent, survivent à peine dans leurs vies étriquées, dans la violence du vide, dans ce Londres qui les a tant galvanisés et qui désormais les dévore. Alors, ils décident que ça ne peut plus durer. Première pièce de la talentueuse slameuse et poétesse anglaise Kate Tempest, Fracassés tient de la tragédie antique autant que du morceau de rap. Gabriel Dufay en fait une adaptation théâtrale, chorégraphique, musicale, électrique. Parce qu’il faut, par tous les moyens, à corps perdus, re-poétiser le monde et y trouver une place. » (source : ici)

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Crédits photos : Vladimir Vatsev

(ceci n’est pas une critique, mais…)

En assistant à la représentation de « Fracassés », je me suis retrouvé vingt ans en arrière, quand j’allais au cinéma voir Trainspotting (adapté du roman d’Irvine Welsh) ou Human Traffic, en version originale, des films qui dépeignaient les quotidiens de jeunes gens de la classe moyenne au Royaume Uni. Des gars et des filles qui attendaient le weekend pour s’amuser, oublier leur vie utile, à coups de musique, de drogue et d’alcool.

Ici les trois jeunes sont à peine plus âgés, embourbés dans leur travail (quand ils en ont un), leurs souvenirs de jeunesse, leurs rêves échoués au milieu de nulle part. Et vingt ans plus tard, rien de nouveau sous le soleil.

J’avais pris une place pour cette pièce car je voulais découvrir les mots de Kate Tempest, dont j’entends beaucoup parler depuis quelque temps. Cette pièce n’était peut-être pas la bonne porte d’entrée sur son oeuvre. La faute à une traduction simpliste, à une mise en scène qui laisse un goût de déjà-vu (de la fumée, ces moments de lâcher prise sur une musique techno, de la vidéo illustrative).

En revanche, on ne peut que saluer le talent des trois comédiens, Clément Bresson en tête (que j’avais découvert dans les pièces de Marie Rémond), qui y mettent tout leur coeur.

Quant à Kate Tempest, on se résoudra à la découvrir en chair et en os, sur scène très bientôt au Point Ephémère.

 

FRACASSÉS

De Kate Tempest

Mise en scène Gabriel Dufay (Compagnie Incandescence)

Avec Clément Bresson, Gabriel Dufay, Claire Sermonne

Texte français Gabriel Dufay, Oona Spengler
Collaboration artistique Christine-Laure Hirsig – Scénographie Pierre Nouvel – Costumes : Gwladys Duthil – Vidéo : Pierre Nouvel et Vladimir Vatsev – Son Bernard Vallery Lumières Sébastien Marc – Régie video / son, montage images Jérémy Oury – Regard chorégraphique Corinne Barbara – Stagiaire mise en scène : Salomé Blaise

du 4 au 17 janvier 2019 à Lyon / les 13 et 14 mars 2019 à Châlons-sur-Marne / le 7 mai 2019 à Cergy.

 

(une autre histoire)

Je bois présentement une bière Camden Hells et écoute Ziggy Pop. Je veux être sous influence pour écrire cette autre histoire. Pour tout te dire, je suis à poil, là, maintenant. Littéralement. Je bouge mon popotin au son du « Lust for Life » remixé par The Prodigy. J’aime bien faire du name dropping. De toute façon, personne ne lit mes chroniques entièrement, donc je peux raconter tout ce qui me chante.

Je prends ma canette et en fais un micro. Je prends ma voix de fausset : « Lust for liiiiife ! »

A Noël, j’offre toujours à ma famille la bière de Noël. Je ne sais pas d’où je sors cette tradition. En face de moi sont posées les trois bouteilles en verre, elle me font de l’oeil. Je me taperais bien les trois. Je suis un petit foufou. On est en milieu de semaine, mes lessives sont faites, ma valise est déjà prête alors que je ne pars que samedi matin (mon code est le 6969, c’est moi qui ai le paillasson Willkommen).

Je me recentre. Je disais quoi. Je suis en roue libre. Alors même que j’ai résilié mon abonnement vélib’.

J’aurais presque envie de me mettre tout nu. Ah mince, c’est déjà fait. Faudrait peut-être que je pose un coussin entre mon ordinateur et mes parties intimes.

J’ai envie de danser. Je remue mes mains devant mes yeux, ça fait stroboscope, j’ai l’impression de mieux danser comme ça. Je vais faire brûler un truc dans le four, ça fera de la fumée, comme dans la pièce. Dommage que je n’aie pas le machin là, tu sais, quand il y a la fumée, y aurait eu de l’eau qui… comme ça là.

Je n’ai toujours pas terminé de boire ma Camden Hells. Ce matin, au Noël du boulot, j’ai offert deux tablettes de chocolat suisse. Parce que j’étais à Lausanne le weekend dernier pour mon anniversaire. J’ai même pleuré en me baladant tout seul au bord du Lac Léman. Mais de quoi je parle ? Je suis tellement foufou que j’ai emballé les tablettes dans une enveloppe postale et j’ai écrit : « Ceci n’est pas une enveloppe postale. ». Alors que j’ai vraiment utilisé une enveloppe postale, parce que je n’avais pas de papier cadeau à la maison, tu saisis ? Et quand bien même, j’en aurais, je n’ai jamais su empaqueter les cadeaux. J’ai quatre ans d’âge papier cadeau.

Je vais bien.

 

vu le vendredi 14 décembre 2018 à la Villette, Paris

prix de ma place : 8€ (tarif personnel de la Villette… je n’y travaille pas mais j’ai une amie qui me veut du bien)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Saison 1 (Florence Minder / Théâtre de la Bastille)

(quand on ne lit pas la bible)

Saison 1 ? Ah bravo, Netflix va financer la production de pièces de théâtre qui seront vues seulement sur leur site ? Certes, la France entière pourra profiter dans son salon du spectacle vivant jusque-là destiné aux bobos parisiens de mes fesses poilues, mais où va le monde, Madame ? Où va le monde, je pose la question ? Et pourquoi pas le cinéaste Alfonso Cuaron qui signerait le chef d’oeuvre de l’année mais qu’on ne pourrait pas voir sur grand écran ?

(de quoi ça parle en vrai)

« À l’heure où le storytelling est devenu un véritable marché, Saison 1 interroge notre rapport intime et collectif à la fiction. Pour explorer l’influence des récits sur notre perception du réel, Florence Minder joue avec les codes des séries télévisées et entremêle avec virtuosité les différentes strates de la représentation. Empruntant au stand-up, elle compose un personnage à la fois lunaire et cruel. Férocement drôle, son spectacle raconte aussi la trajectoire d’une héroïne qui, pour prendre l’histoire à son compte, tente de s’extraire d’une fiction qui souhaitait plutôt la reléguer au statut de victime. » (Victor Roussel – source : ici)

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© Hubert Amiel

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Quand on ne connait pas, on lit le programme. C’est ce qu’on m’a dit dernièrement. Je vais au théâtre, je regarde des séries, pas besoin de lire. Et bien m’en a pris. Je ne divulgâcherai donc pas les bonnes « surprises » que nous réserve Florence Minder dans cette première saison.

Le départ de ce spectacle est pourtant assez déroutant : l’artiste est seule, assise à son bureau, son ordinateur ouvert devant elle, d’autres éléments du décor sont cachés sous des draps. On se demande : « Mais… c’est ça le spectacle ? Elle va lire tout le temps ? On est bien au théâtre de la Bastille ? »  Ceci n’est pas du stand up, ceci n’est pas une pièce de théâtre, ceci n’est pas une conférence, mais tout à la fois et bien plus encore. Une première saison qui sait se renouveler à chaque épisode (au nombre de trois), qui joue avec les codes de la série (ok, je répète ce qui est écrit dans le programme, mais je suis d’accord, c’est pas ma faute !) (par exemple, le fameux recap qui est presque plus long que l’épisode lui-même) pour encore mieux s’en détacher, notamment lors de la troisième partie.

C’est drôle, intelligent, surprenant, piquant. Florence Minder manie avec précision l’art du cliffhanger et ne peut que nous faire espérer une deuxième saison.

SPOILER ALERT : 

Ses deux acolytes, dans des registres diamétralement opposés, aident Florence Minder à contrer nos attentes, à lancer une nouvelle dynamique. Du burlesque absurde à la poésie.

SAISON 1

Projet écrit et conçu par Florence Minder

Avec Pascal Merighi, Florence Minder et Sophie Sénécaut

Assistant Julien Jaillot Conseillère dramaturgique Manah Depauw Scénographie et création lumières Simon Siegmann Costumes et accessoires Cécile Barraud De Lagerie, Nicole Moris et Pauline Aschoff (stagiaire) Compositions originales et musique live Pierre-Alexandre Lampert Création sonore Guillaume Istace

Jusqu’au 20 décembre 2018 au Théâtre de la Bastille, Paris

 

(une autre histoire)

Pendant longtemps j’ai cru que j’étais le second rôle d’une série. On fait partie d’une bande de potes, mais tout tourne autour d’un seul gars, le premier rôle et le gars c’est pas toi. On n’est pas dans Friends ! Tu as l’impression que tu es seulement là pour jouer les utilités, pour sortir la bonne blague, t’es présent un épisode sur deux. D’ailleurs, une année, j’ai changé de visage et personne ne s’en est aperçu.

Une saison suivante, j’ai pris mes distances, puis j’ai quitté définitivement la série pour jouer dans ma propre série dérivée. Je ne suis pas certain qu’elle soit beaucoup suivie. Elle aurait des accents LouisCKiens. Il est quelque peu en disgrâce dernièrement, mais lui au moins a une Blanche Gardin à ses côtés. Ma série alternerait des épisodes où rien ne se passerait, à la Seinfeld ou contemplatifs tel que… je n’ai pas d’exemple. Une série qui prendrait son temps… Parfois ma série serait complètement drôle et ridicule à la fois (mes histoires sentimentales seraient une source d’inspiration inépuisable).

Parfois je me dis que quelqu’un me regarde. Comme dans « The Truman Show ». Parfois je m’arrête sur le quai du métro et m’aperçois dans les moniteurs de surveillance. Je suis en noir et blanc. Je me vois de dos en train de regarder un gars de dos dans un moniteur de surveillance, dans lequel un gars de dos aurait les yeux rivés sur…

Je regarde un autre que moi.

 

vu le mercredi 12 décembre 2018 au Théâtre de la Bastille, Paris

Prix de ma place : 13€/mois (pass Bastille)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Rain (Rosas / Ictus / La Villette / Festival d’Automne)

(quand on ne lit pas la bible)

Rain ? Si seulement je l’avais vu en novembre, j’aurais pu ironiser sur la chanson de Guns n’Roses, mais hélas non. Et comme la compagnie de Anna Teresa De Keersmaeker s’appelle Rosas, moi je dis, y a pas de hasard !

(de quoi ça parle en vrai)

« Cette pièce phare d’Anne Teresa De Keersmaeker, composée en 2001 sur Music for 18 Musicians de Steve Reich, est peut-être la clé de voûte de toute son oeuvre chorégraphique. La structure de la danse, à la fois imbriquée et adjointe à celle de la musique, agit comme une matrice ; par ses répétitions, ses variations, ses conjugaisons des motifs initiaux, elle génère une vitalité rare, une incandescence persistante et vertigineuse, que les danseurs, dans leur mouvement collectif, ne cessent d’auto-alimenter. Portés par les vagues ondulatoires et obsédantes de la musique, les ressorts formels de cette « danse pure » exercent leur action bien au-delà du plateau. Leur rigueur infaillible distille les sensations, s’immisce dans les gradins, insiste et recommence, jusqu’à l’envoûtement. » (source : ici)

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Crédits photos : Anne Van Aerschot

(ceci n’est pas une critique, car il faut vraiment que je prenne des vacances, hélas, avec celle-ci, j’ai encore 5 chroniques à pondre…)

On voit des danseuses et des danseurs courir en rond. On voit des danseuses et des danseurs à deux doigts de perdre l’équilibre. On voit et on entend surtout dix musiciens et choristes jouer une musique de Steve Reich. Entêtant, hypnotisant. Du mouvement pendant plus d’une heure, les danseurs ne prennent pratiquement aucune pause, les musiciens se relaient au piano, aux cordes ou au xylophone. Une sensation de fluidité. La musique répétitive de Reich mais jamais ennuyeuse se laisse écouter comme un morceau dont on découvrirait de nouvelles choses à chaque écoute.

(Parfois je laisse mon regard s’attarder sur une seule personne pendant de longues minutes, occultant tout le reste. Puis reviens sur le groupe. Ils vont bien ensemble.)

Parce qu’on n’est pas pareil à la fin du spectacle (et c’est un peu la moindre des choses quand on va au spectacle), notre seul souhait est que la pluie tombe sur nous. Et aussi courir.

 

RAIN (rosas / ictus)

Chorégraphie Anne Teresa De Keersmaeker

Dansé par Laura Bachman, Léa Dubois, Anika Edström Kawaji, Zoi Efstathiou, Yuika Hashimoto, Laura Maria Poletti, Soa Ratsifandrihana, Frank Gizycki, Lav Crnčević, Luka Švajda

Musique : Music for 18 Musicians Steve Reich

(dans le cadre du Festival d’Automne à Paris)

 

(une autre histoire)

Dans mes archives musicales, j’ai 109 chansons avec le mot « rain » et autres mots de la même famille, mais seulement 15 morceaux avec le mot français « pluie ». Je n’ose rechercher le nombre de fois où le mot « love » ou « amour » apparait. Ça me déprimerait bien trop. Surtout que la pluie elle-même me met dans un état proche de la larve qui aurait abusé de sucreries. Le gris aussi me fait ça. Revoir certaines personnes également. Alors j’ai dit « stop ». Je me mets au sport, j’arrête de boire, je n’écoute plus de musique triste ou grise. Je me regarde la face dans la glace et je tente de battre le record de souriage. Je pense alors à ma nouvelle dentiste dont j’ai sauvagement décommandé le rendez-vous. Je la rappellerai l’année prochaine, ça sera ma première résolution. Et j’arrêterai de commencer mes phrases par « je ».

(…)

J’aimerais ça, courir en rond, sans m’arrêter, sur une petite distance. J’irais tellement vite que la force centrifusionelle me permettrait de courir à 20° d’angle du sol. Je serais comme Fred Astaire et je courirais sur le tapis bleu du ciel. Parce que parce que je l’ai décidé, le ciel serait toujours bleu. Avec un ou deux petits nuages, pour agrémenter et faire fonctionner la boîte à imaginaire. Avec tout cet entraînement, je pourrais faire comme Michael Jackson dans le clip « Smooth Criminal » et me baisser sans décoller des pieds. Je ne perdrais point l’équilibre. Je ne sais pas bien à quoi ça me servirait, mais ça serait cool…

(…)

Voilà voilà…

 

vu le vendredi 7 décembre 2018 à la Grande Halle de la Villette, Paris

Prix de ma place : 12€ (place prise par une amie qui travaille à la Villette)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Radio Mortimer #17

À part ça, j’ai eu la joie et l’angoisse de participer à Radio Mortimer, dix-septième du nom. C’est une émission (audio) web faite par des passionné.e.s de théâtre comme moi, avec ou sans blog. Et c’est à l’Odéon Théâtre de l’Europe que nous avons eu la chance d’enregistrer ce nouveau numéro (j’allais ajouter quelque chose, mais je ne le ferai pas, je suis le seul à comprendre cela)

Nous avons disserté à propos de « La Locandiera » de Carlo Goldoni sur une mise en scène d’Alain Françon (Comédie Française), « J’ai rencontré Dieu sur Facebook » d’Ahmed Madani (en tournée), « J’abandonne une partie de moi que j’adapte » du Nabla Group sur une mise en scène de Justine Lequette (les 11 et 12 décembre au Théâtre de Gennevilliers), « Joueurs / Mao II / Les Noms » de Don DeLillo adaptés et mis en scène par Julien Gosselin (Ateliers Berthier – Odéon Théâtre de l’Europe) et « La Bible – vaste entreprise de colonisation d’une planète habitable » par Céline Champinot (Théâtre de la Bastille).

Pour ma part, je suis intervenu sur les deux derniers segments (à partir de 32’15) : j’ai bafouillé, hésité, eeeeeeeet…. cherché mes mots et mes idées. Un grand merci à Mélina (Théâtrices) pour ses coups de ciseaux et bien plus encore et évidemment à toute l’équipe de Radio Mortimer présente lors de l’enregistrement pour leur accueil chaleureux : (par ordre alphabétique) : Bénédicte (Nouvelle Claque), Bertrand, Christine (Théâtre Côté Coeur), Hélène, Iris, Thibaut, Suzanne (Mordue de Théâtre), Valérie (R42 Culture Gourmande), Véro (Théâtrelle)

Je ferai mieux la prochaine fois…

Ps : Je n’ai absolument pas été payé pour dire tout cela, j’ai même fait un chèque en sortant de l’enregistrement…

 

Quartett (Heiner Müller / Rosas / tg STAN / Centre Pompidou / Festival d’Automne à Paris)

(de quoi ça parle en vrai)

« Quartett, créé en 1999, est le fruit d’une collaboration entre deux membres de la compagnie de danse Rosas, Anne Teresa De Keersmaeker et Cynthia Loemij, et deux membres du collectif théâtral tg STAN, Jolente De Keersmaeker et Frank Vercruyssen. Le texte éponyme du dramaturge allemand Heiner Müller, inspiré des Liaison dangereuses (1782) de Choderlos de Laclos, s’ouvre sur ces mots : « Un salon d’avant la Révolution française / Un bunker d’après la Troisième Guerre mondiale ». Un homme et une femme traquent et échangent leurs identités dans l’imminence de l’effondrement du monde — peut-être même un peu plus tard. Frank Vercruyssen et Cynthia Loemij se partagent le plateau en un face-à-face qui convoque à la fois la férocité du verbe et la puissance menaçante des gestes. » (source : ici)

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Crédits photos : Herman Sorgeloos

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je rêve d’un portrait l’an prochain consacré au tg STAN, pile pour les trente ans du collectif. En attendant, nous avons eu droit à quatre de leurs spectacles cette année et leur cycle s’achève par une collaboration avec une des artistes mises à l’honneur cette année au Festival d’Automne à Paris : Anna Teresa de Keersmaecker. J’avais déjà eu la chance d’assister, il y a six ans, à « Nusch » d’après Paul Eluard, autre duo entre Franck Vercruyssen du tg STAN et une danseuse de la compagnie Rosas, souvenir émouvant et unique.

Quartett (de Heiner Müller) est une re-création. J’envie les spectateurs qui avaient assisté à la création du spectacle en 1999, avec le même Franck Vercruyssen et la même Cynthia Loemij. Dix-neuf ans ou une éternité. Des corps qui ont changé, un contexte social et politique différent. Qui est le / la dominant(e) ? Qui est le / la dominée ? On retrouve une des marques de fabrique du tg STAN quand les deux artistes échangent leurs rôles (la femme prend la veste de l’homme et la revêtit).

Je ne suis absolument pas un connaisseur des chorégraphies De Keersmaecker, donc je me garderai bien de juger la prestation de Cynthia Loemij, toute en maîtrise (oui, je juge tout de même). Nous voyons Franck Vercruyssen dans un jeu assez différent de celui que nous avons l’habitude de voir. Il est ici très raide, très droit, monocorde. Il joue avec la sonorisation, fait des bruits de bouche, respire, parle dans un souffle.

Mais qu’en ai-je pensé, me direz-vous ? Du bien. Un spectacle qui compte, différent, glaçant, vénéneux.

 

QUARTETT

Concept, Anne Teresa De Keersmaeker, Jolente De Keersmaeker, Cynthia Loemij, Frank Vercruyssen
Texte, Heiner Müller, Quartett
Avec Cynthia Loemij, Frank Vercruyssen
Scénographie et lumières, Herman Sorgeloos, Thomas Walgrave -Costumes, An D’Huys

Production tg STAN ; Rosas

 

(une autre histoire)

Ce soir, j’ai dit bonjour à… une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept personnes que je connaissais. Si numéro six et numéro sept me lisent, je voulais m’excuser, parce que dans le métro, je ne vous ai pas présentées l’une à l’autre. J’avais oublié vos prénoms. Je ne suis pas quelqu’un qui est très prénom prénom. Par exemple, toutes les copines que j’ai pu fréquenter, je les appelais « Chou ». Les personnes avec qui je travaille, je ne peux pas les appeler « Chou ». Alors je ne les appelle pas. Ou bien j’utilise des moyens mnémotechniques assez sophistiquées, je trouve. Par exemple, j’ai une collègue qui ne boit que du Pepsi, elle a du pep’s et elle sent bon, pas comme Pepe le putois, mot qui ressemble à « putain », « fuck » en anglais. Je dis souvent « putain » quand j’ai mal : « Fuck the pain away » chantait Peaches. Les pêches que j’aime melba à l’anis… Mélanie.

(ça se voit que je manque d’inspiration en ce moment ?)

 

vu le mercredi 28 novembre 2018 au Centre Pompidou, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris.

prix de ma place : 12€ (abonnement festival d’automne)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Joueurs – Mao II – Les Noms (Don DeLillo / Julien Gosselin / Odéon Théâtre de l’Europe)

(de quoi ça parle en vrai)

Joueurs (1977) Pammy et Lyle Wynant sont au bord de la rupture quand leur route croise celle d’un groupe de terroristes. Cette rencontre fait basculer leur classique destin de couple moderne. Conciliabules et obsessions sexuelles font bientôt d’eux des « joueurs » aveugles et impuissants, emportés dans une spirale qu’ils ignorent et qui risque pourtant d’engloutir tout un pan de la société américaine…

Mao II (1990) Moon, Khomeiny, Mao – vu par Andy Warhol –, le terrorisme et le fanatisme, un écrivain et son éditeur, une photographe, une téléphage, un archiviste monomane : Mao II prend thèmes et personnages au piège d’une illusion romanesque impitoyable, tel un miroir où la fin du XXe siècle peut se contempler, fascinée et inquiète.

Les Noms (1982) Ils sont Américains. Ils travaillent pour des multinationales qui essaiment dans les régions les plus névralgiques du globe, tandis que monte la menace terroriste des années 1970. L’un de ces nouveaux nomades, entraîné par sa fascination pour une secte criminelle et par sa passion pour la mystique du langage, se livre à une périlleuse enquête, comme une tentative d’explication de l’Amérique. (source : ici)

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Crédits photos : Simon Gosselin

(ceci n’est pas une critique, mais…)

J’aurais dû adorer cette nouvelle expérience proposée par Julien Gosselin et sa bande. « Les Particules élémentaires » furent un vrai choc, les 12h de 2666 passèrent crème. Allez comprendre, je redoutais de passer plus de neuf heures dans un fauteuil devant cette nouvelle production du collectif « Si vous pouviez lécher mon coeur », alors même que je n’avais jamais lu les mots de Don DeLillo.

Je ne remets nullement en cause les thèmes abordés par Gosselin, importants, essentiels. Je comprends ses préoccupations récurrentes : la violence, le monde, son rapport à la littérature… Je pense d’ailleurs ajouter un nouveau livre, écrit par DeLillo, à ma pile. Je suis le premier à lever la main pour défendre l’utilisation de la vidéo quand elle est pertinente. Ici la qualité de l’image est impeccable, l’équipe technique est très douée : ça voltige. Les acteurs qu’on reconnait d’une pièce à l’autre sont tout aussi talentueux et énergiques, notamment Noémie Gantier, Victoria Quesnel et Caroline Mounier du côté des filles et Denis Eyriey du côté des garçons. Frédéric Leidgens, d’une autre génération et d’un autre style de jeu que ses jeunes camarades, tient une place à part dans la pièce, il casse une certaine musique par sa présence et sa diction si particulière mais je n’ai pas toujours eu l’impression que la greffe prenait.

Néanmoins, malgré toutes ces qualités, j’ai éprouvé une frustration, comme une mise à l’écart. Je sais que les acteurs sont là, derrière un voile, une fumée, une cloison, je les vois jouer grâce à la présence de la caméra. Encore une fois, j’entends la volonté de raconter une histoire autrement. Avec cettre trilogie, la vidéo est encore plus présente que pour 2666. Mais ça m’a contrarié, qu’il y ait presque toujours ce filtre, ce quatrième mur. Et encore une fois, c’est assez indéfinissable, car un autre jour j’aurais été très enthousiaste. Peut-être aurais-je dû voir les trois pièces séparément ? Je m’inquiète parce que je me suis plaint de la vidéo en continu, du bruit incessant.

Le samedi 24 novembre 2018, j’avais besoin de calme, de silence.

Je parais très mitigé, pour ne pas dire autre chose. Pourtant le spectacle est là, sérieux, à la hauteur de ses ambitions. Mais je ne fus pas capable.

Alerte Divulgâchage : Et c’est là où je me dis qu’à quinze jours de mon passage à 40 ans, je vire vieux con, mais on avait vraiment besoin que presque tous les acteurs se foutent à poil lors d’une très longue scène ? Même si la transe, tout ça tout ça…

Moment « j’en suis pas fier et tout le monde s’en fiche » : J’ai eu une crampe à la cuisse en plein milieu du marathon. La dernière fois que j’en avais eu une, c’était au mollet et droit et… Non… je ne le raconterai pas, mais j’étais en pleine activité physique…

JOUEURS – MAO II – LES NOMS

avec Rémi Alexandre, Guillaume Bachelé, Adama Diop, Joseph Drouet, Denis Eyriey, Antoine Ferron, Noémie Gantier, Carine Goron, Alexandre Lecroc-Lecerf, Frédéric Leidgens, Caroline Mounier, Victoria Quesnel, Maxence Vandevelde

adaptation et mise en scène Julien Gosselin

traduction Marianne Véron – scénographie Hubert Colas – création musicale Rémi Alexandre, Guillaume Bachelé, Maxence Vandevelde – création lumière Nicolas Joubert – création vidéo Jérémie Bernaert, Pierre Martin – création sonore Julien Feryn – costumes Caroline Tavernier

production Si vous pouviez lécher mon cœur

avec le Festival d’Automne à Paris

jusqu’au 22 décembre 2018 aux Ateliers Berthier – Odéon Théâtre de l’Europe et aussi le 19/01/19 au Bonlieu, Annecy, le 16/02/19 au Théâtre de Saint Quentin en Yvelines, le 16/03/19 au Quartz à Brest et du 23 au 30 mars 2019 au Théâtre National de Bretagne, Rennes

(une autre histoire)

Il n’y aura pas d’autre histoire aujourd’hui. En parallèle, j’ai terminé d’écrire un monologue d’une trentaine de pages. J’estime avoir le droit de ne rien écrire aujourd’hui.

« Et puis, Monsieur, Madame, Mademoiselle,

Sachez qu’en ce moment, je suis bien fatigué,

J’en ai marre, j’en ai marre, j’en ai marre, j’en ai marre,

Et je voudrais bien me reposer.

J’en ai marre d’aligner des paroles et des paroles… »

 

vu le samedi 24 novembre 2018 aux Ateliers Berthier (Odéon Théâtre de l’Europe)

prix de ma place : 48€ (abonnement festival d’Automne)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

La Bible, vaste entreprise de colonisation d’une planète habitable (Céline Champinot / Théâtre de la Bastille)

(de quoi ça parle en vrai)

« S’inspirant très librement de la Bible, elle met en scène cinq jeunes scouts à la sortie du catéchisme, indignées contre le Ciel. À la fois trop haut et trop vide, cet ami traître n’entend plus se soucier de la catastrophe annoncée que nous sommes devenus : des petits colons possesseurs de la nature… » (Elsa Kedadouche – source : ici)

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© Céline Champinot

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Céline Champinot et le groupe LA gALERIE savent occuper un espace. Pour leur précédente pièce, la salle du haut du théâtre de la Bastille avait été repeinte en couleurs vives. Cette fois-ci, nous pénétrons dans un centre omnisports.

Leur nouveau spectacle est dans la lignée de « Vivipares (posthume), brève histoire de l’humanité ». Et les qualités relevées il y a deux ans sont toujours présentes : un quintet d’actrices au diapason et à l’énergie folle (Louise Belmas est « remplacée » par Claire Rappin (jolie découverte) et nous retrouvons avec plaisir le reste du groupe), l’énorme travail vocal autour du texte (on en ressent d’autant plus l’implication du groupe, rien n’est laissé au hasard, tout est orchestré), l’inventivité des décors, l’ingénieuse utilisation des accessoires, des jolis (et drôles) intermèdes musicaux (concoctés par la metteure en scène elle-même, en collaboration avec la pianiste inclassable Eve Risser (qu’on pourra voir le 15 décembre au Nouveau Théâtre de Montreuil)) et l’écriture de Céline Champinot, profonde, poétique et ludique, qui, je trouve, a gagné en puissance.

Malheureusement, on retrouve un défaut déjà présent dans « Vivipares… », un certain trop-plein. Il est difficile de suivre et d’entendre ce texte dans son intégralité, tellement il y a de choses à appréhender et aussi parce qu’il manque parfois de variations dans l’oralité : tout ou presque est au même niveau sonore, à la même vitesse. L’univers du groupe est foisonnant, certes, mais surtout touffu.

Mais l’humour, l’investissement des comédiennes et les mots de Céline Champinot donnent envie de continuer à les suivre dans un prochain épisode…

 

LA BIBLE, VASTE ENTREPRISE DE COLONISATION D’UNE PLANÈTE HABITABLE

Avec Maëva Husband, Élise Marie, Sabine Moindrot, Claire Rappin et Adrienne Winling

Texte et mise en scène Céline Champinot / groupe LA gALERIE

Dramaturgie et chorégraphie Céline Cartillier – Scénographie Émilie Roy – Stagiaire scénographie Héloïse Dravigney – Lumières Claire Gondrexon – Costumes Les Céline – Confection costumes Louise Lafoscade – Musique Céline Champinot et Ève Risser – Régie générale Géraud Breton – Construction Géraud Breton et François Douriaux

Jusqu’au 8 décembre 2018 au Théâtre de la Bastille, Paris

 

(une autre histoire)

Je suis baptisé, j’ai à mon compteur huit ans de catéchisme et je ne me souviens toujours pas de ce que représente la Pentecôte.

Un jour, ma mère m’a dit : « Faut que tu viennes avec moi à l’église pour Vendredi Saint, y a le curé des loubards qui va faire un discours. » J’ai dit ok ! En fait, le père Gilbert n’était point là. Je ne sais plus qui, quelqu’un devait seulement lire un de ses sermons, et on devait marcher dans le village en reproduisant le chemin de croix de JC et ses je ne sais combien de stations, tout en récitant « Notre Père », autant de fois qu’il y a de stations. J’étais le plus jeune, j’étais le plus barbu, qui est-ce qui s’est coltiné la croix en bois sur le dos pendant tout le trajet ? C’est Bibi ! Heureusement que je n’ai rencontré personne que je connaissais. De toute façon, je ne connais personne dans mon village. Les gens ne me reconnaissent jamais.

A Noël, il nous arrive d’aller à la messe. C’est pas à minuit, donc c’est acceptable. L’hostie fait office d’apéritif d’apéritif, quoique quelque peu sec. Je ne fais plus que les mariages, les enterrements et la messe de Noël. Y a un truc que je déteste, c’est quand on doit s’embrasser ou se serrer la main pour donner la paix du Christ. Il fait froid, tout le monde est malade, je ne vous fais pas un dessin. Sans parler de l’hypocrisie sans nom de la manoeuvre.

Je ne mentionnerai pas la fois où le curé colombien nous a absous de tous nos péchés d’un vague signe de croix du bout de l’index. Plus personne ne va à confesse. Tout fout le camp.

Tout comme la fois où le curé, à la fin de la célébration, nous a invités à rejoindre les trains en partance pour la Manif pour tous. C’était d’ailleurs la dernière fois que je mis les pieds dans cette église. Je suis comme ça, moi. Brut de pomme.

 

vu le mercredi 19 novembre 2018 au Théâtre de la Bastille, Paris

Prix de ma place : 13€ / mois (pass Bastille)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

L’Autre Fille (Annie Ernaux / Marianne Basler / J.P. Puymartin / Les Déchargeurs)

(de quoi ça parle en vrai)

« Annie Ernaux adresse une lettre à sa soeur disparue deux ans avant sa naissance, morte à six ans, emportée par la diphtérie. Cette soeur dont elle découvre l’existence passée en entendant les bribes d’une conversation entre une cliente et sa mère dont les paroles “ Elle était plus gentille que celle-là ” se gravent à jamais dans sa mémoire. Elle, l’enfant vivant, dormira dans le lit de la sœur disparue, son cartable deviendra le sien, elle mettra ses pas dans les siens. Au fil de son existence, elle se construit contre elle, entre réel et imaginaire, au gré des objets, des photos, des paroles échappées. » (source : ici)

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Crédits photos : Julien Piffaut

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Un peu plus d’un mois après avoir vu Romane Bohringer prendre à bras le corps un des romans d’Annie Ernaux, c’est au tour de Marianne Basler de s’emparer d’un autre court roman de l’autrice. Les mots ciselés, la parole simple mais directe de l’écrivaine sont un matériel exceptionnel pour toute bonne actrice et Marianne Basler sert à la perfection cette écriture et cette histoire.

On sent l’actrice impliquée : le texte avant tout. La mise en scène est sobre, une petite musique par ici, une voix par là, une porte au loin qui restera fermée pendant pratiquement toute la pièce, rien d’ostentatoire. Car ce texte mérite toute notre écoute, car le jeu de Marianne Basler mérite toute notre attention.

Malgré les petits bruits parasites non-naturels de certains spectateurs qui nous empêchent parfois de rester concentré, mais c’est le lot de toute expérience collective, comme on me l’a fait remarqué dernièrement (je ressens de plus en plus l’incapacité de faire abstraction du téléphone qui vibre, des chuchotements…), on est touché par l’émotion portée par l’interprète.

 

L’AUTRE FILLE

Texte : Annie Ernaux

Mise en scène : Marianne Basler, Jean-Philippe Puymartin

Interprétation : Marianne Basler

Lumières Franck Thévenon – Musique Vincent-Marie Bouvot – Collaboration artistique Elodie Menant

Jusqu’au 1e décembre 2018 aux Déchargeurs, Paris mais également du 24 au 28 avril 2019 aux Bernardines, Marseille

 

(une autre histoire)

J’ai failli ne pas venir parce que j’ai mal aux dents. Donc je dors mal. Donc j’ai fait une micro-sieste avant de partir, mais j’étais tellement bien sous ma couette… C’est parce que j’ai mal aux dents que je deviens sensible à toute perturbation extérieure. Parce que finalement, je suis allé au théâtre.

La représentation d’hier soir… On chuchote, on farfouille dans son sac, on laisse vibrer le téléphone… Parfois j’aimerais entendre le texte dans un casque, qui m’isolerait de toute interférence. On me répond : « En somme, ne pas aller au théâtre ». Je suis désolé mais… Non, je ne suis pas désolé. Si aller au théâtre, c’est se permettre de faire du bruit sans tenir compte des autres spectateurs et des artistes sur scène, je préfère rester chez moi, effectivement.

En fait, ce n’est pas mon mal aux dents qui me fait prendre la mouche. J’étais déjà comme ça avant. Je ne supporte plus les gens. J’ingère les mots de Cioran et de Pessoa depuis trop longtemps. Le gars qui prend tout l’accoudoir, la personne qui se colle à moi dans le métro comme si j’étais invisible, la voiture qui ne s’arrête pas au passage piéton, le jeune qui passe en même temps que moi dans le tourniquet du métro sans me demander mon avis, les gens sur les trottinettes qui ne ralentissent pas sur les trottoirs, celles et ceux qui lisent un mot sur deux.

Mais je suis confiant. Ma voisine ne claque plus sa porte, le matin, quand elle part au travail, tout peut s’arranger. Ah non… En fait, je ne l’entends plus car désormais je pars avant elle pour me rendre au boulot.

 

vu le vendredi 9 novembre 2018 aux Déchargeurs, Paris

prix de ma place : invitation

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Après la répétition (Ingmar Bergman / tg STAN / Théâtre de la Bastille / Festival d’Automne à Paris)

(de quoi ça parle en vrai)

Après la répétition, les langues se délient… Dans ce huis clos fascinant aux dialogues ciselés, le spectateur assiste à la conversation complice, parfois conflictuelle, souvent ambiguë, entre Henrik Vogler, un célèbre metteur en scène, et Anna, sa jeune comédienne fétiche qui joue l’un des premiers rôles dans sa nouvelle pièce, Le Songe d’August Strindberg. Cette pièce, Vogler l’a déjà montée autrefois… mais avec Rakel Egerman, la mère d’Anna, qui jouait alors le même rôle que sa fille aujourd’hui. Cette femme décédée, il l’a aimée. C’était il y a vingt-trois ans, l’âge d’Anna. (Maxime Bodin – source : ici)

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© Dylan Piaser

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je veux lire le texte ! Constater si ce que j’ai entendu a bien été écrit par Bergman ou bien… Encore plus que pour toute autre adaptation du père Ingmar, « Après la répétition » parait être un texte écrit pour le tg STAN. Même rapport au théâtre, même simplicité dans la complexité des sentiments, dans le décalage temporel. (j’ai bien écrit « simplicité dans la complexité…)

Je n’ai rien noté, parce que je ne voulais rien rater du jeu de Franck Vercruyssen, toujours aussi faussement nonchalant et qui peut tout jouer, mais également celui de Georgia Scalliet, qui, à bien des égards, peut irriter (la voix, la minauderie, m’a dit la personne qui m’accompagnait… je balance, c’est pas bien) mais qui m’a séduit et m’a paru toujours juste et envoûtante.

Pour qui connait le tg STAN, on est en terrain connu et conquis, car Franck Vercruyssen est à son meilleur. Tout est maîtrisé, jusqu’au son de la moto pétaradant dans la rue de la Roquette avant qu’il ne prononce le mot « silence ». Il sait également choisir ses partenaires de jeu : après Ruth Vega Fernandez (dans « Scènes de la Vie Conjugale ») et Alma Palacios (dans « Mademoiselle Else »), ce face à face avec Georgia Scalliet est tout aussi savoureux et passionnant à suivre.

Pour qui ne connait pas le tg STAN, la pièce est une formidable porte d’entrée dans leur univers.

Bergman disait à propos de la représentation théâtrale que ce qui importait était : la parole, le comédien, le spectateur. Bergman / tg STAN : Même combat !

Ps : Je dis à mon amie : « Tu vois ce canapé, c’est le même que dans « Infidèles ». Dans la pièce, le personnage de Franck Vercruyssen parle de ces accessoires qu’il réutilise d’une pièce à l’autre.

Pps : Dimanche prochain, j’aurai la chance de participer à un atelier de jeu en compagnie de Franck Vercruyssen… Impatience…

 

APRÈS LA RÉPÉTITION

D’après Après la répétition d’Ingmar Bergman

De et avec Georgia Scalliet de la Comédie-Française et Frank Vercruyssen

Avec la collaboration de Alma Palacios, Ruth Vega Fernandez et Thomas Walgrave Costumes An D’Huys Technique tg STAN

Jusqu’au 14 novembre 2018 au Théâtre de la Bastille en partenariat avec le Festival d’Automne

 

(une autre histoire)

Certains le savent peut-être, je fais du théâtre. Présentement, je participe à un atelier qui a pour nom « Les Infilitré.e.s ». Quand des spectateurs montent sur scène… On travaille sur quatre pièces de la programmation du théâtre de la Bastille, dont « Après la répétition ».

L’autre jour, le metteur en scène nous a demandé d’écrire un texte autour de ce spectacle. On ne l’avait pas encore vu mais il nous a donné le choix entre deux phrases : « Je répète, je répète, mais rien ne vient » et « Cette personne me rappelle mon premier amour ».

Quand j’ai entendu cette dernière phrase, j’ai souri, parce que c’est exactement la phrase qui pourrait résumer la première pièce que j’ai écrite. Parce que j’ai écrit une pièce, il y a quelques années. Je travaille actuellement sur la seconde… c’est très laborieux comme processus. Je peux pondre, pour ne pas dire autre chose, quatre chroniques pour ce blog en un weekend, mais je suis incapable d’écrire quelque chose de personnel… de valable et de personnel en un claquement de doigts. Je veux dire, vraiment personnel. Mais là n’est la question. J’ai toujours été incapable de résumer ma pièce. Je ne sais pas raconter. Tout le monde peut vous le dire. Mais cette phrase « Cette personne me rappelle mon premier amour », c’est précisément ma pièce.

J’ai donc décidé de m’inspirer de la phrase « Je répète, je répète, mais rien ne vient. » Autant vous dire que rien n’est venu. Pourtant, j’avais écrit un mot, puis un deuxième, répété ces mots-là à voix basse, mais… non… rien. J’ai alors écrit d’après la seconde phrase. Et comme je n’ai absolument aucune imagination, j’ai réécrit ma pièce en trois cents mots. En fait, j’ai inventé une nouvelle situation pour parler de la même chose.

Parce que je ne fais que ça, répéter, rabâcher, radoter. Parfois, même, j’oublie que j’ai déjà écrit, tellement je radote. Je radote en disant que je radote.

Ma première pièce s’appelait « Non non non pas d’insectes dans ma tête ». Ma deuxième pièce s’appellera « Dedans ma tête ».

Ceci n’est pas un hasard.

 

vu le dimanche 4 novembre 2018 au Théâtre de la Bastille, Paris

prix de ma place : 13€ / mois (Pass Bastille)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Quasi Niente (Daria Deflorian et Antonio Tagliarini / Théâtre de la Bastille / Festival d’Automne à Paris)

(de quoi ça parle en vrai)

« (…) Daria Deflorian et Antonio Tagliarini s’emparent de l’un des films cultes de Michelangelo Antonioni, Le Désert rouge. Dans celui-ci, Monica Vitti est Giuliana, une femme qui ne parvient plus, dépression ou mélancolie, à entrer en relation avec le monde… » Laure Dautzenberg (source : ici)

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Photos Claudia Pajewski

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je n’ai pas vu le film d’Antonioni. D’ailleurs (et je ne fais pas mentir ma réputation), je ne sais absolument pas de quoi parlent le film, le spectacle et n’ai jamais vu une seule pièce de Daria Morgendorf… Deflorian et Antonio Tagliarini.

Devant nous, cinq acteurs, presque en quête d’auteur. Des personnages qui ne dialoguent pratiquement pas entre eux, mais tous en écoute. Nous aussi, nous les écoutons. Ils se livrent, nous restons attentifs. Cinq individus qui ne respirent pas la joie de vivre, c’est le cas de le dire. Mais il y a toujours une certaine légèreté, quelque chose de suspendu (j’aime bien ce mot). On fait comment pour s’en sortir ? On parle, on chante, on danse, on se défoule, on fait du sport ? On parle, oui.

« Si seulement je pouvais libérer de l’espace en moi, pour écouter les autres. »

Le talent du duo italien est de ne pas nous déprimer. Leur talent est de ne pas nous perdre, malgré une lenteur, malgré l’absence d’histoire, complètement assumées. Ceci n’est pas l’adaptation du film. On cite l’incroyable Monica Vitti, l’actrice du film, mais Monica Piseddu (la dame sur la photo de couverture) est toute aussi fascinante. On est un peu sur un nuage, on ne voit pas le temps passer. Tous les acteurs tiennent leur rôle avec précision et délicatesse, les chansons interprétées par Francesca Cuttica y sont également pour quelque chose.

Il suffit parfois de pas grand chose pour être emporté.

 

QUASI NIENTE

Projet de Daria Deflorian et Antonio Tagliarini

Librement inspiré du film Il deserto rosso (Le Désert rouge) de Michelangelo Antonioni

Avec Francesca Cuttica, Daria Deflorian, Monica Piseddu, Benno Steinegger et Antonio Tagliarini

Collaboration à la dramaturgie et assistanat à la mise en scène Francesco Alberici – Collaboration au projet Francesca Cuttica, Monica Piseddu et Benno Steinegger – Conseiller artistique Attilio Scarpellini – Lumières Gianni Staropoli – Son Leonardo Cabiddu et Francesca Cuttica (WOW) – Costumes Metella Raboni – Direction technique Giulia Pastore

en partenariat avec le Festival d’Automne à Paris

Jusqu’au 28 octobre 2018 au Théâtre de la Bastille, Paris et les 9 et 10/01/19 à la Filature de Mulhouse, les 5 et 6/02/19 à la Comédie de Valence, du 20 au 23/03/19 au Théâtre Garonne à Toulouse…

 

(une autre histoire)

« Je ne suis pas assise au fond du fauteuil. Ma mère était toujours au bord, prête à bondir pour servir ses convives. Je ne reçois personne chez moi. J’ai pris cette habitude-là, parce qu’un professeur de théâtre m’a dit d’être toujours sur le qui-vive. Je suis une femme obéissante. Chez la psy, aussi, je reste sur le bord de la chaise. J’ai toujours pensé que je serais allongée, mais non.

Je lui dis : « Mais je ne suis pas guérie et je ne guérirai jamais. »

Elle me dit : « La séance est terminée. Avez-vous réfléchi ? »

Je lui dis : « Je n’arrête pas de réfléchir. »

Elle me dit : « Vous voulez venir combien de fois ici ? »

Je lui dis : « Une fois par semaine, ça serait bien… »

Je compte mentalement mon argent dans ma tête. Une fois, oui. Si je ne me réabonne pas à mon cours de sport, ça ira.

Elle me dit : « J’avais plutôt pensé deux fois par semaine. »

Je pense : « Je devais prendre la décision. Si elle ne va pas dans mon sens, c’est que je ne vais définitivement pas bien. »

Je ne suis pas retournée chez ma psy. »

 

vu le mardi 23 octobre 2018 au Théâtre de la Bastille

prix de ma place : 13€/mois (pass Bastille)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Une visite au Théâtre Marigny

/REPORTAGE/

La journée du lundi 22 octobre 2018 devra être marquée d’une craie blanche sur une pierre… Je ne sais plus l’expression. Pour la première fois en quatorze ans de vie parisienne, je suis passé devant l’Élysée et j’ai entraperçu Claire Chazal. Définitivement le plus beau jour de ma vie. Mais pourquoi donc cette concordance des événements, me direz-vous ? Grâce à la visite du Théâtre Marigny !

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Marigny, un théâtre ô combien mythique qui, après de longues années de travaux (le nombre de doigts d’une main) rouvrira ses portes le 14 novembre 2018 avec la première de Peau d’Âne, le chef d’oeuvre de Jacques Demy et Michel Legrand enfin transposé sur scène !

Alors que nous pénétrons dans le saint des saints par la porte de derrière (l’entrée des artistes), notre odorat peut appréhender un certain parfum : la peinture fraîche. Les petites mains ont encore trois petites semaines pour fignoler, « finitionner », dépoussiérer… Les loges sont flambant neuves, le hall d’entrée est spacieux (nous n’avons malheureusement pas visité les toilettes), tout est adapté pour que tous les publics (personnes à mobilité réduite incluses) puissent profiter de l’expérience Marigny chapeautée par Jean-Luc Choplin, l’ancien directeur du Théâtre du Châtelet. Nous pourrons même venir en oubliant pour de vrai notre petite pièce à la maison, puisque les ouvreuses et ouvreurs ne seront pas rémunéré.e.s au pourboire et ainsi nous asseoir confortablement dans les fauteuils de la deuxième catégorie qui ont une très bonne visibilité (cela pourrait ressembler à du publi-reportage, mais pour le coup, c’est vraiment confortable et on y voit très bien de la corbeille en deuxième catégorie).

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(magnifique photo, admirez ce grain…)

Après une brève incursion à la Seine Musicale, Jean-Luc Choplin est arrivé assez tardivement dans cette aventure risquée aux vues du coût des travaux (vingt millions d’euros…) et d’un théâtre privé en pleine mutation (rachat des théâtres par des grands groupes financiers… un Monopoly dédié aux théâtres parisiens prochainement ?). Et force est de constater que la programmation, en grande partie, vaut le coup d’oeil, même si, pour être honnête, je ne pense pas vraiment être le coeur de cible (j’y reviendrai peut-être). Choplin a su imposer certaines de ses exigences : conserver la deuxième salle (anciennement Popesco), changer le parquet de la grande salle pour épargner les articulations des danseur.se.s appelé.e.s à le fouler (liste non exhaustive). Fort de son expérience au Châtelet et de son carnet d’adresses fourni, il a su monter une première saison à grande vitesse (arrivée à Marigny en février 2018, début de saison neuf mois plus tard… symbolique, non ?), avec un premier grand coup, l’adaptation du Peau d’Âne du tandem Demy/Legrand.

Je n’ai pas été biberonné aux films de Jacques Demy (même si je me suis rattrapé depuis) et hormis les comédies musicales américaines telles Chantons sous la pluie et West Side Story, ma connaissance en la matière ne joue pas en ma faveur (The Rocky Horror Picture Show et Hedwig the Angry Inch sont les exceptions). Pourtant de ce que nous avons pu voir des décors et des costumes (photos interdites, désolé…), la transposition sur scène paraît être fidèle à l’original filmique.

Je parlais un peu plus haut des films de Stanley Donen et Robert Wise, c’est au théâtre du Châtelet que j’ai pu voir leurs adaptations scéniques (de haut vol). Et qui dirigeait alors le Théâtre du Châtelet ?

A partir du mois de mars le musical « Guys and dolls » prendra le relais dans la grande salle, en attendant la saison 19/20, sur laquelle Choplin et son équipe travaillent déjà… (points de suspension lourds de sens)

En plus de la prestigieuse grande salle (et inscrite au titre des Monuments Historiques) , le Studio Marigny a également droit à sa programmation, plus variée, entre lecture (Frédéric Mitterrand… je vais passer mon tour…), théâtre (Xavier Durringer à l’écriture (un de mes auteurs fétiches de quand j’avais vingt ans), Dominique Pitoiset à la mise en scène avec « A Love Supreme »), spectacle musical (Le Petit Prince adapté par l’artiste Julien Cottereau avec la musique du duo Jatekok… je suis un peu amoureux d’une des deux pianistes… je suis un coeur d’artichaut…), j’en passe… Vous pouvez consulter le site du théâtre qui vous présentera la saison dans son entièreté mieux que moi.

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Petite salle

Pour conclure, on peut dire que le Théâtre Marigny est de toute beauté, grâce aux travaux menés par Clé Millet International en concertation avec les architectes des Bâtiments de France et les conservateurs, avec la collaboration de Wilmotte et Associés (oui, j’ai copié collé, mais c’est un grand clin d’oeil à une certaine amie architecte…) et que nous allons suivre avec attention la suite des aventures !

Remerciements au Théâtre Marigny, plus particulièrement à Thierry Messonnier (contact presse) qui nous a permis de visiter le théâtre alors que tout n’est pas encore tout à fait prêt, à William Luque-Ortiz (responsable billetterie) pour la visite, sa convivialité et ses anecdotes, à la demoiselle qui nous a confié le dossier de presse, à ma mère et mon père sans qui je ne serai pas là aujourd’hui ainsi qu’à mes camarades blogueurs et twittos (c’est vraiment moche comme mots) Théâtrelle, Yann le Galopin, Titikatiam and last but not least R42 qui a organisé cette folle équipée.

Textes et photos : Axel Ito

Ps : Pour information, le théâtre Marigny appartient à la firme Fimalac qui a notamment dans son escarcelle la Salle Pleyel, le Théâtre de la Madeleine et le Théâtre de la Porte St Martin… Fimalac est une société holding dirigée par Marc Ladreit de la Charrière, dont les activités sont très variées, des finances à Allociné en passant par le casino… là où on joue, pas le supermarché, sans oublier la revue « La Revue des deux mondes »)

Pps : Quand j’étais petit, je n’allais pas au théâtre, mais mon père fumait des cigarettes de marque Marigny. Un signe ?

La Guerre des Salamandres (Karel Čapek / Robin Renucci / Maison des Métallos)

(de quoi ça parle en vrai)

« La Guerre des salamandres est une folle épopée (1935) de Karel Čapek – auteur tchèque connu aussi pour être l’inventeur du mot « robot ». À la lisière de Jules Verne et de la science-fiction à la Orwell, le spectacle nous emmène à la rencontre d’étranges créatures aux qualités presque humaines, des salamandres, exploitées par l’Homme dans une économie mondialisée. (…) Avec La Guerre des salamandres, Karel Čapek nous adresse avant l’heure un message écologique, une charge féroce contre la folie humaine d’un progrès sans limites où l’homme est prêt à sacrifier son environnement et son humanité pour son profit et sa mégalomanie. » (source : ici)

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Crédits photos : Jean-Christophe Bardot

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Jusqu’à présent, je n’avais vu ni mise en scène de Robin Renucci ni pièce des Tréteaux de France. J’entendais les critiques flatteuses à propos de cette Guerre des Salamandres. Je savais que c’était l’adaptation d’une pièce tchèque d’un auteur inconnu de moi, qu’il y avait un soupçon d’anticipation, mais je ne savais absolument pas à quoi m’attendre.

Je fus cueilli par cette pièce. Par son charme rétro-futuriste, par son propos très actuel (ma question est la suivante : y aurait pas des répliques ajoutées selon l’actualité ? Genre la phrase sur les journalistes ?), par l’inventivité de la mise en scène, de la scénographie  et par cette troupe. Parlons de cette troupe. Je ne connaissais aucun des acteurs présents sur scène et ils se sont tous révélés exemplaires. On voit qu’ils maîtrisent leur sujet mais on constate surtout l’écoute et le coeur qu’ils y mettent. On ressent de la solidarité entre eux – ce qui devrait être la norme, soit dit en passant – et une envie commune et du plaisir.

La pièce m’a fait penser aux Naufragés du Fol Espoir par le Théâtre du Soleil. On y devine effectivement la filiation avec Jules Verne mais surtout cet esprit de troupe qui nous fait applaudir à tout rompre.

 

LA GUERRE DES SALAMANDRES

texte de Karel Čapek

mise en scène Robin Renucci

adaptation Evelyne Loew, à partir de la précieuse traduction de Claudia Ancelot (1925-1997) parue aux éditions La Baconnière

avec Judith d’Aleazzo, Henri Payet en alternance avec Gilbert Epron, Solenn Goix, Julien Leonelli, Sylvain Méallet, Julien Renon, Chani Sabaty

scénographie Samuel Poncet – objets, accessoires animés Gilbert Epron – lumière Julie-Lola Lanteri-Cravet – images Philippe Montémont et Samuel Poncet – conception son et vidéo Philippe Montémont – costumes et perruques Jean-Bernard Scotto assisté de Cécilia Delestre et Judith Scotto – bruitages Judith Guittier – coach vocal et linguistique Irène Kudela – assistante à la mise en scène Karine Assathiany

production Tréteaux de France – Centre dramatique national

Jusqu’au 28 octobre 2018 à la Maison des Métallos, Paris

 

(une autre histoire)

Alors que je retirai mon invitation…

Elle me dit : « Bonsoir ». Je lui réponds : « Bonsoir ».

Elle me dit : « Vous travaillez avec S. ? ». Je lui réponds : « Euh… non. ».

Elle me dit : « Oh, vous lui ressemblez ! ». Je lui réponds : « Ah ! ».

Je ressemble à celui qui travaille avec S. L’autre jour, ma coiffeuse m’a dit que je ressemblais à J., un autre de ses clients. Mais je ressemble à qui alors ? Est-ce qu’à eux, on leur dit qu’ils me ressemblent, hein ? Il parait qu’on est tous relié, genre six degrés, genre je serre la main à mon beau-frère québécois qui a serré la main à Justin Trudeau qui a serré la main Donald Trump, vous voyez le genre ?

Je comprends mieux maintenant pourquoi tous ces regards dirigés vers moi, comme si les gens me connaissaient. C’est parce que je ressemble à tout le monde ! Voilà ma malédiction. A quatorze ans, comme dans un mauvais remake d’un film de David Lynch, la puberté m’a fait changer de visage, mes proches ne s’en sont aucunement rendus compte, mais toutes les personnes que je croise pensent croiser quelqu’un qu’ils connaissent. Et comme je fais tout le temps la gueule et que, de toute façon, je ne reconnais jamais personne, ces mêmes gens n’osent pratiquement jamais m’aborder, pensent que je les snobe et se foutent en rogne contre mes sosies.

Je ne sais pas si je suis clair.

Ou alors, j’ai plusieurs vies et je ne m’en rends même pas compte. D’où ma fatigue chronique !

Je pense trop, faut que j’arrête.

 

vu le samedi 20 octobre 2018 à la Maison des Métallos, Paris.

prix de ma place : invitation

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

La Chambre Désaccordée (Marc Lainé / Théâtre des Abbesses)

(quand on ne lit pas la bible)

La chambre désaccordée ? Marc Lainé fait d’une chambre d’enfant un gigantesque instrument de musique, dans lequel Léopoldine Hummel et ses comparses, déguisés en notes de musique, y font les quatre cents coups, pour le plus grand déplaisir de nos oreilles ?

(de quoi ça parle en vrai)

« Mettre le monde en musique permet-il d’en amortir le choc ? Dans La Chambre Désaccordée, la musique occupe une place prépondérante dans la relation que l’enfant entretient avec ses parents. Le principal protagoniste, un petit garçon d’une dizaine d’années, pratique le piano tous les jours. Comme il est très doué, ses parents et son professeur décident de lui faire passer un concours. Il ne sait pas s’il a vraiment envie de le passer, mais il s’y prépare pour faire plaisir à ses parents. Souvent, il les entend se disputer – même s’ils prennent soin de s’isoler quand le ton monte. Les cris et les mots recouvrent parfois les notes et l’empêchent de jouer. Plus le jour de l’audition approche, plus le garçon perd ses moyens. Quand éducation rime avec compétition : Marc Lainé sonde le point de vue de l’enfant. » (Maïa Bouteillet – source : ici)

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Crédits photos : Simon Gosselin

(ceci n’est pas une critique, mais…)

En cette année 2018, Marc Lainé est partout : « Hunter » à Chaillot, « Construire un feu » à la Comédie Française et aujourd’hui cette pièce jeune public : « La Chambre Désaccordée » au Théâtre des Abbesses (sans compter ses collaborations en tant que scénographe). Personnellement, je l’avais découvert en 2009 au Rond Point, un peu par hasard (merci à Raphaëlle Boitel que j’avais découverte chez James Thierrée que j’ai découvert grâce à ses parents, que j’avais découvert grâce à Charles C…), avec la pièce (également destinée aux plus jeunes d’entre nous) : « La nuit, un rêve féroce » de Mike Kenny.

Je l’ai déjà écrit pour « Tristesse et joie dans la vie des Girafes », mais rien ne me met plus en joie que quand un acteur interprète le rôle d’un enfant sans chercher à faire l’enfant. Et c’est le cas de François Praud, au jeu juste et subtil, secondé de belle manière, dans les rôles des parents, par la facétieuse Léopoldine Hummel (alias Léopoldine HH, dont j’ai déjà parlé par ici) qui sait également se montrer grave et Loïc Risser, qui joue de manière touchante un père blessé. Ces derniers interprètent également d’autres personnages secondaires, tels la professeure de musique légèrement excentrique ou le jeune voisin passionné de rap. Dommage que ces personnages soient un tantinet caricaturaux mais ceux-ci apportent une respiration loufoque à la pièce qui n’évite pas les moments plus dramatiques.

Les moments musicaux et oniriques sont particulièrement réussis, : quand les parents, à travers les chansons, dévoilent leurs fêlures et leurs désaccords ; quand l’enfant, grâce au piano, tente de faire le vide autour de lui.

Pour terminer, je rectifierai par moi-même, « La Chambre désaccordée » est une pièce pour tous les publics, simple et sensible.

 

LA CHAMBRE DÉSACCORDÉE

TEXTE, MISE EN SCÈNE & SCÉNOGRAPHIE Marc Lainé

CRÉATION MUSICALE François Praud – COLLABORATION ARTISTIQUE Tünde Deak SON Morgan Conan-Guez LUMIÈRES Kevin Briard COSTUMES Marc Lainé & Marie-Cécile Viault

AVEC Léopoldine Hummel, François Praud, Loïc Risser

Jusqu’au 24 octobre 2018 au Théâtre des Abbesses, Paris

 

(une autre histoire)

Y a trop d’enfants dans la salle. Je les vois m’entourer, avec leurs miasmes et leurs étiquettes autour du cou. Ça remue, ça chouine pour un oui ou pour un non : « Il m’a dit « Tais-toi ! » », « J’ai pas fait exprès. », « Mais je lui ai dit « Pardon « ! ». Ça ne sait plus chuchoter. On n’entend qu’eux.

J’admire les professeurs qui ne s’emportent pas, malgré leur patience mise à rude épreuve. Je serais incapable de faire ce qu’ils font. Je suis persuadé que certains gardent les mains dans les poches quand ils passent à côté des élèves insolents.

Quand j’étais petit, notre directeur d’école plaçait ses deux index derrière nos oreilles quand on avait oublié de faire signer nos contrôles. J’avais toujours des bonnes notes, donc je n’en étais pas victime. Il n’empêche, on ne mouftait pas.

Parfois il me plait à rêver… L’enfant derrière moi donne des coups de pieds dans mon fauteuil. Je me lève, me retourne, l’attrape par les couettes (parce que l’enfant a forcément des couettes) et le fais valdinguer le plus loin possible, comme dans « Matilda » de Roald Dahl.

Je crois que ça va se voir que je n’aime pas les enfants. Surtout ceux des autres. Et comme je n’en ai pas…

 

vu le mercredi 17 octobre 2018 au Théâtre des Abbesses, Paris (à 15h)

prix de ma place : 15€

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Francis sauve le monde (Compagnie Victor B. / Centre Wallonie Bruxelles)

(quand on ne lit pas la bible)

Francis sauve le monde ? Pourquoi pas ? On en aurait bien besoin…

(de quoi ça parle en vrai)

« La Compagnie Victor B présente un ovni théâtral complètement décalé, inspiré de la BD « Francis ». Un petit théâtre de marionnettes et de peluches, plein de petites histoires qui en racontent une grande : celle de l’homme et ses travers. » (source : ici)

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(ceci n’est pas une critique, mais…)

Souvent je me demande : Mais comment ont-ils pu imaginer cela ? Ici, ce n’est pas le spectacle en lui-même qui m’interroge, c’est plutôt : comment, à la lecture de la série des « Francis, Blaireau farceur », a-t-on pu imaginer en faire un spectacle ? (une série de capsules animées pour internet, ok, mais un spectacle avec des acteurs ? C’est répétitif (à la base, c’est un comic strip qui démarre toujours par la même image : « Francis se promène dans la campagne. Soudain… »), c’est cru…)

Pourtant, c’est ce qu’a fait la compagnie Victor B., et bien lui en a pris. A l’aide de peluches et de jouets, les trois comédiens nous emmènent dans l’univers chatoyant mais surtout pas politiquement correct de Francis et de ses congénères. Au programme et dans le désordre : fornication, suicide, écologie, famille… Tout y passe, personne n’est épargné. On rit parce que c’est drôle, on rit et on en a un peu honte, on rit parce que c’est vrai : l’Homme est lâche, égoïste, faible… On rit parce qu’on peut se reconnaître.

La pilule passe aussi et surtout parce que la mise en scène est sobre mais inventive et suffisamment variée, les acteurs nous emmènent dans l’absurdité la plus totale, et pas uniquement par le truchement de leurs peluches, mais aussi grâce à leur gestuelle, leur voix et un peu de musique.

En conclusion, j’ai eu ma dose de rire quotidienne, je peux vivre une journée de plus.

 

FRANCIS SAUVE LE MONDE

Mise en scène : Jean-Michel Frère

Adaptation : Pauline Desmarets, Jean-Michel Frère, Simon Wauters et Sébastien Derock

Avec : Pauline Desmarets, François Saussus et Sébastien Derock Scénographie et costumes : Coline Vergez – Création Lumières : Julien Soumillon

Une production Compagnie Victor B et Théâtre de Namur/Centre Dramatique.

Jusqu’à au mercredi 17 octobre 2018 au Centre Wallonie Bruxelles, Paris

 

(une autre histoire)

La pièce est à 20h30. Non, à 20h. Quoi ? Je me mets en marche. Je vais rater l’allocution de notre cher président, je vais rater le début du match de l’équipe de France, mais c’est pas grave. Je prends un premier métro, je prends un deuxième métro. J’arrive au théâtre et je m’asseois.

Aujourd’hui, j’avais envie de raconter une autre histoire sans chute.

(une deuxième autre histoire)

Francis se promène dans la campagne. Soudain il se rend compte qu’il est en retard pour voir l’adaptation de ses propres aventures. Il court dans le métro, renverse un premier mendiant, un deuxième mendiant, un troisième mendiant. Francis slalome entre les personnes désireuses de rentrer chez elles après une journée de dure labeur, durant laquelle elles furent maltraitées par leur supérieur hiérarchique voire des enfants. A la sortie de la bouche de métro, il percute une trottinette électrique qui circulait à vive allure sur le trottoir. C’en est fini de Francis, qui ne verra jamais comment des humains ont pu faire un spectacle de théâtre à partir de ses aventures.

 

vu le mardi 16 octobre 2018 au Centre Wallonie-Bruxelles, Paris

prix de ma place : 10€

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

King Kong Théorie (Despentes / Larré / Théâtre de l’Atelier)

(de quoi ça parle en vrai)

« Porté à la scène pour trois comédiennes, ce coup de gueule aussi réjouissant que précurseur de Virginie Despentes bouscule avec vigueur, style et humour les idées reçues sur la place donnée aux femmes et aux hommes dans notre société. Libérateur ! » (source : ici)

(ceci n’est pas une critique, mais…)

J’ai lu le livre de Virginie Despentes, il y a peut-être un peu plus de deux ans. Pourtant, tout m’est revenu en mémoire assez facilement. Et ça, ça veut dire quelque chose : c’est un livre qui compte et ce spectacle le met en valeur de manière admirable. Je ne reviendrai pas sur le contenu du livre, d’autres l’ont déjà fait et bien fait. Ce que je peux dire, et c’est ce que le spectacle confirme, j’en avais apprécié la nécessité, l’absence de manichéisme.

Mis à part le texte, la force de la pièce est l’interprétation, des trois comédiennes, chacune dans leur style, toutes incroyablement justes. On entend, on suit le texte. Je mets Marie Denarnaud un tout petit peu au-dessus du lot, parce que je trouve qu’elle est sous-empoyée dans le cinéma et le théâtre et qu’une conversation que j’ai eue avec elle il y a douze ans a joué un rôle essentiel dans ce que je suis, théâtralement parlant. Ça n’a rien à voir mais je me devais de l’écrire (même si la principale intéressée ne se souvient sûrement pas de cette autre histoire de moi).

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© Stanley Wood Ward

La mise en scène est également impeccable. Aucune surenchère ni faute de goût, l’utilisation de la vidéo plutôt discrète et poétique (même si je tremblais de tout mon corps d’être l’homme filmé dans le public… ceux qui ont vu la pièce comprendront).

Dans la pièce, les comédiennes posent au public une question assez significative (que je ne reproduirai pas ici) et qui rend compte d’une certaine lenteur de l’évolution des moeurs et des comportements. Même si l’essai de Virginie Despentes a été écrit il y a une bonne dizaine d’années, ce qu’elle dénonce est toujours d’actualité, plus que jamais. Ce qui rend ses écrits, ce spectacle nécessaires.

 

KING KONG THÉORIE

Texte de Virginie DESPENTES

Adaptation de Valérie de DIETRICH et Vanessa LARRÉ

Mise en scène de Vanessa LARRÉ

Avec Anne AZOULAY, Marie DENARNAUD et Valérie de  DIETRICH

au Théâtre de l’Atelier jusqu’au 31 décembre 2018

 

(une autre histoire)

« Je trouve ça inquiétant. J’ai encore mal à la gorge. On peut enchaîner deux rhumes ? C’est ce temps, là. Y a plus de saison. On a chaud, on a froid, on ne sait plus comment s’habiller, c’est la mi-octobre et il fait 25° On n’est pas bien, là. » C’est une affirmation. Je ne réécris pas la réplique des Valseuses. C’est ce que je dis à A. hier soir, à la sortie de la pièce.

« Je trouve ça inquiétant. Il y a trop de monde dans les rues, dans le métro. La surpopulation, le tourisme de masse. Avec ce temps-là, c’en est trop. On n’est pas bien, là. » C’est encore une affirmation. C’est ce que je dis à A. hier soir, dans le métro.

« Je trouve ça inquiétant… Je trouve ça inquiétant… »

Je ne dis pas à A. ce que je trouvais inquiétant. Je le gardai pour moi. Je n’écrivis pas non plus dans un texte ce que je trouvais inquiétant. Ça tourneboulait dedans ma tête, mais j’avais fermé les vannes de ma langue et de mes doigts. Ça ne devait pas sortir. J’ai tenu bon, malgré le sang craché ce matin.

 

vu le vendredi 12 octobre 2018 au Théâtre de l’Atelier, Paris

prix de ma place : 10€ (WeClap)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Fléau (Dave St Pierre – Alex Huot / Le Tarmac)

(quand on ne lit pas la bible)

Fléau ? Ils se donnent le mot ? Une nouvelle adaptation d’un roman de Stephen King ?

(de quoi ça parle en vrai)

« Les artistes québécois Dave St-Pierre et Alex Huot creusent au noyau de l’intime. Fléau est un objet performatif flirtant avec la danse contemporaine et l’art visuel qui exhibe la fusion et les tiraillements de leur relation. » (source : ici)

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© Dave St-Pierre & Alex Huot

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je ne sais pas par quoi commencer. Je pourrais parler du malaise, de l’ennui que le spectacle a provoqué en moi. Mettons d’abord les choses dans leur contexte.

C’est l’histoire d’un couple qui a un chien. Ils font du sport, s’excitent mutuellement. Puis, du jour au lendemain, l’un d’entre eux se trouve dans un état végétatif. Son compagnon l’aide à manger, à se laver. Il en profite aussi pour se donner du plaisir, lui en donner. Et c’est la fin. Je suis resté volontairement soft. J’étais au deuxième rang et je n’ai rien raté. Les deux performeurs sont nus. Y aura bien des tableaux où ils porteront un costume poilu et un masque de loup, tandis qu’une troisième acolyte se baladera en costume de corbeau (la mort ?), mais bon…

Dave St Pierre et Alex Huot font durer ces moments indéfiniment. Il ne s’y passe pas forcément grand chose. Ils ne tentent pas de rendre séduisant cette relation (les lumières de service resteront allumées durant toute la représentation et la musique sortira d’un téléphone), il n’ y a pas de surenchère dans le pathos. On est face à une performance, une installation. « Fléau » est à l’opposé de « Néant », que j’avais beaucoup aimé et qui m’avait fait revenir en cette chaude soirée du mois d’octobre.

Oui, j’ai détourné mon regard à plusieurs reprises lors de la scène du souper.

Reste le chien, court sur pattes, qui s’appelle Fléau. Qui joue son rôle de chien. Qui aboie quand un spectateur se fait entendre ou sort de la salle.

Ce que je regrette, après avoir fait mes petites recherches, c’est que la pièce a été d’abord conçue comme une installation, beaucoup plus longue que l’heure et demie à laquelle nous avons assisté et que le spectateur n’était pas censé rester assis, passif,  dans son fauteuil, mais pouvait déambuler sur la scène, sortir, entrer. Je ne sais pas si ça m’aurait plus plu (est-ce que ce genre d’oeuvre est faite pour plaire, c’est une autre question) mais en tout cas, j’aurais mieux compris la démarche.

 

FLÉAU

Une idée de Dave St-Pierre et Alex Huot

Interprètes-créateurs : Alex Huot, Alanna Kraaijeveld et

Dustin Ariel Segura-Suarez

Équipe de création : Angie Cheng, Hubert Leduc-Villeneuve, Guillaume Rémus et Dave St-Pierre

Jusqu’au 12 octobre 2018 au Tarmac, Paris (c’est donc déjà fini)

 

(une autre histoire)

Quelqu’un m’a dit l’autre jour qu’elle pouvait être gênée par ce que je racontais dans cette partie de ma chronique. Que c’était trop intime. Aujourd’hui, j’ai donc pensé à elle, je ne parlerai pas de masturbation ou des pratiques sexuelles que j’affectionne, ce qui aurait été en phase avec certaines scènes du spectacle vu ce soir.

Je parlerai de l’avant, de l’après, mais pas du pendant.

Je me demande si mon voisin m’entend. Je l’entends ronfler, donc il doit m’entendre, nous entendre.

Parfois je me dis : « Et si je mentais, si je racontais quelque chose qui ne s’était jamais passé ? »

J’ai mis un sparadrap sur la caméra de mon ordinateur. Il y a un magasin à Paris qui s’appelle « Le roi de la capote ». Je ne suis jamais entré dans un sex shop. J’ai envie de relire du Stephen King. (parce que Fléau… faut vraiment que j’explique tout ?) Une fois, j’ai pensé à quelqu’un d’autre. Mais c’était y a longtemps. Neuf. « Drôle, si vous voulez, personnellement, elle ne me fait pas rire »… Pourquoi cette réplique me revient en mémoire ? Par deux fois je me suis rendu avec ma promise dans le restaurant en bas de chez moi, par deux fois ma promis rompit (rompa ? romput ?) dans les quarante-huit heures.

Une scène longue… Non ce n’est jamais long.

Tout cela n’a ni queue.

 

vu le mercredi 10 octobre 2018 au Tarmac, Paris

prix de ma place : 18€

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Ovni(s) (Ildi Eldi / Théâtre Ouvert)

(quand on ne lit pas la bible)

Ovni(s) ? Je sens qu’il y a quelque chose à écrire autour des parenthèses, mais quoi ? Je sens que les parenthèses vont faire toute la différence dans ce spectacle, mais quoi ?

(de quoi ça parle en vrai)

OVNI(S) ou la rencontre avec l’extraterrestre. Une succession de figures, une succession de paroles. Face à nous, chacun témoigne de sa découverte d’un OVNI, de son expérience et nous raconte son sentiment de connexion, de reconnexion, voire de communion, avec lui-même, si ce n’est avec le monde. (…) La scène de théâtre prend des allures de plateau de cinéma, et nous propose un voyage d’un recoin à l’autre de la planète. Un voyage à la rencontre d’individus apparemment normaux qui ne se connaissent pas mais qui partagent le besoin d’une confession intime… (source : ici)

 

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© Christophe Raynaud de Lage

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Ce qui est bien quand tu vas voir une pièce qui a reçu de mauvaises critiques, c’est que tu ne peux être déçu. D’où l’expression qui sied parfaitement à cette représentation : « Je fus déçu en bien. ». Effectivement, on ne peut pas dire que la critique lors du dernier festival d’Avignon ait épargné cette nouvelle pièce du collectif Ildi Eldi. Même pas peur, je me suis tout de même rendu au Théâtre Ouvert, parce que j’ai beaucoup de sympathie pour ce collectif qui m’avait séduit avec leur Nouveau Cinéclub (écrit par Olivia Rosenthal).

Et c’est bien là où le bât blesse, je ne fus pas captivé par ce qu’il s’y racontait. Un manque d’intérêt certain pour ces témoignages. Et c’est quand même dommage lorsque nous avons devant nous des acteurs tous compétents, qui ont fait leurs preuves (Grégoire Monsaingeon, Alexandre Castellon, entre autres), qui s’efforcent de faire vivre une pièce avec une grosse bulle en plastique, des miroirs pour les effets spéciaux… Mais il a manqué quelque chose pour que ça décolle.

 

OVNI(S)

Pièce originale OVNI d’Ivan Viripaev (Traduction Tania Moguilevskaia et Gilles Morel)

Mise en scène et jeu Alexandra Castellon, Sophie Cattani, Grégoire Monsaingeon, Antoine Oppenheim, Michael Pas

Scénario poétique Jérôme Game – Musique Chloé Thévenin – Scénographie Saskia Louwaard et Katrijn Baeten – Son et dispositif sonore Benjamin Furbacco – Lumières et régie générale Ludovic Bouaud

Jusqu’au 13 octobre 2018 au Théâtre Ouvert, Paris et le 29 mars 2019 au Théâtre d’Arles

 

(une autre histoire)

Je me suis trompé d’arrêt, je suis descendu à Pigalle au lieu de Blanche. Alors j’ai marché. Un peu. Je suis passé devant les Trois Baudets, le théâtre de Dix Heures. Mais surtout devant des sex shops. Un rabattteur a bien tenté de m’y faire pénétrer, mais je ne suis pas un homme facile. C’est faux. Je suis un homme facile. Mesdames…

Mais je suis resté sur mon trottoir, les écouteurs dans les oreilles, le regard fermé. Je n’avais pratiquement pas mangé de la journée, hormis deux galettes de riz bio.

Ce texte est à l’image de ma journée : insipide et sans intérêt.

 

vu le mardi 2 octobre 2018 au Théâtre Ouvert, Paris.

prix de ma place : 11€ (prix partenaire Colline)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Atelier (tg STAN / de Koe / Maatschappij Discordia / Théâtre de la Bastille / Festival d’Automne)

(de quoi ça parle en vrai)

« Le comédien – comme tout artiste – a-t-il un atelier pour répéter et exercer son art ? Si oui, sous quelle forme se présente-t-il et comment le comédien y occupe-t-il ses journées ? Le comédien est-il lui-même son propre atelier ? Et peut-on dire qu’il est, en tant qu’« objet regardé », une œuvre d’art vivante ? Ce sont ces questions que soulève le spectacle Atelier, dernière « polyproduction » des compagnies tg STAN, de KOE et Maatschappij Discordia, qui nous font pénétrer dans leur intimité, grâce à une installation instable faite de bric et de broc, se construisant petit à petit sous nos yeux. Sans un mot, les trois comédiens apportent un éclairage sur leur travail quotidien, sur leur statut de comédien, sur ce qui fait théâtre, sur l’Art aussi… dans un spectacle burlesque qui promet du rire, de la fantaisie, mais aussi beaucoup de poésie. » (source : ici)

 

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© Jorn Heijdenrijk

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Mais où vont-il chercher tout cela ? Je l’ai déjà écrit sur les réseaux sociaux, mais ce que j’ai vu ce soir relève pour moi du génie. Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas vu un spectacle qui m’interroge sur son processus de création. D’accord, c’est un peu le sujet de la pièce, l’atelier, tout ça mais il n’empêche. Tout est foutraque, mais tout fait sens. On se demande où ça va. Puis on comprend, les références à différentes oeuvres. On recherche, on prend tout ce qui nous tombe sous la main, on essaie, on échoue, on recommence.

Et c’est drôle. Le spectacle est quasiment muet, proche du burlesque d’antan. Humour de répétition.

Après Onomatopée dans lequel le trio sévissait déjà, nos trois artisans mettent sens dessus dessous la salle du bas du Théâtre de la Bastille, le dispositif scénique est bi-frontal, on s’amuse des réactions de nos voisins d’en face. On retrouve le regard tantôt inquiétant tantôt malicieux de Peter Van Den Eede (De Koe), la bonhomie de Damiaan De Schrijver (tg STAN) et le flegme de Matthias de Koning (Maatschappij Discordia), acteurs qui osent tout, même de l’humour pas très fin, aux corps qui ne sont plus tout jeunes, des physiques disparates, mais hyper intéressants à observer.

Un génial bordel organisé.

 

ATELIER

De et avec Matthias de Koning, Damiaan De Schrijver et Peter Van den Eede

Costumes Elisabeth Michiels – Technique Pol Geusens, Bram De Vreese et Tim Wouters

Production tg STAN, de KOE et Maatschappij Discordia

Jusqu’au 12 octobre 2018 au Théâtre de la Bastille (avec le Festival d’Automne à Paris)

(une autre histoire)

« Salut, je m’appelle Matthieu, mais tous mes amis m’appellent Matt (avec deux tt)… T’as vu, j’ai fait de l’humour : deux tt, j’ai deux tétés. Trop drôle. Ce soir, je vais au théâtre. On m’a filé des places, donc j’y vais. C’est au théâtre de la Bastille. J’ai failli arriver en retard, je croyais que c’était à l’Opéra Bastille, mais non, c’est le théâtre rue de la Roquette. Je me suis bien habillé pour rien, quoi. C’est pas grave. J’aime particulièrement mes belles baskets blanches. On dit que c’est trop la mode des baskets blanches. Vu leur prix, y a intérêt que ça soit à la mode ! Je sais pas trop de quoi parle la pièce, hormis que c’est un atelier. De couture peut-être, ça tombe bien, j’ai un ourlet à faire faire sur mon nouveau pantalon… Ça vous fait pas rire ?

(…)

Je m’ennuie… Je m’emmerde même. Y a pas de dialogues. Je vois trois vieilles personnes… On m’avait dit que dans le théâtre contemporain, y avait des acteurs à poil. J’avais plutôt imaginé des actrices à poil. C’est un poil dégoûtant. Ils balancent tout un tas de trucs sur des planches, je comprends rien. C’est quoi l’histoire ? Je sais pas si j’ai bien fait de me mettre au premier rang…

(…)

Bordel de putain de comédiens de merde ! Ils m’ont bousillé mes baskets blanches. Y a le gars, là, le tout maigre au crâne chauve, il est assis en équilibre dans un fauteuil et il tombe sur moi ! Il avait plein de peinture noire sur son corps dégueulasse, sur ses mains et j’ai l’empreinte de ses doigts sur mes baskets blanches qui m’ont coûté un bras ! Je peux porter plainte ? Je peux porter plainte ? M’en fous, j’applaudirai pas. Bon, ok, j’applaudirai, mais des deux mains. Je veux dire, lentement, comme ça ils verront ces Flamands de merde ce que je pense de leur théâtre de… merde. Et ce mec-là, en face de moi, qu me regarde, qui me sourit. Avec sa chemise à carreaux de merde et sa barbe pas taillée. Il a une barbe et il la taille même pas, oh l’autre eh ! Il se fout littéralement de ma gueule. Je t’attends à la sortie et j’essuierai mes godasses sur ta gueule de barbu pas taillé ! »

 

vu le samedi 6 octobre 2018 au Théâtre de la Bastille, Paris

prix de ma place : 13€ / mois (Pass Bastille)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Cuisine et confessions (Les 7 Doigts de la Main / Bobino)

(quand on ne lit pas la bible)

Cuisine et confessions ? Ou comment des policiers donnent leurs recettes pour cuisiner leurs suspects ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

« Les 7 doigts de la main donnent naissance à un spectacle d’un nouveau genre, dans lequel le toucher, l’odorat et le goût s’ajoutent à l’émerveillement des yeux et des oreilles, faisant de la cuisine le point de rencontre des cultures. Nous sommes nous-même composés d’un savant mélange d’ingrédients qui fait de chacun de nous une recette unique. » (source : ici)

 

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©Alexandre Galliez (pour info, la représentation ne comptait que 7 artistes au lieu des 9 présents ci-dessus et seuls 3 figuraient dans la distribution d’origine)

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Ce n’était pas une représentation comme les autres puisque celle-ci a dû être interrompue suite à l’accident survenu à une des artistes. Une mauvaise réception, une mauvaise chute, cela fait son petit effet (et j’ai repensé immédiatement à Tsirihaka Harivel dans le spectacle « Grande » mais je n’y étais pas, donc je ne peux pas comparer). Ils ont bien tenté de poursuivre le spectacle, notamment par un solo de Terrance Robinson au mât chinois, mais le coeur ne devait pas y être et quand on coupe un doigt d’une main, ben on est handicapé, on ne peut plus tout faire comme on veut. J’espère de tout coeur que ce fut plus de peur que de mal.

Quoi qu’il en soit, je tenais à dire que les 7 acrobates/danseurs/comédiens présents sur scène sont des artistes émérites et sur bon nombre de numéros, ils prouvent leur grand talent et un certain sens du rythme. Je fus notamment assez impressionné par le numéro des anneaux chinois (en fait des cadres plus ou moins grands à travers lesquels les acrobates passent tête en avant, fesses en arrière…) exécuté par Terrance Robinson et Enmen Song ainsi que par celui de Anna Kichtchenko au tissu aérien.

En revanche, je n’ai pas trouvé l’ensemble à mon goût. Je vais peut-être faire preuve de cynisme (ce n’est peut-être pas le bon mot), mais voir des numéros de diabolo ou de jonglage avec 3 fouets de cuisine, ça ne casse pas trois pattes à un canard (même si excellemment exécutés, je le précise). L’introduction du spectacle était interminable (on fait participer le public : on lui fait casser un oeuf d’une seule main, on tente d’envoyer un bonbon dans la bouche…) et c’est seulement lors du fameux numéro des anneaux chinois (qui étaient donc carrés) qu’il y eut un net regain d’intérêt. Malheureusement les intermèdes sont plutôt longs et surtout n’est pas comédien qui veut. Je ne doute pas de la sincérité des interprètes quand ils racontent leurs souvenirs d’enfance dans la cuisine de leurs parents, mais on ne s’improvise pas comédien (surtout quand le français n’est pas notre langue maternelle) et les anecdotes auraient peut-être nécessité une session de réécriture (qui aurait certainement empêché un certain naturel, je le concède).

L’ensemble était beaucoup trop sucré à mon goût, pour que le charme opère complètement (avec ou sans gâteau aux bananes). Et comme je tente bon gré, mal gré, de perdre du poids…

 

CUISINE ET CONFESSIONS

avec Mishannock Ferrero, Anna Kichtchenko, Pablo Pramparo, Soen Geirnaert, Nella Niva, Terrance Robinson, Enmen Song

Production Les 7 Doigts

Création et mise en scène Shana Carroll et Sébastien Soldevila

Assistance à la mise en scène Mathias Plaul – Direction musicale Sébastien Soldevila

Jusqu’au 12 janvier 2019 à Bobino (Paris) puis le 18/01/19 à l’Olympia (Arcachon) et le 22/01/19 à la Maison de la Culture (Nevers)

 

(une autre histoire)

#1 Je ne dis jamais que je cuisine mais que je me fais à manger.

#2 Quand j’étais petit, on me disait que le foie gras était du pâté, parce que j’adorais ça, le pâté.

#3 Une fois j’ai pris une torgnole de mon père parce que je ne voulais pas finir ma soupe.

#4 Ma grand-mère me donnait une pièce de 2 Francs quand je l’aidais à faire la vaisselle.

#5 A chacun de mes anniversaires, on me rappelle que quand j’étais petit, je ne mangeais que du gruyère et des coquillettes.

#6 Le mercredi, c’était purée tournedos et le samedi steak frites (des vraies, pas les congelées)

#7 Je n’aime que le gratin de courgettes de ma mère. Pas un autre.

 

vu le samedi 29 septembre 2018 (16h30) à Bobino, Paris

prix de ma place : invitation

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Chris Garneau au Point Éphémère (26/09/18)

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Le Point Ephémère est rempli comme un oeuf en ce mercredi soir. Une éternité que je n’y avais pas mis les pieds. J’avais oublié qu’on pouvait entendre les boombooms du bar à côté qui ne baisse pas la musique.

Après une première partie hypnotisante de La Mess, place à Chris Garneau que je n’avais plus vu depuis dix ans, soit toute une vie. Les années paraissent n’avoir aucune prise sur lui. Des petits soucis techniques rendent notre artiste encore plus nerveux que ce qu’il était déjà, il l’avouera à la fin du concert. La 1e partie du concert est consacrée à son nouvel album « Yours » qui ne sortira que le 9 novembre prochain. Il n’est jamais simple de rentrer dans un concert quand on ne connait pas du tout les chansons. Et on sent que Chris Garneau et ses musiciens ont encore besoin de rôder ces nouvelles compositions sur scène. Pas totalement convaincu, donc.

Et c’est seulement quand il reprendra ses anciennes chansons que le concert prendra véritablement son envol. Le charme et la poésie opèrent à nouveau. Très peu de titres de son tout premier album « Music for tourists », un de mes albums de chevet, pas de « Baby’s Romance » non plus. Morgane Imbeaud (ex-Cocoon) l’accompagnera sur deux chansons (dont une reprise pas vraiment maîtrisée du classique de Françoise Hardy « La plus belle pour aller danser ».

Cela dit, ça n’a pas atteint la grâce et l’émotion que j’ai pu ressentir la première fois que je l’ai vu, il y a dix ans déjà. Parce que les premières fois, c’est toujours unique. (veuillez bien vouloir m’excuser pour cette phrase). Et comme Chris Garneau est un artiste, à mon sens, trop méconnu, n’hésitez pas à jeter un coup d’oreille à sa musique, vous n’en reviendrez pas.

 

CHRIS GARNEAU (La Mess en première partie) au Point Éphémère

SETLIST : The Leaving Song – Gentry – Ambush (avec Morgane Imbeaud) – Family – Choices – Torpedo – Winter Song 2 – Danny – Castle Time – Tower – Winter Song 1 – Pas Grave – Switzerland – Sad News /// Rappels : La plus belle pour aller danser (avec Morgane Imbeaud) – Raw and Awake – No Lord

Prochainement au Badaboum (Paris) le 28 novembre 2018

(une autre histoire)

C’est quand que tu viens, dis ? C’est quand que tu arrives ? Parce que je t’attends. Je suis toujours celui qui attend. Ça veut tout dire, non ? C’est quand que tu reviens ? Il parait que je suis patient. Je suis nerveux, mais patient. Je pourrais attendre des heures, des jours. J’ai déjà attendu des années. C’est quand que… C’est quand que… Hein ? C’est quand que ? Tu vois ? Tu sais. Mon code a changé. L’âge où on s’est embrassé pour la première fois et cette position qu’on n’a jamais faite. Je ne suis plus aussi souple que dans le temps, faut dire. Je ne peux te rejoindre. Je ne peux te rejoindre sauf si je… Voilà. À tout de suite.

vu le mercredi 26 septembre 2018 au Point Éphémère, Paris

prix de ma place : 16,80€

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

Le Procès (Kafka / Lupa / Odéon/ Festival d’Automne)

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Le Procès. Kafka. Un roman publié à titre posthume, dans le non-respect des dernières volontés de l’auteur tchèque, qui désirait que sa prose soit brûlée après sa mort. Merci Max Brod…

Le Procès. Lupa. Des répétitions interrompues par la situation politique en Pologne (ai-je déjà vu du théâtre hongrois ?), des artistes qu’on veut réduire au silence.

Le roman, pour le résumer très brièvement, raconte comment un homme qui n’a pas de nom, Joseph K. (comme Kafka ?) est arrêté un beau matin pour un crime qu’il aurait commis. Mais il ne saura jamais de quoi il est accusé.

 

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© Magda Hueckel

 

Il est tout à fait logique d’adapter une oeuvre, de la réactualiser, de la mettre en parallèle avec la situation actuelle, comme ce fut le cas avec Krystian Lupa et sa troupe (et il a bien fait). Et c’est ce qui est génial avec ce chef d’oeuvre de Kafka, c’est qu’il le permet. J’aime aussi le pas de côté qu’a effectué Lupa en consacrant la deuxième partie de la pièce à Franz K(afka) lui-même, son désespoir, ses relations avec son ami Max Brod, son ancienne fiancée Felice Bauer et Grete Bloch amie de Felice et correspondante de Franz (oui, je les appelle par leur prénom), grâce à son journal intime, ses fameuses correspondances.

En fait, je crois que c’est ce que j’ai le plus aimé, alors que j’adore le roman, son adaptation par Orson Welles. J’ai même joué Joseph K. dans une adaptation théâtrale pour un atelier amateur (qui m’a valu mon plus grand trou de mémoire  de toute ma carrière d’amateur professionnel dans toute la dernière scène) (mais j’étais en caleçon, je vous rassure). Je ne m’y suis pas ennuyé, il y avait des images terriblement belles et fascinantes : ces quatres lits d’hôpital, la projection de l’image filmée en direct reproduite à l’infini sur le mur, Kafka dans son lit de mort…

Tout ça pour dire que j’ai trouvé les première et dernière parties incroyablement lentes et ennuyeuses et qui m’ont mis face à ma supposée incapacité de comprendre et apprécier une certaine profondeur. Si bien qu’on avait envie de dire Krystian : « Mais les ciseaux, ça existe ! » (la pièce a duré 4h50 avec deux entractes – durée ressentie : le double). Alors je veux bien croire que c’est fait exprès, que c’est ça la méthode Lupa, l’intensité presque hypnotique (j’ai subi Salle d’attente et Des arbres à abattre, je suis maso, oui, mais c’est comme pour d’autres artistes qui sont loin d’être accessibles, comme Romeo Castellucci ou Claude Régy, il peut y avoir des moments de grâce qui nous bouleversent). Comme si F. Kafka avait annihilé tout intérêt pour l’histoire de Joseph K. Et même si Krystian Lupa semble nous (moi) avoir entendu pour l’ultime scène puisque nous connaissons la fin : pas de Joseph K. relevant la tête dans un dernier sursaut, un couteau dans le coeur, lâchant un dernier « Comme un chien », je ne peux m’empêcher que le mal était fait. Ça m’a déprimé au plus haut point, Lupa relevant une noirceur et un pessimisme d’un cran encore.

C’est un détail, mais aussi, entendre cette voix intérieure de Jésus… pardon de Joseph K., dite par Krystian Lupa lui-même dont on ne comprend qu’un mot sur cinq… (je suis celui qui ne termine pas ses phrases)

Je ne sais pas comment terminer cette chronique. 

 

LE PROCÈS

d’après Franz Kafka

adaptation, scénographie, lumière et mise en scène Krystian Lupa

avec Bożena Baranowska, Bartosz Bielenia, Maciej Charyton,, Małgorzata Gorol, Anna Ilczuk, Mikołaj Jodliński, Andrzej Kłak, Dariusz Maj, Michał Opaliński, Marcin Pempuś, Halina Rasiakówna, Piotr Skiba, Ewa Skibińska, Adam Szczyszczaj, Andrzej Szeremeta, Wojciech Ziemiański, Marta Zięba, Ewelina Żak

traduction Jakub Ekier – costumes Piotr Skiba – musique Bogumił Misala – vidéo, collaboration à la lumière Bartosz Nalazek – animations Kamil Polak

maquillages / coiffures Monika Kaleta

production principale Nowy Teatr – Varsovie

en partenariat avec le Festival d’Automne à Paris

Jusqu’au 30 septembre 2018 à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, Paris puis les 16 et 17 /11/18 au Théâtre du Nord (Lille), le 15/12/18 à la Filature (Mulhouse)

 

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(l’anecdote qui tue)

Krystian Lupa a utilisé comme élément musical le Libertango de Astor Piazzola qui a inspiré lui-même Paul Buckmaster, compositeur de la musique de 12 Monkeys (L’Armée des Douze Singes) de Terry Gilliam, réalisateur du non moins fameux Brazil qui avait un tout petit quelque chose en commun avec l’univers kafkaïen…

(la question gênante)

Dans la deuxième partie, l’acteur qui joue Joseph/Franz était encore une fois nu et s’allongeait à plat ventre sur un sommier à ressorts. Comment va son zizi ?

(le jeu)

J’ai joué au ricochet pendant la première partie. J’ai lancé une quinte de toux, quatre personnes m’ont répondu.

(ceci explique peut-être cela)

La place qu’on m’avait attribuée se trouvait en Orchestre, Côté pair, au rang P, siège 4. P4… Je répète… P4.

 

vu le samedi 22 septembre 2018 à l’Odéon Théâtre de l’Europe, Paris, dans le cadre du Festival d’Automne.

prix de ma place : 28€ (cat.1 – abonnement festival d’Automne)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito 

Love me tender (Carver / Vincent / Bouffes du Nord)

(quand on ne lit pas la bible)

Love me tender ? Un musical sur la vie du King ?

(de quoi ça parle en vrai)

« On a dit de Carver qu’il était le Tchekhov américain. Pas de samovar chez Carver mais des litres de Gin. Comme chez le dramaturge russe le drame ne se joue pas que dans les mots mais aussi dans les silences, les non-dits. Ainsi l’étrange impression parfois qu’il n’y pas de drame, du moins en apparence. Son thème de prédilection : le couple. Il le met en scène au moment où ça vacille, où sous les apparences le malaise s’insinue comme un poison. Love me tender est un travail qui met l’acteur au centre. Six nouvelles sont ici adaptées pour huit comédiens interprétant chacun deux rôles, chacun devant s’accorder, comme en musique et malgré les désaccords de leurs personnages, à deux, à quatre, à huit. » Guillaume Vincent. (source : ici)

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© Elizabeth Carrechio

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je n’ai jamais lu Carver (honte sur moi). À l’annonce du projet, je me rendis même compte que je le confondais avec Chandler, alors même que j’avais vu Short Cuts de Robert Altman, également adapté de nouvelles de Carver. Dans mon souvenir, le film était une réussite.

Pour résumer, Guillaume Vincent adapte 2 nouvelles de Carver simultanément dans la 1e partie de la pièce, puis 4 dans la 2e. Simultanément. J’imagine qu’il n’a pas dû être simple d’en faire le montage, même si passionnant. J’imagine qu’il a dû être ludique de trouver des répliques qui se répondent d’une histoire à l’autre, qui mettent toutes en scène des couples. Mais je trouve que le rythme en pâtit, que les acteurs n’ont pas grand chose à faire quand ce n’est pas leur tour de jouer, mis à part faire durer ces moments de silence, comme un blanc dans la conversation. Et quand le rythme s’accélère, il est ardu de suivre (mais je n’étais pas très bien placé, il faut dire).

La 1e partie de la pièce se veut plus comique que la seconde. On ajoute même des rires enregistrés, comme si on était devant un épisode de « I love Lucy » (une des premières sitcoms américaines avec Lucille Ball), mais c’est fait exprès. On fait rire, mais à l’intérieur on est dans le drame, dans lequel on plongera plus volontiers dans la seconde partie. La couture entre les deux, même si assumée, est un peu grosse.

En revanche, là où je fus pleinement convaincu, c’est par le jeu des comédiens quand ils le sont (en jeu) et je pense évidemment à une de mes comédiennes préférées : Emilie Incerti Formentini, excellente dans tous les registres.

Une soirée légèrement décevante malgré une atmosphère carverienne bien présente (même si je ne sais pas ce que c’est, mais j’ai supposé qu’elle l’était).

 

LOVE ME TENDER

D’après des nouvelles de Raymond Carver (Tais-toi je t’en prie ; Pourquoi l’Alaska ; La peau du personnage ; Personne ne disait rien  (du recueil « Tais-toi je t’en prie ») ; Appelle si tu as besoin (du recueil « Qu’est-ce que vous voulez voir ») ; Débranchés (du recueil « Les trois roses jaunes »)

Adaptation et mise en scène Guillaume Vincent
Avec Emilie Incerti Formentini, Victoire Goupil, Florence Janas, Cyril Metzger, Alexandre Michel, Philippe Smith, Kyoko Takenaka et  Charles-Henri Wolff et en alternance Gaëtan Amiel, Lucas Ponton et Simon Susset et avec la voix de Maud Le Grevellec

Dramaturgie Marion Stoufflet – Scénographie James Brandily assisté de Mathilde Cordier – Lumières Niko Joubert assisté de Amandine Robert – Costumes Lucie Ben Bâta assistée de Clémence Delille  – Son et régie vidéo Sarah Meunier-Schoenacker – Assistant mise en scène Yannaï Plettener – Coiffures et perruques Gwendoline Quiniou

Jusqu’au 5 octobre 2018 aux Bouffes du Nord, Paris, à l’Aire Libre (St Jacques de la Lande) les 8 et 9/11 et à la Comédie de Reims du 22 au 24/5/19.

 

(une autre histoire)

Elvis Presley n’est pas né tout seul. Son jumeau est mort né, il s’appelait Jesse Garon. Je ne sais pas si c’était un lundi mais ça a suffi pour créer la légende du « Elvis pas mort ». Parce qu’en fait, il ne serait pas mort sur la lunette de ses toilettes. Après recherche, il aurait été sur son fauteuil de coiffeur personnel. Elvis avait un salon de coiffure à domicile, que cela soit écrit. Je pensais qu’il était mort d’un AVC en poussant trop fort sur les chiottes, mais ce fut d’une banale crise cardiaque qu’il mourut (ou bien est-ce son frère ?)

Parfois j’y pense quand je suis sur le trône. A Elvis, au pétage de durite dedans ma tête, à l’AVC de ma grnad-mère. C’est pourquoi mon appartement est toujours nickel et que mon testament est prêt.

Une clé USB contient tous mes écrits qui seront publiés à titre posthume et recevront un accueil public et critique dithyrambique (quel drôle de mot !). On me proclamera le nouveau John Kennedy Toole. A priori, mes chevilles vont bien. La clé se cache dans le mug de la Buffalo Airways offert par ma soeur qui sera la bénéficiaire de mon assurance-vie. Je ne sais pas combien il contient. Faut que j’appelle mon conseiller à la Caisse d’Épargne. Sera-ce le même qui m’avait proposé une assurance obsèques ? « Cela ne vous coûtera qu’une somme modique par mois », m’avait-il dit. « Mais, je ne veux pas y penser, je n’ai pas encore trente-trois ans » lui avais-je répondu. Il eut alors cette phrase qui trotte encore dans ma tête :

« Mais tout le monde meurt, Monsieur ! »

 

vu le mercredi 19 septembre 2018 aux Bouffes du Nord, Paris.

prix de ma place : 20€ (cat. 3)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Transformes (Espace Périphérique de La Villette)

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Le weekend du 8 septembre 2018 a eu lieu un festival pas comme les autres, nommé Transformes. Né de l’envie d’étudiants en Master 2 Professionnel Métiers de la production théâtrale de Paris 3 – Sorbonne Nouvelle (je reprends mon souffle), Transformes, ce furent 24h de théâtre, de danse, de musique, de performances, de débats, d’installations à l’Espace Périphérique de la Villette.

« Le temps d’une rotation de la Terre sur elle-même, interrogeons-nous sur ce qu’il se passe « entre », sur l’endroit du changement, sur ce mouvement qui nous traverse pour faire évoluer nos quotidiens, nos travails, nos corps, nos vies. »

Le lieu est assez singulier. En mauvais voisin que je suis, c’était la première fois que j’y allais, sous le périph’, entre le canal de la Villette et la ligne de tramway. Des street artistes se sont emparés des murs, pour certains gigantesques.

Je ne fus pas l’un des mohicans à rester vingt-quatre heures durant à la Villette, même si le festival regorgeait de propositions toutes plus intéressantes les unes que les autres et à toute heure, ne serait-ce que cette performance « Statu »  dirigée par Suzanne, durant laquelle dix interprètes en alternance se confrontèrent à l’erreur en répétant une série de gestes. De les voir se relayer, essayer à différents moments de l’événement, il y avait quelque chose de touchant. Rien de plus difficile que d’être ensemble.

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Statu – Crédit photo : Joseph Banderet

Là où je m’en suis voulu, c’était de ne pas avoir pris la peine d’écouter le collectif Blacklist ou les rappeurs Beeby, Chris Da Vinci et Chapsy. Car le festival donnait la parole à des artistes qui ne ressemblent pas forcément à nous autres, jeunes (et moins jeunes) gens, qui allons voir des performances dans des friches ou du théâtre dans des lieux subventionnés (je schématise énormément, je le sais). Parce que cette musique-là, à de rares exceptions, ne me touche pas. Je suis assez ignorant, en fait, de cette mouvance musicale, hormis les IAM et NTM, des références qui datent un peu, j’en conviens. Et cette tentative d’ouverture était suffisamment intéressante pour le souligner.

Après eux, j’ai tout de même assisté au concert d’Apaache, sympathique et groovant groupe qui tourne bien.

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Apaache – Crédit photo : Studio Nicecream (grand jeu : où est Charlie ?)

Evidemment, j’ai vu du théâtre. La première pièce, « À ton ombre » par l’autrice-metteuse en scène et comédienne Caroline Fouilhoux, ne m’a pas convaincu. Il s’agissait d’une quête d’un jumeau perdu, des rencontres, des identités multiples, le voyage… Peut-être parce que j’en attendais autre chose, dans l’esprit d’Antonio Tabucchi et de son Nocturne Indien, quelque chose de plus contemplatif sûrement. L’ensemble était tout de même digne d’intérêt.

L’autre pièce, prometteuse, par le Collectif Satori et son metteur en scène Thomas Resendes s’intitulait « Les Ennemis Publics ». Malgré l’heure tardive (0h30), elle sut me captiver en retraçant notamment l’histoire (pourtant connue de moi) de la Bande à Baader et en l’entremêlant avec des réflexions plus contemporaines. Me revinrent à l’esprit « Ça ira – Fin de Louis » de Joël Pommerat dans la manière d’utiliser l’espace public pour les scènes de débat, d’autres pièces dans lesquelles les acteurs jouent différents personnages. Il y a une économie de moyens mais de l’ambition dans cette pièce qui est tout à fait enthousiasmante.

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Evidemment, je n’ai vu qu’une infime partie de tout ce que proposait « Transformes » (figurait également dans le programme Rebecca Chaillon, pour ne citer qu’elle). C’est donc un festival foisonnant et audacieux que nous ont proposé ces jeunes gens. Je ne sais pas s’il s’agissait d’un « one shot », mais aux vues de leur énergie et de leur enthousiasme, il serait dommage de ne pas renouveler l’essai l’an prochain (et d’ajouter  alors un deuxième foodtruck, ça serait pas mal non plus)

 

TRANSFORMES

à l’Espace Périphériques de la Villette, Paris 19e

du samedi 8 septembre midi au dimanche 9 septembre midi

Programme complet : ici

 

 

(une autre histoire)

Je discute avec une camarade, de dix-huit ans ma cadette. Je me sens vieux. Elle ne fait rien pour me faire sentir vieux, mais c’est juste moi. Ça me travaille. Tout à l’heure, j’étais au premier rang pour le concert d’Apaache. Non pas que je sois leur fan number one, mais y avait de la place contre la barrière, j’ai pu m’y adosser, mon dos me faisant souffrir. Faut dire que j’ai couru six kilomètres ce matin et que je récupère bien moins vite. Je vois ce photographe prendre des photos du public. Mais que va-t-on penser de ce vieux au milieu de jeunes ? Ma camarade de dix-huit ans ma cadette me donne trente-huit ans. J’en ai trente-neuf, bientôt quarante. J’ai des cheveux poivre et sel, mais ça ne se voit pas trop. Pourtant ma coiffeuse s’étonne de la rapidité à laquelle mes cheveux blanchissent. L’âge, je lui dis. Elle me répond le stress. J’ai la barbe qui grisonne. Ça en revanche, ça se voit… J’ai un certain nombre de poils blancs sur le torse. Mon ancienne copine m’avait demandé si je comptais les couper. J’ai dit non. C’est un souvenir du Togo. Au Togo, je suis tombé malade, j’avais des furoncles. D’un furoncle purulent est né mon premier poil blanc. Puis ça proliféra. J’ai trouvé cet été mon premier poil pubien blanc. Jusqu’à présent, j’étais plutôt fier d’avoir été épargné de ce côté-là. Je suis déprime.

 

Présent du samedi 8 septembre à 17h30 jusqu’au dimanche 9 septembre à 02h30.

prix de la place : entrée libre (mais j’ai mon prénom dans le programme grâce à ma participation au crowdfunding)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito