5es Hurlants (Raphaëlle Boitel / La Scala Paris)

(de quoi ça parle en vrai)

« Après avoir travaillé sous la direction de James Thierrée, d’Aurélien Bory et de Marc Lainé, Raphaëlle Boitel réunit pour sa troisième création cinq circassiens de différentes cultures, unis par une même expérience au sein de l’Académie Fratellini. Sur scène, dans un espace brut, noir et métallique à l’image d’un hangar, d’un chapiteau ou d’une usine, cinq personnages évoluent sous nos yeux : une femme indécise, une furieuse compulsive, un paranoïaque «ornithophobique», un équilibré qui glisse et un introverti hystérique. En envisageant leur agrès comme un alter ego mécanique avec lequel ils doivent partager leur vie, ils s’élancent, chutent, se soutiennent et se relèvent, sur des airs de Verdi, de Bach, ou même dans un silence brut. »

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Crédits photos : Georges Ridel

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Il y a des spectacles dont on sait dès la première minute qu’ils nous plairont : ici, les deux régisseurs plateau du spectacle entrent sur scène, marchent en direction d’un projecteur et le dirigent vers la scène. Ce n’est pas grand chose et pourtant c’est ce qui fait la différence. Hormis les acrobaties, la mise en abyme, le « j’essaie, je tombe, je me relève », j’y vois également un magnifique hommage aux régisseurs, ces personnes de l’ombre qui agissent avec la plus grande humilité. Car les artistes sur scène ne pourraient pas faire grand chose sans eux. Et ici, les régisseurs font partie intégrante du spectacle. Certes, l’un d’entre eux est interprété par le collaborateur de longue date de Raphaëlle Boitel (j’ai lu ça) Tristan Baudoin, qui a fait un magnifique travail sur les ombres et lumières. Il n’empêche, ils sont aussi passionnants à observer que nos circassiens chéris.

Mais j’y viens. On pourrait penser que nous ne voyons rien d’extraordinaire : un fil-de-fériste, un jongleur de balles (même pas des torches en flamme ou des couteaux), une acrobate au cercle aérien, un sangliste (ce mot n’existe toujours pas), une danseuse-acrobate… mais quand on y pense, je dirais même plus, quand on y réfléchit… Ce fil-de-fériste qui joue l’hésitation, la maladresse est incroyable de maîtrise (demandez à un acteur de jouer faux, ben ce n’est pas si évident), le jongleur de balles, même avec une seule balle met tellement d’intensité dans son jeu, comme si sa vie en dépendait… Je pourrais multiplier les exemples… Je ne parlerai pas du dernier tableau avec cette acrobate arachnéenne qui m’a totalement ému et bluffé. Ce que je veux dire, c’est que c’est à la fois d’une simplicité désarmante mais aussi et surtout d’une perfection impressionnante pourtant touchante. La chorégraphie mise au point par Raphaëlle Boitel (que j’avais plus qu’appréciée il y a dix ans de cela chez James Thierrée et Marc Lainé) est remarquable de précision et de poésie.

Ce qui finit par nous séduire définitivement, c’est de constater que l’artiste n’est jamais seul, qu’ils sont tous ensemble, chacun pour tous.

(qu’il est bon de terminer sa saison parisienne avec un tel spectacle !)

 

5ES HURLANTS

conception, mise en scène Raphaëlle Boitel

avec Tristan Baudoin, Salvo Cappello, Alejandro Escobedo, Clara Henry, Loïc Leviel, Nicolas Lourdelle, Julieta Salz

collaboration artistique, scénographie et lumière Tristan Baudoin – musique originale Arthur Bison – régie plateau Nicolas Lourdelle – régie son Arthur Bison – constructions Silvère Boitel – aide à la création son et lumière Stéphane Ley, Hervé Frichet – costumes Lilou Hérin

Production Cie L’Oublié(e) – Raphaëlle Boitel, avec le précieux soutien de l’Académie Fratellini, la SPEDIDAM et la région Occitanie

Jusqu’au 20 juillet 2019 à la Scala Paris

 

(une autre histoire)

Je compte sur mes doigts tout ce que je dois encore faire d’ici mon départ en vacances. Je suis bien fatigué. Chaque fin d’année, je dis la même chose, faut que je me calme. Je dois écrire ci, je dois écrire ça, sans compter le déménagement, la gestion quotidienne des personnes dont je dois continuer à m’occuper, lire, répondre, voir les gens parce que c’est la fin, préparer les vacances, conserver aussi des plages de totale inactivité (moi qui n’aime pas rester sur le sable à bronzer).

Deux heures avant le début du spectacle, je m’écroule sur mon lit. Je ne veux pas y aller. Je dors un petit quart d’heure. Je veux rester dans mon lit.

Ça me fait penser à ces soirées où on ne veut pas aller, parce que pas envie de se mélanger aux gens, de converser, de sourire. Finalement on y va et on ne le regrette pas. Ben là c’est pareil. Je ne regrette pas de m’être levé, d’avoir pris le métro un 4 juillet, d’avoir marché de la Gare de l’Est au théâtre. J’ai même croisé quelqu’un que je connaissais et je lui ai parlé ! J’ai aussi croisé quelqu’un que je connais sans connaître mais je n’ai pas osé lui parler, on ne se refait pas.

Ceci était officiellement mon 300e article. Va falloir que je change tout ça.

 

Vu le jeudi 4 juillet 2019 à la Scala Paris

Prix de ma place : 18€ (cat 1 – demi tarif pour les premières)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

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Moving with Pina (Cristiana Morganti / Les Abbesses)

(de quoi ça parle en vrai)

« Elle sait danser et raconter, tenir le fil du geste et de la fable dans un même nœud d’énergie organique et souple. La danseuse et chorégraphe Cristiana Morganti, figure du Tanztheater Wuppertal de Pina Bausch de 1993 à 2014, fait vivre le mouvement au diapason des mots sans jamais perdre de vue le public avec lequel elle converse. Elle noue et dénoue les gestes dans un bouquet d’humeurs vives. Avec le solo Moving with Pina, conférence dansée sur l’univers artistique de la chorégraphe allemande, Cristiana Morganti livre, avec l’élan joyeux et partageur qui est le sien, les clés de l’élaboration des fameux solos chers à Pina Bausch. Elle décortique au plus près du corps, du cœur et de l’émotion des extraits emblématiques du répertoire. Un pan d’histoire de la danse glissé comme une conversation ou une confidence. » (source : ici)

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(crédits photos: Musacchio & Ianniello)

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Il y a dix ans pile, disparaissait Pina Bausch. Nonobstant le temps qui passe (je ne sais absolument pas si je l’ai bien employé, mais c’est la première fois que j’utilise un tel terme – nonobstant – je suis tout tourneboulé), elle est toujours aussi présente dans nos esprits que sur les scènes du monde entier, Paris en tête. A défaut de voir les nouveaux spectacles du Tanztheater cette saison (merci de ne pas remuer le couteau dans la plaie), me voilà aux Abbesses pour cette conférence dansée de Cristiana Morganti.

La danseuse chorégraphe a quitté la compagnie de notre Pina adorée en 2014 après plus de vingt ans de bons et loyaux services pour obtenir, selon ses dires une certaine autonomie et assouvir l’envie de s’attaquer à d’autres projets. Pourtant ici il ne sera question que de la chorégraphe allemande. Je ne sais pas s’il ne s’agit que d’une question d’argent, comme me l’a suggéré une amie croisée à l’issue de la représentation, mais ce qui est certain, c’est que Pina Bausch laisse une marque indélébile à celles et ceux qui l’ont côtoyée.

C’est avec drôlerie et tendresse que Cristiana Morganti nous livre son expérience au sein d’une des plus prestigieuses compagnies. Elle revient sur différents mouvements des pièces de Pina Bausch, les exécute devant nous, nous explique comment tel geste est né. Souvent Pina Bausch posait des questions, entre l’absurde et la philosophie et demandait à ses danseurs d’y répondre par le geste. Cette entrée dans le processus de création est passionnante. On se plait à imaginer les sessions de répétition à Wuppertal, cette ville que j’ai visitée, arpentée il y a trois ans, à la recherche d’une quelconque trace de Pina. (oui, je sais, il faut toujours que je me la ramène avec mes voyages et mes propres anecdotes…)

Parce que Cristiana Morganti a aussi un don de conteuse, ce qui n’est pas donné à tout le monde. On pourrait chipoter en déclarant que le spectacle pourrait être plus resserré. Mais la générosité, l’humour, la prestance de la danseuse italienne ne peuvent que nous séduire.

Enfin on se souvient de cette phrase (célèbre) de Pina : « Tanzt sonst sind wir verloren. »

 

MOVING WITH PINA

de et avec Cristiana Morganti

au Théâtre des Abbesses – Théâtre de la Ville

 

(une autre histoire)

Ça commence. C’est la fin de l’année scolaire. Je suis fatigué, j’ai chaud. tout m’agace. Les téléphones qui tardent à s’éteindre, les gourdes en aluminium qui tintinabulent, les bouteilles en plastique qui craquettent… Le spectateur en retard. « C’est ma place », dit-il. Le spectacle a déjà commencé, je le vois joindre le geste à la parole. L’assurance. Il prend une première photographie avec son téléphone intelligent. Une deuxième photographie. Sans gêne. La danseuse demande à un homme de la rejoindre sur scène. « Moi ! » dit-il. Elle décline la proposition car nous sommes au balcon.  Il prend une nouvelle photo. A la fin de la représentation, il applaudit à tout rompre. Il siffle même avec ses doigts. Je n’ai jamais su siffler avec mes doigts. Le pire dans tout ça, c’est qu’il a la chemise ouverte. Je le déteste.

 

Vu le mercredi 26 juin 2019 au Théâtre des Abbesses, Paris.

Prix de ma place : 22€ (cat.2)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Les Évaporés (Delphine Hecquet / Théâtre de la Tempête)

(de quoi ça parle en vrai)

Au Japon, plus de cent mille personnes s’évaporent chaque année. Ce phénomène est ancien mais les évaporations se sont notoirement développées dans les années 90, pendant la crise financière, pour atteindre le chiffre officieux de 180 000 Japonais disparus volontairement par an. Qui sont-ils ceux qui un jour décident de tout quitter, de claquer la porte sur leur vie en effaçant toute trace de leur existence ? Qui sont-ils ceux qui restent, attendant un signe, une vérité, un retour ? Dans ce pays où l’échec se vit comme un déshonneur, un journaliste français décide de partir à la rencontre de ces évaporés, de ces familles au deuil impossible, pour filmer et tenter de comprendre. (source : ici)

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Crédits photos : Dantes Pigeard et Akihiro Hata

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Une fois n’est pas coutume, je me suis repris à plusieurs fois pour écrire cette « non-critique ». Parce que le sujet de la pièce me titille depuis des années, de par mes lectures, mais aussi et surtout par mes voyages durant lesquels je me plais à m’oublier ou à errer. Sans m’évaporer, j’aime me fondre dans la masse, être personne. Mais je ne suis pour l’instant jamais allé me perdre au Japon, ce pays si fascinant.

L’autrice et metteure en scène Delphine Hecquet a fait les bons choix : suggérer, ne pas se laisser enfermer par son dispositif scénique. Certes on a droit à de la vidéo, une voix off, de la musique (dont la reprise entêtante de « Heroes » par Peter Gabriel et par ce savoureux personnnage de vieille dame de deux cents ans), des changements de décors, mais l’ensemble se fait dans la délicatesse et la sobriété. J’avouerai que je me suis quelque peu assoupi, assommé par la chaleur qui régnait dans la salle et ma fatigue chronique, mais ce n’était pas bien grave. L’atmosphère, entre rêve et réalité, s’y prêtait et je n’ai pas perdu le fil (ça, c’est pour rassurer et dire que mon moment de somnolence fut bref), même si on s’étonne parfois de n’écouter que les voix (presque toutes japonaises) sans suivre les surtitres (ou l’illusion éphémère de comprendre ce que l’on entend).

Parce que je me rêve perdu dans la traduction, je ne me suis pas identifié dans le seul personnage français mais nipponophone (ce mot existe-t-il seulement ?). Certes le journaliste joue un rôle essentiel mais mon attention et mon imagination étaient uniquement focalisées sur l’objet de son enquête et toutes les questions qui en découlaient. Quand on s’évapore, on ne disparait pas tout à fait. De la difficulté de réapparaître pour les uns, de l’incapacité à comprendre un tel geste pour les autres. Pardonner, continuer à vivre, attendre, tourner le dos. Que de questions, que de questions… (tout cela sans un point d’interrogation)

Parce que le sujet de la pièce me titille depuis des années, après cette pièce, cela ne peut que me convaincre d’insister.

 

LES ÉVAPORÉS

texte et mise en scène Delphine Hecquet

traduction Akihito Hirano

avec Hiromi Asai, Yumi Fujitani, Akihiro Nishida, Marc Plas, Kyoko Takenaka, Gen Shimaoka, Kana Yokomitsu en vidéo Kaori Ito, Oscar Suzuki Vuillot, Tokio Yokoi

scénographie Victor Melchy – lumières Jérémie Papin – musique Philippe Thibault – costumes Oria Steenkiste – réalisation des séquences filmées Akihiro Hata – dispositif vidéo Melchior Delaunay – surtitrage Satoko Fujimoto – collaboration artistique et dramaturgie Lara Hirzel – régie générale Marie BonneMaison

Jusqu’au 23 juin 2019 au Théâtre de la Tempête (Paris)

 

(une autre histoire)

La première fois que j’entendis parler d’évaporation, c’était durant l’hiver 2015. Je dînais dans le grand restaurant de la ville de Yellowknife dans les Territoires du Nord Ouest au Canada. Je mangeais seul quand un individu me dévisagea. Il me dit en anglais : « Are you going to disappear ? »

– What are you talking about ?

– How to disappear completely ? You know what I mean ?

– No, I don’t know.

Le plus étrange dans l’histoire, c’est que je comprenais instantanément ce qu’il me disait en anglais, comme si je n’avais pas besoin de faire la traduction…

– Pourquoi venir ici si ce n’est pour vous évaporer ? Nous venons tous pour cela. Certains reviennent, d’autres pas.

– Je suis ici en vacances. Je rends visite à ma soeur.

– Et c’est un hasard si vous lisez Thoreau ici, even in French ?

– Euh… Oui… Non… Mais… vous parliez de disparaître ?

– Vous n’avez pas entendu parler de la dernière ? La Japonaise ? Elle est venue seule, a réservé ici, dans cet hôtel. Ça fait deux jours qu’on ne l’a plus revue. Les gens de l’hôtel ont frappé à sa porte, aucune réponse. Ils ont ouvert mais elle n’était pas là. Toujours ses affaires, sur son lit, dans sa salle de bains. Pas une lettre. Rien. Le réceptionniste me disait qu’il avait trouvé ça bizarre de la voir arriver sans un gros manteau sur le dos. Elle n’était pas équipée pour ce blizzard. On dit qu’elle est partie l’autre matin, se promener au bord du Niven Lake mais qu’elle n’est jamais reparue. Il y a des loups dans les parages, vous le saviez ?

– Non.

– Eh ben , je vous le dis, y a des loups dans les parages. Quand on vient ici, on le sait. Vous, vous ne le savez pas.

– Et ?

(il sourit) Nevermind. »

 

Vu le samedi 8 juin 2019 au Théâtre de la Tempête (Paris)

Prix de ma place : invitation

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Le Champ des Possibles (Elise Noiraud / La Reine Blanche)

(de quoi ça parle en vrai)

« A 19 ans, Elise décide de quitter son village poitou-charentais pour aller à Paris suivre des études de lettres. Elle découvre alors l’autonomie et la liberté et se pose beaucoup de questions. A quel moment se sent-on adulte ? Comment quitter ses parents ? Quitter le terrain de son enfance ? Faire ses premiers choix ? » (source : ici)

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Photo de couverture : Baptiste Ribrault

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Ceci est le troisième opus de la vie d’Élise. Je l’avais découverte il y a sept ans à l’Espace Saint-Martial dans le Off d’Avignon avec le premier volet de cette oeuvre autobiographique : « La banane américaine ». Il y eut d’abord son enfance, puis son adolescence (« Pour que tu m’aimes encore » que j’avais raté) et maintenant le passage à l’âge adulte. Elise Noiraud m’avait déjà à l’époque séduit, le genre « monologue autofictionnel » étant l’une de mes passions.

Ici, l’artiste ne fait que confirmer le bien que je pensais. L’écriture est simple et directe, la mise en scène toute aussi sobre (une chaise, un coffre, des changements de lumière, des musiques bien choisies (oui, j’ai eu aussi ma période All Saints avec « Pure Shores ») et surtout il y a une sacrée comédienne devant nous.

Si on devait faire des rapprochements, on pourrait dire qu’il y a du Philippe Caubère chez Elise Noiraud, cette façon de passer d’un personnage à l’autre, de caractériser cette mère omniprésente, toxique… « Le Champ des possibles » est d’ailleurs plus profond qu’il n’y parait. Sous des allures de « seule en scène » comique, viennent poindre progressivement des instants dramatiques, sur l’accomplissement de soi, sa place quand on devient adulte.

Le rythme y est soutenu. J’aime cette idée de se raconter par le regard d’autres personnages.

Cette pièce est réussie parce qu’Elise Noiraud parle d’elle-même. Elle nous cueille surtout quand elle se joue elle-même. Cette pièce est réussie, surtout parce que chacun s’y reconnait. Je m’y suis reconnu : l’arrivée à Paris (même si j’étais sensiblement plus vieux), le rapport à la famille, l’éloignement géographique…

Je suis Élise. (et je jette au sol mon micro)

 

LE CHAMP DES POSSIBLES

TEXTE & INTERPRÉTATION Élise Noiraud

COLLABORATION ARTISTIQUE Baptiste Ribrault – CRÉATION LUMIÈRE François Duguest

Jusqu’au 22 juin 2019 au Théâtre de la Reine Blanche (Paris), puis au Théâtre Transversal à Avignon du 5 au 28 juillet 2019

 

(une autre histoire)

Je suis en retard, je sais. Pour écrire cet article. Une surcharge mentale m’étreint. Trop de choses à penser, à écrire… « Non non non, pas d’insectes dans ma tête… » Résultat des courses, je suis immobile, allongé sur mon parquet. Je compte les moutons sous mon canapé mais ne m’endors pas pour autant. Je suis aux aguets. Des petits bruits. Ma machine à laver fuit. Je voulais en parler de ma machine qui fuit. Parce que j’ai peur que mon voisin en ait subi les conséquences. Je ne veux pas y aller.

« Toc toc, bonjour petit voisin qui fait semblant de ne pas me voir dans la rue et qui souffle comme un boeuf alors qu’il a un étage de moins à monter par rapport à moi. »

Non, je ne le ferai pas. Je n’ose pas sortir, il m’entendrait. Tous les jours, je l’entends hurler « PUTAIN ! » J’ai peur. Il doit jouer aux jeux vidéos, ça doit être ça la lumière bleutée que je vois quand je lève les yeux au ciel en arrivant dans ma cour. J’ai réparé la fuite, au fait. Juste le boulon ou l’écrou (je ne suis pas très bricoleur) qui s’était desserré.

Je mens. Aujourd’hui, j’ai passé la journée dans un café. Pour écrire ceci, pour écrire cela. Je reviendrai chez moi tard, sur la pointe des pieds. On ne sait jamais.

 

vu le samedi 25 mai 2019 au Théâtre de la Reine Blanche (Paris)

Prix de ma place : invitation

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Antioche (Sarah Berthiaume / Martin Faucher / Paris Villette)

(de quoi ça parle en vrai)

Jade fait des listes et des rencontres sur Internet pour essayer de trouver un sens à sa révolte. Antigone, sa meilleure amie morte dans une pièce écrite il y a 2 500 ans, essaie désespérément de faire jouer sa tragédie à la troupe de théâtre de l’école. Inès, la mère de Jade, erre comme un fantôme dans leur maison de banlieue. Antioche, c’est l’histoire de trois filles emmurées vivantes qui décident de fuir vers l’avant. Et surtout, d’une rencontre improbable dans la ville d’Antioche, en Turquie, là où tout pourrait encore changer. (source : ici)

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(ceci n’est pas une critique, mais…)

Voici une pièce à forte inspiration wajdimouawadienne : un peu de Québec, une pincée de Proche Orient, un sujet sociétal, de la tragédie grecque…

Pourtant c’est la petite histoire qui convainc le plus. Même si la quête (ou l’absence) de sens de la vie d’une adolescente n’est pas le sujet le plus original, le dynamisme des comédiennes (la référence au film Trainspotting également) nous séduit dans un premier temps, sans parler du capital sympathie pour cette langue québécoise que j’aime tant !

Le hasard (?) de la programmation du Paris Villette fait s’enchainer dans le mois deux pièces (Désobéir de Julie Berès et celle-ci) dont certains effets (les comédiennes se filment avec leurs téléphones portables) et des actions (l’adolescente qui communique via Skype avec un étrange inconnu) sont communs. La suite de la pièce est prévisible et peine à nous convaincre. La gestion du volet « radicalisation » (l’héroïne d’origine turque pense qu’en retrouvant ses origines et le bel inconnu, sa vie prendra un nouveau sens, alors même que sa mère avait elle-même fui son pays d’origine pour rejoindre le Canada au même âge) est assez maladroite.

Reste le plaisir d’observer la force de conviction des trois comédiennes, dont Sarah Laurendeau (la fameuse Antigone), déjà à l’affiche de « L’Avalée des avalées » l’automne dernier aux Déchargeurs.

 

ANTIOCHE

texte Sarah Berthiaume

mise en scène Martin Faucher

distribution Sharon Ibgui, Sarah Laurendeau, Mounia Zahzam

scénographie Max-Otto Fauteux / éclairages Alexandre Pilon-Guay / musique originale Michel F. Côté / costumes Denis Lavoie / maquillage et coiffure Angelo Barsetti / vidéo Pierre Laniel / assistance à la mise en scène Emanuelle Kirouac-Sanche / direction technique Karl-Émile Durand et Francis Vaillancourt-Martin

Jusqu’à ce soir (samedi 25 mai 2019) au Théâtre Paris Villette puis au 11 Gilgamesh Belleville du 5 au 26 juillet  2019 (Avignon Off)

 

 

(une autre histoire)

L’ami qui m’accompagne pour voir cette pièce est quelque peu irrité par le comportement de certains spectateurs lycéens. Je crois que je m’énerve suffisamment en journée, dans le cadre de mon travail qui me permet de payer ma place de théâtre, pour que cela me passe au-dessus.

L’ami me propose de boire un verre après la représentation. Il est tôt (20h30). Pourtant je décline l’invitation. Je préfère retrouver mes pénates, ma machine à laver qui fuit… Je n’ose toquer à la porte de mon voisin du dessous pour lui demander si une quelconque fuite est apparue à son plafond. Je fais réchauffer du gratin de courgettes, je suis seul. La semaine dernière, mon appartement était clinquant. Aujourd’hui…

Ce soir, je regarde Koh Lanta. Oui. Je suis celui qui voue un culte à Angélica Liddell, Marlène Saldana, Tiago Rodrigues et je regarde Koh Lanta. Je l’ai même enregistré, au cas où. Je ne le regarde jamais en direct, car je ne sais jamais quoi faire pendant les réclames. J’ai mon chouchou (Cyril… qui est l’ami d’enfance d’une amie infiltrée…), je peste contre le comportement infantile de certains candidats (Mohamed et Nicolas), je m’excite tout seul sur mon divan devant la mauvaise foi ou la lacheté, j’applaudis, je crie « HAHA » quand Cyril sort son collier d’immunité lors du conseil, laissant ses adversaires bouche bée devant ce retournement de situation.

L’émission se termine. Je fais quoi déjà, la semaine prochaine ? J’ai rendez-vous avec mon ex. Je programme l’émission de vendredi prochain, puis je découvre que le programme du prochain Festival d’Automne est déjà disponible. Je note dans mon agenda… Rimini Protokoll, Tiago Rodrigues, Jonathan Capdevielle, Clotilde Hesme, Gisèle Vienne, Boris Charmatz…

De Koh Lanta à Mette Ingvartsen, il n’y a qu’un pas.

 

vu le vendredi 24 mai 2019 au Théâtre Paris Villette

Prix de ma place : 9€ (Pass TPV)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

En Réalités (Alice Vannier / Pierre Bourdieu / Théâtre de la Cité Internationale)

(de quoi ça parle en vrai)

« Pourquoi les gens font ce qu’ils font ? Comment la société, les institutions, les médias déterminent-t-ils nos comportements et notre vision du monde ? Comment l’individu existe-t-il au milieu de ces déterminations sociales si puissantes ? Ces questions qui se posaient dans les années 1990, années de naissances des six comédien·nes au plateau, semblent être toujours aussi actuelles. Comment s’en emparer au mieux et se confronter à nos réalités sinon en essayant de comprendre l’état du monde dans lequel nous sommes arrivés ? « (source : ici)

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Crédits photos : Cie Courir à la Catastrophe

(ceci n’est pas une critique, mais…)

L’appréhension s’empare toujours de moi lorsque je lis qu’un spectacle est inspiré de travaux d’un grand philosophe ou sociologue, ici un ouvrage collectif dirigé par Pierre Bourdieu que je n’ai jamais officiellement lu, hormis des citations ou des extraits ici et là. Cependant, vous ne devez avoir aucun crainte, tout se passera bien.

« En réalités » présente deux réalités : celle d’un groupe de sociologues qui s’activent à la finalisation d’un ouvrage et celle des entretiens présents dans celui-ci. La deuxième réalité est la plus frappante. Elle montre des êtres en souffrance, qui tentent avec leurs mots d’en rendre compte. Ce qui séduit, c’est la sobriété de l’entreprise. Ici, presqu’aucun effet : on prend le temps d’énoncer, donc pour le spectateur d’entendre, de comprendre, de mettre en perspective. Même si j’aurais tendance à dire qu’il y a un petit quart d’heure de trop, il est heureux de voir que la parole de l’individu est respectée, pour que l’on se fasse une idée la plus juste possible de cette réalité.

Le choix d’adapter cette étude qui date des années 90 n’est pas anodine : on y parle d’harcèlement sexuel, moral, de solitude, de la tentation de l’extrême droite, de la pauvreté que nous croisons aux coins de nos rues… Et force est de constater que cela fait cruellement écho à notre quotidien. A la veille des prochaines élections européeenes, rien n’a changé. Je rectifie, la situation s’est aggravée, à tous les niveaux.

Les jeunes acteurs jouent à la fois les sociologues et les témoins (acteurs) de cette misère avec une aisance exemplaire (une étoile en plus pour Anna Bouguereau, à la voix affirmée et le jeu tout en nuances).

A voir et à suivre…

 

EN RÉALITÉS

D’après « La Misère du monde » écrit sous la direction de P. Bourdieu

Mise en scène : Alice Vannier

Avec Anna Bouguereau, Margaux Grilleau, Adrien Guiraud, Hector Manuel, Sacha Ribeiro, Judith Zins

Scénographie: Camille Davy – Lumières: Clément Soumy – Son: Manon Amor – Assistante à la mise en scène: Marie Menechi – Adaptation: Marie Menechi et Alice Vannier

Production: Courir à la Catastrophe

Ce dimanche 19 mai à 15h au Théâtre de la Cité Internationale (Paris) dans le cadre du Festival JT19, puis du 25 au 27 mai au Théâtre Dijon Bourgogne (Théâtre en mai), le 21 juin au Théâtre des Célestins à Lyon et du 5 au 24 juillet (jours impairs) au Théâtre du Train Bleu (Avignon Off)

 

(une autre histoire)

C’est drôle de voir ce genre de spectacles qui parle de la misère humaine, alors que juste avant d’entrer dans le théâtre, j’ai fait semblant de ne pas la voir, de ne pas l’entendre.

Désormais je me balade toujours avec mes écouteurs dans les oreilles. Il ne faut pas perdre de temps. Donc je rattrape certains podcasts (en ce moment « Première et dernière fois » par Lucille Bellan et « Lumières dans la ville » par Edouard Baer) ou bien je réécoute certains albums que j’avais délaissés (présentement « The Forgotten Arm » d’Aimee Mann et « Foreplay » du duo éphémère My Girlfriend is better than yours.

Je m’isole, je suis dans ma bulle. Je m’aperçois même que ça m’handicape quand je sors du métro, quand je me retrouve ballotté par les gens qui se déplacent plus vite que moi.

A l’entrée de la Cité Universitaire Internationale (où se trouve le théâtre), quelqu’un m’interpelle : « S’il vous plait, Monsieur ! » Je l’ai entendu, mais je ne réponds pas.

La vérité, c’est que je dis que je suis dans ma bulle, mais je vois tout, je suis aux aguets. Avant de traverser la rue, je l’avais vu qui faisait les cent pas, qui accostait les passants. C’est une question de timing.

« S’il vous plaît, Monsieur ! (un temps) Monsieur ! (un temps) HEEEEEEEEEEEEY ! »

Je ne me suis pas retourné. J’ai des écouteurs, je ne t’entends pas, nos regards ne se sont pas croisés, tu n’existes pas.

 

Vu le samedi 18 mai 2019 au Théâtre de la Cité Internationale (Paris)

Prix de ma place : invitation Télérama

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Cataract Valley (Jane Bowles / Marie Rémond / Ateliers Berthier)

(quand on ne lit pas la bible)

Cataract Valley ? Six seniors sont en convalescence dans la Vallée de la Mort après une intervention chirurgicale de la cataracte ?

(de quoi ça parle en vrai)

« Pourquoi Harriet manipule-t-elle les sentiments de Beryl, “serveuse blonde et courtaude au regard têtu” ? Pourquoi sa jeune sœur, Sadie, vient-elle lui rendre une visite inopinée ? À Camp Cataract, mi-camp de vacances mi-sanatorium, la folie n’est jamais très loin… » (source : ici)

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Crédits photos : Simon Gosselin

(ceci n’est pas une critique, mais…)

En entrant dans la petite salle des Ateliers Berthier, nous sommes saisis par le parfum des pins, du sol mouillé. Bienvenue en forêt. La pluie, les chutes d’une cascade seront également de la partie, nous serons soufflés par… le souffle causé par la chute de la pluie et des chutes de l’eau de la cascade… Je m’égare et pas que dans la forêt. Je pense être victime d’une malédiction : tous les spectacles qui se passent dans une forêt me tombent des bras : Au bois et surtout Opéraporno de triste mémoire.

Tout ça pour dire que « Cataract Valley » est un objet théâtral qui ne se laisse pas apprivoiser facilement. Oui, un objet peut être apprivoisé, je l’ai décidé. Pour être clair, je ne suis pas entré dans cette atmosphère champêtre et mystérieuse qui avance masqué. Je suis resté à la lisière de l’ennui. On rencontre un Indien qui n’en est pas un, une soeur qui ne veut pas que sa famille s’incruste dans son refuge… Alors oui, comme il est indiqué dans la note d’intention, on perçoit l’impressionnisme de la mise en scène, le fameux « trompe-l’oeil », mais bon… (« mais bon… » est le meilleur de mes arguments !) Je fus heureusement sauvé par la prestation de Caroline Arrouas qui impressionne par sa fragilité et sa justesse en soeur qui se perd peu à peu.

 

CATARACT VALLEY

d’après Jane Bowles

un projet de Marie Rémond, adaptation et mise en scène Marie Rémond et Thomas Quillardet

avec Caroline Arrouas, Caroline Darchen, Laurent Ménoret, Marie Rémond

traduction Claude-Nathalie Thomas – scénographie Mathieu Lorry-Dupuy – son Aline Loustalot – lumière Michel Le Borgne – costumes Marie La Rocca – assistant à la mise en scène Aurélien Hamard–Padis

Jusqu’au 15 juin 2019 dans la petite salle des Ateliers Berthier – Odéon Théâtre de l’Europe (Paris)

 

(copié collé)

Une fois n’est pas coutume, je ne vous gratifierai pas d’une nouvelle histoire. L’eau tient une part très importante dans cette pièce et je désirais reproduire ici un extrait de « Journal d’un médecin de Niagara Falls, 1879 – 1905 » du Dr Moses Blaine, qui est diablement inspirant :

« Les chutes du Niagara exercent sur une partie de la population, qui atteint peut-être les 40% d’adultes, un effet mystérieux dit hydracropsychique. On a vu cet état morbide miner temporairement jusqu’à la volonté d’hommes actifs et robustes dans la fleur de leur âge, comme s’ils se trouvaient sous le charme d’un hypnotiseur malveillant. Ces individus, attirés par les tumultes en bas des Chutes, peuvent passer de longues minutes à les contempler, comme paralysés. Si on leur parle d’un ton ferme, ils n’entendent pas, si on essaye de les toucher ou de les retenir, ils peuvent vous repousser avec colère. Les yeux de la victime envoûtée sont fixes ou  dilatés. Il existe peut-être une mystérieuse attirance biologique pour la force tonnante de la nature représentée par les Chutes – qualifiées trompeusement par romantisme de « magnifiques », « grandioses », « divines » – de sorte que l’infortunée victime se précipite à sa perte si elle n’en est empêchée. »

 

vu le mercredi 15 mai 2019 à la petite salle des Ateliers Berthier – Odéon Théâtre de l’Europe

Prix de ma place : 14€ (tarif avant-première)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Kreatur (Sasha Waltz / La Villette)

(de quoi ça parle en vrai)

Dans l’environnement sonore créé par le trio Soundwalk Collective, avec les costumes de la styliste Iris van Herpen et les lumières d’Urs Schönebaum, la chorégraphe allemande renoue ici avec quelque chose d’originel. Comment existe-t-on, aujourd’hui, dans cette société sans dessus dessous qu’est devenue la nôtre ? Brinquebalés, arc-boutés, malmenés, insurgés. Entre le pouvoir et la domination, la liberté et le contrôle, la communauté et la solitude, on s’essaye à l’équilibre. Ça blesse, ça vibre, ça cogne, ça échappe, ça insiste. Sans répit, les quatorze danseurs matérialisent ces tensions incessantes, ces déplacements d’un pôle à l’autre, intemporels autant qu’arrimés à notre contexte contemporain. (source : ici)

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(photo de couverture : Walter Bickmann – ci-dessus : Ute & Luna Zscharnt)

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Cette pièce de danse intitulée « Kreatur » a déjà été présentée lors du dernier Festival d’Avignon. Les retours avaient été plutôt frais mais l’envie de découvrir le travail de Sasha Waltz était intacte.

Le premier tableau du spectacle est « de toute beauté ». Nous voyons ces danseurs, toutes et tous torse nu, évoluer à l’intérieur d’une espèce de cocon, s’en extirper, se rencontrer, puis prendre place derrière des sortes de miroirs sans tain flexibles, dans lesquels ils s’enferment, nous donnant l’occasion d’admirer leurs corps diffractés (je ne sais absolument pas si cela veut dire grand chose), grâce également à la magnifique lumière de Urs Schönebaum.

Et c’est après cela que les ennuis commencent, que l’ennui s’empare peu à peu de moi. Je vois un groupe qui se meut, s’arrête et repart de concert. Puis le chef de la meute mène ses semblables qui reproduisent ses gestes. Attends, mais bon sang, c’est bien sûr : j’ai déjà fait cet exercice-là lors d’un atelier de théâtre amateur ! Quelque chose se brise dans ma perception de cette pièce. Les interprètes se mettent à parler : « La vie est fantastique, pourquoi on se la complique ? ». Non, les paroles c’est : « Le plastique, c’est fantastique ! » (jamais je n’aurais pensé citer le groupe Elmer Food Beat ici et je l’ai pourtant fait !).

Dans le dernier tableau, nous entendons « Je t’aime moi non plus », la chanson de Gainsbourg et Birkin. Les danseurs s’entremêlent, y a une poutre en bois qui s’imbrique dans ces corps… Je trouve cela daté et même ridicule.

Je trouve cela surtout dommage quand je repense à l’exceptionnel tableau introductif.

 

KREATUR

Direction, chorégraphie Sasha Waltz

Costumes Iris van Herpen – Musique Soundwalk Collective – Lumières Urs Schönebaum – Directeur de répétition Davide Di Pretoro Dramaturgie Jochen Sandig

Danseurs Liza Alpízar Aguilar, Jirí Bartovanec, Davide Camplani, Clémentine Deluy, Peggy Grelat-Dupont, Hwanhee Hwang, Annapaola Leso, Nicola Mascia, Thusnelda Mercy, Virgis Puodziunas, Zaratiana Randrianantenaina, Yael Schnell, Corey Scott-Gilbert, Claudia de Serpa Soares

 

(une autre histoire)

Sasha Waltz est allemande. Premier point commun, j’ai du sang allemand. Lorrain pour être plus précis, mais à un moment ou à un autre, ce sang était quand même allemand. Pis, j’ai fait Allemand LV1. Je ne le répète jamais assez.

Sasha Waltz est née à Karlsruhe. Avec ma classe de seconde, nous avions passé une journée à Karlsruhe. Les coïncidences parfois… Le matin, nous étions au lycée, le midi nous mangions des pates (allez savoir pourquoi ça m’a marqué) avec du Spezi. Le Spezi, c’est un mélange de Coca et de soda à l’orange. J’adore ! L’après-midi nous avions quartier libre. Je me baladais en chantant lalala avec un de mes amis, puis nous nous perdîmes. Les églises se ressemblaient toutes, nous faillîmes nous faire écraser par une bicyclette folle qui ne semblait pas comprendre que nous étions égarés sur cette immense piste cyclable : « Mais c’est où pour les piétons, c’est là où c’est clair ou là où c’est foncé ? ». Nous demandâmes notre chemin à un parfait inconnu : « Die Jugendherberge, bitte ? Wir sind verloren ! » Ce gentil monsieur nous proposa de nous ramener en voiture.

Notez que nous n’avons absolument pas pensé une seule seconde au pire. Cela dit, peut-être s’est-il passé quelque chose dans cette voiture, que mon inconscient a totalement occulté. Peut-être que tout cela n’existe pas, que tout ce que j’ai vu, tout ce que je raconte, tout ce que j’ai vécu, c’est dans ma tête. Que les mots que j’écris ici sont en fait sur les murs d’une cave allemande et que ça fait bien longtemps que j’ai dévoré et digéré mon acolyte…

 

vu le vendredi 19 avril 2019 à la Grande Halle de la Villette

prix de ma place : 12€ (tarif personnel Villette obtenu grâce à une amie)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Le Voyage de G. Mastorna (Fellini / Rémond / Comédie Française)

(de quoi ça parle en vrai)

« Un projet qu’il disait être le plus important de sa vie et que lui-même a rendu mythique. Au sommet de sa gloire, alors qu’il vient de tourner Huit et demi et Juliette des esprits, il s’engage dans ce « thriller métaphysique ». Il y a de la Divine Comédie de Dante dans l’odyssée de Giuseppe Mastorna, violoncelliste de renommée internationale qui, victime d’un accident d’avion, se retrouve dans une sorte de ville-limbes, un au-delà baroque et cauchemardesque. Ne parvenant pas à prouver son identité, « il a perdu le sens le plus authentique de la vie », explique Federico Fellini qui soumet son « double » à une série d’épreuves kafkaïennes. » (source : ici)

LE VOYAGE DE G. MASTORNA -
Photo : Vincent PONTET

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Fellini est à la mode : Avant l’exposition qui lui est consacré à la Cinémathèque, voici donc la seconde incursion de Marie Rémond à la Comédie Française avec ce spectacle inspiré de la mésaventure Mastorna ou le film qu’on ne verra jamais tounée par le Maître.

Je ne suis pas un habitué du Français. J’y ai seulement vu le très classique et réussi Avare avec Denis Podalydès ou les mises en scènes de Ivo van Hove et de Christiane Jatahy. Je fus dont très heureux de me retrouver au premier rang, dans ce dispositif bi-frontal. Les acteurs y sont aussi obligés de jouer de dos, au plus près des spectateurs. Et ces acteurs-là sont tous sensationnels, Serge Bagdassarian en tête (et Georgia Scalliet aussi que j’avais pu admirer dans « Après la répétition » d’après Bergman par le tg STAN). C’est aussi et surtout la joie de retrouver une metteure en scène que j’admire : Marie Rémond. A la manière d’un Dorian Rossel (metteur en scène suisse que je vous invite à découvrir, si ce n’est déjà fait), elle adapte des matériaux non théâtraux (biographie, film, roman…) pour en faire des objets toujours savoureux. Après André Agassi, Barbara Loden et Bob Dylan (déjà à la Comédie Française), elle propose cet épisode de la vie artistique et personnelle de Fellini, entre répétitions de tournage, crise existentielle, qu’on pourrait rapprocher du Lost in la Mancha qui contait le tournage avorté de Don Quichotte par Terry Gilliam. Avant de mourir d’une overdose de name dropping, je dirai également que la pièce n’aurait pu être qu’anecdotique si elle ne s’était contenté que de scènes montrant Mastroianni (Laurent Lafitte) mangeant des pates ou cet acteur (Nicolas Lormeau) qui donne sa réplique toujours trop tôt ou trop tard. Mais Marie Rémond et ses collègues Thomas Quillardet et Aurélien Hamard-Padis ont réussi, à mon sens, à instiller ce sentiment de doute dans la vie d’un artiste, où la réalité se mélange à la fiction (ou l’inverse).

Alors pour chercher la petite bête, on pourrait dire que la pièce souffre de longueurs dans sa deuxième partie, aussi, peut-être pour montrer que Fellini était un génie inégalable. 

 

LE VOYAGE DE G. MASTORNA

avec Alain Lenglet, Serge Bagdassarian, Nicolas Lormeau, Georgia Scalliet, Jeremy Lopez, Jennifer Decker, Laurent Lafitte, Yoann Gasiorowski

D’après Federico Fellini

Mise en scène : Marie Rémond

Traduction : Françoise Pieri – Adaptation : Marie Rémond, Thomas Quillardet et Aurélien Hamard-Padis – Scénographie : Alban Ho Van – Costumes : Marie La Rocca – Lumière : Jérémie Papin – Son : Dominique Bataille – Film : Avril Tembouret – Maquillage et coiffure : Cécile Kretschmar – Collaboration artistique : Thomas Quillardet

Jusqu’au 5 mai 2019 au Vieux Colombier – Comédie Française, Paris.

 

(une autre histoire)

Je me souviens… Il faudrait que je démarre toutes mes chroniques par cette locution. Je devrais peut-être même écrire un livre avec mes souvenirs : « Je me souviens ci, je me souviens ça… » Je suis sûr que ça pourrait marcher.

Donc… Je me souviens avoir entendu la musique de la Strada sans savoir que c’était  de Nino Rota (et donc un film de Fellini). Je me souviens dans le Péril Jeune du personnage de Tomasi qui ne descendait pas du panneau de basket et qui criait « Voglio una donna », parce qu’il avait vu Amarcord la veille à la télé. D’ailleurs moi aussi. Je vous laisse choisir ce que moi aussi.

Il y a quelques années, j’avais vu une expo qui lui était consacré au Jeu de Paume. Je m’étais dit que je (re)verrais bien ses films dans la foulée, ce que je n’ai pas fait. Pourquoi ?

Je rêve d’avoir la vie douce… Non, je ne ferai pas la compilation des titres de ses films.

Moi aussi, j’ai un projet avorté. Deux. Trois ? Officiellement deux. Le troisième est en cours. J’ai ça en commun avec l’éléphante, une longue gestation.

De quoi pourrais-je encore parler ici ?

De l’expérience du strapontin qui saute dès que le voisin repositionne son séant ?

Je vais vous raconter une histoire… Non, j’ai déjà fait ça. Depuis ce matin, je tente de ne pas me répéter.

 

Vu le dimanche 7 avril 2019 au Vieux Colombier – Comédie Française

prix de ma place : 24€ (strapontin)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

La Légende de Bornéo (L’Avantage du Doute / Théâtre de l’Atelier)

(quand on ne lit pas la bible)

La Légende de Bornéo ? Je ne vais pas me lancer, je ne sais déjà pas où se trouve Bornéo… Pis, je ne vais pas faire semblant de ne pas savoir de quoi il retourne, vu que j’ai vu la Grande Traversée du collectif l’an passé et le film de Judith Davis « Tout ce qu’il me reste de la révolution » !

(de quoi ça parle en vrai)

« Il y a une légende à Bornéo qui dit que les orangs outans savent parler mais qu’ils ne le disent pas pour ne pas avoir à travailler. » (source : ici)

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Ici point de singe, mais des comédiennes et des comédiens qui interrogent notre rapport au travail, du sens que cela peut avoir et surtout comment ce travail peut influer sur notre vie, sur nos rapports à l’autre, sur notre famille ou sur notre couple. (Je dis « notre », mais c’est un terme générique, parce que, personnellement, je ne suis présentement pas en couple. J’ai déjà du mal à me supporter moi-même…)

C’est une pièce qui s’articule autour de cinq moments, de cinq tableaux, qui n’ont pas forcément de lien entre eux, on ne sait pas trop quand ça commence, ni quand ça finit. Mais sous des allures un peu foutraques, le collectif sait très bien où il veut en venir, on rit, mais on ne peut s’empêcher à un moment ou à un autre d’avoir un peu froid dans le dos. On y aborde tout de même le burn-out, le regard de l’autre quand on se risque à ne plus être dans les normes sociales… On est souvent sur le fil. Ce qui fait aussi froid dans le dos, c’est de savoir que la pièce a été créée au Théâtre de la Bastille il y a sept ans et que rien ne semble avoir changé, bien au contraire.

C’est une pièce finement écrite, il y a une générosité, une sincérité qui transparaissent très clairement de la part des cinq acteurs. Il y a des moments agités, certes, où ça fuse, mais aussi des moments où on prend le temps de raconter une histoire. On laisse respirer les flottements (je ne sais absolument pas si ce que je viens de dire veut dire quelque chose).

J’ai beaucoup d’affection pour les personnes qui composent le collectif, en particulier Judith Davis et Claire Dumas, que j’ai pu cotoyer de longues heures l’an passé durant leur Occupation du Théâtre de la Bastille. Et je tenais vraiment à écrire ces quelques mots (une semaine après avoir vu la pièce) pour un spectacle qui compte. Un spectacle utile.

(cette chronique a été dans les grandes lignes lue lors du dernier enregistrement de Radio Mortimer #20)

 

LA LÉGENDE DE BORNÉO

par le Collectif L’Avantage du Doute

Avec Simon Bakhouche, Mélanie Bestel, Judith Davis, Claire Dumas, Nadir Legrand

(photos : Pierre Grosbois)

Jusqu’au 5 mai 2019 au Théâtre de l’Atelier, Paris puis au Théâtre des Carmes pendant le Festival Off d’Avignon.

 

 

(d’autres histoires)

Serait-ce le moment de parler de mon travail, moi qui, dans la fausse vie (vous connaissez la suite… ou lisez Fernando Pessoa, nom de Dieu !), suis fonctionnaire. Il n’ y a pas longtemps, mon supérieur hiérarchique a évoqué lors d’une réunion que nous autres, fonctionnaires, étions là pour fonctionner. Le gros mot est dit. Je vais recevoir un blâme pour en avoir parlé ? Licencie-moi si tu l’oses. Cap ou cap ?

Gagner sa vie. Il n’y aurait pas d’autres moyens de gagner sa vie ? Avons-nous eu le choix d’être en vie, alors pourquoi la gagner ? Vous avez quatre heures, toute sortie est définitive.

Si t’avais vraiment eu le choix, t’aurais fait quoi ? Je souris.

Je réponds désormais : Je ne sais pas. Mais je sais qu’il y a presque quatorze ans, quand on m’a donné mon affectation, au lieu d’aller à droite, je serais allé à gauche et ne serais plus jamais revenu.

*****

En job d’été, j’ai travaillé à la banque, un mois. Au Conseil général, un mois. A la Poste, 3 étés et 2 Noël. Me lever à 4h30 du matin l’été m’allait bien. Il faisait frais, je m’offrais toujours un Coca Vanille à la pause de 10h, je piquais le Télé 7 Jours d’une personne décédée dont l’abonnement n’avait pas encore été interrompu, j’étais l’as du tri : ville / département / pays / étranger / non timbré. Je soupesais les lettres et savais si le timbre correspondait au poids. Je jouais au basket avec les colis. J’étais insouciant.

*****

J’ai vu cette pièce du collectif l’Avantage du Doute le 7 avril. Le 14, je vois le Voyage de G. Mastorna par Marie Rémond à la Comédie Française, qui parle notamment des affres de la création (un film que n’aura jamais réalisé Federico Fellini) et du doute. J’aime trouver des liens.

*****

Le 14 septembre 2019, je vais fêter mes quinze ans de travail d’adulte. Et par la même occasion, mes quinze ans de vie parisienne. Tu es cordialement invité.e. à fêter cela ce jour-là. 

 

vu le dimanche 7 avril 2019 au Théâtre de l’Atelier, Paris

Prix de ma place : 25€ (cat.2)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Stan dans « Quelque chose en nous de Vinci (La Nouvelle Seine)

(quand on ne lit pas la bible)

Stan ? Mince ! Mon collectif adoré le tg STAN s’est séparé ?

(de quoi ça parle en vrai)

« Une chaise et un chapeau comme unique décor, Stan entre en scène en dansant sur un air de Michael Jackson pour emmener le public dans ses propres univers. (…) De la Joconde à la Vénus de Milo, de « l’homme enceint » au rappeur gentil, il met l’humour de manière subtile au service de la poésie de Rimbaud ou d’Edmond Rostand, avec une interprétation rappelant celle de Raymond Devos et la verve de Fabrice Luchini… » Isabelle Antoine Rey, LA PROVENCE (source : ici)

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photo de couverture : Sophie Carotenuto

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Pourquoi suis-je allé voir ce spectacle, ce « one man show » ? Parce qu’on m’en avait dit du bien (notamment une très vieille amie qui connait le jeune homme), parce qu’il a travaillé avec une metteure en scène dont je me languis de revoir le travail (Elsa Granat, bientôt au Théâtre du Train Bleu au Festival Off d’Avignon cet été), parce qu’il vient de Marseille (solidarité Planète Mars).

Alors même que le spectacle souffre peut-être de longueurs dans sa deuxième partie (je ne suis pas un afficionado du genre, il faut dire), on ne peux que souligner la qualité de l’écriture, fine et intelligente (entendre « pas intello »). Parce que Christophe Carotenuto, de son vrai nom, a des lettres, nous en fait profiter, sans que cela soit pesant ou abscons. Il nous parle de sa vie, de certains personnages qu’il a croisés, de sa passion pour le théâtre, les arts, les mots, de sa difficulté en tant qu’acteur à faire son trou. Et comme il le dit dans son spectacle, on ne sait pas trop dans quelle case on peut le mettre. Faut-il tout mettre dans des cases ? Disons qu’on est entre le seul en scène et le one man show. Ce qui veut dire la même chose, j’en conviens, mais n’a pas la même « connotation ». Stan ne cherche pas le rire toutes les dix secondes. On est amusé, interessé. On rit aussi, quand même, heureusement. On voit qu’il a de nombreuses cordes à son arc, le Christophe Carotenuto sait jouer et écrire (et danser) et ne va pas « baisser le charisme » de sitôt.

Ce spectacle recommandé et recommandable, qui a déjà pas mal tourné, est à guetter près de chez vous.

 

STAN – On a tous quelque chose de Vinci

De et par Stan

Co-mise en scène: Elsa Granat

À la Nouvelle Seine, Paris, les 28 mai et 18 juin

 

(d’autres histoires)

Deux fois cette semaine, ce soir et vendredi prochain avec Ivo van Hove, que j’entends ce prénom (oui, je vois dans l’avenir… ou j’écris mes chroniques dans le désordre). Je ne citerai pas ce prénom. J’ai peur qu’il me hante durant ces prochaines nuits noires et solitaires, alors que j’ai tant besoin de repos. Mentalement, je fais la liste, que dis-je le catalogue, des prénoms que je ne donnerai jamais à mes enfants. Les prénoms des personnes bêtes, des anciennes petites amies, des élèves qui t’ont mis hors de toi… Il ne reste pas grand chose, j’en conviens.

*****

Faudra m’expliquer comment je peux avoir le mal de mer sur une péniche à quai sur la Seine, alors que j’ai déjà passé 48h sur un bateau entre le Danemark et l’Islande sans souffrir d’une quelconque nausée.

*****

A la sortie, je suis évidemment en train de consulter mon téléphone, quand une personne m’aborde et me demande : « Tu as une feuille à rouler ? » Je ne me suis pas dit : « Oh purée, je vais me faire agresser ou pire subtiliser mon portable dont l’obsolescence est apparemment programmée pour dans douze jours, aux vues des caprices de ma batterie ! ». Non, je me suis dit : « On me tutoie, vous avez entendu ? On m’a tutoyé ! J’ai rasé ma longue barbe et pile après on me tutoie ! »

Evidemment on m’a piqué mon téléphone plus trop intelligent, mais c’était pas bien grave : on m’a tutoyé !

 

vu le mardi 2 avril 2019 à la Nouvelle Seine, Paris

prix de ma place : 5€ (tarif WeClap)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

The Hidden Force (Couperus / Ivo van Hove / La Villette)

(quand on fait semblant de ne pas lire la bible)

The Hidden Force ? Le mystère, c’est qu’il s’agit d’un titre anglais alors que la pièce se joue en néerlandais… De stille Kracht…

(de quoi ça parle en vrai)

Fin du XIXe siècle. Indes orientales néerlandaises. Île de Java. Otto van Oudijck est un gouverneur dévoué et compétent, apprécié, croit-il, des siens et des locaux, si investi dans sa mission qu’il en devient aveugle aux besoins de ses proches. La Force des ténèbres est le formidable roman de sa déchéance. À sa culture rationnelle, logique, bureaucratique d’occidental s’opposent les phénomènes occultes, le mystère, la superstition, qui orchestreront sa perte. (source : ici)

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Crédits photos : Jan Versweyveld

(ceci n’est pas une critique, mais…)

L’ultra-prolifique Ivo van Hove adapte et met en scène un texte d’un auteur néerlandais, Louis Couperus, inconnu de moi-même. Coupons court au suspense, il m’a laissé sur le bord du chemin. Alors que je fus plus qu’enthousiaste à la vision de ses adaptations shakespeariennes, je ne parvins pas à entrer dans cette histoire familiale et coloniale.

Le prestigieux metteur en scène, adulé de New York à Paris, sait toujours aussi bien composer des images fortes (la mousson, la tempête, en vrai sur le plateau… une pensée pour les spectateurs du premier rang) avec une composition musicale interprétée en direct (une pensée à ce piano qui prend l’eau) Et pourtant, malgré une interprétation irréprochable, la pièce ne m’a fait ressentir qu’un ennui poli. Elle n’est pas parvenue à me toucher. La mousson m’a tenu à distance. (je cherche une nouvelle phrase pour dire exactement la même chose, mais n’y parviens pas, désolé)

Ps : Les acteurs passent pratiquement deux heures sous la flotte, sans un toussotement. Je voudrais  bien qu’on me communique l’adresse de leur médecin.

 

THE HIDDEN FORCE

Texte Louis Couperus

Mise en scène Ivo van Hove

Adaptation, dramaturgie Peter van Kraaij – Scénographie, lumières Jan Versweyveld – Musique Harry De Wit – Costumes An D’Huys – Chorégraphie Koen Augustijnen – Assistant metteur en scène Gilles Groot – Directeur associé Wouter Van Ransbeek

Avec Bart Bijnens, Mingus Dagelet, Jip van Den Dool, Barry Emond, Eva Heijnen, Halina Reijn, Maria Kraakman, Chris Nietvelt, Massimo Pesik, Dewi Reijs, Michael Schnörr, Gijs Scholten van Aschat, Leon Voorberg

Jusqu’au 11 avril 2019 à la Grande Halle de la Villette, Paris (en collaboration avec le Théâtre de la Ville)

 

(une autre histoire)

(mercredi après-midi) On ne peut pas dire que je sois… C’est quoi le mot quand on se croit tout le temps malade… Y a même eu un film de Dany Boon là-dessus… Hypocondriaque. Je serais plutôt dans le déni. Je sais que je ne suis pas sain, mais je ne vais pas pour autant chez le médecin. Oh ! Ça rime ! Depuis peu, je cours et pour une prochaine course caritative je dois fournir un certificat médical. Mon médecin se souvient de mon visage. Elle me demande de deviner depuis combien de temps je ne suis pas venu. Cinq ans. Je m’en souviens, parce qu’il y a cinq ans, je lui avais demandé un arrêt maladie. Cinq ans que je ne me suis pas arrêté, obsèques d’un.e proche non compris ?

Comme je suis pour l’optimisation du temps et des ressources, je lui demande de voir si tout va bien et le reste aussi, tant qu’à faire. Je lui parle de mon rhume du moment et de la toux qui s’en vient et qui revient, mais qui ne s’en va jamais. C’est nerveux, je crois bien. Ou la pollution.

(jeudi matin) L’infirmière chope du premier coup ma veine. Mais deux jours après, j’ai encore un hématome. Je suis prêt pour Trainspotting 3.

(jeudi après-midi) Je lis les résultats d’analyse. Elles ne sont pas bonnes. Je consulte, crétin que je suis, Doctissimo : Je suis une bombe à retardement. Mes six étages me seront fatals, un jour ou l’autre. Je couve un infarctus, une fracture du myocarde. Je déprime. Comme je n’arrive pas à mentir, quand on me demande si ça va, je pleure.

(vendredi) J’ai très mal dormi. Déjà qu’avec le boulot que je fais, je frôle tous les jours l’AVC, je ne sais plus quoi faire. Mon médecin lit les analyses.

« Ah, j’aurais peut-être dû vous dire d’attendre que votre rhume passe, cela a quelque peu faussé vos analyses sanguines. À part ça, tout va bien. »

(vendredi soir) C’est le coeur léger que je me rends à la Grande Halle de la Villette où je dis bonjour à deux collègues blogueuses et une collègue tout court qui sera surprise de me voir le rang devant elle.

Moi : « Finalement, je ne vais pas mourir.

Elle :  Mais si, voyons. Nous mourrons tous.

Moi : Je sais, je sais, mais pas moi. Moi, je suis immortel. »

 

Vu le samedi 5 avril 2019 à la Grande Halle de la Villette

Prix de ma place : 12€ (tarif spécial personnel de la Villette, grâce à une amie)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Radio Mortimer #20

Et voici donc venu le temps de ma deuxième intervention au podcast théâtre Radio Mortimer, une émission faite par des passionné.e.s de théâtre.

Au programme du soir :

Chanson douce de Pauline Bayle à la Comédie-Française (à partir d’1 min 37 s, avec Hélène – Le 4e Mur et Iris – Miniepoussine)

La Trilogie de la vengeance de Simon Stone au Théâtre de l’Odéon – Ateliers Berthier (à partir de 9 min 19s, avec Christine – Théâtre Côté Coeur, Claire – Apartés, Thibaud – Titikatiam)

– Coup de coeur pour Ça ira (1) – Fin de Louis de Joël Pommerat au Théâtre de la Porte St-Martin (à partir de 22 min 03s, par Christine – Théâtre Côté Coeur)

Le Pays lointain de Clément Hervieu-Léger au Théâtre de l’Odéon (à partir de 24 min 36 s, avec Claire – Apartés, Hélène – Le 4e Mur, Bénédicte – La Nouvelle Claque)

– Coup de coeur pour Bells and Spells de Victoria-Thierrée Chaplin au Théâtre de l’Atelier (à partir de 35 min 40 s, par Yann – Le Galopin)

Le Direktor d’Oskar Gomez Mata au Théâtre de la Bastille (à partir de 37 min 37s, avec Hélène – Le 4e Mur et moi-même)

Coups de coeur pour An Irish Story – Une Histoire Irlandaise de Kelly Rivière au Théâtre de Belleville (à partir de 43 min 10 s) et La Légende de Bornéo par le collectif L’Avantage du Doute au Théâtre de l’Atelier (à partir de 45 min 22 s) (par moi-même)

Le Fils de Marine Bachelot Nguyen au Théâtre du Rond-Point (à partir de 47 min 50 s, avec Iris – Miniepoussine et Véro – Théâtrelle)

Un grand merci à toute l’équipe et aussi à Melina – Théâtrices pour ses ciseaux et la présentation et à la prochaine !

Of Balls, Books and Hats (Julien Prévieux /La Ménagerie de Verre / Festival Etrange Cargo)

(de quoi ça parle en vrai)

« Tous les objets qui nous entourent ont tendance à devenir “smart”, des smartphones aux smart grids en passant par les smart cities et les inénarrables smart shoes. Cette smartification du monde se développe grâce à un ensemble de processus d’apprentissage intégrés aux appareils eux-mêmes. Dans Of balls, books and hats, quatre danseurs/acteurs donnent à voir des expériences clés à l’origine de cette évolution… » (source : ici)

ofballs
© Betty Bogaert

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Il faut voir ce spectacle pour comprendre ce qu’il en est. Même en voyant le spectacle, il est difficile de poser des mots. En tout cas pour moi. Donc… Devant nous : quatre performeurs (danseurs, acteurs…) qui exécutent des séries d’actions, orales mais surtout physiques et absurdes. Ils essaient, ils se trompent, ils essaient, ils se trompent. L’intelligence artificielle enregistre, ajuste, pour, à terme, que l’I.A. remplace la présence humaine.

« Of balls, books and hats » pourrait très bien être présenté dans un musée, ou divisé en micro-pastilles qu’on présenterait sur Arte. Ceci n’est pas une critique, mais un moyen pour faire comprendre qu’il ne s’agit pas d’un spectacle théâtral au sens classique du terme. Je dis cela car j’ai la fâcheuse tendance à ne jamais lire le programme avant d’entrer en salle. Pour information, Julien Prévieux fut le récipiendaire du Prix Marcel Duchamp 2014.

Tout ça pour dire qu’on est dans de la performance, qui peut être drôle, notamment quand nos performeurs se déplacent à la John Cleese ou comme des petits personnages de jeux vidéos qu’on ferait évoluer dans différents univers. Qui peut aussi faire réfléchir, car tout cela est loin d’être vain, notamment grâce à cette voix off qui explique le fin mot de l’histoire. C’est la machine qui gagne à la fin. Et on aime ça. (pas la conclusion, mais le fait de voir des spectacles différents chaque soir)

 

OF BALLS, BOOKS AND HATS

conception • Julien Prévieux

avec • Jonathan Drillet, Harold Henning, Anne Steffens et Julia Perazzini

voix off • Frédéric Poinceau

(d’autres histoires)

Aujourd’hui, j’ai manifesté. Oui, parce que dans la vraie vie (ou la fausse, c’est selon), je fais un métier qui demande parfois de manifester. Parce que je fais un métier de feignasse, de privilégié, qui se plaint tout le temps et qui ne veut pas que les choses changent. Bref. C’est aussi et surtout l’occasion de revoir des anciens collègues.

ELLE : Je t’ai vu l’autre jour, à la télé, au journal de 20h ! Pour la manif du 18 ! Tu passais, t’étais habillé comme aujourd’hui… Tu faisais peur !

Je suis celui qui fait tout le temps la gueule. C’est un fait. Et ça a été filmé.

*****

Aujourd’hui, j’ai manifesté et sur le chemin du retour, sur l’avenue des Gobelins, j’ai croisé une artiste d’origine québécoise qui fait des vidéos sur Youtube et qui va se produire au Festival d’Avignon dans un Sujet à Vif. (Ira Mihalache alias Solange te Parle) J’apprécie beaucoup ce qu’elle fait.

Le soir, je me rends à la Ménagerie de Verre. Qui croisé-je ? Cette même artiste. Je n’ose pas l’aborder pour lui dire : « J’aime beaucoup ce que vous faites. » ni « Vous savez, je vous ai croisée cet après-midi, avenue des Gobelins. Non non, je ne vous ai pas du tout suivie ! »

*****

Ce soir, je suis allé à la Ménagerie de Verre parce que j’avais gagné une invitation. Je donne mon prénom et mon nom. La jeune femme de la billetterie me dit : « Alexis ? » Je réponds : « Non, moi, c’est Axel, mais le nom de famille, c’est bien ça. ». Elle me dit : « C’est pourtant écrit Alexis ».

Je sanglote.

*****

Ce soir, je suis allé à la Ménagerie de Verre et j’ai également croisé la divine Marlène Saldana. Je n’ose pas l’aborder pour lui dire : « J’aime beaucoup ce que vous faites. » ni « Vous savez, je vous ai croisée la semaine dernière à la Grande Halle de la Villette pour le Jan Fabre… Non non, je ne vous ai pas du tout suivie depuis huit jours, c’est pas vrai ! »

 

vu le samedi 30 mars 2019 à la Ménagerie de Verre, Paris

prix de ma place : invitation Sceneweb

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Loretta Strong (Copi / Florian Pautasso)

(de quoi ça parle en vrai)

« Une femme parle au téléphone, sans logique ni raison. A ses dires, elle est dans le cosmos, et traverse une série de situations de crise. Il y a des rats et de l’or, des accouchements et des meurtres. Soumise à un dispositif scénique tour à tour aliénant et libérateur, l’interprète est conduite jusqu’aux limites de son humanité, éprouve le chaos et se frotte à l’infiniment grand. Si le rire survient, il est glaciaire. » (source : ici)

Capture d’écran 2019-03-23 à 23.51.19
Capture d’écran du teaser vidéo

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je pense n’avoir jamais vu/lu de pièces de Copi*. Et pour être honnête, je n’ai aucune idée du personnage qu’il était, même si j’ai cru comprendre qu’il était quelqu’un de singulier.

Je ne pouvais pas mieux tomber en voyant donc se confronter l’univers de Copi et celui de Stéphanie Aflalo aux avant-postes et de Florian Pautasso aux manettes. La comédienne est un drôle d’animal qui sait jouer de son visage, de son corps, de sa diction, tant et si bien qu’on reste fasciné par ce qu’elle dégage durant cette heure où elle est seule en scène. Dans l’espace familier du bureau, elle nous emmène à des années lumière de la stratosphère pour un moment théâtral qui ne ressemble à rien de ce que l’on a pu voir jusqu’à présent. Il n’est pas étonnant de constater qu’il n’y a presque aucun travail sur la lumière ou le son. Tout repose sur les épaules de Stéphanie Aflalo qui enchaine à une vitesse folle les phrases absurdes de Copi.

Cette Loretta Strong est bien un objet théâtral non identifié, à la langue et au corps qui déconcerteront certains, mais qui est assurément une découverte (de 1974, je sais…)

*après verification, oui : Les Quatre Jumelles par Jean-Michel Rabeux au Théâtre de la Bastille en 2012

 

LORETTA STRONG

De Copi

Mise en scène : Florian Pautasso

Avec : Stéphanie Aflalo

Production : Les divins Animaux

 

(une autre histoire)

C’est tout neuf ici, je veux dire ce théâtre où je n’ai jamais mis les pieds. Sur mon billet, ils ont oublié un S à mon nom de famille. Je n’ai rien dit. Je m’assois, consulte mon téléphone mais je ne capte pas. Alors je regarde les gens autour de moi. J’ai comme l’impression que je suis entouré à 90% de gens du théâtre. Je l’ai vu où, lui ? Elle me dit quelque chose, elle.

Tout le monde me regarde. Je ne comprends pas. Je n’ai pourtant pas oublié de me laver aujourd’hui. Le mec en face de moi embrasse sa copine et me regarde avec insistance. Me suggèrerait t-il un ménage à trois ? Cela serait une première. Y a une autre nana aussi pas loin qui regarde… mes cheveux… Tout est en place. Serait-ce le bouton de mon pantalon manquant qui les émoustillerait ? (Oui, ok, j’ai pété le bouton et n’ai toujours pas pris le temps de le recoudre. C’est parce que j’ai pris du poids, mais j’ai de bonnes raisons, que je n’évoquerai pas ici) Ça ne se voit pas, la ceinture se charge du reste, je précise. Ou bien serait-ce ma nouvelle façon de lacer mes lacets ?

Y en a même qui rient en me montrant du doigt. Je… Je… Mais… Comme dans un mauvais rêve… Travelling compensé (Travelling Arrière et Zoom Avant).

L’autre jour, j’ai enfin revu mes amis de Marseille. Ils m’ont souhaité mon anniversaire avec presque trois mois de retard et m’ont dit : « Tu verras, à partir de quarante, tout fout le camp. Et ça commence par la vue. » Je n’avais pas percu que tous ces gens avaient en fait l’oeil sur l’écran situé au-dessus de ma tête. Un écran qui diffusait des extraits des spectacles de la programmation du théâtre.

 

vu le samedi 23 mars 2019 à l’Etoile du Nord, Paris

prix de ma place : 7€ (tarif WeClap)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Belgium Rules, Belgian Rules (Jan Fabre / La Villette)

(quand on ne lit pas la bible)

Belgium rules, Belgian rules ? Oh un jeu de mots ? Les règles de la Belgique ou bien la Belgique et les Belges, ils assurent ! (dit-il en levant ses deux pouces)

(de quoi ça parle en vrai)

« Bienvenue en Belgique ! Jan Fabre s’empare de son pays pour en faire un portrait chaleureux et ironique. On compte 117 nationalités à Anvers, c’est plus qu’à New-York. Dans ces différences, il y a une unité qu’exaltent Jan Fabre et ses quinze interprètes à coup de bière, de corps, de fougue et de souveraine singularité. Contre la montée des nationalismes, le metteur en scène célèbre l’esprit naturellement critique des Belges, leur anticonformisme vigoureux, leur soif de chair et de vie. Il dessine cet étrange royaume où l’on parle trois langues, où le multiculturalisme et le multi-nationalisme sont des faits. Ici, plus que la loi, la règle ou les mots, c’est l’image qui sert de guide, inspirée par les artistes visuels qui ont jalonné l’histoire du pays, des primitifs flamands aux surréalistes, de Jérôme Bosch aux auteurs de bande-dessinée. Tableaux et esthétiques se succèdent et se tissent pour écrire un récit organique, aux antipodes des peurs et des replis identitaires. (source : ici)

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Crédits photos : Wonge Bergmann

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je mentirais si je disais que je suis un spécialiste de Jan Fabre. J’ai seulement vu quatre de ses spectacles, le premier étant « Je suis sang » à Avignon en 2001 alors que j’étais dramatiquement puceau (comprenez cela comme vous le souhaitez) et que j’aimerais revoir aujourd’hui avec tout ce que je sais désormais, sur la vie, l’amour et les vaches. Pourtant je ne peux m’empêcher de penser que Jan Fabre nous a concocté ici un « Belgium Rules, Belgian Rules » proche d’un Mount Olympus light. (Pour rappel, Mount Olympus était une performance de 24h : mes chroniques ici et )

Jan Fabre teste toujours autant la résistance de ses artistes que celle des spectateurs : nombre d’entre nous ont quitté la salle tout au long de la performance (3h45 sans entracte sur les banquettes de la Villette, ça fait mal au cucul à la longue ou bien est-ce moi qui suis devenu particulièrement douillet). On a également retrouvé ces scènes où les danseurs scandent ces fameuses règles en exécutant en boucle des exercices de musculation (variante de la corde à sauter dans Mount Olympus) : et ça dure… et ça dure… (« oh, qu’ils sont résistants, oh c’est touchant, ils se donnent vraiment à fond ! »… mais c’est alors qu’on crie « Déjà-Vou »)

Certaines scènes ont également pour objectif de tester notre sens olfactif : encens et bière à gogo (si je devais faire du mauvais esprit, je dirais que c’était de la Tourtel et non une bière d’abbaye).

Alors oui, il y a des tableaux très beaux, hypnotiques même, comme celui des drapeaux (je me suis souvenu qu’en CM2, j’avais participé à la Fête du Stade : c’était au Stade Vélodrome de Marseille et les écoles participantes devaient exécuter une chorégraphie sur une musique de Jean-Michel Jarre. Nous avions chacun deux drapeaux que nous faisions virevolter, tournoyer…). On voit des danseur.ses légèrement vêtu.es (surtout les filles… tiens donc… je ne vais pas me plaindre, hein… mais quand on y pense… je dirais même, quand on y réfléchit…), on y fait gicler la bière, on retrouve ces scènes durant lesquelles les danseur.ses font de la muscu, une dame qui fait pipi… Les passages parlés sont les moins intéressants. Ceci étant dit, les numéros collectifs sont toujours aussi enthousiasmants (avec du Stromae, du Jacques Brel, de la techno style pompier et du Adamo en fond sonore) et parfaitement exécutés.

Pour résumer, dans cette histoire historique et culturelle de la Belgique qui oscille entre amour et haine du plat pays, qui n’hésite pas non plus à égratigner sa politique colonialiste (comme tant d’autres), Jan Fabre fait ce qu’on attend de lui et ce n’est pas suffisant.

(Et je suis curieux de savoir ce qu’en pensent les Belges… Les applaudissements furent plutôt mous hier soir par chez nous…)

 

BELGIAN RULES, BELGIUM RULES

Une production Troubleyn/Jan Fabre

Avec : Lore Borremans, Annabelle Chambon, Cédric Charron, Anny Czupper, Conor Doherty, Stella Höttler, Ivana Jozic, Gustav Koenigs, Chiara Monteverde, Andrew Van Ostade, Pietro Quadrino, Annabel Reid, Ursel Tilk, Irene Urciuoli, Kasper Vandenberghe

Concept, Mise-en-scène: Jan Fabre
Texte: Johan de Boose
Musique: Raymond van het Groenewoud (Belgian Rules et Vlaanderen Boven/Wallonie d’abord); Andrew Van Ostade (toutes les autres musiques)

Dramaturgie: Miet Martens

Assistante à la dramaturgie: Edith Cassiers – Technicien en chef: André Schneider – Chargé de production: Liesbeth Plettinckx – Régisseur lumières: Wout Janssens – Régisseur plateau: Randy Tielemans and Kevin Deckers  – Régisseur son: Tom Buys
Costumes: Kasia Mielczarek, Maarten Van Mulken, Jonne Sikkema, Les Ateliers du Théâtre de Liège, Catherine Somers (chapeaux de carnaval) – Accessoires : Alessandra Ferreri

Jusqu’au 24 mars 2019 à la Grande Halle de la Villette et les 12 et 13 avril 2019 au Théâtre des Salins à Martigues.

 

(une autre histoire)

C’est drôle, parfois, le cerveau humain. J’ai rêvé d’elle les trois nuits suivant notre séparation. Genre de rêve que tu fais au petit matin et qui te suit toute la journée. Comme dans un état second. Et t’es pas bien. Et t’es d’humeur mélancolique. « Ça va ? – Ça peut aller. » Je n’ai jamais su mentir. Je sais bien que cette question n’est que pure rhétorique, mais je ne sais plus sourire et dire : « Oui, ça va. »

J’ai supprimé toute trace (matérielle) d’elle. Photos, lettres. Elle habite quelque part à Bruges, mais je ne me souviens même plus de l’adresse exacte. C’est quoi le mot, déjà, quand on fait tout pour passer à autre chose, quitte à oublier ?

Je l’ai rencontrée ici, mais elle habite là-bas. Je ne me suis jamais rendu là-bas. Parfois je me dis que j’irais bien à Bruges. Qu’au détour d’une rue, même vingt-quatre ans après, je la croiserais. Elle parlerait toujours aussi bien français. Je lui ferais un tour de prestidigitation, elle rirait.

Je l’imagine faire le trajet inverse, aller là où je vivais à l’époque et me chercher en vain.

Parfois j’ai cette cruelle impression que je suis le seul à chercher, à ressasser.

 

Vu le vendredi 22 mars 2019 à la Grande Halle de la Villette, Paris

Prix de ma place : 12€ (tarif personnel Villette – mais c’est pas moi)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Le Direktør (Oscar Gómez Mata / Théâtre de la Bastille)

(quand on ne lit pas la bible)

Le Direktør ? Oh, une adaptation d’un film, comme c’est original ! Je me souviens, il y a très longtemps, d’une interview de Jodie Foster dans laquelle elle évoquait les nouvelles pistes d’adaptation au cinéma comme les chansons (prochainement dans les salles obscures : « Je danse le mia » coscénarisé par Michael Youn). Bientôt, au théâtre, l’adaptation par votre serviteur de cette chanson – .

(de quoi ça parle en vrai)

« Ravn dirige une entreprise de nouvelles technologies. Trop lâche pour assumer ses décisions impopulaires, il se fait passer pour un simple salarié et invente de toutes pièces l’existence d’un « Directeur de tout » exerçant aux États-Unis. Lorsqu’il faut vendre l’entreprise, puis licencier ses salariés, il ne reste plus à Ravn qu’à engager un comédien qui incarnera ce directeur imaginaire. Prenant malheureusement son rôle trop au sérieux, le jeune comédien décide vite de s’affranchir, précipitant les employés dans une série de quiproquos improbables. » (source : ici)

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© Steeve Luncker

(ceci n’est pas une critique, mais…)

J’ai vu tous les films de Lars Von Trier. Il m’a parfois agacé (Antichrist), ébloui (Melancholia), bouleversé (Breaking the Waves), fasciné (L’hôpital et ses fantômes) mais je ne peux pas dire que le film « Le Direktør » m’ait laissé un souvenir impérissable, même si je me souvenais de l’argument principal.

Oscar Gómez Mata laisse libre court à la folie de sa troupe, David Gobet en tête, qui interprète un faux directeur de tout, adepte des préceptes du fameux (et fictif) dramaturge Gambini (et que je fus heureux de revoir après une autre adaptation cinématographique, celle de la Maman et la Putain, version Dorian Rossel). Oui, c’est drôle, c’est parfois idiot (clin d’oeil), les comédiens jouent face au public par le truchement d’adresses directes, pour nous faire comprendre que l’entreprise et le théâtre ne sont pas si éloignés.

Je regarde ma montre. Une heure est passée. Nous sommes à mi-chemin. C’est là que le bât blesse, car la machine va tourner à vide. Les scènes s’éternisent, certains comédiens sont en roue libre (notamment dans les « passages méta-théâtraux », quand Christian Geffroy Schlittler (Ravn, le vrai directeur) devance la critique en avouant que c’est trop long ou quand il « affiche »  à deux reprises un spectateur endormi au premier rang.). La pièce aurait gagné à être resserrée.

Et surtout en lisant la note d’intention après la pièce, je me suis demandé si je n’étais pas passé à côté de quelque chose de plus sérieux ou dénonciateur, là où je n’ai vu qu’une farce.

En résumé, j’ai beaucoup ri à la vision de cette pièce (j’avoue une fascination pour Camille Mermet qui interprète une Heidi A. lunaire et hypersensible), mais un peu vaine.

 

LE DIREKTØR

Avec Pierre Banderet, Valeria Bertolotto, Claire Deutsch, Vincent Fontannaz, Christian Geffroy Schlittler, David Gobet, Camille Mermet, Aurélien Patouillard et Bastien Semenzato

D’après Direktøren for det hele de Lars von Trier

Mise en scène et adaptation Oscar Gómez Mata

Assistant à la mise en scène Jean-Daniel Piguet – Création lumières et direction technique Roberto Cafaggini – Création et régie son Fernando de Miguel – Scénographie Daniel Zamarbide…

 Jusqu’au 4 avril 2019 au Théâtre de la Bastille, Paris

 

(une autre histoire)

Une fois n’est pas coutume, je ne vais pas tout seul au théâtre. J’ai rendez-vous à 45 avec une amie, je l’attends devant la porte de gauche, je suis dans les starting-blocks. Evidemment, elle arrive en retard, je perds mon avantage, laisse passer les gens qui vont sûrement prendre ma place. La prochaine fois, je lui dirai de venir à 40.

Une fois n’est pas coutume, je parle avec des gens après le spectacle, et pas seulement avec l’amie en retard. On échange nos impressions sur le spectacle. Quelqu’un tourne autour de nous. Il me regarde bizarrement. La rue de la Roquette est connue pour abriter un grand nombre de personnages hauts en couleur. Une fois, un gars promenait son vélo sur la roue arrière et faisait exprès de me frôler. J’avais fait comme s’il n’existait pas. « Comédien ! », dit le narrateur avec emphase.

Celui qui me regardait avec insistance m’interpelle :

– Gwenaël ?

– Euh… Non ?

– Vous n’êtes pas Gwenaël Morin ? Pourtant vous lui ressemblez. Vous ne trouvez pas que Monsieur ressemble à Gwenaël Morin ? Parce que la première fois que je l’ai rencontré, c’était ici, au Théâtre de la Bastille, avce une de ses pièces. Je vous prie de m’excuser. Vous lui ressemblez vraiment !

– Pas de souci, ça aurait pu être pire !

Je me souviens vaguement du visage et de la carrure de ce metteur en scène dont j’avais adoré le travail l’été dernier à Bussang. Je cherche sur mon téléphone intelligent. Certes le monsieur a une barbe comme moi mais je vois surtout qu’il a dix ans de plus que moi. Je ne peux estimer si c’est lui qui fait plus jeune ou bien moi qui… Ou bien moi qui… Putain, ça y est, je fais vieux ! Je comprends mieux pourquoi les gens hésitent à deviner mon âge. Quel jeu stupide ! Je fais mon âge et bien plus encore. Ma crise de la quarantaine s’en trouve renforcée. J’ai déjà l’impression de passer à côté de ma vie, si en plus je fais plus vieux que ce que je suis… Je… Je… Mais que vais-je devenir ?

 

Vu le mercredi 13 mars 2019 au Théâtre de la Bastille, Paris.

Prix de ma place : 13€ / mois (Pass Bastille)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

À quelle sauce… (printemps 2019)

Le printemps est déjà là. Ce n’est pas moi qui le dis mais le réchauffement climatique. Je prends donc le temps de vous donner ma sélection des spectacles et autres concerts qui me donnent envie ou que j’irai voir. Je suis devenu très sélectif, et pas seulement pour des raisons économiques (un grand périple entre le Québec et St Pierre et Miquelon avec très peu de spectacles à l’intérieur se prépare pour cet été après mon séjour traditionnel à Avignon) : je fais ce que je dis, je ralentis la cadence.

Selon la formule consacrée, évidemment, cette liste sera amenée à muter, selon mes envies, mes humeurs, ma tirelire, les propositions… (liste parisienne et francilienne uniquement, désolé…)

MARS

J’y suis déjà allé

Saison Sèche : Enfin je vois un spectacle de Phia Ménard et à Marseille, qui plus est… et l’article est par .

J’irai voir 

Hernani, c’est un scandale ! : Un peu de copinage ne peut faire de mal, on va voir la mise en scène de Judith Policar qui écrit aussi par ici (à l’Université Sorbonne Nouvelle, dans le cadre du Festival À contre sens – les mardis 12 à 21h et 19 à 13h30)

Le Direktor : Ou l’adaptation d’un film méconnu de Lars Von Trier par un metteur en scène suisse inconnu de moi… (au Théâtre de la Bastille – du 12 mars au 4 avril)

Belgian Rules : C’est le retour de Jan Fabre à la Grande Halle de la Villette, avec un spectacle de grande envergure, mais beaucoup moins long que son Mount Olympus. L’ambiance y sera-t-elle aussi survoltée après les accusations portées à son encontre ? (à la Grande Halle de la Villette – du 22 au 24 mars)

8-la_l_g_nde_de_born_o-w

La Légende de Bornéo : Auréolé d’un bouche à oreille flatteur après le film « Tout ce qu’il me reste de la révolution », le collectif L’Avantage du Doute revient au théâtre avec la reprise de cette pièce. Etonnant de voir le Théâtre de l’Atelier appliquer ce que fait le Théâtre de la Porte St Martin ou la Scala (programmer des pièces créées dans le théâtre subventionné) et ce collectif s’aventurer dans le théâtre privé… (du 19 mars au 4 mai – Théâtre de l’Atelier et aussi cet été dans le Off d’Avignon au Théâtre des Carmes)

J’irai peut-être voir

La Collection : De Harold Pinter par Ludovic Lagarde avec Mathieu Amalric, Micha Lescot, Laurent Poitrenaux, Valérie Dashwood, quatre étoiles (Bouffes du Nord – jusqu’au 23 mars)

Bells & Spells : Après le grand-père, les parents, le frère, je demande la soeur : Aurélia Thierrée. Certes un peu réducteur, même si la mère (Victoria Thierrée) a créé le spectacle. Mais c’est assurément un rêve éveillé auquel nous allons assister. (jusqu’au 12 mai –  Théâtre de l’Atelier)

Apocalypse Bébé : Despentes au théâtre, encore (Paris Villette – du 12 au 28 mars)

Chanson douce : Pauline Bayle a le vent en poupe, avant la reprise d’Iliade Odyssée à la Scala… (au Studio – Comédie Française – du 14 mars au 28 avril)

Le Fils : Par Marine Bachelot Nguyen. Pas celui de Florian Zeller, je ne suis pas maso… enfin… (Théâtre du Rond Point – du 19 mars au 14 avril)

Loretta Strong : Copi dont, étonnamment, je n’ai vu aucune adaptation par les Divins Animaux, une mise en scène de Florian Pautasso avec la troublante et singulière Stéphanie Aflalo. (du 21 au 23 mars – à l’Etoile du Nord)

Potentia Gaudendi : Par Gurshad Shaheman, je sais déjà que sauf miracle je ne pourrai pas le voir, mais j’en ai eu de très bons échos, made in Marseille, car avec des élèves de l’ERACM. (Nouveau Théâtre de Montreuil – 21 et 22 mars)

Le Voyage de G. Mastorna : Marie Rémond poursuit sa collaboration avec la Comédie Française après le génial « Comme une pierre qui »… Elle prend comme matériau de départ un film de Federico Fellini qui n’a jamais existé. (du 28 mars au 5 mai au Vieux Colombier – Comédie Française)

Evel Knievel vs Macbeth : Une pièce de Rodrigo Garcia est toujours intéressante, parce qu’il y a toujours une parole, des idées à retenir. (à Nanterre Amandiers – du 29 mars au 7 avril)

Dans le rayon des concerts, on peut citer The Cinematic Orchestra, un (autre) rêve éveillé (Casino de Paris – 18 mars) ; Balthazar, la pop belge classe (Casino de Paris – 25 mars) ; Camp Claude, juste pour l’envie de découvrir (Maroquinerie – 27 mars) ; O – Olivier Marguerit, voir tout  seul celui que j’ai vu à plusieurs avec Syd Matters ou My Girlfriend is better than yours (FGO Barbara – 28 mars)

J’ai déjà vu (et je conseille)

Raoul : James Thierrée, point. (Scala – jusqu’au 20 mars et c’est complet)

Les Damnés : La reprise d’un grand spectacle… faudrait que je relise ma chronique(du 20 mars au 2 juin – à la Salle Richelieu – Comédie Française)

Je devais aller voir

La Trilogie de la Vengeance : Ou la nouvelle création de Simon Stone qui m’avait grandement séduit avec son adaptation très personnelle des Trois Soeurs… Je devais car la représentation à laquelle je devais me rendre a été annulée. C’est une création, ils n’étaient pas prêts… Ont-ils été présomptueux ? Réunir une bande d’acteurs pas forcément habitués à travailler ensemble, sur de l’écriture au plateau, qui plus est… Avec un metteur en scène australien – je ne sais finalement pas s’il parle français… Bref, j’avais profité de la place d’une amie en vacances qui échangera sûrement pour un autre jour. Avec ou sans moi ? (d’après les premiers retours, l’attente vaut la peine) (aux Ateliers Berthier – Odéon Théâtre de l’Europe – du 13 mars au 21 avril)

AVRIL

J’irai voir

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The Hidden Force par Ivo Van Hove (photo : Jan Versweyveld)

The Hidden Force : Ivo Van Hove, voilà. Avec sa troupe hollandaise en prime. (à la Grande Halle de la Villette – du 4 au 11 avril)

Body Roots / Rising (Shira Eviatar) + Hard to be soft – A Belfast Prayer (Oona Doherty) + Sunbengsitting (Simon Mayer) + Hymen Hymne (Nina Santes) : On pourrait penser que le Théâtre de la Bastille se repose un peu trop sur le tg STAN ou Tiago Rodrigues pour composer sa programmation, mais c’est sans compter ces temps forts autour de la danse qui donnent un éclairage sur des grands chorégraphes en devenir. Un risque mais l’assurance  de trouver la pépite de ces prochaines années. (au Théâtre de la Bastille en collaboration avec l’Atelier de Paris / CDCN – du 8 au 18 avril)

JR : J’avais raté leur Pays de Nod, je compte bien découvrir cette fois-ci ce collectif FC Bergman (à la Grande Halle de la Villette – du 12 au 16 avril)

Kreatur : Malgré l’accueil très réservé l’été passé à Avignon, j’ose m’aventurer dans l’univers de Sasha Waltz. (toujours à la Grande Halle de la Villette – du 17 au 20 avril) (j’aime ces soirées qui se passent à 7 min à pied de chez moi…)

J’irai peut-être voir

Affordable Solution for Better Living : Ça m’intrigue (CentQuatre – 5 et 6 avril)

Je suis Fassbinder : Par Falk Richter et Stanislas Nordey  , inratable parait-il (Théâtre du Rond Point – du 5 au 28 avril)

John : Pièce de jeunesse de Wajdi Mouawad, mise en scène par Stanislas Nordey. A quand une belle adaptation d’Alphonse, une autre de ses premières pièces, que j’avais découverte au Fringe Festival d’Edinburgh il y a déjà 9 ans ? (aux Quartiers d’Ivry – du 8 au 19 avril)

Trissotin ou les femmes savantes : Par Macha Makeïeff, sans Maud Wyler mais avec une partie des acteurs qu’on peut voir chez Jean Bellorini (Scala – du 10 avril au 10 mai)

Some Hope for the Bastards : Frédérick Gravel dans un format plus large que les pièces qu’il a l’habitude de nous montrer au Théâtre de la Bastille (Chaillot – du 11 au 13 avril)

Purge Baby Purge : Le Zerep et Marlène Saldana (à Nanterre Amandiers – du 13 au 20 avril)

Méduse : Pour la découverte d’un collectif déjà passé par le festival Impatience et le festival d’Avignon (T2G – du 16 au 10 avril)

Electre/Oreste : Le retour d’Ivo Van Hove au Français… (du 27 avril au 3 juillet à Richelieu – Comédie Française)

Dans les concerts :  Anna Calvi + Shannon Wright, dans le cadre du festival Les Femmes s’en mêlent ou la soirée rêvée (Trabendo – 4 avril) ; Rufus Wainwright, depuis le temps… (Olympia – 5 avril) ; Minimalist Dream House par Katia & Marielle Labèque avec la participation de Thom Yorke (Philharmonie – 7 avril) ; Elisapie, déjà vue et à revoir (Boule Noire – 16 avril) ; Hubert Lenoir, ou la nouvelle sensation québécoise (Maroquinerie – 17 avril) ; Soap & Skin, depuis le temps… (Trianon – 17 avril) ; Sophie Hunger, hypnotisante et émouvante (Gaité Lyrique, 25 avril) ; Glen Hansard, pour ceux qui se souviennent de The Swell Season et du film Once… (Casino de Paris – 27 avril)

J’ai déjà vu (et je conseille)

An Irish Story – Une Histoire Irlandaise : J’en ai déjà parlé, j’ai vu la pièce de Kelly Rivière l’été passé et l’histoire est désormais parisienne avec cette belle série de représentations (au Théâtre de Belleville –  du 3 avril au 30 juin)

MAI

J’irai voir

8-occu3

Fauves : Ou la nouvelle création de Wajdi Mouawad (Colline, du 9 mai au 21 juin)

Occupation Bastille 3 : Troisième édition d’une occupation artistique qui ne ressemblera en rien à celles de Tiago Rodrigues et l’Avantage du Doute. Et pour cause, c’est l’artiste Nathalie Béasse qui la mènera. L’occasion de (re)découvrir Happy Child, Tout semblait immobile, Roses, Le Bruit des Arbres qui tombent. Et d’autres petites choses sont en préparation, me semble-t-il. (du 13 mai au 29 juin – au Théâtre de la Bastille)

J’irai peut-être voir

Opening Night, : Cassavetes meets Teste feat. Adjani (Bouffes du Nord – du 3 au 26 mai)

Ode to the Attempt / Sweat Baby Sweat : Par Jan Martens ou le genre de chorégraphe que je dois encore découvrir (Théâtre des Abbesses – du 6 au 11 mai)

Je m’en vais mais l’Etat demeure : Par Hugues Duchêne, grand ramdam autour de cette pièce (Scala – du 8 au 12 mai)

Logiqueimperturbabledufou : Par Zabou Breitman et raté lors d’un précédent passage au Festival Off d’Avignon (Théâtre du Rond Point – du 9 mai au 2 juin)

Désobéir : Par Julie Bérès, avec un parfum de F(l)ammes (Paris Villette – du 9 au 19 mai)

L’Ennemi Du Peuple : Nicolas Bouchaud, point. (du 10 mai au 15 juin – à l’Odéon Théâtre de l’Europe)

Contes Immoraux Partie 1 – Maison Mère : Après avoir vu Saison Sèche, je ne peux qu’ajouter ce spectacle à ma liste des envies… (à Nanterre Amandiers – du 13 au 18 mai)

Lostmovements : Par Jan Martens & Marc Vanruxt, si cette année je le rate, je le fais exprès (Nouveau Théâtre de Montreuil / Rencontres Chorégraphiques de Seine St Denis – 17 et 18 mai)

Cataract Valley : Parce que voir un spectacle de Marie Rémond est toujours un ravissement (j’en ai vu trois, je me donne le droit d’énoncer cette vérité) (du 17 mai au 15 juin dans la petite salle des Ateliers Berthier – Odéon Théâtre de l’Europe)

Ce qui demeure : Par Elise Chatauret, parce que je l’avais raté l’été dernier à la Manufacture pendant Avignon Off (Quartiers d’Ivry – du 18 au 28 mai)

Dans les concerts : Jesse Mac Cormack, découvert en 1e partie d’un concert de Patrick Watson, me semble-t-il et pour que je me souvienne d’une première partie, c’est qu’il en valait la peine (Pop Up! – 4 mai) Emilie Kahn, qui a abandonné son harpe Ogden (Café de la Danse – 15 mai) ; Jon Spencer & The Hitmakers, explosif à coup sûr – je ne me lave plus les cheveux depuis qu’il m’a ébouriffé lors d’un concert à emporter dans un atelier du XXe il y a six (?) ans (Maroquinerie – 17 mai) ; Constance Verluca, c’est avec une impatience non dissimulée que je vais découvrir les nouvelles chansons de celle qui chantait « Vive le chocolat, l’héroïne et la vodka ! » (Les Étoiles –  23 mai) ; The Good, The Bad & The Queen, avec Damon Albarn notamment (Bataclan – 27 mai) ; Erik Truffaz Quartet feat. Nya, genre de jazz qu j’écoute (Odéon Théâtre de l’Europe – 27 mai)

J’ai déjà vu (et je conseille)

Iliade / Odyssée, par Pauline Bayle, vus à la Manufacture (Avignon Off) et au Théâtre de la Bastille, repris ici mais avec une nouvelle distribution (Scala – du 21 mai au 2 juin)

Hors Concours

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Les Infilitré.e.s saison 2 : Je joue dedans, c’est une écriture collective, c’est un projet de Marc Woog de la Compagnie Mimesis, c’est les 9 et 10 mai au Théâtre de la Bastille. (hormis des tableaux collectifs, j’aurai la chance  (?) d’interpréter une scène de « Après la répétition » vu cette année dans le même théâtre avec Georgia Scalliet et Franck Vercruyssen du tg STAN.)

JUIN

J’irai voir

Je n’ai aucun billet dans mon escarcelle, une anomalie dans mon histoire spectaculaire…

J’irai peut-être voir

Où la chèvre est attachée : Par Rébecca Chaillon que j’avais ratée au dernier festival Transformes à la Villette (Nouveau Théâtre de Montreuil – du 3 au 6 juin)

Aziz Ansari : Master of None (Olympia – 8 juin)

Soufflette : Par François Chaignaud et la compagnie Carte Blanche, je veux revoir le premier depuis Romances Inciertos (MC93 Bobigny / Rencontres Chorégraphiques de Seine St Denis – les 12 et 13 juin)

Why ? : par Peter Brook et Marie-Hélène Estienne, cela se suffit à soi-même (Bouffes du Nord – du 19 juin au 13 juillet)

The Swan and the Pimp : Par Hillel Kogan, le créateur de I love Arabs (Nouveau Théâtre de Montreuil / Rencontres Chorégraphiques de Seine St Denis – 21 et 22 juin)

Moving with Pina : Par Christina Morganti, comme je ne verrai probablement aucun Pina Bausch cette saison, cela sera peut-être mon lot de consolation (Théâtre des Abbesses – du 25 au 29 juin)

Bon voyage, Bob… : Par Alan Lucien Oyen et surtout le Wuppertal Tanztheater, nouvelle tentative de faire vivre la troupe sans sa créatrice (Chaillot, du 29 juin au 3 juillet)

Dans les concerts :  Julia Holter + Cate le Bon, parce qu’on m’en a dit du bien (Trabendo – 8 juin) ; Chewing-Gum Silence, par le clarinettiste Antonin Tri Hoang (Philharmonie – 15 juin) ; Eve Risser, pianiste inclassable entre jazz et musique contemporaine (Philharmonie – 16 juin) ; Les Innocents, les meilleures chansons pop françaises au monde (Café de la Danse – 19 juin) ; Elton John, non non, vous avez bien lu (20 juin – Bercy) ; Kevin Morby, car on m’en a dit aussi du bien (Cabaret Sauvage – 20 juin) ; Tom Jones, et j’assume totalement (Salle Pleyel – 28-29 juin)

J’ai déjà vu (et je conseille)

Saïgon : Vous pouvez lire ma chronique par ici (du 5 au 22 juin – aux Ateliers Berthier – Odéon Théâtre de l’Europe)

JUILLET

J’irai voir

La Cité Idéale Radieuse et Éternelle : Ou la nouvelle pièce du Laboratoire à Théâtre que j’ai bien connu pendant 3 ans. (MPAA St-Germain – 6 et 7 juillet)

J’irai peut-être voir

Dans les concerts, Cat Power avec H-Burns en 1e partie, en souvenir de plein de choses que je n’écrirai pas ici (Philharmonie – 4 juillet) ; Jonsi & Alex Somers, quand il y a du Sigur Ros quelque part, c’est toujours bon à entendre (Philharmonie, 6 /7 juillet) ; Thom Yorke : Point (Philharmonie – 7 juillet)

Je n’irai pas voir mais j’ai une bonne raison

Since She : Je serai au même moment à Avignon. Et pourtant j’avais très envie de voir ce que Dimitris Papaioannou avait à dire avec les danseurs du Wuppertal Tanztheater. (du 8 au 11 juillet à la Grande Halle de la Villette)

Ps : Je ne dirai pas combien de temps m’a pris la rédaction et la mise en page de cet article, mais je ne le ferai pas tous les jours…

Heptameron (Marguerite de Navarre / Benjamin Lazar / Bouffes du Nord)

(de quoi ça parle en vrai)

« (…) Confiné par des pluies diluviennes, un groupe d’hommes et de femmes décide de se raconter chaque jour des histoires d’amour, terrifiantes ou émouvantes, mais toutes véritables. Dans cette adaptation contemporaine, les récits anciens s’enchevêtrent aux récits actuels, tissant des ponts inattendus entre les êtres, les langues, les pays et les siècles. L’invitation au voyage s’accomplit dans une temporalité mouvante, au son de ces poèmes chantés que sont les madrigaux baroques de Claudio Monteverdi, Luca Marenzio, et Michelangelo Rossi notamment, qui révèlent toute leur force théâtrale. » (source : ici)

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Crédits photos : Simon Gosselin

(ceci n’est pas une critique, mais…)

A dire vrai, je n’avais pas prévu de voir ce spectacle. Mais la personne à qui je voulais offrir une place de spectacle avait choisi celui-ci. Je me suis donc exécuté et l’ai donc accompagnée. Je ne l’avais pas sélectionné car je pressentais que ce n’était pas pour moi. Mais j’étais tout de même curieux, une fois les billets pris, de découvrir le travail de Benjamin Lazar, qui avait eu des critiques dithyrambiques (je ne dirai pas combien de fois j’ai dû réécrire ce mot-là) pour sa dernière création, La Traviata avec l’étonnante Judith Chemla.

C’est typiquement le genre de spectacles pour lesquels je vois les points positifs, la sincérité des artistes, la qualité des interprètes-musiciens. Et pourtant ça ne me touche pas. La sauce ne prend pas. Je me détesterais presque moi-même de ne pas plus aimer, parce que forcément je me dis : « Mais je ne dois pas avoir les clés (comme il m’arrive parfois), mais c’est que je ne dois rien comprendre… ». Cependant, quelques jours après avoir vu ce spectacle, il ne m’en reste pas grand chose. Je perçois la délicatesse, l’harmonie, mais me restent seulement en bouche une certaine fadeur et un manque de rythme.

Et je ne vois pas trop ce que je pourrais en dire de plus.

 

HEPTAMERON

D’après L’Heptaméron de Marguerite de Navarre

Et d’après la musique Claudio Monteverdi, Luca Marenzio, Benedetto Pallavicino, Carlo Gesualdo, Michelangelo Rossi et Biagio Marini

Mise en scène Benjamin Lazar

Direction musicale Geoffroy Jourdain – Scénographie Adeline Caron – Costumes Adeline Caron et Julia Brochier – Lumières Mael Iger – Maquillages et coiffures Mathilde Benmoussa – Images Joseph Paris – Assistant mise en scène et dramaturge Tristan Rothhut

Avec Fanny Blondeau, Geoffrey Carey, Malo de La Tullaye

et avec Les Cris de Paris : Virgile Ancely, Anne-Lou Bissières, Stéphen Collardelle, Marie Picaut, William Shelton, Luanda Siqueira, Michiko Takahashi et Ryan Veillet

Aux Bouffes du Nord, Paris (la dernière était le 23 février) et à l’Opéra de Reims les 1er et 2 mars, au Théâtre de Caen les 12 et 13 mars, au Trident, Scène nationale de Cherbourg les 18 et 19 mars, au Théâtre d’Angoulême les 22 et 23 mars, au Théâtre de Liège du 31 mars au 4 avril

 

 

(une autre histoire)

Soudain j’eus un doute : était-ce une si bonne idée de l’inviter voir cette pièce dont je ne sais pas grand chose. Parce que quand j’entends Heptameron, je pense à Decameron, Pasolini et tout ça. Moment gênant en perspective ?

Soudain j’eus un doute : lui avais-je dit de me rejoindre à la Chapelle ou à Porte de la Chapelle ? Parce que c’est pas la porte d’à côté.

Soudain j’eus un doute : mes vêtements sont-ils assortis ? Parce que je doute de tout en ce moment. L’avantage du doute (gros clin d’oeil, face caméra), c’est qu’on est sûr de rien. Je porte du noir, non pas par deuil, même si j’ai eu de quoi ces dernières semaines, mais parce que ça m’amincit. J’ai un peu pris sur les hanches, et devant et derrière aussi. Ça m’amincit mais j’ai des pellicules. Et ça se voit, sur le noir. Comme quand tu vas dans une fête où il y a une lumière noire. C’est assez embarrassant. J’ai pourtant reçu de VentePrivée.com une cargaison de shampooings Head and Shoulders anti-pelliculaire, mais rien n’y fait. Je crois que c’est ma barbe, en fait.  C’est possible, ça ? Le groupe Dionysos chantait « J’ai froid, je pleure de la neige. » Il ne fait pas froid en ce moment. C’est le réchauffement climatique. Je ne pleure pas, malgré mon allergie aux cyprès, alors qu’il n’y a pas de cyprès ici. Mais c’est comme si je transpirais de la neige.  Comme si je transpirais des cheveux et de la barbe. Normalement quand je transpire, il y a des traces de sel qui se déposent sur mes vêtements. Il parait que c’est comme ça quand on n’est pas tout maigre. C’est une litote ou un euphémisme ? J’ai un doute.

 

vu le mercredi 20 février 2019 aux Bouffes du Nord, Paris

prix de ma place : 34€ (cat.1)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Kafka sur le Rivage (Murakami / Ninagawa / Colline)

(quand on ne lit pas la bible)

Kafka sur le rivage ? Après Einstein on the beach, la suite, en attendant Churchill sur une île ?

(de quoi ça parle en vrai)

« Kafka sur le rivage est un roman d’apprentissage qui s’inscrit dans la littérature universelle. Haruki Murakami nous conte les pérégrinations de Kafka Tamura, un adolescent de quinze ans sur les routes du Japon en quête de sa mère et les errances de Nakata, vieil homme simple d’esprit à la recherche de chats égarés. Quand leurs chemins vont se croiser, peut-être qu’alors chacun découvrira sa propre vérité. Dans ce récit initiatique, les chats confèrent, les poissons tombent du ciel, les prostituées vénèrent Hegel et les rêves prennent vie. » (source : ici)

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© Takahiro Watanabe – HoriPro Inc

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Première fois que je vois du théâtre japonais. (ma mémoire défaille peut-être à nouveau, je me suis souvenu à son décès que j’avais vu Bruno Ganz sur scène dans « Le Retour » mis en scène par Luc Bondy). Pas de théâtre Nô (je suis casse-cou mais pas trop), je n’ai lu qu’une nouvelle de Murakami. Mais y avait le nom Kafka dans le titre… Découverte x 1000.

A la manière du Wuppertal Tanztheater, la troupe du Ninagawa Production Company continue à présenter cette pièce malgré le décès de son metteur en scène, Yukio Ninagawa. Et bien leur en prend. Il est d’ailleurs très émouvant de les voir tous réunis pour les saluts, autour du portrait de Ninagawa. Parce qu’ils sont très nombreux, acteurs et régisseurs plateau. « Kafka sur le rivage » est un grand spectacle.

(c’est la dernière ce soir et c’est complet, donc je vais me permettre de divulgâcher quelque peu)

On y croise des (grands) chats qui parlent (Miyazaki style), Johnnie Walker et Colonel Sanders, un personnage en fuite (mais peut-on réellement fuir ?), des féministes très caricaturales (hystériques aux cheveux courts… vraiment ?), un soupçon d’Oedipe, une prostituée qui cite Bergson (coup de coeur pour l’apparition Kate Doi)… C’est foisonnant, le récit est un mille-feuilles.

La troupe est au diapason, tout comme la machinerie autour. On assiste durant les trois heures de représentation au déplacement presque gracieux de grandes cases aux parois transparentes. Ces dernières permettent de nous emmener de la forêt à une gare routière en un rien de temps. (là où ça aurait pu être ennuyeux et redondant).

Pourtant la pièce m’a quelque peu perdu en deuxième partie, la faute notamment à mon esprit qui divague. La musique est très présente, notamment celle de Sigur Ros. Au cas où on ne comprenne pas, y a de l’onirisme.

Mais quoi qu’il en soit ce « Kafka sur le rivage » est un ravissement.

 

KAFKA SUR LE RIVAGE

d’après Haruki Murakami

mise en scène Yukio Ninagawa

avec Leo Bartner, Kate Doi, Nino Furuhata, Yoko Haneda, Fumiaki Hori, Hayato Kakizawa, Katsumi Kiba, Haruka Kinami, Kenichi Okamoto, Masafumi Senoo, Masato Shinkawa, Erika Shumoto, Tsutomu Takahashi, Soko Takigawa, Shinobu Terajima, Takamori Teuchi, Masakatsu Toriyama, Yukio Tsukamoto, Mame Yamada

adaptation Frank Galati – scénographie Tsukasa Nakagoshi – création lumières Motoi Hattori – costumes Ayako Maeda – création son Katsuji Takahashi, Hideyuki Kano – coiffures et maquillage Yoko Kawamura – musique originale Umitaro Abe – 1er assistant à la mise en scène Sonsho Inoue – 2e assistant à la mise en scène Naoko Okouchi – régisseur général Toru Hirai – directeur technique Kiyotaka Kobayashi – directeur de production Yuichiro Kanai

Jusqu’au 23 février 2019 à la Colline, Paris

(une autre histoire)

A côté de moi, une dame. D’un certain âge. On se salue. Elle veut parler. Elle cherche le contact. En parlant de la fumée dans la salle : « Oh, ils veulent déjà nous mettre en condition ! ». Je souris. Elle me demande : « Mais, ils ont refait la salle, non ? » Je réponds : « Euh… Je ne sais pas… Enfin… Je crois qu’ils ont changé les fauteuils cet été, je veux l’été dernier. » Notre voisine du rang de devant, hautaine, se retourne : « Ça fait bien plus longtemps ! » Moi qui m’étonne : « Les sièges ? » La voisine sûre d’elle : « Oh oui, deux ou trois ans. » Elle se retourne. Même si elle a réussi à me mettre le doute, je me persuade que je ne peux me tromper. La dame : « Le temps passe vite… »

Le spectacle démarre. Sur scène et à côté de moi. La dame est une enfant. Elle réagit à tout ce qu’elle voit, à tout ce qu’elle entend. Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu un visage aussi expressif. Et ses mains aussi. Elle se cache quand le tonnerre retentit sur scène, elle sourit, elle rit, fait signe de la main

A la fin du spectacle, elle s’impatiente, veut applaudir mais n’ose pas. Elle lance un premier clap mais qui n’est pas encore repris. La musique de Sigur Ros est encore bien forte.

(Je me souviens, quand on a présenté ma pièce, à la fin de celle-ci, une musique monte, fondu au noir. Le régisseur voulait tout de suite remettre les lumières pour les saluts : « Non, on garde le noir jusqu’à la fin de la musique, j’a tout calculé, ça se termine et là tu remets la lumière. Tant pis si les gens veulent applaudir avant »)

Applaudissements, à tout rompre. Elle me regarde. Je n’applaudis pas. J’attends que les artistes reviennent sur scène. Je la devine rassurée en voyant mes mains s’entrechoquer vivement.

 

vu le mardi 19 février 2019 à la Colline, Paris

prix de ma place : 13€ (carte Colline)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Monsieur Fraize (L’Européen)

(de quoi ça parle en vrai)

Monsieur Fraize, un personnage singulier, déconcertant, arrivé sur scène comme une plaque de verglas en plein désert. Une sorte d’énigme qui décide de se livrer au public en toute naïveté et qui dévoile un univers ultra-sensible où s’entremêlent les non-dits, le doute et la cruauté du quotidien. Il fait exister son personnage dans une forme d’humour très personnelle en prenant le risque de l’absurde, en jouant sur les silences, les peurs de son personnage, les répétitions et en privilégiant la gestuelle et les postures de son clown. (source : ici)

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(ceci n’est pas une critique, mais…)

Depuis longtemps, on me tanne de voir Monsieur Fraize sur scène. Plus précisément, deux personnes, que j’ai rencontrées à des ateliers théâtre, ont vraiment insisté. Parce qu’il semblerait que Monsieur Fraize et moi-même affectionnions les personnages singuliers, mal à l’aise en société, le bégaiement et l’économie de parole sur scène en prime. Je ne me compare pas à cet humoriste, car je ne suis pas humoriste mais je peux comprendre à quoi elles font allusion.

Monsieur (Marc) Fraize joue avec les codes du spectacle : Parce que tous les spectacles comiques commencent par une musique rythmée et une chorégraphie, M. Fraize n’en fera pas de même, parce qu’il désacralise l’aura qui entoure l’humoriste : Oui, il travaille debout pour pouvoir acheter ce qu’il veut. Oui, il refait exactement le même spectacle trois soirs d’affilée…

Il a quelque chose d’Andy Kaufman dans le jusqueboutisme. Marc Fraize reste en permanence dans ce personnage inadapté à la société. Jerry Seinfeld parlait des petites choses voire de rien, lui ne parle de rien. On pourrait également le rapprocher de Jos Houben, l’artiste belge qui nous avait gratifié, il y a quelques années, d’un spectacle conférence intitulé « L’art du rire ». Il parvenait à nous faire rire au moment où il le souhaitait tout en nous prévenant qu’il allait nous faire rire. C’est scientifique.

Cela dit, je peux comprendre qu’on puisse ne pas comprendre cet humour, voire y être totalement hermétique, car ce personnage n’est pas vraiment aimable voire même misanthrope. Il a quelque chose de Mr Bean (je namedroppe à fond). Monsieur Fraize ne fait rien de toute façon pour fédérer. On peut même le qualifier de malin – le cynisme est tout proche – quand il devance les critiques en les énonçant : car oui, ça manque de rythme, oui, il y a un quart d’heure en trop, mais Fraize parait se réjouir de voir jusqu’où il peut aller, comme s’il attendait avec impatience les premiers personnes qui feraient claquer leurs sièges.

La question sera de savoir comment Marc Fraize fera évoluer ce personnage. Peut-être dans un autre élément comme le cinéma ? (le comédien s’est déjà fait remarquer dans « Problemos » de Eric Judor et « Au Poste » de Quentin Dupieux – des choix judicieux)

(et je ne l’ai pas clairement énoncé : j’ai aimé voir Monsieur Fraize sur scène)

 

MONSIEUR FRAIZE

écrit et interprété par Marc Fraize

mise en scène : Papy

à l’Européen (Paris)

Jusqu’au 23 février 2019 (jeudi, vendredi, samedi à 19h30)

(une autre histoire)

Je suis certain que j’en ai déjà parlé, mais c’est pas grave.

Je suis certain qu’il y a quelque chose. Entre le lobby de l’alimentation et celui du pantalon. Je mange bien, c’est un fait. Je veux dire, je mange mal mais bien. Je mange bien ce qui est mal. Ce qui fait mal. Légère tendance à prendre dans les largeurs. Surtout au niveau des cuisses. Acheter des pantalons n’est pas une sinécure. Je suis pas bien foutu, je suis pas bien foutu ! Le problème, c’est que ça frotte. Au niveau des cuisses. L’intérieur. Ça frotte et ça s’use. Rapidement. Parce que les petits enfants chinois ont mal fait leur travail, parce qu’on rogne sur la qualité du matériau. Ça frotte, ça frotte.

(Je parle de ça, parce que dans le spectacle de Monsieur Fraize, ça le chauffe aussi à cet endroit-là. Ce que j’écris ici a toujours un rapport, soyons bien clairs.)

Ça frotte, donc ça s’use, donc y a des trous, donc on rachète un pantalon parce que je ne vais pas demander à Maman de rapiécer le pantalon et ça n’a rien à voir avec mon âge, c’est juste que c’est pas joli.

Les industries agro-alimentaires, les médias, le monde doivent faire en sorte de nous garder gros pour qu’on achète toujours plus de pantalons fabriqués en Asie et ainsi favoriser le réchauffement climatique grâce aux cargos et autres avions qui emmènent la marchandise aux quatre coins du monde.

Paye ta conspiration.

La prochaine fois, je parlerai de l’effet que fait la grosse chaleur sur l’intérieur de mes cuisses quand je me mets en maillot de bain et de ma démarche loin d’être chaloupée pour aller de la plage au studio.

 

vu le vendredi 25 janvier 2019 à l’Européen (Paris)

Prix de ma place : 21€

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Convulsions (Hakim Bah / Frédéric Fisbach / Théâtre Ouvert)

(de quoi ça parle en vrai)

Dans « Convulsions », Hakim Bah prend appui sur un épisode de la tragédie des Atrides pour traiter, avec une écriture vive et non dénuée d’humour, des violences familiales, conjugales, sociales et économiques. Tout est question de possession, de territoires à conquérir et d’exil, entre un terrain de basket et un aéroport. L’écriture brute et concrète agit sans discourir. L’auteur fait preuve d’acuité de vue tant dans la description des pulsions humaines que dans celle de l’agressivité du monde des leaders. (source : ici)

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Cette soirée est placée sous le signe de la découverte, d’un auteur et de comédiens presque inconnus de mes yeux. Ces derniers forment un choeur (ils échangent leurs rôles, disent les didascalies…) mais qui ne met pas en sourdine les qualités individuelles de chacun des comédiens : je fus subjugué, n’ayons pas peur des mots, par la luminosité de Lorry Hardel, le magnétisme de Nelson-Rafaell Madel et ravi de retrouver la légèreté de Marie Payen (comme une envie de revoir « Nos vies heureuses » de Jacques Mailhot).

Le metteur en scène Frédéric Fisbach parvient à trouver l’équilibre entre un malaise certain (notamment en début de spectacle, les trois comédiennes sont seules dans la lumière, distribuent la parole entre Atrée et Thyeste qui torturent leur demi-frère bâtard, hors champ. Nous n’avons que notre esprit pour imaginer la scène, ce qui, je trouve, est bien plus efficace et insoutenable qu’en « vrai » devant nous… C’est l’adaptation d’une tragédie grecque, je le rappelle) et un certain humour notamment grâce à la langue de Hakim Bah qui étire les situations, joue avec les mots, répète de manières différentes, comme si nous n’étions plus capable d’être direct, comme si, aujourd’hui, nous parlions pour ne rien dire (ah bon ?), comme si la fin (violente) était inéluctable (j’avais oublié : c’est une tragédie). L’histoire se répète, c’est entendu.

On sort sonné et impatient de revoir sur scène certains de ses acteurs et curieux aussi de lire les précédents textes d’Hakim Bah (et ses prochains).

 

CONVULSIONS

texte HAKIM BAH

mise en scène FRÉDÉRIC FISBACH

avec Ibrahima Bah, Maxence Bod, Madalina Constantin, Lorry Hardel, Nelson-Rafaell Madel, Marie Payen

dramaturge Charlotte Lagrange – scénographe Charles Chauvet – créatrice lumière Léa Maris – créatrice son Estelle Lembert – assistant à la mise en scène Imad Assaf

Jusqu’au 9 février 2019 au Théâtre Ouvert, Paris

 

(une autre histoire)

Le Théâtre Ouvert se trouve pour quelques mois encore dans le quartier de Pigalle. Si j’ai bien compris, les murs appartiennent au Moulin Rouge qui va bientôt les récupérer pour en faire je ne sais quoi. Il faut descendre au métro Blanche pour y aller. A droite, tu peux remonter la Rue Lepic mais tu dois rester sur le boulevard, dépasser le cabaret parisien et prendre une jolie petite traverse. Il s’agit d’une information que je n’arrive pas à mémoriser. Blanche Blanche Blanche. Je sors à Pigalle, toujours. Quand il fait beau et que je ne suis pas en retard, ça va. Je promène, je flâne. Mais quand il pleut, ça le fait moins. Mais je me promène, je flâne,  quand même. Slalomer entre les touristes, passer devant les sex-shops, les cabarets olé olé, le théâtre de Dix Heures, un univers inédit pour moi. Les rabatteurs et rabatteuses me demandent si je parle français. Je fais non de la tête, c’est surtout pour dire « Non merci, j’ai tout ce qu’il faut à la maison. » Ce qui est totalement faux, puisque je n’ai ni poppers, ni barre de pole-dance et encore moins de petite copine à domicile qui tenterait de profiter de l’argent que je n’ai de toute façon pas. En fait, si, j’en ai un tout petit peu, mais je le conserve dans une tirelire Snoopy pour un futur voyage au Québec. Ou pour un prochain séjour à Avignon. Ou pour une épiliation dorsale au laser.
Quoi qu’il en soit, le Théâtre Ouvert déménagera vraisemblablement dans les locaux du Tarmac, que j’ai connu alors qu’il n’était encore que Théâtre de l’Est Parisien parce que j’habitais ce quartier-là. J’avais mon libraire (qui pensait que je… non, ça, je ne vais pas le raconter) et mon bar attitré (le propriétaire fait tout le temps la gueule, on se faisait un concours du plus grand grincheux, je suis assez fortiche à ce jeu-là).

Tout ça pour dire que je n’aurai plus aucune raison de me tromper de station de métro, surtout que Pigalle est assez loin de Pelleport. Et pas sur la même ligne.

PROCHAINEMENT : Une autre histoire forcément palpitante, en direct de la ligne 3Bis. (les Parisiens savent)

 

vu le mercredi 23 janvier 2019 au Théâtre Ouvert (Paris)

Prix de ma place : invitation

Crédit photo : Mathieu Edet

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

On voudrait revivre (Manset / Brugnon / Hummel / Kerzanet / Théâtre de l’Opprimé)

(de quoi ça parle en vrai)

Comment approcher Gérard Manset, cet artiste déroutant et inclassable qui, depuis son premier album Animal on est mal sorti en 1968, n’a fait aucun concert et refuse toute interview… ou presque ? Léopoldine Hummel, révélation récente de la scène chanson, et Maxime Kerzanet, comédien et musicien, ont voulu mettre sous les projecteurs cet auteur-compositeur de l’ombre, dans l’écrin d’un théâtre, le seul endroit au monde capable de prendre soin des êtres sensibles. Sous le regard de Chloé Brugnon, ils bidouillent les sons, détournent les chansons, subliment les paroles pour nous offrir un voyage théâtral et musical plein de poésie. Gérard Manset est leur point de départ. Cet artiste qui s’est offert le luxe d’une liberté artistique exploratrice loin des modes et formatages, est la source d’inspiration idéale pour une réinvention collective de son parcours en solitaire, un palimpseste. Il devient une figure tendre qui accueille tous les questionnements poétiques du monde. (source : ici)

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© Félix Taulelle

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

On va dire que je fais une fixette sur certain.e.s artistes. Je pense à Tiago Rodrigues, tg STAN, Marlène Saldana et… Léopoldine Hummel. Sachez que la dernière fois que je l’ai vue, c‘était avant tout pour Marc Lainé, que les choses soient bien claires ! Ici, je ne peux m’en cacher, l’idée de la revoir sur scène avec Maxime Kerzanet (qui l’accompagne également quand elle se fait appeler Léopoldine HH) me met en joie…

Je ne connais pas Gérard Manset. Enfin… Je croyais ne pas le connaître. Mais en entendant certaines de ses chansons pendant le spectacle, je me suis rendu compte qu’il n’en était rien. Que cette chanson dans Holy Motors de Leos Carax, c’était lui. Que « Comme un Lego », qui m’était familière grâce à la version de Bashung, c’était lui. Et bien d’autres encore. Grâce au gracieux duo (et attachant et malicieux) Hummel / Kerzanet, on apprend à connaître ce personnage énigmatique qu’est Gérard Manset, à appréhender l’animal. Il nous donne surtout envie d’écouter 52 fois ses chansons et de (re)lire Nerval et/ou Handke. J’aime quand les artistes se font passeurs (j’ai lu Gwenaëlle Aubry, c’est un exemple).

Cet objet non identifié spectaculaire vaut également pour la mise en scène de Chloé Brugnon, toute en finesse et en intimité. Pourtant, on est quelque peu dérouté en début de spectacle quand Léopoldine Hummel et Maxime Kerzanet se relaient la parole de Manset, que ce moment plus ou moins improvisé dure, sans trop savoir où ça peut nous mener. Léopoldine et Maxime (et Chloé… oui, je les appelle par leurs prénoms, même si je ne les connais pas) nous emmènent ailleurs. La poésie, la douce folie et la sincérité des deux interprètes emportent tout.

En sortant du théâtre de l’Opprimé, on ne replace pas ses écouteurs dans ses oreilles pour s’isoler de je ne sais quoi. On a dans la tête ce petit air, ces visages… Parce qu’on voudrait revivre ce moment…

 

ON VOUDRAIT REVIVRE

A partir des chansons de Gérard Manset

Mise en scène : Chloé Brugnon (Compagnie Claire Sergent)

Avec : Léopoldine Hummel, Maxime Kerzanet

Création lumière : Hugo Dragone – Création son : Mathieu Diemert – Costumes et accessoires : Jennifer Minard

Jusqu’au dimanche 21 janvier 2019 au Théâtre de l’Opprimé, Paris

Et à la Caserne à 11h du 6 au 22 juillet 2019 (Avignon Off)

 

(une autre histoire)

On ne se souvient pas de la première fois. Qu’on découvre un artiste. Un compositeur, un auteur, un interprète. Je ne parle pas du concert, je ne parle de la chanson qu’on entendrait dans un film et qui nous ferait patienter jusqu’à la fin du générique. Je regarde ma discothèque et… Radiohead… c’était quand, c’était quoi, c’était où ? Patrick Watson… c’était quand, c’était quoi, c’était avec qui ? Emiliana Torrini… c’était… à Québec, en juillet 2005. Je suis dans ce magasin de disques, aujourd’hui disparu trop tôt, Sillons, dans la rue Cartier. Je cherche une compilation du label Tigersushi que m’a conseillé la serveuse du Bonnet d’Âne, un restaurant dans la rue St Jean. En fond sonore, j’entends une voix. Je demande à la vendeuse à qui elle appartient. Comme dans une impulsion j’achète par la même occasion le disque, qui m’accompagne ensuite dans mon périple gaspésien. Je me souviens être resté toute une après-midi sur une plage, le pantalon retroussé jusqu’aux genoux, les écouteurs dans les oreilles et avoir tenté d’écrire des paroles sur une des musiques de cette artiste islandaise. Je me suis brûlé les tibias. Coup de soleil.

Finalement on peut se souvenir de la première fois.

 

vu le vendredi 18 janvier 2019 au Théâtre de l’Opprimé, Paris

prix de ma place : 16€

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

The Scarlet Letter (Angelica Liddell / La Colline)

(quand on ne lit pas la bible)

The Scarlet Letter ? Il y a un rapport avec la Servante Écarlate ?

(de quoi ça parle en vrai)

(…) Si c’était autrefois la religion qui censurait, rejetait, c’est aujourd’hui l’empire de la raison qui domine la pensée puritaine de notre société. Dans un déchirant cri de souffrance, Angélica Liddell nous rappelle que l’humanité trouve son fondement dans la culpabilité du premier homme, c’est sur cette base qu’elle libère ses tourments, porteuse des stigmates de nos infractions à la morale et de nos mauvaises consciences. (source : ici)

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© Simon Gosselin

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Angélica Liddell fait partie de ces artistes dont on sait déjà ce qu’on va voir. Elle provoque le malaise, la fascination, va beaucoup parler, ne pas épargner ses partenaires de jeu ni elle-même par la même occasion. Elle sait également comment mettre le public dans sa poche (l’utilisation de chansons populaires en est un exemple).

Pourtant on y revient. Parce qu’elle est une artiste entière, audacieuse, qui ne ménage pas sa peine et ce n’est pas forcément si fréquent. Mais qu’osera-t-elle faire cette fois-ci ? La nudité (masculine) sera très présente (ces hommes qui resteront nus même aux saluts). Parce qu’elle sait créer des images d’une beauté époustouflante (ces grands rideaux rouges qui tombent sur elle, par exemple). Parce qu’elle a toujours quelque chose d’intéressant à dire, parfois à contre-courant de l’air du temps. Elle porte une autre voix, persévère dans sa propre voie. Elle parle de la vieillesse et surtout de l’artiste qui est au centre de tout, qui, sans public, n’est rien. Elle regrette l’aseptisation de l’art. Liddell déclare sa flamme aux Artaud, Foucault… Qu’en serait-il aujourd’hui ?

C’est certain, on y reviendra.

Ps : Note pour plus tard, le rang B à la Colline c’est le premier rang. On n’appréhende pas tout à fait de la même façon les images en face de nous que si nous avions été au rang Q. Mais on fait comme si on était tout seul face à la scène. On ne remarque pas les spectateurs laissés sur le bord de la route. Zéro parasitage.

 

THE SCARLET LETTER

texte, mise en scène, scénographie, costumes et jeu Angélica Liddell

librement inspiré de l’œuvre de Nathaniel Hawthorne

avec Joele Anastasi, Tiago Costa, Julian Isenia, Angélica Liddell, Borja López, Tiago Mansilha, Daniel Matos, Eduardo Molina, Nuno Nolasco, Antonio Pauletta, Antonio L. Pedraza, Sindo Puche

assistanat à la mise en scène Borja Lopez – production et diffusion Gumersindo Puche

Jusqu’au 26 janvier 2019 à la Colline, Paris.

 

(d’autres histoires)

La dernière fois que j’ai vu un spectacle d’Angélica Liddell, ça devait être un samedi 14 novembre 2015. Annulé. Pour les raisons qu’on sait.

L’avant-dernière fois que j’ai vu un spectacle de Christophe Honoré, c’était un 6 novembre 2015, quelque chose comme ça.

Les deux utilisent des chansons populaires. Mon second m’a même obligé à entendre pour la deuxième fois de ma vie « Despacito ».

Liddell avait joué à l’Odéon, elle joue maintenant à la Colline. Honoré avait joué à la Colline, il joue maintenant à l’Odéon.

Les deux citent Foucault.

Le spectacle est soutenu par le Teatro Nacional D.Maria II de Lisbonne. Son directeur, Tiago Rodrigues, a-t-il demandé à Angélica Liddell, en échange de ce soutien, de citer Flaubert et Bovary, Fahrenheit 451 et Ray Bradbury ?

*****

C’est le plus beau jour de ma vie : aujourd’hui je passe une audition pour jouer dans un spectacle d’Angélica Liddell. Mais je ne comprends pas, on m’a recalé. Je me mets nu, comme tout le monde et je suis rejeté. Je suis trop ? Pas assez ? Un autre rêve qui ne se réalisera pas encore.

(ce texte a subi une auto-censure assez impressionnante quand on y pense, je vous prie de bien vouloir m’excuser. La prochaine fois j’irai acheter des couilles un peu plus grosses et j’oserai exhiber mon anatomie dans ces colonnes. Façon de parler.)

 

vu le mardi 15 janvier 2019 à la Colline (Paris)

prix de ma place : 13€ (carte Colline)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Kanata (Robert Lepage / Théâtre du Soleil)

(de quoi ça parle en vrai)

« C’est la première fois, en cinquante-quatre ans de son histoire, qu’Ariane Mnouchkine confie la troupe du Théâtre du Soleil à un metteur en scène invité – le Canadien Robert Lepage. La pièce imaginée par ce dernier assemble les fragments d’une vaste épopée retraçant deux-cents ans d’histoire de son pays — « kanata » est le mot iroquoien, signifant « village », qui a donné son nom au Canada — et scelle la rencontre, par comédiens interposés, entre deux géants de la mise en scène qui sont avant tout deux humanistes, convaincus que l’artiste doit être le témoin de son temps. » (source : ici)

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photos de répétition ©Michèle Laurent

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Exercice assez compliqué que de parler de ce spectacle sans avoir en tête la polémique qui naquit cet été (je résume à l’extrême : une pièce sur les autochtones sans acteurs autochtones).

J’imagine Robert Lepage et Ariane Mnouchkine se grattant la tête : « Bon on fait quoi maintenant ? »

La pièce s’appelle Kanata – Episode 1 : La Controverse. Je me pose la question suivante : Pourquoi ?

(je pense tout haut)

Le spectacle a le cul entre deux chaises (c’est vulgaire, je sais). J’ai peut-être eu un problème de perception, mais je n’ai pas eu l’impression que l’accent était mis sur la population autochtone. On assiste à ce fait divers sordide où des dizaines de jeunes femmes (en majorités autochtones) sont sauvagement assassinées, on apprend l’existence de la rue Hastings à Vancouver peuplée de miséreux et de toxicomanes, mais ce n’est qu’à la fin du spectacle (pendant une séance de taï-chi… WTF ?) qu’on nous fera un cours magistral sur les Anglais, les Indes, l’opium, les autochtones, le Canada. (résumé de mauvaise foi qui ne dit pas grand chose, j’en conviens)

Effectivement il y a deux scènes furtives en début de spectacle, avec un enfant enlevé, des arbres décimés, mais ce n’est finalement pas grand chose pour un spectacle s’appelant Kanata. Quel formidable sujet aurait pu être l’assimilation de tous ces enfants, de leur adoption (allez écouter les chansons d’Elisapie, qui sait de quoi elle parle), les conditions de vie des membres des premières nations dans les réserves. Ici c’est tiède, c’est superficiel et ça passe à côté de son sujet (comme certaines de mes chroniques).

Ensuite était-ce bien nécessaire d’ajouter cette dernière demie-heure sur cette peintre française à qui on reproche de peindre des visages d’autochtones disparues sans en avoir demandé l’autorisation (la fameuse controverse de l’appropriation, clin d’oeil au feuilleton franco-canadien de cet été).

Je parais très critique car ma déception est très grande : j’admire le Théâtre du Soleil et les mises en scène de Robert Lepage (on apprécie encore l’engagement des comédiens, on admire la virtuosité d’une scène de rêve). Je ne vais pas entrer dans la polémique car je ne connais sûrement pas tous les tenants et les aboutissants (Ils n’auraient vraiment pas pu intégrer des comédiens autochtones dans la distribution ? Il me semble pourtant que le Théâtre du Soleil accueille des nouveaux pour chaque création, non ?) Certes, il y a les investisseurs, il y a Robert Lepage qui doit avoir x projets en cours, il y a le Festival d’Automne, mais fut un temps où le Théâtre du Soleil osait repousser les dates de création parce qu’ils n’étaient tout simplement pas prêts. Pourquoi pas ici ?

KANATA, ÉPISODE 1 : LA CONTROVERSE

Mise en scène, Robert Lepage

Avec les comédiens du Théâtre du Soleil

Dramaturgie Michel Nadeau – Direction artistique Steve Blanchet – Scénographie et accessoires Ariane Sauvé…

Jusqu’au 17 février 2019 au Théâtre du Soleil (la Cartoucherie, Paris) en partenariat avec le Festival d’Automne à Paris et prochainement au Printemps des Comédiens (Montpellier)

(une autre histoire)

La première fois que je suis allé au Québec, c’était à Québec même, il y a presque quatorze ans. J’étais mince (c’est faux), je ne portais pas la barbe (mais j’avais déjà la flemme de me raser), j’avais pris le train à 2h du matin à la gare de Rivière du Loup pour me retrouver au fin fond de la Gaspésie, croiser la route d’un fan parisien de Bruce Springsteen qui jouait de la guitare dans une salle de répétition à vingt mètres de chez moi (et qui est devenu un ami que je fréquente toujours) et entendre cette réplique mythique : « En Gaspésie, j’ai pas vu de phoques et j’ai même pas fucké ! » (que d’histoires à raconter à mes petits-enfants que je n’aurai sûrement pas…).

Au bout de trois jours de vie trépidante québécoise, je croise un homme un peu basané. Ne vous offusquez pas trop vite, je m’explique : c’était la première fois que je rencontrais une personne de couleur dans la ville de Québec, intramuros (parce qu’il y a des remparts à Québec, parce que les Anglais, les Français, je me suis endormi à ce moment-là de l’exposé et j’ai tout mélangé). Montréal, ce n’est pas du tout pareil, je précise.

A l’extérieur de la capitale se trouve Wendake. C’est une réserve autochtone. Je m’imaginais les tipis, les flèches et les attrape-rêves, mais non, c’est une vraie petite ville. Avec des attrape-rêves. Et à Wendake, y a un endroit où on mange comme les autochetones, ça s’appelle Sagamité (je ne mentionne pas du tout ce restaurant pour qu’ils m’invitent l’été prochain, car ma soeur a emménagé non loin de la maison d’enfance de Robert Lepage et je vais revenir à Québec, faut suivre, je sais). On y mange surtout de la viande. Du bison, du wapiti, de la biche, du cerf. Alors ils coupent des petits morceaux et c’est servi sur une espèce de potence et ils font flamber le tout. Rien que pour ça, je retarde encore ma conversion au végétarisme et j’arrêterai mon histoire ici, j’ai déjà perdu la moitié de mon lectorat. Vive le Québec libre !

vu le dimanche 13 janvier 2019 au Théâtre du Soleil

prix de ma place : 30€ (abonnement Festival d’Automne)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Les Idoles (Christophe Honoré / Odéon Théâtre de l’Europe)

(de quoi ça parle en vrai)

« (…) En rendant hommage à ses six Idoles – Collard, Daney, Demy, Guibert, Koltès, Lagarce –, à travers six manières singulières d’affronter le désir et la mort en face, Honoré revient aux “jours sinistres et terrifiants” de sa jeunesse. “Un spectacle pour répondre à la question: Comment danse-t-on après?” » (source : ici)

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© Jean-Louis Fernandez

(ceci n’est pas une critique, mais…)

J’attendais avec impatience la nouvelle pièce de Christophe Honoré. Parce que, à une exception près, j’aime son cinéma et que j’avais énormément apprécié « Fin de l’Histoire » (où j’ai découvert la divine Marlène Saldana) et « Nouveau Roman » dont la mécanique est ici reprise : des acteurs qui jouent des personnalités de la vie artistique, une recherche documentaire qui les implique dans le processus de création…

C’est dans un décor (toujours imposant) de station de métro à la St Michel (c’est mon interprétation) que Christophe Honoré rend hommage à ces hommes qui furent ses idoles, qui l’ont en quelque sorte façonné. Il est aussi, je ne dirai pas étonnant mais, beau de voir à quel point il peut faire confiance en ses acteurs : Marina Foïs dont on a l’impression qu’elle joue toujours de la même façon (cet air détaché, une diction et un rythme qui respirent – je sais, ça ne veut rien dire), pourtant ça fonctionne à en devenir bouleversant, Marlène Saldana (dont je ne peux m’empêcher d’admirer l’énergie, l’audace et la finesse) qui emporte tout sur son passage, Jean-Charles Clichet qui apparait tour à tour fragile et drôle (ou les deux à la fois)…

L’ensemble est à ravir. C’est généreux. On rit, on est ému. Christophe Honoré parvient à trouver l’équilibre. On se retrouve dans ces années 80/90 pendant lesquelles j’étais bien trop jeune pour apprécier (ce n’est peut-être pas le bon mot) ce que pouvaient être ces années SIDA. Un spectacle essentiel et mémorable.

On connait déjà la fin puisqu’ils sont déjà tous morts. D’ailleurs le début pourrait être la fin, ça se terminerait comme dans un film de Jacques Demy, on y danserait comme les danseurs de Dominique Bagouet, sur une musique des Doors mais ça ne se terminerait jamais…

« When the music’s over, turn out the lights… »

 

LES IDOLES

de Christophe Honoré

avec Youssouf Abi-Ayad, Harrison Arévalo, Jean-Charles Clichet, Marina Foïs, Julien Honoré, Marlène Saldana et Teddy Bogaert

scénographie Alban Ho Van – dramaturgie Timothée Picard – lumière Dominique Bruguière ) costumes Maxime Rappaz – collaboration à la mise en scène Teddy Bogaert

Jusqu’au 2 février 2019 à l’Odéon Théâtre de l’Europe – Paris (mais c’est complet !), les 6 et 7 février à la Comédie de Caen et les 14 et 15 février à Montbéliard

 

(d’autres histoires)

Serge Daney, je l’ai découvert grâce à Nicolas Bouchaud dans « La loi du marcheur ». Je n’avais aucune idée de comment il était mort, mais je m’en fichais un peu. Serge Daney, un autre passeur, comme Christophe Honoré.

Jean-Luc Lagarce, Bernard Marie Koltès, je les ai connus parce que quand on s’intéresse au théâtre, ils sont incontournables. J’avais joué une scène de « Quai Ouest », une année. Une histoire de ne pas se débarbouiller, si je me souviens bien. Et il faut absolument lire les éditoriaux de Lagarce pour le théâtre du Granit de Belfort.

Cyril Collard, j’avais treize ans quand j’ai vu Les Nuits Fauves au cinéma. Je n’avais pas aimé. Je n’avais pas compris. Mais j’avais découvert Romane Bohringer.

Jacques Demy… Je n’ai jamais été biberonné à Peau d’Âne, ai découvert sur le tard les Demoiselles de Rochefort. Je connais plus les chansons de Michel Legrand que son cinéma.

Hervé Guibert, ben je ne l’ai jamais lu. Je ne savais même pas qu’il était lié à Michel Foucault que, lui, je connais malgré mon 6 en philo au bac (le corps utopique, les hétérotopies…). Mais je le lirai, oui.

*****

Si je me retrouvais nez à nez avec Marlène Saldana, je lui dirais quoi ? Nous avons le même âge, elle est ce qu’elle est, je suis ce que je suis. Je n’ai surtout plus l’âge de passer pour un fan. A vingt ans, ça peut être attendrissant, à quarante, ça peut paraître étrange, pour ne pas dire malsain.

« J’aime ce que vous faites, ce que vous êtes. »

Je lui dirai… Je sais… Je lui dirai :

« Vous disiez dans la pièce, je veux dire, vous faites dire à Jacques Demy : « Ah non pas l’accent marseillais, j’ai tourné « Trois places pour le 26 » à Marseille et personne n’avait d’accent ». Je suis né à Marseille, j’y ai passé les vingt-cinq premières années de ma vie et pourtant je n’ai pas l’accent. Ou à peine. Voilà, c’est tout. »

 

vu le mercredi 9 janvier 2019 à l’Odéon Théâtre de l’Europe, Paris

prix de ma place : 20€ (cat 1 – avant-première)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito