À quelle sauce (printemps-été 18)

Parce que j’ai encore dix jours avant de voir mon prochain spectacle et que je m’ennuie, donc je dégaine avec un peu d’avance mon programme pour ces quatre prochains mois.

 

MARS

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Crédits photos : Théâtre de la Bastille
  • Claude de et par Gauthier Ployette (Théâtre À la croisée des chemins) : Premier spectacle du mois, premier saut dans l’inconnu… (tous les mercredis et jeudis, du 7 mars au 5 avril 18)
  • Bovary (Théâtre de la Bastille) : Tiago Rodrigues est de retour avec la reprise de Bovary (mais sans le grand Jacques Bonnaffé) avant un feu d’artifice en 18/19 ? (Sa façon de mourir avec le tg STAN + Sopro ?) (du 1e au 28 mars 18)
  • NTM (Accorhôtels Bercy) : Ce soir, on vous met… Ce soir on vous met la fièvre… pendant des heures… (du 8 au 10 mars 2018)
  • Hunter – Le chant nocturne des chiens (Théâtre de Chaillot) : Marc Lainé n’est jamais aussi bon que quand il écrit lui-même ses spectacles. (du 7 au 16 mars 18)
  • Cubix par Mathieu Enderlin (Le Mouffetard) : Découverte d’un spectacle jeune public. (du 14 au 25 mars 18)
  • Ithaque (Ateliers Berthier) : Christiane Jatahy est de retour avec les comédiennes de sa version des Trois Soeurs et rien que ça… (du 16 mars au 21 avril 18)
  • The Prisoner (Bouffes du Nord) : Peter Brook est de retour… Un beau moment de simplicité et de poésie en perspective. (du 6 au 24 mars 18)
  • The Great Tamer (Grande Halle de la Villette) : Après sa présentation au dernier Festival d’Avignon, je me suis laissé convaincre par la vidéo de Ronan sur ses attentes pour 2018. (du 20 au 23 mars 18)
  • 21 Pornographies par Mette Ingvartsen (Centre Pompidou) : Non non… rien… (du 22 au 24 mars 18)
  • M comme Méliès (Théâtre de Chaillot) : Di Fonzo Bo / Vigier dans un spectacle alliant théâtre, cinéma et magie. On fait confiance. (du 22 au 29 mars 18)
  • Notre innocence (anciennement Victoires) (La Colline) : Curieux de voir cette nouvelle création de Wajdi Mouawad, quelques mois seulement après le très beau « Tous des oiseaux ». (du 14 mars au 11 avril 18)
  • Les Émigrants – The Ghostchasers (en 2 parties) (Théâtre de la Bastille) : Je ne sais pas quoi dire. (du 20 au 31 mars 18)
  • By Heart (Les Tanneurs, Bruxelles) : Troisième fois que je verrai ce moment mené par Tiago Rodrigues. Oserai-je apprendre avec neuf autres personnes le fameux sonnet de Shakespeare ? (du 28 au 30 mars 18)

AVRIL

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Crédits photos : Robbie Jack
  • For Claude Shannon (du 3 au 6 avril 18) + This Duet that we’ve already done (so many times) (du 4 au 8 avril 18) + Radical Light (du 9 au 15 avril 18) + A Kind of Fierce (du 12 au 15 avril 18) (Théâtre de la Bastille) : Découvertes également de toutes ces pièces de danse avec tout de même l’envie de revoir Frédérick Gravel.
  • The Encounter (Odéon Théâtre de l’Europe) : Spectacle immersif par Simon McBurney (du 29 mars au 8 avril 18)
  • La Mécanique du Coeur d’après le roman de Mathias Malzieu (À la Folie Théâtre) : Pour être honnête, je fus un grand fan de Dionysos mais beaucoup moins des romans de Mathias Malzieu. Curieux de voir ce qui en a été fait pour le théâtre, même sans la musique du groupe. (les jeudis, samedis et dimanches, du 12 avril au 25 juin 18)
  • Les 7 jours de Simon Labrosse (Théâtre de Ménilmontant) : Je ne ferai aucun commentaire car cette pièce reste pour moi… Non, je ne dirai rien. (tous les mardis jusqu’au 29 mai 18)

MAI

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Olafur Arnalds
  • Au bois (Colline) : Revoir enfin Emilie Incerti Formentini sur scène après Rendez-vous Gare de l’Est de Guillaume Vincent (du 3 au 19 mai 18)
  • Mona (CentQuatre) : Ceci n’est pas un concert ni une pièce, mais Emily Loizeau. (les 2 et 3 mai 18) -> J’avais noté Mona, mais d’après le site internet du 104, ça serait un concert hommage à Lou Reed, à suivre…
  • Olafur Arnalds (Trianon) : Quelque chose de l’Islande dans ma tête, sûrement. (le 15 mai 18)
  • Gaz Coombes (Maroquinerie) : La satisfaction du concert hommage des Beatles l’autombe dernier, que je vois enfin tout seul, à défaut de l’avoir vu avec Supergrass. (le 29 mai 18)
  • Quelque chose se prépare au Théâtre de la Bastille auquel je participerai… les 25 et 26 mai 18… dans la salle du haut… Les Infiltré.e.s
  • Et toujours au théâtre de la Bastille, le collectif L’Avantage du doute prend la suite de Tiago Rodrigues pour occuper Bastille et ça sera forcément différent : Occupation Bastille 2 (du 23 mai au 16 juin 18)
  • Voilà ce que jamais je ne te dirai + Je suis un pays (La Colline) : C’est Macaigne et j’ai un peu peur de ce qu’il va nous demander de faire, surtout pour le 1e spectacle. (du 31 mai au 14 juin 18)

 

JUIN/JUILLET

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Crédits photo : Tanztheater Wuppertal
  • Tragédies romaines (Théâtre de Chaillot) : IVO VAN HOVE… voilà, c’est tout. (du 29 juin au 5 juillet 18)
  • Nefes (Théâtre des Champs Elysées) : PINA BAUSCH… voilà c’est tout. (du 2 au 12 juillet 18)

Encore une fois, il s’agit ici d’une liste qui risque de s’allonger ou de se modifier dans les prochaines semaines, au gré des invitations, conseils et autres rencontres.

 

J’AI DÉJÀ VU, C’EST BIEN MAIS JE N’Y RETOURNE PAS PARCE QUE JE N’AI PLUS DE SOUS ET QUE J’ESSAIE D’AVOIR UNE VIE SOCIALE…

  • Nicolas Bouchaud au Théâtre du Rond Point avec La loi du marcheur (du 7 au 18 mars 18), Un métier idéal (du 20 au 31 mars 18) et Le méridien (du 4 au 14 avril 18), avec une préférence pour le premier et les mots de Serge Daney.
  • La reprise, toujours au Rond Point des Bijoux de Pacotille par Céline Milliat Baumgartner et Pauline Bureau (du 6 au 31 mars 18)
  • La reprise encore au Rond Point du spectacle de Mathieu Madenian (du 24 au 26 mai 18)
  • La reprise de la Conférence de Choses par François Grémaud et Pierre Mifsud au Nouveau Théâtre de Montreuil (du 20 au 24 juin 18)
  • Jusque dans vos bras des Chiens de Navarre à la MC 93 Bobigny (du 24 au 29 avril 18)
  • La nuit je suis Robert de Niro de Guillaume Barbot, mise en scène par Elsa Granat (dont on devrait entendre parler la saison prochaine…) à la Loge (du 12 au 15 juin 18)
  • F(l)ammes à la Commune (du 9 au 11 avril 18)
  • Une Chambre en Inde au Théâtre du Soleil (même si je n’avais pas été complètement convaincu). (du 24 février au 29 avril 18)

(court) BILAN HIVER 2018

42 spectacles vus du 1e décembre 2017 au 19 février 2018, 35 chroniques écrites (une seule chronique pour les deux volets d’Adieu Ferdinand de Philippe Caubère et pour le diptyque Iliade Odyssée, aucune chronique pour des spectacles déjà vus et chroniqués : le concert des No Man’s Louise au Nez Rouge et au Jam à Marseille, Bacchantes de Marlene Monteiro Freitas, Gala de Jérôme Bel, pas de chronique non plus concernant une Pastorale dans le village familial pour des raisons de proximité, mais deux articles « hors série » avec mon bilan 2017 et la soirée Gladparty). Je n’ai raté aucun spectacle de mon programme, mis à part celui de Phia Menard, mais c’était pour la bonne cause et surtout pour Londres.

Dans les coups de coeur, je mentionnerai la confirmation Marlene Monteiro Freitas et son Jaguar à Bastille, la claque Lia Rodrigues et son Pindorama à Chaillot et la découverte des Petites Reines de Justine Heynemann (que des femmes, dites donc et encore je n’ai pas cité Emma Dante !)

Les chroniques les plus lues : Mélancolies, Saïgon et Adieu Ferdinand ! (sans compter celle de la Gladparty)

 

A bientôt en mai pour un billet spécial sur les nouvelles saisons 18/19 présentées dans les différents théâtres, ainsi que sur la programmation du prochain Festival d’Avignon !

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

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La vie en vrac (Cisaruk / Venitucci / Yanowski / Le Connetable)

(quand on ne lit pas la bible)

La vie en vrac ? Ma vie ? (Je pense que pour la définir, je pourrais utiliser ce titre.)

 

(de quoi ça parle en vrai)

Quand on connaît le tempérament d’Annick Cisaruk, la liberté de David Venitucci et l’incroyable Yanowski (Cirque des mirages), on est prêt à tout. Et voilà en une femme toutes les autres présentes, femme aux tonalités slaves de l’accordéon de David Venitucci, celle à la voix gouailleuse de ses accords teintés de jazz, celle au timbre profond qui égrènent les ballades sentimentales du compositeur. Un kaléidoscope géant, des fragments du discours amoureux s’assemblent pour dire que si la vie est un songe, seul le rêve peut nous rendre vivants. (http://www.billetreduc.com/204847/evt.htm)

 

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Photo de couverture : Frantz Vaillant/TV5Monde – Visuel : Sébastien Merlet

 

(ceci n’est pas une micro-critique, mais…)

Devant l’enthousiasme d’une petite cousine comédienne, je me rends donc au Connetable, sans trop savoir ce qui m’attend. Et c’est dans la cave exigüe et bondée (claustrophobes s’abstenir) de ce lieu parisien que je m’apprête à entendre les mots ciselés sur mesure par Yanowski pour la voix et la personnalité de Annick Cisaruk accompagnée par l’accordéoniste mais pas musette David Venitucci qui a également signé la musique et les arrangements.

Ces deux-là nous emmènent avec force et conviction dans leur univers (phrase cliché au possible, je sais). J’aime quand l’instrument joue autre chose que ce qu’il est censé jouer. Il est percussions, il devient mer. Annick Cisaruk quant à elle, est dans son personnage du début jusquà la fin, nous raconte la vie de cette petite provinciale qui monte à la capitale, comme on dit et grandit au gré des rencontres et des péripéties. Je suis plutôt impressionné par sa facilité qu’elle a de disposer de sa voix. Elle ne force jamais (ok, c’est un peu la moindre des choses une chanteuse, mais quand même).

Un joli spectacle musical pour qui aime la (bonne) chanson française à texte.

 

vu le lundi 19 février 2018 au cabaret Connetable (Paris)

prix de la place : Chapeau

 

LA VIE EN VRAC

Auteur : Yanowski

Interprété et mis en scène par Annick Cisaruk (voix) et David Venitucci (accordéon, musique et arrangements)

au Cabaret le Connetable (Paris) tous les lundis à 20h30 jusqu’au 30 avril 2018. (sur réservation au 06 08 50 26 41 ou par courriel : myriam.lothammer@wanadoo.fr)

 

(une autre histoire)

« C’est quoi mon excuse, là ? Ma besace me pèse : MacBook et les Microfictions 2018 de Régis Jauffret, il pleut… Certes j’ai fait un arrêt au MK2 Quai de Seine. Monsieur.Madame Mk2, dites-moi, pourquoi donc éteindre la lumière avant le film si ce n’est que pour diffuser la bande annonce de Taxi 5. Marseille est toujours dans mon coeur, là n’est pas le problème, je sais très bien que Europa Corp a dû payer très cher cet espace publicitaire en or, mais franchement, vous pensez que quelqu’un qui va voir un film de Paul Thomas Anderson va voir cette production Besson ? Un film Marvel, je ne dis pas. Mais Taxi ? Pis, on ne peut même pas lire ou regarder sa douce (que je n’ai pas). Le son et l’image. Double peine. Heureusement P.T.A. et Daniel Day Lewis ont mis toute leur délicatesse pour effacer ce souvenir. Pas assez puisque j’en reparle. Il n’empêche… Pourquoi donc ai-je cru bon d’utiliser mes pieds pour me rendre jusqu’à la rue des Archives alors qu’il fait froid et qu’il pleut ?

Je passe à côté d’un homme qui attend que sa compagne et son chien sortent de l’immeuble. Il fait la fête à son chien, prend une voix débile. Sa femme reste stoïque.

Devant moi, un couple qui porte la même paire de chaussures. Je ne dis pas des Docs Martens dépareillées, non. Des Stan Smith. Les mêmes.

Sur le canal St Martin, près de chez Prune, je croise la première fille que j’ai embrassée de toute ma vie. J’avais dix-sept ans. Ce n’est pas la première fois. Il y a des personnes qu’on aimerait croiser plus souvent, elle non. J’aimerais croiser comme de par hasard S. ou H. ou F. ou encore L. mais non. Pourquoi ai-je toujours envie de les recontacter ? Je me pose la question : Pourquoi ne m’ont-elles jamais recontacté ? J’ai l’impression que ça vient toujours de moi. Qu’est-ce qui fait que je leur ai donné un aussi mauvais souvenir pour qu’elles ne se disent pas : « J’ai fait une erreur, je n’aurais jamais dû rompre avec lui. »

Ce n’est quand même pas parce que j’ai pris son coeur et que je ne suis pas revenu ? Là je parle de E., celle que je viens de recroiser. J’aime garder des souvenirs, c’est pas ma faute, c’est pas méchant ! Un livre de H., une mèche de cheveux de S., le petit doigt de L. … »

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

T-Rex (Marc Oppecini / Marie Guibourt / Théâtre de la Contrescarpe)

(quand on ne lit pas la bible)

T-Rex ? Un spectacle musical sur la vie de Marc Bolan ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Jeune cadre dans une grande banque, Alexandre est propulsé manager. Une opportunité de carrière à saisir. Mais le terrifiant T-Rex de son enfance resurgit… Le burn-out est sur le point de le dévorer… (http://www.theatredelacontrescarpe.fr/t-rex-chronique-dune-vie-de-bureau-ordinaire-par-et-avec-alexandre-oppecini)

 

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Crédits photos : Armand Luciani

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Ce spectacle est hybride, cela commence comme un stand up : le comédien nous présente le T-Rex, enchaine en faisant un parallèle avec le métro parisien, on est censé se reconnaître (la dame devant moi n’a pas arrêté d’acquiescer et de dire « c’est vrai ») et donc (sou)rire. Puis on passe au one man show avec la chronique d’une vie de bureau où le comédien brosse le portrait de ses collègues de l’open space, passage pour lequel il les imitera (je vais passer pour un rabat-joie, mais on était vraiment obligé d’imiter la personne malentendante et d’identifier une autre employée comme étant une personne noire, alors que cela n’apporte vraiment rien au récit ?) et devient un seul en scène pendant lequel le comédien ne cherchera pas le seul rire et c’est la partie où disons je fus le plus captivé.

Alexandre Oppecini a le mérite, et ce n’est pas si évident que cela, de nous présenter un personnage pas vraiment aimable, qui se réjouit de sa future promotion suite au suicide de son supérieur, n’est pas heureux en couple mais ne parait pas avoir très envie que cela fonctionne pour autant et qui va se transformer en gros dinosaure qui mange tout sur son passage. Ce que dit surtout le spectacle, c’est que ce fameux T-Rex qui dévore le personnage de Alexandre de l’intérieur et qui le fera exploser, nous l’avons tous enfoui en nous, il suffit d’un élément déclencheur pour nous oublier pour mieux nous retrouver.

Cette tentative est honnête mais pas complètement réussie, en raison d’un rythme pas suffisamment soutenu et de certaines incohérences dans la narration  et dans les adresses au public (par exemple et sans divulgâcher, la révélation au père à la fin de la pièce aurait pu être intéressante et drôle si le public avait été mis au courant dès le départ, or on a été tout de suite mis sur une fausse piste)

Pour conclure, ce spectacle donne tout de même matière à réflexion, ce qui n’est déjà pas si mal.

 

vu le dimanche 18 février 2018 au théâtre de la Contrescarpe

prix de la place : invitation blog/presse

 

T-REX – Chronique d’une vie de bureau ordinaire

Auteur : Alexandre OPPECINI

Distribution : Alexandre OPPECINI

Mise en scène : Marie GUIBOURT

Scénographie et lumières : Lucie JOLIOT – Musique : Rémi OPPECINI (Infra-Rem)

les dimanches, lundi et mardi jusqu’au  27 mars 2018 au théâtre de la Contrescarpe (http://www.theatredelacontrescarpe.fr)

 

(une autre histoire)

Je ne sais pas comment j’ai fait pour rester aussi calme. Là où j’aurais rué dans les brancards ou même pleuré, tiens, je suis resté stoïque face à mon supérieur hiérarchique. Je lui ai exposé mon sentiment sur la situation, ce à quoi il m’a répondu : « Si c’est comme ça, vous n’avez qu’à vous arrêter. » Ce que j’ai fait.

Le premier jour, je reste chez moi, en peignoir, prends ma douche à quatre heures de l’après-midi, pile au moment où le soleil (quand il y en a) fait une percée à travers la lucarne. Le matin, je me suis réveillé exactement à la même heure que d’habitude, et ce sans alarme.

Le deuxième jour, je suis déjà à court de pâtes. J’élabore un stratagème pour me doucher un peu plus tôt, m’habiller et sortir. Or j’ai peur du regard des autres. D’habitude, à cette heure-là de la journée, en semaine de surcroît, le monde n’a pas le loisir de me voir. Que va penser la gardienne de mon immeuble ?

Le troisième jour, je sors. Procrastinateur un jour, procrastinateur toujours. Un nouveau monde s’ouvre à moi : prendre un café au comptoir, aller au cinéma à midi, profiter d’une expo sans se presser, courir aux Buttes Chaumont avec les retraités et les intermittents du spectacle.

Le quatrième jour, je fais mes nuits, comme un petit bébé. D’une seule traite. Je range, je trie, je me rase. J’achète des pâtes sans gluten. Non, je déconne.

Le cinquième jour, je passe la journée dans un café que j’affectionne et comme la plupart des clients, tapote sur le clavier de mon MacBook Air en me passant la main dans les cheveux.

Le sixième jour, je prends un billet de train, n’importe lequel, juste pour voir ce que ça fait de voyager hors saison. Je vais en Islande. Tant qu’à faire…

Le septième jour, je suis sur un bateau et c’est le solstice d’été. Oui, parce que le train pour aller en Islande, ce n’est pas possible. J’écoute Sigur Ros, parce que j’ai oublié de mettre dans mon appareil photo téléphone la musique de Olafur Arnalds.

Le huitième jour, je me réveille à 6h59, une minute avant mon réveil. Toujours une minute avant mon réveil. Soixante secondes pour décider de la suite. Aujourd’hui, je ne me lèverai pas. Je n’appellerai pas mon supérieur hiérarchique. J’attendrai qu’on vienne me chercher, m’extirper de mon lit. Je suis un poids mort. Vous allez en chier, moi je vous dis. Une fois n’est pas coutume, j’ai rêvé cette nuit. Je sais que j’ai rêvé, mais je ne me souviens plus de quoi j’ai rêvé. De quoi j’ai rêvé ?

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Eve Risser (Piano Solo / FGO Barbara)

(de quoi ça parle en vrai)

« Dans ce nouveau répertoire au piano et en solo je joue des pièces fraîches dans le temps. Je joue du piano, aussi sans préparations. J’appuie souvent sur les touches blanches et noires. J’organise mes doigts selon une logique presque pianistique ! Une main pour le coeur, l’autre pour l’âme….un pied pour la fête? Je joue des morceaux qui me chantent. Il y en a plusieurs. Je m’arrête entre chaque. J’en fais chanter certains. J’en tape d’autres. J’aime emprunter des lignes verticales et horizontales à des grands artistes que j’écoute depuis ma tendre vingtaine : Monk, Bley, Haden. Sinon ce sont plutôt des compositions. Je joue ces trucs là car ils sont là en ce moment. Avant, après, pas pareil mais différent. » Eve Risser (https://www.everisser.com)

 

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Photo de couverture : Sylvain Gripoix – Photo ci-dessus : Moi

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

L’amie qui m’accompagnait ce soir-là me demandait, à juste titre, si j’allais chroniquer ce concert. Deux raisons pour lesquelles je pourrais ne pas le chroniquer : 1/ J’ai déjà vu Eve Risser en concert dans une forme courte l’automne dernier. 2/ Je ne m’y connais absolument pas en jazz expérimental, contemporain… Et pourtant je vais tout de même chroniquer son concert.

Parce que comme de nombreux musiciens, la pianiste Eve Risser porte plusieurs projets dans ses bras et celui présenté au FGO Barbara n’a rien à voir avec celui présenté à Pantin. Ici elle est toute seule avec un piano droit ouvert devant elle, dont elle va triturer les cordes de la main gauche tout en appuyant sur les touches blanches et noires avec sa main gauche. Tout parait improvisé, mais cela ne l’est sûrement pas. On ne sait pas où Eve Risser nous emmène, mais elle, elle le sait… enfin je crois.

Et la force de sa musique, c’est qu’elle nous emmène loin. Eve Risser évoque entre deux longs morceaux sa résidence en Suisse, les stries d’un volcan noir… Sa musique devient bande originale de nos pensées qui vagabondent. Et même quand elle est rejointe par quatre autres musiciens (du groupe qui partageait l’affiche ce soir-là), la magie opère tout autant.

Je ne pourrai pas dire grand chose d’autre, si ce n’est qu’elle est également très drôle, plus ou moins volontairement, dans sa prise de parole entre les morceaux et qu’il ne faut pas la rater quand elle repassera par Paris ou ailleurs, sûrement avec un autre projet que celui-ci.

PS : Lors de cette soirée au FGO Barbara, il y avait également après le set de Eve Risser, le groupe Journal Intime qui présentait son projet « Lips on fire II », qui reprend Jimi Hendrix ou les Beatles. J’ai dû partir avant la fin pour des raisons physiques (je suis quelque peu éreinté par mon rythme, à dire vrai et je suis bien heureux de prendre très bientôt une pause « spectacles/blog » qui me sera salutaire) mais je dirai seulement qu’il est dommage qu’il n’y ait pas plus de compositions personnelles, car celle que j’ai entendue était vraiment bien (je crois que je viens d’atteindre le sommet de l’art critique après cette dernière phrase).

 

vu le vendredi 16 février 2018 au FGO Barbara (Paris)

prix de la place : Invitation Télérama

 

EVE RISSER + JOURNAL INTIME

au FGO Barbara (Paris) Lien -> ici

Autres dates de Eve Risser : 14 mars 18 au CRR Montreuil Festival (Duo Risser-Rühl), 22 mars 18 au Festival Banlieues Bleues à l’Atelier du Plateau (Paris) (Solo) et les 1e et 2 juin 18 à l’Atelier du Plateau (New Ensemble World Premiere – Fin de résidence)

 

(une autre histoire)

J’écoute la musique et…

Je suis dans un avion, on frôle les montagnes, les skieurs, les tire-fesses. Je me demande comment cet avion va passer entre les pylônes, mais il y arrive. Comme ces avions qui font le tour d’une ville pour vous la montrer sous toutes ses coutures, histoire de nous faire patienter parce que la piste d’atterrissage n’est pas encore prête. Ça tombe bien, de la montagne on voit Lisbonne, on voit le Tage. Ses collines sont enneigées. Au loin on voit le pont du 25 avril. Lisbonne me manque. L’an passé, je m’apprêtais à te rejoindre pour un long mois d’écriture. Je n’ai écrit que dix jours, mais c’était pas bien grave. Je n’ai jamais écrit un premier jet aussi rapidement, Lisbonne. Même si j’ai mis ce premier jet dans mon dossier « pour plus tard », il s’est passé quelque chose chez toi. Depuis toi, je n’écris plus pareil, ou plutôt devrais-je dire je ne me suis plus arrêté d’écrire.

L’avion ne s’arrête pas non plus. Où me mènera-t-il ?

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Le dur désir de durer (Théâtre Dromesko / Monfort Théâtre)

(quand on ne lit pas la bible)

Le dur désir de durer ? Ceci n’est pas un spectacle inspiré par les écrits de Cioran, c’est certain.

 

(de quoi ça parle en vrai)

(…) Deuxième volet d’un diptyque, Le Dur désir de durer, démarre là où s’est arrêté Le Jour du Grand Jour. On les retrouve dans le même dispositif que traversent les comédiens, musiciens, danseurs comme on traverse sa vie. Ici, le Théâtre Dromesko évoque le temps qui passe, l’abandon, le désenchantement, la fragilité de la vie, ses tempêtes aussi, jusqu’à la disparition, avec l’inconnu et le mystère qui nous attend tous, derrière la porte. Il n’y a plus qu’à se laisser emporter… (…) Sur ce petit bout de plancher perdu au milieu du public, ponton flottant sur cette marée humaine, nous allons passer et repasser, courant ou trainant, seuls ou nombreux, allant toujours dans la même direction. Apercevoir des fragments de parcours, des parenthèses de vie avant un « après », ou après un «avant ». Une vierge naine, un homme portant un jeune enfant, un chirurgien dans son habit de lumière… Tous, anonymes de la vie et normaux de l’imaginaire. (http://www.lemonfort.fr/programmation/le-dur-desir-de-durer-apres-demain-demain-sera-hier)

 

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Crédits photos : Fanny Gonin

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

C’est drôle parfois la vie, on croise quelqu’un, on lui parle cinq secondes, cette personne a juste le temps de mentionner le nom Dromesko, allez comprendre pourquoi cela pique notre curiosité, la personne disparait, on pense à elle avant le début du spectacle puis on se dit qu’on ne la remerciera jamais assez pour avoir évoqué ce spectacle. (Ce n’est pas la première fois que ça m’arrive, ce genre de mésaventures. Peut-être me lira-t-elle ?)

Alors attention, ce spectacle, dont les thèmes sont éternels : la vie, la mort, le passage, que dis-je, la traversée d’un état à un autre (j’en reparlerai plus tard, de ces traversées), n’est pas exempt de défauts, car après un départ en fanfare avec ces corps sans tête à quatre jambes qui supportaient et faisaient avancer la Vierge Naine de Séville (ça je l’ai lu dans le programme) et ces musiciens tout droit sortis d’un Freak Show, le soufflé retombe quelque peu. Je ne suis pas à une contradiction près, moi qui écris beaucoup, mais les parties écrites/parlées font baisser le rythme et l’attention (je ne parle pas de la qualité de l’écriture, qui est bien présente, je précise). Car le Théâtre Dromesko sait nous transporter dans un ailleurs grâce à ces images qui m’ont fait penser aux meilleurs films de Kusturica (les naissances, les mariages…), il y aurait aussi quelque chose de Fellinien (j’imaginerais bien un jeune garçon qui verrait ce spectacle et qui tomberait amoureux d’une des artistes, un peu comme dans Amarcord).

Ce que je n’ai pas dit, c’est que nous sommes ici dans un dispositif bifrontal (et on est très mal assis, mais ça, c’est une autre histoire) et il y a une seule entrée et une seule sortie. Ce sont ces traversées qui fascinent. Rien ne s’arrête mais on fait tout pour durer ou faire durer le plaisir. Et c’est très bête, mais voir un personnage tirer un lit d’hôpital, le sortir de scène et le voir revenir de l’autre côté alors que le lit n’a pas fini sa sortie, ça me fait rire.

La dernière demi-heure est fantastique : un personnage ne parvient pas à sortir, se heurtant à un mur invisible, là où des dizaines d’individus (joués par les huit autres comédiens) entrent et sortent de plus en plus rapidement, le vent (et le burlesque) s’invite dans la partie, un « chien-taureau », un poney, pas de cochon hier soir mais cet oiseau… irréel. Je ne me souviens pas en avoir vu un tel de toute ma vie. Est-ce un contorsionniste ? Une marionnette ? C’est un marabout (je me suis renseigné) d’un autre âge, qui joue remarquablement bien. Ses ailes, son bec, ses pattes sont tout un poème (oui, je sais, j’ai déjà écrit cela du corps de Robert Lepage, mais Robert Lepage est-il un marabout ? Ahhh…)

« Le dur désir de durer »… à chaque fois que j’écris ce titre, j’ai envie d’écrire « Le dur désir d’aimer », allez comprendre…

 

vu le samedi 17 février 2018 au Monfort Théâtre (Paris)

prix de la place : 20€

 

LE DUR DÉSIR DE DURER (Après-demain, demain sera hier)

par le Théâtre Dromesko (http://www.dromesko.net/fr/)

conception, mise en scène et scénographie Igor et Lily – textes : Guillaume Durieux

jeu / danse Lily, Igor, Guillaume Durieux, Violeta Todό-González, Florent Hamon, Zina Gonin-Lavina, Revaz Matchabeli, Olivier Gauducheau, Jeanne Vallauri

interprétation musicale Revaz Matchabeli (violoncelle), Lily (chant), Igor (accordéon)

construction décor Philippe Cottais – costumes Cissou Winling – lumière Fanny Gonin – régie plateau Olivier Gauducheau – création son Philippe Tivilliers – régie son Morgan Romagny – création et régie lumière Fanny Gonin

EN PARTENARIAT AVEC LE THÉÂTRE DE LA VILLE

C’était la dernière représentation au Monfort Théâtre… Et du 22 au 26 mai 2018 à la Scène Nationale de Sète et du Bassin de Thau.

 

(une autre histoire)

Parfois j’ai des idées… Je vis dans le 19e arrondissement de Paris et le Monfort Théâtre se trouve dans le 15e. C’est 3 métros pour y aller ou 2 tramways. Mais quelle mouche m’a donc piqué pour que je me mette en tête d’y aller à pied ? Selon mon amie Mappy, cette promenade durerait près de 2h30 pour environ une dizaine de kilomètres. Et je suis parti chaussé de mes sempiternelles Docs Martens.

Il fait beau, pas trop froid. Faut dire que je suis resté toute la journée chez moi. Je devais me remettre à courir, à la place j’ai bu trois cafés et regardé deux films (Le paradis de Alain Cavalier et American Sniper de Clint Eastwood : aucun rapport, je sais). Je devais aller au cinéma, à la place j’ai regardé le début de la saison 2 de Search Party et envoyé deux courriels importants.

La meilleure façon de marcher… c’est de mettre de bonnes chaussettes.

Je respire le bon air parisien, je m’arrête quand le petit bonhomme est rouge, je suis un garçon discpiliné. Je lève les yeux au ciel. Oh Félix Potin ! Je commence à compter les Caisse d’Épargne mais arrête assez rapidement. Je marche de plus en plus lentement, il ne fait plus jour mais pas complètement nuit, comme dans un rêve. Je passe devant le Brady (jamais allé), l’Archipel (j’avais vu une pièce avec S.), le Théâtre Antoine (ils passent Art… pas envie…), le Comédia, la future Scala, la Gaîté Lyrique (toujours pas compris à quoi ça servait), les théâtres du Châtelet et de la Ville en travaux, au-dessus de la Seine avec un côté des berges encore inondé. Photo. Saint Michel. De ce côté-ci de la Seine, je ne suis pas à l’aise. C’est bien la seule fois où je suis heureux (et je le revendique) d’être à droite.

Mince, j’ai des ampoules au pied, c’est à cause des chaussettes, ça. Je crois que je transpire. Mince, j’ai torp envie de faire pipi. Je vais avoir quelle tête en arrivant ? C’est quand qu’on arrive ? Elle est longue la Rue du Cherche-Midi… Attends, je m’arrête, je vais envoyer un message à Calimero, ça va me reposer deux minutes. Non, je ne sais pas envoyer un texto tout en marchant.

J’arrive. Tout ça pour quoi ? Pour me donner de l’inspiration ? Pour économiser un ticket de bus ?

Moi je sais pourquoi.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Jaguar (Marlene Monteiro Freitas / Andreas Merk / Théâtre de la Bastille)

(quand on ne lit pas la bible)

Jaguar ? Marlene Monteiro Freitas danse autour de voitures prêtées par la célèbre marque ? Une seule pensée vient alors à l’esprit des spectateurs : Mais comment diable ont – ils fait pour entrer toutes ces voitures dans la salle du bas du théâtre de la Bastille ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Accompagnée de son acolyte Andreas Merk, la chorégraphe cap-verdienne, au cours d’une partie de chasse endiablée, caresse les limites de l’esthétiquement correct. Les deux pantins clownesques se livrent à un savant mélange de sursauts et contorsions, saccadés et répétés en de multiples variations, alternant épuisement et état de transe devant un animal démesuré. Exaltés par la musique classique comme par les rythmes entraînants du carnaval du Cap-Vert, ils nous transportent dans leur univers énigmatique, fabuleux, singulier – évoquant le mythe de Diane surprise au bain par Actéon – où chacun pourra librement intérioriser les permanentes métamorphoses de ces deux danseurs. Une performance véritablement physique et animale. (http://www.theatre-bastille.com/saison-17-18/les-spectacles/jaguar)

 

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Crédits photos : Laurent Paillier

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Parce que je tiens « Bacantes » pour être l’un des meilleurs spectacles vus ces dernières années, c’est avec une impatience non dissimulée mais aussi une certaine appréhension, car peur d’être déçu, que je me suis rendu au Théâtre de la Bastille pour voir cette nouvelle pièce de Marlene Monteiro Freitas en collaboration avec Andreas Merk.

Ce spectacle est peut-être moins évident à appréhender que Bacantes, car on ne saisit pas immédiatement le lien entre les scènes (pour celui inspiré d’Euripide… ben la réponse était dans la question). Ce qui est en revanche bienheureux de retrouver, c’est la performance physique de Marlene Monteiro Freitas et de Andreas Merk qui, durant 1h45,  n’arrêteront pas une seule seconde.

« Jaguar » ne laisse pas indifférent. Il emprunte au burlesque, au clownesque dans cette façon de déformer les corps et les visages, épuise chaque possibilité autour de l’utilisation des accessoires : « ceci n’est pas une serviette », étire le temps et laisse surtout le champ libre à l’imagination et à toutes sortes d’interprétation. On apprécie également l’utilisation de morceaux classiques plutôt connus, d’airs de carnaval cap-verdien (ça je l’ai lu, je ne l’aurais pas deviné tout seul), tout comme on apprécie entendre un David Bowie qu’on n’a pas entendu 50-12 fois (Love is lost).

Puis ce mélange de baiser ou de tête de bête de foire…

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Encore une chose, Marlene Monteiro Freitas, je vous aime.

 

vu le mardi 13 février 2018 au Théâtre de la Bastille

Prix de la place : 13€/mois (pass Bastille)

 

JAGUAR

Chorégraphie Marlene Monteiro Freitas avec la collaboration de Andreas Merk

Performance Marlene Monteiro Freitas et Andreas Merk

Lumières et espace scénique Yannick Fouassier – Accessoires João Francisco Figueira en collaboration avec Miguel Figueira – Son Tiago Cerqueira – Recherches João Francisco Figueira et Marlene Monteiro Freitas

Spectacle présenté en coréalisation avec l’Atelier de Paris / Centre de développement chorégraphique national.

Jusqu’au 18 février 2018 au théâtre de la Bastille (Paris)

 

(une autre histoire)

Bonsoir, je vous remercie de bien vouloir signer cette autorisation. Vous vous engagez seulement à ne pas me poursuivre pénalement ou civilement, si jamais j’évoque un de vos faits et gestes durant cette soirée, mais également de continuer à m’adresser la parole. Je suis un peu à court d’idées, de ce fait, je grapille un peu tout ce qui me passe sous la main.

Par exemple, je pourrais évoquer ces deux spectatrices assises ce soir devant moi qui ont passé la moitié du spectacle à chercher un bijou qui avait glissé sous leurs sièges et qu’elles n’ont jamais retrouvé. Mais je ne le ferai pas, puisque l’une d’elles m’a avoué qu’elle lisait mes chroniques et que je suis un poltron. Je ne peux pas parler non plus de mes éventuelles conquêtes (rires du public) ni des rendez-vous galants que je donnerais au théâtre, car ces personnes-là sont également au courant de cet espace non-critique et je ne veux pas l’utiliser comme défouloir pour me venger d’une certaine personne qui aurait refusé mes avances et que j’ai déjà supprimé de mes contacts… Mais je n’en dirai pas plus. Non non, n’insistez pas. Je… Aaaah… Non, je ne raconterai rien, même sous la torture.

Tous mes amis partent de Paris, ils font des bébés, ah je vous jure ! Donc je n’aimerais pas me mettre à dos mes quelques amis restants. Sinon, je serais obligé de passer des annonces sur Twitter pour trouver des amis, je m’infiltrerais dans un atelier théâtre pour socialiser, pour me casser les dents sur des filles trop jeunes pour moi, j’essaierais de trouver une occupation près de Bastille, parce que j’aime beaucoup ce quartier, etc, etc.

Je deviendrais pathétique. Ou gênant. Ou les deux à la fois.

Vous pourriez dater, je vous prie, voilà, merci.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Le fils (Florian Zeller / Ladislas Chollat / Comédie des Champs Élysées)

(quand on ne lit pas la bible)

Le fils ? Il est dur d’écrire une blague originale quand tout le monde a déjà écrit que la prochaine pièce de Florian Zeller s’appellerait le tonton, la grand-mère, Toby le chien…

 

(de quoi ça parle en vrai)

Nicolas a dix-sept ans et semble avoir du mal à vivre. Il n’est plus cet enfant lumineux qui souriait tout le temps. Que lui est-il arrivé ? Et pourquoi ne va-t-il plus en cours ? Dépassée par les événements, sa mère ne sait plus quoi faire, et Nicolas demande à vivre chez son père. Ce dernier va tout faire pour tenter de le sauver et lui redonner le goût de vivre. Mais peut-on vraiment sauver quelqu’un d’autre que soi-même ?  (http://www.comediedeschampselysees.com/spectacles/88/Le-Fils)

 

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Photo de couverture : Lisa Lesourd

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Il y a des auteurs comme Florian Zeller à côté duquel on passe. J’en entends parler, je sais à quoi il ressemble, qu’il a énormément de succès dans le théâtre privé français, qu’il est joué dans le monde entier. (le flyer cite The Guardian : « (Le Père est) la pièce la plus acclamée de la décennie ») (Comment ça ? On compte les applaudissements, les rappels ?)  J’ai pourtant vu une pièce courte « The girl on the sofa » qu’il avait écrite et qui avait été présentée lors des Mises en capsules au Ciné Théâtre 13 il y a quelques années (avec Nicolas Vaude, Chloé Lambert et Marine Delterme), mais je dois avouer que ça ne m’a pas franchement marqué. Cette longue introduction pour dire que j’étais curieux de voir cette pièce interprétée notamment par Yvan Attal que j’apprécie beaucoup en tant que comédien et réalisateur (en tout cas ses deux premiers films). FONDU AU NOIR / MUSIQUE

Et ne laissons pas le mystère planer plus longtemps, après avoir vu « Le fils », je ne comprends pas bien l’enthousiasme autour de cet auteur, alors que d’autres auteurs francophones moins connus auraient largement leur place ici ou là. Peut-être devrais-je découvrir ses autres pièces ? FONDU AU NOIR / MUSIQUE

Une des seules réussites de la pièce est de ne pas dévoiler le pourquoi du mal être du fameux fils. On reste dans la même position que celle des parents qui ne comprennent pas, qui sont face à un mur. Et cette impuissance est bien retranscrite. Même si on aurait envie que ça aille un peu plus vite. Le rythme s’étire, on se met à penser : « Mais tu vas la cracher ta Valda ! » (allez savoir d’où m’est venue cette expression) En outre, on devine assez rapidement (mince, je vais divulgâcher) qu’un certain objet transmis de père en fils aura un rôle prépondérant dans la destinée funeste (ou pas) du fils et ce n’est qu’un exemple. FONDU AU NOIR / MUSIQUE

Parlons maintenant des acteurs. Rod Paradot, que je n’ai jamais vu au cinéma, a hérité du rôle casse-gueule de l’adolescent en plein mal-être : « Alors tu vas te ronger les ongles, tu vas bouger frénétiquement ta jambe quand t’es assis et tu traceras au feutre rouge sur ton bras des fausses marques de scarification » et c’est à peu près tout. Il a également une scène, entre rêve et réalité, où on met de la musique à pleins tubes avec effets stroboscopiques à gogo (tubes à gogo… je ne suis pas un « Millennial », la preuve) où le fils fait tomber les étagères et les livres avec (qui resteront par terre pendant une bonne partie de la pièce sans que ça gêne qui que ce soit) en ayant un regard de psychopathe adressé à sa belle-mère (interprétée par Élodie Navarre). Mais pourquoi ? N’y avait-il pas un autre moyen pour signifier l’éventuel antagonisme entre ces deux personnages, alors qu’on ne reverra aucune autre scène du même acabit. Yvan Attal fait du Yvan Attal, le rôle parait écrit pour lui. Et j’apprécie ça (je précise). Il interprète assez bien cet archétype du mâle qui travaille et laisse la femme s’occuper du dernier né, qui reste persuadé qu’il soutient tout le monde et qui ne veut pas voir en face la gravité du problème (dans la pièce, le fils sèche pendant trois mois le lycée… euh… dans les collèges et les lycées… si on est absent un certain nombre de fois, les parents ne reçoivent des courriels d’alerte les prévenant des absences des élèves ?) FONDU AU NOIR / MUSIQUE

En résumé, j’ai trouvé l’écriture de la pièce assez plate et trop languissante (comme ma critique… oui, vous avez bien lu, je n’ai pas écrit « non-critique »), qui malheureusement ne met pas assez en valeur des acteurs (que j’apprécie par ailleurs) parfois en sur-jeu. FONDU AU NOIR / MUSIQUE

 

vu le mercredi 14 février 2018 à la Comédie des Champs-Élysées (Paris)

prix de la place : 0€ (invitation d’une amie)

 

LE FILS

de Florian ZELLER
Mise en scène : Ladislas CHOLLAT

Avec Yvan ATTAL, Anne CONSIGNY, Elodie NAVARRE, Rod PARADOT, Jean-Philippe PUYMARTIN, Raphaël MAGNABOSCO

Décors : Edouard LAUG – Lumières : Alban SAUVE – Son : Mathieu BOUTEL – Costumes : Jean-Daniel VUILLERMOZ – Assistants mise en scène : Grégory VOULAND et Lou MONNET

 

(d’autres histoires)

* J’imagine l’acteur qui entre sur scène alors que la pièce a démarré il y a une heure et demie. Il fait quoi pendant ce temps ? Il reste dans la loge qu’il partage avec l’autre acteur qui entrera sur scène encore plus tard que lui ? Il écoute le retour ?  Il finit d’apprendre son texte ? Il regarde Real Madrid / PSG ? Il discute avec le liftier de l’ascenseur de la Comédie des Champs-Élysées ? Il joue une autre pièce à 19h et prend un taxi-moto pour arriver sur scène dans sa tenue de médecin à 22h03 précises ? Peut-être est-il un vrai médecin et que le théâtre l’a engagé pour être son médecin de garde tout en l’employant en tant que comédien, dès que la pièce fait intervenir un médecin, parce que c’est quand même plus économique ?

* Je repense à l’acteur qui n’a qu’une seule réplique, qui se la répète ad libitum et dont la langue fourche à l’instant t

* Je ne veux pas dire, mais aux premier deuxième rangs en orchestre, on se gèle. C’est tout.

* C’était quoi, tous ces gens avec des bouquets de fleurs en main ? Je ne comprends pas. J’ai oublié quelque chose ? C’était la fête de la fleur ?

* Nous étions placés côté cour, à l’extrêmité du deuxème rang. De là, nous voyions les coulisses. Je fus terriblement gêné de voir Yvan Attal partir derrière une cloison se (?) verser un verre d’eau, réapparaître, boire deux gorgées , disparaître à nouveau et apercevoir une main se tendre, celle du régisseur pour récupérer le verre.

* Yvan Attal m’a longuement regardé pendant les saluts. J’ai applaudi. Je n’ai pas souri. Je ne sais pas ce que j’ai fait, mais je n’ai pas souri. Vous pensiez à quoi, M. Attal ?

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Quills (Doug Wright / Lepage-Cloutier / La Colline)

(quand on ne lit pas la bible)

Quills ? Robert Lepage s’approprie le monde de la quille pour son nouveau spectacle ? (oui, bon, ok, j’ai fait anglais LV2…)

 

(de quoi ça parle en vrai)

Quills raconte l’histoire imaginée du Marquis de Sade, aux derniers jours de sa vie, enfermé à la prison de Charenton. Alors que le directeur de l’établissement croit pouvoir réhabiliter cet homme qui toute sa vie durant a exploré par sa plume les interdits de l’être humain, ses pulsions sexuelles et ses désirs immoraux, Sade parvient par d’astucieux stratagèmes à faire publier ses récits sulfureux. Jusqu’où l’un ira-t-il pour faire taire l’autre ? Qu’imaginera l’autre pour parvenir, jusqu’aux dernières limites du corps, à se faire lire et entendre ? Censure et liberté d’expression s’entrechoquent et s’affrontent dans cette pièce qui questionne à la fois la responsabilité de l’artiste face aux répercussions de son œuvre et la définition même de la morale, dont les repères ne sont pas aussi immuables qu’on le croit souvent. (http://www.colline.fr/fr/spectacle/quills)

 

Quills
Crédits photos : Stéphane Bourgeois

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

J’avais quitté Robert Lepage (et son acteur Yves Jacques) en novembre dernier avec « La face cachée de la lune ». Ce spectacle très personnel se terminait avec le personnage principal comme en apesanteur, grâce à l’idée astucieuse d’un grand miroir incliné. (comme ça, ça dit pas grand chose, mais c’était beau). Je retrouve donc Robert Lepage dans cette co-mise en scène avec Jean-Pierre Cloutier avec non pas un mais plusieurs miroirs sur scène (admirez la précision). En effet, c’est avec ce système de panneaux réfléchissants mais aussi sans tain que les différents lieux sont représentés (y a du tourniquet, des portes qui s’ouvrent toutes seules, des néons, une trappe…) : le bureau du directeur de l’asile, les cellules, en particulier celle du Marquis de Sade interprété ici par un Robert Lepage ô combien charismatique et intriguant : le corps du créateur québécois est tout un poème.

La pièce peut en dérouter plus d’un car on ne sait jamais trop sur quel pied danser. La première scène qui voit intervenir la femme du Marquis et le directeur de l’établissement, par leur jeu outrancier pourrait réfréner certaines ardeurs (quelle voix (grave) que celle de Pierre Lebeau !) et c’est vraiment avec l’arrivée du Marquis de Sade que la pièce va prendre son envol (envol… ailes… plumes…) La pièce sera alors une habile combinaison d’ambiances horrifique (on a comme une petite envie de claquer des doigts à la fin de la pièce), drôlatique (les dialogues entre le Marquis et l’abbé interprété par Pierre-Yves Cardinal), plus ou moins blasphématoire (cette image du Christ qui prend vie…), le tout aidé par un travail sur la lumière et le son hors-pair.

Je suppose que l’auteur de la pièce a pris des libertés avec la vraie fin du Marquis de Sade (je plaide coupable, je n’ai pas fait mes devoirs… bon, à priori le vrai n’a pas terminé sa vie comme dans la pièce, c’est quelque peu rassurant), mais l’imagination dévorante, le besoin vaille que vaille d’écrire du Marquis de Sade sont très bien représentés, Et le thème de la censure (par tous les moyens) donne ici lieu à une réflexion qui fait écho à ce qu’il peut se passer de nos jours ici ou là.

Je parle beaucoup de Robert Lepage, mais les acteurs, chacun dans leur registre, accomplissent une prestation irréprochable. On ne peut s’empêcher toutefois de penser que la pièce aurait gagné à être quelque peu raccourcie, mais ne boudons pas notre plaisir devant une pièce qui ne recule devant rien.

(cette non-critique ne comporte aucun jeu de mots autour de Sade/sad ou de la chanteuse qui chantait « Sweetest Taboo »)

 

vu le samedi 10 février 2018 à la Colline

Prix de la place : 13€ (tarif carte Colline)

 

QUILLS

une production ExMachina

de Doug Wright (traduction Jean-Pierre Cloutier)

mise en scène et espace scénique : Jean-Pierre Cloutier, Robert Lepage

avec Pierre‑Yves Cardinal, Érika Gagnon, Pierre‑Olivier Grondin, Pierre Lebeau, Robert Lepage, Mary‑Lee Picknell

assistance à la mise en scène Adèle Saint-Amand – lumières Lucie Bazzo – environnement sonore Antoine Bédard – costumes Sébastien Dionne – collaboration à la scénographie Christian Fontaine – accessoires Sylvie Courbron – perruques Richard Hansen – maquillages Gabrielle Brulotte – régie générale Francis Beaulieu…

Jusqu’au 18 février 2018 à la Colline (Paris)

 

(une autre histoire)

« On pourrait faire entrer les spectateurs plus tard. Ça m’emmerde d’attendre sur scène. Ça apporte quoi au juste ? Ils savent que je fais semblant de lire. Tout ce qui leur importe, c’est de prendre leur petite photo à poster sur Instagram… C’est vrai que c’est beau, ces miroirs.

Mince, je tremble. Attends, je change de position. Voilà. Où j’en suis déjà ? Qu’est-ce que je lis ? C’est quoi ce bouquin ? Mon postiche me fait mal au crâne. Encore deux heures et demie à endurer ça. Mais au moins, je n’ai pas à me foutre à poil comme Robert.  Mince, j’ai oublié de fermer le gaz en partant de Montréal. Comment je vais faire ? On me le dirait si ma maison avait explosé… Tabarnac’ ! Je pense en français maintenant. Le cauchemar.

Alors, à quel moment ça va tousser cette fois-ci ? Une symphonie, c’était hier soir. Y en a un qui démarre, les autres suivent. Pile dans le silence. Vous êtes tous des moutons. Ils peuvent pas parler moins fort, non ? Je vous entends d’ici ! Qu’est-ce que j’en ai à foutre de leur journée ? « Ohlala, il a beaucoup neigé aujourd’hui. » Non mais ils pourraient faire attention à moi, quand même. Je ne suis pas venu de Montréal pour ça ! Bon, au moins, on ne me parle pas des Boys ici. Ils s’en fichent bien du hockey sur glace. »

Pis, ils m’emmerdent ces Français avec mon accent. Ce soir, je vais la jouer à la québécoise, y vont rien comprendre. Naaaan… Je ne vais pas faire ça. Je vais encore attendre cinq minutes à faire semblant de lire et ils verront bien de quel bois je me chauffe.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Gâchette du bonheur (Ana Borralho / João Galante / Nouveau Théâtre de Montreuil)

(quand on ne lit pas la bible)

Gâchette du bonheur ? Une pièce autour du bonheur qui gâche tout ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Ana Borralho et João Galante aiment davantage le réel que la fiction. La performance, plus que l’art dramatique. Les actes plutôt que les histoires. Et lorsqu’ils se mettent à l’écoute de la jeunesse pour prendre le pouls de notre époque, ils lui tendent un micro de manière franche et directe. Le tandem d’artistes habitué à des performances sur l’intimité s’efface pour laisser place à des jeunes rencontrés là où se jouera Gâchette du bonheur. À Montreuil, comme à Valenciennes, Budapest ou Lisbonne, les participants sont invités à se raconter. Ils parlent moins du bonheur que de leurs désirs, de leur regard sur la société, de l’intime. L’ensemble suit la logique aléatoire d’un jeu de roulette russe, où priment les associations d’idées et une énergie collective explosive… (site du Nouveau Théâtre de Montreuil)

 

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Crédits photos : DR – Photos non contractuelles : avec une autre distribution que celle de Montreuil

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Le hasard… non… Mes envies font que depuis la rentrée de cet automne, il s’agit déjà de la quatrième pièce documentaire à laquelle j’assiste. Et j’aimerais parfois garder un brin de fraîcheur, de la naïveté même. Car désormais je ne peux plus m’empêcher de me poser plein de questons durant la représentation : Lesquels sont des acteurs ? Comment ont-ils travaillé ? Quelle a été la préparation ? Y a quand même du faux dans le vrai ou l’inverse ?

Les acteurs brandissent chacun leur tour un pistolet qui éclatera (ou pas) un petit ballon de baudruche rempli de poudre colorée (magnifique effet. quand l’arme ne s’enraye pas…)… Ils jouent à la roulette russe. Celui qui perdra racontera une histoire dont le thème (ou une phrase) est dissimulé dans un petit papier logé dans la crosse de l’arme, mais qu’on ne nous lira pas.

Si on suit ce dispositif, chaque représentation est unique, puisque l’ordre n’est pas supposément pas connu d’avance et de fait les thèmes abordés par chacun les incitent à puiser dans leurs mémoires. Car tels des conteurs, ces jeunes gens racontent avec leurs propres mots et leurs hésitations, leurs vies (un problème de dos), leurs souvenirs (leur première fois), leurs doutes, leurs satisfactions (le bonheur d’être ensemble), des petits moments aussi (la première branlette… je ne sais pas pourquoi je l’ai mise dans les « petits » moments…).

L’histoire ne nous dit pas si tout est calculé d’avance. J’ai envie de garder cette part de mystère et de me dire que si jamais je retourne voir la pièce, je verrai une autre pièce mais avec un enthousiasme identique de la part de ces acteurs. Car il y a une fraîcheur, une sincérité qu’on ne doit pas remettre en question. Certes, tous ne sont pas convaincants ou ne racontent pas des histoires passionnantes et il peut y avoir un entre-soi qui met de côté le public, on ne se retrouve pas forcément dans les thèmes abordés (moi qui ai au moins quinze ans de plus que ces jeunes gens), il n’empêche, on est touché par l’histoire de la grand-mère délaissée par une grande partie de sa famille ou ces rapports avec les parents. On est aussi séduit par la spontanéité de certains acteurs.

« Gâchette du bonheur » était un spectacle un peu casse-gueule sur le papier mais qui remplit ses promesses.

 

vu le jeudi 8 février 2018 au Nouveau Théâtre de Montreuil, salle Maria Casarès

prix de la place : invitation Télérama

 

GÂCHETTE DU BONHEUR

Une production casaBranca

avec AMEUR-ZAIMECHE May; BARRAULT Eleonore, HERIN Nathan, LIZOP Camille, LUBUMA Pierre, MADIBA Sara-Angeline, MAGINOT-HARDY Maëlle, MASSINI Oriane, MICHEL- ENGELHORN Lila, ORIOU Eva, RAIGNEAU Loubna, ROYER Simon, SAUVAGE Axel, THIERRY Jonas

conception, direction artistique Ana Borralho, João Galante

création lumière Thomas Walgrave – son Coolgate, Pedro Augusto – collaboration dramaturgique Fernando J. Ribeiro – assistants artistiques Antonia Buresi, Alface (Cátia Leitão), Tiago Gandra

Jusqu’au 16 février 2018 au Nouveau Théâtre de Montreuil et les 12 et 13 juin 2018 à Lille (Festival Latitudes Contemporaines avec une autre distribution)

 

(une autre histoire)

Le doigt est sur la gâchette, une ritournelle trotte dedans ma tête. Ça te fait quoi de te suicider pour de faux chaque soir ? Tu sais que c’est du chiqué et pourtant… J’ai vu que ta main tremblait. C’est le pétard ou la chute qui va avec qui te faisait peur ? Tu tombais comme au ralenti. Je serais bien incapable de faire la même chose. J’ai plus cette insouciance. Tomber.

Tu te souviens quand je m’étais mis debout sur cette chaise haute, que j’avais fait mine de me pendre, que la corde avait lâché et que j’avais chuté de toute ma hauteur sans prendre conscience de ce que je faisais. J’aurais pu me faire très mal. Je n’étais déjà plus très jeune mais encore assez con.

Ou la fois où j’ai tourné sur moi-même une bonne dizaine de fois, à m’en rendre malade. Je vomis dès que je monte sur un manège, qu’est-ce qui m’est passé par la tête de tourner comme ça ? J’étais livide. Tu crois que si on tourne dans l’autre sens, ça annule tout ?

Tu sais quoi, je crois bien que je réfléchis trop. Y a une fameuse métaphore que j’ai lue je ne sais plus où. J’aime la ressortir. L’élastique. Dans la tête. Qui tire, qui tire mais ne pète jamais. J’aimerais bien que ça pète. Être inconséquent. J’aimerais crier, par exemple. Sans raison. Pourquoi je ne le fais plus ? Ailleurs que là où c’est permis.

J’aimerais tomber. Et me relever. Et tomber. Et me relever. Mais sans pleurer.

Je veux être élastique.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Les petites reines (Clémentine Beauvais / Justine Heynemann / Théâtre Paris Villette)

(quand on ne lit pas la bible)

Les petites reines ? Un conte autour d’abeilles reines mais naines qui s’allient pour sauver leurs ruches dont le rendement est mis à mal par des pesticides ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Depuis trois ans, sur Facebook, Mireille Laplanche, 16 ans, est élue Boudin d’Or de son lycée de Bourg-en-Bresse. Mais cette année, Ô déconvenue, elle est seulement Boudin de Bronze ! Elle part à la rencontre d’Hakima et Astrid, respectivement Boudin d’Argent et Boudin d’Or. Les trois jeunes filles s’aperçoivent qu’elles ont une nécessité commune : s’inviter, le 14 juillet, à la Garden-Party de l’Elysée. C’est à vélo qu’elles décident de rejoindre Paris et sa présidentielle pelouse. Commence alors pour la fine équipe un road-trip jalonné de rencontres insensées, d’imprévus festins, de pluies battantes et d’émotions aussi fortes que leurs courbatures. (http://www.theatre-paris-villette.fr/spectacle/les-petites-reines/)

 

Les petites reines
Crédits photos : Cindy Doutres

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Voilà une pièce bien revigorante que ces « Petites reines ». Une pièce pour adolescent.e.s et ceux et celles qui le sont resté.e.s. Je suis un peu largué, pour ainsi dire, au niveau du langage de jeunes, mais ici je n’ai pas senti une volonté de faire jeune pour faire jeune. Peut-être parce que le langage actuel est fait pour vivre un temps et être remplacé par un autre. Pourtant la pièce est bien ancrée dans son temps, grâce aux références aux réseaux sociaux que nous connaissons tous (je me souviens des débuts de Facebook où nous avions la possibilité de comparer nos amies par rapport à leur intelligence, leur beauté et autre) (je me souviens de mes années collège où nous notions les filles de notre classe, physique, mental…), même si elle se déroule dans un « monde parallèle » dans lequel notre pays a pour présidente une Barack Obamette.

La pièce est menée tambour battant par trois reines : une Manon Combes (découverte pour ma part  chez Luc Bondy dans les Fausses Confidences) brute de décoffrage et sensible à la fois et secondée avec justesse et drôlerie par Justine Bachelet et Barbara Bolotner. Tiphaine Gentilleau et Mounir Margoum jouent tour à tour les parents, le frère, la journaliste et bien d’autres personnages. Le tout est mené à un rythme effréné, pas le temps de s’ennuyer.

Il y a une finesse et une intelligence dans le traitement des problèmes tels que le harcèlement moral, la quête d’identité, l’acceptation de soi qui n’est pas si évident à trouver dans une pièce étiquetée « jeune public », dit celui qui en a vu deux cette année.

Et ça fait du bien de voir une salle pleine et réceptive à ce joli moment de théâtre.

(et je regrette ne pas avoir été assez curieux l’été dernier, alors qu’il passait dans le off d’Avignon !)

 

vu le 10 février 2018 au Théâtre Paris Villette

prix de la place : invitation Télérama

 

LES PETITES REINES

d’après le roman de Clémentine Beauvais

Adaptation Justine Heynemann et Rachel Arditi

Mise en scène Justine Heynemann

Avec Tiphaine Gentilleau, Justine Bachelet, Barbara Bolotner, Manon Combes et Mounir Margoum

scénographie Camille Duchemin – conception mobilier Sevil Gregory – création lumière Grégoire de Lafond – vidéo Nuno Pires – musique Manuel Peskine – assistante mise en scène Pauline Susini – costume Camille Ait Allouache – régie Générale Fouad Souaker

Jusqu’au 11 février 2018 au Théâtre Paris Villette, le 16 mars 18 à la salle Malesherbes de Maisons-Laffitte et les 29 et 30 mars 2018 au Préau (Vire)

 

(une autre histoire)

Je me présente à l’accueil : « Bonjour, je viens récupérer une invitation Télérama. C’est au nom de Ito. Axel Ito. » « Vous avez deux invitations, c’est bien cela ? » me répond l’hôtesse d’accueil. « Euh… oui, mais en fait… euh… non je… je serai tout seul. », finis-je par ajouter. Elle me regarde avec compassion. De l’empathie empreint son visage. J’ai failli lui demander si elle avait envie de profiter de ma deuxième invitation, mais cela aurait ajouté au pathétique de la situation. Parfois j’achète deux places de concert ou de théâtre, parce que j’adore l’artiste sur scène et que tout le monde doit savoir combien il.elle est formidable. Mais je revends très vite ma deuxième place parce que je veux me procurer une autre place de concert.théâtre. Parfois je demande deux invitations via mon hebdomadaire télé préféré (même si je ne regarde jamais la télé en direct) (j’allais digresser sur mes sept années sans télévision, mais allons droit au but, supporter marseillais que je suis). Ça n’a pas été faute d’essayer : j’ai envoyé des textos, des courriels, crée des statuts facebook, twitter. J’ai même proposé mon invitation sur Tinder, mais rien. Il était 16h30 et je dus me rendre à l’évidence : j’irai seul au théâtre. (envoyez les violons et Charlie Brown marche vers l’horizon la tête baissée)

Le problème quand on est seul, c’est aussi quand il faut chercher sa place, je veux dire dans la salle, quand c’est en placement libre. Les gens ne veulent pas s’asseoir à côté d’une personne seule. Pourtant je me lave assez régulièrement. Mais c’est suspect. Quand on sait que la salle ne va pas afficher complet, on peut se permettre de laisser une place entre deux personnes, comme au cinéma. Certains ne s’embarrassent pas, posent leur manteau sur la dite place et attendent qu’on leur dise de l’enlever. Moi je le mets sur mes genoux. Mais quand on sait que la pièce se joue à guichets fermés… Je suis dans les premiers à entrer. Pas le premier rang, le deuxième ou le troisième. Au milieu. Je compte rapidement le nombre de places par rang, cherche la moitié de tête. Je compte et m’asseois. Voilà. Une personne arrive à ma gauche, elle laisse un fauteuil libre entre nous. Une autre personne arrive à ma droite, elle en fait de même. Mais… Mais… C’est pas moi ! Une autre hôtesse d’accueil me demande si j’attends quelqu’un à ma gauche : « Mais non, mais non ! ». La même hôtesse d’accueil me demande si j’attends quelqu’un à ma droite : « Mais non, toujours non ! Oui, je suis seul, je viens au théâtre seul, je n’ai pas de vie sociale et encore moins amoureuse, oui, je sais, je me répète, mais c’est pas moi qui ai laissé les places libres à côté de moi, c’est pas moi ! J’accueille les gens, moi ! Je ne suis qu’amour, qui veut m’étreindre ? Je pourrais même dire « Ah mais je garde une place libre pour qu’une autre femme esseulée s’installe à côté de moi et ça serait l’amour fou, mais même ça, je n’y crois plus !» Oui, je pourrais le dire, mais je ne le dirai pas. Parce que je suis le premier à être arrivé et je ne voulais pas qu’on puisse m’accuser de conserver un périmètre de confort autour de moi. Ma bulle. Je veux qu’on me l’éclate ma bulle !

– Monsieur, vous avez votre braguette ouverte.

– Ah, pardon.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Bestie di scena (Emma Dante / Théâtre du Rond Point)

(quand on ne lit pas la bible)

Bestie di scena ? Bêtes de scène ? Les Italiens s’attaquent à nos deux bêtes de scène à nous, Johnny et Cloclo dans une lutte fratricide à coups de hologrammes. Le téléphone va pleurer et on va y allumer le feu.

 

(de quoi ça parle en vrai)

D’ici repartira un nouvel élan. Quatorze comédiens, comédiennes, danseurs et danseuses sur le plateau : Emma Dante les expose, les exhibe. Corps déshabillés, perdus dans l’espace, en mouvement, ils dansent en sous-vêtements ou nus. Instants de grâce et images chocs. Pierre Notte https://www.theatredurondpoint.fr/spectacle/bestie-di-scena/

 

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Crédits photos : Masiar Pasquali

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je sais, je me répète, mais j’aime les premières fois. Jusqu’à ce soir, je n’avais vu aucun spectacle d’Emma Dante et j’ai donc choisi un spectacle dans lequel tous les performeurs sont à poil pour me dépuceler. (humour (?) de répétition (cf critique sur Khatia Buniatishvili) (c’est quand on commence à s’auto-référencer qu’il faut redescendre de son nuage)). Cela dit, j’avais vu le film « Palerme » réalisé par Emma Dante, donc pas totalement vierge de ce qui peut trotter dans la tête de la dame.

Ici quatorze artistes coincés quelque part, qui deviendront les pantins malgré eux d’une entité supérieure. Et pourtant ils en sortiront… Pas un mot de plus.

Ce n’est pas rien de se retrouver au troisième rang face à ces performeurs bientôt nus comme des vers. Alors on se concentre sur leurs visages, férocement expressifs (je ne sais pas ce que ça veut dire, mais j’aime bien). Il n’ y aucune sexualisation des corps. Les danseurs-comédiens tentent même de cacher leurs attributs, tant bien que mal, livrant ici un des moments les plus facétieux du trop court spectacle, à peine une heure. Mais le spectacle commence avant le spectacle, avec ce qu’on appellera un échauffement devant le public qui arrive progressivement dans la salle. Je suis d’ailleurs toujours éberlué devant l’indifférence (« ô téléphone mon amour » ou « blababla » on saura tout de leur vie) que montrent certains spectateurs quand les artistes sont déjà sur scène. Mais quel bonheur de les voir évoluer avant les trois coups, de faire connaissance avec ces personnes toutes plus différentes les unes que les autres.

On aime la liberté, le lâcher prise, cet investissement total. On aime cette poupée désarticulée, ce joueur de basket, ce grand singe, cette mangeuse de cacahuètes (à deux doigts de l’étouffement)… Et quand à la fin, il se retrouvent encore face à nous, toujours aussi nus, quelque chose a changé. Une libération. Dans leur regard, dans leur posture, dans notre regard.

 

vu le mercredi 7 février 2018 au théâtre du Rond Point (Paris)

prix de la place : 19€ (tarif abonnement)

 

BESTIE DI SCENA (Bêtes de scène)

Un spectacle de : Emma Dante

Avec : Elena Borgogni, Sandro Maria Campagna, Viola Carinci, Italia Carroccio, Davide Celona, Sabino Civilleri, Roberto Galbo, Carmine Maringola, Ivano Picciallo, Leonarda Saffi, Daniele Savarino, Stéphanie Taillandier, Emilia Verginelli, Marta Zollet

Et avec : Daniela Macaluso, Gabriele Gugliara

Décors : Emma Dante – Lumières : Christian Zucaro – Directeur de plateau : Gabriele Gugliara – Assistanat à la production : Daniela Gusmano – Coordination et diffusion : Aldo Miguel Grompone

Jusqu’au 25 février 2018 au théâtre du Rond Point (Paris), puis les 30 et 31 mars 2018 au théâtre Anthéa – Antipolis (Antibes-Juan les Pins) et le 3 avril 2018 à la MA Scène Nationale de Montbéliard.

 

(une autre histoire)

Être spectateur est un métier à risques. Ce soir, j’ai reçu une goutte d’eau mêlée à de la salive, projetée de la bouche d’un des danseurs. Elle est venue directement se loger sur mes lèvres. J’aimerais me glisser dans les coulisses à la fin du spectacle avec mes cotons tiges et prélever un peu de leur adn. « Qui de vous est un peu en moi ? » Que va-t-il m’arriver ? Vais-je devenir un danseur ? Parce qu’il y a un peu de votre ADN en moi mainenant. J’ai toujours été nul en biologie. Même quand j’ai redoublé ma seconde. Pourtant durant le premier trimestre, j’avais de bonnes notes en sciences, je me disais même que je pourrais choisir la section scientifique mais tout ça est redescendu bien vite.

Il va se passer quoi dans quelques heures, quand je serai allongé dans mon lit, que je rêverai d’une telle ou d’une telle ? Peut-être que je rêverai de toi ? Un mélange de toi, de toi et de toi ? Je serai nu, à poil et ça sera bien le cas de le dire. En chair et en os et à poil. Quand on vieillit, les poils poussent moins, non ? Je serai donc nu. Je serai à la fois dedans et dehors. A l’intérieur puis à l’extérieur. Je sentirai chaque centimètre carré de mon corps bouger, en vingt-quatre dimensions. Je ne cacherai pas mes parties intimes. Il n’ y a rien à voir de toute façon. Du ciel tombera la neige, c’est ça mon cadeau du gars ou de la fille au-dessus de tout ça. Je m’immobiliserai et je deviendrai bonhomme de neige. Je fumerai la pipe, j’aurai tout de même mon écharpe et mon chapeau, mon nez se transformera en carotte ce qui me rendra plus aimable. Puis viendra le redoux, je fondrai, me jetterai dans la Seine, ce qui fera remonter le niveau du fleuve jusqu’aux couilles du Zouave. Paris inondée. Les grandes crues. Mon immeuble dans les flots. L’eau monte, l’eau monte, jusqu’au sixième étage. Le fleuve est mon ascenseur. Personne ne veut m’ouvrir à l’intérieur parce que je n’y suis pas. Heureusement j’ai un double des clés. J’ouvre et je suis allongé dans mon lit, sous ma couette, en chien de fusil. Il y a un trou au-dessus de moi, la neige tombe et me recouvre. Parce que j’ai laissé la porte de la salle de bains ouverte, le froid s’engouffre dans tout l’appartement, je gèle. On se reverra au printemps, promis.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Moeder (Peeping Tom / Barbican Theatre – London)

(quand on ne lit pas la bible)

Moeder ? L’histoire d’un petit Anglais qui, à l’âge de douze ans, ne sait toujours pas écrire le mot « mother » et préfère faire du vélo près du National Theatre ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

La mère qu’on voit partir… Quand le baroque flamand croise le surréalisme belge : les acteurs et danseurs de la saga Peeping Tom se mettent au service d’une comédie énigmatique, en forme de fiction débridée (site du Théâtre de la Ville)

 

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Crédits photos : Herman Sorgeloos

(ceci n’est pas une critique, mais…)

J’aurais pu choisir un musical du West End ou un Shakespeare et bien non, j’ai préféré suivre Camellia Burows et voir cette pièce néerlandaise déjà programmée l’an passé au Théâtre de la Ville.

Devant nous un musée tenu par une famille un peu particulière. Interviendront également des tableaux poussiéreux, une machine à café, une infirmière aux longs bras…

Le spectacle a le postérieur posé entre deux chaises entre humour absurde (l’accouchement qui donne lieu à la chanson de Janis Joplin « Cry Baby » entendue in extenso, interprétée par une des artistes), de répétition à la Fawlty Towers et horreur à l’atmosphère poisseuse (du sang coule des tableaux) mais la sauce ne prend pas complètement. On perçoit diverses références (une danseuse d’origine asiatique dont les contorsions font immanquablement penser à Ring, une enfant beaucoup trop grande pour sa couveuse mais qui ne manque pas d’amour comme l’enfant de la série Kingdom de Lars Von Trier…), des idées (bonnes), tel le bruitage en direct de l’eau (invisible) qui, comme dans un rêve, envahit la salle d’exposition, des idées utilisées une seule et unique fois et laissées par la suite de côté, ou presque.

La maîtrise des corps, dans les chutes notamment, est parfaite. Reste que l’ensemble peine à convaincre totalement, malgré quelques rires, notamment à cause d’un rythme irrégulier et d’un manque de liant entre les tableaux.

 

vu le samedi 27 janvier 2018 au Barbican Theatre (London) (https://www.barbican.org.uk/whats-on/2018/event/peeping-tom-mother-moeder)

prix de la place : 22,40£

 

MOEDER (mother)

mise en scène : Gabriela Carrizo

aide à la mise en scène & dramaturgie : Franck Chartier

création & interprétation : Eurudike De Beul, Maria Carolina Vieira, Marie Gyselbrecht, Brandon Lagaert, Hun-Mok Jung, Yi-Chun Liu, Simon Versnel, Charlotte Clamens

assistance artistique : Diane Fourdrignier – composition sonore & arrangements  : Raphaëlle Latini, Renaud Crols, Peeping Tom – mixage audio : Yannick Willox, Peeping Tom – conception lumières : Giacomo Gorini, Amber Vandenhoeck – costumes : Diane Fourdrignier, Peeping Tom – conception décors : Peeping Tom, Amber Vandenhoeck, Filip Timmerman – construction décors : KVS-atelier, Peeping Tom

En tournée les 13 et 14 février 18 à la Comète (Châlons en Champagne), les 27 et 28 février 18 aux 13 Arches (Brive), le 29 mars 18 au Bateau Feu (Dunkerque)

 

(d’autres histoires)

Gare du Nord – Je décide d’utiliser mon passeport biométrique pour passer le contrôle. Je ne sais pas ce que veut dire « biométrique ». Je scanne la page du dit passeport avec ma photo dessus, celle où je suis barbu, passablement fatigué, les traits tirés et sur laquelle je fais la gueule. Mais quelle est la photo où je ne fais pas la gueule ? Puis je passe dans un couloir dans lequel on scanne ma dite gueule. Souvent je dis que je ne ressemble pas à celui que je crois être. La porte s’ouvre. Ma tête ressemble à la photo. Mince.

 

Cardiff Hotel – Il est vingt et une heures, heure de Greenwich. Les « Winter lights » de Canary Wharf s’éteindront à vingt-deux heures. Je dois partir. Ma lampe de chevet est allumée. Elle était déjà allumée à mon entrée dans le chambre. Enfin je crois. J’appuie sur l’interrupteur, qui éclaire la lumière du plafond. Je cherche frénétiquement le bouton, mais ne le trouve point. J’essaie tous les interrupteurs muraux, en vain. J’ouvre et ferme à clé la porte d’entrée, nada. Je frappe dans mes mains, dit « Stop – close – off – Turn the lights off – Putain, mais tu vas t’éteindre ! » Je crie d’impuissance et me résouds à enlever l’ampoule, me brûle les doigts. Là je vois, l’interrupteur, que l’ampoule cachait. Si je me place au point x en mesurant la taille y, je ne peux voir le dit interrupteur. Je mesure 1m69 et demi. Maudit demi-centimètre.

 

 

 

 

Epicerie de nuit – J’achète une bouteille d’eau Évian et des biscuits McVities. Je donne au caissier trois pièces de 1£. Avant de partir de chez moi, en cherchant mon adaptateur secteur, j’ai retrouvé une enveloppe avec des pièces de monnaie, de Jordanie, de République Tchèque, du Togo, de Syrie… (séquence, je me la pète) et d’Angleterre. Je suis content de retrouver ces pièces. Je me réjouis pour un rien, je sais. Le caissier me regarde d’un drôle d’air : « Mais ces pièces ne sont plus utilisées, Monsieur. Je ne peux les accepter. » Il dit ça en anglais, mais je le comprends. Car j’ai fait Langues Étrangères Appliquées. C’est le genre de phrases que j’arrive à comprendre. Tant qu’il y a monnaie et chômage dans la phrase, je comprends. Le reste…

 

ATM – C’est comme jouer au loto. J’introduis ma carte, demande 100£… D’après mes fins calculs, il me reste sur mon compte l’équivalent de 40£. Je suis très mauvais gestionnaire. Ça me rappelle mon voyage à Berlin en février 2009, c’était la fin du mois et j’avais littéralement explosé mon découvert, je devais attendre deux jours pour recevoir ma paye. Je m’étais nourri de pommes pendant deux jours. Quand j’ai reçu mon salaire, c’était Byzance, je me suis offert un putain de petit-déjeuner gargantuesque, avec fromage, saucisse et le cul de la serveuse (non, à l’époque, je n’aurais jamais osé. Ni maintenant d’ailleurs. Pourquoi ai-je écrit cela ?). Je tape mon code. Qui ne tente rien n’a rien. Si on me refuse 100, je demanderai 80… C’est accepté, 100 quids ! Le plus beau jour de ma vie.

 

The Photographer’s Gallery – Wim Wenders montre quelques deux cents polaroïds, période Alice dans les villes. Que j’aime ce film. Je m’étais rendu à Wuppertal en Allemagne, un des lieux de tournage du film, avec son fameux train suspendu. Aller, retour aller retour. Comme un manège. Wuppertal c’est aussi… c’était, je veux dire, la ville de Pina Bausch. Sa compagnie y est toujours établie. J’ai esquissé quelques pas de danse, comme dans le documentaire de… Wim Wenders, que j’ai découvert grâce aux Ailes du Désir, qui se passe à Berlin. Berlin où j’ai failli mourir de faim, parce que j’avais mal calculé mes économies… Mon truc avec l’écriture a commencé en 1993, une journée d’août, près d’une piscine dans les Alpes. Mon truc avec les voyages a commencé à Berlin. Pas cet hiver-là en 2009, mais en octobre 2000. Je devais passer un an à Berlin, pour mes études, mais… C’est une autre histoire.

(faute de place, n’ont pas été évoqués les lieux Canary Wharf, National Theatre, The Globe Theatre…)

Barbican – Je rejoins Camellia Burows. On boit un vin bouchonné que j’ai choisi, je crois qu’elle m’en veut. On entre dans la salle. Les spectateurs peuvent y entrer avec leur verre de vin ou leur pinte de bière, se taisent à la fermeture automatique des portes, comme par magie…

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Khatia Buniatishvili à la Philharmonie de Paris

(de quoi ça parle en vrai)

C’est Khatia Buniatishvili (j’ai mis un certain temps à savoir comment orthographier son nom) qui fait du piano toute seule et elle joue : Johannes Brahms (Sonate n° 3), Piotr Ilitch Tchaïkovski / Mikhaïl Pletnev (Casse-Noisette), Franz Liszt (Mephisto-Walz n° 1 – Rhapsodie espagnole)

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je sais que je radote, mais j’aime les premières fois et ce soir, c’était mon premier concert de piano classique (je ne sais pas si c’est comme ça qu’on doit dire). J’ai donc choisi pour me dépuceler Khatia Buniatishvili. Et je vais m’arrêter tout de suite dans les commentaires graveleux, je vous rassure.

Ma connaissance en musique classique est assez proche du néant, sorti des Variations Goldberg par Glenn Gould et Fantasia et mis à part le Casse-Noisette par Tchaikovski, je serais bien incapable de départager Liszt de Brahms. Donc c’est avec une certaine curiosité que je m’apprête à écouter et observer la pianiste Khatia Buniatishvili.

A l’arrivée de la soliste, nous n’avons d’yeux que pour elle (par nous, je veux bien évidemment dire je) et à peine a-t-elle eu le temps de nous saluer et de poser son noble séant sur le tabouret qu’elle attaque : Khatiattaque ! Elle ne nous laisse pas respirer, nous qui avions le souffle coupé à son entrée (par nous, je veux bien évidemment dire je). Sa façon de jouer n’est pas jolie, dans le sens posé ou appliqué. Elle est appliquée, mais à la façon d’une rock star. Khatia Buniatishvili est un peu à sa façon la Shannon Wright du piano : cette manière de se cacher derrière ses cheveux, de ressentir le son dans son corps. Ce qui fait la différence, c’est l’expressivité de son jeu, voilà. Je serais bien mal placé de juger de l’interprétation (pour moi, elle joue très bien et est assez impressionnante), mais je peux dire qu’elle vit sa musique, avec un magnifique jeter de tête qu’elle maîtrise de main de maître(sse ?) et qu’avec tout cela, elle donne un nouvel éclairage sur la musique classique.

 

vu le mardi 6 février 2018 à la Philharmonie de Paris 

prix de la place : 18,75€ (cat 4 – abonnement)

 

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Crédits photos : Jean-Baptiste Mondino (couverture : Gavin Evans)

 

(d’autres histoires)

  • Le bonheur de vivre à sept minutes à pied de la Philharmonie, les six étages de mon immeuble compris. Quand j’emménagerai dans un nouveau chez moi, une de mes priorités sera d’être à moins de dix minutes d’un théâtre ou d’une salle de concert que j’affectionne.
  • Aucune navette à la fin du concert : c’est l’annonce faite à la Philharmonie en raison des intempéries. Il est vrai que nous nous trouvons au fin fond du département, pardon, au fin fond du 19e arrondissement et qu’il n’y aucun moyen de transport digne de ce nom. Pardon, il y a la ligne 5.
  • Fut un temps, on s’habillait pour aller au spectacle. En face de moi, je vois un homme en survêtement. En survêtement.

 

MOI (à ma voisine) : Pardon, on est bien dans la rangée A ?

MA VOISINE : Oui oui.

MOI : Je ne pensais pas être aussi près.

MA VOISINE : Heureusement que la Khatia joue fort.

MOI : Ah bon ? Mais je n’ai pensé pas à prendre mes boules quiès.

Nous sommes en arrière-scène. Les places les plus chères ne sont pas forcément les plus proches du piano, mais là où on entend le mieux. Le piano à queue est ouvert vers l’orchestre, pas vers nous.

MA VOISINE : Vous avez reçu le mail de la Philharmonie ? Ils ont changé la programmation, on a du Brahms à la place de Bach. Aimez-vous Brahms ? (elle rit) Non, parce que Brahms… ça endort…

Après Brahms, ma voisine n’applaudit pas.

MA VOISINE : C’était tout sauf du Brahms, ça. C’est célèbre et ça se permet tout. Ré-interprétation, ré-interprétation…Y a des limites.

 

  • Mon esprit carbure et ça faisait longtemps qu’il n’avait pas carburé comme cela. Dommage que je n’aie rien pour noter ce qui me passe par la tête. Et comme mes rêves, mes idées, mes pensées s’évanouiront dans un endroit bien trop reculé de mon cerveau.
  • Ma voisine applaudit à tout rompre à la fin du concert. Elle est en feu. Elle embrasse et fait coucou à Khatia.
  • Khatia me lance un baiser, je le rattrape. Elle me fait un clin d’oeil. Je rougis. Toute la rangée rougit. Ma voisine aussi.
  • Lors d’un rappel, on offre un bouquet à la pianiste. Je ne comprends pas, je n’ai pas reçu l’enveloppe, on ne m’avait pas prévenu qu’on se cotisait tous pour lui  offrir un bouquet. J’aurais donné deux euros, sans hésiter. Je suis grand prince.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vertigo (Hitchcock/Herrmann/Britten Sinfonia/Philharmonie de Paris)

(de quoi ça parle en vrai)

Euh… C’est donc le vrai film Sueurs Froides, mais avec un orchestre en vrai qui joue la musique de Bernard Herrmann en direct.

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Il est évident que je ne critiquerai pas ici le film de Alfred Hitchcock. Je veux dire, je ne pondrai ni une critique ni une non-critique. Même si on pourrait encore une fois saluer le talent de Hitchcock pour instaurer cette atmosphère qui lui est si propre, l’utilisation des couleurs, les fausses pistes sur lesquelles il nous envoie pendant plus de la moitié du film (un peu comme dans Psychose d’ailleurs), le non-manicchéisme des personnages, tels que celui interprété par le grand Jimmy Stewart, cette fin non heureuse (oups), le choix des pulls moulants (empruntés à Ed Wood ?) pour Kim Novak et Barbara Bel Geddes…

En revanche, je peux revenir sur cette première expérience qu’est le ciné-concert pour moi. Le Britten Sinfonia a donc interprété la majeure partie de la bande musicale de Bernard Herrmann. La grande salle de la Philharmonie n’est définitivement pas faite pour la musique sonorisée. Comme lors du concert hommage à Sgt Pepper, tout ce qui vient des hauts-parleurs résonne. En revanche, le son de l’orchestre était impeccable, comme sur un disque, comme si on était à l’intérieur du film. Avoir conscience d’assister à un tel concert permet d’apprécier encore plus l’importance de la musique de Bernard Herrmann dans les films de Alfred Hitchcock (certaines scènes sans paroles sont étonnamment longues par exemple).

 

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Affiche de Saul Bass (photo du haut par moi)

 

Dans les points négatifs, hormis les quelques erreurs syntaxiques dans les sous-titres (au moins huit, ce que je trouve inacceptable pour le vice-champion d’orthographe des Bouches du Rhône en 1991 que je fus), les scènes dans lesquelles la musique joue un rôle primordial ont été rééenregistrées. Pas les voix des acteurs, je vous rassure, mais tous les bruitages et autres bruits d’ambiance. Cela donne pour ces scènes un résultat factice, mal mixé, comme si les bruitages étaient également faits en direct.

Ceci étant dit, (re)voir Sueurs froides sur un très grand écran avec de la musique en vrai reste une expérience plaisante où il faut encore une fois féliciter la maîtrise du Britten Sinfonia qui est basée au Barbican de Londres (où j’ai vu la semaine dernière le Moeder du Peeping Tom, dont vous lirez peut-être un jour la chronique. Si Camellia Burows lit ces quelques lignes…).

 

vu le dimanche 4 février 2018 à la Philharmonie de Paris

prix de la place : 22,50€ (cat 3 – abonnement)

 

SUEURS FROIDES (Vertigo)

un film d’Alfred Hitchcock

avec James Stewart, Kim Novak, Barbara Bel Geddes (qui jouait dans Dallas)

Musique de Bernard Herrmann

par le Britten Sinfonia – Direction Ernst Van Tiel

 

(une autre histoire)

Sean Connery et Gene Hackman ont pris leur retraite. Ils ne sont pas morts. Je répète, ils ne sont pas morts. Ils ont pris leur retraite. Mel Brooks est seulement vieux, Olivia de Havilland très vieille et Kirk Douglas très très vieux, mais pas morts. Kim Novak, Tippi Hedren, Shirley MacLaine, Doris Day sont toujours vivantes. A croire que jouer dans les films de Alfred Hitchcock conserve. Ou bien est-ce l’instinct de survie, parce que tourner avec Tonton Alfred était loin d’être une sinécure, parait-il.

Une fois, j’ai rêvé que j’étais dans le film « Les Oiseaux » mais je ne pouvais point retourner dans la vraie vie, comme dans Last Action Hero de John McTiernan ou La Rose pourpre du Caire de Woody Allen. Je me faisais bouffer par une sterne arctique, c’était le soir où je fus poursuivi (et baptisé) dans la vraie vie par une sterne arctique à Seydisfjordur, Islande. D’ailleurs en parlant de Woody Allen, je n’ai toujours pas vu son dernier film, ni son avant-dernier, donc rien à voir avec la polémique du moment. Peut-être un jour ira-t-il dans la même cellule que celle de John McTiernan (emprisonné il y a quelques années pour des affaires d’écoutes illégales) ?

En parlant de rêve, la nuit dernière, j’ai rêvé que je jouais à la Philharmonie dans le nouveau spectacle des Chiens de Navarre. ils avaient sorti de leurs cages des dragons de Komodo peu commodes et si voraces que j’avais dû me réfugier dans des toilettes publiques. John Travolta, période Pulp Fiction, frappait à la porte pour fuir Harvey Weinstein, mais ce dernier le mangea. Heureusement Uma Thurman arriva et lui introduisit une batte de criquet dans le scrotum. J’ouvris la porte et l’étreignis fort fort fort, parce que j’avais eu peur peur peur. Elle me porta dans ses bras jusqu’à l’horizon, avec le soleil couchant au loin, parce que dans mes rêves, il fait toujours beau à Paris.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

France-Fantôme (Tiphaine Raffier / TGP Saint Denis)

(quand on ne lit pas la bible)

France Fantôme ? S’il y a quelque chose d’étrange, dans le voisinage, mais qui appelles-tu donc ? France Fantôme ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

(…) Une oeuvre de science-fiction : voici ce que Tiphaine Raffier propose avec France-fantôme. Dans le monde qu’elle invente, grâce à une technologie nationale, il est devenu possible de décharger ses souvenirs dans des coffres-forts numériques reposant au fond de l’océan. Lorsque la mort advient, il suffit de les injecter dans un autre corps. On réintègre alors le monde des vivants. On appartient à la communauté des « rappelés ». (…) Dans cette « France-fantôme » où le deuil est au centre de la vie, on suit le parcours d’une femme qui perd son compagnon. Son amour pour le disparu, sa douleur, contredisent tous les mécanismes palliatifs. Le système se grippe, chair contre souvenirs. (http://www.theatregerardphilipe.com/cdn/france-fantome)

 

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Crédits Photos : Simon Gosselin

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Bienvenue dans cette non-critique sponsorisée par Recall Them Corp. ! (avec un petit quelque chose de Philip K. Dick, dit celui qui a connu cet auteur via les films de Ridley Scott et Paul Verhoeven avec un soupçon de Robocop par le même Verhoeven pour les fausses pubs au milieu de la pièce) N’oubliez surtout pas de décharger vos mémoires avant et après avoir lu cette chronique, surtout si vous la trouvez médiocre.

Il fallait oser s’attaquer à un genre peu exploité dans le théâtre français (genre qui commence aussi à revenir, et de belle façon, dans le paysage audiovisuel français grâce à Arte et aux séries Trepalium et surtout Transferts qui a des traits de ressemblance avec France-Fantôme dans son argument principal : le transfert d’une personne d’un corps à un autre, possible ici avant la mort) et Tiphaine Raffier, déjà vue en tant que comédienne chez Julien Gosselin (et j’arrêterai là le jeu des références, même si on peut s’amuser à chercher les points communs assumés entre eux deux), relève haut la main le pari.

C’est bien connu, les oeuvres de science fiction en disent beaucoup sur nos sociétés et France-Fantôme ne déroge pas à la règle. Celle-ci nous prévient même des dérives  (idéologiques, religieuses par exemple), qui nous pendent au nez, à coup de sentences déclamées ou écrites en grand sur un écran géant qui peuvent paraître un peu grossières et/ou donneuses de leçons. Mais là sera le seul bémol car Tiphaine Raffier nous présente un spectacle qui ne lasse pas malgré sa durée (2h35 sans entracte), nous immerge dans ce futur lointain (XXVe siècle) mais étonnamment ressemblant à notre présent grâce à un remarque travail musical/vidéographique (je ne sais pas si ce mot existe) /scénographique notamment et aussi surtout grâce à des acteurs et des musiciens hors pair.

La France a un incroyable talent : Tiphaine Raffier. (le pire, c’est que je ne regarde même pas cette émission… pardon pour cette ultime référence indigne)

 

vu le vendredi 2 février 2018 au TGP Saint Denis

prix de la place : 13,95€ (billetreduc)

 

FRANCE FANTÔME

Avec Guillaume Bachelé, François Godart, Mexianu Medenou, Édith Mérieau, Haïni Wang, Johann Weber, Rodolphe Poulain et les musiciens Marie Éberlé et Pierre Marescaux

Lumière Mathilde Chamoux – Composition musicale Guillaume Bachelé – Vidéo Pierre Martin – son Frédéric Peugeot – Scénographie Hélène Jourdan – Costumes Caroline Tavernier  – Assistanat à la mise en scène Lyly Chartiez-Mignauw et Lucas Samain – Régie générale Arnaud Seghiri

Compagnie La Femme coupée en deux

Jusqu’au 10 février 2018 au TGP Saint Denis et les 13 et 14 février 2018 au 61 (Alençon)

 

(une autre histoire)

Aujourd’hui, vendredi 2 février, c’est le jour de la marmotte. Cinq jours par semaine, je revis exactement la même journée. Ce sont les trompettes du Festival d’Avignon qui me réveillent toujours à la même heure, 6h58, je consulte mes courriels, lance le café, fais pipi, bois mon café, me recouche, attends le dernier moment pour prendre ma douche et partir de chez moi, me souviens qu’il n’y a aucune station vélib en activité près de mon lieu de travail, soupire, arrive en retard, subis toute la journée. Une fois celle-ci terminée, je ferme la porte de mon bureau et écoute le silence.

Aujourd’hui, vendredi 2 février, c’est le jour de la marmotte. Cinq jours par semaine, je revis exactement la même journée. Ce sont les trompettes du Festival d’Avignon qui me réveillent toujours à la même heure, 6h58, je consulte mes courriels, lance le café, fais pipi, bois mon café, me recouche, attends le dernier moment pour prendre ma douche et partir de chez moi, me souviens qu’il n’y a aucune station vélib en activité près de mon lieu de travail, soupire, arrive en retard, subis toute la journée. Une fois celle-ci terminée, je ferme la porte de mon bureau et écoute le silence.

Aujourd’hui, vendredi 2 février, c’est le jour de la marmotte. Si je décharge mes souvenirs, me souviendrai-je du jour d’avant ? Ça ne fonctionne pas comme ça, hein ? On se les garde ses putains de souvenirs. Un petit coup de Lacuna comme dans le film de Gondry, ça serait possible, s’il vous plaît ?

Le soir après la pièce, je bois deux Chouffe. A jeun. Ça va mieux. Je n’oublie pas,  mais ça va mieux. Je pense à autre chose.

Tu sais à quoi je pense.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito