Gâchette du bonheur (Ana Borralho / João Galante / Nouveau Théâtre de Montreuil)

(quand on ne lit pas la bible)

Gâchette du bonheur ? Une pièce autour du bonheur qui gâche tout ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Ana Borralho et João Galante aiment davantage le réel que la fiction. La performance, plus que l’art dramatique. Les actes plutôt que les histoires. Et lorsqu’ils se mettent à l’écoute de la jeunesse pour prendre le pouls de notre époque, ils lui tendent un micro de manière franche et directe. Le tandem d’artistes habitué à des performances sur l’intimité s’efface pour laisser place à des jeunes rencontrés là où se jouera Gâchette du bonheur. À Montreuil, comme à Valenciennes, Budapest ou Lisbonne, les participants sont invités à se raconter. Ils parlent moins du bonheur que de leurs désirs, de leur regard sur la société, de l’intime. L’ensemble suit la logique aléatoire d’un jeu de roulette russe, où priment les associations d’idées et une énergie collective explosive… (site du Nouveau Théâtre de Montreuil)

 

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Crédits photos : DR – Photos non contractuelles : avec une autre distribution que celle de Montreuil

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Le hasard… non… Mes envies font que depuis la rentrée de cet automne, il s’agit déjà de la quatrième pièce documentaire à laquelle j’assiste. Et j’aimerais parfois garder un brin de fraîcheur, de la naïveté même. Car désormais je ne peux plus m’empêcher de me poser plein de questons durant la représentation : Lesquels sont des acteurs ? Comment ont-ils travaillé ? Quelle a été la préparation ? Y a quand même du faux dans le vrai ou l’inverse ?

Les acteurs brandissent chacun leur tour un pistolet qui éclatera (ou pas) un petit ballon de baudruche rempli de poudre colorée (magnifique effet. quand l’arme ne s’enraye pas…)… Ils jouent à la roulette russe. Celui qui perdra racontera une histoire dont le thème (ou une phrase) est dissimulé dans un petit papier logé dans la crosse de l’arme, mais qu’on ne nous lira pas.

Si on suit ce dispositif, chaque représentation est unique, puisque l’ordre n’est pas supposément pas connu d’avance et de fait les thèmes abordés par chacun les incitent à puiser dans leurs mémoires. Car tels des conteurs, ces jeunes gens racontent avec leurs propres mots et leurs hésitations, leurs vies (un problème de dos), leurs souvenirs (leur première fois), leurs doutes, leurs satisfactions (le bonheur d’être ensemble), des petits moments aussi (la première branlette… je ne sais pas pourquoi je l’ai mise dans les « petits » moments…).

L’histoire ne nous dit pas si tout est calculé d’avance. J’ai envie de garder cette part de mystère et de me dire que si jamais je retourne voir la pièce, je verrai une autre pièce mais avec un enthousiasme identique de la part de ces acteurs. Car il y a une fraîcheur, une sincérité qu’on ne doit pas remettre en question. Certes, tous ne sont pas convaincants ou ne racontent pas des histoires passionnantes et il peut y avoir un entre-soi qui met de côté le public, on ne se retrouve pas forcément dans les thèmes abordés (moi qui ai au moins quinze ans de plus que ces jeunes gens), il n’empêche, on est touché par l’histoire de la grand-mère délaissée par une grande partie de sa famille ou ces rapports avec les parents. On est aussi séduit par la spontanéité de certains acteurs.

« Gâchette du bonheur » était un spectacle un peu casse-gueule sur le papier mais qui remplit ses promesses.

 

vu le jeudi 8 février 2018 au Nouveau Théâtre de Montreuil, salle Maria Casarès

prix de la place : invitation Télérama

 

GÂCHETTE DU BONHEUR

Une production casaBranca

avec AMEUR-ZAIMECHE May; BARRAULT Eleonore, HERIN Nathan, LIZOP Camille, LUBUMA Pierre, MADIBA Sara-Angeline, MAGINOT-HARDY Maëlle, MASSINI Oriane, MICHEL- ENGELHORN Lila, ORIOU Eva, RAIGNEAU Loubna, ROYER Simon, SAUVAGE Axel, THIERRY Jonas

conception, direction artistique Ana Borralho, João Galante

création lumière Thomas Walgrave – son Coolgate, Pedro Augusto – collaboration dramaturgique Fernando J. Ribeiro – assistants artistiques Antonia Buresi, Alface (Cátia Leitão), Tiago Gandra

Jusqu’au 16 février 2018 au Nouveau Théâtre de Montreuil et les 12 et 13 juin 2018 à Lille (Festival Latitudes Contemporaines avec une autre distribution)

 

(une autre histoire)

Le doigt est sur la gâchette, une ritournelle trotte dedans ma tête. Ça te fait quoi de te suicider pour de faux chaque soir ? Tu sais que c’est du chiqué et pourtant… J’ai vu que ta main tremblait. C’est le pétard ou la chute qui va avec qui te faisait peur ? Tu tombais comme au ralenti. Je serais bien incapable de faire la même chose. J’ai plus cette insouciance. Tomber.

Tu te souviens quand je m’étais mis debout sur cette chaise haute, que j’avais fait mine de me pendre, que la corde avait lâché et que j’avais chuté de toute ma hauteur sans prendre conscience de ce que je faisais. J’aurais pu me faire très mal. Je n’étais déjà plus très jeune mais encore assez con.

Ou la fois où j’ai tourné sur moi-même une bonne dizaine de fois, à m’en rendre malade. Je vomis dès que je monte sur un manège, qu’est-ce qui m’est passé par la tête de tourner comme ça ? J’étais livide. Tu crois que si on tourne dans l’autre sens, ça annule tout ?

Tu sais quoi, je crois bien que je réfléchis trop. Y a une fameuse métaphore que j’ai lue je ne sais plus où. J’aime la ressortir. L’élastique. Dans la tête. Qui tire, qui tire mais ne pète jamais. J’aimerais bien que ça pète. Être inconséquent. J’aimerais crier, par exemple. Sans raison. Pourquoi je ne le fais plus ? Ailleurs que là où c’est permis.

J’aimerais tomber. Et me relever. Et tomber. Et me relever. Mais sans pleurer.

Je veux être élastique.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

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