Amours et Solitudes

(quand on ne lit pas la note d’intention)

Autobiographie de votre serviteur.

(dans ma tête)

Il y avait la madeleine de Proust, il y a désormais la sardine Titus de moi-même. Les comédiens avaient dressé les tables, devant nous une assiette, des couverts, un verre, une baguette de pain, une assiette de fromage et de charcuterie, du gâteau Papy Brossard et cette boîte de conserve Titus. Les sardines de mon enfance. Je pensais que la marque avait disparu. Des bonnes grosses sardines. Moi, les sardines, je les dépiaute avant. Je ne mange ni la queue ni la tête ni les arêtes. J’aime les crevettes, mais quand elle sont déjà décortiquées. En règle générale, en matière alimentaire, mettre les doigts dedans, en avoir plein les doigts, ça me dégoûte. Pareil pour les fruits. Les pêches, les brugnons, ça coule, c’est dégoûtant. Et les pommes, je ne peux pas croquer dedans car j’ai un morceau de fausse dent sur le devant. Je me la suis cassée une semaine avant mon anniversaire, quand j’étais en cm1 ou en cm2, je ne sais plus très bien. J’étais beau à voir. Le nez éraflé, ma dent pas encore rafistolée. Photo collector. Comme celle où on me voit les cheveux décolorés. De ma bande d’amis, je fus le seul à honorer notre pari : on avait notre bac, on se teignait les cheveux en blond. Ma marraine a failli avoir une attaque en me voyant chez elle, je ne l’avais pas prévenue. Pratiquement vingt ans maintenant. Il n’y avait pas encore d’appareil photo numérique, la preuve de mes cheveux d’or est quelque part cachée dans une boîte chez mes parents. Tout comme, quelque part au fond d’un disque dur doit se trouver les images de mon entretien pour participer à une émission de télé-réalité. Mais qu’avais-je dans la tête ? Depuis je reste dans l’anonymat. J’aurais trop honte qu’une fois devenu riche et célèbre, on me ressorte les images de mon entrevue durant laquelle je parlais d’une fille avec qui j’étais sorti. Dans mes souvenirs, j’avais l’air déprimé, j’avais pris froid car on avait attendu dans le froid de longues heures. Depuis je préfère rester spectateur, dans l’ombre.

(pas une critique)

Mais pourquoi ne nous a-t-on pas dit qu’on nous offrait le couvert ? Certes un repas frugal, mais entre la nourriture spirituelle et de qualité que nous ont offert les talents ADAMI guidés de main de maître par Frank Vercruyssen du tg STAN et les petites choses devant nous à table, il y avait de quoi être rassasié, pas besoin de manger avant de venir dans ce lieu magique qu’est la Cartoucherie. La question qu’on peut se poser, c’est : que resterait-il si on enlevait cette scénographie culinaire ?

Amours et solitudes

d’après Arthur Schnitzler

Atelier dirigé par Frank Vercruyssen (du tg STAN)
Avec Lucie Boujenah, Katell Daunis, Julien Derivaz, Marilyne Fontaine, Carlos Fontoura Carretoni…

au CDC Atelier de Paris-Carolyn Carlson, Paris

8 octobre 2016

Crédit photo : Axel Ito

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

AMOURS ET SOLITUDES, Mise en scène Frank Vercruyssen / tg STAN from Patrick Berger on Vimeo.

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2666

(quand on ne lit pas la note d’intention)

Fable futuriste sur le monde de 2666. Ou douze heures dans le noir et le silence les plus complets avec des inconnus.

(dans ma tête)

La seule et unique fois où j’ai passé la nuit dans un théâtre, c’était dans la Carrière de Boulbon pour la trilogie des Femmes d’après Sophocle par Wajdi Mouawad. Je me souviens encore de la voix (enregistrée) de Bertrand Cantat qui résonnait dans la carrière. Et de m’être endormi durant la deuxième pièce, mais je crois que Wajdi avait fait exprès de placer la pièce la moins intéressante à ce moment-là. On se convainc comme on peut.

***

Certains font la Nuit Blanche, moi je fais le Jour Blanc.

***

Alors j’ai dans ma besace : bouteille d’eau, tomates cerises, banane et tablette de chocolat. La besace des vainqueurs.

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Quoiqu’il arrive, cette journée sera mémorable car Isabelle Huppert se sera assise au même rang que moi, je l’aurai vue manger des falafels et faire la queue aux toilettes. Zaza fait pipi.

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Qu’on condamne à mort la personne qui n’a pas attendu que le noir final soit complet pour applaudir.

(pas une critique)

Bon, je crois que j’ai bien tenu le rythme, je ne me suis pas endormi une seule fois. J’ai un peu les yeux éclatés car j’étais placé au deuxième rang, mais que voulez-vous, on ne peut pas tout avoir : être à une distance raisonnable de la scène pour bien voir les écrans et apprécier le jeu des acteurs, surtout quand ils sont à poil. Blague à part, quand ça te donne envie de te fader le pavé que représente l’ouvrage de Bolano, c’est que c’est réussi.

2666

d’après le roman de Roberto Bolano, mis en scène par Julien Gosselin

Avec Rémi Alexandre, Guillaume Bachelé, Adama Diop, Joseph Drouet, Denis Eyriey, Antoine Ferron, Noémie Gantier, Carine Goron, Alexandre Lecroc, Frédéric Leidgens, Caroline Mounier, Victoria Quesnel, Tiphaine Raffier.

aux Ateliers Berthier, Paris

1e octobre 2016

 

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

2666 – Julien Gosselin @ La Filature, Scène nationale – Mulhouse from La Filature on Vimeo.