Bit

(quand on ne lit pas la note d’intention)

Performance autour de l’évolution de la console de jeu, de la Master System 8 bit, en passant par la Super Nintendo 16 bit jusqu’à la Playstation. (je ne m’y connais pas en nouvelles consoles, il y a trop de boutons pour moi sur les manettes)

(dans ma tête)

Vite, il faut fuir. Nous sommes le 29 avril 2017, j’ai passé trois semaines merveilleuses à Lisbonne, me voilà Porto. Première fois que je vois la pluie tomber ici. Je loge dans la réplique du Bates Motel. La chambre est minuscule, mais il y a un bidet. Au sol, l’aspirateur n’est pas passé, je sens sous mes pieds nus de la terre, du sable ? Au mur des portraits de clowns. Sur la commode, une vieille télé. La tenancière, j’y reviendrai, m’avait vendu la télé par satellite. Il y a trois chaines. La salle de bains, sur le palier, est hors d’âge. Des tuyaux partout, une lumière qui clignote, de la crasse dans la baignoire, des morceaux de tapisserie collés ici et là pour cacher la moisissure sur les murs. Deux nuits, je dois y passer deux nuits. Je reviens à la tenancière. D’un âge indéterminé. J’ose espérer qu’elle est plus vieille que moi mais n’en suis pas certain. Elle me demande d’où je viens, où je vais. Je mens. Elle me fait payer en espèces. Pour ne pas lasser de traces ? Elle est heureuse d’exercer son français. Elle me parle de sa mère, que je ne verrai jamais. Le téléphone sonne. Elle le laissera sonner. Mais il n’y a pas de répondeur. Le téléphone sonnera deux minutes montre en main, car elle n’avait pas terminé de montrer sur le plan de la ville les curiosités exotiques. Elle me sourit. Elle en veut à mon petit zizi. Certes, je n’ai utilisé aucun des préservatifs que j’ai apportés, mais ils sont valables jusqu’en 2020, je peux me retenir. Même si j’espère bien m’en servir avant la fin de l’année. Mais pas ici. Une fois allongé dans ma chambre, allongé sur mon lit, je n’ose bouger, de peur de faire grincer le sommier et ainsi envoyer un signal subliminal à la tenancière de ce bouge. Ça me fait penser quand je dors avec ma dulcinée, j’essaie toujours de rester sur le côté, pour ne pas ronfler et la faire fuir. Du coup, du coup, du coup, je ne dors pas, je suis épuisé, je suis irritable, et ma dulcinée  fuit, du coup. Au secours !

 

Bit

conception : Maguy Marin

avec Ulises Alvarez, Kaïs Chouibi, Laura Frigato, Daphné Koutsafti, Françoise Leick, Cathy Polo, Ennio Sammarco, Marcelo Sepulveda

 

(ce que ça raconte en vrai)

Maguy Marin rassemble les éléments forts de son parcours. Six danseurs allient sur le plateau les cadences de gestuelles ancestrales, populaires, et la rythmique cardiaque, les beats d’une techno exaltée. Ils passent par la fête, le rite macabre, les ballets de séduction. BiT, créé en 2014, est une affaire de rythme, un combat énergique où se dessine avec un humour noir et des fureurs brûlantes, un portrait de la société contemporaine. (site du théâtre du Rond Point)

(pas une critique)

Un spectacle hypnotique, à plus d’un titre. Mais je me suis essayé à une expérience, ne pas lâcher du regard une des danseuses. Un peu comme le doc sur Zidane dans lequel les réalisateurs filment uniquement le footballeur, même quand il n’a pas le ballon. Je crois que je suis amoureux. Encore. Pas de Zizou, de la danseuse. Elle s’appelle Daphné.

29 avril 2017

crédit photo : Grappe

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

BiT from Luc Riolon on Vimeo.

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Bacantes – Bacchantes (Marlene Monteiro Freitas)

(quand on ne lit pas la note d’intention)

Ode aux moustaches.

 

(de quoi ça parle en vrai)

Chorégraphe du mystère et des émotions indomptées, la jeune Capverdienne Marlene Monteiro Freitas embarque cette fois treize performeurs dans une intense bacchanale inspirée d’Euripide où l’humain se trouve inextricablement écartelé entre raison et folie.

 

bacchantes-bonlieu-394-1
crédits photo : Filipe Ferreira

 

(ceci n’est pas une critique mais…)

Je ne sais pas ce que je vais voir. Je voulais seulement voir un spectacle dans un pays étranger, en l’occurrence le Portugal. Si possible de danse, parce que sinon je n’y comprendrais pas grand chose. Et je me prends une énorme claque, telle que je compte bien revoir ce spectacle quand il sera programmé à Paris au festival d’automne. Même si les deux n’ont pas grand chose à voir, « Grande » de Vimala Pons et Tsirihaka Harivel et ce « Bacantes » (à dire évidemment avec l’accent portugais) se ressemblent dans cette envie de ne pas laisser le spectateur respirer. On en sort épuisé, mais heureux devant tant d’investissement physique, avec ces danseurs qui ne ménagent pas leur peine, ces musiciens à l’aise avec leur corps qui ne font pas seulement tapisserie (musicale). Je ne pense toujours pas être capable d’expliquer l’histoire des Bacchantes, Dionysos et consorts, mais ce n’est pas le plus important. Heureux d’apprendre que Marlene Monteiro Freitas ait enfin une espèce de reconnaissance nationale en étant programmée sur une scène nationale portugaise, elle qui a surtout une renommée internationale plus que nationale.

(mise à jour après la deuxième vision)

C’est un peu dans un état second que je me rends au Centre Pompidou pour voir pour la deuxième fois ce Bacchantes dont c’est la première. A la bonne place pour admirer l’expressivité des visages élastiques des danseurs et des musiciens, la folie de toute cette troupe, une générosité, l’énergie qui nous explose au visage, la chorégraphie inventive.  Je n’ajouterai rien d’autre si ce n’est que c’est pour moi définitivement le meilleur spectacle que j’ai vu cette année.

 

vu le 22 avril 2017 au Teatro Nacional D. Maria II (Lisboa, Portugal), revu le 13 décembre 2017 au Centre Pompidou (dans le cadre du Festival d’Automne)

prix des places : 17€ – 14€ (abonnement)

 

BACANTES  (Bacchantes d’après Euripide)

une création de Marlene Monteiro Freitas

avec Andreas Merk, Betty Tchomanga, Cookie, Claudio Silva, Flora Detraz, Gonçalo Marques, Guillaume Gardey de Soos, Johannes Krieger, Lander Patrick, Marlene Monteiro Freitas, Miguel Filipe, Tomas Moital, Yaw Tembe

(prochainement, du 13 au 16 décembre 2017 au Centre Pompidou et du 18 au 21 décembre 2017 au Nouveau Théâtre de Montreuil)

 

(d’autres histoires…)

(extrait de mon journal de bord – 13 décembre 2017 – Paris)

… Je suis dans un état second. J’ai passé la nuit précédente à faire des aller retours lit wc. J’ai une tête affreuse, portant les stigmates sur mon visage de ma nuit mouvementée. J’ai dormi deux heures et encore pas en continu.  J’ai fait une sieste de trois heures (parce que je ne travaille pas certains mercredis après-midi). Jusqu’au dernier moment, je me suis dit que je n’irais pas. Je n’ai rien mangé depuis la veille au soir (cause de ma nuit mouvementée, je mange n’importe quoi en ce moment). Je vis alors sur mes réserves. C’est décidé : je brave le froid et la pluie et la fatigue. Je garde ma casquette bien vissée sur la tête, je chausse mes lunettes de vue que je ne mets jamais. Je baisse la tête, je fais peur. Heureusement que je ne vois personne ce soir. On me fuirait comme la peste. Pourvu que je ne rencontre personne.

… Au même rang que moi, Jérôme Bel. Il en a pensé quoi ? Je lui dis que je vais revoir « Gala » à Bruxelles ? C’est mon cadeau d’anniversaire. Tu crois que si Marlène Saldana est présente, elle me le souhaitera ? Tiens, mes deux amours s’appellent Marlène (Saldana et Monteiro Freitas).

… La nana devant moi m’énerve, ça fait au moins six fois qu’elle sort son smartphone pour instagrammer en direct les meilleurs moments du spectacle. Get a life ! Elle ne parle pas français, à peine le spectacle terminé, elle était déjà au téléphone à parler je ne sais quelle langue. Le cinéma, le théâtre restent les seuls endroits où on peut déconnecter pendant deux heures. C’est ça que j’aime. Même au boulot on ne le fait pas. En journée je reçois toujours des notifications de mes collègues via le groupe WhatsApp. J’ai mis le groupe en sourdine. Parfois j’aimerais me déconnecter tout court. Tout jeter de mon sixième étage. Ça flotte ces engins-là ?

… Une certaine vidéo pendant le spectacle : performance : une femme en train d’accoucher sans aide extérieure. Le plus marquant : un enfant en bas âge à côté d’elle qui pleure.

… Au premier rang, un homme d’un certain âge. Il refuse la main que lui tend Marlene Monteiro Freitas à un moment du spectacle. Il n’applaudira pas à la fin. La lumière du spectacle fait que les artistes nous voyaient assez bien : les regards qu’ils nous adressaient ne pouvaient pas être le fruit du hasard. J’ai aimé voir ces danseurs fixer ce spectateur, le provoquer.

… Ils pensent quoi les danseurs et les musiciens quand vient le moment du Boléro de Ravel ? Ça y est, c’est bientôt terminé ? On va prendre un bon bain, je suis claqué ? Merde déjà ?

… J’ai aimé les entendre crier leur joie après la représentation, comme si c’était la première fois qu’ils jouaient ce spectacle. (c’était la première parisienne, cela dit, mais ce spectacle se joue depuis avril dernier, entre le Portugal, la Belgique, l’Allemagne…)

… C’est marrant le corps humain. Je suis épuisé, le spectacle m’a épuisé, pourtant je me sens mieux. Je décide même de faire une partie de mon trajet à pied. Aujourd’hui, je n’aurai mangé qu’une galette de riz et deux tranches de pain de mie, je serais incapable de courir après le tram, pourtant je me sens bien.

 

(extraits de mon journal de bord – 22 avril 2017, Lisboa)

… Sixième jour que je ne parle à personne. Je mets de côté les bonjour au revoir merci un café s’il vous plait. Je devrais peut-être m’inscrire sur Tinder et voir ce que ça donne. T’as déjà vu quelqu’un tout seul le soir à une terrasse ? Ils sont tous par deux, trois ou quatre. Tu regardes les couples et tu te dis, mais pourquoi pas moi ? Qu’est-ce qui cloche chez moi ? C’es pour manger ? Ah vous êtes tout seul ? Bon…

… C’est quoi tous ces tatouages moches ?

… Acheter un studio à la mer ou à la campagne. Non à la montagne.

… Fondation Gulbenkian. José de Almada Negreiros ne donne aucun titre à ses oeuvres. Va donc retrouver ça sur internet ! Surtout si tu n’as pas le droit de prendre des photos ! (portrait de Maria Madalena Moraes da Silva Amado)

… S. me manque. Je ne devrais pas écrire ça. On s’était rendu tous les deux à l’antenne française de la Fondation Gulbenkian le mois dernier. Le lendemain, elle m’écrivait que c’était terminé. Un putain de message sur Whatsapp.

… Écrire une histoire par jour dans un bistrot, en direct. Faire remonter les souvenirs.

… Le soir même, je parlerai en français au directeur du théâtre national Dona Maria II. Avant et après le spectacle. À sa compagne également. Ça fait du bien de parler.

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

 

Lettere Amorose 1999-2017

(quand on ne lit pas la note d’intention)

Lecture en italien de « Love Letters » de Albert Ramsdell Gurney par Margherita Buy et Toni Servillo.

(dans ma tête)

Avant mon départ au Portugal, je tente de me mettre à jour en littérature et poésie portugaises : Lobo Antunes, Saramago, Andrade principalement et évidemment Pessoa. Des années que je n’ai pas ouvert son « Livre de l’Intranquillité ». Je relis les pages que j’avais annotées il y a plus de quinze ans, remets la main sur ses poèmes écrits sous la plume des hétéronymes d’Alberto Caeiro et Alvaro de Campos. A la librairie, j’achète ses « Lettres d’amour » que je lirai durant mon périple à Lisbonne, mais je ne peux m’empêcher de les feuilleter, ce sont les lettres qu’il a écrites à Ophélia, son unique amour. Je passe en revue les dernières pages. Je lis un poème d’Alvaro de Campos, qui a été ajouté à ce recueil. Le voici :

« Toutes les lettres d’amour sont

Ridicules.

Ce ne seraient pas des lettres d’amour si elles n’étaient pas

Ridicules.

Moi aussi, dans le temps, j’en ai écrit ;

Elles étaient comme les autres,

Ridicules.

Les lettres d’amour, si l’amour existe,

Doivent être

Ridicules.

Mais au bout du compte,

Ce sont les gens qui n’écrivent jamais

De lettres d’amour

Qui sont

Ridicules.

Comme je voudrais revenir au temps où j’écrivais

Sans m’en rendre compte

Des lettres d’amour

Ridicules.

La vérité est qu’aujourd’hui

Ce sont mes souvenirs

De ces lettres d’amour

Qui sont

Ridicules.

(Tous les mots excessifs,

Tous les sentiments excessifs,

Sont bien-sûr

Ridicules) »

Je me souviens de la dernière lettre que j’ai envoyée à S. Je souris.

 

Lettere Amorose, 1999 – 2017

Concept, chorégraphie, danse et scénographie : Raimund Hoghe

 

(ce que ça raconte en vrai)

En 1999, lorsque Raimund Hoghe crée à Brussels Lettere amorose, deux jeunes africains tentent leurs chances vers l’Europe en se cachant dans les ailes d’un avion. Yaguine Koita et Fodé Tounkara, âgés de 14 et 15 ans, sont retrouvés mort à leur arrivée en Belgique. Et avec eux, une lettre, dans laquelle ils décrivent leur situation en Afrique et leur désir d’une vie meilleure en Europe. Aujourd’hui, en 2017, d’autres individus risquent toujours leur vie pour rejoindre l’Europe. Cette lettre de 1999 semble avoir été écrite aujourd’hui. C’est pour cette raison que Raimund Hoghe souhaite créer Lettere amorose, 1999 – 2017, en partant de la pièce de 1999 mais en se concentrant sur des lettres comme celle de Yaguine Koita et Fodé Tounkara. (site de la Ménagerie de Verre)

(pas une critique)

Raimund marche, s’accroupit, marche, lit une lettre, marche, joue au mikado, marche, lit. C’est la première fois que je vois M. Hoghe même si j’avais évidemment déjà apprécié son travail en tant que dramaturge chez Pina Bausch. On m’en avait beaucoup parlé. La lenteur, son corps. J’aimerais dire quelque chose d’intelligent sur sa performance. J’en suis incapable. Je le répète, je n’ai jamais été bon pour analyser ou critiquer une oeuvre artistique. Surtout quand, comme ici, j’ai l’impression qu’il me manque quelque chose, des clés pour comprendre et appréhender au mieux l’oeuvre, comme ça arrive parfois. Ou peut-être n’avais-je pas la tête à cela. Je suis néanmoins heureux de l’avoir vu.

8 avril 2017

 

crédit photo : Luca Giacomo Schulte

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

Ubu

(quand on ne lit pas la note d’intention)

« Il avait un tout petit zizi et un gros cul, le Père Ubu ! Sa madame était une femme infâme et toute dodue, la Mère Ubu ! »

(dans ma tête)

Quand Olivier Martin-Salvan apparait sur la plus belle scène de Paris, les Bouffes du Nord, et que je le vois évoluer devant moi, boudiné par sa combinaison à rayures rouge et blanche, laissant apparaître ses bras et ses épaules velus, je ne suis pas loin de le considérer comme mon Dieu. Me voilà en face de mon semblable.

« You complète me ».

Merci Olivier, je me sens moins seul. Vive le poil, soyons fier de nos poils et de tous nos poils : ceux des cheveux (je ne fais pas la différence) (j’en ai plus que toi, nananère… bon, ok, ça commence à légèrement à se dégarnir sur les côtés, mais vu l’héritage capillaire et poilu que m’ont légué mon père et ma mère, je peux m’estimer heureux de tirer du côté de ma mère plutôt que mon paternel au niveau poils longs de la tête), ceux du visage (pareillement, je ne suis pas embarrassé par un monosourcil disgracieux, mais je maudis sur trois générations mon coiffeur d’avoir retiré mon unique poil d’oreille, jusque là invisible de mes yeux) (ce qui me fait penser à cette anecdote : quand je sortais avec F. , elle avait un long poil au sein droit (droit de son côté), ça m’avait terriblement perturbé. La fois suivante que nous nous étions vus, il avait disparu. Je n’ose même pas penser à ce que sont devenus, presque quatre ans plus tard, ses magnifiques seins qu’elle aimait que j’empoigne et que je morde… Je fais toujours attention quand je mords, car j’ai un morceau de fausse dent sur celle de devant. Par exemple, je ne peux pas croquer à pleines dents une pomme, c’est… pardon… je m’éloigne, je digresse… pardon… me voilà nostalgique… la solitude, tout ça…), ceux du torse (mon premier poil blanc fête son dixième anniversaire, j’ai fait le Togo en 2007, c’est pour ça), ceux des cuisses (j’ai des zones naturellement épilées à cause des pantalons que je porte parfois trop serrés, si si je vous jure), ceux des épaules, ceux du dos. Une fois je me suis fait épiler, c’était à Québec. Je m’ennuyais : « Oh ben si j’allais chez l’esthéticienne me faire épiler les épaules et le dos ! » Une heure et quarante-cinq minutes de total martyr. Première et dernière (?) fois que je subissais cela. Depuis ça a repoussé, évidemment. Quand je vais à la plage, j’essaie de repérer un homme à peu près aussi poilu que moi, ce qui n’est pas chose aisée : Je n’aime pas être la seule bête de foire. À deux, c’est mieux. Demain je vous parlerai d’un autre calvaire : le ménage ou mes poils retrouvés un peu partout, des draps à la baignoire (oui, je vis à Paris et j’ai une baignoire et si je monte sur celle-ci, je peux voir par la fenêtre (j’ai même deux fenêtres dans ma salle de bains) un morceau du Sacré Coeur.)

Ubu (création collective)

d’après Alfred Jarry

Conception artistique : Olivier Martin-Salvan

Avec Thomas Blanchard, Robin Causse, Mathilde Hennegrave, Olivier Martin-Salvan, Gilles Ostrowsky

 

(ce que ça raconte en vrai)

Plus encore que le fameux Ubu Roi, cette version raccourcie (Ubu sur la butte), brusque, directe m’a totalement fasciné. Car ce frottement constant entre le rire et l’effroi est ici irrésistible et implacable. Ce texte à vif, sans fioriture, cet Ubu « pour marionnettes », déchargé de toutes psychologies, d’explications rassurantes, résonne incroyablement aujourd’hui. Ce personnage légendaire d’Abu apparait ici encore plus brut que dans l’original. Cet endroit de jeu a été notre moteur au cours de la création de ce spectacle avec les acteurs. Du jeu et de l’invention ! Explorer cette œuvre comme une matière première, comme un diamant brut à tailler sans polir… Rien édulcorer et par-là même, faire accéder à l’œuvre un public le plus large possible. En lecture, le texte dure à peine trente minutes. Nous avons donc eu tout l’espace de le projeter dans sa fulgurance et de le faire respirer et vibrer à travers cet univers pittoresque et inquiétant du sport, et en particulier de l’aérobic et de la GRS inventé par les plasticiens Clédat & Petitpierre. (Olivier Martin-Salvan)

(pas une critique)

Qu’il est bon de rire parfois. Pas le temps de s’ennuyer. Cette pièce, créée dans le cadre du Festival d’Avignon en 2015, reste plus que d’actualité (la politique, la soif de pouvoir, tout ça, tout ça…) Vive les corps ! Vive Ubu !

le 5 avril 2017

crédit photo : Yvan Clédat

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

Olivier Martin-Salvan – Ubu from Le Studio MAC Créteil on Vimeo.

Sombre Rivière

(quand on ne lit pas la note d’intention)

Après les adaptations des films de Rohmer, Renoir, Visconti, voici l’adaptation de l’unique film de Charles Laughton « La Nuit du Chasseur ».

(ce que ça raconte en vrai)

Avec Sombre Rivière, titre d’un standard de blues, c’est dans la musique et le chant que nous entraînent Lazare et ses compagnons de route pour dire tout à la fois la violence trop actuelle du monde et la force des songes. Se souvenant de Rainer Werner Fassbinder interviewant sa mère dans son film L’Allemagne en automne, Lazare écrit deux monologues construits comme deux conversations téléphoniques, une avec sa mère, l’autre avec le metteur en scène Claude Régy, pour parler de cette violence qui nous enserre et nous rend peureux et sans défense. Ces deux textes, où l’on n’entend que la parole d’un des correspondants et où l’on devine dans les silences celle de l’interlocuteur, permettent à Lazare de poursuivre son chemin sur la voie d’un théâtre où « la musique est une respiration de l’écriture ». Un théâtre fort, exceptionnel, profondément personnel « fait d’improvisations et de rythmes qui alterne scènes parlées-chantées et musique », le théâtre d’un artiste pour qui écrire est encore plus nécessaire depuis les attentats de novembre 2015 à Paris. (théâtre-contemporain.net)

 

(ceci n’est pas une critique mais…)

Alors oui, le tout est dynamique, ça chante, ça danse, ça parle de la société, les comédiens ont une belle énergie, comme on dit. Mais on a envie de dire : Vous pourriez baisser le son ? Ou au moins, moduler, varier. Tout se joue au même volume, ça crie, ça éructe. Le problème, c’est qu’on n’est pas chez Macaigne. C’est quoi l’intérêt ? Ce qui pourrait énerver également, et je ne vais pas parler de l’égocentrisme de l’auteur et metteur en scène qui fait jouer à trois acteurs ses alter-egos (« oui, je m’inspire de Fernando Pessoa… »), c’est ce goût de la plainte : les directeurs de théâtre n’y comprennent rien, les programmateurs ne font aucun effort : « Mec, regarde où tu joues (nouveau théâtre de Montreuil), où tu as joué (théâtre des Abbesses, festival d’Avignon), t’es artiste associé à Strasbourg, c’est moi qui ne comprends pas ». Enfin j’ai regretté de ne pas avoir vu la relation avec la mère un peu plus développée, cela aurait pu faire gagner le spectacle en délicatesse. Quant à Claude Régy, j’ai dû faire une micro-sieste, je n’en ai pas entendu parler, malgré la promesse dans la note d’intention. Dommage.

 

vu le 4 avril 2017 au Nouveau Théâtre de Montreuil

prix de la place : Invitation Télérama

crédit photo : Jean-Louis Fernandez

 

Sombre Rivière

de Lazare

Avec Anne Baudoux, Laurie Bellanca, Ludmilla Dabo, Julie Héga, Louis Jeffroy, Olivier Leite (chant), Mourad Musset (chant), Véronikia Soboljevski, Julien Villa

Au Nouveau Théâtre de Montreuil.

(une autre histoire)

Elle est assise à côté de moi. On ne se regarde pas, on ne se touche pas. Je fais attention à ne pas trop soupirer, ni bouger, ni me gratter, comme je le fais quand je m’ennuie trop. Une chance que j’ai bien dormi la nuit dernière, je n’ai même pas envie de piquer du nez. Quand ça arrive, je suis intenable, c’est un véritable calvaire pour mes voisins. J’enfonce mes ongles dans ma cuisse pour m’empêcher de m’endormir, je plisse des yeux, je baille, parfois je ferme les yeux et prends le risque de sursauter au moindre éclat de rire. L. aime s’asseoir sur le côté, la place près de l’allée. C’est psychologique. Elle ne part jamais au milieu d’un spectacle, mais l’idée d’être dans l’impossibilité de partir l’angoisse. Comme moi dans l’avion ou dans mon travail en Seine St Denis. Je ne veux pas partir, mais le fait de savoir que je ne peux pas partir me met dans tous mes états. Ceci dit, je ne pars jamais d’un spectacle non plus. Sauf s’il y a un entracte.

Je n’arrive pas à trop savoir ce qu’en pense ma compagne d’un soir. Quand je dis compagne, c’est au sens « compagne – compagnon », rien de plus, que cela soit clair. Je ne regarde pas ma montre, car je n’en ai pas. Et même quand ça ne me plait pas, je ne sors pas mon téléphone portable. Par respect envers mes voisins et les personnes sur scène. Je suis un garçon poli. (sourire) Surtout que je ne peux même pas me plaindre, ce soir je suis invité. La pièce se termine. Des applaudissements à tout rompre, un réel enthousiasme de la part du public. L. et moi applaudissons poliment. Je m’arrêterai de le faire au troisième salut. Nous nous regardons. Haussement de sourcils. Deux phénomènes à étudier : deux personnes côte à côte qui ne communiquent pas et qui pourtant vivent le même sentiment d’un spectacle / une (ou deux personnes en l’occurrence) en total désaccord avec le reste d’une salle.

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito