10 000 Gestes (Boris Charmatz / Nanterre Amandiers)

(de quoi ça parle en vrai)

Utopie de danse où aucun geste ne se répète jamais, 10000 gestes de Boris Charmatz est un torrent ininterrompu parcouru de tremblements et de soubresauts. Ses danseurs sont suédois, américains, turcs, français. Ils ont entre vingt et cinquante ans et ensemble, ils effectuent une myriade de mouvements, crient, chantent improvisent, dans une chorégraphie-scénographie aux allures chaotiques mais méticuleusement bien réglée. Ce moment fou imaginé par Boris Charmatz est un défi sensitif et chorégraphique saturant l’espace de la perception. Inventer un geste, inventer deux gestes, inventer trois gestes, d’accord. Mais inventer dix mille gestes, comment est-ce possible? À l’impossible, nul n’est tenu et surtout pas Charmatz, artiste coutumier des expériences inédites. Il invente ici un kaléidoscope de gestes, un assemblage bigarré, un rêve éveillé pour une danse tour à tour animale, érotique, violente et humaine. Du hip hop au ballet. Comme si c’était la fin du monde et qu’il fallait faire une dernière danse. «Une forêt chorégraphique» peuplée d’êtres ne s’interdisant pas de chanter, de gueuler, d’embrasser, de frapper, d’accoucher, de sauter, de faire un doigt, de tout faire et vite, dans une urgence vitale. Et puis tant qu’à faire, autant le faire sur le Requiem de Mozart ! Avec 10000 gestes, Boris Charmatz transcende l’éphémère beauté de la vie par l’éphémère et foisonnante beauté de la danse. (source : ici)

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Photo de couverture : © Ursula Kaufmann
Photo ci-dessus : © Gianmarco Bresadola

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Deux représentations seulement pour ces 10 000 Gestes (spectacle déjà présenté à Chaillot dans le cadre du Festival d’Automne en 2017), une grande salle qui affiche complet et qui tarde à ouvrir ses portes, l’impatience et la fébrilité se lisent dans les yeux des spectateurs qui sont dans les starting blocks pour obtenir la meilleure place, placement libre oblige. Une fois nous autres en place, noir dans la salle, lumières sur scène, sans crier gare. « Wow ». J’ai véritablement entendu de nombreux spectateurs faire « Wow. ».

Quelques petites notes de musique en sourdine, celles du Requiem de Mozart, les premiers pas, les premiers gestes effectués en solo par une des vingt danseurs avant l’entrée tonitruante des dix-neuf autres artistes.

On s’amuse parfois à noter mentalement les différents gestes, le style, l’origine, on est à l’affût d’une répétition, mais on oublie assez rapidement, parce qu’on est surtout submergé par cette énergie, cette profusion. On ne sait pas trop où donner de la tête. On se concentre sur l’une ou l’autre, on repère les rapprochements, les changements de rythme. On passe d’une sensation euphorique à une atmosphère anxiogène, les moments de silence silencieux, de quasi-immobilité (moi aussi, j’ai le petit doigt qui a bougé) ont d’autant plus de force et de grâce.

On se souviendra longtemps de ce vertigineux tour de force. Le Requiem de Mozart n’y est certainement pas pour rien. Il se passe quoi après le dix millième geste ?

 

10 000 GESTES

CHORÉGRAPHIE Boris Charmatz

INTERPRÉTATION Djino Alolo Sabin, Salka Ardal Rosengren, Or Avishay, Régis Badel, Jessica Batut, Nadia Beugré, Nuno Bizarro, Matthieu Burner, Dimitri Chamblas, Konan Dayot, Olga Dukhovnaya, Sidonie Duret, Bryana Fritz, Julien Gallée-Ferré, Kerem Gelebek, Alexis Hedouin, Rémy Héritier, Tatiana Julien, Maud Le Pladec, Johanna-Elisa Lemke, Noé Pellencin, Solène Wachter

ASSISTANTE Magali Caillet-Gajan – LUMIÈRES Yves Godin – COSTUMES

Jean-Paul Lespagnard – TRAVAIL VOCAL Dalila Khatir

au Théâtre Nanterre Amandiers ce dimanche 27 janvier 2010

 

(une autre critique)

Je demande un recomptage, Madame la Juge. Où se trouve Maître Qashquaï, notre huissier de justice ? Parce que, qui me dit qu’il y a effectivement 10 000 gestes effectués par nos danseurs et pas 9 997 ou bien 9 991 ? Bien malin celui qui parviendra à les compter en une seule fois ! Et on a bien vu l’entourloupette des danseurs dans le public, tout cela pour nous berner, qu’on s’emmêle les pinceaux ! Je veux être remboursé ! Oui je paye ma place, moi, Monsieur, c’est marqué à la fin de l’article ! C’est une mascarade, de la publicité mensongère ! Boris Charmatz ne nous avait pas habitués à cela. Je ne vous tire pas mon bonnet, Monsieur. La dernière fois que j’ai vu un de vos spectacles, cela s’appelait « Danse de nuit ». Certes, ça parlait un peu, mais ça dansait et c’était de nuit. A la belle époque, on ne nous prenait pas pour des jambons ! Je tenais également à signaler à Monsieur Charmatz ma déception de ne pas voir sur scène Marlène Saldana. Parce qu’il y avait de la place pour elle. En 2017, ils étaient 24 danseurs. En 2019, ils ne sont plus que 20. Eh ben, Marlène, elle aurait pu danser la somme des gestes de 4 danseurs. Eh ouais ! Je sais qu’elle joue présentement dans Les Idoles et je me suis promis d’écrire ou prononcer son nom une fois par semaine. J’ai même profité du décès de Michel Legrand pour vanter sa performance sur une des chansons du compositeur dans la pièce de Christophe Honoré, par le truchement d’un tweet : 21 likes et 5 Retweets, boom boom shake shake the room ! Même pas honte !

 

vu le samedi 26 janvier 2019 à Nanterre Amandiers

prix de ma place : 17 € (tarif adhérent FNAC)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

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