HUGH COLTMAN (Auvernier Jazz Festival, 24 août 2018 – Suisse)

(ceci n’est pas une critique même si celle-ci est écrite par Cyril Bivalski…)

Hugh Coltman. Ça fait au moins une dizaine d’années que je l’écoute sans vraiment l’écouter et que je me dis : « Un jour il faudra que j’aille le voir en concert. ». J’ai une liste d’artistes comme ça. Il a commencé à vraiment m’intéresser quand il a basculé corps et bien dans le Jazz.

Clin d’œil du destin, il jouait le 24 août à quelques kilomètres de chez moi dans le cadre de l’Auvernier Jazz Festival, chouette festival au bord du lac de Neuchâtel.

 

 

Pour son dernier album qu’il défend en tournée, « Who’s Happy ? », Hugh Coltman a choisi de s’imprégner de la Nouvelle Orléans. Il se présente sur scène avec une section cuivre au complet, un guitariste, un batteur et un soubassophoniste en guise de bassiste. Le groupe est bien réglé. Les morceaux s’enchainent. Hugh Coltman réussit son pari de nous transporter en Louisiane. Sur scène, il se dépense sans compter et arrive facilement à se mettre le public dans la poche. Il fait un détour quelques fois par le répertoire de Nat King Cole, qu’il avait revisité dans son précédent opus Shadows.

Toutefois je ne peux m’empêcher de penser à Tom Waits et Marc Ribot. Surtout sur un morceau : « It’s Your Voodoo Working ». Je trouve Hugh Coltman très lisse finalement. Je ne sens pas la moiteur du bayou ni les nuées de moustiques. Le fait qu’il soit bien habillé et ait une voix claire me rappelle qu’il est plutôt dandy que cajun.

Content d’avoir pu entendre Hugh Coltman, ceci dit. Rendez-vous dans 10 ans pour le prochain concert ?

 

Vu à Auvernier, Suisse dans le cadre de l’Auvernier Jazz Festival , le 24 août 2018 à 23 :00.

Etant bénévole sur le festival, je n’ai pas payé ma place.

 

 

 

(Une autre histoire)

Quand tu montes derrière la scène pendant un concert pour faire une photo, assure-toi qu’il n’y a personne derrière toi.

Lors du concert de clôture du festival d’Auvernier, je me suis glissé dans les coulisses derrière la scène pour prendre une photo de Richard Bona, un maître de la basse à 5 cordes. Je trouve enfin la position idéale, juste entre 2 rideaux noirs quand une main se pose sur mon épaule :

– Tu as 2 secondes pour changer de place, j’ai 15O choristes qui s’installent par surprise, j’ouvre les rideaux.

– Sérieux ?!?

J’ai la chance de ne pas être cardiaque. Je me retourne, effectivement les choristes sont bien là et le rideau s’ouvre !

 

Textes et photos : Cyril Bivalski (instagram.com/cyrilbivalski)

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Littoral (Wajdi Mouawad / Simon Delétang / Théâtre du Peuple)

(quand on ne lit pas la bible)

Littoral ? Un drame sociétal ou comment la loi « Littoral » va changer la vie du pizzaiolo dont on a détruit la paillote sur une plage marseillaise ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

« Wilfrid apprenant la mort de son père, se met alors en quête d’un lieu de sépulture. Il ne sait pas encore qu’il se lance dans une aventure qui le mènera aux fondements même de sa propre existence.

Fouillant la mémoire et le passé, faisant se côtoyer les vivants et les morts, mêlant comédie et tragédie, cette pièce au souffle épique écrite par l’un de plus grands auteurs du répertoire contemporain sera portée sur scène par dix-huit comédiens professionnels et amateurs. » (source : ici)

 

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Crédits photos : Jean-Louis Fernandez

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

On ne peut qu’être envieux de ces « amateurs », même si je n’aime pas le mot, disons de ces comédiens dont ce n’est pas officiellement le métier : répéter une pièce de Wajdi Mouawad des semaines durant dans ce lieu magique qu’est le Théâtre du Peuple, au contact de personnes comme Simon Delétang, Anthony Poupard ou encore Emmanuel Noblet, pour citer ceux que je connais au moins de nom.

Parce qu’on perçoit que tout le monde va dans le même sens, ensemble. Que l’humanité de cette pièce, le récit à choix multiples toujours clair, oscillant entre rêve et réalité, sont bien retranscrits par la troupe (avec une première partie plus éclatée et plus rythmée que la seconde, proche du conte linéaire et accumulatif) . On rit, on pleure, on reçoit l’énergie de Wilfried, rôle taillé pour Anthony Poupard, la générosité d’Emmanuel Noblet, chevalier au grand coeur, l’engagement de ces « amateurs » pendant et même après la pièce.

La veille, nous avions vu les Molière de Vitez (et son plateau nu) qui nous offraient la forêt de Bussang durant l’intégralité de la représentation. Ici cette nature apparait avec parcimonie et Simon Delétang l’a rendue cinématographique, comme une toile animée, notamment quand le chevalier s’éclipse de la vie de Wilfried en chevauchant son fidèle destrier. Des images de toute beauté.

Lorsque je repris ma voiture, je ne pus m’empêcher d’observer un des acteurs qui rentrait avec ses pieds. Il avait le sourire aux lèvres. Ce n’était pourtant pas la première du spectacle, mais à quelques dizaines de mètres du théâtre, il avait encore le sourire aux lèvres. Ça m’a fait du bien, tout comme cette pièce.

 

LITTORAL

De Wajdi Mouawad

Mise en scène et scénographie Simon Delétang

Collaboration artistique Jean-Philippe Albizzati – Lumières Jérémie Papin – Son Nicolas Lespagnol-Rizzi – Costumes Marie-Frédérique Fillion – Collaboration à la scénographie et accessoires Léa Gadbois-Lamer – Direction des chants Margherita Trefoloni

Avec René Bianchini*, Marina Buyse*, Jean-Noël Delétang*, Simon Delétang, Baptiste Delon*, Claudine Deslandes*, Martial Durin*, Ali Esmili, Sylvain Grepinet*, Houaria Kaidari*, Michèle Lautrey*, Richard Mahoungou, Thibault Marissal*, Mathilde-Édith Mennetrier, Emmanuel Noblet, Anthony Poupard, Ousmane Soumah*, Sylvain Tardy* en alternance avec Clément Bellefleur* ou Coralie Bidal* ou Marie-Jeanne Burthey* (* Membre de la troupe des comédiennes et comédiens amateurs du Théâtre du Peuple)

 

vu le dimanche 19 août 2018 au Théâtre du Peuple à Bussang

prix de ma place : 19€ (cat.2)

 

(une fin de semaine à Bussang, deuxième partie)

Aujourd’hui, j’ai mangé local. De la charcutaille locale, du fromage local, une tarte aux mûres locale, de la bière locale. Que j’ai bue, la bière. Je m’imagine mâcher ma bière. Même la glace est locale.

Je dis bonjour à JeFreine alias Anthony Poupard (que j’avais déjà vu l’été dernier à Avignon dans « J’ai bien fait ? » de Pauline Sales et très bientôt au Théâtre de la Tempête à Paris). Ou plutôt j’ose le saluer. Je tiens d’ailleurs à m’excuser auprès de la personne à qui il parlait, parce que je ne me suis pas excusé d’avoir interrompu leur conversation.

Mes glandes lacrymales vont bien, merci. Je ne sais pas ce que j’ai, ça coule des yeux, ça n’arrête pas, mais je ne suis pas malade, je précise. C’est mon émotivité. Je suis comme ça. C’est normal, docteur ? Hier, aujourd’hui… Plus tard, quand je serai à Notre Dame du Haut, rêvée et créée par Le Corbusier, je vais chialer. Quand je serai en Lorraine, en train d’imaginer mon grand-père évoluer dans son ancien quartier, je vais sangloter… Je suis un quart lorrain. Je me le répète, parce que j’ai tendance à l’oublier.

J’aime bien conduire. Pas en ville. A la campagne, à la montagne. Dans les virages, le long des lacs et des rivières. Si possible avec de la musique savamment choisie. Ici Joni Mitchell et The Doors. Classique.

J’aimerais que ça ne se termine pas. Je sais que ça va se terminer, immanquablement, mais j’aimerais que…

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Les Molière de Vitez (Gwenaël Morin / Théâtre du Peuple)

(retour vers le futur)

Dans trente ans sera programmé au Théâtre du Peuple : « Les Molière de Vitez ET de Morin par Machin Chose…)

(de quoi ça parle en vrai)

« Il y a quarante ans Antoine Vitez présentait à Avignon quatre pièces de Molière avec de jeunes comédiens dans un décor unique. Aujourd’hui, Gwenaël Morin a choisi ces mises en scène comme matériau pour travailler avec de jeunes acteurs. Molière comme une formidable machine à jouer, pour sa puissance fondamentale de produire du théâtre. La distribution s’est faite par tirage au sort, sans tenir compte ni des rôles d’hommes ou de femmes, ni des personnages principaux ou secondaires. Gwenaël Morin centre son travail sur lʼacteur et ne sʼencombre pas de décors ou de costumes. De Molière à Vitez en passant par Morin, c’est ce même élan, cette même énergie qui sont ici réactivés. » (source : ici)

 

LES MOLIERE DE VITEZ
Crédits photos : Pierre Grosbois

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je ne vais pas voir de moi-même les classiques. Entendre les Molière, Corneille, Racine. Sauf si c’est repris par un metteur en scène que j’affectionne. Ici ce n’est  même pas le cas, puisque je n’ai jamais rien vu de Gwenaël Morin, mais on m’en a beaucoup parlé, notamment pour sa résidence aux Laboratoires d’Aubervilliers avec Grégoire Monsaingeon. Et comme je ne fais pas les choses à moitié, je vais en voir quatre d’affilée.

Après un petit quart d’heure d’adaptati-on (ce sont des alexandrins, je répète, ce sont des alexandrins !), on ne peut que partager le plaisir que prennent ces jeunes acteurs à dire les mots de Molière, à triturer le rythme, à s’amuser des efforts fournis pour respecter la scansi-on et être époustouflé par l’énergie déployée par la troupe, notamment par le garguantuesque Julien Michel dans le rôle d’Arnolphe.

Malgré une lègère baisse de rythme et d’attention lors de la deuxième pièce (Tartuffe), l’action repartira de plus belle avec Don Juan et un Misanthrope qui explosera le quatrième mur, quitte à nous faire perdre le fil de l’action (mais c’est  pour la bonne cause, c’est pour Bussang 2018, c’est pour l’humanitE – sans accent).

Chloé Giraud et Lucas Delesvaux se révèleront particulièrement dans leur élément. D’ailleurs, chaque acteur, à un moment ou à un autre, arrivera à tirer son épingle du jeu, en jouant un/des personnage/s pour lesquels ils n’étaient pas forcément destinés s’ils étaient dans une production, disons, classique (le tirage au sort joue à fond le jeu du contre-emploi : les garçons jouent des filles et vice versa, sans que cela soit forcément marqué, mais on comprend et on adhère totalement)

A noter que la lumière reste allumée dans la salle, qu’il n’y a aucune création lumière sur scène, si ce n’est celle naturelle de la forêt de Bussang.

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(photo de moi)

On est ensemble et assister à cette intégrale est une drôle d’expérience, incomparable à celle de voir chacune des pièces séparément. De l’humour de répétition court sur les quatre pièces, on s’amuse à se demander quel rôle aura une telle ou un tel.

On aurait presque envie de rempiler pour les Molière 2 Vitez…

 

LES MOLIÈRE DE VITEZ

(L’École des Femmes + Tartuffe + Don Juan + Le Misanthrope)

De Molière

Mise en scène Gwenaël Morin

Avec Michaël Comte, Marion Couzinié, Lucas Delesvaux, Chloé Giraud, Pierre Laloge, Benoît Martin, Julien Michel, Maxime Roger, Judith Rutkowski, Thomas Tressy, Jules Guittier

 

vu le samedi 18 août 2018 au Théâtre du Peuple à Bussang

prix de ma place : 34€ (cat.2)

 

(une fin de semaine à Bussang, première partie)

J’arrive en voiture, une Twingo, une caisse à savon. C’est avec le sourire qu’on m’enjoint à me garer en marche arrière. Je n’ai jamais aimé faire des marche arrières ni des créneaux d’ailleurs. Lors d’un cours de conduite accompagnée, j’avais dit à mon professeur d’auto-école d’aller se faire enculer parce qu’il voulait que je refasse mon créneau trop vite exécuté. Evidemment, c’est pas venu comme ça, mais ce n’est peut-être pas l’endroit pour que je vous conte cette énième anecdote qui m’avait contraint à me taper cinq kilomètres à pied jusqu’à chez moi.

La première chose qui frappe à mon arrivée au théâtre, c’est une certaine sérénité. On est à la montagne (six cent mètres d’altitude, ce n’est pas le Pérou, certes, mais j’ai dormi comme un bébé les deux nuits où j’y suis resté), on est en vacances, on va voir du théâtre. Personne n’est stressé. Les gens arrivent bien en avance pour profiter du cadre, manger à une des tables mises à notre disposition. Certains, certaines viendront même avec leur glacière. On a le droit de venir avec notre glacière !!! La première chose que je fais, c’est boire une bière locale. Et qui me sert ? Simon Delétang, le nouveau big boss du lieu, qui a voulu s’inspirer de l’exemple du Théâtre du Soleil : tout le monde met la main à la pâte. Ici, pas d’égo mal placé, on est disponible, on discute un verre ou une glace à la main.

Pour sonner l’heure de la représentation, pas de trompettes de Maurice Jarre, mais une version pas piquée des hannetons (ressors ton expression du grand-père) du Final Countdown du groupe des 80’s Europe (j’avais le 45t !!!).

Les trois quarts des spectateurs sont des habitués, ils viennent tous avec des coussins. Ce qui est intéressant de constater, c’est que j’ai commencé à avoir mal au cul durant le dernier quart d’heure de la première pièce. Entracte. J’ai mal au cucul au bout d’une heure de la deuxième pièce. Entracte. Je n’ose dire à partir de quand j’ai eu mal au cucul pour la dernière pièce.

Après tant de poésie, je me souviens mon entrée dans ce théâtre. Le plateau est nu et la porte du fond ouverte sur la forêt. Le vert entre dans le théâtre. Aucune superstition. Les larmes me montent aux yeux. (on est sûr que ça monte ?) Je suis assez à fleur de peau. Je lis présentement « Le Lambeau » de Philippe Lançon. J’arrête pas. C’est mon deuxième essai, parce qu’à sa sortie je ne me suis pas senti prêt à le recevoir.

De la beauté ce théâtre. De la sérénité (oui, je me répète). On s’y sent bien.

(à suivre…)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito