Ex Anima (Bartabas / Zingaro)

(quand on ne lit pas la bible)

Ex Anima ? L’histoire d’un échange d’âme qui tourne mal ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Comme un souffle de l’âme, « un cheval hennit quelque part, jusqu’à la fin du monde »*…

Voilà presque trente ans qu’au cœur de l’Aventure Zingaro les chevaux vivent et travaillent à nos côtés. Ils sont les inspirateurs de nos créations, notre moteur de désir. À leur contact, nous avons appris à nous ensauvager pour recevoir les leçons qu’ils ont bien voulu nous enseigner et comprendre qu’ils sont une ‘‘partie mémorielle de nous-mêmes’’ **. Pour cette ultime création, je souhaiterais les célébrer comme les acteurs véritables de ce ‘‘théâtre équestre’’ si original… Montrer un rituel sans mémoire, une cérémonie où le spectateur se surprendra à voir l’animal comme le miroir de l’humanité. Pour cela nous devons apprendre à nous dépouiller de notre ego, de notre corps individuel au profit d’un corps partagé, anonyme… N’être plus qu’une présence en retrait et devenir des ‘‘montreurs de chevaux’’ et avec eux, défricher des terres nouvelles… BARTABAS (* Joseph Delteil  ** Michel Onfray)  (http://bartabas.fr/theatre-zingaro/spectacles/)

 

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Crédits photos : Marion Tubiana

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Deuxième spectacle signé Bartabas que je vois de mes yeux vus. Le premier baignait au son de Tom Waits et était accompagné par des anges. Il m’avait fait grande impression, notamment grâce au lieu magique qu’est le théâtre Zingaro, le survol des écuries…

Cette fois-ci, on nous promet un spectacle sans humains. Ou presque. L’homme, le dresseur restera en retrait, à l’image du grand Manitou Bartabas, tapi dans l’ombre mais veillant au grain à ce que tout soit parfait. Or, par définition, mettez deux canassons tout seuls sur scène, rien ne sera parfait et c’est ça qui est génial. On les voit récalcitrants, cabotins… Nous ne savons pas ce que nous regardons ni où nous allons. Cela fait-il partie du spectacle, ça commence quand, ça finit quand ? C’est une expérience quasi mystique à laquelle nous invite Bartabas et toute son équipe, durant laquelle l’animal et l’anima ne font qu’un (latin jusqu’en seconde). Moi qui n’ai jamais monté un seul cheval de toute ma vie (et ici, dois-je le préciser, aucun cheval n’est monté), je suis resté fasciné du début à la fin, ou presque. Je dis presque, car, hormis l’absence d’effet de surprise de la première fois, on peut ressentir quelques longueurs, mais largement compensées par une musique jouée en direct par des musiciens maîtrisant de multiples instruments de toutes origines (je ne pouvais pas faire plus vague, désolé… y avait le machin qu’on voit dans les westerns, comme un élastique…)

Mais surtout, à l’heure où on parle régulièrement de la souffrance animale, on ne peut s’empêcher de se demander : « Mais comment ont-ils fait ? A quoi réagissent les chevaux ? Une odeur, un ultra-son, une caresse, un toussotement ? Combien de temps pour ce résultat ? » (liste non exhaustive)

On reste en tout cas ébahi devant la beauté de ces chevaux, de gabarits et d’origines différents (je me souviens des chevaux courts sur pattes en Islande…). Dommage que ce spectacle ne se termine par une scène plutôt graphique, pour aller dans l’euphémisme (voir la section « une autre histoire »). On préferera garder en mémoire les sons, les parfums, le mouvement équestre et la liberté.

 

vu le mardi 30 janvier 2018 au théâtre Zingaro, Aubervilliers

prix de la place : cadeau anniversaire

 

EX ANIMA

Une création du Théâtre équestre Zingaro

Conception, mise en scène, scénographie : Bartabas

Musique Originale : François Marillier, Véronique Piron, Jean-Luc Thomas, Wang Li

Jusqu’au 4 mars 2018 au théâtre équestre Zingaro (Aubervilliers), du 19 avril au 13 mai 18 à Bourget-le-Lac, du 28 septembre au 24 octobre 18 à Caen.

 

(une autre histoire)

Un cheval mécanique ? Non. Un engin en forme de cheval avec un trou à la place de la queue (de cheval) pour accueillir la semence de l’étalon qui s’approche. Comment dire ? Je n’ai jamais vu ça. Comment appelle-t-on ce genre de… un étalon ? Pourtant j’ai déjà vu des films à caractère pornographique et… je me suis caché les yeux. Je n’ai jamais vu un tel membre. Il avait peine à trouver où était le trou, ça me rappelle quelqu’un… Euh… non, non… la piste est glissante, je ne dois pas m’y engager, même si c’est toujours bon signe quand c’est glissant. Je m’enfonce. Je ne devrais peut-être pas dire ça. On pourrait se méprendre, je ne suis absolument pas obsédé.

Attendez, je remets mon pantalon, j’aime me mettre à l’aise quand j’écris. Je m’imagine à une autre époque trempant ma plume… tout en trempant mon biscuit… J’ai honte. Je manque de sommeil, il faut dire. J’essaie de trouver un sous-entendu graveleux pour enchainer, mais je n’y arrive point. Je vous l’ai dit, je manque de sommeil. Je m’endors toujours facilement, mais je me réveille au milieu de la nuit, souvent à la suite d’un cauchemar. Je rêve qu’il n’y a plus rien là où je fais pipi. Vous me direz… enfin… l’une d’entre vous pourrait dire : Déjà qu’il faut bien chercher en temps normal… Purée, je m’étais promis de ne pas en parler ! Je n’ai donc plus rien. Mais y a même pas de trou à la place et j’ai envie de faire pipi.

La vérité, c’est que je ne sais pas où cette histoire va. Ou plutôt si, elle part à vau-l’eau. Encore de l’eau et ça me donne encore envie de faire pipi. Et du coup (je viens d’utiliser mon joker « du coup » du mois), je ne sais plus si j’ai envie de faire pipi en vrai ou seulement dans mon rêve. Une fois j’ai rêvé que j’étais aux toilettes…

De quoi je parlais ? De la queue du cheval. Est-ce qu’on peut en faire des tresses ?

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

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Quoi/Maintenant (Jon Fosse / Marius von Mayenburg / tg STAN / Théâtre de la Bastille)

(quand on ne lit pas la bible)

Quoi/Maintenant ? La barre de travers, appelée également slash (comme le guitariste des Guns), jette la discorde entre les mots quoi et maintenant qui vivaient pourtant en parfaite harmonie. En arrière plan s’annonce une guerre fratricide entre les lettres et signes de ponctuation ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

La comédie tg STAN revient avec Quoi/Maintenant, d’après la courte pièce de Jon Fosse « Dors mon petit enfant » en guise de prologue poétique, suivi de la comédie caustique « Pièce en plastique » de Marius von Mayenburg. La première s’apparente à un véritable écrin de mots dans lequel les dialogues désarticulés, le rythme et les sonorités semblent primer sur le sens. (…) La deuxième (…) met en scène une femme de ménage engagée par un couple libéral aisé et à priori large d’esprit… Maxime Bodin. (http://www.theatre-bastille.com/saison-17-18/les-spectacles/quoi-maintenant)

 

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crédits photos : Koen Broos

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

J’ai essayé de me la jouer critique, mais je n’y arrive définitivement pas, donc, je la joue comme j’en ai l’habitude, en parlant de tout, sauf de la pièce, quitte à faire douter les gens : « Mais a-t-il vraiment vu la pièce ? » Oui, je l’ai vue, c’était même la première et je ne suis pas resté au pot de première, alors que j’avais faim, mais j’étais tellement fatigué… Pas par la pièce, non. La pièce, je l’ai aimée.

J’ai déjà parlé de la fan attitude (cf Caubère, Bouchaud pour ma part), d’aimer quoi qu’ils fassent. J’aime le tg STAN, mais sur les onze spectacles que j’ai vu d’eux (j’ai aussi vu The Way she dies à Toulouse l’an passé, je me la pète un peu), je n’ai pas tout aimé (Le Tangible par exemple). Tout ça pour dire, quoi ? Ben que j’ai vraiment aimé cette pièce. Allez, je m’explique un peu.

Malgré la méthode de travail et un dispositif qu’on connait (stan.be pour plus d’informations… oui, j’aurais pu détailler, mais je suis en retard sur tout, faut me comprendre ! J’ai une vie aussi, on ne dirait pas ! Je suis obligé de faire des Doodle pour pouvoir voir mes amis !), on arrive tout de même à être surpris, par les textes que le collectif choisit (ici un court texte des plus absurdes de Jon Fosse, genre de Huis Clos métaphysique relié à un texte incisif de Marius von Mayenburg ou comment l’arrivée d’une femme de ménage va mettre en lumière les travers et les à priori d’une famille bourgeoise libérale qui, évidemment, n’a nulle conscience de son propre mépris, texte qui n’oubliera pas non plus d’égratigner un certain milieu des arts… coucou ART de Yasmina Reza, autre production STAN), par le jeu libre et d’un naturel apparent (et on y croit, comme quand Damiaan De Schrijver interpréte un ado un peu différent qui passe en un retournement de veste (ou presque) à un artiste d’art contemporain artistique… oui, j’ai écrit ça)

Pour résumer, c’est drôle et grinçant, ça donne envie de lire les textes originaux, c’était mon 11e spectacle du tg STAN et j’en veux encore…

(petit aparté : toujours passionnant également d’observer les acteurs aux saluts…)

 

vu le mardi 23 janvier 2018 au théâtre de la Bastille

Prix de la place : 13€/mois (pass Bastille)

 

QUOI/MAINTENANT

De et avec Jolente De Keersmaeker, Els Dottermans, Damiaan De Schrijver et Frank Vercruyssen

Un spectacle de tg STAN (stan.be), d’après Dors mon petit enfant de Jon Fosse (traduit par Terje Sinding) en prologue à la pièce Stück Plastik (Pièce en plastique) de Marius von Mayenburg (traduit par Mathilde Sobottke)

Lumières Thomas Walgrave – Costumes An D’Huys – Technique Tom Van Aken, Iwan Van Vlierberghe et Tim Wouters

Jusqu’au 9 février 2018 au théâtre de la Bastille (Paris)

 

(une autre histoire)

– Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Hein ? Quoi ? Maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? On continue, on reste là à se regarder dans le blanc des yeux ? J’ai besoin d’air. J’ai besoin de silence. Ton regard crie trop. Je veux me boucher les yeux tellement tu cries. Je ne suis pas prêt. Non. Pas maintenant. Arrête. Ça ne sert à rien, tu le sais bien. Non je ne pleure pas, j’ai mal aux yeux. Je fais une allergie aux cyprès, c’est la saison. Non, il n’y a pas de cyprès ici, mais avec le vent fort, il tournoie et je suis très sensible aux courants. Il est l’heure de la conjonctivite. Attends demain matin, j’aurai les yeux collés, je ne te verrai plus. Tu crois que Hector pourrait être mon chihuahua d’aveugle ? Qu’il ait au moins une utilité, ce con de chien. Je me baladerai comme ça, avec mon chien, je mettrai mon masque de ski, parce que je ne retrouve plus mes lunettes de soleil. Je le laisserai aller, au gré des senteurs urinales et hivernales. Comme quand je me suis perdu avec Nixon, le chien de mon parrain, quand j’étais petit. Je heurterai cette aveugle que je vois tous les matins dans le tramway. Son chien bouffera le tien et nous tiendrons tous deux sa laisse. Elle m’adoptera. Elle aura pitié de moi. Je lui raconterai toi et le reste aussi. Mes yeux se décolleront, tout comme mes espoirs pour reprendre avec toi. Et ça sera tant mieux. Oui. Ça sera tant mieux. Je serai bien mieux avec elle. Je la coifferai, je lui ferai la toilette. Parce que quelqu’un d’aveugle ne sait rien faire toute seule, me trompé-je ? Je lui deviendrai indispensable. Alors elle me mangera, parce qu’elle aura faim, parce que je ne sais pas faire à manger, ça tu le sais. Je ne veux pas devenir aveugle. Tu veux bien me reprendre ?

– Quoi ? Maintenant ?

La fusillade sur une plage d’Allemagne (Simon Diard / Marc Lainé / Théâtre Ouvert)

(quand on ne lit pas la bible)

La fusillade sur une plage d’Allemagne ? A la fin des années 80, des jeunes collégiens, en allemand langue vivante étrangère 1, pètent les plombs après avoir entendu une fois de trop la Lektion Eins de leur manuel : Hallo Uwe, wohin gehst du ? Auf dem Spielplatz ! Willst du Fussball spielen ? Moment, ich komme auch ! » ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Cinq personnes sont réunies autour d’une fosse, creusée dans une clairière. Elles n’expliquent pas les raisons de leur présence mais se lancent dans des récits, des histoires où il est question de guerre et de terreur. Peu à peu elles forment un réseau fictionnel, tissent une « toile » qui prend l’imaginaire au piège. Toutes ces histoires convergent vers la figure d’un adolescent, figure fantasmatique aux contours flous, aux motivations inexpliquées, potentiellement dangereux. Qui est-il vraiment ? Est-ce un jeu ? Un jeu qui les confronte à une terrible réalité et renvoie chacun à ses réactions face à des menaces réelles ou imaginaires…  (http://theatre-ouvert.com/evenement/fusillade-plage-dallemagne-0)

La Fusillade sur une plage d'Allemagne -

Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Quand on arrive dans la salle (note pour plus tard, arrêter de décrire ce qu’il se passe sur le plateau en entrant… ou alors une fois sur deux), les comédiens sont figés sur scène, celle-ci est un monticule de terre dans lequel un trou assez large et imposant a été creusé. L’un d’eux est dans ce trou, une fosse (?) et observe à l’intérieur de celui-ci, nous ne savons quoi, tandis que les quatre autres protagonistes le regardent, tout aussi immobiles.

On n’est jamais déçu par la scénographie impeccable de Marc Lainé, évocatrice et glaçante. C’est une pièce, un texte pas faciles à appréhender. Le récit d’actions passées, présentes ou futures, réelles, fictives, entremêlées. Mais qui est donc la personne au fond du trou, dont on ne verra que le regard subjectif (je ne suis pas clair, par le truchement d’un écran au fond de la scène, nous voyons ce que voit la personne au fond du trou, voilà). Les comédiens, qui se sont depuis assis au bord de la scène, nous regardent, nous parlent. On ne sait jamais ce qui peut se passer. Ça laisse toujours une impression malaisante. Le spectateur ne peut se cacher. Qui sont-ils ? C’est incertain, comme ce que j’en ai pensé. Une chose est sûre, Marc Lainé sait y faire pour installer une atmosphère.

 

vu le mercredi 24 janvier 2018 au théâtre Ouvert

prix de la place : invitation Télérama

 

UNE FUSILLADE SUR UNE PLAGE D’ALLEMAGNE

de Simon Diard

mise en scène, scénographie Marc Lainé

avec Ulysse Bosshard, Cécile Fišera, Jonathan Genet, Mathieu Genet, Olivier Werner

lumières : Nicolas Marie – vidéo : Vincent Griffaut

Jusqu’au 10 février 2018 au Théâtre Ouvert (Paris) et au TNS (Strasbourg) du 14 au 23 février 2018.

 

(une autre histoire)

Je veux partir. Quand je vais au théâtre, je m’assois toujours près de la sortie, mais là, je ne sais pas, je n’arrive pas à me repérer. Y avait deux entrées, un couloir, une marche, la régie. Je vois ces jeunes gens sur scène. Je ne comprends rien. Ils m’ont même fait sursauter. Ils ne devraient pas faire des choses comme ça. J’ai senti le palpitant battre battre battre. Bon, je pars quand ? Il faut trouver le moment opportun. Je ne veux pas me faire remarquer. Manquerait plus que ça. Je mettrai mon manteau dehors. Ah, l’action se décale côté cour et je suis assise côté jardin. (moyen mnémotechnique : quand on est spectateur, c’est JC : Gauche : Jardin comme John et Droite : Cour comme Coltrane.). J’y vais. Mince, c’est par où que je vais ? Par là ? Par ici ? Y avait une marche quelque part. Elle est où ? Madame ? Monsieur ? Quelqu’un peut-il m’aider ? Je me retourne et il n’y a plus personne. A part mon coeur, je n’entends rien du tout. Ma respiration. On se croirait chez Lisbeth Gruwez. Quoi maintenant, que va-t-il se passer ? Je suis lourde, je n’avance plus, je me débarrasse de ces bijoux de pacotille qui m’encombrent. Purée, on est plutôt loin d’être bien, là. Ici c’est Beyrouth, que dis-je, c’est Saïgon. J’ai chaud. On ne devrait pas autant monter le chauffage dans les théâtres. Je ne supporte pas cette humidité. Toute une odyssée, je vis là. Je ne retrouverai jamais mon chemin. Par hasard, par là ? Pour l’amour de Dieu, c’est pas par là, dites-moi, quelqu’un ? I want to go home ! C’est un jeu, c’est ça ? Je crois que je vais mourir ici. Ma vie s’envole comme un papier qu’on jetterait par la fenêtre d’une voiture. Je suis malade, je suis morte.

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

We’re pretty fuckin’ far from okay (Lisbeth Gruwez / Théâtre de la Bastille)

(quand on ne lit pas la bible)

We’re pretty fuckin’ far from okay ? On est bien bien loin d’être oakie doakie, vindieu ? (j’ai fait Langues étrangères appliquées à la fac, si vous avez besoin d’une traduction…)

 

(de quoi ça parle en vrai)

Qu’est-ce que la peur ? À quoi nous pousse-t-elle ? Dans quel état met-elle nos corps ? C’est en partant de questions et d’observations sur ce sentiment puissant, instinctif, que la chorégraphe Lisbeth Gruwez et son comparse au son Maarten Van Cauwenberghe ont créé le duo We’re pretty fuckin’ far from okay, troisième volet d’un triptyque sur le corps extatique (…). Sur scène, les deux interprètes Lisbeth Gruwez et Wannes Labath sont pris entre la tétanie, la fuite et la lutte, et traversent des états de méfiance, de repli, de recherche d’appuis, dans lesquels la respiration prend une place cruciale. Lisbeth Gruwez crée ainsi une pièce qui transforme l’espace du plateau en piège anxiogène étouffant et fascinant. (Laure Dautzenberg   – http://www.theatre-bastille.com/saison-17-18/les-spectacles/were-pretty-fuckin-far-from-okay)

 

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© Leif Firnhabe

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je prends une photo du plateau en arrivant, puis j’éteins l’appareil, le range dans ma poche et je les regarde faire. Ils sont nombreux à faire comme ça : être déjà sur scène au moment où le public arrive dans la salle. Je ne sais pas poursuivre ma conversation ou lire le journal. J’aime les regarder, tenter de capter leur regard avant le début. Ou peut-être sommes-nous déjà dans le spectacle ? Lisbeth Gruwez et Wannes Labath sont assis en face de nous. Noir dans la salle. Ça commence petit. On entend des souffles, le grincement des chaises, tout est contenu, pour prendre finalement de l’ampleur. La chorégraphe belge gère parfaitement la durée, étire le temps mais sait s’arrêter au bon moment (reprendre son souffle) avant de repartir de plus belle. D’abord chacun dans son coin sur sa chaise, puis ensemble.

La pièce est courte mais intense, qu’on ressent aussi physiquement en tant que spectateur. Après le spectacle où elle dansait sur du Bob Dylan et qui m’avait fait chavirer, Lisbeth Gruwez atteint encore sa cible et on ne détache pas un seul instant notre regard de la scène de tout le spectacle.

 

vu le mercredi 17 janvier 2018 au théâtre de la Bastille (dans le cadre du festival Faits d’hiver)

prix de la place : 13€/mois (Pass Bastille)

 

WE’RE PRETTY FUCKIN’ FAR FROM OKAY

Conception et chorégraphie Lisbeth Gruwez (http://www.voetvolk.be)

Avec Lisbeth Gruwez et Wannes Labath

Composition, son et assistanat Maarten Van Cauwenberghe – Dramaturgie Bart Van den Eynde – Répétiteur Lucius Romeo-Fromm – Lumières Harry Cole et Caroline Mathieu – Direction technique Thomas Glorieux – Scénographie Marie Szersnovicz, Lisbeth Gruwez et Maarten Van Cauwenberghe – Costumes Alexandra Sebbag – Manager pour la compagnie Arnaud Vanrafelghem.

 

(une autre histoire)

Une semaine plus tard, j’écris cette chronique. Que s’est-il passé dans ma vie pour que je mette une semaine à pondre cela, moi qui étais si prompt à publier au plus tard 48 heures après. Mmmh…

« Ça je ne peux pas le dire, ça non plus, ça je pourrais, mais ce n’est pas intéressant… »

Je regarde mes ongles pousser. Je mets mes mains derrière le dos pour ne pas me gratter. Je tente de battre mon record d’apnée dans un verre d’eau. Je compte les minutes avant que le réveil ne sonne. J’appuie sur la latte qui grince pour embêter mon voisin. Je pars en expédition à la recherche du Vélib perdu. Je reste de longues minutes en suspens au-dessus de la touche entrée de mon ordinateur. J’écoute l’intégrale des Cranberries et comprends pourquoi je ne les ai pas écoutés depuis belle lurette. Je rêve. Un peu trop. Je rêve mais ne dors pas. J’espère. Toujours trop. J’ajoute des livres sur ma pile de livres à lire. J’écris des listes. Je pense à St Pierre et à Miquelon. Je pense à elle.

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

La maladie de la mort (Marguerite Duras / Katie Mitchell / Les Bouffes du Nord)

(quand on ne lit pas la bible)

La maladie de la mort ? Ele court, elle court, la maladie de la mort ? Duras meets Sardou ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Dans une chambre d’hôtel en bord de mer, un homme attend. Elle vient la nuit. Elle vient seulement la nuit. Elle ne doit pas parler. Elle ne doit pas résister. Tout ce qu’il veut, elle doit le faire. Peu importe le prix – il veut apprendre à aimer, à ressentir à nouveau. Il ne s’agit pas d’Elle. Il s’agit de Lui. Duras explore sa conviction de l’impossibilité d’une intimité sexuelle ou émotionnelle authentique entre un homme et une femme. L’adaptation de Katie Mitchell en spectacle de cinéma en direct pose cette question centrale, à travers une profonde exploration de l’intimité, du genre, de la pornographie et du sexe. Alice Birch, décembre 2017 (http://www.bouffesdunord.com/fr/calendrier/la-maladie-de-la-mort)

 

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© Stephen Cummiskey

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

À jardin (c’est à gauche du point de vue des spectateurs, donc cour c’est à droite. Moyen mnémotechnique : pensez à JC : Jacques Chirac) une cabine insonorisée dans laquelle s’installera Irène Jacob, la narratrice de cette histoire. Sur scène un décor de cinéma, une chambre d’hôtel, un couloir, des techniciens qui se préparent, Laetitia Dosch et Nick Fletcher sont déjà en place. Un grand écran blanc a été placé au-dessus de ce décor. Noir.

Avouons-le tout de suite, j’ai toujours éprouvé des difficultés à faire deux choses à la fois : téléphoner et marcher par exemple. Ici, mon attention se portait plus sur la partie tournage que sur le film monté en direct qui était projeté au-dessus et donc sur le texte que je n’ai pas perçu comme j’aurais dû le percevoir, parce que Duras, pour l’entendre, ça demande tout de même une certaine attention.

On connait plus ou moins ce qu’est la réalité du travail de l’acteur, du comédien, au cinéma, au théâtre. Pour simplifier, au cinéma l’acteur peut recommencer tant que le réalisateur n’est pas satisfait (de son jeu, du cadre, de la lumière…). Puis l’acteur attend la mise en place de la scène suivante. Au théâtre, il y a de longues heures de répétition, puis la représentation où l’erreur n’est pas permise. Ici c’est encore plus exigeant, puisque le comédien (ou acteur, je n’ai jamais vraiment su la différence entre ces deux qualificatifs) doit faire avec le public qu’il peut voir et entendre, dire son texte sans se tromper, tout ça sous l’oeil de trois caméras, un perchman et dès que la scène est terminée se dépêcher pour s’habiller/se déshabiller, changer de position et reprendre naturellement le cours de l’histoire. Et c’est ce qui m’a fasciné. La précision de ces acteurs (après de nombreuses heures de répétition sûrement) mais également des techniciens est exemplaire.

Mais mis à part cela, je n’ai pas ressenti grand chose. Je regrette cette mise à distance due au procédé cinématographique (que je ne rejette pas, je précise). Je n’avais pas lu ce texte de Marguerite Duras et je suis resté extérieur.

 

vu le jeudi 18 janvier 2018 aux Bouffes du Nord, Paris.

prix de la place : 20€ (cat 3)

 

LA MALADIE DE LA MORT

Librement adapté d’après le récit de Marguerite Duras

Mise en scène Katie Mitchell

Avec Laetitia Dosch, Nick Fletcher  et Irène Jacob

Adaptation Alice Birch – Collaboration à la mise en scène Lily McLeish – Réalisation vidéo Grant Gee – Décor et costumes Alex Eales – Musique Paul Clark – Son Donato Wharton – Vidéo Ingi Bekk – Assisté d’Ellie Thompson – Lumières Anthony Doran – Assistante à la mise en scène Bérénice Collet – Régisseur général John Carroll – Régisseuse de scène Lisa Hurst  – Régisseuse vidéo Caitlyn Russell – Opérateurs vidéo Nadja Krüger, Sebastian Pircher – Coordinateur vidéo au plateau Matthew Evans – Régisseur son Harry Johnson – Perchman Joshua Trepte – Régisseur lumières Sébastien Combes – Accessoiriste Elodie Huré – Régisseuse plateau Marinette Jullien – Chorégraphie des combats RC-Annie – Stagiaires à la mise en scène Joanna Pidcock, Florence Mato

Jusqu’au 3 février 2018 aux Bouffes du Nord (Paris) puis du 28 au 31 mars 18 à la MC2 (Grenoble), du 4 au 6 avril 18 au Tandem Douai Arras, le 24 avril 18 au Forum de Meyrin…

 

(une autre histoire)

« Tel ces illuminés sur Times Square qu’on voit dans les films, je brandis mon exemplaire de « De l’inconvénient d’être né » de Cioran et crie : « Nous sommes tous mourants ! Pourquoi faites-vous semblant de ne pas y penser ? »

On va tous mourir, c’est un fait. Je pense ne pas me tromper là-dessus. C’est en nous. Merci, au revoir.

Y a juste l’ordre que je ne comprends pas. Pourquoi toi d’abord et moi ensuite ? Pourquoi toi à 79 ans et toi à 37 ?

J’ai connu quelqu’un à qui, alors qu’elle allait donner la vie, on a dit qu’elle allait mourir avant de voir sa fille faire ses premiers pas. J’ai connu quelqu’un qui, alors qu’elle donnait la vie, littéralement, est décédée, quelque chose a pété dans son cerveau et le bébé est sorti de son corps inerte. J’ai connu quelqu’un qui entamait sa dernière année de travail et s’est effondré comme une merde devant ses collègues, le premier jour de sa dernière année.

Parfois, souvent, j’y pense, à tout ça. Que ça peut venir n’importe quand. Je ne vais pas chez le docteur car j’ai peur de ce que je pourrais entendre. Ce grain de beauté… ces insomnies… ces maux de ventre…

Quand j’y pense, je me dis que je devrais ranger mieux mon chez moi, je veux dire, plus régulièrement. Au cas où je mourrais et qu’on vienne me chercher. Qu’on ne retrouve pas mes vêtements en vrac et des papiers partout. Je me dis que, sans penser à ça, je ferais le ménage le samedi et quelqu’un pourrait venir le soir même… « Non mais tu comprends… J’ai pas fait le ménage… tu peux passer demain… ? » Toujours demain. Toujours demain.

J’ai connu quelqu’un qui était heureuse. Enfin je pense. Qui faisait ce qu’elle avait toujours rêvé de faire. Elle était amoureuse, elle allait avoir un enfant. On lui a dit : « C’est la chimio ou votre enfant » et elle a répondu : « C’est mon enfant. »

Et moi ? Je me crois invincible. Je ne mourrai pas, que dis-je : je ne mourirai pas.

Adieu. »

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Le jeu de l’amour et du hasard (Marivaux / Catherine Hiégel / Théâtre de la Porte St Martin)

(quand on ne lit pas la bible)

Le jeu de l’amour et du hasard ? Tournez manège ? Tinder ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

M. Orgon décide de marier sa fille Silvia au jeune Dorante. Les deux promis ne se connaissent pas encore, et inquiets de découvrir leur véritable personnalité avant de s’engager, ils ont la même idée sans le savoir : se présenter à l’abri sous un masque, et scruter le cœur de l’autre. Silvia se fait passer pour sa femme de chambre Lisette, tandis que Dorante endosse le costume d’Arlequin,  son valet. M. Orgon et son fils, Mario, qui seuls connaissent le stratagème des quatre jeunes gens, se taisent, et décident de laisser ses chances au jeu de l’amour et du hasard. https://www.portestmartin.com/spectacle/piece/le-jeu-de-lamour-et-du-hasard

 

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Crédits photos : Théâtre de la Porte St Martin

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je suis de ceux dont les incursions dans le privé sont rares. Je ne suis pas non plus un inconditionnel des pièces classiques. Si j’en vois, ce seront les acteurs ou le metteur en scène qui m’y entraîneront. En l’occurrence, pour ma première fois (j’aime les premières fois) au théâtre de la Porte St Martin (cela dit, j’avais revu « Réparer les vivants » au Petit St Martin), ce sont les présences de Clotilde Hesme, Laure Calamy et Nicolas Maury qui m’ont incité à voir cette nouvelle adaptation de la pièce de Marivaux. Et pour parler des à-côtés, ce qui m’a gêné, c’est de voir que la majorité de la promo se faisait autour du « vu à la télé » Vincent Dedienne. Attention, je ne remets pas en cause le talent véritable de Dedienne que je n’ai jamais vu sur scène mais dont j’apprécie l’écriture et la drôlerie à l’occasion de ses chroniques chez Yann Barthès ou sur France Inter quand il en faisait encore. Mais je regrette de voir les trois acteurs cités plus haut passer au second plan alors qu’ils ont déjà un sacré pedigree (pèle mêle : Luc Bondy, François Orsoni, Olivier Py, Pauline Bureau, Vincent Macaigne, Robert Cantarella, Guillaume Vincent…). Mais nous sommes dans le privé, c’est la règle du jeu.

Mais la pièce, me demanderez-vous ? (oui, je fais les questions et les réponses). Disons qu’il s’agit ni plus moins du Jeu de l’amour et du hasard. L’ami qui m’accompagnait ce soir-là était ravi, amoureux des marivaudages qu’il est. Pour ma part, je ressens maintenant le besoin de voir autre chose qu’une adaptation sage et polie d’une pièce classique. Les représentations viennent à peine de commencer, donc peut-être qu’ils ont besoin encore de quelques petits réglages, voire de resserrer, de mieux rythmer certaines scènes, car cela a tendance à ronronner. On attend avec impatience les scènes avec la divine Laure Calamy et le truculent Vincent Dedienne pour que le rythme s’emballe et nous fasse franchement rire. Cela dit, je n’ai pas boudé mon plaisir de revoir l’intelligence de jeu de Clotilde Hesme et la sensibilité à fleur de peau de Nicolas Maury, même si j’aurais plus de réserves pour ce dernier dans ce contre-emploi. Je m’en voudrais (oui, je suis comme ça) de ne pas citer les impeccables Alain Pralon et Cyrille Thouvenin. En revanche, nulle trace des noms du figurant ou de la violoncelliste présents également sur scène, il faudra qu’on me dise… (on ne donne pas de programme dans le privé ?)

Pour conclure, Marivaux reste Marivaux et pour qui aime sa langue (façon de parler, je ne connais pas son goût ) et son écriture et pour qui ne s’en lasse pas, on en ressort comblé. Pour les autres (dont moi)…

Ps : Ça résonne quand même pas mal quand les acteurs jouent.

Pps : Va falloir travailler le ventre, Monsieur Dedienne, quand vous criez. On a mal pour vos cordes vocales (appelez-moi le Coach)

 

vu le vendredi 20 janvier 2018 au théâtre de la Porte St Martin.

prix de la place : 36,50€ (cat 2) + 1€ de pourboire

 

LE JEU DE L’AMOUR ET DU HASARD

Une pièce de Marivaux

Mise en scène Catherine Hiegel

Avec Laure Calamy, Vincent Dedienne, Clotilde Hesme, Nicolas Maury, Alain Pralon, Cyrille Thouvenin.

Assistante à la mise en scène Marie-Edith Roussillon. Décors Goury. Costumes Renato Blanchi. Lumières Dominique Borrini. Chorégraphie Cécile Bon.

Jusqu’au 31 mars 2018 au théâtre de la Porte St Martin

 

(une autre histoire)

 – Non mais tu comprends, moi je ne vais jamais dans le privé…

– Mais y a Pommerat qui a joué ici l’été dernier…

– Et ? Oui mais moi je l’ai vu dans le public aux Ateliers Berthier, j’ai risqué ma vie sur la ligne 13 pour le voir. Parce que dans le privé… Tiens regarde, à côté de moi, le gars, il regarde sur son smartphone un article du Figaro. Le privé…

– Tu lis parfois les Echos !

– Seulement les pages culture, voyons. Et y a pas de programme ?

– Y avait les flyers à l’entrée ?

– Et ? J’ai donné 1€ à l’ouvreuse, elle aurait pu m’en donner un. Tout ça pour être mal assis dans des loges pour 6 alors qu’il n’y a de la place que pour 4.

– Au théâtre du Soleil aussi on est mal assis et ça dure souvent 4h.

– Oui, mais ça se mérite les spectacles d’Ariane. Moi je suis content d’aller au bout de la ligne 1 et de prendre la navette pour y arriver, sans savoir si je pourrai rentrer après la pièce. Je ne suis pas Uber et compagnie, je susi un vrai de vrai !

– Tiens, y a Pierre Arditi qui va jouer ici à la rentrée prochaine…

– C’est Edouard VII qui va faire la gueule. Il lui fait des infidélités. Mais qui ça intéresse ?

– T’es quand même pas mal manichéen.

– Et ?

– T’es un peu snob.

– Et ?

– Non rien.

– Personne ne se fout à poil chez Marivaux ?

– Non.

– Pffff… J’avais vu Laure Calamy dans Modèles de Pauline Bureau, j’étais au premier rang, elle s’est mise en tenue légère pour une scène, mon regard s’est un peu échappé au niveau de sa poitrine, elle m’a repéré. J’étais mal…

– Tu as déjà raconté cette anecdote.

– Je… Oui, je radote, je sais. Mais est-ce que je t’ai raconté quand Clotilde Hesme est arrivé avec un ballon de basket dans un café ? C’était y a dix ans, ok, mais quand même. Et quand j’ai reconnu Vincent Dedienne, tout de moutarde vêtu, sur la ligne 2 ?

– Ça n’a aucun intérêt, ton name dropping. On aurait pu arrêter ce dialogue un peu plus haut. C’est pas grave, tu sais, le manque d’inspiration, ça arrive à tout le monde.

– Tu es méchant.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Iliade Odyssée (Pauline Bayle / Théâtre de la Bastille)

(quand on ne lit pas la bible)

Iliade Odyssée ? Voilà ce qui va se passer ! Achille et ses copains font la guerre de Troie et Ulysse veut revenir à Ithaque ? Quoi ? J’ai juste ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Qu’est-ce que l’héroïsme ? Invitée pour la première fois au Théâtre de la Bastille, Pauline Bayle pose la question en adaptant de manière concentrée et fort énergique deux épopées fondatrices de notre civilisation, présentées en diptyque. Dans un élan vital, cinq actrices ou acteurs sont les héros ou héroïnes, dieux ou déesses de l’Iliade et l’Odyssée. Affranchi.e.s de la question du genre et armé.e.s de force, de ruse et de courage, ils.elles s’élancent gaillardement dans la quête très humaine du dépassement de soi. (http://www.theatre-bastille.com/saison-17-18/les-spectacles/iliade-odyssee)

 

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Crédits photo : Pauline Le Goff

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Le samedi, c’est tournedos frites et c’est surtout ce mois-ci l’intégrale Iliade / Odyssée au théâtre de la Bastille. Et force est de constater que la première partie de l’épopée de Homère m’est bien restée en mémoire (vue il y a presque deux ans à la Manufacture à Avignon pendant le festival off) et j’y prends encore beaucoup de plaisir : toujours cette pointe d’humour quand vient le moment des Dieux, cette inventivité avec l’utilisation des paillettes (je ne dis rien mais je n’en pense pas moins). Le remplacement de Jade Herbulot par Viktoria Kozlova ne casse aucunement la dynamique et il faut saluer l’homogénéité de la distribution, car ce qui est mis en avant, c’est le collectif (même si ça me fait toujours quelque chose de voir sur scène Florent Dorin aka le Justicier du Futur). Tout le monde joue indifféremment tout le monde (hommes, femmes, dieux) dans Iliade. Tout le monde jouera le même rôle (Ulysse) et bien plus encore dans Odyssée, qui parvient à maintenir mon intérêt pour cette histoire que tout le monde connait et qui se fera plus grave.

Le pari était pourtant ardu : celui de restituer des histoires d’un ancien temps, et ce dans une langue, un code de jeu disons très classiques et une économie de moyens. Ces contraintes permettront à Pauline Bayle (aussi une très bonne comédienne, vue dans « Clouée au sol » aux Déchargeurs) et à sa jeune équipe d’insuffler un vent de fraîcheur (de vivre… désolé) et tout de même du rythme, d’ouvrir notre boîte à imaginaire et de nous laisser séduire par cette simplicité.

Et le pari, vous l’aurez compris, est largement gagné ! (écrit-il en levant les deux pouces)

 

vu le samedi 13 janvier 2018 au théâtre de la Bastille (Paris)

prix de la place : 13€/mois (pass Bastille)

 

ILIADE / ODYSSÉE

D’après Homère, dans les traductions de Victor Bérard et Leconte de Lisle.

Mise en scène, adaptation et scénographie Pauline Bayle (Compagnie À Tire-d’Aile)

Avec Charlotte van Bervesselès, Florent Dorin, Alex Fondja, Viktoria Kozlova et Yan Tassin.

Assistante à la mise en scène Isabelle Antoine – Assistanat à la scénographie Lorine Baron – Lumières Pascal Noël – Costumes Camille Aït.

Jusqu’au 3 février 2018 au théâtre de la Bastille (Paris) et aussi (liste non exhaustive) les 6 et 7/02/18 au Liberté (Toulon), du 20 au 22/03/18 à la Passerelle (Gap)…

 

(une autre histoire)

Mais qu’est-il devenu ? Je parle bien évidemment de Nono le petit robot. Pour ceux qui auraient moins de trente ans, Nono le petit robot était le fidéle compagnon de Ulysse et Télémaque (son fils) dans le dessin animé Ulysse 51… pardon… 31. Il était tellement populaire qu’il faisait un featuring dans le générique :  « Salut c’est moi Nono… »

Y a même pas un petit clin d’oeil, rien dans cette Odyssée. C’est un oubli fâcheux, moi je dis. On aurait pris un petit pantin désarticulé, histoire d’être raccord avec l’économie de moyens, peint avec le rouge sang utilisé dans Iliade, histoire d’être raccord avec l’économie de moyens. Florent Dorin aurait fait sa voix, puisque les cinq comédiens jouent tous les personnages, pourquoi pas aussi un robot, histoire d’être raccord avec l’économie de moyens… Je suis sûr qu’on aurait pu trouver quelques boulons ici et là pour le nourrir…

T’es devenu quoi, Nono ? Ils auraient pu te trouver un autre prénom quand même. Parce que Nono… ça fait chanson de 2 Unlimited (clin d’oeil à 1993… tu l’as vu venir celui-là ?).

Nono tu me manques. Je suis Nono.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Les bijoux de pacotille (Céline Milliat-Baumgartner / Pauline Bureau / Théâtre Paris Villette)

(de quoi ça parle en vrai)

Le 19 juin 1985, à 3h30 du matin, une voiture sort de la route à l’entrée du tunnel de Saint-Germain-en-Laye. Pour toute trace, ne restent plus de cette nuit-là qu’une boucle d’oreille en forme de fleur et deux bracelets en métal, noircis par le feu, des bijoux de pacotille qui sont restitués à la famille. Céline Milliat Baumgartner entreprend dans ce texte un long travail de mémoire à travers les objets et photos qu’elle possède pour dresser le portrait de ses parents disparus. Un père souvent absent pour son travail et une mère actrice qui embrasse Depardieu dans un film de Truffaut. Puis vient le récit d’une enfance presque normale d’une enfant sans parent. (http://www.theatre-paris-villette.fr/spectacle/bijoux-de-pacotille/)

(ceci est une vraie critique…)

(écrite par Laurent Suavet qui après « Ensemble ensemble », revient avec sa vision de la pièce (qui se rapproche de la mienne, je précise))

La première à chose à dire, et qui me parait importante, c’est ce que contrairement aux précédents spectacles de Pauline Bureau que j’avais vus (Sirènes, Dormir 100 ans et Mon cœur), elle ne l’a pas écrit, c’est d’abord le projet (et l’histoire personnelle) de la comédienne principale Céline Milliat Baumgartner. Or, quand on voit le spectacle, on comprend très vite pourquoi Pauline Bureau a accepté ou souhaité le mettre en scène. On retrouve ainsi cette même émotion et simplicité dans le traitement, cette même justesse à capturer nos peurs enfantines (et qui fait qu’elle est souvent classée dans un théatre jeune public, comme on peut parler de littérature jeunesse). Mais le spectacle est peut-être un peu plus sobre et dépouillé que si Pauline Bureau l’avait écrit : peu d’accessoires, peu d’effets visuels ou sonores (mais minutieusement choisis), ça pourrait presque être joué dans une petite salle du Off d’Avignon. Dès les 5 premières minutes, on imagine à quoi le spectacle va ressembler et effectivement, il sera conforme à cette idée, à savoir un spectacle intimiste raconté avec beaucoup de pudeur, et qui parle forcément à chaque spectateur (aussi bien celui qui a encore ses parents que celui qui ne les a plus). On pourrait regretter un léger manque de surprise, mais alors qu’on était jusque là sagement touché par cette histoire racontée avec délicatesse, une émotion plus intense finit par advenir lors du dernier quart d’heure (le spectacle dure à peu près 1h10). Quelques phrases qui nous touchent intimement, la mélodie d’un chanteur cher à mon cœur, et je me suis retrouvé en larmes sans l’avoir vu venir ! Après, si on cherche un peu la petite bête, on peut regretter qu’elle ne cherche pas plus à sublimer ou transformer cette matière. Sauf que cette matière, ce n’est pas un roman ou une fiction (comme pour « Des hommes en devenir », auquel j’ai pensé en raison du sujet similaire- la perte d’un être proche), c’est sa propre vie. L’actrice est vraiment touchante, une sorte de femme-enfant, complètement à fleur de peau, on voit à la fois la gamine de 8 ans qu’elle était et la femme de 40 ans qu’elle est devenue.

Bref, ça me parait difficile d’être cynique ou dire du mal d’un tel spectacle, et je préfère juger un spectacle pour ce qu’il est vraiment plutôt que lui reprocher de ne pas être autre chose.

Vu le 1e décembre 2017 au théâtre du Merlan (Marseille)

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Crédits photos : Pierre Grosbois

(ceci n’est pas une critique mais…)

Je me permets d’ajouter mon grain de sucre en soulignant toutes les petites trouvailles de mise en scène et de scénographie, sans tout dévoiler toutefois, comme les chaussures, le PV magique, le travail de projection vidéo qu’on avait déjà aperçu dans « Dormir 100 ans ». Je précise, les deux dernières pièces de Pauline Bureau m’avait légèrement déçu pour différentes raisons et je fus heureux, si je puis dire, après cette pièce. Et puis, cette idée du miroir, incliné sur la scène elle-même. En entrant dans la salle, j’ai tout de suite pensé à son utilisation dans « La face cachée de la lune » de Robert Lepage, mais ici elle permet de voir ce qu’il y a à l’intérieur de la boîte de souvenirs, la mer qui monte qui monte sur scène et surtout… Je ne sais plus qui j’avais entendu dire qu’on ne se voyait jamais en entier. On ne voit jamais personne en entier. Si tu vois le dos, tu ne vois pas la face, il y a toujours un côté de toi, de moi, qu’on ne voit jamais. Or, quand on voit ton visage, ton dos joue aussi, il est en action. Et grâce à ce miroir, tout le corps est en jeu. Je ne sais pas si je suis clair, mais j’étais fasciné de voir Céline Milliat-Baumgartner jouer dans son entièreté.

 

Vu le mardi 16 janvier 2018 au théâtre Paris Villette (http://www.theatre-paris-villette.fr/spectacle/bijoux-de-pacotille/)

Prix de la place : 12€ (tarif préférentiel pour les adhérents de la Colline)

 

LES BIJOUX DE PACOTILLE

texte et interprétation Céline Milliat Baumgartner / mise en scène Pauline Bureau (http://www.part-des-anges.com)/ scénographie Emmanuelle Roy / costumes et accessoires Alice Touvet / composition musicale et sonore Vincent Hulot / lumière et régie générale Bruno Brinas / dramaturgie Benoîte Bureau / vidéo Christophe Touche / magie Benoît Dattez / travail chorégraphique Cécile Zanibelli

Jusqu’au 20 janvier 2018 au Théâtre Paris Villette puis au Bateau Feu (Dunkerque) les 22 et 23 février 18, au Théâtre du Rond Point (Paris) du 6 au 31 mars 18 et au théâtre de Chelles le 6 avril 18.

 

(quand on n’a pas lu la bible)

Les bijoux de pacotille ? Quand Monsieur et Madame Tille ont un fils, ils l’appellent Paco et le noient de bijoux le jour de son baptême ?

 

(une autre histoire)

En allant au théâtre, je l’ai croisée, je veux dire, ma voisine. Deux soirs d’affilée. J’ai pas osé lui dire pour le claquage de porte tous les matins à 7h15. Demain. Si je la revois, demain.

« Non, mais je te jure, il est trop chelou. Hier, je le vois sur le pas de la porte, dans la rue, il tourne la tête, il attend que la porte se ferme, il me voit même pas. Bim, la porte se ferme, il tourne la tête, il me reconnait, il s’excuse platement, de ne pas m’avoir tenu la porte. Il aurait quand même pu faire le code pour s’excuser. Je rentrais du boulot, je précise. Je rentre toujours à la même heure du boulot.

Et donc, aujourd’hui, qui je vois en rentrant de Franprix ? Mon voisin, il me tenait la porte. C’était même pas la même heure qu’hier, une heure plus tard. Il m’a dit : « Cette fois-ci je vous la tiens ! » Il a même souri. Ça m’a fait bizarre de le voir sourire, froid dans le dos, regarde les poils, il sourit jamais ou alors timidement. Les commissures des lèvres à peine relevées. Imagine, je serais revenue après un ciné, un théâtre, avec une conquête… Il aurait attendu comme ça, dans le froid ? Non, mais il est chelou, mon voisin.

Parfois chez moi, à travers les murs ou le plancher, je sais pas, j’entends une voix masculine, souvent je dirais même, crier : « Putain !!! » Je sais pas si c’est lui ou le voisin du dessous. Lui aussi il est chelou. Il doit jouer aux jeux vidéos. Je l’entends respirer fort dans les escaliers. Va faire du sport, mec ! Au moins, celui qui me l’a tenue, lui, il n’est jamais essoufflé. »

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

1993 (Bellanger / Gosselin / TNS / Théâtre2Gennevilliers)

(quand on ne lit pas la bible)

2666 – 1993 = 673 : Prochain spectacle de Julien Gosselin ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Ce fut longtemps une légende. Puis, un jour, le tunnel sous la Manche reliant Calais à Douvres est devenu une réalité. La Grande-Bretagne enfin rattachée au continent, l’Europe pouvait s’enorgueillir d’avoir franchi un pas décisif. Sauf que, comme l’écrit Aurélien Bellanger, « le Tunnel, solution jadis miraculeuse, est devenu le nom d’un problème insoluble ». Cela commence au mitan des années 1990 quand des réfugiés kurdes ou kosovars font des anciens entrepôts ayant servi à la construction du tunnel une zone de transit. Dans ce spectacle construit avec le Groupe 43, sorti de l’École du TNS en juillet 2017, le metteur en scène Julien Gosselin et le romancier Aurélien Bellanger interrogent la vision d’une génération : que signifie être né après la chute du mur de Berlin ? De quelles déceptions, de quels rêves hérite-t-on ? Qui aurait imaginé en inaugurant le tunnel sous la Manche, en 1993, qu’au même endroit surgirait quelques années plus tard la Jungle de Calais ? Après Les Particules élémentaires adapté du roman de Michel Houellebecq et 2666, d’après Roberto Bolaño, Julien Gosselin poursuit son analyse sans concession des mythologies contemporaines. (https://www.theatre2gennevilliers.com/1993/)

 

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Crédits photos : Jean-Louis Fernandez

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Ceci est un spectacle déconseillé aux asthmatiques et aux épileptiques. Ceci n’est pas un spectacle de fin d’année. Aucun acteur de l’école TNS n’aura son moment de gloire et c’est tant mieux.

Une première partie avec beaucoup de texte. Quand ça parle trop, frontalement, que ça ne raconte pas une histoire, j’ai du mal, je suis comme ça. Je veux dire, ça me plait ou ça me plait pas, c’est pas le problème, c’est seulement pour ingérer les informations et les digérer que j’ai du mal. L’Europe c’est quoi ? La fin de l’histoire ? Pourquoi je sais pas tout ça ? Eurotunnel, le tunnel du CERN, les migrants, le nationalisme, tout fout le camp depuis 1993 ? L’Eurodance ??? Et s’ils n’avaient pas construit de tunnel ? Avant ? On fait quoi alors ? Je ne sais pas.

No no no no no no There’s no limit (j’ai résumé les no), dans tous les sens du terme.

(fin 92 début 93, j’ai vérifié, c’était Jordy avec « Dur dur d’être un bébé » qui était n°1 du TOP 50. Annonciateur !)

Une deuxième partie avec des jeunes pas si Erasmus que ça… De la coke, de la musique, des gens qui font la fête et se préparent à… Tout est filmé.

Ce qui a de bien chez Gosselin, c’est l’immersion. Les créations musicale, lumineuse (luminescente ?), filmique. Tout est maîtrisé. Superbe rendu de la vidéo, c’était déjà le cas dans 2666. Mais à part ça, je ne sais pas quoi penser. Parfois j’ai trouvé le texte douteux, parfois visionnaire. En fait, plus j’y pense, mieux je comprends. Je reviendrai la semaine prochaine.

(j’ajouterai pour conclure qu’il y avait longtemps que je n’avais pas assisté à un aussi long silence à la fin de la pièce, personne n’osait applaudir…)

 

vu le dimanche 14 janvier 2018 au Théâtre de Gennevilliers

Prix de la place : 3,5€ (WeClap)

 

1993

Texte : Aurélien Bellanger

Mise en scène : Julien Gosselin

avec Quentin Barbosa, Genséric Coléno-Demeulenaere, Camille Dagen, Marianne Deshayes, Pauline Haudepin, Roberto Jean, Dea Liane, Zacharie Lorent, Mathilde-Edith Mennetrier, Hélène Morelli, Thibault Pasquier, David Scattolin

scénographie Emma Depoid, Solène Fourt – musique Guillaume Bachelé – costumes Salma Bordes – son Hugo Hamman, Sarah Meunier – lumière Quentin Maudet, Juliette Seigneur en collaboration avec Nicolas Joubert – vidéo Camille Sanchez en collaboration avec Pierre Martin

jusqu’au 20 janvier 2018 au Théâtre de Gennevilliers et les 16 et 17 mars 2018 au Phénix (Valenciennes), du 26 mars au 10 avril 2018 au Théâtre National de Strasbourg, du 17 au 21 avril 2018 au théâtre de Liège, du 16 au 18 mai 2018 au théâtre de Vidy Lausanne.

 

(une autre histoire)

1993.

Je suis en troisième. L’Olympique de Marseille gagne la coupe d’Europe et l’OM VA. Deux ans plus tôt, j’étais à genoux devant ma télé, en pleurs après le pénalty raté de Manuel Amoros. Je prends le bus n°9. Parfois on marche jusqu’à l’arrêt avant le collège pour avoir les places assises. (A mi chemin, le bus. De ma voix qui mue et déraille : « Y a le bus ! ». On court). Je me rase déjà la moustache et uniquement la moustache. L’an prochain pour aller au lycée, on prendra le bus n°9 ou le bus n°10. Je passe le brevet. Je n’ai encore embrassé personne. Pour fêter la fin de l’année, on se retrouve chez Julien. Piscine et banga. Mon premier poil au dos. Je découvre les films de Hal Hartley sur Arte. Je lis quoi… un Stephen King ? Cet été-là… Pardon. D’abord. Patrick Roy meurt. Pierre Bérégovoy se suicide, c’est un samedi, je regarde chez mes grands-parents la série Beverly Hills. Ils interrompent l’épisode, ces bâtards. Pardon. Cette année-là, je tanne mon père pour prendre des actions Eurodisney et Eurotunnel. Bien lui en a pris de ne pas m’écouter. Blur sort « Modern Life is rubbish » mais je ne les écouterai que quelques années plus tard, à la sortie de « Parklife » : « Girls who are boys who like boys to be girls… ». Ma mère ne veut pas que ma soeur et moi allions voir U2 au Stade Velodrome. C’est ZOOROPA… Vorsprung durch Technik et l’Eurodance, Ace of Base, 2Unlimited (je suis un peu amoureux d’Anita la chanteuse). Cet été-là… Je joue au tennis et à la console portable SEGA Gamegear. Cet été-là, au ciné de la montagne, je vois Benny & Joon tout seul. Cet été-là, je rencontre la fille de la piscine.

Je viens de réaliser que c’était il y a 25 ans. 25 ans que je suis comme ça. En 1993, je ne savais pas encore que je chuchoterais quelques années plus tard « Non non non pas d’insectes dans ma tête ». En 1993, j’ai commencé à écrire. Parce que j’avais rencontré une fille, la fille de la piscine et que…

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vies de papier (La Bande Passante / Théâtre Mouffetard)

(quand on ne lit pas la bible)

Vies de papier ? L’histoire d’un procrastinateur phobique des papiers administratifs qui rêve qu’il meurt étouffé dans les papiers qu’il n’a pas envoyés, remplis, complétés… ?

(de quoi ça parle en vrai)

Un jour de brocante, à Bruxelles, Benoit Faivre et Tommy Laszlo tombent nez-à-nez avec un étrange document : un album de photos de famille superbement décoré, en excellent état. Les clichés reflètent les souvenirs d’une femme née en 1933 en Allemagne, de son enfance jusqu’à son mariage en Belgique. Qui est cette personne prénommée Christa ? Pourquoi nos deux artistes se sentent-ils aussitôt liés intimement à l’album ? En quoi le destin de cette immigrée leur rappelle-t-il la trajectoire de leur grand-mère à chacun ? C’est le début d’une vaste enquête… (http://lemouffetard.com/spectacle/vies-de-papier)

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photo © La Bande Passante

 

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

L’album photo est le Macguffin du spectacle, un objet pas si anecdotique que cela, qui sera le point de départ d’une enquête menée par Tommy Laszlo et Benoit Faivre  (avec l’aide de Pauline Jardel à la caméra) de Berlin à Bruxelles en passant par Ratisbonne. Car comme l’ont souligné les artistes lors du bord plateau après le spectacle, ils auraient très bien pu se contenter d’aller au bureau des archives de Bruxelles pour trouver qui était la mystérieuse Christa. Or, comme souvent, c’est moins le résultat que le moyen d’y parvenir qui est le plus intéressant. C’est aussi l’aventure humaine qui prime, suivre l’album, retrouver des lieux, vivre quelque chose d’unique avec des partenaires, rencontrer les gens et voir ce que ça fait à l’intérieur.

Les deux artistes ont décidé de nous montrer leur passionnante enquête à travers un film documentaire, mais également un montage collage fait en direct (plans, dessins, photos, notes…), mais aussi leur témoignage. Certes il y a le passé (tout débute en Allemagne dans les années 30…), mais il y a surtout le présent, parce qu’on ne travaille pas sur le papier sans raison, parce qu’on ne part pas à la recherche de quelqu’un qu’on ne connait ni d’Eve ni d’Adam, sans qu’il y ait autre chose, en eux. Et cette autre chose va évoquer par ricochet quelque chose en nous, comme pour eux, des souvenirs, des non dits. Pour aller dans les clichés, comme on nous dit en cours d’histoire, c’est en comprenant le passé qu’on comprend notre présent.

Là où j’aurais pu trouver cela redondant (j’avais énormément apprécié ce qu’avait fait Isabelle Monnin dans « Les gens dans l’enveloppe » (livre/disque/bientôt film), à partir du même point de départ (l’achat d’un album photo ayant appartenu à des personnes inconnues), je fus captivé et touché par la sincérité et l’inventivité de Benoit Faivre et Tommy Laszlo.

 

VIES DE PAPIER

Compagnie La Bande Passante (Théâtre d’objets documentaires) (ciebandepassante.fr)

Direction artistique et interprétation : Benoit Faivre, Tommy Laszlo

Écriture et réalisation : Benoit Faivre, Kathleen Fortin, Pauline Jardel et Tommy Laszlo – Regard extérieur : Kathleen Fortin – Prises de vues : Pauline Jardel – Création musicale : Gabriel Fabing – Lumière : Marie Jeanne Assayag-Lion

Costumes : Daniel Trento – Régie et petite construction : Marie Jeanne Assayag-Lion, David Gallaire, Thierry Mathieu et Daniel Trento – Construction décor : La Boîte à Sel

Jusqu’au 27 janvier 2018 au Mouffetard (Paris) et en tournée… et surtout du 5 au 26 juillet 2019 à 15h10 au 11 Gilgamesh Belleville (Avignon Off)

 

(une autre histoire)

J’ai entreposé dans ma table de chevet des photos, des centaines de photos. Parce que malgré le numérique, je tiens toujours à avoir une trace de mes souvenirs sur du papier. Tout comme j’imprime tout ce que j’écris. Désolé la planète, ce n’est pas avec moi que tu vas économiser des arbres.

Quand je serai mort, je donnerai une pièce à celui ou celle qui saura faire le tri dans tout ça. Je fais ça pour les artistes, on va dire ça. Ça. Aucune légende sur les photos. Avec un peu de perspicacité, on reconnaîtra aisément les paysages que j’ai arpentés (ça se dit, arpenter un paysage ?). Y aura pas grand chose à reconnaitre d’autre. Je ne me prends jamais en photo. Aussi parce que je voyage toujours tout seul. Je ne veux pas m’encombrer d’une perche à selfie ou d’un trépied et j’ai un peu la tremblote. L’appareil à bout de bras, mes photos de moi seraient floues.

Je suis l’homme flou.

Parfois quand je regarde les quelques photos de moi quand j’étais jeune, je ne me reconnais pas. Pas du genre « Oh mais que suis-je devenu ? Où sont mes rêves et mes vingt ans passés ? ». Non. Littéralement. Je ne me reconnais pas. Et c’est pas les poils ou les kilos en plus, c’est autre chose. Je serais incapable de me reconnaître si je me croisais dans la rue.

Je suis un film de David Lynch.

J’écris, je prends des photos parce que je veux me souvenir. Je suis intimement persuadé que ma mémoire me fera définitivement défaut un jour ou l’autre. C’est comme ça. Alors je me replongerai dans mes images, mes écrits et je me dirai : « Mon Dieu, mais qui est cet homme flou ? Pourquoi ai-je ses photos chez moi ? Et ces mots qui ne veulent rien dire ? Et ces mots qui parlent toujours de la même chose ? Et si je les revendais sur e-Bay ou dans une brocante ? Je pourrais en tirer peut-être quelque chose ? Ça me paierait ma pinte de bière. Et peut-être même deux. Je ne tiens plus l’alcool comme dans le temps. Deux me suffiraient pour oublier qui je ne suis pas.»

 

vu le vendredi 12 janvier 2018 au Mouffetard (Paris)

prix de la place : invitation (la première en tant que blogueur… je suis ému)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Saigon (Caroline Guiela Nguyen / Les Hommes Approximatifs / Odéon Théâtre de l’Europe)

(quand on ne lit pas la bible)

Saïgon ? Un petit déjeuner… du napalm… Wagner… des hélicoptères… ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Le restaurant de Marie-Antoinette est traversé par l’histoire et la géographie. Il est à la fois à Paris et à Saigon. En même temps en 1956, à la veille du départ des derniers Français d’Indochine et en 1996, alors que la fin de l’embargo américain laisse entrevoir un retour possible au Vietnam. Là, d’une ville à l’autre, à travers les époques, quand le monde bascule, on vient dîner, boire et chanter, danser, s’aimer et pleurer. Ils s’appellent Linh et Edouard, Hao et Mai, Cécile, Antoine,… Comme les onze acteurs, les personnages de SAIGON sont français, vietnamiens ou encore français d’origine vietnamienne. Ici et là-bas, Caroline Guiela Nguyen a provoqué les rencontres, et de celles-ci sont nées ces histoires qui se croisent dans un grand récit choral, épique, bouleversant. (site de la Comédie de Valence)

 

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Photo © Jean-Louis Fernandez

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Un seul être vous manque…

Préparez vos mouchoirs, parce que nous avons à faire ici à un mélo, un vrai de vrai. Rien de péjoratif dans ce terme, tellement le travail de la metteure en scène et de ses comédiens parait sincère et exemplaire, même si je ne peux m’empêcher de penser que c’est légèrement tire-larmes (oui, j’en ai versé plus d’une…).

(début de la parenthèse : ça me fait penser à la « conférence » de Jos Houben « L’art du rire » durant laquelle il nous démontrait par a + b, qu’on allait rire à l’instant t. Force est de constater qu’ici on nous annonce plus ou moins que les larmes couleront sur nos joues, on étire une scène où une des protagonistes apprend la vérité sur son fils disparu, on fait durer une belle chanson de Françoise Hardy et les robinets s’ouvrent. Fin de la parenthèse)

Pourtant ces larmes n’empêcheront pas le sourire de venir poindre sur nos lèvres, grâce notamment au naturel confondant de Anh Tran Nghia interprétant la fameuse Marie-Antoinette.

Les passages d’une période à une autre (1956 -> 1996) et d’une ville à l’autre (Saïgon -> Paris) sont très bien gérés, même si certaines scènes auraient eu besoin d’être élaguées.

Ce spectacle en cinémascope prend le temps (un peu trop parfois), nous fait questionner sur une période de la France finalement assez peu représentée (Indochine, Algérie, même combat), découvrir l’itinéraire des Viet kieu (Viêtnamiens de l’étranger) et donne envie de suivre le travail de Caroline Guiela Nguyen et des Hommes Approximatifs (que personnellement je ne connaissais que de nom).

 

vu le mercredi 10 janvier 2019 aux Ateliers Berthier – Odéon Théâtre de l’Europe

prix de la place : 14€ (tarif avant-première – cat 2)

 

SAÏGON

un spectacle de Caroline Guiela Nguyen / les Hommes Approximatifs (http://www.leshommesapproximatifs.com)

avec Caroline Arrouas, Dan Artus, Adeline Guillot, Thi Truc Ly Huynh, Hoàng Son Lê, Phú Hau Nguyen, My Chau Nguyen Thi, Pierric Plathier, Thi Thanh Thu Tô, Anh Tran Nghia, Hiep Tran Nghia

collaboration artistique Claire Calvi – scénographie Alice Duchange – costumes Benjamin Moreau  – lumière Jérémie Papin – création sonore Antoine Richard – composition musicale Teddy Gauliat-Pitois, Antoine Richard – dramaturgie Jérémie Scheidler, Manon Worms – traduction Duc Duy Nguyen, Thi Thanh Thu Tô – Consultant scénaristique Nicolas Fleureau

Jusqu’au 10 février 2018 aux Ateliers Berthier (Paris 17e)

en français et vietnamien, surtitré en français, durée 3h15 (avec entracte)

http://www.theatre-odeon.eu/fr/2017-2018/spectacles/saigon

et aussi du 21 au 23/02/18 au CDN de Normandie (Rouen), du 6 au 9/03/18 au théâtre Dijon Bourgogne, les 13 et 14/03/18 à la Comédie de Valence, du 4 au 7/04/18 au théâtre de la Croix Rousse (Lyon), etc.

 

(une autre histoire)

Cette semaine, je prends trois fois la ligne 13. Comme je dois prendre trois fois la ligne 13, je dois également prendre 3 fois la ligne 2 et 3 fois la ligne 5. Vous sortez à gauche après l’ascenseur, vous montez six étages et vous êtes chez moi. Les clés sont sous le paillasson, au cas où ma voisine ait envie de s’introduire chez moi et se blottir dans mes draps. Avec la chance que j’ai, j’y trouverai ma gardienne. Depuis que je lui ai dit que j’avais passé un mois à Lisbonne, elle n’a d’yeux que pour moi. Son bonjour, le matin, alors que j’ai la gueule toute enfarinée, alors même que je n’ai jamais touché à la cocaïne, veut tout dire. Mais je voulais parler du métro.

La première fois, j’ai rendu visite à des amis à Asnières. La dernière fois que je les ai vus, il y avait un enfant et mon ami prenait des cours de magie. Un an plus tard, il y a deux enfants et mon ami prend toujours des cours de magie. Il apprend très vite. C’est en descendant à la station Gabriel Péri que je me rendis compte que j’emprunterai le même trajet ce dimanche pour assister à la nouvelle pièce de Julien Gosselin au théâtre de Gennevilliers. Je ne sais pas ce que j’ai fait au bon dieu, car, au retour, j’ai raté chacun de mes métros, avec au moins huit minutes à attendre le prochain métro à chaque fois. Mon téléphone ne capte dans quasi aucune des stations souterraines. C’est pour cela que j’aime la ligne 2 entre Barbès et Jaurès. D’ailleurs, ça tombe bien, je m’arrête toujours à Jaurès. Ce soir, j’ai donné une pièce de deux euros à une jeune femme qui m’a demandé de l’argent. Je ne donne jamais, je suis radin, la preuve, j’ai attendu que les places pour les avant-premières de « Saigon » soient en vente pour faire l’acquisition d’une place à moitié prix, alors même que je suis abonné. Avec deux euros, on s’achète combien de grammes de crack ? On dit bien des grammes de crack ? Je suis certain de voir des individus en fumer sur le quai de la ligne 5, station Jaurès. D’ailleurs, je ne veux pas rapporter, mais tous les lundis soirs, aux alentours des 22h, il y a toujours des contrôleurs à cet endroit-là. Ça fait quatre fois que je les vois là, même jour, même heure, mêmes pommes, j’ai donc le droit de dire toujours. Parce que le lundi soir, je prends la ligne 5 et la ligne 2, à l’aller et la ligne 2 et la ligne 5 au retour. J’aurais pu le dire plus rapidement, mais je ne suis pas avare de mes mots, contrairement à mes sous. Avec ma pièce de 2€, j’aurais pu prendre un billet de loto, gagner suffisamment pour vivre des intérêts de mes gains, arrêter de travailler et travailler autrement, me lever après 8h50 le matin. Ou acheter deux gaufres du distributeur automatique. Mais comme je n’ai pas de chance, je n’aurais jamais gagné et la machine aurait englouti ma pièce sans rien me donner en échange.

Heureusement, dimanche, il fera jour quand je prendrai la ligne 13. Même si je sais que ça n’a rien à voir, j’espère que ça va me porte bonheur.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito