La fusillade sur une plage d’Allemagne (Simon Diard / Marc Lainé / Théâtre Ouvert)

(quand on ne lit pas la bible)

La fusillade sur une plage d’Allemagne ? A la fin des années 80, des jeunes collégiens, en allemand langue vivante étrangère 1, pètent les plombs après avoir entendu une fois de trop la Lektion Eins de leur manuel : Hallo Uwe, wohin gehst du ? Auf dem Spielplatz ! Willst du Fussball spielen ? Moment, ich komme auch ! » ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Cinq personnes sont réunies autour d’une fosse, creusée dans une clairière. Elles n’expliquent pas les raisons de leur présence mais se lancent dans des récits, des histoires où il est question de guerre et de terreur. Peu à peu elles forment un réseau fictionnel, tissent une « toile » qui prend l’imaginaire au piège. Toutes ces histoires convergent vers la figure d’un adolescent, figure fantasmatique aux contours flous, aux motivations inexpliquées, potentiellement dangereux. Qui est-il vraiment ? Est-ce un jeu ? Un jeu qui les confronte à une terrible réalité et renvoie chacun à ses réactions face à des menaces réelles ou imaginaires…  (http://theatre-ouvert.com/evenement/fusillade-plage-dallemagne-0)

La Fusillade sur une plage d'Allemagne -

Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Quand on arrive dans la salle (note pour plus tard, arrêter de décrire ce qu’il se passe sur le plateau en entrant… ou alors une fois sur deux), les comédiens sont figés sur scène, celle-ci est un monticule de terre dans lequel un trou assez large et imposant a été creusé. L’un d’eux est dans ce trou, une fosse (?) et observe à l’intérieur de celui-ci, nous ne savons quoi, tandis que les quatre autres protagonistes le regardent, tout aussi immobiles.

On n’est jamais déçu par la scénographie impeccable de Marc Lainé, évocatrice et glaçante. C’est une pièce, un texte pas faciles à appréhender. Le récit d’actions passées, présentes ou futures, réelles, fictives, entremêlées. Mais qui est donc la personne au fond du trou, dont on ne verra que le regard subjectif (je ne suis pas clair, par le truchement d’un écran au fond de la scène, nous voyons ce que voit la personne au fond du trou, voilà). Les comédiens, qui se sont depuis assis au bord de la scène, nous regardent, nous parlent. On ne sait jamais ce qui peut se passer. Ça laisse toujours une impression malaisante. Le spectateur ne peut se cacher. Qui sont-ils ? C’est incertain, comme ce que j’en ai pensé. Une chose est sûre, Marc Lainé sait y faire pour installer une atmosphère.

 

vu le mercredi 24 janvier 2018 au théâtre Ouvert

prix de la place : invitation Télérama

 

UNE FUSILLADE SUR UNE PLAGE D’ALLEMAGNE

de Simon Diard

mise en scène, scénographie Marc Lainé

avec Ulysse Bosshard, Cécile Fišera, Jonathan Genet, Mathieu Genet, Olivier Werner

lumières : Nicolas Marie – vidéo : Vincent Griffaut

Jusqu’au 10 février 2018 au Théâtre Ouvert (Paris) et au TNS (Strasbourg) du 14 au 23 février 2018.

 

(une autre histoire)

Je veux partir. Quand je vais au théâtre, je m’assois toujours près de la sortie, mais là, je ne sais pas, je n’arrive pas à me repérer. Y avait deux entrées, un couloir, une marche, la régie. Je vois ces jeunes gens sur scène. Je ne comprends rien. Ils m’ont même fait sursauter. Ils ne devraient pas faire des choses comme ça. J’ai senti le palpitant battre battre battre. Bon, je pars quand ? Il faut trouver le moment opportun. Je ne veux pas me faire remarquer. Manquerait plus que ça. Je mettrai mon manteau dehors. Ah, l’action se décale côté cour et je suis assise côté jardin. (moyen mnémotechnique : quand on est spectateur, c’est JC : Gauche : Jardin comme John et Droite : Cour comme Coltrane.). J’y vais. Mince, c’est par où que je vais ? Par là ? Par ici ? Y avait une marche quelque part. Elle est où ? Madame ? Monsieur ? Quelqu’un peut-il m’aider ? Je me retourne et il n’y a plus personne. A part mon coeur, je n’entends rien du tout. Ma respiration. On se croirait chez Lisbeth Gruwez. Quoi maintenant, que va-t-il se passer ? Je suis lourde, je n’avance plus, je me débarrasse de ces bijoux de pacotille qui m’encombrent. Purée, on est plutôt loin d’être bien, là. Ici c’est Beyrouth, que dis-je, c’est Saïgon. J’ai chaud. On ne devrait pas autant monter le chauffage dans les théâtres. Je ne supporte pas cette humidité. Toute une odyssée, je vis là. Je ne retrouverai jamais mon chemin. Par hasard, par là ? Pour l’amour de Dieu, c’est pas par là, dites-moi, quelqu’un ? I want to go home ! C’est un jeu, c’est ça ? Je crois que je vais mourir ici. Ma vie s’envole comme un papier qu’on jetterait par la fenêtre d’une voiture. Je suis malade, je suis morte.

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

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