La maladie de la mort (Marguerite Duras / Katie Mitchell / Les Bouffes du Nord)

(quand on ne lit pas la bible)

La maladie de la mort ? Ele court, elle court, la maladie de la mort ? Duras meets Sardou ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Dans une chambre d’hôtel en bord de mer, un homme attend. Elle vient la nuit. Elle vient seulement la nuit. Elle ne doit pas parler. Elle ne doit pas résister. Tout ce qu’il veut, elle doit le faire. Peu importe le prix – il veut apprendre à aimer, à ressentir à nouveau. Il ne s’agit pas d’Elle. Il s’agit de Lui. Duras explore sa conviction de l’impossibilité d’une intimité sexuelle ou émotionnelle authentique entre un homme et une femme. L’adaptation de Katie Mitchell en spectacle de cinéma en direct pose cette question centrale, à travers une profonde exploration de l’intimité, du genre, de la pornographie et du sexe. Alice Birch, décembre 2017 (http://www.bouffesdunord.com/fr/calendrier/la-maladie-de-la-mort)

 

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© Stephen Cummiskey

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

À jardin (c’est à gauche du point de vue des spectateurs, donc cour c’est à droite. Moyen mnémotechnique : pensez à JC : Jacques Chirac) une cabine insonorisée dans laquelle s’installera Irène Jacob, la narratrice de cette histoire. Sur scène un décor de cinéma, une chambre d’hôtel, un couloir, des techniciens qui se préparent, Laetitia Dosch et Nick Fletcher sont déjà en place. Un grand écran blanc a été placé au-dessus de ce décor. Noir.

Avouons-le tout de suite, j’ai toujours éprouvé des difficultés à faire deux choses à la fois : téléphoner et marcher par exemple. Ici, mon attention se portait plus sur la partie tournage que sur le film monté en direct qui était projeté au-dessus et donc sur le texte que je n’ai pas perçu comme j’aurais dû le percevoir, parce que Duras, pour l’entendre, ça demande tout de même une certaine attention.

On connait plus ou moins ce qu’est la réalité du travail de l’acteur, du comédien, au cinéma, au théâtre. Pour simplifier, au cinéma l’acteur peut recommencer tant que le réalisateur n’est pas satisfait (de son jeu, du cadre, de la lumière…). Puis l’acteur attend la mise en place de la scène suivante. Au théâtre, il y a de longues heures de répétition, puis la représentation où l’erreur n’est pas permise. Ici c’est encore plus exigeant, puisque le comédien (ou acteur, je n’ai jamais vraiment su la différence entre ces deux qualificatifs) doit faire avec le public qu’il peut voir et entendre, dire son texte sans se tromper, tout ça sous l’oeil de trois caméras, un perchman et dès que la scène est terminée se dépêcher pour s’habiller/se déshabiller, changer de position et reprendre naturellement le cours de l’histoire. Et c’est ce qui m’a fasciné. La précision de ces acteurs (après de nombreuses heures de répétition sûrement) mais également des techniciens est exemplaire.

Mais mis à part cela, je n’ai pas ressenti grand chose. Je regrette cette mise à distance due au procédé cinématographique (que je ne rejette pas, je précise). Je n’avais pas lu ce texte de Marguerite Duras et je suis resté extérieur.

 

vu le jeudi 18 janvier 2018 aux Bouffes du Nord, Paris.

prix de la place : 20€ (cat 3)

 

LA MALADIE DE LA MORT

Librement adapté d’après le récit de Marguerite Duras

Mise en scène Katie Mitchell

Avec Laetitia Dosch, Nick Fletcher  et Irène Jacob

Adaptation Alice Birch – Collaboration à la mise en scène Lily McLeish – Réalisation vidéo Grant Gee – Décor et costumes Alex Eales – Musique Paul Clark – Son Donato Wharton – Vidéo Ingi Bekk – Assisté d’Ellie Thompson – Lumières Anthony Doran – Assistante à la mise en scène Bérénice Collet – Régisseur général John Carroll – Régisseuse de scène Lisa Hurst  – Régisseuse vidéo Caitlyn Russell – Opérateurs vidéo Nadja Krüger, Sebastian Pircher – Coordinateur vidéo au plateau Matthew Evans – Régisseur son Harry Johnson – Perchman Joshua Trepte – Régisseur lumières Sébastien Combes – Accessoiriste Elodie Huré – Régisseuse plateau Marinette Jullien – Chorégraphie des combats RC-Annie – Stagiaires à la mise en scène Joanna Pidcock, Florence Mato

Jusqu’au 3 février 2018 aux Bouffes du Nord (Paris) puis du 28 au 31 mars 18 à la MC2 (Grenoble), du 4 au 6 avril 18 au Tandem Douai Arras, le 24 avril 18 au Forum de Meyrin…

 

(une autre histoire)

« Tel ces illuminés sur Times Square qu’on voit dans les films, je brandis mon exemplaire de « De l’inconvénient d’être né » de Cioran et crie : « Nous sommes tous mourants ! Pourquoi faites-vous semblant de ne pas y penser ? »

On va tous mourir, c’est un fait. Je pense ne pas me tromper là-dessus. C’est en nous. Merci, au revoir.

Y a juste l’ordre que je ne comprends pas. Pourquoi toi d’abord et moi ensuite ? Pourquoi toi à 79 ans et toi à 37 ?

J’ai connu quelqu’un à qui, alors qu’elle allait donner la vie, on a dit qu’elle allait mourir avant de voir sa fille faire ses premiers pas. J’ai connu quelqu’un qui, alors qu’elle donnait la vie, littéralement, est décédée, quelque chose a pété dans son cerveau et le bébé est sorti de son corps inerte. J’ai connu quelqu’un qui entamait sa dernière année de travail et s’est effondré comme une merde devant ses collègues, le premier jour de sa dernière année.

Parfois, souvent, j’y pense, à tout ça. Que ça peut venir n’importe quand. Je ne vais pas chez le docteur car j’ai peur de ce que je pourrais entendre. Ce grain de beauté… ces insomnies… ces maux de ventre…

Quand j’y pense, je me dis que je devrais ranger mieux mon chez moi, je veux dire, plus régulièrement. Au cas où je mourrais et qu’on vienne me chercher. Qu’on ne retrouve pas mes vêtements en vrac et des papiers partout. Je me dis que, sans penser à ça, je ferais le ménage le samedi et quelqu’un pourrait venir le soir même… « Non mais tu comprends… J’ai pas fait le ménage… tu peux passer demain… ? » Toujours demain. Toujours demain.

J’ai connu quelqu’un qui était heureuse. Enfin je pense. Qui faisait ce qu’elle avait toujours rêvé de faire. Elle était amoureuse, elle allait avoir un enfant. On lui a dit : « C’est la chimio ou votre enfant » et elle a répondu : « C’est mon enfant. »

Et moi ? Je me crois invincible. Je ne mourrai pas, que dis-je : je ne mourirai pas.

Adieu. »

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

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2 réflexions au sujet de « La maladie de la mort (Marguerite Duras / Katie Mitchell / Les Bouffes du Nord) »

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