Et pourquoi moi je dois parler comme toi ? (Anouk Grinberg / Nicolas Repac / MUCEM)

(de quoi ça parle en vrai)

« L’art ne répare pas de la perte, il lui répond. On connait de l’Art Brut la peinture, la sculpture, des installations géniales, mais on ne connait pas les ‘‘Textes Bruts’’. Ce sont le plus souvent des lettres d’hommes et de femmes que la famille ou la société avaient enfermés : quelques-uns étaient malades, mais d’autres étaient juste bizarres comme vous et moi, et ont passé des années dans des asiles, parfois leurs vies entières, sans comprendre pourquoi. Mis hors du monde, ils voulaient qu’on ne les oublie pas, alors ils ‘‘parlaient par-dessus le mur’’, envoyant à leurs proches ou aux directeurs des institutions des lettres, des supplications, des poèmes, des signes stridents de vie. Mais rien de tout ça n’a été lu, les services médicaux considéraient sans doute que ces gens n’étaient pas à entendre, et n’avaient pas droit de cité… Or ces textes sont du pur art. Du pur ‘‘jus de vivre’’. […] Aucun de ces auteurs ne savait qu’ils créaient quelque chose de grand ; mais nous, aujourd’hui, nous le savons. Il n’y avait chez eux aucune prétention artistique, mais il y avait la nécessité vitale de respirer, échapper, inventer, faire face. Et alors c’est l’art à la naissance de l’art, l’art à l’état brut. Beaucoup de grands écrivains reconnus ont rêvé d’écrire avec cette inventivité dans la langue et la pensée, et beaucoup s’en sont même inspirés, sans jamais citer ces maitres du “hors-piste”. Dans ce spectacle, ces auteurs sont enfin réunis. Nicolas Repac a inventé pour chaque texte des musiques qui les mettent en lumière.Notre vœu constant était de les faire sortir du ghetto de la folie, et d’épouser la vie qu’ils contenaient. » Anouk Grinberg (source : ici)

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Crédits photos : Christophe Raynaud de Lage

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Dès les premiers mots, on sent combien ce projet tient à coeur à Anouk Grinberg. Le danger aurait été de sur-représenter les paroles de ces personnes pas communes. On a le souvenir d’une comédienne qui, dans les années 90, nous avait séduits par son timbre de voix, sa gestuelle, sa singularité. Anouk Grinberg n’en fait pas trop. Elle laisse la place aux mots, à la poésie qui transparait. Les textes sont suffisamment différents pour ne pas lasser. On est porté par la musique composée et interprétée par Nicolas Repac, qui étonne aussi par la diversité des instruments qu’il manipule. On pourrait se contenter de fermer les yeux : ceci est une lecture musicale. Mais on raterait le regard d’Anouk Grinberg. Un moment sensible qui met en lumière des poètes qui ne sauront jamais qu’ils sont aujourd’hui considérés comme tels, à la hauteur d’un Michaux ou d’une Dickinson…

 

ET POURQUOI MOI JE DOIS PARLER COMME TOI ?

Avec Anouk Grinberg et Nicolas Repac

Textes Aloïse Corbaz, Samuel Daiber, Joseph Heu, Justine Python, Jeanne Tripier, Adolf Wölfli – Adaptation : Anouk Grinberg – Musique : Nicolas Repac

(le 30 avril au Train Théâtre à Portes-lès-Valence et les 2 et 3 mai au Théâtre Liberté à Toulon)

 

(d’autres histoires)

L’AMI MARSEILLAIS : On peut aller voir Saïgon à la Criée ?

MOI : Déjà vu.

L’AMI MARSEILLAIS : Intramuros au Toursky ? Avec je ne sais quelle distribution…

MOI : Déjà vu.

L’AMI MARSEILLAIS : Euh… Annie Ernaux, Une Autre Fille, avec Marianne Basler. Aux Bernardines ?

MOI : Déjà vu.

L’AMI MARSEILLAIS : Et pourquoi moi je dois parler comme toi ? Nicolas Repac… Anouk Grinberg… Au Mucem ? 

MOI : …

L’AMI MARSEILLAIS : …

MOI : Pas vu.

Soulagement de l’ami marseillais.

*****

Au Mucem, quand le soir vient, on ne sait pas par où on doit rentrer. Pas l’entrée principale. Ailleurs. Comme par une porte dérobée. Le vigile détecte mon trousseau de clés : « Ce sont des clés ? » Je réponds : « Non, mon couteau papillon. » Il me laisse passer et on descend des marches. C’est à gauche ? C’est à droite ? On tente à gauche. Toujours à gauche. Non. On tente à droite. Des portes vitrées automatiques s’ouvrent. Les gens attendent, éparpillés. Le placement est libre. Sport de combat. L’entrée de la salle, c’est cette porte-là ou cette porte-ci ? Si je savais faire, je vous dessinerais le plan de cet espace d’attente. Avec la file qui commence devant une première porte et s’arrête devant la deuxième. Une porte s’ouvre. Une personne apparait devant celle-ci. On est à proximité. Malgré mon âge, je décide de passer sous le cordon, sans le toucher. J’ai toujours été un adepte du limbo. Je suis le premier et je serai au premier rang, la place du milieu. C’était écrit.

ELLE (ton hautain) : Je crois que ça ne va pas être possible, ça.

MOI : Hein ? Parce que je croyais que…

ELLE : Ça ne se passe pas comme ça. Vous repassez derrière le cordon…

MOI : Hein ? Parce que je croyais que…

ELLE : On doit d’abord scanner vos billets.

MOI : Ah bon ? C’est comme ça que ça se passe ? Bon, c’est pas comme si c’était mon cent unième spectacle de la saison… Parce que je croyais que… la porte était ouverte, vous étiez devant… Je n’allais pas faire le tour pour entrer dans la file d’attente alors qu’il n’y avait personne… A la Poste ou à l’aéroport, s’il n’y a personne, vous ne vous tapez tout le labyrinthe… Si ? Je pensais que vous scanneriez nos billets à la porte et pas à l’entrée de la file. Oh ! Mais où vont les gens ? Ils vont à l’autre porte… Donc vous avez ouvert cette porte pour rien. Ok merci beaucoup pour votre amabilité.

La scanneuse n’a jamais marché et je n’ai pas applaudi la dame après sa présentation du spectacle. Na !

 

Vu le samedi 27 avril 2019 au Mucem de Marseille

Prix de ma place : 12€

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

2 réflexions au sujet de « Et pourquoi moi je dois parler comme toi ? (Anouk Grinberg / Nicolas Repac / MUCEM) »

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