Saison Sèche (Phia Ménard / La Criée)

(quand on ne lit pas la bible)

Saison sèche ? Ou le terrible destin d’agriculteurs français face à la grande sècheresse ?

(de quoi ça parle en vrai)

Contre la loi du mâle, du blanc, du dominateur, Saison Sèche promeut des silhouettes peintes, des corps en guerre, des nus dont le genre s’efface sous la vivacité poignante des couleurs. Comme pour résumer le théâtre à son essence, selon Phia Ménard : de la chair, de la sueur et de la sincérité. Superbe déflagration. (source : ici)

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Crédits photos : Christophe Raynaud de Lage

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je fais du tourisme théâtral. Je ne peux m’empêcher de regarder ce qui est programmé au théâtre là où je passe. En l’occurrence, ici Marseille. La bonne occasion pour enfin découvrir le travail de Phia Ménard.

Le spectacle commence comme ça : Phia Ménard descend les marches de la grande salle de la Criée. Nous la suivons du regard. Micro en main, elle nous observe, attend qu’une retardataire prenne place. Mais que va-t-elle dire ? « Je te claque la chatte. » Noir. Une phrase, à choix multiples. Certains spectateurs de la Criée ont applaudi… La voir prendre la parole et dire cette unique phrase a d’autant plus d’impact. On ressent une urgence. Voilà où nous en sommes. Une façon aussi de dire « Vous allez voir ce que vous allez voir ». A raison. C’est une grande claque qu’on se prend avec cette « Saison sèche ».

Je ne décrirai pas ici dans le détail les différents tableaux de ce spectacle majeur. Mais des images resteront probablement ancrées en moi très longtemps : dans un espace blanc, sur un plateau légèrement incliné, ces corps arachnéens, qui tentent de se relever, de se tenir droit, ce plafond qui monte et descend, ces murs qui suintent, qui explosent…

Phia Ménard & Jean-Luc Beaujault ont imaginé une scénographie ambitieuse et maîtrisée (big up aux régisseurs qui reconstruisent le décor chaque soir) (oui, j’ai osé employer l’expression « big up »). L’ambiance sonore est particulièrement oppressante et nous donne vraiment l’impression que la scène peut imploser à tout moment. Le temps s’étire. Tout se termine en chanson. Velvet Underground « Femme Fatale ».

Bien heureux je fus d’enfin voir un spectacle de Phia Ménard. Un spectacle politique, féministe, de grande envergure. Je reviendrai.

 

SAISON SÈCHE

Dramaturgie et mise en scène Phia Ménard & Jean-Luc Beaujault / Cie Non Nova

Création et interprétation Marion Blondeau, Anna Gaïotti, Elise Legros, Phia Ménard, Marion Parpirolles, Marlène Rostaing, Jeanne Vallauri, Amandine Vandroth

Scénographie Phia Ménard – Composition sonore et régie son Ivan Roussel – Création lumière Laïs Foulc – Régie plateau Benoît Desnos, Adèle Ogier, Rodolphe Thibaud – Costumes et accessoires Fabrice Ilia Leroy – Construction décor et accessoires Philippe Ragot

Prochainement à Gradignan le 7 mars et les 13 et 14 mars à Nantes

 

(une autre histoire)

Je suis devant le Théâtre National de la Criée. A Marseille. J’ai déjà joué là, j’avais dix-huit ans, avec les élèves de l’option théâtre de mon lycée. Un spectacle autour du théâtre absurde qui s’appelait « Absurde, vous avez dit absurde ? » Certains jouaient Ubu Roi, d’autres La Cantatrice Chauve ou Fin de Partie. Un camarade de jeu et moi-même avions fait un hold-up au CDI du lycée sur toutes les pièces de Beckett, Ionesco… Nous avons tout lu. Nous voulions trouver la perle rare. J’ai découvert « L’impromptu de l’Alma » de l’ami Eugène. Nous avons effectué les coupes, redistribué certaines répliques… Notre metteur en scène et notre professeur de lettres nous ont laissés faire.

Parfois je me dis que j’ai raté quelque chose dans ma vie.

Notre professeur voulait que nous répétions le titre du spectacle à la fin de la représentation. Soupir de consternation. J’apporte la musique de Hugues le Bars dans laquelle Ionesco répète qu’il en a marre, sur un air de valse. Je propose qu’on danse sur cette ritournelle. Tout le monde était d’accord, tout le monde était content. Y avait des feuilles aussi qui tombaient du ciel. C’est moi qui le rêve ou bien cela s’est-il vraiment passé ? Je ne sais plus. C’est dommage, il n’y a pas eu de captation de ce soir-là.

J’en ai marre d’aligner des paroles et des paroles.

La veille, une amie de Marseille m’a demandé pourquoi je n’avais pas fait d’études théâtrales à Aix. La veille, une autre amie de Marseille, plus vieille, plus chère, qui était là avec moi, avec nous, sur la scène de la petite salle de la Criée… Je disais quoi ?

Je voudrais bien me reposer.

 

Vu le vendredi 1e mars 2019 à la Criée, Marseille

Prix de ma place : 15€ (tarif CE grâce à l’ami marseillais)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

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