Gaz Coombes (La Maroquinerie, Paris, 29/05/18)

GAZ COOMBES à la Maroquinerie, Paris

(1e partie : Piney Gir)

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Comme de nombreux artistes que je suivais durant les années 90 (Badly Drawn Boy, tu es le prochain !), je n’avais encore jamais vu Supergrass et encore moins son leader, j’ai nommé Gaz Coombes, en concert. L’erreur est enfin réparée. Et c’est dans une Maroquinerie survoltée (et pas seulement à cause des orages menaçants le ciel parisien) que le musicien d’Oxford fait son grand retour avec un nouvel album : World’s Strongest Man. Le concert de Gaz Coombes est efficace, une heure et quarante minutes de chansons de ses différents albums. Aucun temps mort. Gaz Coombes est égal, souriant et généreux. On ne sait jamais qui, de l’oeuf ou de la poule. Mais Gaz Coombes (et son groupe) donne et le public le rend bien. Ou bien est-ce le contraire ? Le public est heureux de le (re)voir sur scène et l’ancien leader de Supergrass offre en ultime rappel (et croyez-moi, il ne fait pas ça tous les jours) « Caught by the fuzz », mythique chanson de Supergrass, seul à la guitare.

Heureusement la police ne fut pas de la partie, malgré la légère entorse au couvre-feu de la Maroquinerie (après 22h30, ce n’est plus l’heure !)

 

SETLIST : World’s Strongest Man – Hot Fruit – White Noise – Shit (I’ve done it again) – Oxygen Mask – Deep Pockets – The Girl who fell to Earth – Seven Walls – Walk the Walk – In Waves – The Oaks – 20/20 – Detroit – The English Ruse RAPPEL 1 : Wounded Egos – Vanishing Act – Matador (Da Capo) Rappel 2 : Caught by the Fuzz

 

vu le mardi 29 mai 2018 à la Maroquinerie, Paris

prix de la place : 26,40€

 

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Crédit photo : Axel Ito

 

(une autre histoire)

Je ne suis pas revenu à la Maroquinerie depuis novembre 2016 et les concerts de Motorama et Flotation Toy Warning. Une éternité. Même si je sais que je n’entendrai pas les chansons de Supergrass, je suis quelque peu ému de voir en vrai Gaz Coombes. C’est un peu mon truc, en ce moment, d’être ému.

Les premières notes démarrent et… Je ne sais pas comment il faut le comprendre, mais je me retrouve avec un flot ininterrompu d’images dans ma tête.

D’habitude, j’écris, je mets à la poubelle, j’écris, poubelle, nouveau dossier, nouveau document, poubelle… Je ne sais pas où je vais. Je sais que je veux écrire, j’écris, mais quoi ? Et ce soir, tout devient clair. Je sais. Je pense au titre (78-18) et pas à la forme, mais à comment s’imbriqueraient mes différents textes et ce qu’il y aurait à l’intérieur.

Parce que je veux écrire, je veux jouer. Tout seul. Raconter des histoires.

C’est comme si l’intégralité du spectacle s’écrivait dans ma tête grâce à la musique de Gaz Coombes. J’ai peur que tout se volatilise, comme tous ces rêves qu’on ne note pas.

En plus, je sais qu’il ne s’agit pas d’une simple fausse idée. Je fonctionne comme ça. J’ai besoin que ça mature, que ça bout un certain temps. J’ai mes textes à l’usure. Je suis résistant et surtout patient. Déformation professionnelle.

Je sais que je tiens le bon bout.

Merci Gaz.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

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La Première Fois (in Les Infilitré.e.s au Théâtre de la Bastille)

La première fois de toute ma vie où je suis allé au théâtre… En fait, je crois que j’ai d’abord fait du théâtre avant d’en voir.

J’étais en cinquième, au collège Darius Milhaud à Marseille et avec le club théâtre, on avait monté la pièce « L’Oiseau Bleu » de Maurice Maeterlinck. Et je jouais deux rôles : l’Enfant Bleu Amoureux et le Pain. Pour m’imprégner du rôle du Pain, j’avais planqué des tranches de pain de mie dans mon costume qui finissaient tout imprégnées de ma sueur. Parce que je transpire beaucoup. J’ai toujours beaucoup sué…

« Eh bien, comment me trouvez-vous ? »

C’était ma première réplique.

Mon personnage d’enfant bleu amoureux était amoureux d’une autre enfant bleue. Pour m’imprégner du rôle, je suis vraiment tombé amoureux de cette autre enfant bleue. Elle s’appelait Marie-Laure Cassard. Mais ça n’a jamais vraiment fonctionné parce que Marie-Laure Cassard n’aimait pas quand je transpirais…

« Je t’aimerai toujours ! »

C’était ma dernière réplique.

La première fois où je suis vraiment allé au théâtre, c’était l’année suivante. J’étais en quatrième et notre prof d’anglais, Madame Klotz, nous avait emmenés au Théâtre du Moulin voir une adaptation de « La Ferme des Animaux » de George Orwell. C’était en anglais. Et je n’ai absolument rien compris. Parce que l’anglais, c’était ma LV2, pas ma LV1. Normalement, j’aurais dû aller au collège des Caillols. Mais comme ça craignait un peu, ma mère m’a fait prendre Allemand LV1, grâce à quoi j’ai pu avoir la dérogation pour aller au collège Darius Milhaud.

En CM2, j’étais amoureux de Florence Herman. Elle, elle a pris anglais LV1 et est allée au collège des Caillols.

« Je t’aimerai toujours. »

C’est ce que je lui ai dit la dernière fois que je l’ai vue. Parce que je ne l’ai plus jamais revue.

Tout ça à cause de ma mère…

 

(Ceci était le texte que j’ai écrit et joué pour le spectacle des Infilitré.e.s au Théâtre de la Bastille, les vendredi 25 et samedi 26 mai 2018. Un grand merci à Marc Woog pour son oeil critique mais bienveillant. Évidemment, il manque le son et l’image… Tant pis pour vous, vous auriez dû venir, même si le spectacle a affiché complet pour les deux représentations…)

 

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Grande Traversée (L’Avantage du Doute / Théâtre de la Bastille)

(quand on ne lit pas la bible)

Grande Traversée ? Les membres du Collectif L’Avantage du Doute prennent leurs rames pour expliquer pendant deux heures aux participants de l’Occupation première du nom avec Tiago Rodrigues que : « Non, c’est pas pareil ! » ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Afin d’inaugurer « Occupation 2 », le collectif L’Avantage du doute revisitera ses trois premiers spectacles, tous présentés au Théâtre de la Bastille, sous la forme d’une pièce unique. Qu’est-ce qui a changé depuis leurs créations ? Qu’est-ce qui n’a pas bougé ? Comment trouver, ensemble, le germe d’un questionnement futur ? Tout ce qui nous reste de la révolution, c’est Simon questionnait l’engagement politique à la lumière de Mai 68, La Légende de Bornéo les formes contemporaines du travail tandis que Le bruit court que nous ne sommes plus en direct interrogeait le rôle des médias dans notre vie quotidienne. Revisiter ces spectacles, cela signifie en écrire une trajectoire nouvelle, mais aussi porter un regard rétrospectif, critique et sans aucun doute fécond. Une traversée en forme d’invitation au voyage et au doute. Une belle entrée en matière, pour découvrir ou redécouvrir le travail du collectif. (site du théâtre de la Bastille)

 

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Crédits photos : Pierre Grosbois

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Autant dire que ce n’est toujours pas simple d’écrire quelque chose d’un tant soit peu objectif quand on connait en vrai certains membres du collectif dont on veut parler. Là où c’est intéressant, c’est que depuis le début de cette année 2018, j’ai passé quelque chose comme quatre-vingts heures avec Judith Davis et Claire Dumas à découvrir le comment du pourquoi de la création d’un spectacle du Collectif L’Avantage du Doute. Parce qu’en connaissant plus ou moins la cuisine interne, forcément on ne voit pas le spectacle du même oeil.

Surtout que je n’avais point vu leurs deux premières pièces. J’ai eu donc plaisir à entendre, rééentendre, voir ces six scènes choisies (plus ou moins) au hasard par le public parmi les quatorze proposées (soit 1 chance sur 2 162 160 de tomber sur cette combinaison-là). Le collectif ne commente pas les scènes jouées, il laisse le public se faire sa propre opinion : Depuis le temps où les spectacles ont été créés (entre 2 et 10 ans), est-ce que ça a changé ? La réponse est non. Le Pôle Emploi brazilien dépeint avec folie par une Claire Dumas survoltée, les réflexions sur une certaine gauche, Mylène Farmer vs Bernard Stiegler, « mais faire du théâtre c’est un vrai métier ? » etc. font toujours écho aujourd’hui.

C’est toujours génial (et c’est cliché de le dire, je le sais) de voir que c’est du théâtre mais pas que. Qu’on peut rire, mais pas que. Ou plutôt qu’on sait qu’il y a énormément de recherches, de discussions, de collages, de doutes et que malgré tout, grâce au talent de ce collectif (non ce n’est pas improvisé…), tout passe et surtout tout fait sens.

Et ce qui est intéressant de constater, c’est que les scènes isolées de leur contexte (les pièces « Tout ce qui nous reste de la révolution, c’est Simon », « La légende de Bornéo », « Le bruit court que nous ne sommes plus en direct ») fonctionnent, que ce montage en direct de ces scènes apparemment disparates apparait presque miraculeusement naturel.

Je ne sais pas si je suis le seul à avoir fait ce parallèle-là mais je me souviens que lors de l’Occupation 1, trois soirées s’intitulaient : « Ce soir ne se répètera jamais ». Demain est un autre jour et justement samedi 26 et dimanche 27, c’est une autre Grande Traversée auxquelles vous assisterez, car ces soirées-là ne se répèteront pas.

Ps : Et j’ai comme une envie de lire du Walt Whitman.

Pps : Scène jouées lors de la première représentation : « Pôle emploi », « Ethique Télé 1 », « Le dîner » , « Rescapés de la gauche », « Simon ce héros » et « Disco » (le joker du collectif)

 

vu le mercredi 23 mai 2018 au théâtre de la Bastille, Paris

prix de la place : invitation

 

 

LA GRANDE TRAVERSÉE

par le collectif L’Avantage du Doute

Avec Simon Bakhouche, Mélanie Bestel, Judith Davis, Claire Dumas et Nadir Legrand

Lumière et régie générale Wilfried Gourdin – Vidéo Kristelle Paré – Collaboration technique Erwan Belland, Jérôme Perez et Thomas Rathier

Jusqu’au 27 mai 2018 au Théâtre de la Bastille et l’Occupation 2 continue jusqu’au 16 juin avec « La Caverne » (spectacle tous publics), les Veillées et différentes animations organisées par le théâtre lui-même. (http://www.theatre-bastille.com/saison-17-18/occupation-2)

 

(une autre histoire)

– Mais j’ai pas compris cette Occupation 2 ! C’est comme avec Tiago Rodrigues ?

– Attends, je ne suis pas le porte-parole du collectif ou du théâtre…

– Peut-être, mais tu dors au théâtre de la Bastille… L’Occupation 1, tu y étais, les Manifestes du Choeur l’an passé, tu y étais. Cette année…

– Mais je ne voulais rien faire cette année ! Mais on me l’a gentiment proposé, comment voulais-tu que je refuse ? Je n’ai jamais su dire non…

– Faut dire que tu n’as aucune vie sociale et sentimentale.

– Je ne te permets pas de dire ça. Je… Non… Rien. Je te le dirai une autre fois.

– Mais quoi ?

– J’ai un agenda.

– Oui, Moleskine, tout le monde le sait, avec Snoopy dessus.

– Je veux dire, j’ai un agenda. Un grand projet : je vais m’infiltrer.

– Ça aussi, tout le monde le sait. Tu fais partie des Infilitré.e.s. en spectacle au théâtre de la Bastille le vendredi 25 mai à 20h et le samedi 26 mai à 17h, réservations par téléphone au 01 43 57 42 14 ou par courriel : accueil@theatre-bastille.com …

– Je vais m’infiltrer dans toutes les occupations. En 2019, Nathalie Béasse, Occupation 3 : je m’infiltre. Ils feront sûrement une Occupation avec le tg STAN : je m’infitre. Céline Champinot, elle occupera, j’en suis persuadé et je m’infiltrerai, etc. L’idée c’est qu’à la dixième occupation…

– Tout le monde sera mort.

– A la dixième occupation, c’est moi qui occuperai tout seul. L’occupation d’un spectateur. Pendant dix ans, j’écrirai un texte au long cours sur mes différentes occupations et j’occuperai le théâtre : une déambulation infinie, une logorrhée interminable.

– Tu sais que personne ne viendra…

– Je sais que personne ne viendra. Mais j’ai dix ans pour convaincre les gens.

(à suivre…)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Olafur Arnalds au Trianon de Paris

ÓLAFUR ARNALDS au Trianon, Paris

(1e partie : Manu Delago)

(ceci n’est pas une critique, mais…)

C’est la première fois que je vois Ólafur Arnalds sur scène. Dès son arrivée, on est touché par sa simplicité et sa modestie. C’est dans un Trianon au respect quasi-religieux (pratiquement pas d’écrans de téléphones intelligents allumés pendant le concert, en tout cas pas de mon côté) que Ólafur Arnalds va présenter ses nouvelles chansons. Il y a deux vieux pianos qui jouent parfois tout seuls, des violons, une batterie, de l’électronique au milieu de tout ça. On dirait que tout est connecté. Ah ben c’est le titre de la tournée : « All strings attached ». Même les lumières… On en viendrait à fermer ses yeux pour se concentrer sur la musique mais on manquerait… Tiens, on dirait des aurores boréales, regarde.

Sur la deuxième chanson, Þú Ert Jörðin, il nous fait chanter. Le son est enregistré, modifié, le public devient une nappe sonore, comme une vague.

Il y a des nouvelles chansons, d’un album à venir. Et y a les anciennes, comme 30 55 en rappel. Il évoque ses débuts, que tout a commencé avec Myspace. J’ai souri. Pour moi aussi, pas mal de choses ont commencé avec Myspace, mais c’est une autre histoire… Puis il raconte sa grand-mère qui lui a fait écouter Chopin…

Ólafur Arnalds, ce n’est pas du classique, mais ce n’est pas de l’ambient non plus. C’est Ólafur Arnalds et on ressort du Trianon le coeur léger. Un rêve, trop court.

 

SETLIST

Árbakkinn – Þú Ert Jörðin – Only the Winds – re:member – Unfold – Beth’s Theme – Ypsillon – Momentary – Dalur – 3326 – Nyepi – Doria – Near Light – (rappels) : 3055 – Lag Fyrir Ömmu

 

vu le mardi 15 mai 2018 au Trianon, Paris (et en tournée le 21 octobre à Lyon, le 22 octobre à Bordeaux, le 23 octobre à Toulouse, le 24 octobre à la Salle Pleyel à Paris

prix de la place : 34€

 

Ólafur Arnalds – Near Light (Living Room Songs) from Ólafur Arnalds on Vimeo.

 

 

(une autre histoire)

Un jour, je me suis inscrit sur Myspace. Je ne suis pas musicien. Je suis fan. Ma page d’accueil était toute moche, mais j’aimais bien choisir la chanson de la semaine, mon top 10 amis (je me souviens avoir fait un caca nerveux quand une de mes amies m’avait viré du sien… En même temps, je comprends beaucoup de choses aujourd’hui, avec le recul). Je passais beaucoup de temps à écouter de la musique, mais je n’allais alors pratiquement pas au théâtre, ceci explique cela.

Grâce à Myspace, j’ai rencontré A. & J. lors d’un concert d’un groupe belge. Grâce à ce groupe belge, j’ai rencontré d’autres personnes avec qui je suis même parti en vacances en Italie et en Bretagne. Grâce à une de ces personnes, j’ai fait la connaissance d’un gars, L., avec qui je vais chaque année à Avignon et qui a déjà écrit à deux reprises ici, et d’une fille avec qui j’ai passé quelques jours en Islande.

Un jour, j’ai dit : « J’ai pris mes billets pour Reykjavik, y a un chouette festival. Pour l’instant je suis seul, vous venez si vous voulez, mais moi j’y vais, même seul, même pas peur. »  C. m’a dit : « Ok, mais je viens aussi avec ma nièce ». J’ai dit : « Ok ». 

Je les ai retrouvées à Reykjavik. Elles avaient déjà vadrouillé dans le nord. A mon arrivée, on a loué une voiture et on est parti dans le sud.

« Tu ne conduis pas ? Elle ne conduit pas… Sans déc’, tu ne conduis vraiment pas ? Donc je vais me taper cinq jours de route tout seul au volant, pendant que toi, tu appuieras frénétiquement sur le bouton de ton appareil photo et que ta nièce sera derrière avec ses écouteurs à écouter les One Direction ? »

En fait, ça n’a pas été bien grave, parce qu’à la fin du mois d’octobre, c’est hors saison. Y a pas grand monde. La route circulaire est large, bien entretenue et on rencontrait dix voitures par heure. On a compté. Parfois on ralentissait, on s’arrêtait au milieu de la route, on prenait des photos, c’était cool de conduire au milieu de nulle part. Pour rien au monde, je n’aurais laissé ma place au volant.

« Y a pas de prise USB ? Non ? Seulement un lecteur CD. T’as un CD, toi, parce que moi, je n’en ai pas ? On a qu’un seul disque, c’est quoi ? Olafur Arnalds ? Connais pas ? « For now I am winter »… Ok. »

Ce disque-là, on l’a écouté en boucle. Pendant cinq jours. Même pas mal.

Grâce à Myspace, j’ai vécu la semaine la plus mémorable de toute ma vie. Oui, j’ai toujours eu cette propension à exagérer. Trois ans et demi plus tard, c’était il y a onze mois, j’étais sur un bateau, entre les Îles Féroé et l’est de l’Islande. Solstice d’été. Minuit. J’ai pleuré en écoutant la musique d’Olafur Arnalds… Je mens, c’était Sigur Ros. Je n’ai jamais su mentir, désolé.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

VÍK Í MÝRDAL, ISLANDE from Candice Nguyen on Vimeo.

Les Franglaises (Seine Musicale)

(quand on ne lit pas la bible)

Les Franglaises ? Un spectacle sur l’après Brexit et le désarroi causé par cette décision dans le milieu de la coiffure ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Détournant le jeu du blind-test, Les Franglaises, mettent en scène une comédie musicale à la façon d’un Opéra Pop à l’américaine. Se mêlant les pieds dans les incohérences des traductions littérales au premier degré à la « google-trad », et emportés par la fiction de ces pièces musicales, les interprètes offrent une tournure explosive au spectacle qui vire au cabaret fou version Monty Python ! (https://www.laseinemusicale.com/spectacles-concerts/les-franglaises_e153)

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Crédits photos : Bertrand Rindoff Petroff 

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Encore une fois, je le précise, je suis le Droopy parigot-marseillais, le Buster Keaton local, je ne sais m’amuser ni même me déhancher, même alcoolisé. Ne m’invitez pas aux mariages, c’est peine perdue. Et pourtant… Ben allez savoir pourquoi, hier soir au spectacle des Franglaises à la Seine Musicale, j’ai tapé dans mes mains, j’ai ri, j’ai tenté de deviner de quelles chansons étaient traduites les paroles en français, je me suis même levé pour le rappel, c’est dire.

Les Franglaises maîtrisent leur sujet, ils ont de quoi faire, et de ce que j’ai pu voir ici et là, le spectacle évolue, on n’entend pas toujours les mêmes chansons, qui restent tout de même cantonnées aux années 60/70/80/90, Reine et Michel Fils de Jacques restant les winners de la game. Il faut des chansons que tout le monde connaisse, c’est un fait. Est-ce à dire aussi que les années 2000 ont produit beaucoup moins de chansons populaires, c’est un autre débat.

On pourrait reprocher la taille de la salle, trop grande pour ce genre de spectacles. Malgré les efforts de la troupe, il n’est pas facile de créer une certaine proximité avec le public. J’avais également un peu peur que le spectacle ne se résume qu’à un simple test aveugle mais les Franglaises font leur petit effet, dès qu’elles adaptent à leur sauce les chansons, ça commence par le I grec M C, en mode doux. Le maître de cérémonie ne parvient plus à canaliser la folle énergie ou la folie énergique de ses comparses et le spectacle commence à partir dans tous les sens. C’est généreux, un peu long sur la fin, qui mériterait à être resserrée : mais ça fait du bien de voir une troupe aussi joyeuse et efficace, parce que je ne l’ai pas précisé : ils occupent presque tous les postes : chant, musique, comédie.

Une bien belle soirée malgré l’heure et quart en métro pour rejoindre Boulogne Billancourt, mais ça, c’est une autre histoire…

Ps : En première partie du spectacle des Franglaises se produisait le Pockemon Crew, sur une musique techno flamenco manouche. L’ensemble ne m’a pas vraiment convaincu, même s’ils m’ont impressionné techniquement et physiquement. 

 

vu le samedi 12 mai 2018 à la Seine Musicale, Boulogne Billancourt

prix de la place : invitation

 

LES FRANGLAISES

(http://www.lesfranglaises.fr)

mise en scène Quentin Bouissou

Avec Saliha Bala, Quentin Bouissou, Yoni Dahan, William Garreau, Stéphane Grioche, Marsu Lacroix, Philippe Lenoble, Adrien Le Ray, Roxane Terramorsi, Daphnée Papineau, Romain Piquet, Laurent Taieb, PV Nova, Fabien Derrien

Direction musicale : Philippe Lenoble

Une production Blue Lines Productions

 

(d’autres histoires)

Ligne 9 : Oberkampf – Pont de Sèvres

  • Ce soir, c’est match au Parc. Le PSG est champion, c’est le dernier match à domicile de la saison, va y avoir un feu d’artifice. Ben oui. Ils ont perdu en huitièmes de finale de Champions League, faut que ça se fête !
  • Dans ma poche, il reste de la salade, de la mache, que m’a donné A. parce qu’elle ne voulait pas gâcher avant son grand départ. Je la donne à un mendiant qui passait à côté de moi dans la rame. Je n’ai pas l’impression que ça lui fasse plaisir : « Mais faut pas gâcher, Monsieur ! », lui dis-je après qu’il m’a jeté les feuilles en pleine face.
  • Tu as vu, on a bien fait de prendre le métro à Oberkampf, du coup on a des places… Y a combien de stations d’ici le terminus ? C’est encore loin ? Une fois j’ai du réseau, une fois je n’en ai plus. Je peux dormir sur ton épaule ?
  • Je pense que désormais, ça irait plus vite de compter les personnes qui n’ont ni écouteurs ou casque ni smartphone à la main.

 

Dans la salle

  • Tu as vu, on a de la place pour les jambes. Même pas besoin de se lever pour laisser passer les gens. Quelle belle salle !
  • Les jeunes derrière nous, ils n’ont pas arrêté de parler foot. Ils regardaient les buts pendant le spectacle, mais je n’ai pas osé le leur reprocher, parce que je crois que… Ils étaient un peu… Ils étaient sûrement invités par le Pockemon Crew… Pourquoi ? Ben ça se voyait… hein ? Ben… Le… A la fin, ils se sont levés et ont esquissé quelques pas de krump, j’ai tout de suite reconnu. J’avais vu Rize, le film de David LaChappelle. Tu pensais quoi ? Que je les stigmatisais à côté de leur couleur de peau ? Ben voyons donc ! Je ne suis pas comme ça, à catégoriser les gens… Pis, j’étais placé trop loin de la salle pour voir si les Pockemon Crew étaient… je veux dire… le visage… Des danseurs HIPHOP, c’est forcément… Je travaille dans le 9-3, je sais de quoi je parle, je… Aux Lilas… Oui oui, c’est toujours le neuf trois, yo !

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Denise Jardinière vous invite chez elle (Thibaut Boidin / Essaïon Théâtre)

(quand on ne lit pas la bible)

Denise Jardinière vous invite chez elle ? C’est un spectacle québécois ? On est reçu dans une serre ? On vient avec des bottes ? Qu’est-ce que je dois apporter ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Dans une atmosphère fantomatique, une étrange gouvernante accueille des convives pour une soirée. La tâche n’est pas facile car il faut également endormir le fils chéri de Madame, insomniaque et capricieux. En le bordant elle lui conte une bien étrange histoire : « La légende de Paul, le prince solitaire. « Petit à petit, l’atmosphère se colore et les spectateurs-convives comprennent la raison de cette bien singulière invitation… » (http://www.essaion-theatre.com/spectacle/755_denise-jardiniere-vous-invite-chez-elle.html)

 

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Crédits photos : Thibaut Boidin

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Autant vous dire que j’attendais ce spectacle inconnu de mes oreilles au tournant. Quand on me dit que c’est hilarant, j’ai tendance à tourner les talons. Quand je comprends que c’est participatif, je prends normalement mes jambes à mon cou. Parfois il est bon de prendre des risques. Je ne sais pas qui a dit ça, mais on va dire qu’il faut parfois savoir sortir de sa zone de confort. Me voilà donc à l’Essaion Théâtre, un soir de jour férié et, je dois aussi être honnête, j’ai lu le dossier de presse avant de voir la pièce et ça m’intéressait de voir si le fameux twist final pouvait être deviné avant son dévoilement.

Alors… Comment dire… Que cela soit écrit : Je ne suis pas un bon public pour ce type de spectacles. J’ai prié une entité supérieure pour ne pas être choisi par le comédien Thibaut Boidin et exécuter les différentes tâches qu’il ordonnait (plus ou moins) à ses victimes. Je n’aime pas ça. Point. Même si c’est fait avec bienveillance, quand le spectacle repose en grande partie sur l’interactivité avec le public, ça me laisse indifférent, voire ça me gêne. Il y a une atmosphère, oui, un peu inquiétante. La cave de l’Essaïon Théâtre est un écrin qui convient parfaitement à « Denise Jardinière… ». Thibaut Boidin tient son personnage de servante quelque peu enfantine de Denise Jardinière de bout en bout et le tient bien. De plus, il sait rebondir sur les différentes réactions des spectateurs qu’il choisit, je ne peux que le saluer. Il n’empêche, avec un argument qui tiendrait sur du papier d’Arménie : Mais qui est donc cette mystérieuse Denise Jardinière ? (dont on ne perçoit ni la silhouette ni la voix, contrairement à la mère de Norman Bates dans le film de l’Oncle Alfred), l’intérêt du spectacle reste très limité. Quant au fameux twist final… Je voudrais tout de même saluer la justesse de Thibaut Boidin… ça ne m’a pas intéressé.

Encore une fois, je ne suis sans doute pas un bon public car mes voisins paraissaient prendre beaucoup de plaisir et rire de bon coeur. Dommage pour moi.

 

vu le jeudi 10 mai 2018 à l’Essaïon Théâtre, Paris

prix de la place : invitation

 

DENISE JARDINIÈRE VOUS INVITE CHEZ ELLE

écrit, mis en scène, interprété par Thibaut Boidin (www.denisejardiniere.com)

Jusqu’au 28 juillet 2018 à l’Essaïon Théâtre, Paris

 

(une autre histoire)

Un jour, je suis allé voir le spectacle « Blond and Blond and Blond ». Une des comédiennes/chanteuses m’a appelé Oncle Olaf pendant tout le spectacle. Elle m’a aussi touché le mollet droit (j’étais en bermuda, c’était en Avignon).

Un jour, j’ai vu le spectacle « Quatuor Violence ». Une des comédiennes m’a pris à partie, m’a demandé de sortir et a finalement chanté que j’allais mourir dans trente secondes (j’étais en bermuda, c’était en Avignon).

Un jour, j’ai vu un spectacle d’après Sarah Kane. Une des comédiennes m’a demandé si je voulais bien danser avec elle sur la bande originale de Virgin Suicides. Je la connaissais, donc elle n’a pris aucun risque, mais j’ai tout de même eu une demi-molle, serré contre elle (j’étais en bermuda, c’était en Avignon).

Ce qui se passe en Avignon reste en Avignon.

Pour citer Tiago Rodrigues dans son « By Heart » : « Moi aussi, je suis allergique au théâtre interactif. » Et j’ajouterai : « Ça dépend avec qui… mais toujours en Avignon et en bermuda. »

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Les Manigances (étape 2) (Johanne Débat / Cie Modes d’Emploi / Théâtre de l’ Opprimé)

(quand on ne lit pas la bible)

Les manigances – Étape 2 : Notre héritage n’est précédé d’aucun testament ? J’admire la réactivité de cette compagnie. Johnny ? Vraiment ?

(de quoi ça parle en vrai)

LES MANIGANCES, c’est une fable qui raconte le 18 mai, jour de la fermeture de tous les Musées de Mémoire de France. Dans un contexte hautement sécuritaire, c’est l’histoire d’une famille qui décide d’aller voir le père, musicien dans l’armée, jouer du trombone à l’occasion de la cérémonie de commémoration. C’est l’histoire d’un salon d’esthétique où se croisent des personnages en quête de sens. C’est l’histoire d’une agence de Dark Tourism qui vous permettra de dormir sur le site de Tchernobyl et/ou de rencontrer des survivants de la catastrophe, selon votre budget… Sur fond d’emballement médiatique et d’embouteillages pour aller visiter une dernière fois les musées, c’est l’histoire d’une fin de l’Histoire. LES MANIGANCES, c’est une fable qui raconte ce qui nous rassemble. (http://www.theatredelopprime.com/evenement/les-manigances-etape-2/)

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Crédits photos : Avril Dunoyer

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Sujet sérieux pour une pièce sérieuse mais qui ne se prend pas au sérieux et qui n’oublie pas d’être drôle. Johanne Débat et son équipe ont concocté une saga ludique au long cours. En voyant cette deuxième étape, on a envie de rattraper la première, d’être à l’automne prochain pour la troisième et dernière étape. Certes, on peut ressentir quelques longueurs durant cette deuxième étape (du moins ce fut le cas lors de la première). Mais tout est fait avec générosité, les transitions et le télescopage des scènes sont bien gérés, car tout est lié. On perçoit la documentation qui a permis à la création de ce spectacle sans que cela alourdisse le propos, même si l’anecdotique prend parfois le pas sur le thème principal. Emballé je fus également par tous les comédiens, Claire Marx en tête (mais l’ensemble est très équilibré), qui interprètent de multiples rôles, parfois dans une même scène. Et mine de rien, on réfléchit, à propos de l’Histoire, de la Mémoire…

vu le mercredi 2 mai 2018 au Théâtre de l’Opprimé, Paris.

Prix de la place : 16€

LES MANIGANCES ETAPE 2 : Notre héritage n’est précédé d’aucun testament

Compagnie Modes d’emploi (https://ciemodesdemploi.com)

Mise en scène et dramaturgie Johanne Débat

Avec Alix Kuentz, Claire Marx, Ana Torralbo, Adeline Walter

Assistanat mise en scène Marie Mainchin – Création lumière et régie Paul Argis – Scénographie Benjamin Sillon

Suite et fin du 31 octobre au 11 novembre 2018 au Théâtre de l’Opprimé

(une autre histoire)

Voilà huit jours que j’ai vu cette pièce. Huit jours et encore aucune chronique. Je ne parviens plus à gérer mes différentes vies et je manque de sommeil. Ma supérieure m’envoie un sms un jour férié pour me dire que j’ai oublié d’inclure dans un dossier certaines pièces. Je n’ai pas oublié, on m’avait demandé d’inclure des pièces significatives. Pas le document entier. Je m’étais promis de ne pas parler de mon métier. C’est la fin de l’histoire, c’est la fin de la mémoire, j’oublie. Oui, je me réapproprie le thème de la pièce en enlevant les majuscules.

Je ne veux pas travailler. Je veux faire ce que je veux et surtout dire merde. Merde à toi ! Fuck you ! Je veux rester… Je veux rester… Non, ça non plus je ne peux pas le dire. Je voudrais parler d’un endroit… mais je n’ai pas le droit.

Du scotch sur mes lèvres. Du scotch japonais qu’on m’a offert pour ma pendaison de crémaillère. J’y pense jamais à ce scotch japonais. Je mettrais mes pantoufles et mon peignoir et imiterais Bill Murray dans Lost in Translation. « It’s Santori Time ». Mon prof de droit s’appelait M. Santori à une lettre près. En me rendant un devoir, il s’était moqué de moi devant toute la classe car j’avais utilisé l’expression « de cet acabit ». Je ne poursuivrai pas au-delà mon Maraboutdeficelle, symbole de mon manque d’inspiration ambiant.

Je suis en train de me mettre la rate au court bouillon. Première fois de toute ma vie que j’utilise cette expression. On revient dans le passé, juste huit jours. Je prends des notes, je me couche plus tôt, je fais ce que j’ai à faire dans les temps, je n’écris pas ce texte.

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Au bois (Claudine Galea / Benoît Bradel / La Colline)

(quand on ne lit pas la bible)

Au bois ? Ce qui me fait dire que je ne suis jamais allé à celui de Boulogne…

 

(de quoi ça parle en vrai)

Dans cette adaptation très libre, contemporaine et urbaine du Petit Chaperon rouge, Claudine Galea interroge la peur ancestrale du « loup », celle de l’agression. Entre le conte et le périph’, la légende et le fait divers, Au Bois est une histoire d’insoumission et de liberté où les filles, qu’elles soient mères ou adolescentes, sont avant tout des femmes qui ne s’en laissent plus conter. Ni par les parents, ni par les loups, ni par les bois, ni par les chasseurs, ni par la rumeur, cette vox populi qui affiche sa morale puritaine et qui sournoisement a faim de vengeance et de sang. En ces temps de repli, de brutalité et d’humiliation, ces temps où l’individu isolé ne semble pas pouvoir grand-chose, Au Bois est une pièce où l’on parle haut, où l’on chante fort, où la jeunesse donne le La, une pièce où l’on ne renonce à rien et surtout pas à aimer. Ici, la friction entre légende et hyperréalisme laisse planer une abstraction poétique et place la parole en apesanteur. L’économie de l’écriture, signe d’une retenue pudique, laisse s’éveiller les sensations et immédiatement filtrer une émotion infinie. (http://www.colline.fr/fr/spectacle/au-bois)

 

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Crédits photos : Jean-Louis Fernandez

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Avant toute chose, je voudrais écrire ici toute mon admiration pour Emilie Incerti Formentini que j’avais vue deux fois dans « Rendez-vous gare de l’Est » de Guillaume Vincent. Parfois on prend son ticket pour un auteur ou un metteur en scène. J’ai pris le mien grâce au nom d’Emilie Incerti Formentini. Et un peu grâce à celui d’Emmanuelle Lafon. Ces deux comédiennes osent tout et assument. La première joue le rôle de la mère « bigger than life » de celle qu’on pourrait appeler « Le petit chaperon rouge » qui, elle, est interprétée par la prometteuse ancienne élève de l’ERACM (et vue dans Mercy d’après Toni Morrison) Sephora Pondi, la deuxième se la joue bruiteuse officielle de Prédator et interprète le bois him.her.self.

« Au Bois » est une pièce qui ose chanter comme dans les Disney, désorienter le spectateur (je n’ai pas su quoi penser à la sortie du spectacle, passant allègrement de la fascination à la déception). Je ne fus pas convaincu par la vidéo, même si je me rappelai que « La nuit du chasseur » de Charles Laughton, dont on voit des extraits, était un sacré chef d’oeuvre, à voir sur grand écran. On peut y voir également « la rumeur publique » : des acteurs filmés façon grand guignol. Mon intérêt s’étiole.

Le bois n’est pas un bois. Benoît Bradel sait y faire, question atmosphère. Clédat & Petitpierre à la scénographie et à la costumerie n’y sont pas pour rien. Le temps s’étire : la fin n’est pas la fin. Les personnages féminins ne se laissent pas faire et cela ne nous laisse finalement pas indifférent.

 

vu le jeudi 3 mai 2018 à la Colline, Paris.

Prix de la place : 13€ (carte Colline)

 

AU BOIS

d’après le texte de Claudine Galea

mise en scène Benoît Bradel

avec Raoul Fernandez, Émilie lncerti Formentini, Emmanuelle Lafon, Seb Martel, Séphora Pondi

à l’image François Chattot, Vincent Dissez, Norah Krief, Dalila Khatir, Annie Mercier, Thalia Otmanetelba

scénographie et costumes : Clédat & Petitpierre – musique : Alexandros Markeas, Seb Martel – assistanat à la mise en scène Maëlle Dequiedt – vidéo : Kristelle Paré – son : Thomas Fernier – lumières : Sylvie Garot – collaboration à la dramaturgie : Pauline Thimonnier – régie générale : Mathilde Chamoux – régie plateau et assistanat régie générale : Marie Bonnemaison – réalisation costumes : Anne Thesson – travail vocal  : Dalila Khatir – travail corporel : Akiko Hasegawa

Jusqu’au 19 mai 2018 à la Colline

 

(une autre histoire)

Ma mère me demande de porter des galettes et du beurre à ma grand-mère. Non, mais elle m’a pris pour le Petit Chaperon Rouge ? Ok, j’ai pas la forêt à traverser, seulement cinq étages à descendre en ascenseur, mais c’est pas une raison. J’ai plein de trucs à faire. Là comme ça, je ne sais pas quoi, mais j’ai sûrement plein de trucs à faire, en cherchant bien. Ma mère insiste. J’accepte. Je n’ai jamais su dire non à ma mère. Je garde mes pantoufles, mon pyjama et mon peignoir, y a des courants d’air dans les couloirs.

L’ascenseur est en panne. Ça veut dire que je dois descendre et monter à pied. Je suis certain que vous l’aviez deviné. C’est pas plus mal. Y a toujours des chiens qui pissent dans l’ascenseur. Quand c’est le cas, on est comme Jacques Mayol. Nous autres, habitants des étages supérieurs, on est champion d’apnée. Je descends… Je descends… je descends… Parfois j’entends des gens sortir de chez eux. J’attends qu’ils descendent à leur tour. Pas envie de parler. J’arrive chez Grand-Mère. On a notre code. Je frappe à la porte d’une certaine façon, je veux dire. Pour qu’elle me reconnaisse. Je pose mon oreille contre la porte. Quand je n’entends rien, je recommence. Sinon j’attends. Je l’entends se lever de son fauteuil, dire « J’arrive », actionner le verrou et elle ouvre la porte.

Je sors de chez ma Grand-Mère. On a joué aux Petits Chevaux. Avant de partir, elle me dit : « Tu sonneras trois coups (au téléphone) pour me dire que tu es bien arrivé, hein ? ». C’est ce que je fais toujours. Et donc je monte… je monte… je monte… Entre les sixième et septième étages, la lumière s’éteint. Le minuteur n’est accessible que sur les paliers. Je l’atteins et la lumière fut. Non, il ne s’est rien passé. Pas de croquemitaine, pédophile ou grand méchant loup.

En revanche, la nuit prochaine, je rêverai de ces escaliers, je cauchemarderai d’un clown qui s’appelle Pinkie Pou et qui me poursuivra. C’est pareil quand je prends l’ascenseur, de toute façon. Je fais des cauchemars toutes les nuits. Rien n’y fait. Il faudrait que je ne dorme pas. Ou que je reste chez moi.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Les 7 Jours de Simon Labrosse (Carole Fréchette / Julie Lépy / Théâtre de Ménilmontant)

(quand on ne lit pas la bible)

Les 7 jours de Simon Labrosse ? Dieu a vraiment un nom bizarre… Simon Labrosse ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Tour à tour cascadeur émotif, finisseur de phrases, flatteur d’égo ou allégeur de conscience, Simon Labrosse multiplie les métiers farfelus. Il convie le public à assister à la représentation de 7 jours de sa vie, aidé par Léo et Nathalie, deux comédiens atypiques. Simon tente de trouver sa place dans la société en luttant contre sa propre solitude, dans cette quête toute aussi absurde que poétique. (https://www.menilmontant.info/fr/programme/les-7-jours-de-simon-labrosse#)

 

 

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

« Les 7 jours de Nathalie et Léo », voilà comment aurait dû s’appeler la pièce tellement les deux comédiens emportent le morceau. Il faut dire que Carole Fréchette a écrit ce qu’il faut pour que les personnages « secondaires », qui aident Simon Labrosse à raconter son histoire, soient des « scene stealers », comme on dit à Hollywood. C’est le syndrome Dawson/Pacey. J’ai toujours dit que la série de la fin des années 90 « Dawson » devait s’appeler « Pacey ». Les initiés apprécieront. Pour avoir vu une autre version au début des années 2000 (mise en scène par Romane Bohringer), le personnage de Simon Labrosse était également haut en couleurs, donc ce n’est pas une question d’écriture. Tout ça pour dire que Barbara Lambert et Michaël Giorno Cohen qui interprètent Nathalie et Léo sont très bons. Je peux cependant comprendre que le personnage de Simon Labrosse puisse paraitre plus… moins… comment dire… que ces deux camarades. Le trop tue le mieux. J’ai déjà fait plus clair dans mes arguments, je vous prie de bien vouloir m’excuser. Peut-être sont-ce le débit mitraillette et la diction parfois approximative de Julien Portugais qui ont déteint sur moi. Ce que je veux dire, c’est que si les trois personnages avaient été « over the top », cela aurait pu vite tourner à l’hystérie.

Mais le texte est là. Et la compagnie a fait un joli travail d’adaptation du québécois au français, moi qui n’aime pas quand des Français imitent l’accent québécois ou reprennent certaines de leurs expressions.

Quand on connait une pièce par coeur (je connais cette pièce par coeur, ou presque), il est dur d’être étonné. Surtout sur ce genre de pièces qui ne permet pas, à mon sens, un nombre illimité d’adaptations originales. En cela la mise en scène reste très sage et classique pour ce type de productions mais il y a quelques bonnes idées, notamment, celle de la rencontre entre Simon et la Nathalie de son coeur, partie en Afrique aider les plus démunis.

En somme, je suis toujours amoureux de ce texte, simple, certes, mais à l’écriture inventive et au propos toujours d’actualité : Sale temps pour les rêveurs !

 

vu le mardi 1e mai 2018 au Théâtre de Ménilmontant, Paris.

prix de la place : 13,90€ (billetreduc)

 

LES 7 JOURS DE SIMON LABROSSE

Auteur : Carole Fréchette

Mise en scène : Julie Lépy

Distribution : Barbara Lambert, Michaël Cohen, Julien Portugais

Musique : Les Frères Dubz

Par la Compagnie Les 7 Fromentins (https://www.facebook.com/Les7Fromentins)

tous les mardis jusqu’au 29 mai 2018 au Théâtre de Ménilmontant, Paris.

 

(une autre histoire)

En 1996, on me dit de lire Durringer, les « Chroniques des Jours Entiers, des Nuits Entières ». En 1997 je parle à mes camarades de l’éventualité de monter ce texte. On a 17, 18, 19 ans. Bientôt on quittera le lycée pour de nouvelles aventures. Notre compagnie s’appellera Les Menteurs. (J’avais proposé les Tricheurs, sans succès). Je sélectionne les textes, en fait le montage mais ne veux pas prendre en charge la mise en scène. Je pense déjà au collectif. Malheureusement, après deux lectures, on arrête (ridicule, je sais…). Des retards, on ne sait pas comment faire, pas la même motivation chez chacun. En 1998 (ou bien était-ce en 1999… en 2000 ?), je vois une version des Chroniques à Avignon avec une de mes camarades. Premier rang. Nous fîmes la gueule durant toute la représentation. Pas comme ce que nous avions en tête. Silence à la sortie. Nous nous regardâmes, mais nous savions.

En 2017, nous sommes trois à composer le collectif créé deux ans plus tôt (à l’occasion du montage d’une pièce que j’avais écrite) et nous nous voyons obligés pour des raisons dépendantes de notre volonté de reporter sine die les représentations de « Les Sept Jours de Simon Labrosse » de l’autrice québécoise Carole Fréchette. Nous répétions depuis plusieurs mois mais…

En 2018, je vois une nouvelle version de « … Simon Labrosse » au théâtre de Ménilmontant, accompagné d’un de mes camarades. Nous envoyons une photo à Numéro trois, restée pouponner, qui nous demande quand nous nous reverrons pour répéter. Le seul point positif, c’est qu’on se parle encore, malgré l’échec qu’a pu représenter la non-présentation du fruit de notre labeur. Nous sommes au premier rang. C’est drôle de voir comment les idées circulent. « Tiens, on s’était dit de faire la même chose, alors que ce n’est pas indiqué dans le texte ». Mon camarade semble apprécier à sa juste valeur la pièce. Je l’envie. Mais je fais des progrès. Je crois que j’ai souri. Je n’ai que moyennement apprécié la prestation de l’acteur qui interprétait le rôle que j’aurais dû jouer l’an passé.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito