The Rolling Stones (U-Arena – 25/10/17)

(quand on ne sait pas où on met les pieds)

Y aurait-il un rapport avec la pièce mise en scène par Marie Rémond qui narre l’enregistrement de « Like a rolling stone » par Bob Dylan ?

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Même si je suis plus Beatles que Stones, comme on dit, j’ai appris à connaître ces derniers, à les apprécier, à admirer leur longévité, leur talent, leur amour immodéré pour le blues. La première fois que j’ai dû entendre une de leurs chansons, ce fut par le truchement d’une cassette audio que nous avait donné un proche de la famille : une seule chanson d’eux, parmi Pink Floyd, Alain Bashung et j’en passe : Start me up. Puis, passant mon temps devant la télé, je tombai par hasard sur le générique de la série se déroulant au Vietnam « L’enfer du devoir » avec comme pour thème le fameux « Paint it black ». Malgré tout cela, je dois faire l’aveu que je n’ai jamais acheté un seul album des Pierres qui roulent… Ne me jetez pas la…

Le concert a lieu à l’U-Arena de Nanterre ou la plus grande arena d’Europe (36 100 spectateurs hier soir). Ça veut dire quoi U ? La zone est ultra sécurisée pour les raisons qu’on peut deviner. J’en profite tout de suite pour parler du retour au métro/RER, tous ces gens (et moi-même) allant dans la même direction m’ont fait penser, au choix, à la transhumance des moutons (et je reste soft) ou à des zombies du film de Danny Boyle, « 28 jours plus tard ».

Immédiatement, on sent un truc spécial (c’est quoi le mot déjà ?) en attendant d’entrer dans la salle. L’impatience, le sentiment qu’on va vivre quelque chose de magique, entourés de fans purs et durs.

La première partie (Cage the Elephant) est passée vite, grâce aussi à mes bouchons d’oreille. Tu entends la musique, mais pas ce qui se passe à côté de toi. Drôle de sensation. Le chanteur s’agite énormément et en vain. Il me vient à l’esprit l’anecdote racontée dans la série Roadies de Cameron Crowe, à propos de Lynyrd Skynrd, en première partie des Stones… Mais je n’ai pas le temps de la raconter ici…

Le vrai concert démarre. Sympathy for the Devil. Woo Woo. La voix de Mick est assurée, le son à l’arrivée de la guitare tonitruante de Keith n’est pas top et je ne vois absolument rien malgré les 128€ que m’a coûté la place, si ce n’est les écrans géants.

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Photo : Edmond Sadaka/RFI (photo de couverture : Axel Ito)

Les voir en détail sur les écrans géants me fait penser à Chéreau « Des visages et des corps ». Ou bien est-ce le contraire, je ne sais jamais. Mick ne parait pas ses 74 ans. Il bouge comme s’il en avait la moitié et va assurer durant les 2h15 du concert. Il est tout sec, parle un français sans accent. Keith me fait penser à la vieille cousine qui nous mettait sur ses genoux et qui nous parlait à deux centimètres du visage pour bien sentir toutes les Gitanes qu’elle avait pu fumer depuis le début de la journée. On voit des bras décharnés, des bras de vieux mais les doigts fonctionnent encore, même si… bon… même moi j’ai entendu les fausses notes… On le voit sourire, s’amuser avec le camarade Ronnie, qui me ferait peur si je le rencontrais au détour d’un sentier. Quant à Charlie Droopy Watts, il conserve son flegme légendaire, même si on a l’impression qu’il ne joue pas les notes qu’on entend, mais c’est sûrement dû au léger décalage son/image. Les chansons sont peut-être jouées un poil plus lentement qu’il y a vingt ou trente ans, mais ça envoie. 24 heures plus tard, je dois encore avoir les oreilles qui sifflent, mais c’est pas grave, façon de parler. L’occasion d’entendre en vrai, en fort « You can’t always get… », « Miss you », « Jumpin Jack Flash », etc. Le rappel avec Gimme Shelter fut dantesque, sans compter l’éternelle « Satisfaction ». Ce dont je me souviendrai, c’est leur (apparente) joie, le bonheur d’être encore sur scène, ensemble, soulignant qu’hier était leur dernier concert, mais pas pour toujours, se sont-ils empressé de préciser. Ils reviendront.

 

The Rolling Stones à l’U-Arena de Nanterre (92)

avec en première partie Cage the Elephant

 

SETLIST : Sympathy for the devil – It’s only rock’n’roll (but i like it) – Tumbling Dice – Just your fool (Buddy Johnson and his orchestra cover) – Ride ‘em on down (Jimmy Reed cover) – She’s so cold – She’s a rainbow – You can’t always get what you want – Paint it Black – Honky Tonk Women – Happy – Slipping Away – Miss You – Midnight Rambler – Street Fighting Man – Start me up – Brown Sugar – Jumpin’ jack flash – (Rappels) Gimme Shelter – (I can’t get no) satisfaction

Ps : Mick Jagger, dans la minute people, nous a indiqué qu’étaient présents dans la salle Patrick Bruel, Sylvie Vartan, Daft Punk et Brigitte Macron. Mais ont-ils payé leur place ? Ont-ils passé des heures devant l’ordinateur à réactualiser la page et tenté d’acheter leur place avec leur petite carte bleue posée à côté de l’ordinateur, maudissant leur fournisseur d’accès, je pose la question ???

 

(une autre histoire)

Je ne comptais rien écrire de plus, mais je me sens obligé, pour ma santé mentale, parce que j’ai besoin d’expulser ma colère, de vous conter ceci. Et comme j’écris cette chronique dans le TGV Paris – Aix en Provence de 9h21, je me permets. Oui, mes autres histoires ont toujours un lien avec mon sujet principal.

Tu te fais chier à réserver tes places deux mois à l’avance, à choisir le siège : en bas (parce pas envie de monter la lourde valise dans les compartiments du haut), dans le sens de la marche (parce que j’ai toujours eu le mal des transports), côté fenêtre (je ne me rends jamais aux toilettes des TGV et prendre un café à trois euros, non merci, au moins je peux regarder le paysage et m’appuyer contre la vitre pour dormir). J’arrive avec suffisamment d’avance pour être parmi les premiers à entrer dans le train et trouver encore de la place pour ma valise. Parce qu’il n’y a jamais assez de places pour toutes les valises des gens qui partent en vacances.

Je suis à ma place. Voiture 17 siège 26. Un homme d’une cinquantaine d’années s’assoit à côté de moi. Il a la jambe plâtrée. Son épouse me demande si je veux bien changer de place, parce qu’ils ont pris leurs places sur internet (je ne comprends pas cette excuse), que sa place à elle est en haut. Dans cinq minutes, le train prendra son envol. Je les regarde, je refuse. « Vous comprenez, la place pour la valise, tout ça, tout ça et il est hors de question que je la laisse ici sans surveillance. ». « Oui, je comprends bien », me répond-t-on. Non, mais c’est vrai, quoi, pourquoi c’est toujours les personnes seules qui doivent changer de place ? Déjà que vivre nous coûte plus cher, nous sommes celles qui devons laisser la place aux autres. « Vous pouvez vous décaler ? Vous attendez quelqu’un ? Mon homme/Ma femme a la place ici, a la place là. Purée, je vais geler les miches sur ton strapontin et toi, tu vas profiter de ma place toute chaude, à fricoter avec ton/ta chèr.e et tendre, tandis que moi, ben, j’aurai que mes yeux pour pleurer, parce que tu me mets face à ma solitude ?

Cinq minutes plus tard, la femme revient à la charge. « Vous voulez bien changer de place alors ? Cette dame veut bien se déplacer et vous prendriez sa place. regardez : C’est dans un carré. Vous serez mieux pour travailler. » Une place en carré avec une famille de trois dont deux jumelles de dix ans. Je déteste les jumeaux, ils m’angoissent. J’aurai encore moins de place pour les jambes, pis je suis dans le sens inverse. ». J’accepte. Ils me remercient. Je ne réponds pas : « Je vous en prie ».

Je suis le vieux garçon avare, misanthrope que je redoutais de devenir. Au secours.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

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Sgt Pepper Live (Philharmonie)

(quand on ne lit pas la bible)

Paul McCartney et Ringo Starr sont de retour avec les hologrammes de John Lennon et George Harrison et peuvent ainsi rejouer, cinquante plus tard, dans son intégralité, l’album Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Mais il se joue également ici quelque chose d’autrement plus important, le nouveau volet de la guerre fratricide entre les Beatles et les Rolling Stones. Ces derniers sont justement de l’autre côté de Paris, à Nanterre, pour une nouvelle série de concerts jusqu’à mercredi prochain. Il s’agit aujourd’hui d’une guerre de décibels dont Paris ne sortira pas indemne. Les Papys font de la résistance !

(de quoi ça parle en vrai)

Célébré comme l’un des albums les plus influents de tous les temps, Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band a marqué son époque et inspiré plusieurs générations d’artistes. Jamais interprété sur scène par ses créateurs, le chef-d’œuvre des Beatles et sa galerie de personnages prennent vie pour un concert unique. Le musicien et compositeur anglais Ed Harcourt, auteur de 6 albums très remarqués et collaborateur de Marianne Faithfull, Patti Smith, Erik Truffaz, a réuni un « super-groupe » avec la crème de la scène rock indépendante britannique. Autour de lui, des membres de The Libertines, Supergrass, The Coral, The Beta Band, Primal Scream pour un hommage résolument british et rock. (site de la Philharmonie de Paris)

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Crédits photos : Axel Ito

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Petit, j’écoutais Chantal Goya, Claude François et The Beatles. Éclectique déjà j’étais. Cloclo est mort neuf mois avant ma naissance… Certains y verraient une coïncidence, d’autres une réincarnation. Je n’ai jamais vu Chantal Goya sur scène : un manque cruel dans ma vie. Mais j’ai déjà assisté à un concert de Paul Mc Cartney (à Bercy, 2h30 de bonheur), je me suis rendu sur Abbey Road, mais comme j’étais tout seul, je n’ai pas pu immortaliser ce moment et me faire écraser par les riverains excédés…

C’est donc avec une émotion non feinte que je pénètre pour la première fois à la Philharmonie, la vraie. Ce super groupe, qui va rejouer très fidèlement l’album le plus emblématique des Beatles, est la raison de ma présence, puisqu’il compte dans ses rangs le chanteur du Beta Band, deux tiers de Supergrass, un soupçon de Primal Scream et de The Coral, ainsi que The Libertines, de qui je suis passé un peu à côté,  je l’avoue, le tout chapeauté de main de maître par le trop méconnu Ed Harcourt et accompagnés par des sections cordes et cuivres.

Les deux premiers morceaux « Sgt Pepper » et « With a little help… » s’enchainent parfaitement avec au chant Gaz Coombes pour le premier morceau et Danny Goffey pour le deuxième, tous deux membres de Supergrass qui me manque terriblement. Ce seront peut-être, malheureusement, les meilleurs moments de ce concert. Arrive ensuite le plus connu de tous : Pete Doherty, en bleu de travail. Autant dire qu’il a massacré Lucy in the Sky With Diamonds (et d’autres chansons par la suite) (peut-être se rattrapera-t-il pour la deuxième session à 20h30 ce soir -> la réponse est négative). Certes il est arrivé à l’heure en ce dimanche après-midi mais il n’a pas fait ses devoirs et il chante putain de faux. Pardonnez-moi cet écart de langage, mais mes oreilles ont saigné cet après-midi. Surtout que les backing vocals (que je cite un peu plus bas) étaient plutôt justes, vocalement parlant. Et son camarade des Libertines, Carl Barât était à peine meilleur (ou moins pire, c’est selon). On va dire qu’il n’était pas dans sa tessiture de voix, tout ça tout ça. L’occasion de saluer Gaz Coombes, Daniel Goffey, Paul Duffy (The Coral), Barrie Cadogan (Little Barrie & Primal Scream) et évidemment Ed Harcourt qui ont assuré du début à la fin la partie musicale, avec un « A Day in the Life » impressionnant, si on occulte les saigneurs d’oreilles (répétition assumée) que sont les Libertines.

Malgré un son pas hyper bon, sûrement dû à ma localisation dans la Philharmonie tout en haut sur le côté, une ambiance pas folle folle côté public et j’ajouterai un petit manque de préparation chez certains, le concert fut tout de même une honnête célébration de cet album, vive Supergrass et Ed Harcourt, même si… ben… on ne remplace pas The Beatles comme ça et pour cause. Avec en rappel Penny Lane et Strawberry Fields Forever : Ze Cherry on the cake !

(et par charité chrétienne, je ne mentionnerai pas l’autre anniversaire de l’album mené par Yvan Cassar au Théâtre des Champs Élysées avec Cabrel, Voulzy, Willem (la tortue, pas le dessinateur)…)

(je crois que je n’aurais jamais dû réécouter le concert via la retransmission live de ce soir…)

 

vu le dimanche 22 octobre 2017 à 16h30 à la Philharmonie de Paris (19e)

prix de la place : 18€75 (cat 3 – tarif abonnement)

 

Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band LIVE

avec Ed Harcourt (direction musicale, chant, guitare, piano, claviers) , Carl Barât (chant), Peter Doherty (chant), Steve Mason (chant), Danny Goffey (batterie, chant), Gaz Coombes (guitare, chant), Paul Duffy (basse, chant), Barrie Cadogan (guitare, voix), Ben Castle (saxophone, clarinette), Sky Murphy (trombone, trompette), Simon Bessaguet (cor), Gita Langley (violon), Jessie Murphy (violon), Amy Stanford (alto), Amy Langley (violoncelle)

 

(une autre histoire)

1e juin 1967

Ma soeur me rabat les oreilles avec Michel Legrand et ne me parle qu’en chantant. Ou bien est-ce le contraire, elle chante en me parlant ? Elle a vu « Les Demoiselles de Rochefort » trois fois. Elle veut que je fasse une des deux jumelles. Je l’ai accompagnée la deuxième fois. J’aime bien Françoise Dorléac, sa voix, son visage. Je suis sûr qu’elle a la peau douce. Je pense que sa soeur Catherine Deneuve ne fera pas une grande carrière. Je veux seulement que ma soeur me laisse écouter mon nouveau vinyle, celui des Beatles, le Sergent Poivre. C’est mon tour, qu’elle me dit.

– T’en as pas marre, Papa ?

– C’est vous deux qui m’énervez, il me dit, je peux même pas écouter mon disque de jazz tranquille. Il faudrait des postes partout, voilà, dans chaque pièce. Avec des casques !

L’an prochain, je passe le bac, là je suis en première, il va peut-être falloir que je travaille un peu, si je veux l’obtenir. Y a cette fille qui me tourne autour, elle s’appelle Fabienne. Parfois j’aimerais m’appeler Antoine. Et pendant ce temps, j’écris dans mes carnets noirs et sur ma Remington. Faut que je fasse gaffe, j’ai tendance à faire référence à tout. Les noms propres, tout ça… Je me demande, dans cinquante ans, ce que je penserai de ces notes. J’aurai… quoi… soixante-sept ans en 2017. 2017… une date qui parait irréel. J’ai des doutes sur les voitures volantes, mais quand même… il se passera quoi ? Je serai qui ? Grand-père sûrement. Je serai marié avec la voisine ou Fabienne, tiens. Je serai à la retraite dans mon fauteuil roulant. Mes parents seront sûrement morts. Moi aussi je serai peut-être mort.

Tout est prêt, j’ai nettoyé le saphir de mon tourne-disque, j’ai décroché le téléphone. Ça craque un peu quand je pose le saphir sur le disque qui tourne, on entend les instruments qui s’accordent…

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

Mathieu Madénian (Bataclan)

(de quoi ça parle en vrai)

Ben… c’est Mathieu Madénian qui est au Bataclan… avec aussi trois (très courtes) premières parties, mais j’en parlerai un peu plus loin.

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Les gens qui me connaissent savent que je ne souris jamais. Même quand je pense sourire, mes lèvres ne font pas le boulot. Mais devant le spectacle de Mathieu Madénian, j’espère que les caméras présentes ont capté mon visage au moins une fois : j’ai ri du début à la fin. Alors certes, quelques bons mots avaient déjà été entendus ici et là (le spectacle tourne maintenant depuis presque deux ans et Mathieu Madénian l’a joué deux dernières fois aujourd’hui à Paris au Bataclan) mais j’ai ri. On m’a entendu, j’en suis certain. Je crois être plus réactif que la moyenne, j’entends la vanne, je comprends, bam je ris, avant tout le monde. Je me suis vu avoir les larmes aux yeux et penser à ma mère quand elle a le fou rire et qu’elle a les larmes aux yeux. Là je me suis arrêté de rire.

Je suis celui qui fait la fine bouche à Avignon, pendant le festival, en voyant les gigantesques affiches de tous les comiques plus ou moins vus à la télé, dans la rue de la Raie ou devant ce théâtre qui porte le nom d’une célèbre capitale française. Je suis celui qui s’ennuie après cinq minutes de one man show. Je suis celui qui décortique les transitions des stand-uppers.

Ici aucun temps mort, tout y passe (la famille, le handicap, l’extrême droite, les enfants…), Mathieu Madenian maîtrise son sujet (heureusement me direz-vous), il ne s’épargne pas non plus (son corps, un seul film de cinéma au compteur…) Il provoque mais transparait sa générosité. Il fera même naître un soupçon d’émotion quand il évoquera, inévitablement, à la toute fin du spectacle les attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan. L’humoriste a le bon goût aussi de présenter un spectacle très resserré, à peine 1h15, on ne voit pas le temps filer. (je n’aurais jamais pensé autant apprécier son spectacle… Ok, c’est samedi, je n’avais aucun spectacle programmé aujourd’hui, je n’ai toujours pas de vie sociale ni amoureuse (humour de répétition), j’y suis allé par hasard.)

 

 

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Ceci étant dit, je reviens brièvement sur les trois premières parties de cinq minutes chacune environ : Akim Omiri, Hakim Jemili et Fadily Camara. Le premier avait le mérite de démarrer (et ce n’est pas simple quand les gens ne sont venus que pour Madénian et pas un autre) et prenait également le risque de rebondir sur l’info chaude, à savoir le sujet du harcèlement sexuel et du hashtag balancetonporc. J’ai trouvé déplacé (on va dire que j’ai mal compris le degré d’humour, j’étais loin, tout ça…) le fait qu’il dise que toutes les femmes, au lieu de se répandre sur les réseaux sociaux, auraient pu porter directement plainte au commissariat. Je ne dis pas qu’il ne faut pas plaisanter sur ce sujet-là, c’est juste que ce n’était pas drôle. Il faudra aussi qu’on m’explique pourquoi on applaudit quelqu’un qui annonce qu’il/elle est marié(e), waouh le courage ! Ce fut le cas pour les deuxième et troisième partie. Hakim Jemili, je vous en reparlerai quand j’aurai trouvé la transcription de ses cinq minutes, car je n’ai pas compris un mot sur deux tellement sa prononciation laissait à désirer. J’ai néanmoins trouvé Fadily Camara assez prometteuse, avec un bon tempo, de la répartie. Encore une fois je me doute qu’il n’est pas facile d’ouvrir le spectacle de quelqu’un d’autre et de convaincre en moins de cinq minutes (bon… après… c’est un peu leur métier, comme disait l’autre…) et Mathieu Madénian a l’expérience pour lui. Patience.

 

vu le samedi 21 octobre 2017 à 16h30.

prix de la place : 3,5€ (tarif WeClap)

 

Mathieu Madenian au Bataclan (Paris)

et en tournée le 27 octobre 2017 à St Egrève, le 24 novembre 2017 à Crosne, le 13 décembre 2017 à Ladun l’Ardoise et le 16 décembre 2017 à Boucau (liste non exhaustive)

 

(une autre histoire)

Paris, est-ce que tu es chaud ce soir ? Y a t-il de la belette célibataire dans la salle ? Parce que, qui c’est qui est célibataire ici ? C’est bibi ! Hahaha ! Sans déconner, ça fait six mois que je suis une âme esseulée. Un an et six mois ! Hahaha ! C’est pas tous les jours facile. Hier soir encore, je suis allé voir un spectacle, je devais m’asseoir au milieu du rang, ben t’as un couple d’amoureux, ils se tenaient la main, les bâtards, ils se sont même pas dérangés pour me laisser passer. J’ai donné des kick par ci par là, ils pouvaient rien dire, le spectacle avait déjà commencé. Hahaha ! J’arrive tout le temps en retard. C’est une malédiction. Quand je vivais à Marseille, j’étais tout le temps en avance, à faire trois fois le pâté de maison, les gens se disaient : « Mais ça fait deux fois qu’il passe par là, il veut nous cambrioler, mais on l’a déjà été cinq fois ce mois-ci ! » Hahaha ! J’essayais cette vanne, c’est pas grave, je l’enlèverai. Ici je suis toujours en retard. Y a quelque chose dans l’air du métro qui me fait traîner. Parce que je prends le métro, ouais… Trop cool vos applaudissements. Merci. Je prends le métro et je ne sais pas si vous avez remarqué mais une fois sur deux y a un accordéoniste roumain qui joue La Vie en Rose. Je ne suis jamais allé en Roumanie. J’adorerais pourtant visiter sa capitale… Rome, c’est ça ? … Mais je suis allé en République Tchèque et j’ai mangé une banane Tchéquita… Chiquita… Je savais qu’elle passerait pas cette blague, mec. Bon, ok, on l’enlèvera aussi. Comme le grain de beauté qui est sur mon sguègue. Pourquoi vous ne riez plus ? Je suis un artisan, mesdames et messieurs, j’écris moi-même mes blagues et c’est pas tous les jours facile. C’est le nom de mon spectacle, ça tombe bien. Je pourrais faire comme d’autres et piquer les vannes de Louis CK, Richard Pryor, Garcimore. Ça c’était pour la rime. Mais je ne le ferai pas. Trop de respect pour ces mecs. R-E-S-P-E-C-T comme chantait la grosse Bertha. Je veux dire, Aretha. Vous ne me méritez pas. Je drop le mic… mais je le rattrape avant qu’il tombe par terre, il coûte hyper cher.

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

Le Camion (de Missolz – MC93)

(quand on ne lit pas la bible)

« Dis camion ! » « Camion. » « Pouet Pouet »

 

(de quoi ça parle en vrai)

Un film hors norme de Marguerite Duras réinventé sur un plateau de théâtre avec une inventivité scénique qui inscrit le récit dans une modernité réjouissante. Sur scène, trois comédiens jouent à Duras, portent la vérité profonde de sa poésie et la décalent dans un esprit de provocation espiègle ! (site de la MC93)

 

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Photo du tournage du film de Marguerite Duras (photo de couverture : Jean-Louis Fernandez)

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Il est difficile d’avouer qu’on n’a pas grand chose à dire sur une pièce. J’aurais pu chercher des critiques ici et là, en faire une synthèse (j’étais fort en synthèse à la fac) plutôt positive pour flatter l’artiste, me faire retweeter/partager et gagner (peut-être) en lecteurs. Je pense même que j’aurais pu copier coller ma non-critique de « Se sentir vivant » de Yasmine Hugonnet, fainéant que je suis (chez moi, on dit feignant). Alors bon, je me mets dans la position de la metteure en scène du Camion, ce genre d’introduction ne me plairait guère. Vaut-il mieux n’avoir rien à dire ou détester, tant et si bien que les arguments négatifs se ramassent à la pelle ?

Ce que je veux dire, c’est que le spectacle ne m’a pas énervé, je n’ai pas trouvé ça mauvais non plus : le trio d’acteurs tient la route (toutefois j’ai des réserves sur le personnage muet mais vous pourrez lire les dernières phrases de cette non-critique, qui n’a jamais aussi bien porté son nom), surtout, et pour cause, Laurent Sauvage qui interprète le rôle de Duras délivre sa partition remarquablement bien (euh… quand il arrive en armure sur la musique de Era qu’on entend également dans le film de Jean-Marie Poiré « Les Visiteurs », c’était fait exprès, rassurez-moi, okay ?) (non, parce que pendant longtemps je fus celui qui se vantait d’avoir, non pas des goûts de chiottes, mais des goûts éclectiques et alors que les discussions volaient trop haut, je me faisais un point d’honneur de les redescendre… et là c’est Duras Duras Duras et bim t’as Clavier et Reno en tête.) De plus, j’ai l’impression qu’il fallait avoir vu le film pour comprendre la pièce. Non, mais les gars, déjà que je ne lis pas le programme, vous voudriez me rajouter des devoirs avant de venir ? Ok, j’ai rien compris (cela dit, parfois je ne comprends rien, mais j’arrive à me raccrocher à la remorque du camion). Ok. Je me tais. Je veux dire, j’arrête d’écrire. (je viens de trouver sur Youtube le film de Duras… je me tais, je me tais…)

vu le mardi 17 octobre 2017 à la MC93 Bobigny

prix de la place : invitation Télérama

 

Le camion

Mise en scène Marine de Missolz

Texte Marguerite Duras

Avec Olivier Dupuy, Hervé Guilloteau, Laurent Sauvage

Collaboration artistique Nicole Deschaumes – Lumière Philippe Berthomé assisté de Arnaud Godest – Musique Matt Elliott – Vidéo Tesslye Lopez – Décor et costumes Ateliers du Théâtre national de Strasbourg. – Stagiaire lumière Mathilde Domarle

 

(une autre histoire)

« Ça aurait été une route, sur le bord de la mer. » Ça serait l’histoire d’un camion bleu… tiens, un enfant aurait en jouet le même camion bleu. Le narrateur se rappellerait du jeu qu’il jouait étant enfant avec sa soeur et auquel il joue encore, trente ans plus tard. S’ils rencontraient sur l’autoroute un camion Papalino, célèbre transporteur du sud de la France, ils crieraient : « Pa – pa – liiiiii- noooo ! ».

Ça aurait été une micro fiction. Oui, c’est une micro fiction. Avec un camion fou qui traquerait un pauvre automobiliste, mais ça, ça a déjà été fait.

Ce camion aurait pris une auto-stoppeuse, d’âge indéterminé. Nous serions en Gaspésie et la radio serait allumée : on entendrait « Le chat du café des artistes » de Jean-Pierre Ferland. Le chauffeur ne parlerait pas, la femme non plus. Elle indiquerait avec son doigt le chemin à prendre. Une ligne droite. Elle tournerait la tête et verrait le poster d’une femme nue non épilée. La femme regarderait le chauffeur, le chauffeur ne la regarderait pas. Elle se dirait qu’il n’est pas dans le bon costume : cet homme ne ressemble pas à un chauffeur de truck. Il a racheté le camion avec la panoplie qui va avec, radio CB, poster porno, lettres clignotantes, klaxon chantant, même si elle ne l’entendra pas klaxonner. Il roulerait sans trop savoir où aller. Sa vie est une ligne droite sans fin. Il ne rencontrerait jamais personne, sauf aujourd’hui. Pourtant ils ne se parleraient pas. La femme s’endormirait, puis se réveillerait.  Elle serait debout au bord de la route, mais ça ne serait pas un rêve. Elle verrait le camion s’éloigner. Ils seraient revenus à leur point de départ. Elle aurait le pouce levé, alors même qu’elle n’entendrait ni ne verrait de camion ni aucune autre voiture. Plus rien. Elle ne regarderait ni à gauche ni à droite. Le pouce levé. Le pouce baissé.

« Quand on est mort, c’est qu’on est mort. Quand on ne vit plus, c’est qu’on ne vit plus. » (Jean-Pierre Ferland – Le chat du café des artistes)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

Weezer (Olympia)

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Difficile d’estimer mon degré d’impatience : je vais enfin voir Weezer en concert ! Je me souviens avoir découvert leur tout premier album grâce à des jeunes Flamands qui étaient venus près de chez mes grands-parents pour apprendre le français durant l’été 1994 et nous avions dansé sur Undone the Sweater Song qui m’avait marqué à l’encre indélébile. Et je constate que je suis loin d’être le seul dans ce cas, aux vues de mes congénères dans un Olympia qui affiche complet. Car Weezer se fait très rare en France alors que le groupe a un noyau de fans assez important et qu’il ne cesse de produire des albums (bientôt le 12e en 23 ans). Après une première partie, The Orwells, énergique. la scène de l’Olympia dévoile le logo du groupe et Weezer arrive. Le public est en feu et je trouve toujours impressionnant de constater combien nous autres, petits Français, nous pouvons connaître (et chanter) par coeur les paroles de leurs chansons (en anglais). En revanche, on ne sait toujours pas frapper dans nos mains en rythme (frapper à tous les temps, alors qu’il faut frapper un temps sur deux…).

Autant dire tout de suite que les toutes nouvelles chansons de l’album qui va sortir vendredi prochain sont assez faibles, est-ce le syndrome « Je ne connais pas, c’était mieux avant » ? En tout cas, on a bien senti un ventre mou au milieu du concert avec deux nouveaux morceaux et une reprise dispensable de « Hey Ya » de Outkast. En revanche, avant et après… On en a eu pour notre argent, même si le concert n’a duré qu’une heure et demie, montre en main : show millimétré, setlist identique aux précédents concerts du groupe en Europe. L’enchaînement « Undone the sweater song – Buddy Holly – Hash Pipe » est mémorable. Mine de rien, Weezer a joué de nombreuses chansons du Blue Album (un quart des chansons du concert). Alors je chipote : Weezer sur scène n’est pas le meilleur groupe du monde, il n’empêche qu’entre leur public (et moi donc) et toutes leurs chansons, ce fut une soirée qui vibre encore en moi.

Midinette je suis, midinette je resterai.

vu le jeudi 19 octobre 2017 à l’Olympia (Paris)

prix de la place : 45,5€ (fosse debout)

 

Weezer

(première partie : The Orwells)

 

(une autre histoire)

Je pensais écrire sur cet été 1994, celui où je découvris Weezer et la jolie Lisbeth, mais en fait non. (j’avais même écrit le texte en avance, il est quelque part…)

Je suis tout seul. J’ai pris une pinte de St Omer, me suis placé pas trop loin de la scène, pas trop loin de la porte de secours (ça serait ballot qu’il m’arrive quelque chose ce soir alors que samedi je vais voir Mathieu Madenian au Bataclan… (j’ai hésité à la placer, celle-là), donc ma place était chouette. Mais y a juste une chose, il faut que je la fasse durer le plus longtemps possible ma bière, que je la sirote. Parce que personne ne va garder ma place si je m’en vais. Je connais les gens. On vit dans un monde sans pitié. Weezer ou pas Weezer, fans de la première heure ou arrivés avec la chanson « Pork and Beans » ou celle utilisée dans la pub de la Poste, je ne fais confiance en personne. Mais je ne sais pas siroter, je bois comme un trou. Voilà ma bière déjà terminée contrairement à la première partie. En attendant, la voix de l’Olympia nous annonce qu’elle nous offre vingt minutes d’entracte. Elle nous offre ! Trop sympa ! Si ça n’avait tenu qu’à moi, je les aurais zappées ces vingt minutes. Je m’emmerde… Je regarde si je reconnais des gens connus au balcon (une dessinatrice y est, mais je ne la vois pas), je poste une photo sur Instagram, répond sur WhatsApp à une amie qui attend pour le Castellucci à la MC93 (je n’ai toujours pas écrit sur la pièce vue là-bas – Le Camion – mardi dernier… mazette !), je maintiens une distance raisonnable avec la personne devant moi (si je me rapproche trop, je ne verrai rien mais si je suis trop éloigné, quelqu’un s’intercalera et… Ah ben voilà, un gars qui fait deux têtes de plus que moi se fiche devant moi, je vois plus rien… des envies de meurtre)

 

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Crédit photo : Instagram du groupe (Je suis derrière le gars au t-shirt blanc qui lève ses grands bras) – Photo de couverture : Moi

 

A côté de moi, une fille aux ongles rouges et rongés qui attend que son prétendant revienne avec les bières. Une fois le concert démarré, la fille se rapprochera de la scène. Le gars passera la chanson suivante à la surveiller : « Je la rejoins, je la rejoins pas… ». Il la rejoindra. Un groupe profite pour s’infiltrer plus en avant. Je reconnais la fille à côté de moi. Si j’osais, je lui parlerais mais je n’ose pas. J’entends rien dans les concerts. Quand on me parle, je pige que dalle, je n’arrive pas à me concentrer, trop de choses autour. Pis je lui dirais quoi ? « Ça te plait ? J’aime tes reportages à la télé. Je te suis sur Twitter, tu sais… Non non, je ne suis pas obsédé par toi… »

Les gens m’emmerdent avec leurs téléphones. C’est pas nouveau, je sais. Déjà que je suis pas très grand, mais si les gens lèvent les bras avec leur cellulaire, c’est pas mon mètre soixante-neuf et demi qui va me permettre de voir Rivers Cuomo chanter « My name is Jonas ». D’ailleurs, ils ne chanteront pas ma chanson préférée : « Only in dreams »… Oui, seulement dans mes rêves. Comme la journaliste à côté de moi, son amie vient de prendre un selfie. Je crois que je vais être sur la photo. Mince, je fais quelle tête. Il parait que je ne sais plus cacher mon désintérêt, mon malaise. Je suis Buster Keaton, je ne sais plus sourire. Non, je crois que je souriais. Même tout seul, même fatigué, j’étais content d’être là.

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

Jean-Michel Blais / Novo Amor (MaMA Festival 2017)

(quand on ne sait pas où on met les pieds)

Le Mama Festival est un festival dans lequel ne sont chantées que des chansons mentionnant dans leur titre : Mama. Par exemple : Lenny Kravitz « Mama Said », Jain « Lil Mama »,  Elliot Smith « Wouldn’t be proud Mama», -M- « Mama Sam », Valaire « Mama Donte », Spice Girls « Mama » (titres qui figurent dans le disque dur de l’auteur de ces lignes… qui n’a pas tout mis mais il assume tout)

 

(de quoi ça parle en vrai)

MaMA is a music festival and convention based in Paris for the international music industry actors. This event offers a gateway to the French music market. MaMA is the first place to meet and exchange for all the music industry sector : majors or independents, producers and promoters, venues and festivals, bookers and agents, record companies, publishers, promotion companies, media … And obviously artists. (oui, c’est en anglais sur la page Facebook du festival)

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

C’est la quatrième édition du MaMA Festival à laquelle j’assiste. J’y ai toujours vu d’excellents artistes que je connaissais déjà (Thus Owls, Karkwa…), mais surtout d’autres que j’ai découverts (Radio Elvis, Emilie & Ogden, Ropoporose, The Legendary Tigerman…) mais cette année, dûe à une légère surcharge de mon emploi du temps, n’est-ce pas, je me suis limité à une seule soirée et à deux découvertes :

 

Jean-Michel Blais (Canada/Piano Solo) au Lycée J. Decour – Chapelle

Ce pianiste québécois ne cache pas son admiration pour Gonzales ou Philip Glass, entre autres, et Jean-Michel Blais n’aurait pas à rougir de la comparaison. Comme il se plait à le dire (ou en tout cas je le comprends comme cela), il fait de la musique classique décomplexée. Et pour paraphraser un slogan publicitaire, « On vient comme on est » : le craquement du parquet de la chapelle du lycée J. Decour (soit dit en passant, belle trouvaille que ce nouveau lieu qui a servi de décor aux 400 Coups de Truffaut, ai-je appris), un objet qui tombe, les basses du concert qui démarre dans le gymnase l’étage en-dessous, tant pis, il joue avec ces sons. Sa musique prête à l’imagination (je m’en suis voulu de ne pas avoir pris de quoi écrire et il était hors de question d’allumer mon téléphone) et à la poésie : il parle de ces endroits qui n’ont pas forcément changé mais qu’on revisite à chaque fois avec de nouveaux yeux, avec ce qu’on a vécu entre ces visites (ou variations sur le même thème), il évoque cette note qui nous accompagne, pour le pire et le meilleur, on s’en accommode comme on peut, on ne la supporte plus, mais elle est là et parfois même elle nous rassure. Il y a même des échos du Pyramid Song de Radiohead dans sa dernière pièce « Roses ». Assurément une belle découverte. (la photo de couverture est la pochette de l’album « Il » de Jean-Michel Blais) (en concert le 8 février 2018 à Brive.)

 

Novo Amor (Royaume Uni/Alternative Indie) aux Trois Baudets

Les Gallois de Novo Amor assurent leur tout premier concert en France et ils assurent… hahaha… désolé. La voix cristalline du chanteur Ali John Meredith-Lacey est remarquable. Il y a quelque chose de Loney Dear ou de Bon Iver dans ses compositions. On termine la soirée sur une note mélancolique, très mélodieuse. J’attends de voir si la musique de Novo Amor me restera en tête dans quelques jours (car il y a toujours cette fâcheuse impression d’avoir déjà entendu ça quelque part). En tout cas, ce fut bien agréable. (aucune autre date de concert prévue en France)

 

vus le mercredi 18 octobre 2017 dans des lieux du 18e arrondissement de Paris (et aussi du 9e, mais c’est tellement proche qu’on ne s’en rend pas compte).

prix de la place : 3,5€ (prix WeClap)

 

 

(une autre histoire)

La première fois que j’y suis allé, j’ai pleuré. J’étais perdu, c’était trop grand pour moi. il y avait des travaux partout, c’était la capitale. Je ne savais pas parler. J’ai dormi dans un dortoir. Je veux dire, j’étais allongé sur un lit dans un dortoir car je ne dormais pas. J’ai vu un zèbre au zoo. Je lui ai parlé. Est-ce qu’on peut toujours prendre des billets avec le retour open, de nos jours ? Parce que, c’est ce que j’avais pris. C’était une époque où il n’ y avait pas d’ordinateur à la maison. Pas d’internet. Des cartes prépayées pour téléphoner dans des cabines. Nous sommes le 10 septembre 2000, je m’apprête à prendre un avion pour revenir chez moi. Je pleure. Quelqu’un m’offre son mouchoir en tissu et me prend dans ses bras. Elle s’appelle Lola.

La deuxième fois était l’heure de ma revanche. Quelques neuf années pour me forger un petit caractère et rouler ma bosse comme on dit. J’ai dormi sur le même lit, dans le même dortoir. Et j’ai dormi, pour de vrai. J’ai rendu visite au zèbre. Drôle d’impression que de le voir au milieu de la neige. Puis, j’ai pris mes cliques et mes claques, changé d’auberge et découvert une autre ville. L’Est. Encore des travaux, mais j’étais presque chez moi. Plus cette peur de parler. J’aurais tellement voulu que Lola soit là pour me voir là.

La troisième fois, y avait ce sentiment de l’été qui persistait dans ma bouche sur la montagne de la croix. Je portais un bermuda et des chaussures en toile. J’étais arrivé du nord en car, je repartirai vers le sud en car. L’année d’avant, j’avais traversé le Canada en train. Désormais je ne voyage qu’au ralenti. L’autre jour, y a eu un terrible orage. Les rues inondées, un formidable éclair a traversé le ciel au-dessus de la place d’Alexandre. J’étais heureux. J’aurais voulu rester là, tout le temps, tout le temps. Pourquoi faut-il toujours rentrer ? Qui aurait dit que quinze ans auparavant j’aurais écrit cela ? Sûrement Lola. Lola ? Lola ? Tu me manques, Lola.

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

La Mécanique de l’Histoire… (Yoann Bourgeois/Th.de la Ville/Panthéon)

(quand on ne lit pas la bible)

L’histoire est grippée, ça ne tourne plus. Une seule solution : appeler à la rescousse le seul mécano du district assez fou pour accepter la mission. Il s’appelle LE MÉCANO ! Avant il s’occupait de trains. aujourd’hui, c’est une histoire personnelle. « Je suis trop vieux pour ces conneries. », répète-t-il. Oui, mais il est le seul à pouvoir sauver le monde. Qui ça ? LE MÉCANO ! Il ne sourit jamais depuis un grave accident de coucou. Un ressort qui lui est resté en travers de la gorge. « Je suis pas content », dit-il. Qui ça ? LE MÉCANO !

 

(de quoi ça parle en vrai)

Un spectacle déambulatoire pour une rencontre inédite entre acrobates-équilibristes et le Pendule de Foucault (site du Théâtre de la Ville)

 

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Crédits photos (et couverture) : CCN2 Centre chorégraphique national de Grenoble)

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Les grandes portes du Panthéon s’ouvrent. Nous sommes comme dans le sikh de Petra, un dernier virage et alleluia ! Le Panthéon s’offre à nous, lieu inconnu de mes pieds, contrairement à celui de Lisbonne, mais c’est une autre histoire. Clic clac Kodak, certaines personnes éterniseront ces moments (ou l’intégralité de ces moments). Une acrobate culbuto nous accueille. Puis nous nous diviserons en quatre groupes. Je serai Force Bleue, mais elle ne suffira pas à réduire à néant les flashs des photographes amateurs. Il y aura le tourniquet, le trampoline, la balance et le plateau mouvant (ou un retour en enfance) (je vous invite à parcourir le guide du spectacle avec les vrais noms de ces numéros). C’est la première fois que je vois un spectacle de Yoann Bourgeois. J’ai appris que certains des numéros présentés l’avaient déjà été dans des spectacles précédents, mais ils ont tous une force et une capacité à capter l’attention indéniables. Tout est millimétré, forcément. Dans le premier numéro vu par le groupe bleu, les deux artistes tentent de trouver le point d’équilibre pour pouvoir s’asseoir sur une chaise autour d’une table, le tout sur un plateau instable. Ils ne regarderont qu’à la toute fin : un premier et ultime regard, fondu au noir, fin. Des histoires de couples, des gens qui tombent mais qui remontent toujours, une personne seule qui nous observe d’en haut. Et pendant ce temps, Culbuto (que l’artiste m’en excuse) continue d’évoluer autour du fameux pendule de Foucault, il ne faut pas avoir le tournis.

Les artistes répèteront leurs numéros quatre fois, comme autant de groupes de spectateurs. Quatre fois où ils devront se re-mobiliser, se re-concentrer. Certes, comme j’en ai parlé avec une amie, c’est leur métier mais il n’empêche, je les admire.

Les numéros sont suffisamment longs pour laisser libre cours à notre imagination, oublier la mécanique, ne voir que ces hommes et ces femmes dans des images presque cinématographiques, comme des images montées à l’envers quand les acrobates reviennent du trampoline, se croisent ou font du surplace sur le tourniquet. Un micro-geste imperceptible de l’artiste sur la balance la bascule, la met en apesanteur (de là-haut, je vois ma maison).

On se sent privilégié d’être dans ce lieu historique et lourd de sens, le soir, avec un remarquable travail de lumière, même si à mon humble envie le lieu n’est pas totalement utilisé comme il devrait.

Des images qui impriment la rétine. Une envie de voir ça avec un grand ciel bleu, dehors. à la campagne, à la montagne.

 

vu le samedi 14 octobre 2017 au Panthéon.

Prix de la place : 31€ (tarif abonnement)

 

La mécanique de l’histoire, une tentative d’approche d’un point de suspension, exposition vivante au Panthéon

Conception & mise en scène  : Yoann Bourgeois (La Balance de Lévité)

Conception : Marie Fonte & Yoann Bourgeois – Scénographies : Yoann Bourgeois, Goury

Avec Yoann Bourgeois, Estelle Clément-Bealem, Raphaël Defour, Sonia Delbost-Henry, Damien Droin, Émilien Janneteau, Élise Legros, Jean-Yves Phuong, Lucas Struna, Yurié Tsugawa

Création musicale : Florentin Ginot & Lola Malique – Collaboration musicale : Dirk Rothbrust – Réalisateur en informatique musicale : Martin Antiphon – Son : Antoine Garry – Lumières : Jérémie Cusenier – Costumes Sigolène Petey – Costumes de La Balance de Lévité : Ginette – Réalisation scénographies  : David Hanse & Nicolas Picot (C3 Sud Est)

du 3 au 14 octobre 2017 au Panthéon avec le Théâtre de la Ville dans le cadre de l’opération monuments en mouvement du centre des monuments nationaux.

En tournée le 10/02/18 à L’Hexagone (Meylan), du 4 au 6/4/18 au Pont des arts (Cesson-Sévigné), du 1er au 3/6/18 aux Scènes du Jura (Lons-le-Saunier) et du 7 au 9/6/18  juin à La CAPI, Théâtre du Vellein, Biennale du cirque (Villefontaine)

 

(une autre histoire)

S’il te plaît, ne saute pas sur le lit. C’est pas un trampoline. La dernière fois, tu as cassé une latte. Non, je ne suis pas rabat-joie, seulement pragmatique. Je n’utilise pas assez souvent ce mot, n’est-ce pas ? Tu casses, tu remplaces alors ? Je veux bien casser une latte ou deux quand on est en pleine action, comme l’autre soir, si tu vois ce que je veux dire. Mais pas autrement, quoi, on n’a plus sept ans. Ou on fait ça à l’hôtel, mais pas chez moi. J’aurais trop peur de passer à travers le plancher et de nous retrouver chez le voisin. Je me demande où se trouve son lit. Est-ce qu’il nous entend ? La dernière fois, quand tu as crié, tout le monde t’a entendue, j’en suis certain. Tu m’as fait peur d’ailleurs. Et ces spasmes… Impossible de te toucher après. Je me la suis mise derrière l’oreille, t’as pas été cool. Je suis très souple. Mais non… c’est une expression, tu ne la connais pas ? Ah bon… Faudrait que je re-tapisse. Mais j’ai le vertige. Je ne peux pas monter sur une échelle, impossible. Tu le ferais pour moi ? Non, tu ne pourras pas sauter sur le lit. Mais c’est quoi cette obsession ? J’aurais trop peur que tu te fasses mal. Et que tu casses une autre latte. Mais où tu vas ? Mais non, rentre pas chez toi. Y a plus de métro à cette heure-ci. Ah non, me dis pas que tu vas prendre un Über. Ecoute, je te ferai sauter sur mes genoux, dans mon fauteuil club, là y a pas de danger. Mais oui, je sais vivre dangereusement. Pas plus tard qu’hier, je suis allé manger au McDo. J’étais encore en avance pour voir le spectacle de Yoann Bourgeois, j’avais faim, je voulais prendre un Sundae au caramel et là l’engrenage, j’ai commandé sur place et j’ai pris un Maxi menu. J’ai mangé du pain alors que… oui… mon régime sans gluten, envolé. J’ai passé mon temps à avoir des maux d’estomac et des flatulences au Panthéon. Qui repose là-bas ? Simone Veil ? Non pas encore ? Marie Curie ? Ben ça l’a réveillée, Marie Curie. Et ça lui a donné des idées, pour des nouvelles expériences de chimie, à partir de mes pets. Tu ne trouves pas ça de bon goût ? En même temps, on parle de pets…

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

Gala (Jérôme Bel – Festival d’Automne)

(quand on ne lit pas la bible)

Elle est italienne, elle est, comme on dit outre-manche, une « one hit wonder ». Elle a fait danser toute l’Europe dans les années 90 avec son tube « Freed from desire ». Elle est de retour au théâtre du Rond Point : la chanteuse italienne Gala en récital unique, rien que pour vous et dans une totale frénésie musicale !

(NB : Je viens d’entendre que cette chanson figurait dans certaines représentations de « Gala », la distribution n’étant jamais la même d’un jour sur l’autre, en tout cas, je ne l’ai pas entendue aujourd’hui)

 

(de quoi ça parle en vrai)

Essayer encore. Rater encore. Rater mieux. (NDLR : Beckett Samuel dans le texte) Jérôme Bel choisit de mêler des professionnels et des amateurs de tous âges et de toutes origines sociales et culturelles. Dans cette danse, pas de corps semblables, formatés, mais une fête, un tour de force féroce, divertissant, radical. (site du Rond Point)

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Crédit photo : Veronique Ellena (et couverture : Herman Sorgeloos)

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Il y a des salles de spectacles, des fêtes, des fauteuils, des chaises, à l’intérieur, à l’extérieur. C’est soirée diapo au Rond Point. Puis l’un(e) après l’autre, les vingt danseurs du spectacle de Jérôme Bel viennent se présenter le temps d’une pirouette (pardonnez mon ignorance en vocabulaire « dansistique »). Des drôles d’animaux se présentent sous nos yeux, grands, petits, gros, maigres, blancs, noirs, jeunes, vieux, valides, moins valides, assurés, maladroits… mais avec la même envie d’y arriver. Le public reste timide, Michael Jackson nous déridera, des danseurs se révèleront sous un nouveau jour, d’autres resteront empruntés. Les danseurs sont comme des personnages, on s’identifie, on suit avec plus d’intérêt certains, on attend leur passage avec impatience. Puis ils reviendront, ensemble. Ensemble ensemble. Compagnie compagnie. L’un prendra le commandement du navire et les seconds répèteront le mieux qu’ils pourront ses gestes, ils écoutent, ils observent, chacun fait attention à l’autre. On a le sourire aux lèvres, on est ému également. Il y a du partage. On pourrait théoriser sur les choix de Jérôme Bel, sur le bien-fondé de montrer la faiblesse des uns, l’imperfection des autres, ce miroir que nous tend un peu facilement le chorégraphe : car oui, c’est nous qui dansons sur la Compagnie Créole ou Boney M les jours de mariage (enfin… pas moi… mais c’est une autre histoire). Mais le plaisir, le sourire sont là, sur scène comme dans le public, parce que, quelque part, on aimerait bien aussi être à leur place et s’oublier.

(Et je préviens, je revois le spectacle à Bruxelles pour mon anniversaire. Marlène, si tu me lis, j’espère que tu y seras.)

vu le dimanche 15 octobre 2017 au Théâtre du Rond Point (Paris 8e) en partenariat avec le Théâtre de la Ville et le Festival d’Automne à Paris.

Prix de la place : 23€ (tarif abonnement)

 

Gala

Conception : Jérôme Bel assisté de : Maxime Kurvers

de et par (en alternance) : Taous Abbas, Giovanna Adelaïde, René-Emmanuel Adelaïde, Fanny Alton, Cédric Andrieux, Sheila Atala, Michèle Bargues, Ryo Bel, Malik Benazzouz, Manon Bouchemal, Nathan Bouchemal, La Bourette, Vassia Chavaroche, Houda Daoudi, Marie Colin, Raphaëlle Delaunay, Sambou Diallo, Diola Djiba, Shadé Djiba, Laura Dolley, Nicole Dufaure, Chiara Gallerani, Nicolas Garsault, Lola Gianina, Stéphanie Gomes, Olivier Horeau, Marie-Yolette Jura, Salvador Kamoun, Akira Lee, Aldo Lee, Françoise Legardinier, Lucas Lenée, Nathan Lenée, Stella Moretti, Audifax Moumpossa, Magali Saby, Marlène Saldana (coeur avec les doigts), Oliviane Sarazin, Frédéric Seguette, Pierre Tu, Marceline Wegrowe

Costumes : les danseurs

Tournée : Théâtre du Beauvaisis (Beauvais) le 25/11/17, Théâtre du fil de l’eau (Pantin) les 2 et 3/12/17, Espace 1789 (St Ouen) le 09/12/17, Kaaitheater (Bruxelles) les 15, 16 et 17/12/17, MC93 (Bobigny) les 22 et 23/12/17

 

(une autre histoire)

Pourquoi tu ne danses pas ? Tu ne sais pas danser ? C’est pas grave ça. Moi non plus je ne sais pas danser, pourtant je danse. Regarde. On est pas là pour se juger. J’arrive pas à frapper dans mes mains en rythme, mais je le fais quand même. Qui te regarde ? Je vais quand même pas te sortir ma fameuse phrase sur le ridicule qui ne tue pas et qui te rend plus fort… T’aimes quoi comme musique ? Laisse-moi deviner. Du funk ? Non. Tu pogotes ? La folk et un peu de pop. Tu attends la prochaine chanson ? Mais t’es à un mariage, mec, c’est que de la chanson de merde, excuse-moi mon français. Y a aura peut-être de la new wave, qui sait ? Du ska, Madness, ah oui ! T’as bu combien de verres de champagne ? Et c’est pas assez ? Sors ton balai du cul ! Arrête de spectater. Je peux demander un slow, le DJ n’a pas arrêté de mater mon cul, il me doit bien ça. Tu accepterais de danser un slow avec moi ? Scorpions, « Still living you ». On ferait d’abord comme si on était au collège, on mettrait une distance de double décimètre entre nos corps, puis on se rapprocherait progressivement et je me collerai contre toi. J’en profiterai pour essuyer ma sueur sur ton costume (parce que moi je me suis tremoussée sur 2Unlimited) et sentir ton parfum. Je te mettrai la main aux fesses. Tu es chatouilleux ? C’est pas grave, ça passe avec le temps. Je m’appelle Lola. Enchantée. Et toi comment tu t’appelles ?

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

Flêche la chair (François Négret – Bab-Ilo)

(quand on ne lit pas la bible)

Tout réside dans l’accent circonflexe de « Flêche ». Voilà, tout est affaire d’accent. Un même texte sera-t-il compris de la même façon s’il est dit avec l’accent ch’ti, marseillais ou québécois. Ce soir, c’est vingt variations d’un même texte de Antonio Lobo Antunes que vous entendrez.

 

(de quoi ça parle en vrai)

Une lecture musicale ou un concert littéraire, à grands renforts de textes de Antonio Lobo Antunes (« Carlos »), Peter Handke (« Essai sur la fatigue »), Paul Verlaine, Louis Calaferte, Jean Genet, François Négret (« Rouge est la couleur »).

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Il y a des fois où on se fait désirer. Combien de fois l’amie Émilie m’a proposé de venir voir les soirées Flêche la Chair montées par l’auteur et comédien François Negret et auxquelles elle participait parfois en tant qu’interprète accordéoniste ? Une fois, j’avais ci, une autre fois j’avais ça, sans parler de la fois où… Pour une raison que je n’évoquerai pas ici, je me décidai enfin à me rendre dans la cave de ce bistrot d’une rue (du Baigneur), d’un quartier du dix-huitième arrondissement de Paris qui m’évoquait des souvenirs en pagaille, et à me laisser surprendre. Parce qu’on en est là : je ne sais pas ce que je vais voir. Comme souvent, vous me direz. Certes, j’avais déjà vu « Rouge est la couleur… » écrit et mis en scène par le même François Négret à l’atelier théâtre de Montmartre l’an passé. J’avais été quelque peu dérouté mais séduit par l’écriture de Négret.

Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas rendu dans un lieu inconnu de mes pieds. J’ai repensé à ces projections de courts métrages alternatifs, à ce personnage qui faisait parler ses tatouages… Paris…

En préambule, le teaser d’un film réalisé par Ariana Kah, « Et continuer de t’aimer… » puis une première chanson (en anglais) interprétée à l’accordéon par Emilie Delmas,  le regard fixe, puis rejointe par un pianiste et un batteur (bon. Émilie… il va falloir qu’on parle… c’est quoi cet accent ?) Là l’Indien François Négret et l’Indienne Clémence Briend entrent en scène et on est happé par le verbe, par une atmosphère enfiévrée, la musique improvisée par Pete Sputnik aux baguettes et Sylvain Darde aux touches noires et blanches, un petit goût de jazz. C’est cru, c’est poétique, c’est érotique. Clémence Briend me fait penser à la chanteuse Anna Calvi (les yeux fermés, comme si rien n’existait d’autre que), François Négret est hypnotique. Ou une remarquable écoute des deux comédiens. Tout est incarné et le texte est entendu.

Ils lisent, mais ils ne lisent pas. Les feuilles tombent, se cornent, on ne sait plus où on en est, tout est fragile mais tout reste sous contrôle. Le tout se conclut avec une ultime chanson (titsonass) de l’accordéoniste au ventre rond.

Un petit lieu, une heure pleine. Ultra-confidentiel. Ce soir ne se répètera jamais, comme dit l’autre. Et pourtant…

 

vu le mercredi 11 octobre 2017 au Bab-Ilo (Paris 18)

entrée libre, au chapeau.

NB : Emilie Delmas (l’accordéoniste) avait joué un des deux rôles principaux d’une pièce que j’avais écrite et mise en scène, il y a plus de deux ans maintenant.

 

Flêche la Chair meets Rouge est la couleur

Avec Clémence Briend dans le rôle de l’Indienne et François Négret dans le rôle de l’Indien.

Émilie Delmas : chant et accordéon – Pete Sputnik à la batterie et Sylvain Darde au piano

Prochaine soirée le jeudi 9 novembre 2017

 

(une autre histoire)

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Crédit Photo : Axel Ito

 

Elle m’avait donné rendez-vous au cimetière Montmartre, sur la tombe de François Truffaut.

– Tu as facilement trouvé ?

Elle, c’est Lola. Je l’ai rencontrée à Berlin l’an passé. Elle porte des Docs noires et c’est bien le seul point commun avec son homonyme qui passe son temps à courir. Nous nous sommes rencontrés à l’aéroport de Tegel. Je repartais chez moi. Elle m’a vu pleurer, m’a offert un mouchoir en tissu, m’a pris dans ses bras, sans rien me demander et est partie. Elle avait glissé son adresse mail dans ma poche : « Tu me rendras mon mouchoir dans un an, jour pour jour, à Paris, au cimetière Montmartre. Et lavé, le mouchoir, merci. » Une magicienne, qui a des références cinématographiques. Depuis, nous avons correspondu, toujours par écrit. J’étais revenu dans ma Provence natale, elle était un jour à Lisbonne, un autre à Essaouira ou à Dublin.

– Tu fais quoi dans la vie ?

– La vraie ou la fausse ?

J’avais réservé une chambre dans un hôtel, rue Caulaincourt, dans le 18e. C’est la première fois que je viens à Paris. Je me suis assez vite repéré dans cette ville. Là c’est Beaubourg, là c’est les Halles et l’UGC Orient Express, ici la librairie ciné où j’ai acheté l’autobiographie de Buster Keaton. Avant tout ça, j’ai pris un café sur la place de la Bastille.

– Tu l’as revue ?

– Oui.

– Et ?

– C’est passé. Je veux dire, je n’ai rien ressenti.

– Pas même un picotement dans l’entre-jambes ?

Lola me demande comment s’est passé mon rendez-vous avec une fille que j’avais aimé il y a quelques années et qui me trottait encore dans la tête.

– Pourquoi ici ? Pourquoi là ?

Elle ne répond pas.

– Tu vas vivre des choses phénoménales ici.

– Rien que ça.

– Tu sais que rien ne va se passer entre nous.

Je ne réponds pas.

– Je suis dans ta tête, tu le sais ça.

Je ne réponds pas.

– Demain le monde va changer. Tu vas changer. Abre los ojos, mon ami. Abre los ojos.

– Lola ?

– Oui.

– Tiens. Ton mouchoir.

– Garde-le. Tu en auras besoin.

Paris, 10 septembre 2001.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

Se sentir vivant (Yasmine Hugonnet – Centre Culturel Suisse)

(quand on ne lit pas la bible)

Nouvel épisode de ma vie : Moi après avoir couru pour la première fois onze mille cinq cent mètres aux Buttes Chaumont. Avec en bonustrack, le moment où je sors du lit en roulant sur le côté et en me faisant tomber.

 

(de quoi ça parle en vrai)

Ventriloquie / parole immobile / engastrimythe (en grec « en ventre et parole »). Se sentir vivant de Yasmine Hugonnet superpose les discours du corps. Seule en scène, la danseuse et chorégraphe fait parler son ventre, ses yeux, sa bouche, et nous dit notamment le premier chant de la Divine Comédie de Dante. « Tragi-comédie de la dissociation », le solo navigue entre séparation et lien. Après Le récital des postures (2014) et La Traversée des langues (2015), Se sentir vivant constitue le troisième volet des recherches autour du langage du corps de Yasmine Hugonnet. (site du CCS)

 

 

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Crédits photo (et couverture) : Anne-Laure Lechat

(ceci n’est pas une critique, mais c’est aussi une autre histoire…)

Questions récurrentes : Ai-je le droit d’applaudir même si j’ai fermé les yeux à plusieurs reprises pendant le spectacle ? Ai-je le droit de le critiquer ? Ou d’écrire une chronique qui n’est pas une critique ?

J’étais pourtant heureux de découvrir, ce soir au Centre Culturel Suisse, le travail de Yasmine Hugonnet grâce à la généreuse proposition d’une lectrice et twitto (c’est moche quand même ce mot : « Twitto »). Je me souvenais avoir lu un article dithyrambique sur elle (Yasmine Hugonnet… pas la généreuse lectrice… cela dit, je n’ai fait aucune recherche sur elle, peut-être que…) (l’article évoquait également Dave St Pierre que j’avais adoré et qui est à Paris jusqu’à samedi au Tarmac avec « Néant »), sur le site de Télérama lors du dernier festival d’Avignon, côté Off. Pourtant je me dois d’être honnête et de me rendre à l’évidence :

Ce n’est pas pour moi.

C’est pas pour moi. Déjà il faisait trop chaud dans la salle, j’avais soif, à l’accueil on n’avait pas voulu me donner mon invitation car elle était au nom d’Emmanuel alors que je m’appelle Axel, et pas Alex non plus, je précise, parce que je déteste ça qu’on m’appelle Alex. Ma mère s’en souvient. Une fois, dans un centre commercial, ma mère m’accompagnait pour acheter mes culottes et mes chaussettes, j’avais alors trente-sept ans (je ne l’ai peut-être jamais dit, mais il ne faut pas croire tout ce que je raconte… ma mère n’a pas besoin de moi pour m’en acheter…) et elle m’appela Al… Je ne l’ai même pas laissée continuer, j’ai explosé. Même ma propre mère ne parvenait pas à m’appeler par mon propre prénom, alors que, parait-il, c’est elle qui l’avait choisi. La journée de travail fut éreintante et j’avais besoin de dormir (parce que, oui, c’est important de le signaler : durant mon congé sabbatique de février à août dernier, je dormais mieux, car j’étais moins stressé donc je ne m’endormais jamais pendant les films ou les spectacles)… Il faut être dans de bonnes dispositions pour voir ce type de spectacles. Il devrait y avoir un pictogramme pour prévenir : Attention ! Veuillez dormir huit heures par nuit pendant une semaine avant de voir le spectacle. Alors oui, j’ai légèrement fermé les yeux, j’ai piqué du nez, comme on dit. J’ai fait des micro-rêves que je regrette ne pas avoir noté, car je ne m’en souviens plus (en fait si, j’ai rêvé que la fille qui a provoqué mon envie d’écrire quand j’avais quinze ans ne s’appelait pas Céline mais Noémie).

Pourtant qu’il était passionnant de voir (quand mes yeux parvenaient à rester ouverts) cette danseuse ne pas bouger, rester en équilibre, dans le silence. Parce qu’il n’y a aucune musique dans ce spectacle (ce qui est rare, me semble-t-il) et chaque son prend une importance considérable, et sur scène et dans la salle : le grésillement du projecteur, le gargouillis d’un ventre, les expectorations intempestives de certains spectateurs, les sièges qui bougent. J’ai même cru entendre un son provenir de la danseuse sans même qu’elle ouvre la bouche. Comme un râle. Parce que c’est ça que veut raconter Yasmine Hugonnet, comment on dissocie la parole du reste du corps alors que tout notre être parle, s’exprime… enfin je crois. L’épisode où elle lit et dit un extrait de la Divine Comédie de Dante est tout aussi impressionnant car elle le fait en utilisant la technique de ventriloquie. Tatayet, tu me manques. Je plaisante, mais le ventriloque de Tatayet, Michel Dejeneffe, avait formé Jonathan Capdevielle  à la ventriloquie, notamment pour le spectacle « Jerk » d’après Dennis Cooper par Gisèle Vienne. Mais d’où sort cette voix ? Même quand le visage se tord, la petite voix est toujours présente… Alors, je n’ai pas tout compris. Aussi parce qu’elle ne parlait pas tout le temps en français, sûrement en italien et je ne parle pas italien. J’ai fait Allemand LV1 et je sais seulement dire : « Die Arbeitslosigkeitrate ist um 3% gefallen. » Comme l’a dit une camarade dernièrement concernant un passage des « Arbres qui tombent » de Nathalie Béasse : « À partir du moment où ils ne surtitrent pas un texte dit dans une langue étrangère, c’est qu’il n’y a rien à comprendre. (ou alors faut-il réellement que je lise les notes d’intention avant de voir le spectacle)

Je ne fais aucun complexe de quoi que ce soit, je me rends seulement compte de mes limites de spectateur (pour la critique, je les connaissais déjà). Le spectacle ne m’a pas énervé (je l’aurais évoqué), on sent que le travail et l’investissement de Yasmine Hugonnet sont remarquables, là n’est pas la question. Mais je suis resté à l’extérieur. Point.

 

vu au Centre Culturel Suisse le jeudi 12 octobre 2017

Prix de la place : invitation

 

Se sentir vivant

Concept, texte, interprétation : Yasmine Hugonnet

création lumière : Dominique Dardant / musicalité : Mickael Nick / costumes : Karine Dubois / recherche : Mathieu Bouvier / administration et production : Virginie Lauwerier / diffusion : Jérôme Pique

Aussi le 25 novembre 2017 au Festival Next/Espace Pasolini (Valenciennes)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

Non c’est pas ça ! (Treplev variation) (Collectif Le Grand Cerf Bleu – Centquatre)

(quand on ne lit pas la bible)

Le Collectif Le Grand Cerf Bleu a retrouvé dans une brocante de l’avenue Gambetta dans le XXe arrondissement de Paris des manuscrits d’Anton Tchekhov, jusqu’ici perdus, dans lesquels il imaginait Treplev écrire la pièce qu’il présente à l’intérieur de la Mouette. Les variations de Treplev sont autant de versions jetées à la poubelle par Treplev qui s’écrie « Non, c’est pas ça ! » après avoir relu ce qu’il venait d’écrire. Un peu comme si, aujourd’hui, nous voyions le « prequel » d’une des pièces les plus montées au monde.

 

(de quoi ça parle en vrai)

En pleine situation de crise, quelques jours avant la représentation d’une Mouette « classique », trois comédiens montent, vaille que vaille, une « sorte de Mouette ». Une fiction qui s’en nourrit, à partir d’un canevas qui mêle différents morceaux choisis, dans un décor éloigné des habituels topos tchékhoviens. Donc, pas de lac en vue, mais un endroit populaire et communautaire. Un camping d’été comme havre de poésie… Pas la pièce d’origine non plus, mais des variations autour de Treplev, ce jeune poète qui cherche à tout prix des formes nouvelles et dont les trois auteurs-comédiens-metteurs en scène s’inspirent habilement. (site du CentQuatre)

 

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Crédit photo : Axel Ito (Photo de couverture : Simon Gosselin)

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Les questions d’usage : Et si nous créions (à papier… pardon) une nouvelle « Mouette » ? Qu’allons-nous apporter de plus ? Le théâtre dans le théâtre. Voilà. Le théâtre dans le théâtre dans le théâtre. Mais si nous nous employons à mettre en scène cette mise en abyme au cube, alors que cela a déjà été fait, qu’allons-nous apporter de plus ? Vaste débat : la recherche d’une forme nouvelle, d’une nouvelle forme… Tiens tiens tiens… (ou l’éternelle question)

Réentendre le texte, aujourd’hui comme si c’était hier. L’entendre autrement. Voilà la force de cette variation (ce qui devrait être le minimum pour l’adaptation d’une pièce vue et revue, mais ce n’est pas toujours le cas malheureusement). C’est l’histoire d’une troupe qui a vécu un certain nombre de désagréments (peut-être pas le bon mot pour définir le suicide du metteur en scène qui s’appelle…) mais qui tente malgré tout de montrer les quelques petites choses de la Mouette qu’elle peut jouer. Ou quand les comédiens devant nous se rapprochent des personnages qu’ils sont sensés incarner. La légèreté va basculer progressivement vers une douce mélancolie, jouée très justement, notamment par Jean-Baptiste Tur, déjà aperçu dans « Quand les coeurs s’éprennent » mis en scène par Thomas Quillardet l’hiver dernier.

La pièce (à la bande sonore captivante) (et le collectif qui va avec) est à (re)découvrir. (note pour plus tard : travailler les conclusions)

 

vu au CentQuatre le dimanche 8 octobre 2017 à 17h. (clap  clap clap )

Prix de la place : Invitation Télérama

 

Non c’est pas ça ! (Treplev variation)

Librement inspiré de La Mouette, d’Anton Tchekhov (traduction : Marina Voznyuk)

Création du collectif Le Grand Cerf bleu : Laureline Le Bris-Cep, Gabriel Tur, Jean‐Baptiste Tur

Avec : Coco Felgeirolles, Laureline Le Bris‐Cep, Gabriel Tur et Jean-Baptiste Tur
Assistante à la mise en scène : Juliette Prier – Création et régie lumière : Xavier Duthu – Regard scénographique : Jean-Baptiste Née

Jusqu’au 14 octobre 2017 au CentQuatre (Paris 19)

Les 24 et 25 novembre 2017 au Théâtre Sorano – Jules Julien (Toulouse)

 

(une autre histoire)

La cousine me demande si la semaine prochaine, je reviendrai manger. Non, je ne peux pas, j’ai théâtre. Et la semaine suivante ? Non, je ne peux pas, j’ai concert. Aujourd’hui aussi, j’ai théâtre, mais j’ai le temps de manger et le métro est direct. Comme tous les dimanches après-midis depuis la rentrée, je vais au spectacle. Comme les petits vieux, à l’heure du digestif. Il fait encore jour en sortant, on peut lancer une machine en rentrant et pas trop déprimer en se couchant.

La cousine me demande si je veux une part de gâteau de pommes pour chez moi, y en a de reste. Je me demande si l’agent de sécurité à l’entrée du théâtre me demandera d’ouvrir le papier alu. Je vais le manger dans le métro, c’est plus sûr. Je me cacherai, pour ne pas le donner à un mendiant. Je reprendrai du café aussi, parce que je m’en voudrais de m’endormir devant la pièce. L’ami syrien me demande si je veux du sucre. Je lui dis que oui, mais que je le mettrai moi-même. Je déteste qu’on le mette pour moi. C’est moi qui plonge le sucre dans le café. Rien à voir avec une éventuelle peur d’être contaminé par un microbe qui serait sur ses mains. Juste une manie. Je suis grand, j’ai trente-(censuré) ans, je peux couper ma viande tout seul ! Me voilà qui m’emporte.

La cousine me demande ce que j’ai vu au cinéma. Je leur dis que je n’ai pas le temps, puisque je passe mon temps à voir des spectacles. Je n’ai plus de vie sociale et encore moins de vie amoureuse, mais ça je l’ai déjà écrit dans une précédente chronique (note pour plus tard : faire un récapitulatif de tout ce que je peux raconter sur moi et des sujets qui reviennent fréquemment (les poils, par exemple). Tu nous conseilles quelque chose ? C’est ce que ma cousine me demande. « Grande » ! Je réponds. « Ah ben non, les représentations ont été annulées, un des deux artistes s’est blessé. ».

La cousine me demande si… je réponds que non. « Je ne peux pas, je ne peux pas, je ne peux pas ! Regarde mon planning, c’est plein de couleurs : le rouge c’est pour les spectacles, le jaune pour mes trois entraînements hebdomadaires (même ma mère ne me croit pas, je cours vraiment trois fois par semaine… faudrait courir toujours à la même heure, parce que peut-être qu’une fille m’a remarqué et n’a pas pu me rattraper, tellement j’ai progressé, mais si je ne reviens pas le même jour à la même heure, elle ne me retrouvera pas… pourquoi je parle de tout ça ?), le mauve pour les réunions professionnelles, le vert pour les vacances pendant lesquelles je compte partir loin de Paris… SAUVEZ-MOI ! J’ai même pas le temps de faire le ménage. Y a tellement de moutons sous mon lit que je pourrais dormir dessus, que ça ne me ferait même pas mal au dos. J’ai ma pile de livres à lire qui remonte, j’ai trois Télérama en retard et deux SoFilm, j’ai toujours pas vu les nouveaux épisodes de « This is us » et « You’re the Worst ». Plus le temps passe, moins j’en ai (comment appelle-t-on cette figure de style ?), plus j’en passe à écrire, moins j’en passe à manger (ce qui n’est pas une si mauvaise chose). Je n’ai même plus le temps de noter les heures de départ et d’arrivée de ma voisine de palier. Le matin, oui, elle claque toujours sa porte à 7h15, pas besoin de réveil, ça au moins, c’est pratique. Mais que deviens-tu, chère voisine ? J’ai une invitation en plus pour le théâtre, tu veux venir ? Je n’ai plus d’amis, ils m’ont tous abandonné (ou fait des enfants). » (oui, c’est toujours à ma cousine que je parle, qui en a profité pour faire sa vaisselle et répondre au téléphone)

La cousine me demande : Tu veux du Lexomil ? J’en ai de reste.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

Dynamo Fest « Afro-Dynamo » : Eve Risser (+ invités) – Bitori (Dynamo de Pantin)

(quand on ne lit pas la bible)

En vrai, c’est ma mère, la fausse, qui m’a vivement conseillé d’assister à un concert de la dame Eve Risser, que j’allais capoter en diable, comme on dit, outre-atlantique. Elle m’a donné une autre raison, mais je ne l’écrirai pas ici.

 

(de quoi ça parle en vrai)

Eve Risser, la pianiste et compositrice du White Desert part à la découverte des musiques africaines, accompagnée de Oumarou Bambara au balafon et Luca Ventimiglia au vibraphone (avec également Bitori (Cap Vert) et Batida (Angola/Portugal) le même soir) (page Facebook du festival)

 

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Crédit photo et couverture : Axel Ito (je pense que je ne devrais pas m’en vanter…)

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Il est bon de sortir parfois de sa zone de confort. La musique africaine, le jazz (hormis les classiques Thelonious Monk, Chet Baker, etc.) sont inconnus de moi. Il faut être curieux, tout le temps (c’est ce que j’écris sur ma fiche Adopte/Tinder/Happn/Meetic… pas en ce moment, parce qu’avec tous les spectacles et autres concerts que je vois (et les chroniques qui vont avec), je n’ai aucune vie sociale et encore moins amoureuse, tu sauras tout !) Et c’est assis par terre dans la nef de la Dynamo (donc j’aurais pu ne pas acheter de billet si j’avais voulu ne voir qu’Eve Risser…) devant le clavecin, le balafon et le vibraphone du trio Risser/Bambara/Ventimiglia que je découvre un nouveau pan musical, qui fera un excellent amuse-bouche avant le plat de résistance (c’était vraiment trop court, c’est ça que ça veut dire). Je ne vous ferai pas l’affront de faire une critique en bonne et due forme (ça serait un comble) mais je reste toujours admiratif devant des musiciens qui semblent improviser, très à l’écoute et qui t’emmènent loin pendant dix, quinze minutes sans interruption. En tout cas, une belle découverte, tout comme Bitori, cet accordéoniste cap-verdien dont je tairai l’âge (aussi parce que je ne le connais pas), mais il est encore très vaillant avec son instrument, toujours debout, en compagnie de son orchestre qui fait le show. La musique de son groupe est très dansante. Je ne danse pas. Mais mon pied et ma tête ont bougé en rythme, c’est que ça a fonctionné. Il faut dire que le chanteur (et aussi musicien d’un instrument qui ressemble à une râpe à fromage) brandissait régulièrement un couteau pour haranguer la foule et lui demander de faire plus de bruit, foule qui bizarrement s’exécutait. (le couteau lui servait à faire de la musique avec sa râpe à fromage… remarquez l’acuité de ma non-critique musicale…)

Quoi qu’il en soit, cette soirée fut une belle soirée, même si je suis parti avant le set de Batida (ou celui qui ne sait pas comment conclure son article).

 

vus à la Dynamo de Banlieues Bleues (Pantin, 93) le samedi 7 octobre 2017.

Prix de la place : 14€ (prix adhérent Fnac)

 

DYNAMO FEST « AFRO-DYNAMO » /2

EVE RISSER + OUMAROU BAMBARA + LUCA VENTIMIGLIA

BITORI

BATIDA APRESENTA : THE ALMOST PERFECT DJ

 

(une autre histoire)

J’ai rencontré une fille ce soir. Ouais mon gars. Une fille, une vraie. C’est elle qui m’a abordé.

« Tu ne veux pas danser ? » , elle me demande. Je lui ai répondu : « Non, je danse le mia seulement. Tu as un accent, tu viens d’où ? ».

– Du Cap Vert.

– J’ai fait le Togo, tu sais.

– Et ?

– Ben, c’est en Afrique.

– C’est grand l’Afrique.

– Ok ok. Vous parlez pas français ? Anglais dans ton pays ?

– Portugais.

– Ah ! J’ai passé un mois à Lisbonne au printemps dernier. J’ai appris sept mots ! Le septième c’est sept. Comme en français, quoi. Le Cap vert, c’est… euh… près de la Réunion, c’est ça ?

– Non, de l’autre côté.

– Je confonds toujours. J’ai toujours eu un problème avec ma gauche et ma droite. Et je n’ai pas le sens de l’orientation.

– Tu fais quoi après ?

– Je vais me perdre pour rentrer chez moi (mon appli ne fonctionne pas en banlieue) et je vais me coucher.

– Tu fais pas la Nuit Blanche ?

– Non, j’aime pas quand on m’impose les choses. « Ne dormez pas ! Faites la Nuit Blanche ! » Mais je la fais si je veux ! Et quand je la fais, c’est surtout parce que je n’arrête pas de penser dans ma tête. Ou que j’ai bu du Coca. Bon, ok, les autres soirs, y a pas autant d’événements… Mais je suis fatigué. Le Togo a laissé des traces.

– Tu y es allé récemment ?

– Non, y a dix ans pile. Mais j’ai encore des stigmates. J’ai eu mon premier poil blanc sur le torse après le Togo. Aujourd’hui, c’est un peu la forêt blanche amazonienne.

– L’Amazonie, c’est pas en Afrique.

– … Mais je le savais. Pis, j’ai eu des problèmes au Togo. Avec une fille. Je suis sorti avec elle et on a cassé. J’ai cassé. Et je crois qu’elle m’a jeté un sort. Les gens là-bas, c’est vaudou et compagnie.

– C’est vaudou et compagnie ?

– Ils avaient internet bas débit, tu te rends compte ?

– Le rapport ?

– Le rapport, c’est que j’ai chopé des furoncles sur le torse, ça s’est infecté, j’ai passé le reste de l’été alité : j’ai perdu sept kilos.

– Ça ne se voit pas.

– C’était y a dix ans, faut dire. Mais je me suis remis au sport. J’ai plus d’endurance. Faut bien que je compense, parce qu’en dessous de la ceinture c’est pas comme vous, je veux dire, tes frères africains, si tu vois ce que je veux dire…

– Je ne vois pas ce que je veux dire.

– Attends, je te fais un dessin. Pourquoi tu t’en vas ?

J’ai donc rencontré une fille ce soir. Ouais ma soeur. Une fille, une vraie. Mais elle est partie trop vite, je comptais lui donner mon numéro de téléphone avec mon dessin. Je ne sais pas dessiner. J’y pense. Je n’avais pas parlé avec quelqu’un depuis les dernières journées du Patrimoine.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

Les gens dans l’enveloppe (Isabelle Monnin/Alex Beaupain – Philharmonie de Paris)

(quand on ne lit pas la bible)

C’est l’histoire d’un homme qui aimait kidnapper des personnes dans le seul but de les aplatir grâce à sa centrale de vapeur et les glissait vivantes dans des enveloppes qu’il fermait en appliquant sa salive sur la languette. Les kidnappés survivaient jusqu’à leur arrivée dans la boîte aux lettres en léchant les gouttelettes de salive du méchant.

 

(de quoi ça parle en vrai)

Chapitre un : Isabelle Monnin, romancière et journaliste, achète sur eBay un lot de 250 photos d’une famille inconnue d’elle. L’enveloppe arrive avec l’intérieur des photographies qui ne comportent aucune indication sur le nom de la famille, leur origine…

Chapitre deux : Elle décide d’écrire dans un premier temps un roman autour des personnes figurant sur ces photos.

Chapitre trois : Une fois le roman terminé, Isabelle Monnin enquête pour retrouver les gens dans l’enveloppe (spoiler alert : elle les retrouve et leur parle et la partie romancée du livre prend alors une autre dimension)

Chapitre quatre : Alex Beaupain, auteur/compositeur/interprète, écrit une bande sonore à partir du roman.

Chapitre cinq : le livre-disque sort, un spectacle naît ce soir à la Philharmonie et demain… un film ?

 

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(ceci n’est pas une critique, mais…) (mise à jour le mercredi 11/10/17 à 15h)

Je commence par quoi ? Que j’aime énormément le livre d’Isabelle Monnin, son écriture dans la partie romanesque, sa démarche, son respect et sa discrétion envers ces fameuses personnes mises sur le devant de la scène. Pourtant j’ai mis le temps pour le lire. Je l’ai même offert à des amis à deux reprises avant cela, comme si j’étais intimement persuadé de la qualité du projet mais que je voulais trouver le moment parfait pour me plonger dans ces histoires. Des amis ont été tellement émus par cette histoire qu’ils se sont rendus à Clerval cet été avec leur van(ina). Je ne les ai pas encore revus, j’attends avec impatience leur récit. Mais je l’ai lu, ce bouquin.  Enfin. Mes yeux se sont embués à plusieurs reprises durant la lecture et ce même phénomène se renouvela ce soir à l’ancienne Cité de la Musique (ou Philharmonie 2) lors de ce concert-lecture incarné par la quasi intégralité des artistes qui a (qui ont ? je ne sais jamais) participé à l’enregistrement des chansons. (Seule Camélia Jordana fut remplacée par Clara Luciani.)

Ce concert-lecture fut un réel enchantement (je n’ai même pas envie d’être cynique, c’est dire). Les parties roman et enquête s’enchevêtrent avec clarté, nous entendons les voix de Laurence (la fille), Michel (le père), Suzanne (la mère) dans des extraits  d’enregistrements d’interview, évoqués dans l’enquête d’Isabelle Monnin (nous réentendrons également ces voix dans les chansons de l’enveloppe). Nous voyons des photos qui ne figuraient pas au centre du livre. Je me suis demandé si la personne qui venait uniquement pour Alex Beaupain et qui ne savait rien de ce projet pouvait apprécier à sa juste valeur les chansons et l’aventure que nous racontent Isabelle Monnin et Alex Beaupain. La nonchalante Clara Luciani à la voix étonnante et une Clotilde Hesme très assurée et heureuse regardaient avec tendresse les photos apparaître  derrière elles (Ah ! la joie de retrouver cette dernière en duo sur « Les mots bleus » de Christophe avec Alex Beaupain : le temps des Chansons d’Amour revient à nos souvenirs), tandis que Françoise Fabian restait concentrée sur son texte mais affichait une écoute passionnante à observer.

On entend encore mieux les chansons, entrecoupées de lectures d’extraits du livre qui synthétisent forcément la trame du livre.

J’aime à penser qu’on a été le témoin d’un moment qui ne se reproduira peut-être pas. Un témoin privilégié. En attendant des images qui bougent sur grand écran…

 

vu à la Philharmonie de Paris (Salle de musique – ancienne Cité de la Musique) le jeudi 5 octobre 2017.

Prix de la place : 26,50€ (cat 1 – abonnement)

 

Les gens dans l’enveloppe

d’après le livre de Isabelle Monnin

Direction artistique, chant, piano : Alex Beaupain

Chant : Françoise Fabian – Clotilde Hesme – Clara Luciani, Violoncelle : Valentine Duteil – Guitare : Victor Paimblanc – Basse : Jean-Baptiste Julien – Batterie : Florent Savigny – Violons : Mirabelle Gillis – Youri Bessières – Alto : Julien Gaben

 

(une autre histoire)

Mon grand-père maternel est mort. Ma grand-mère maternelle est morte. Mon grand-père paternel est mort. Ma grand-mère paternelle est morte. Mon père est mort. Ma mère est morte. Ils étaient tous deux enfants uniques. Je suis enfant unique. Je ne suis pas mariée, je n’ai pas d’enfants. Je n’ai pas quarante ans et je suis seule. J’ai reçu en héritage une maison de campagne beaucoup trop grande pour moi. Je n’ai jamais aimé entretenir le jardin. Le garage est cafi, comme on dit en provençal, d’outils dont je ne sais pas me servir. Je n’ai pas commandé de mazout pour l’hiver. J’aime lire dans le jardin et faire craquer sous mes pas les feuilles mortes, caresser le chat qui s’est incrusté chez moi et que j’appelle « Le chat », observer le bal des gendarmes (les insectes, je précise, sinon je suis plutôt bal des pompiers). Amélie Poulain, sors de ce corps !

Dans la famille, on aimait prendre des photos. Numérique aujourd’hui, j’ai encore en état de marche le polaroïd offert par mon grand-père maternel et l’appareil que j’ai eu à ma communion solennelle. Quelque part il doit y avoir l’appareil à photo carrée. Comment ça s’appelle déjà ?

Dans un placard, une caisse entière d’albums photos plus une boîte. Je l’ouvre. Noir et blanc les photos. À la campagne, dans le village. Derrière une photo, une inscription : Moi. Je regarde son visage : le mien. Ça veut dire quoi ? 1901. Je me vois, moi. J’ai bien pensé qu’une de mes aïeules pouvait me ressembler, mais je ressens ce visage comme… On dirait que… Elle m’envoie un message. Je suis toi, rejoins-moi. Je ne comprends pas. Je ferme les yeux et je suis en 1901, c’est aussi simple que cela. Je me vois, comme sur la photo, je me souris, je ne suis plus seule.

(à suivre ?)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

Logique du pire (Étienne Lepage/Frédérick Gravel – Théâtre de la Bastille)

(quand on ne lit pas la bible)

Sous-titre : « A atteint le fond, mais continue de creuser » (ou la nouvelle adaptation de ma vie, qui est, ma foi, fort inspirante).

 

(de quoi ça parle en vrai)

Celui-ci s’inspire de Clément Rosset qui, dans son livre « Logique du pire » , s’interroge sur la possibilité d’une philosophie tragique qui dissoudrait l’ordre apparent et affronterait le chaos. (Laure Dautzenberg – Théâtre de la Bastille)

 

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Crédits photos : Gunter Gamper

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Après « Ainsi parlait… » , l’auteur Étienne Lepage et le chorégraphe Frédérick Gravel nous reviennent avec « Logique du pire » : Ici cinq comédiens nous font face, déambulent dans l’espace sans en sortir une seule fois, entre un canapé, une table avec une machine à boutons que quand on appuie dessus, y a du son et de la musique qui en sortent, et des microphones et nous racontent des histoires, en solo ou en duo, sans lien narratif entre elles : une histoire de melon et d’une poignée de porte ou comment on peut être au mauvais endroit au mauvais moment (ou l’art de raconter une anecdote à l’humour noir très prononcé en l’étirant sur cinq minutes puis de raconter la même histoire à travers les corps en temps réel en moins de trente secondes (et là le rire se fait plus nerveux), une autre histoire à laquelle je repenserai quand je serai tout seul, le soir, la main dans mon pantalon de pyjama… Parfois la parole s’enchaine entre les protagonistes qui nous racontent comment ils sont des mauvais amis/fils/chums/humains.

« On fait de la sexualité ? (…) Soyons pratiquo-pratique. (…) Mais toi tu fais pas d’introspection ? (…) Considérant tout ça, j’sais pas, je m’interroge, et considérant tout ça, je pose la question, est-ce qu’on devrait pas juste tout arrêter ? »

L’ensemble au premier abord parait inégal. L’enchainement des micro-fictions est classique (une fois qu’un comédien a terminé de raconter son histoire, on tourne la tête et un autre raconte la sienne). Pourtant, au fil des mots, grâce à la justesse des acteurs et au questionnement incessant de leurs personnages, on est happé par ce parler qui prend le dessus sur un éventuel côté dansé, auquel on aurait pu s’attendre en voyant le nom de Frédérick Gravel (je fais celui qui le connait, mais en fait pas du tout). Pourtant les corps sont là (est-ce qu’un corps peut être absent ? je raconte n’importe quoi parfois). Les gestes, les déplacements, tout est maîtrisé (c’est un peu le minimum qu’on attend des acteurs, je sais). Le travail chorégraphique est quasi invisible pour mieux laisser place à l’absurdité et au jusqueboutisme de certaines situations, la logique du pire ou plutôt l’inévitabilité du pire auquel on fait face, comme dit l’autre. On rit, on est étonné, on réfléchit, on a envie de lire (et réentendre) le texte de certaines scènes. Considérant tout ça, devant la vacuité de mes propos, je m’arrête.

vu le mercredi 4 octobre à 19h30 au Théâtre de la Bastille (Paris 12)

Prix de la place : 13€/mois (Pass annuel)

 

La logique du pire

Avec Philippe Boutin, Yannick Chapdelaine, Gabrielle Côté, Renaud Lacelle-Bourdon et Marilyn Perreault

Texte : Étienne Lepage

Mise en scène : Étienne Lepage et Frédérick Gravel

Scénographie et Costumes : Romain Fabre – Lumières : Alexandre Pilon-Guay – Régie Olivier Chopinet – Musique Robert M. Lepage et Frédérick Gravel

Jusqu’au 14 octobre 2017 au Théâtre de la Bastille, Paris 12.

 

(une autre histoire)

Non, mais je sais pas, moi. Y a un truc. Je l’ai côtoyé pendant deux mois, je sais que je l’ai déçu, mais je n’y pouvais rien, je suis comme ça, avec mes maladresses et mes incapacités, à communiquer par exemple, à socialiser aussi, à travailler et échanger avec l’autre, en somme, à oraliser ce que j’ai en tête. Je lui avais écrit une belle lettre pourtant, enfin il me semble, après tout ça, pour m’expliquer, me raconter, un peu. Aucune réponse. Un an plus tard, je le croise sur les quais du canal de l’Ourcq. C’était un mercredi matin, j’avais le soleil dans les yeux, le Canard et les Inrocks sur la table, un double café avec double sucre et double verre d’eau (j’aimais bien ces mercredis matins), je le vis mais il ne me vit pas. Enfin je crois. Il n’était pas tout seul, donc je ne l’ai pas dérangé. Dimanche dernier, je tourne la tête et il est assis deux places à côté de moi sur ma droite. Il est en train de noter je ne sais quoi. Je lui dis « bonjour ». Il parait surpris. Je lui demande comment ça va. Il me dit que ça va. Le spectacle commence. A l’entracte il me demande : « Tu as déjà dû voir une dizaine de spectacles depuis la rentrée ! » Mais comment sait-il ? Il m’espionne ? Il me parle de Marseille. Je lui dis : « Mais j’y vais moi aussi à Marseille à la fin du mois, comme toi ! » Je crois qu’il a piraté mes comptes, installé un micro quelque part. Ce soir, j’entre au théâtre, dis bonjour à une personne (que je connais) qui me regarde de pied en cap et ne me répondra pas (je ne m’habituerai jamais à ce genre de personnes). Bordel, j’ai même souri ! Oui, j’ai souri, ce qui est, quelque part, une forme de miracle. Je salue une autre personne et qui voilà, la même personne que j’ai vue dimanche dernier ! Vous remarquerez que je protège son anonymat. J’allais dire quelque chose, mais vous auriez su de qui je parlais et… Je ne sais plus si on s’embrasse ou si on se serre la main. Je lui embrasse la main. Je monte de mon côté dans la salle du haut, m’installe au deuxième rang, il s’assoit à côté de moi. Nos coudes se touchent. Je l’absorbe. Ou bien est-ce lui qui m’absorbe ? Je suis âgé d’un âge indéterminé, je réfléchis bien mieux qu’auparavant, j’ai un accent bâtard entre le marseillais et le ch’ti, je comprends les poèmes de mon adolescence. Je connais par coeur « Le bateau ivre ». Nous quittons la salle sans dire un mot. J’ai trois jambes, je ne sais pas où est passée la quatrième. Le pire, c’est que je ne sais pas comment je vais monter sur mon vélo avec mon nouveau corps. Tout le monde nous regarde. Heureusement un camion benne nous écrase et les gens détourneront alors leurs yeux de la charpie de nos corps. Je préfère ça. J’ai toujours été quelqu’un de discret. Mieux vaut être ramassé à la petite cuillère qu’à la paille.

Considérant tout cela, face à l’inanité de mes écrits, je m’arrête.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

Stadium (Mohamed El-Khatib – Colline)

(quand on ne lit pas la bible)

Dans un dispositif quadri-frontal, nous revivons le terrible drame du match Bastia – Marseille au stade Furiani, pendant lequel une tribune s’effondra et causa le décès de 18 supporters. (toutes les mesures de sécurité ont été prises pour que chaque représentation se déroule sans le moindre heurt et le metteur en scène n’a pas prévu qu’une partie du public meure à la fin de la dite représentation)

 

(de quoi ça parle en vrai)

Aujourd’hui Mohamed El Khatib organise une rencontre inédite avec les supporteurs du RC Lens dont on dit qu’ils sont le meilleur public de France. Comment alors ne pas confronter le public du théâtre au meilleur public de France ? Avec Stadium, c’est une partition gestuelle et documentaire composée de récits de vie que nous livre l’auteur metteur en scène, organisant ainsi une cartographie à la fois émouvante et caustique des classes populaires. Au-delà des fantasmes sur les foules grégaires, ces amateurs éclairés, à travers le football, incarnent une histoire, des valeurs et un imaginaire débridé. (site de la Colline)

 

STADIUM (Mohamed EL KHATIB) 2017
Crédit photo : Pascal Victor (idem pour la photo de couverture)

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je parlerai plus en détails de mes origines marseillaises après la lecture-projection du même « Stadium » à la fin du mois au Mucem à Marseille (ou pas). Il n’empêche qu’il n’est pas hasardeux pour moi de me rendre dans un spectacle alliant théâtre et football. Certes, pour être honnête, je ne pense pas que je me serais déplacé si le bienveillant Mohamed El Khatib avait choisi de parler des supporters parisiens. Le romancier londonien et supporter d’Arsenal Nick Hornby disait dans son premier roman « Fever Pitch » (Carton Jaune), qu’on pouvait aimer plusieurs femmes (ou hommes) dans notre vie mais un seul club. Pour moi, c’est Marseille. Et même si je vis à Paris depuis treize ans et que désormais je suis de très loin les résultats footballistiques, mon coeur reste marseillais mais j’ai de la tendresse pour certains clubs comme Lens, dont la ferveur des supporters est légendaire.

Tout ça pour dire que j’ai trouvé cet objet, que je n’arrive pas à définir, touchant, entre théâtre, documentaire, fiction, mais avec des non-acteurs (ou presque ?). Pourtant ils répètent chaque soir l’anniversaire de la doyenne des supporters. Un autre explique que son calendrier ne se fait qu’en rapport aux matchs du RC Lens. Rires du public (que je ressens comme moqueurs)… Euh… Que les spectateurs qui prennent des places de spectacles six mois à l’avance (au bas mot) lèvent le doigt ! Je suis totalement d’accord avec ce que j’ai pu lire ici ou là concernant la gêne (notamment dans l’article de Stéphane Capron sur le site Sceneweb). Des spectateurs rient devant les pom pom girls, les accents, les tics de langage de certains protagonistes, mais quel est donc ce rire ? Je me demandais également ce qu’ils en pensaient, les supporters lensois d’être sur une des grandes scènes parisiennes. Certains nous observaient pendant la représentation. Vous en pensez quoi, dites ? C’est la bienveillance (encore elle) et la générosité de Mohamed El Khatib qui ne fait pas sombrer le navire lensois dans ce qui aurait pu être du voyeurisme comme dans certaines émissions télévisées. Parce qu’il a pris le temps de leur parler, de les écouter, pour ensuite les convaincre de se risquer à raconter leur histoire sur scène ou devant une caméra. Et d’ailleurs ces témoignages vont bien au-delà du monde footballistique. Si Lens et sa région sont une terre économiquement et socialement  sinistrée, il y a peut-être une raison et cela est évoqué.

Et pour toutes ces raisons, je me languis, comme on dit chez moi, de revoir « Stadium » sur la planète Mars (Marseille, terre de corruption, d’après une des banderoles brandies pendant la représentation, la verra-t-on alors ?) en mode lecture-projection (les supporters en moins) avec notamment Jacques Bonnaffé devant un parterre de spectateurs marseillais. Même si je crains qu’il n’y ait pas beaucoup de supporters de l’OM, mais sait-on jamais ?

 

Vu le dimanche 1e octobre 2017 à 16h au Théâtre National de la Colline (Paris 20)

Prix de la place : 13€ (tarif carte Colline)

 

Stadium

texte : Mohamed El Khatib

conception, réalisation : Mohamed El Khatib et Fred Hocké

avec une soixantaine de supporteurs du Racing Club de Lens.

environnement visuel Frédéric Hocké – environnement sonore Arnaud Léger – collaboration artistique Violaine de Cazenove, Éric Domeneghetty, Thierry Péteau – conseil éditorial William Nuytens

Jusqu’au 7 octobre 2017 à la Colline (Paris 20) et en tournée (liste non exhaustive) : le 21/10/2017 au Channel (Calais), les 16 et 17 novembre 2017 au théâtre du Beauvaisis (Beauvais), du 10 au 14 avril 2018 au Grand T (Nantes)…

 

(une autre histoire) : Chez mon coiffeur marseillais

Je vous présente Alex. C’est mon plus fidèle client. Ça fait combien de temps que tu viens ? Vingt ans ? Vingt-cinq ans ? Trente-deux ans ! Et il vient de loin, il a pris le TGV pour venir se coiffer. Tu te souviens, je te mettais le réhausseur quand tu venais avec ton grand-père. La raie de côté. T’as jamais moufté. (il chuchote) Je sais que tu vas voir un autre coiffeur à Paris, mais je ne t’en veux pas. (il reprend une voix normale) Qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui ? Comme d’habitude ? Comme d’habitude. Tu es allé au dernier salon de l’agriculture ? T’es jamais allé ? Tu vis à Paris et tu n’y es jamais allé ? Ah mais non, c’est vrai, c’est pendant les vacances et tu descends toujours à ce moment-là. Et dis, tu en penses quoi de Paris ? T’as pas devenu un supporter du PSG j’espère ? Ah bon, tu me rassures. Parce que l’OM c’est pas fameux. Mon fils est allé au stade dimanche dernier, il est parti avant la fin. Il était à peine sorti du stade qu’ils s’en prenaient un autre. Ça va, ça vient. Ça s’en va surtout. Ils ressemblent à rien les joueurs aujourd’hui. Tu te souviens quand tu voulais te faire la même coupe que Chris Waddle pour ta communion (célèbre joueur anglais à la coupe mulet) ? Ta mère a voulu me tuer à cause de ça. C’est ton grand-père qui me l’avait dit. Ça fait combien de temps que ton grand père… T’es parti juste après à Paris si je comprends bien. Je n’oublie rien.

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito