Si j’avais rencontré… Julie Gayet

Julie Gayet… Nous pourrions parler de la pièce dans laquelle vous jouez présentement aux Bouffes Parisiens, Rabbit Hole, mais je ne l’ai pas encore vue. Je pourrais faire semblant. Après tout, un de mes amis a vu la pièce à Aix-en-Provence et m’en a beaucoup parlé (il voudrait d’ailleurs passer le bonjour à Lolita Chammah qu’il n’a pas du tout trouvée en force ce soir-là…), j’ai vu le film de John Cameron Mitchell avec Nicole Kidman… J’étais pourtant invité à assister à la représentation de ce mercredi 6 février, à rencontrer l’équipe artistique en compagnie de blogueurs comme moi. Malheureusement des circonstances qui n’ont rien à voir avec le théâtre m’ont obligé à m’éloigner de Paris pour quelques jours. Je vous écris donc de… Marseille.

Coïncidence, puisque, si je vous avais croisée, j’aurais osé vous adresser la parole (si… si…) et vous aurais parlé de cette ville si chère à mon coeur. Marseille… car nos chemins se sont croisés dans la cité phocéenne, comme on dit, il y a de cela vingt-deux ou vingt-trois ans, je ne parviens pas à remettre la main sur mon billet de théâtre pour la pièce « Les Abîmés », vue au Théâtre de la Criée.

Remettons-nous dans le contexte (tout ce que je vais écrire ici est vrai) !

Je m’appelle Axel, j’ai dix-sept ans et je suis en terminale L au Lycée Michelet à Marseille. Nous sommes en 1996 ou 97. Je suis en option théâtre et le lycée a un partenariat avec le Théâtre National de la Criée, grâce auquel, notamment, nous avons pu assister aux répétitions des pièces de Gildas Bourdet. Notre professeure de français nous annonce que nous irons voir la pièce de Michael Cohen « Les Abîmés » avec lui-même, Serge Hazanavicius (le frère de Michel), Emmanuelle Lepoutre et vous-même. Certains ne vous connaissaient que par « Delphine 1 – Yvan 0 », moi, je vous avais vue dans le film de Laurent Bouhnik « Select Hotel ».

Acte I : Le spectacle. On voit le spectacle, ça nous plait, on applaudit (pour être honnête, mis à part le personnage d’Hazanavicius qui dort sous la table au début de la pièce, je ne me souviens aujourd’hui de rien d’autre), on est un peu jaloux du gars devant nous qui s’est levé et à qui vous avez souri. Après la pièce, notre professeure fait les présentations : vous êtes les artistes, nous sommes les lycéens, rendez-vous la semaine prochaine au lycée pour une rencontre-discussion.

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Acte II : Je m’appelle Axel, je suis avec Stéphan, Jean-Philippe et Mikael. Ce dernier est l’heureux propriétaire d’une 4L de toute beauté. Il est notre chauffeur. Nous sortons du théâtre à la recherche de Titine. Cinq minutes plus tard, Mikael se rend compte qu’il s’est trompé de sens, nous repassons devant le théâtre. Vous apparaissez. Jean-Philippe ou Stéphan, je ne me souviens plus très bien, mais ce n’était certainement pas moi, vous lance, un peu crânement : « On vous raccompagne ? » Vous répondez positivement. Nous marchons au ralenti à vos côtés. (musique : Little Green Bag du film Reservoir Dogs). Stéphan, Jean-Philippe et moi-même nous esquichons à l’arrière de la 4L pour vous laisser la place de la morte. Nous discutons de tout et sûrement de rien, nous nous arrêtons là où vous logez, vous nous donnez un baiser sur la joue en guise d’au revoir. À la semaine prochaine.

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Acte III : La semaine suivante. Les quatre garçons dans le vent n’ont pas lavé, depuis, leur joue droite ou gauche. Vous arrivez au lycée, vous nous reconnaissez. On discute. Fin. Avant de partir. Je tremble. Mon coeur bat la chamade. Je m’approche et vous tends un classeur (ou un porte-vues… j’ai vraiment des problèmes de mémoire) avec des feuilles dedans. Sur ces feuilles, une histoire. « AMORE ». Des mots écrits à la main ou à l’aide de ma machine à traitement de texte, je ne sais plus non plus. Maladroitement, timidivement (ce mot n’existe pas, mais ce n’est pas grave), je vous explique que j’aimerais avoir votre avis.

Acte IV : Je vous parle d’une époque où le courriel en est encore à ses balbutiements, où le téléphone portable ressemble à un talkie walkie. Chaque sonnerie du téléphone familial fait bondir mon coeur. Vous ne m’avez jamais appelé. Je me revois sur le tapis de ma chambre, à genoux, implorant le ciel : « Pourquoi ? Pourquoi ? ». C’est le genre d’anecdotes que j’aime raconter, à qui veut l’entendre. Je n’ai pas gardé le manuscrit original. Mais je me souviens qu’il ne s’agissait ni d’une pièce de théâtre, ni d’un scénario, ni même d’une nouvelle. Je commençais à peine à écrire. C’était une espèce de synopsis, une histoire mal fagotée, avec du drame (déjà), une mort, une vengeance, aucun humour (je me suis légèrement amélioré de ce côté – là, n’hésitons pas à nous envoyer des fleurs, des myosotis par exemple, j’aime bien les myosotis, ça me fait penser à la montagne et ce moment où j’ai rencontré celle qui a inspiré « Amore »… Et je retombe sur mes pattes). Très vite écrit, parce que vous étiez la première « célébrité » que je rencontrais (Bernard Tapie et Chris Waddle ne comptent pas), parce qu’il fallait que je me fasse remarquer, que j’étais certain de la qualité de mes écrits. En y réfléchissant, c’était surtout très mauvais. C’était de la merde, soyons honnêtes. Donc je ne vous en veux pas de ne pas m’avoir appelé (ou écrit, je ne sais plus si je vous avais laissé mon adresse postale).

Acte V : Nous sommes aujourd’hui le samedi 9 février 2019. Je ne vous ai finalement pas revue. Voilà ce que je comptais aussi vous dire : « Alors, j’ai écrit un texte qui s’appelle « Dedans ma tête ». Je vous le confie et vous me direz ce que vous en penserez. Mais cette fois-ci, c’est différent, parce que c’est franchement meilleur qu’ « Amore ». Pas difficile, vous me direz. Déjà parce que c’est destiné à être monté au théâtre, c’est un seul en scène, que deux personnes l’ont déjà lu et ne m’ont pas pris dans les bras en me disant : « Tu te fais du mal, faut que tu arrêtes ! »

Tout ça pour dire quoi… Ce n’est pas uniquement grâce à vous que j’ai continué à écrire, que je me suis amélioré, que ce blog existe, que j’ai écrit deux pièces, que j’ai continué à faire du théâtre. Depuis plus de vingt ans, j’ai énormément écrit, j’ai beaucoup lu, j’ai dû voir un bon demi-millier de spectacles (je n’ai pas fait le compte). Même si je ne travaille pas dans la vraie vie (ou la fausse, c’est selon) dans le théâtre, j’ai tout de même eu la chance de rencontrer et côtoyer des gens fascinants et inspirants comme Tiago Rodrigues et le collectif L’Avantage du Doute, pour ne pas les nommer (ou l’épisode « il se la pète encore et toujours, même qu’il a leurs numéros de téléphone). Mais il y a toujours eu cette petite anecdote dans ma tête, comme une envie de (gentille) revanche. Donc, il n’empêche, je ne peux m’empêcher de penser qu’une part infime de tout ça vous revient. Donc merci. (et j’aurais vraiment voulu être présent mercredi dernier…)

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