Kanata (Robert Lepage / Théâtre du Soleil)

(de quoi ça parle en vrai)

« C’est la première fois, en cinquante-quatre ans de son histoire, qu’Ariane Mnouchkine confie la troupe du Théâtre du Soleil à un metteur en scène invité – le Canadien Robert Lepage. La pièce imaginée par ce dernier assemble les fragments d’une vaste épopée retraçant deux-cents ans d’histoire de son pays — « kanata » est le mot iroquoien, signifant « village », qui a donné son nom au Canada — et scelle la rencontre, par comédiens interposés, entre deux géants de la mise en scène qui sont avant tout deux humanistes, convaincus que l’artiste doit être le témoin de son temps. » (source : ici)

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photos de répétition ©Michèle Laurent

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Exercice assez compliqué que de parler de ce spectacle sans avoir en tête la polémique qui naquit cet été (je résume à l’extrême : une pièce sur les autochtones sans acteurs autochtones).

J’imagine Robert Lepage et Ariane Mnouchkine se grattant la tête : « Bon on fait quoi maintenant ? »

La pièce s’appelle Kanata – Episode 1 : La Controverse. Je me pose la question suivante : Pourquoi ?

(je pense tout haut)

Le spectacle a le cul entre deux chaises (c’est vulgaire, je sais). J’ai peut-être eu un problème de perception, mais je n’ai pas eu l’impression que l’accent était mis sur la population autochtone. On assiste à ce fait divers sordide où des dizaines de jeunes femmes (en majorités autochtones) sont sauvagement assassinées, on apprend l’existence de la rue Hastings à Vancouver peuplée de miséreux et de toxicomanes, mais ce n’est qu’à la fin du spectacle (pendant une séance de taï-chi… WTF ?) qu’on nous fera un cours magistral sur les Anglais, les Indes, l’opium, les autochtones, le Canada. (résumé de mauvaise foi qui ne dit pas grand chose, j’en conviens)

Effectivement il y a deux scènes furtives en début de spectacle, avec un enfant enlevé, des arbres décimés, mais ce n’est finalement pas grand chose pour un spectacle s’appelant Kanata. Quel formidable sujet aurait pu être l’assimilation de tous ces enfants, de leur adoption (allez écouter les chansons d’Elisapie, qui sait de quoi elle parle), les conditions de vie des membres des premières nations dans les réserves. Ici c’est tiède, c’est superficiel et ça passe à côté de son sujet (comme certaines de mes chroniques).

Ensuite était-ce bien nécessaire d’ajouter cette dernière demie-heure sur cette peintre française à qui on reproche de peindre des visages d’autochtones disparues sans en avoir demandé l’autorisation (la fameuse controverse de l’appropriation, clin d’oeil au feuilleton franco-canadien de cet été).

Je parais très critique car ma déception est très grande : j’admire le Théâtre du Soleil et les mises en scène de Robert Lepage (on apprécie encore l’engagement des comédiens, on admire la virtuosité d’une scène de rêve). Je ne vais pas entrer dans la polémique car je ne connais sûrement pas tous les tenants et les aboutissants (Ils n’auraient vraiment pas pu intégrer des comédiens autochtones dans la distribution ? Il me semble pourtant que le Théâtre du Soleil accueille des nouveaux pour chaque création, non ?) Certes, il y a les investisseurs, il y a Robert Lepage qui doit avoir x projets en cours, il y a le Festival d’Automne, mais fut un temps où le Théâtre du Soleil osait repousser les dates de création parce qu’ils n’étaient tout simplement pas prêts. Pourquoi pas ici ?

 

KANATA, ÉPISODE 1 : LA CONTROVERSE

Mise en scène, Robert Lepage

Avec les comédiens du Théâtre du Soleil

Dramaturgie Michel Nadeau – Direction artistique Steve Blanchet – Scénographie et accessoires Ariane Sauvé…

Jusqu’au 17 février 2019 au Théâtre du Soleil (la Cartoucherie, Paris) en partenariat avec le Festival d’Automne à Paris et prochainement au Printemps des Comédiens (Montpellier)

 

(une autre histoire)

La première fois que je suis allé au Québec, c’était à Québec même, il y a presque quatorze ans. J’étais mince (c’est faux), je ne portais pas la barbe (mais j’avais déjà la flemme de me raser), j’avais pris le train à 2h du matin à la gare de Rivière du Loup pour me retrouver au fin fond de la Gaspésie, croiser la route d’un fan parisien de Bruce Springsteen qui jouait de la guitare dans une salle de répétition à vingt mètres de chez moi (et qui est devenu un ami que je fréquente toujours) et entendre cette réplique mythique : « En Gaspésie, j’ai pas vu de phoques et j’ai même pas fucké ! » (que d’histoires à raconter à mes petits-enfants que je n’aurai sûrement pas…).

Au bout de trois jours de vie trépidante québécoise, je croise un homme un peu basané. Ne vous offusquez pas trop vite, je m’explique : c’était la première fois que je rencontrais une personne de couleur dans la ville de Québec, intramuros (parce qu’il y a des remparts à Québec, parce que les Anglais, les Français, je me suis endormi à ce moment-là de l’exposé et j’ai tout mélangé). Montréal, ce n’est pas du tout pareil, je précise.

A l’extérieur de la capitale se trouve Wendake. C’est une réserve autochtone. Je m’imaginais les tipis, les flèches et les attrape-rêves, mais non, c’est une vraie petite ville. Avec des attrape-rêves. Et à Wendake, y a un endroit où on mange comme les autochetones, ça s’appelle Sagamité (je ne mentionne pas du tout ce restaurant pour qu’ils m’invitent l’été prochain, car ma soeur a emménagé non loin de la maison d’enfance de Robert Lepage et je vais revenir à Québec, faut suivre, je sais). On y mange surtout de la viande. Du bison, du wapiti, de la biche, du cerf. Alors ils coupent des petits morceaux et c’est servi sur une espèce de potence et ils font flamber le tout. Rien que pour ça, je retarde encore ma conversion au végétarisme et j’arrêterai mon histoire ici, j’ai déjà perdu la moitié de mon lectorat. Vive le Québec libre !

 

vu le dimanche 13 janvier 2019 au Théâtre du Soleil

prix de ma place : 30€ (abonnement Festival d’Automne)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

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Deux mille dix-huit

SPECTACLE VIVANT

Une année record (j’avais déjà dit cela l’an passé, mais j’ai de nouveau battu mon record, c’est moi qui ai la plus longue, pour une fois). Alors même que cette année j’ai travaillé à plein temps (pour le pire et le moins pire), je sais déjà que j’en ferai beaucoup moins en 2019, j’ai vu mes limites, tant physiques qu’inspirationnelles, si je puis dire. (ça aussi, je l’ai déjà écrit l’an passé, mais à moins qu’on me paye pour écrire, je verrai réellement beaucoup moins de spectacles l’an prochain). Pour être plus sérieux, j’ai la fâcheuse impression que d’en voir beaucoup me blase un tantinet…

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Bibliothèque du Théâtre de Gennevilliers

139 spectacles (71 il y a 2 ans, 101 l’an passé) à Paris, Montreuil, Bobigny, Nanterre, Gennevilliers, Aubervilliers, Saint-Denis, Boulogne-Billancourt, Saint-Ouen, mais aussi Avignon, Bussang, Bruxelles, Londres et Lausanne, dans 66 lieux avec des artistes français, belges, anglais, néerlandais, italiens, portugais, canadiens, danois, suisses, brésiliens, grecs, polonais, allemands, israëliens, russes… parfois (souvent) dans le texte. Du théâtre, des chevaux, des images, du son, de la musique, des marionnettes, des objets, du théâtre documentaire, de la danse, du cirque, du seul en scène, du one wo.man show, des écoles de théâtre, des gens tous nus, des performances, du jeune public, des professionnels, des « amateurs » et même des pièces dans le privé…

Trois spectacles vus une 2e fois (« Iliade » par Pauline Bayle, « Bovary » et « Sopro » de Tiago Rodrigues) ou une 3e fois (« By Heart » de Tiago Rodrigues, toujours lui)

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Ça ne se passe jamais comme prévu de Tiago Rodrigues avec les élèves de la Manufacture au Théâtre de l’Aquarium

J’ai vu cinq spectacles du tg STAN (« Quoi Maintenant », « Infidèles », « Atelier », « Après la répétition », « Quartett »), quatre de Tiago Rodrigues (+ « Ça ne se passe jamais comme prévu ») (#TeamTiago), quatre de Julien Gosselin (« 1993 » et sa trilogie Don DeLillo), quatre de Gwenaël Morin (sa tétralogie « Molière de Vitez »), trois de Marc Lainé (« La fusillade sur une plage d’Allemagne », « Hunter », « La Chambre désaccordée »), deux du Collectif L’Avantage du Doute (« Grande Traversée », « La Caverne ») (le film de Judith Davis « Tout ce qu’il me reste de la révolution » sort début février, soit dit en passant), deux de Pauline Bayle (« Iliade » et « Odyssée »), deux avec Laetitia Dosch (« La Maladie de la Mort » de Katie Mitchell et « Hate »), deux avec Emilie Incerti Formentini (« Au bois » et « Love me tender »), deux avec Grégoire Monsaingeon (« Bovary » et « Ovni(s) »), deux de Lisbeth Gruwez (« We’re pretty fuckin’ far from ok », « The Sea Within »), etc.

Par souci de transparence, je tiens à mentionner que j’ai bénéficié de 43 invitations  (dont 19 dans le cadre du Festival Off d’Avignon) grâce à ce blog ou dans le cadre de  mes contributions au Blog de Nestor (blog sur l’actualité culturelle montreuilloise). J’ai donc payé 96 fois ma place…

À part ça de grands souvenirs avec (dans le désordre) :

  • France Fantôme de Tiphaine Raffier au TGP St-Denis
  • B. Traven de Frédéric Sonntag au Nouveau Théâtre de Montreuil
  • The Encounter de Simon McBurney à l’Odéon Théâtre de l’Europe
  • Tragédies Romaines de Ivo Van Hove à Chaillot (je ne l’ai pas chronique, vous rendez-vous compte ?!?)
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Tragédies romaines d’Ivo Van Hove à Chaillot

Et dans les (plus ou moins) bons souvenirs :

  • le bataillon 30 hyper dissipé aux Tanneurs pour le « By Heart » de Tiago Rodrigues.
  • ma crampe à la cuisse droite durant la trilogie Don DeLillo aux Ateliers Berthier.
  • le site magnifique du Théâtre du Peuple à Bussang.
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Théâtre du Peuple, Bussang
  • mon extinction de voix à cause de Laetitia Dosch (ou plutôt à cause de ma persévérance à ne pas vouloir acheter de parapluie)
  • mon accréditation pour le Off d’Avignon.
  • la découverte du Barbican à Londres (clin d’oeil à Camellia Burows)
  • tomber amoureux d’une bonne dizaine de comédiennes/danseuses (en vrai, j’ai préféré ne pas compter pour ne pas me faire du mal) (clin d’oeil à Laurent, je te laisse Laetitia, mais j’ai vu Lisbeth avant toi, je te ferai remarquer !)
  • ces moments « je vais aux toilettes ou je n’y vais pas » pendant les spectacles de Gosselin ou Van Hove.
  • ma gêne lors de ma rencontre avec une comédienne qui avait lu ma chronique mitigée d’une pièce dans laquelle elle avait joué (longue phrase bien lourde).

 

CONCERTS

16 soirées concerts (soit moitié moins que l’an passé) mais avec 27 artistes ou groupes.

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Parce que je fais parfois régisseur son…

TOP 5

 

EXPOS

La découverte (enfin) des Rencontres Photographiques d’Arles, les polaroïds de Wim Wenders à Londres, mon initiation à l’architecture…

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La Cité Radieuse par le Corbusier sur la Planète Mars

 

CINÉMA

Moitié moins de films cette année (35 au 26 décembre 2018), la faute au théâtre et aux chroniques à écrire, à la flemme. Huit films sont tout de même parvenus à se détacher : 

  • Leto de Kirill Serebrennikov
  • Shéhérazade de Jean-Bernard Marlin (#TeamLycéeMichelet)

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  • Amanda de Mikael Hers
  • Climax de Gaspar Noé
  • Woman at War de Benedikt Erlingsson
  • Au Poste de Quentin Dupieux
  • Phantom Thread de Paul Thomas Anderson
  • Ready Player One de Steven Spielberg

 

SÉRIES

J’ai vu énormément (trop ?) de saisons cette année : 50 si j’ai bien compté

TOP 5

  • l’intégrale de Six Feet Under (enfin !) : qui m’a totalement dévasté, je pèse mes mots.
  • la saison 2 de The Good Fight : série trop méconnue, légèrement anti-Trump.
  • la saison 1 de Kidding (+ S1 : I’m dying up here) : Jim Carrey. Voilà.
  • la saison 1 de Counterpart : Espionnage et monde parallèle…
  • la saison 1 de The First : Sean Penn, Mars… Elle prend son temps.

 

LIVRES

TOP 5

  • la découverte FabCaro avec « Zaï  Zaï Zaï Zaï »et son roman « Le Discours » auquel je me suis pas mal reconnu (c’était même assez troublant à certains endroits) :

 

« Je ne suis pas comme vous, je vous emmerde, j’ai trop de problèmes dans ma vie pour faire la chenille, j’ai lu « Le livre de l’intranquillité » de Pessoa, vous imaginez quelqu’un qui a lu « Le livre de l’intranquillité » de Pessoa faire la chenille ? »

 

  • l’Arabe du Futur 4 de Riad Sattouf
  • Vernon Subutex 3 de Virginie Despentes
  • Le Lambeau de Philippe Lançon

 

CÔTÉ BLOG 

5 articles pas par moi : de grands remerciements encore et toujours à Cyril Bivalski et Laurent Suavet. La porte reste toujours ouverte pour vous (et pour d’autres aussi, soyons fous !)

130 articles écrits par moi…

Top 10 fréquentation (au 26 décembre) :

Le blog va plutôt bien, merci de demander. 

 

SUR LE PLAN PERSONNEL

Sans rentrer dans les détails… J’ai donc écrit de nombreux articles pour ce blog (130), quelques articles pour le Blog de Nestor (19 peut-être). J’ai collaboré à Radio Mortimer (et fait la connaissance de personnes très très intéressantes). J’ai (enfin) terminé d’écrire ma deuxième pièce que j’espère pouvoir monter d’une façon ou d’une autre en 2019, participé au labo social (fantôme) mené par le collectif « L’Avantage du Doute » lors de l’Occupation Bastille 2 (dans le théâtre du même nom), joué à deux reprises dans la salle du haut du théâtre de la Bastille en compagnie de mes amis Les Infilitré.e.s (et dit un de mes textes, tout seul devant le public)… Je crois que j’ai beaucoup écrit cette année… (et je ne suis absolument pas épuisé, mais ça c’est l’âge)

 

Et prochainement en 2019… Les Infiltré.e.s saison 2 au théâtre de la Bastille les 9 et 10 mai… « Dedans ma tête », le seul en scène écrit et interprété par moi-même… Des chroniques made in Québec…

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photo : Marc Woog – Compagnie Mimesis

 

Textes et photos (sauf mention contraire) : Axel Ito

Rain (Rosas / Ictus / La Villette / Festival d’Automne)

(quand on ne lit pas la bible)

Rain ? Si seulement je l’avais vu en novembre, j’aurais pu ironiser sur la chanson de Guns n’Roses, mais hélas non. Et comme la compagnie de Anna Teresa De Keersmaeker s’appelle Rosas, moi je dis, y a pas de hasard !

(de quoi ça parle en vrai)

« Cette pièce phare d’Anne Teresa De Keersmaeker, composée en 2001 sur Music for 18 Musicians de Steve Reich, est peut-être la clé de voûte de toute son oeuvre chorégraphique. La structure de la danse, à la fois imbriquée et adjointe à celle de la musique, agit comme une matrice ; par ses répétitions, ses variations, ses conjugaisons des motifs initiaux, elle génère une vitalité rare, une incandescence persistante et vertigineuse, que les danseurs, dans leur mouvement collectif, ne cessent d’auto-alimenter. Portés par les vagues ondulatoires et obsédantes de la musique, les ressorts formels de cette « danse pure » exercent leur action bien au-delà du plateau. Leur rigueur infaillible distille les sensations, s’immisce dans les gradins, insiste et recommence, jusqu’à l’envoûtement. » (source : ici)

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Crédits photos : Anne Van Aerschot

(ceci n’est pas une critique, car il faut vraiment que je prenne des vacances, hélas, avec celle-ci, j’ai encore 5 chroniques à pondre…)

On voit des danseuses et des danseurs courir en rond. On voit des danseuses et des danseurs à deux doigts de perdre l’équilibre. On voit et on entend surtout dix musiciens et choristes jouer une musique de Steve Reich. Entêtant, hypnotisant. Du mouvement pendant plus d’une heure, les danseurs ne prennent pratiquement aucune pause, les musiciens se relaient au piano, aux cordes ou au xylophone. Une sensation de fluidité. La musique répétitive de Reich mais jamais ennuyeuse se laisse écouter comme un morceau dont on découvrirait de nouvelles choses à chaque écoute.

(Parfois je laisse mon regard s’attarder sur une seule personne pendant de longues minutes, occultant tout le reste. Puis reviens sur le groupe. Ils vont bien ensemble.)

Parce qu’on n’est pas pareil à la fin du spectacle (et c’est un peu la moindre des choses quand on va au spectacle), notre seul souhait est que la pluie tombe sur nous. Et aussi courir.

 

RAIN (rosas / ictus)

Chorégraphie Anne Teresa De Keersmaeker

Dansé par Laura Bachman, Léa Dubois, Anika Edström Kawaji, Zoi Efstathiou, Yuika Hashimoto, Laura Maria Poletti, Soa Ratsifandrihana, Frank Gizycki, Lav Crnčević, Luka Švajda

Musique : Music for 18 Musicians Steve Reich

(dans le cadre du Festival d’Automne à Paris)

 

(une autre histoire)

Dans mes archives musicales, j’ai 109 chansons avec le mot « rain » et autres mots de la même famille, mais seulement 15 morceaux avec le mot français « pluie ». Je n’ose rechercher le nombre de fois où le mot « love » ou « amour » apparait. Ça me déprimerait bien trop. Surtout que la pluie elle-même me met dans un état proche de la larve qui aurait abusé de sucreries. Le gris aussi me fait ça. Revoir certaines personnes également. Alors j’ai dit « stop ». Je me mets au sport, j’arrête de boire, je n’écoute plus de musique triste ou grise. Je me regarde la face dans la glace et je tente de battre le record de souriage. Je pense alors à ma nouvelle dentiste dont j’ai sauvagement décommandé le rendez-vous. Je la rappellerai l’année prochaine, ça sera ma première résolution. Et j’arrêterai de commencer mes phrases par « je ».

(…)

J’aimerais ça, courir en rond, sans m’arrêter, sur une petite distance. J’irais tellement vite que la force centrifusionelle me permettrait de courir à 20° d’angle du sol. Je serais comme Fred Astaire et je courirais sur le tapis bleu du ciel. Parce que parce que je l’ai décidé, le ciel serait toujours bleu. Avec un ou deux petits nuages, pour agrémenter et faire fonctionner la boîte à imaginaire. Avec tout cet entraînement, je pourrais faire comme Michael Jackson dans le clip « Smooth Criminal » et me baisser sans décoller des pieds. Je ne perdrais point l’équilibre. Je ne sais pas bien à quoi ça me servirait, mais ça serait cool…

(…)

Voilà voilà…

 

vu le vendredi 7 décembre 2018 à la Grande Halle de la Villette, Paris

Prix de ma place : 12€ (place prise par une amie qui travaille à la Villette)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Elisapie + Mark Bérubé – Kliffs (la Bellevilloise / Aurores Montréal)

(ceci n’est pas une critique mais…)

Je n’arrive pas à retrouver à quelle occasion j’ai déjà vu Mark Bérubé. C’était en première partie, mais de qui ? Quoi qu’il en soit, je fus bien heureux de le revoir sur la scène de la Bellevilloise en compagnie de Kristina Koropecki au violoncelle pour son nouveau projet Kliffs. Encore un de ces artistes méconnus et sous-estimés qui vaut vraiment qu’on se donne la peine de prêter une oreille (et pourquoi pas les deux) à sa musique, qui oscille entre pop et folk.

J’avais découvert Elisapie (Isaac) grâce à une chanson « Moi Elsie » écrite par Richard Desjardins et composée par l’inénarrable Pierre Lapointe.

Ça faisait longtemps que je l’avais dans l’oreille et l’idée de la voir enfin sur scène était une évidence. Je ne fus pas déçu. Ses premiers mots seront en inuktitut car la belle Elisapie est originaire du Nunavut, le Grand Nord. Je souris comme si j’avais compris mais il n’en est rien. La dame est envoûtante, intimidante aussi. Son regard nous transperce et on a du mal à le soutenir. Elle chante aussi en anglais et en français. D’excellents musiciens l’entourent, les chansons nous emportent dans un ailleurs inconnu de nous. Elisapie peut être piquante quand elle se moque gentiment des Français. Mais elle est surtout captivante quand elle raconte ses origines, sa famille.

Son nouvel album « The Ballad Of The Runaway Girl » est disponible dans les bacs, comme on disait dans le temps et son tout premier à être commercialisé en France. Mieux vaut tard…

ELISAPIE + MARK BERUBÉ « KLIFFS »

à la Bellevilloise, Paris, dans le cadre du festival « Aurores Montréal »

 

(une autre histoire…)

Le Québec et moi, c’est une longue (et autre) histoire. Presque treize ans. On pourrait remonter jusqu’à la sortie de « 1990 » le titre le plus connu en France de l’auteur – compositeur – interprète Jean Leloup (que je n’ai toujours pas vu sur scène). Mais c’est bien en 2005, quand ma soeur eut la bonne idée de s’installer là-bas que je me mis à découvrir et à aimer le Québec et donc sa musique. Je ne vous parle pas des chansons de Céline Dion, Garou et Isabelle Boulay, je vous parle plutôt de ces interprètes qui ont eu plus ou moins de difficultés à traverser l’océan Atlantique, je parle de Jorane, Karkwa, Malajube, Dobacaracol, Les Cowboys Fringants, Misteur Valaire, Gatineau, Atach Tatuq, Damien Robitaille, Pierre Lapointe, Klô Pelgag… (ceci dit, le Québec n’est pas une exception dans mes découvertes musicales, j’éprouve de plus en plus de difficultés à découvrir de nouveaux artistes, la faute au temps qui passe trop vite, au théâtre, etc., d’où ces noms qui ne sentent pas encore la naphtaline mais un certain parfum so ’05/10, Klô Pelgag étant l’exception qui confirme la règle) Et encore je ne parle pas des artistes anglophones comme Patrick Watson. Bref, c’est grâce à mes séjours dans le Nouveau Monde, à des balladodiffusions comme celles de feu Bande à Part, à des journalistes comme Catherine Pogonat et des festivals comme Aurores Montréal, que je découvre toujours plus d’artistes fabriqués au Québec et aussi dans le Grand Nord comme Elisapie.

Tout ça pour dire que ces artistes font partie de ce que je suis aujourd’hui et qu’il ne se passe pas un jour sans que j’écoute un de leurs morceaux. Je pourrais entrer dans les détails, mais ce ne serait pas très intéressant. L’été prochain, je retourne au Québec, je raterai sûrement le Festival d’Été de Québec à cause d’un certain autre festival théâtral, mais je saurai me rattraper, certainement au festival Osheaga à Montréal ou aux soirées bucoliques à l’Auberge de l’Île du Repos du côté de Péribonka et du Lac St-Jean ! Ou pourquoi pas à Petite Vallée. Y a aussi ce micro-festival à St Pierre et Miquelon, Rock’n’Rhum. Certes, nous ne sommes plus au Canada, mais cet endroit me fait terriblement envie. La vie insulaire, quoi ! Comme une envie de me retirer, de faire l’ermite. J’en parle souvent. Ici. Ailleurs. Une envie qui a toujours été « dedans ma tête ». M’isoler. Devenir hermétique à toute pollution. Ne plus entendre le bruit. Assez utopique, j’en conviens. Un jour peut-être. Mais pas tout de suite. J’ai encore bien à faire.

 

vu le mardi 4 décembre 2018 à la Bellevilloise, Paris

prix de ma place : 16,80€

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

(photo de couverture : pochette de l’album d’Elisapie  » The Ballad of the Runaway Girl »

Radio Mortimer #17

À part ça, j’ai eu la joie et l’angoisse de participer à Radio Mortimer, dix-septième du nom. C’est une émission (audio) web faite par des passionné.e.s de théâtre comme moi, avec ou sans blog. Et c’est à l’Odéon Théâtre de l’Europe que nous avons eu la chance d’enregistrer ce nouveau numéro (j’allais ajouter quelque chose, mais je ne le ferai pas, je suis le seul à comprendre cela)

Nous avons disserté à propos de « La Locandiera » de Carlo Goldoni sur une mise en scène d’Alain Françon (Comédie Française), « J’ai rencontré Dieu sur Facebook » d’Ahmed Madani (en tournée), « J’abandonne une partie de moi que j’adapte » du Nabla Group sur une mise en scène de Justine Lequette (les 11 et 12 décembre au Théâtre de Gennevilliers), « Joueurs / Mao II / Les Noms » de Don DeLillo adaptés et mis en scène par Julien Gosselin (Ateliers Berthier – Odéon Théâtre de l’Europe) et « La Bible – vaste entreprise de colonisation d’une planète habitable » par Céline Champinot (Théâtre de la Bastille).

Pour ma part, je suis intervenu sur les deux derniers segments (à partir de 32’15) : j’ai bafouillé, hésité, eeeeeeeet…. cherché mes mots et mes idées. Un grand merci à Mélina (Théâtrices) pour ses coups de ciseaux et bien plus encore et évidemment à toute l’équipe de Radio Mortimer présente lors de l’enregistrement pour leur accueil chaleureux : (par ordre alphabétique) : Bénédicte (Nouvelle Claque), Bertrand, Christine (Théâtre Côté Coeur), Hélène, Iris, Thibaut, Suzanne (Mordue de Théâtre), Valérie (R42 Culture Gourmande), Véro (Théâtrelle)

Je ferai mieux la prochaine fois…

Ps : Je n’ai absolument pas été payé pour dire tout cela, j’ai même fait un chèque en sortant de l’enregistrement…

 

Quartett (Heiner Müller / Rosas / tg STAN / Centre Pompidou / Festival d’Automne à Paris)

(de quoi ça parle en vrai)

« Quartett, créé en 1999, est le fruit d’une collaboration entre deux membres de la compagnie de danse Rosas, Anne Teresa De Keersmaeker et Cynthia Loemij, et deux membres du collectif théâtral tg STAN, Jolente De Keersmaeker et Frank Vercruyssen. Le texte éponyme du dramaturge allemand Heiner Müller, inspiré des Liaison dangereuses (1782) de Choderlos de Laclos, s’ouvre sur ces mots : « Un salon d’avant la Révolution française / Un bunker d’après la Troisième Guerre mondiale ». Un homme et une femme traquent et échangent leurs identités dans l’imminence de l’effondrement du monde — peut-être même un peu plus tard. Frank Vercruyssen et Cynthia Loemij se partagent le plateau en un face-à-face qui convoque à la fois la férocité du verbe et la puissance menaçante des gestes. » (source : ici)

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Crédits photos : Herman Sorgeloos

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je rêve d’un portrait l’an prochain consacré au tg STAN, pile pour les trente ans du collectif. En attendant, nous avons eu droit à quatre de leurs spectacles cette année et leur cycle s’achève par une collaboration avec une des artistes mises à l’honneur cette année au Festival d’Automne à Paris : Anna Teresa de Keersmaecker. J’avais déjà eu la chance d’assister, il y a six ans, à « Nusch » d’après Paul Eluard, autre duo entre Franck Vercruyssen du tg STAN et une danseuse de la compagnie Rosas, souvenir émouvant et unique.

Quartett (de Heiner Müller) est une re-création. J’envie les spectateurs qui avaient assisté à la création du spectacle en 1999, avec le même Franck Vercruyssen et la même Cynthia Loemij. Dix-neuf ans ou une éternité. Des corps qui ont changé, un contexte social et politique différent. Qui est le / la dominant(e) ? Qui est le / la dominée ? On retrouve une des marques de fabrique du tg STAN quand les deux artistes échangent leurs rôles (la femme prend la veste de l’homme et la revêtit).

Je ne suis absolument pas un connaisseur des chorégraphies De Keersmaecker, donc je me garderai bien de juger la prestation de Cynthia Loemij, toute en maîtrise (oui, je juge tout de même). Nous voyons Franck Vercruyssen dans un jeu assez différent de celui que nous avons l’habitude de voir. Il est ici très raide, très droit, monocorde. Il joue avec la sonorisation, fait des bruits de bouche, respire, parle dans un souffle.

Mais qu’en ai-je pensé, me direz-vous ? Du bien. Un spectacle qui compte, différent, glaçant, vénéneux.

 

QUARTETT

Concept, Anne Teresa De Keersmaeker, Jolente De Keersmaeker, Cynthia Loemij, Frank Vercruyssen
Texte, Heiner Müller, Quartett
Avec Cynthia Loemij, Frank Vercruyssen
Scénographie et lumières, Herman Sorgeloos, Thomas Walgrave -Costumes, An D’Huys

Production tg STAN ; Rosas

 

(une autre histoire)

Ce soir, j’ai dit bonjour à… une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept personnes que je connaissais. Si numéro six et numéro sept me lisent, je voulais m’excuser, parce que dans le métro, je ne vous ai pas présentées l’une à l’autre. J’avais oublié vos prénoms. Je ne suis pas quelqu’un qui est très prénom prénom. Par exemple, toutes les copines que j’ai pu fréquenter, je les appelais « Chou ». Les personnes avec qui je travaille, je ne peux pas les appeler « Chou ». Alors je ne les appelle pas. Ou bien j’utilise des moyens mnémotechniques assez sophistiquées, je trouve. Par exemple, j’ai une collègue qui ne boit que du Pepsi, elle a du pep’s et elle sent bon, pas comme Pepe le putois, mot qui ressemble à « putain », « fuck » en anglais. Je dis souvent « putain » quand j’ai mal : « Fuck the pain away » chantait Peaches. Les pêches que j’aime melba à l’anis… Mélanie.

(ça se voit que je manque d’inspiration en ce moment ?)

 

vu le mercredi 28 novembre 2018 au Centre Pompidou, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris.

prix de ma place : 12€ (abonnement festival d’automne)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Après la répétition (Ingmar Bergman / tg STAN / Théâtre de la Bastille / Festival d’Automne à Paris)

(de quoi ça parle en vrai)

Après la répétition, les langues se délient… Dans ce huis clos fascinant aux dialogues ciselés, le spectateur assiste à la conversation complice, parfois conflictuelle, souvent ambiguë, entre Henrik Vogler, un célèbre metteur en scène, et Anna, sa jeune comédienne fétiche qui joue l’un des premiers rôles dans sa nouvelle pièce, Le Songe d’August Strindberg. Cette pièce, Vogler l’a déjà montée autrefois… mais avec Rakel Egerman, la mère d’Anna, qui jouait alors le même rôle que sa fille aujourd’hui. Cette femme décédée, il l’a aimée. C’était il y a vingt-trois ans, l’âge d’Anna. (Maxime Bodin – source : ici)

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© Dylan Piaser

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je veux lire le texte ! Constater si ce que j’ai entendu a bien été écrit par Bergman ou bien… Encore plus que pour toute autre adaptation du père Ingmar, « Après la répétition » parait être un texte écrit pour le tg STAN. Même rapport au théâtre, même simplicité dans la complexité des sentiments, dans le décalage temporel. (j’ai bien écrit « simplicité dans la complexité…)

Je n’ai rien noté, parce que je ne voulais rien rater du jeu de Franck Vercruyssen, toujours aussi faussement nonchalant et qui peut tout jouer, mais également celui de Georgia Scalliet, qui, à bien des égards, peut irriter (la voix, la minauderie, m’a dit la personne qui m’accompagnait… je balance, c’est pas bien) mais qui m’a séduit et m’a paru toujours juste et envoûtante.

Pour qui connait le tg STAN, on est en terrain connu et conquis, car Franck Vercruyssen est à son meilleur. Tout est maîtrisé, jusqu’au son de la moto pétaradant dans la rue de la Roquette avant qu’il ne prononce le mot « silence ». Il sait également choisir ses partenaires de jeu : après Ruth Vega Fernandez (dans « Scènes de la Vie Conjugale ») et Alma Palacios (dans « Mademoiselle Else »), ce face à face avec Georgia Scalliet est tout aussi savoureux et passionnant à suivre.

Pour qui ne connait pas le tg STAN, la pièce est une formidable porte d’entrée dans leur univers.

Bergman disait à propos de la représentation théâtrale que ce qui importait était : la parole, le comédien, le spectateur. Bergman / tg STAN : Même combat !

Ps : Je dis à mon amie : « Tu vois ce canapé, c’est le même que dans « Infidèles ». Dans la pièce, le personnage de Franck Vercruyssen parle de ces accessoires qu’il réutilise d’une pièce à l’autre.

Pps : Dimanche prochain, j’aurai la chance de participer à un atelier de jeu en compagnie de Franck Vercruyssen… Impatience…

 

APRÈS LA RÉPÉTITION

D’après Après la répétition d’Ingmar Bergman

De et avec Georgia Scalliet de la Comédie-Française et Frank Vercruyssen

Avec la collaboration de Alma Palacios, Ruth Vega Fernandez et Thomas Walgrave Costumes An D’Huys Technique tg STAN

Jusqu’au 14 novembre 2018 au Théâtre de la Bastille en partenariat avec le Festival d’Automne

 

(une autre histoire)

Certains le savent peut-être, je fais du théâtre. Présentement, je participe à un atelier qui a pour nom « Les Infilitré.e.s ». Quand des spectateurs montent sur scène… On travaille sur quatre pièces de la programmation du théâtre de la Bastille, dont « Après la répétition ».

L’autre jour, le metteur en scène nous a demandé d’écrire un texte autour de ce spectacle. On ne l’avait pas encore vu mais il nous a donné le choix entre deux phrases : « Je répète, je répète, mais rien ne vient » et « Cette personne me rappelle mon premier amour ».

Quand j’ai entendu cette dernière phrase, j’ai souri, parce que c’est exactement la phrase qui pourrait résumer la première pièce que j’ai écrite. Parce que j’ai écrit une pièce, il y a quelques années. Je travaille actuellement sur la seconde… c’est très laborieux comme processus. Je peux pondre, pour ne pas dire autre chose, quatre chroniques pour ce blog en un weekend, mais je suis incapable d’écrire quelque chose de personnel… de valable et de personnel en un claquement de doigts. Je veux dire, vraiment personnel. Mais là n’est la question. J’ai toujours été incapable de résumer ma pièce. Je ne sais pas raconter. Tout le monde peut vous le dire. Mais cette phrase « Cette personne me rappelle mon premier amour », c’est précisément ma pièce.

J’ai donc décidé de m’inspirer de la phrase « Je répète, je répète, mais rien ne vient. » Autant vous dire que rien n’est venu. Pourtant, j’avais écrit un mot, puis un deuxième, répété ces mots-là à voix basse, mais… non… rien. J’ai alors écrit d’après la seconde phrase. Et comme je n’ai absolument aucune imagination, j’ai réécrit ma pièce en trois cents mots. En fait, j’ai inventé une nouvelle situation pour parler de la même chose.

Parce que je ne fais que ça, répéter, rabâcher, radoter. Parfois, même, j’oublie que j’ai déjà écrit, tellement je radote. Je radote en disant que je radote.

Ma première pièce s’appelait « Non non non pas d’insectes dans ma tête ». Ma deuxième pièce s’appellera « Dedans ma tête ».

Ceci n’est pas un hasard.

 

vu le dimanche 4 novembre 2018 au Théâtre de la Bastille, Paris

prix de ma place : 13€ / mois (Pass Bastille)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Quasi Niente (Daria Deflorian et Antonio Tagliarini / Théâtre de la Bastille / Festival d’Automne à Paris)

(de quoi ça parle en vrai)

« (…) Daria Deflorian et Antonio Tagliarini s’emparent de l’un des films cultes de Michelangelo Antonioni, Le Désert rouge. Dans celui-ci, Monica Vitti est Giuliana, une femme qui ne parvient plus, dépression ou mélancolie, à entrer en relation avec le monde… » Laure Dautzenberg (source : ici)

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Photos Claudia Pajewski

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je n’ai pas vu le film d’Antonioni. D’ailleurs (et je ne fais pas mentir ma réputation), je ne sais absolument pas de quoi parlent le film, le spectacle et n’ai jamais vu une seule pièce de Daria Morgendorf… Deflorian et Antonio Tagliarini.

Devant nous, cinq acteurs, presque en quête d’auteur. Des personnages qui ne dialoguent pratiquement pas entre eux, mais tous en écoute. Nous aussi, nous les écoutons. Ils se livrent, nous restons attentifs. Cinq individus qui ne respirent pas la joie de vivre, c’est le cas de le dire. Mais il y a toujours une certaine légèreté, quelque chose de suspendu (j’aime bien ce mot). On fait comment pour s’en sortir ? On parle, on chante, on danse, on se défoule, on fait du sport ? On parle, oui.

« Si seulement je pouvais libérer de l’espace en moi, pour écouter les autres. »

Le talent du duo italien est de ne pas nous déprimer. Leur talent est de ne pas nous perdre, malgré une lenteur, malgré l’absence d’histoire, complètement assumées. Ceci n’est pas l’adaptation du film. On cite l’incroyable Monica Vitti, l’actrice du film, mais Monica Piseddu (la dame sur la photo de couverture) est toute aussi fascinante. On est un peu sur un nuage, on ne voit pas le temps passer. Tous les acteurs tiennent leur rôle avec précision et délicatesse, les chansons interprétées par Francesca Cuttica y sont également pour quelque chose.

Il suffit parfois de pas grand chose pour être emporté.

 

QUASI NIENTE

Projet de Daria Deflorian et Antonio Tagliarini

Librement inspiré du film Il deserto rosso (Le Désert rouge) de Michelangelo Antonioni

Avec Francesca Cuttica, Daria Deflorian, Monica Piseddu, Benno Steinegger et Antonio Tagliarini

Collaboration à la dramaturgie et assistanat à la mise en scène Francesco Alberici – Collaboration au projet Francesca Cuttica, Monica Piseddu et Benno Steinegger – Conseiller artistique Attilio Scarpellini – Lumières Gianni Staropoli – Son Leonardo Cabiddu et Francesca Cuttica (WOW) – Costumes Metella Raboni – Direction technique Giulia Pastore

en partenariat avec le Festival d’Automne à Paris

Jusqu’au 28 octobre 2018 au Théâtre de la Bastille, Paris et les 9 et 10/01/19 à la Filature de Mulhouse, les 5 et 6/02/19 à la Comédie de Valence, du 20 au 23/03/19 au Théâtre Garonne à Toulouse…

 

(une autre histoire)

« Je ne suis pas assise au fond du fauteuil. Ma mère était toujours au bord, prête à bondir pour servir ses convives. Je ne reçois personne chez moi. J’ai pris cette habitude-là, parce qu’un professeur de théâtre m’a dit d’être toujours sur le qui-vive. Je suis une femme obéissante. Chez la psy, aussi, je reste sur le bord de la chaise. J’ai toujours pensé que je serais allongée, mais non.

Je lui dis : « Mais je ne suis pas guérie et je ne guérirai jamais. »

Elle me dit : « La séance est terminée. Avez-vous réfléchi ? »

Je lui dis : « Je n’arrête pas de réfléchir. »

Elle me dit : « Vous voulez venir combien de fois ici ? »

Je lui dis : « Une fois par semaine, ça serait bien… »

Je compte mentalement mon argent dans ma tête. Une fois, oui. Si je ne me réabonne pas à mon cours de sport, ça ira.

Elle me dit : « J’avais plutôt pensé deux fois par semaine. »

Je pense : « Je devais prendre la décision. Si elle ne va pas dans mon sens, c’est que je ne vais définitivement pas bien. »

Je ne suis pas retournée chez ma psy. »

 

vu le mardi 23 octobre 2018 au Théâtre de la Bastille

prix de ma place : 13€/mois (pass Bastille)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Atelier (tg STAN / de Koe / Maatschappij Discordia / Théâtre de la Bastille / Festival d’Automne)

(de quoi ça parle en vrai)

« Le comédien – comme tout artiste – a-t-il un atelier pour répéter et exercer son art ? Si oui, sous quelle forme se présente-t-il et comment le comédien y occupe-t-il ses journées ? Le comédien est-il lui-même son propre atelier ? Et peut-on dire qu’il est, en tant qu’« objet regardé », une œuvre d’art vivante ? Ce sont ces questions que soulève le spectacle Atelier, dernière « polyproduction » des compagnies tg STAN, de KOE et Maatschappij Discordia, qui nous font pénétrer dans leur intimité, grâce à une installation instable faite de bric et de broc, se construisant petit à petit sous nos yeux. Sans un mot, les trois comédiens apportent un éclairage sur leur travail quotidien, sur leur statut de comédien, sur ce qui fait théâtre, sur l’Art aussi… dans un spectacle burlesque qui promet du rire, de la fantaisie, mais aussi beaucoup de poésie. » (source : ici)

 

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© Jorn Heijdenrijk

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Mais où vont-il chercher tout cela ? Je l’ai déjà écrit sur les réseaux sociaux, mais ce que j’ai vu ce soir relève pour moi du génie. Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas vu un spectacle qui m’interroge sur son processus de création. D’accord, c’est un peu le sujet de la pièce, l’atelier, tout ça mais il n’empêche. Tout est foutraque, mais tout fait sens. On se demande où ça va. Puis on comprend, les références à différentes oeuvres. On recherche, on prend tout ce qui nous tombe sous la main, on essaie, on échoue, on recommence.

Et c’est drôle. Le spectacle est quasiment muet, proche du burlesque d’antan. Humour de répétition.

Après Onomatopée dans lequel le trio sévissait déjà, nos trois artisans mettent sens dessus dessous la salle du bas du Théâtre de la Bastille, le dispositif scénique est bi-frontal, on s’amuse des réactions de nos voisins d’en face. On retrouve le regard tantôt inquiétant tantôt malicieux de Peter Van Den Eede (De Koe), la bonhomie de Damiaan De Schrijver (tg STAN) et le flegme de Matthias de Koning (Maatschappij Discordia), acteurs qui osent tout, même de l’humour pas très fin, aux corps qui ne sont plus tout jeunes, des physiques disparates, mais hyper intéressants à observer.

Un génial bordel organisé.

 

ATELIER

De et avec Matthias de Koning, Damiaan De Schrijver et Peter Van den Eede

Costumes Elisabeth Michiels – Technique Pol Geusens, Bram De Vreese et Tim Wouters

Production tg STAN, de KOE et Maatschappij Discordia

Jusqu’au 12 octobre 2018 au Théâtre de la Bastille (avec le Festival d’Automne à Paris)

(une autre histoire)

« Salut, je m’appelle Matthieu, mais tous mes amis m’appellent Matt (avec deux tt)… T’as vu, j’ai fait de l’humour : deux tt, j’ai deux tétés. Trop drôle. Ce soir, je vais au théâtre. On m’a filé des places, donc j’y vais. C’est au théâtre de la Bastille. J’ai failli arriver en retard, je croyais que c’était à l’Opéra Bastille, mais non, c’est le théâtre rue de la Roquette. Je me suis bien habillé pour rien, quoi. C’est pas grave. J’aime particulièrement mes belles baskets blanches. On dit que c’est trop la mode des baskets blanches. Vu leur prix, y a intérêt que ça soit à la mode ! Je sais pas trop de quoi parle la pièce, hormis que c’est un atelier. De couture peut-être, ça tombe bien, j’ai un ourlet à faire faire sur mon nouveau pantalon… Ça vous fait pas rire ?

(…)

Je m’ennuie… Je m’emmerde même. Y a pas de dialogues. Je vois trois vieilles personnes… On m’avait dit que dans le théâtre contemporain, y avait des acteurs à poil. J’avais plutôt imaginé des actrices à poil. C’est un poil dégoûtant. Ils balancent tout un tas de trucs sur des planches, je comprends rien. C’est quoi l’histoire ? Je sais pas si j’ai bien fait de me mettre au premier rang…

(…)

Bordel de putain de comédiens de merde ! Ils m’ont bousillé mes baskets blanches. Y a le gars, là, le tout maigre au crâne chauve, il est assis en équilibre dans un fauteuil et il tombe sur moi ! Il avait plein de peinture noire sur son corps dégueulasse, sur ses mains et j’ai l’empreinte de ses doigts sur mes baskets blanches qui m’ont coûté un bras ! Je peux porter plainte ? Je peux porter plainte ? M’en fous, j’applaudirai pas. Bon, ok, j’applaudirai, mais des deux mains. Je veux dire, lentement, comme ça ils verront ces Flamands de merde ce que je pense de leur théâtre de… merde. Et ce mec-là, en face de moi, qu me regarde, qui me sourit. Avec sa chemise à carreaux de merde et sa barbe pas taillée. Il a une barbe et il la taille même pas, oh l’autre eh ! Il se fout littéralement de ma gueule. Je t’attends à la sortie et j’essuierai mes godasses sur ta gueule de barbu pas taillé ! »

 

vu le samedi 6 octobre 2018 au Théâtre de la Bastille, Paris

prix de ma place : 13€ / mois (Pass Bastille)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Hate (Laetitia Dosch / Nanterre Amandiers / Festival d’Automne)

(quand on ne lit pas la bible)

Hate ? Deuxième partie d’un diptyque Love/Hate qui dure le temps de tatouer ces quatre lettres sur les phalanges d’un comédien qui porte le masque de Robert Mitchum ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Dans ce nouveau spectacle, HATE, l’actrice nue joue, soliloque et dialogue avec un cheval auquel elle se livre sans candeur et sans impudeur. Afin de mieux comprendre et cerner le chaos de notre époque, et pour en finir une bonne fois pour toutes avec ce sentiment de pouvoir qui pousse à la destruction des gens supposés inférieurs, de la nature, des animaux, elle choisit de vivre avec un cheval en établissant une relation d’égalité avec lui et, au-delà, avec l’Autre (le partenaire, le faible, la nature). Une relation respectueuse. De petites chansons en rap ravageur, de récits intimes en engagements politiques, du temps qui passe en moments suspendus par la beauté des images, d’une quête joyeuse en incompréhensions violentes, HATE est aussi l’improbable mais possible invention d’un amour fou entre la femme et le cheval. Sans domination humaine, sans manipulation, sans sauvagerie animale, la relation est-elle viable? L’amour et le partage peuvent-ils apporter un peu de poésie? Alors, Laetitia Dosch monte à cheval, lève son épée et se jette à corps perdu dans cette épique quête utopique. (source : ici)

 

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(ceci n’est pas une critique, mais…)

Dorénavant, tout spectacle devrait avoir son cheval. Qu’est-ce que ça fait du bien d’entrer dans une salle à pas feutrés (j’espère que Laetitia Dosch, assise sur les marches, a remarqué combien je faisais attention à ne pas faire de bruit en les descendant), d’apprécier ce silence avant le début de la représentation. rien de tel pour entrer dans l’univers de Corazon, déjà présent sur scène.

Il reste immobile. Il joue ou bien il est ? Il parait vivant. Non, il parait conscient de la tournure des événements.

Laetitia Dosch arrive, l’observe, enlève ses vêtements par souci d’équité avec l’équidé et entre dans l’arène.

Alors que dans « Un Album », la comédienne suisse se prêtait au jeu des personnages, ici, elle parle à la première personne, parle à Corazon comme s’il était son confident apparemment muet, de ce que devient le monde, de ce qu’elle est et fait, elle, dans ce monde.

On ressent un amour et un respect quasi-mutuels entre les deux artistes présents sur scène. Parce que Corazon parle aussi. Comme les deux Corvidés auxquels Jonathan Capdevielle et Laetitia Dosch avaient prêté leurs voix lors d’un précédent festival d’Avignon.

Corazon joue, Laetitia s’adapte, improvise, retrouve le fil.

Corazon pisse, Corazon bande. Il parait tranquille, serein. Il apprivoise la comédienne.

Une relation intime, charnelle se crée sous nous yeux, parfois dérangeante quand on y pense.

Aux saluts, Corazon est accompagné d’une camarade. A la fin de ceux-ci, Laetitia Dosch adresse une dernière caresse à Corazon et lui chuchote quelque chose à l’oreille. Le spectacle est terminé, les spectateurs commencent à se lever, elle continue à lui parler avant de s’éclipser.

Un moment hors du commun, un moment suspendu.

 

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Un spectacle de Laetitia Dosch avec la participation de Yuval Rozman

Co-Mise en scène : Yuval Rozman & Laetitia Dosch

Avec Laetitia Dosch et Corazon

Collaboratrice chorégraphique et coach cheval Judith Zagury / Shanju

Scénographie : Philippe Quesne, d’après une peinture de Albert Bierstadt (Courtesy Fogg Art Museum) – Lumières : David Perez – Son : Jérémy Conne – Collaborateur dramaturgique  : Hervé Pons – Collaborateurs ponctuels : Barbara Carlotti, Vincent Thomasset – Assistante à la mise en scène : Lisa Como

les 26 et 27 septembre 2018 à Marseille, au TNB de Rennes du 16 au 20/10, au NEXT Festival du 30/11 au 01/12, au Bonlieu d’Annecy du 16 au 18/01/19, au Quai d’Angers les 7 et 8/03/19…

 

(d’autres histoires)

Voilà quatorze ans que je vis à Paris et je n’ai toujours pas de parapluie. J’ai bien un imperméable de type K-Way, mais je ne le mets jamais. Je ferme alors mon blouson, enfonce ma casquette jusqu’à mes broussailleux sourcils et attend que ça se passe.

Aujourd’hui, il pleut. Je dois marcher sous la pluie, j’arriverai trempé au théâtre, prendrai froid parce que mes vêtements n’auront pas eu le temps de sécher pendant la représentation et je perdrai ma voix deux jours plus tard. Ce mercredi après-midi, j’aurais pu accomplir quelque chose qui m’aurait comblé, mais je ne pus point (du verbe pouvoir), à cause de ma voix et de ma toux (que j’avais déjà pour le Procès, mais vous le savez déjà, si vous me suivez). Tout comme au mois de novembre, j’aurais pu accomplir autre chose d’assez amusant, mais je suis empêché par une réunion de travail.

La pluie et le travail m’empêchent de réaliser mes rêves. Je vais donc démissionner  de ce pas de mon emploi rémunérateur et partir en croisade contre la pluie. Je ne sais pas comment je vais faire, mais je vais le faire.

*****

Je l’ai croisée un matin dans un parc parisien, vers le 14 juillet. Je courais, elle marchait. Je ne pouvais pas m’arrêter, parce qu’une fois que la machine est lancée…  Pis, qu’est-ce que je lui aurais dit ?

– Excusez-moi de vous déranger, j’aime beaucoup ce que vous faites. Je transpire un peu, je sais, je suis comme ça. Mais, ce que je voulais vous dire, c’est ce que… Je vous ai vue dans ce film et dans cette pièce et sur le toit du Point Ephémère aussi et dans cette performance au Centre Pompidou et encore dans cette pièce. Je serai là au deuxième rang (parce que je n’aime pas le premier rang).

– C’est pour mieux me voir mon enfant ?

– Oui.

 

vu le dimanche 23 septembre 2018 à Nanterre Amandiers

prix de la place : 15€ (abonnement Festival d’Automne)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Le Procès (Kafka / Lupa / Odéon/ Festival d’Automne)

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Le Procès. Kafka. Un roman publié à titre posthume, dans le non-respect des dernières volontés de l’auteur tchèque, qui désirait que sa prose soit brûlée après sa mort. Merci Max Brod…

Le Procès. Lupa. Des répétitions interrompues par la situation politique en Pologne (ai-je déjà vu du théâtre hongrois ?), des artistes qu’on veut réduire au silence.

Le roman, pour le résumer très brièvement, raconte comment un homme qui n’a pas de nom, Joseph K. (comme Kafka ?) est arrêté un beau matin pour un crime qu’il aurait commis. Mais il ne saura jamais de quoi il est accusé.

 

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© Magda Hueckel

 

Il est tout à fait logique d’adapter une oeuvre, de la réactualiser, de la mettre en parallèle avec la situation actuelle, comme ce fut le cas avec Krystian Lupa et sa troupe (et il a bien fait). Et c’est ce qui est génial avec ce chef d’oeuvre de Kafka, c’est qu’il le permet. J’aime aussi le pas de côté qu’a effectué Lupa en consacrant la deuxième partie de la pièce à Franz K(afka) lui-même, son désespoir, ses relations avec son ami Max Brod, son ancienne fiancée Felice Bauer et Grete Bloch amie de Felice et correspondante de Franz (oui, je les appelle par leur prénom), grâce à son journal intime, ses fameuses correspondances.

En fait, je crois que c’est ce que j’ai le plus aimé, alors que j’adore le roman, son adaptation par Orson Welles. J’ai même joué Joseph K. dans une adaptation théâtrale pour un atelier amateur (qui m’a valu mon plus grand trou de mémoire  de toute ma carrière d’amateur professionnel dans toute la dernière scène) (mais j’étais en caleçon, je vous rassure). Je ne m’y suis pas ennuyé, il y avait des images terriblement belles et fascinantes : ces quatres lits d’hôpital, la projection de l’image filmée en direct reproduite à l’infini sur le mur, Kafka dans son lit de mort…

Tout ça pour dire que j’ai trouvé les première et dernière parties incroyablement lentes et ennuyeuses et qui m’ont mis face à ma supposée incapacité de comprendre et apprécier une certaine profondeur. Si bien qu’on avait envie de dire Krystian : « Mais les ciseaux, ça existe ! » (la pièce a duré 4h50 avec deux entractes – durée ressentie : le double). Alors je veux bien croire que c’est fait exprès, que c’est ça la méthode Lupa, l’intensité presque hypnotique (j’ai subi Salle d’attente et Des arbres à abattre, je suis maso, oui, mais c’est comme pour d’autres artistes qui sont loin d’être accessibles, comme Romeo Castellucci ou Claude Régy, il peut y avoir des moments de grâce qui nous bouleversent). Comme si F. Kafka avait annihilé tout intérêt pour l’histoire de Joseph K. Et même si Krystian Lupa semble nous (moi) avoir entendu pour l’ultime scène puisque nous connaissons la fin : pas de Joseph K. relevant la tête dans un dernier sursaut, un couteau dans le coeur, lâchant un dernier « Comme un chien », je ne peux m’empêcher que le mal était fait. Ça m’a déprimé au plus haut point, Lupa relevant une noirceur et un pessimisme d’un cran encore.

C’est un détail, mais aussi, entendre cette voix intérieure de Jésus… pardon de Joseph K., dite par Krystian Lupa lui-même dont on ne comprend qu’un mot sur cinq… (je suis celui qui ne termine pas ses phrases)

Je ne sais pas comment terminer cette chronique. 

 

LE PROCÈS

d’après Franz Kafka

adaptation, scénographie, lumière et mise en scène Krystian Lupa

avec Bożena Baranowska, Bartosz Bielenia, Maciej Charyton,, Małgorzata Gorol, Anna Ilczuk, Mikołaj Jodliński, Andrzej Kłak, Dariusz Maj, Michał Opaliński, Marcin Pempuś, Halina Rasiakówna, Piotr Skiba, Ewa Skibińska, Adam Szczyszczaj, Andrzej Szeremeta, Wojciech Ziemiański, Marta Zięba, Ewelina Żak

traduction Jakub Ekier – costumes Piotr Skiba – musique Bogumił Misala – vidéo, collaboration à la lumière Bartosz Nalazek – animations Kamil Polak

maquillages / coiffures Monika Kaleta

production principale Nowy Teatr – Varsovie

en partenariat avec le Festival d’Automne à Paris

Jusqu’au 30 septembre 2018 à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, Paris puis les 16 et 17 /11/18 au Théâtre du Nord (Lille), le 15/12/18 à la Filature (Mulhouse)

 

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(l’anecdote qui tue)

Krystian Lupa a utilisé comme élément musical le Libertango de Astor Piazzola qui a inspiré lui-même Paul Buckmaster, compositeur de la musique de 12 Monkeys (L’Armée des Douze Singes) de Terry Gilliam, réalisateur du non moins fameux Brazil qui avait un tout petit quelque chose en commun avec l’univers kafkaïen…

(la question gênante)

Dans la deuxième partie, l’acteur qui joue Joseph/Franz était encore une fois nu et s’allongeait à plat ventre sur un sommier à ressorts. Comment va son zizi ?

(le jeu)

J’ai joué au ricochet pendant la première partie. J’ai lancé une quinte de toux, quatre personnes m’ont répondu.

(ceci explique peut-être cela)

La place qu’on m’avait attribuée se trouvait en Orchestre, Côté pair, au rang P, siège 4. P4… Je répète… P4.

 

vu le samedi 22 septembre 2018 à l’Odéon Théâtre de l’Europe, Paris, dans le cadre du Festival d’Automne.

prix de ma place : 28€ (cat.1 – abonnement festival d’Automne)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito 

Transformes (Espace Périphérique de La Villette)

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Le weekend du 8 septembre 2018 a eu lieu un festival pas comme les autres, nommé Transformes. Né de l’envie d’étudiants en Master 2 Professionnel Métiers de la production théâtrale de Paris 3 – Sorbonne Nouvelle (je reprends mon souffle), Transformes, ce furent 24h de théâtre, de danse, de musique, de performances, de débats, d’installations à l’Espace Périphérique de la Villette.

« Le temps d’une rotation de la Terre sur elle-même, interrogeons-nous sur ce qu’il se passe « entre », sur l’endroit du changement, sur ce mouvement qui nous traverse pour faire évoluer nos quotidiens, nos travails, nos corps, nos vies. »

Le lieu est assez singulier. En mauvais voisin que je suis, c’était la première fois que j’y allais, sous le périph’, entre le canal de la Villette et la ligne de tramway. Des street artistes se sont emparés des murs, pour certains gigantesques.

Je ne fus pas l’un des mohicans à rester vingt-quatre heures durant à la Villette, même si le festival regorgeait de propositions toutes plus intéressantes les unes que les autres et à toute heure, ne serait-ce que cette performance « Statu »  dirigée par Suzanne, durant laquelle dix interprètes en alternance se confrontèrent à l’erreur en répétant une série de gestes. De les voir se relayer, essayer à différents moments de l’événement, il y avait quelque chose de touchant. Rien de plus difficile que d’être ensemble.

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Statu – Crédit photo : Joseph Banderet

Là où je m’en suis voulu, c’était de ne pas avoir pris la peine d’écouter le collectif Blacklist ou les rappeurs Beeby, Chris Da Vinci et Chapsy. Car le festival donnait la parole à des artistes qui ne ressemblent pas forcément à nous autres, jeunes (et moins jeunes) gens, qui allons voir des performances dans des friches ou du théâtre dans des lieux subventionnés (je schématise énormément, je le sais). Parce que cette musique-là, à de rares exceptions, ne me touche pas. Je suis assez ignorant, en fait, de cette mouvance musicale, hormis les IAM et NTM, des références qui datent un peu, j’en conviens. Et cette tentative d’ouverture était suffisamment intéressante pour le souligner.

Après eux, j’ai tout de même assisté au concert d’Apaache, sympathique et groovant groupe qui tourne bien.

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Apaache – Crédit photo : Studio Nicecream (grand jeu : où est Charlie ?)

Evidemment, j’ai vu du théâtre. La première pièce, « À ton ombre » par l’autrice-metteuse en scène et comédienne Caroline Fouilhoux, ne m’a pas convaincu. Il s’agissait d’une quête d’un jumeau perdu, des rencontres, des identités multiples, le voyage… Peut-être parce que j’en attendais autre chose, dans l’esprit d’Antonio Tabucchi et de son Nocturne Indien, quelque chose de plus contemplatif sûrement. L’ensemble était tout de même digne d’intérêt.

L’autre pièce, prometteuse, par le Collectif Satori et son metteur en scène Thomas Resendes s’intitulait « Les Ennemis Publics ». Malgré l’heure tardive (0h30), elle sut me captiver en retraçant notamment l’histoire (pourtant connue de moi) de la Bande à Baader et en l’entremêlant avec des réflexions plus contemporaines. Me revinrent à l’esprit « Ça ira – Fin de Louis » de Joël Pommerat dans la manière d’utiliser l’espace public pour les scènes de débat, d’autres pièces dans lesquelles les acteurs jouent différents personnages. Il y a une économie de moyens mais de l’ambition dans cette pièce qui est tout à fait enthousiasmante.

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Evidemment, je n’ai vu qu’une infime partie de tout ce que proposait « Transformes » (figurait également dans le programme Rebecca Chaillon, pour ne citer qu’elle). C’est donc un festival foisonnant et audacieux que nous ont proposé ces jeunes gens. Je ne sais pas s’il s’agissait d’un « one shot », mais aux vues de leur énergie et de leur enthousiasme, il serait dommage de ne pas renouveler l’essai l’an prochain (et d’ajouter  alors un deuxième foodtruck, ça serait pas mal non plus)

 

TRANSFORMES

à l’Espace Périphériques de la Villette, Paris 19e

du samedi 8 septembre midi au dimanche 9 septembre midi

Programme complet : ici

 

 

(une autre histoire)

Je discute avec une camarade, de dix-huit ans ma cadette. Je me sens vieux. Elle ne fait rien pour me faire sentir vieux, mais c’est juste moi. Ça me travaille. Tout à l’heure, j’étais au premier rang pour le concert d’Apaache. Non pas que je sois leur fan number one, mais y avait de la place contre la barrière, j’ai pu m’y adosser, mon dos me faisant souffrir. Faut dire que j’ai couru six kilomètres ce matin et que je récupère bien moins vite. Je vois ce photographe prendre des photos du public. Mais que va-t-on penser de ce vieux au milieu de jeunes ? Ma camarade de dix-huit ans ma cadette me donne trente-huit ans. J’en ai trente-neuf, bientôt quarante. J’ai des cheveux poivre et sel, mais ça ne se voit pas trop. Pourtant ma coiffeuse s’étonne de la rapidité à laquelle mes cheveux blanchissent. L’âge, je lui dis. Elle me répond le stress. J’ai la barbe qui grisonne. Ça en revanche, ça se voit… J’ai un certain nombre de poils blancs sur le torse. Mon ancienne copine m’avait demandé si je comptais les couper. J’ai dit non. C’est un souvenir du Togo. Au Togo, je suis tombé malade, j’avais des furoncles. D’un furoncle purulent est né mon premier poil blanc. Puis ça proliféra. J’ai trouvé cet été mon premier poil pubien blanc. Jusqu’à présent, j’étais plutôt fier d’avoir été épargné de ce côté-là. Je suis déprime.

 

Présent du samedi 8 septembre à 17h30 jusqu’au dimanche 9 septembre à 02h30.

prix de la place : entrée libre (mais j’ai mon prénom dans le programme grâce à ma participation au crowdfunding)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

La Fête de l’Humanité 2018

(ceci n’est pas une critique, mais…)

… cela ne sera pas non plus une chronique politique, même si je n’en pense pas moins…

Troisième fois à la Fête de l’Huma (on peut même lire mon recap de l’édition 2016 ici – un de mes premiers billets, griffonné neuf mois avant la création de ce blog) et j’oublie toujours la galère (pourtant comment l’oublier ?) pour se rendre sur le site. De plus, cette année, il n’y a plus de navettes mises à notre disposition par le festival, donc pour ma part ce fut métro + RER + mes pieds à l’aller et Tram au retour. Vendredi soir, j’ai suivi le mouvement, donc aucun problème, mais samedi matin, je me suis dit « Oh tiens, je vais prendre plutôt ce chemin-là ». J’ai doublé mon temps de trajet, transpiré et surtout raté la représentation de « 1336 parole de Fralibs » à l’espace Jack Ralite.

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Certes, j’ai pu acheter du thé à leur stand au Forum Social…

Ça c’était samedi, revenons à vendredi, parce que je n’aime pas faire les choses dans le désordre.

Vendredi soir… Du monde, donc. Enormément de monde, venu principalement pour le dernier concert de NTM, que j’ai vu au printemps dernier, donc j’ai fait l’impasse. Je dis que les gens sont venus principalement pour eux, mais c’est faux. Il y a du monde partout et il faut se balader dans les allées pour voir que chaque stand est bel et bien occupé par les militants. De la musique, les parfums…

J’arrive pile à l’heure pour Catherine Ringer sur la Grande Scène. Il est souvent difficile d’apprécier un concert quand on ne connait pas les chansons de l’artiste et c’est mon cas dans la première partie du set, mais très vite arrive « Singing in the shower » que les Rita Mitsouko chantaient avec les Sparks (ces derniers ont fait un album entier avec Franz Ferdinand, présents à la Fête le lendemain).

Le public commence à s’agiter et Catherine Ringer poursuit son opération de séduction car elle en impose sur scène. Puis s’enchaînent Le Petit Train, chanson glaçante quand on écoute les paroles, Alors c’est quoi, Marcia Baila (pensées à Fred Chichin et aussi Rachid Taha), Andy (qui subit depuis trente ans le harcèlement ininterrompu de l’interprète)… La voix ne va plus autant dans les aigus qu’auparavant, mais ce n’est pas grave. C’est un moment d’enchantement.

Puis je me rends à l’Agora de l’Humanité voir Guillaume Meurice & The Disruptives qui auront trente petites minutes de retard. Force est de constater la popularité de l’humoriste. Le concert est bon enfant, entrecoupé d’échanges avec le public et les membres du groupe. C’est inégal, mais tout de même drôle.

Deuxième jour… Si je n’avais pas raté la pièce contant la lutte des Fralibs, je ne me serais pas rendu à l’Agora assister à un débat (Comment faire face à la politique antisociale de Macron ?) avec, entre autres, le fameux François Ruffin, qui lui aussi, a une côte de popularité assez phénoménale, à en juger les applaudissements nourris qu’il a reçus et je n’aurais pas croisé une fille qui m’avait fait tourner la tête il y a cinq ans presque jour pour jour.

Le temps est chaud, le soleil est là, je crois même que je suis en train de prendre des coups de soleil au front et dans la nuque et je n’ai pas de biafine à la maison.

On s’approche pour le premier concert de la journée : Jeanne Added qui chante en anglais, qui fait danser, entre rock et électro avec des morceaux qui tiennent la route sur scène.

Puis je reste pour le groupe landais The Inspector Cluzo, avec de la musique brute de décoffrage, guitare/voix/batterie, de la musique sans additionnels électroniques comme le clame le chanteur : « c’est du putain de rock à 4 mains ! »

S’en vient le moment où je n’ai rien de prévu d’ici le concert de Franz Ferdinand à 21h55 (il est 17h). Je mange une glace à l’italienne, des panisses. J’assiste à un débat (Promesse ou désillusion après une victoire au Mondial) avec Vikash Dhorasoo et Marie-George Buffet qui a illuminé ma journée grâce à un fameux eye contact, puis à un autre débat à propos de l’audiovisuel public avec, notamment, encore lui, Guillaume Meurice.

Je regarde les gens autour de moi. Alors peut-être est-ce le fait de la présence de Big Flo et Oli, mais il y a beaucoup de familles, d’enfants. Et beaucoup de vieux. Et j’ai l’impression que je me situe entre. Et que je suis tout seul à me situer entre. Je suis un peu spleen en ce moment.

C’est l’heure de Cléa Vincent. J’avais écouté l’an passé son album « Retiens mon désir ». Une fois, deux fois, trois fois et je n’avais absolument pas accroché. Et mon avis se confirme en la voyant sur scène. Ça minaude, ça chante plutôt juste mais rien de transcendant, du son 80’s avec du synthé. Je suis trop vieux.

Je m’enfuis et je me rends au concert de Big Flo et Oli dont je ne connaissais qu’une seule chanson « Dommage », genre de chanson qui retentit, je pense, chez tout le monde et ben c’est pas si mal. Et ça fait du bien de voir un public en liesse pour des artistes qui paraissent sincères.

La transition est assez étrange avec Franz Ferdinand, puisqu’ils ne s’adressent pas forcément au même public. Alex Kapranos, le leader du groupe, est efficace. Ça m’a rappelé mes 15 ans… Pardon, ça m’a rappelé il y a 15 ans… ou presque quand j’entendis pour la première fois « Take me out »…


Je n’étais pas au coeur de la fosse, parce que j’ai peur de la foule (non non c’est pas une blague) et des gens qui ont un peu trop bu, mais j’ai un peu remué du popotin, puis je suis vite parti pour prendre mon tram esquiché comme une sardine (big up aux jeunes employés de la RATP qui ont géré ce weekend les festivaliers).

Comme je l’ai dit après ma première et ma deuxième fois, je ne reviendrai plus à la Fête de l’Huma, jusqu’à la prochaine fois.

 

Cadeau Bonus (entendu dans la file d’attente le premier soir)

« Tu me croiras pas, j’avais dit au boulot que j’étais malade, en fait je suis allé dans ce bar, dans le XXe, rue Lepic. Et en fait je me suis retrouvé en tof’ dans le canard « A nous Paris ». Au boulot, ils m’ont tous grillé ! »
« Wesh ma caille, y a un monde de malade, truc de ouf. Tu me croiras pas, c’est mon anniv, j’espère qu’ils vont me laisser entrer ! Tous les ans, je viens fêter mon anniv ici. Ça tombe soit le vendredi, soit le samedi, soit le dimanche. Oui, tous les ans ! »

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

présent au Parc Départemenalt les vendredi 14 et samedi 15 septembre 2018

prix de ma place : 38€ (pass 3 jours)

 

Infidèles (Ingmar Bergman / tg STAN / de Roovers / Théâtre de la Bastille / Festival d’Automne)

(quand on ne lit pas la bible)

Infidèles ? L’histoire de membres des Ultras de Marseille qui montent à la capitale incognito pour assister à un match du Paris St Germain, parce que Kylian MBAPPÉÉÉÉ ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

« À l’origine du spectacle Infidèles, il y a le scénario écrit par Ingmar Bergman, et aussi le film du même nom – au singulier – réalisé par Liv Ullmann. Si la figure et la vie personnelle de l’auteur sont extrêmement présentes et impliquées dans ses écrits – mais rarement de manière explicite –, dans Infidèles, c’est Bergman lui-même qui apparaît. » (Christophe Pineau – source : ici)

 

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© stef stesse

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Ceci n’est pas un portrait tg STAN proposé cette saison par le Festival d’Automne, mais cela y ressemble puisque pas moins de quatre spectacles du collectif flamand y seront présentés. Des spectacles qui prouveront également que le collectif sait s’associer avec d’autres artistes (les collectifs De Koe, De Roovers, Maatschappij Discordia, les comédiennes Georgia Scalliet , Ruth Becquart ou encore Rosas, la compagnie de Anna Teresa de Keersmaecker).

Et nous démarrons notre cycle tgstanien avec du Bergman, un de ces cinéastes autour duquel j’ai longtemps tourné, par peur de ne pas être la hauteur notamment. Puis je vis les films Persona, Scène de la vie conjugale… Parfois il est bon d’attendre le moment opportun pour recevoir une oeuvre aussi grande que celle d’Ingmar.

Longue introduction, je sais.

Tout commence comme un spectacle du tg STAN. Les artistes sont déjà sur scène à notre entrée, certains éléments du décor ont déjà été vus dans d’autres productions du collectif… Il est toujours drôle d’entendre les commentaires tels que « Mais ils attendent qu’on se taise pour commencer, c’est cela ? ». On ne sait jamais quand cela commence. L’entrée en matière me fait penser qu’à chaque nouvelle pièce que je vois du tg STAN, j’ai toujours peur d’être déçu, tellement je les aime, même si j’avais très moyennement apprécié « Le Tangible » en 2010, je l’avoue. Leur haut talent, c’est qu’on ne se rend même pas compte qu’on est dans la pièce, qu’ils nous racontent cette histoire. Pour ne parler que de Jolente de Keersmaecker et Franck Vercruyssen, on ne les voit pas composer, ils sont fidèles à eux-mêmes et pourtant on les écoute avec attention, on y croit, tout simplement. Même quand ils jouent des enfants de neuf ans… Jolente de Keersmaecker me fascine, que cela soit écrit.

Certes, ils y amènent leur légèreté, aidés magistralement par Ruth Becquart et Robby Cleiren, qui nous fait même entendre des voix dans la musique de Brahms, mais on ressent évidemment leur profond respect pour Ingmar Bergman. Et même si on ressent quelque peu la longueur de la pièce (2h10), que le texte est parfois hésitant (c’était la première parisienne et je rappelle que ces artistes ne jouent pas dans leur langue maternelle), les quatre acteurs nous emmènent là où ils le souhaitent. Au bon endroit.

Pour ma part, ce n’est pas une pièce qui a immédiatement emporté mon adhésion. C’est une pièce qui infuse et est toujours présente dans mon esprit deux jours plus tard.

 

INFIDÈLES

Spectacle de tg STAN et de Roovers

D’après le scénario Infidèles et l’autobiographie Laterna magica d’Ingmar Bergman

De et avec Ruth Becquart, Robby Cleiren, Jolente De Keersmaeker et Frank Vercruyssen

Technique tg STAN et de Roovers – Costumes An D’Huys – Lumières Stef Stessel – Traduction du suédois Une affaire d’âme d’Ingmar Bergman – Cahiers du cinéma 2002 par Vincent Fournier

Jusqu’au 28 septembre 2018 au Théâtre de la Bastille, les 8 et 9 février 2019 à la Joliette Minoterie de Marseille…

 

(d’autres histoires)

Je suis infidèle à mon coiffeur marseillais, je le confesse. Mais je n’ai jamais été infidèle envers ma copine… Je veux dire, quand j’en ai une, je ne lui suis jamais infidèle. Tout comme je n’ai jamais été infidèle envers l’Olympique de Marseille.

*****

Une amie m’a fait repenser que la première fois que j’ai vu une pièce du tg STAN, c’était le 16 décembre 2009 (jour de mon anniversaire… on ne sait jamais… si jamais quelqu’un s’en souvient dans trois mois…) pour « Le Chemin Solitaire » d’après Arthur Schnitzler. Depuis je n’ai raté aucune de leurs pièces à l’exception d’une : « Trahisons » d’après Harold Pinter. Je ne leur fus pas infidèle, non, mais je les trahis une seule et unique fois.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

vu le lundi 10 septembre 2018 au Théâtre de la Bastille, Paris

prix de ma place : 13€ / mois (Pass Bastille)

À quelle sauce… (automne 2018)

Nouvelle saison (18/19) et nouvelles habitudes. Un peu comme les résolutions du Nouvel An, nous essaierons de nous y tenir : je veux ralentir le mouvement. Ça veut dire, accepter de ne pas tout voir, ne pas tout voir, ne pas tout chroniquer. (même si je verrai tout du Théâtre de la Bastille, mon théâtre de prédilection)

Voici donc dans cet article les spectacles que j’irai voir, ceux que j’ai tout de même en vue, ceux que j’ai déjà vus (et que j’ai aimés… donc je ne parlerai du Fils, malgré le changement de distribution ou de Sombre Rivière de Lazare au Rond Point…).

Encore une fois, le théâtre subventionné, comme on dit, aura la part belle, on ne se refait pas, même si je ne suis pas (complètement) sectaire (suivez mon regard vers le Off d’Avignon…). Pour conclure, celle liste est évidemment non exhaustive (je n’ai pas l’oeil sur tout) et sera certainement amenée à être modifiée dans les semaines à venir.

Et c’est parti !

 

SEPTEMBRE

HATE
HATE par Laetitia Dosch (Photo Philippe Quesne et Dorothée Thébert Filliger)

J’irai voir :

  • LE SYNDROME DU BANC DE TOUCHE au Théâtre de Belleville (parce qu’on me                       l’a conseillé… et qu’on m’a invité, je l’avoue) (critique : ici)
  • le festival TRANSFORMES à la Villette (parce qu’il y aura notamment une pièce mise en scène par Thomas Resendes, le traducteur attitré de Tiago Rodrigues et qu’il est bon de soutenir un nouveau festival et comme c’est à côté de chez moi, je peux faire des allers retours très facilement)
  • INFIDÈLES au Théâtre de la Bastille / Festival d’Automne (tg STAN, prise 1) (critique : ici)
  • RADIO VINCI PARK (parce que j’aime aller sur un parking à Nanterre en milieu de semaine voir des motos)
  • LA FÊTE DE L’HUMANITÉ (essentiellement pour Franz Ferdinand et Catherine Ringer mais aussi pour la présentation de 1336, parole de Fralibs… j’en profiterai d’ailleurs pour faire le plein de leurs thés excellents)
  • LOVE ME TENDER aux Bouffes du Nord (parce que Guillaume Vincent)
  • SHOCK CORRIDOR au Nouveau Théâtre de Montreuil (parce que je vais sûrement écrire dessus pour le compte du blog de Nestor)
  • LE PROCÈS à l’Odéon Théâtre de l’Europe / Festival d’Automne (parce que j’ai déjà joué dans une adaptation du roman de Kafka, qui m’avait valu le plus grand trou de texte de toute l’histoire du théâtre amateur)
  • HATE à Nanterre Amandiers / Festival d’Automne (parce que Laetitia Dosch)
  • CHRIS GARNEAU (Point Éphémère) (parce que ça fait longtemps que je ne l’ai pas vu en concert… dix ans en fait, après Bruxelles et New York… oui, je me la pète, mais y a prescription)
  • L’OCCUPATION au Théâtre Berthelot (Montreuil) (parce que les mots d’Annie Ernaux et surtout la présence de Romane Bohringer)
  • CUISINE ET CONFESSIONS par les 7 Doigts à Bobino (parce que c’est québécois)

J’irai (peut-être) voir :

  • L’ENVOL DES CIGOGNES + LE DERNIER JOUR DU JEÛNE au Théâtre du Soleil (parce que Simon Abkarian et Ariane Ascaride)
  • LES DÉMONS à l’Odéon Théâtre de l’Europe (parce que Nicolas Bouchaud et Valérie Dréville et que je n’ai toujours pas vu de pièce de Sylvain Creuzevault)
  • LE PÈRE à la MC93 Bobigny (parce que Julien Gosselin)
  • SCALA à la Scala (parce que Yoann Bourgeois et la curiosité de découvrir ce nouveau théâtre)
  • LA NUIT DES ROIS à la Comédie Française (parce que Shakespeare et Ostermeier)
  • LA REPRISE à Nanterre Amandiers (parce que Milo Rau et toutes les bonnes choses que j’ai entendues pendant le Festival d’Avignon)
  • CALLISTO ET ARCAS aux Bouffes du Nord (parce que Guillaume Vincent deux fois)
  • CONSTRUIRE UN FEU à la Comédie Française (parce que Marc Lainé)
  • CONVERSATION EL KHATIB / CAVALIER à Nanterre Amandiers (parce que curieux de ce que peuvent se dire ces deux artistes)
  • RICHARD BOHRINGER au Théâtre de l’Oeuvre (parce que je ne l’ai jamais vu en vrai)

J’ai déjà vu (et je recommande) :

 

OCTOBRE

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Atelier par TG STAN / DE KOE / MAARSCHAPPIJ DISCORDIA (© Jorn Heijdenrijk)

J’irai voir :

  • ATELIER au Théâtre de la Bastille / Festival d’Automne (tg STAN, prise deux)
  • EVOL au Théâtre de la Bastille (parce que je suis obligé de le voir, car je suis passé en deuxième année d’infiltration, comprend qui pourra)
  • QUASI NIENTE au Théâtre de la Bastille / Festival d’Automne (parce que j’ai la carte illimitée)
  • OVNI(S) au Théâtre Ouvert (malgré les mauvais retours de cet été au Festival d’Avignon, parce que Grégoire Monsaingeon et les auteurs du Nouveau Ciné-Club)
  • WESTERN au Nouveau Théâtre de Montreuil (parce que Mathieu Bauer)
  • KING KONG THEORIE au Théâtre de l’Atelier (parce que j’adore cet essai de Virginie Despentes et que j’apprécie (et voudrais remercier pour un certain conseil) Marie Denarnaud)
  • LA CHAMBRE DÉSACCORDÉE à l’Espace Cardin (parce que Marc Lainé et Léopoldine Hummel aka Léopoldine H.H.)
  • COMPLETE WORKS à l’Espace Cardin (parce que Shakespeare et Forced Entertainment)
  • LA GUERRE DES SALAMANDRES à la Maison des Métallos (parce qu’on m’en a dit du bien)
  • FLÉAU au Tarmac (parce que Dave St Pierre)

J’irai (peut-être) voir :

  • GEORGE DANDIN à la MC93 Bobigny (parce que les acteurs du CDN de Vire)
  • LA PLAZA au Centre Pompidou (parce que je suis curieux)
  • FRANCIS SAUVE LE MONDE au Centre Wallonie-Bruxelles (parce que c’était une série de bandes dessinées hilarantes avec un blaireau au départ et je ne sais absolument pas ce que ça va donner)
  • MONSIEUR FRAIZE à l’Européen (parce qu’il crève l’écran)

J’ai déjà vu :

 

NOVEMBRE

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Joueurs / Mao II / Les Noms par Julien Gosselin (Photo : Christophe Raynaud de Lage. Hans Lucas)

J’irai voir :

J’irai (peut-être) voir :

  • LOVE aux Ateliers Berthier (parce qu’il n’y a pas tant que ça de metteurs en scène britanniques qui passent la Manche)
  • 4.48 PSYCHOSE au Théâtre Paris Villette (parce que Sarah Kane et Sophie Cadieux)
  • FURIA à Chaillot (parce que Lia Rodrigues)
  • SOEURS aux Bouffes du Nord (parce que Marina Hands, même si Pascal Rambert ne me convainc pas tout le temps)
  • L’AVALÉE DES AVALÉS aux Déchargeurs (parce qu’un texte québécois que j’ai raté cet été au Petit Louvre à Avignon)
  • LA VOIX HUMAINE à l’Espace Cardin (parce que Ivo)
  • THE OTHER VOICE à l’Espace Cardin (parce que Van Hove)

J’ai déjà vu :

 

À suivre…

HUGH COLTMAN (Auvernier Jazz Festival, 24 août 2018 – Suisse)

(ceci n’est pas une critique même si celle-ci est écrite par Cyril Bivalski…)

Hugh Coltman. Ça fait au moins une dizaine d’années que je l’écoute sans vraiment l’écouter et que je me dis : « Un jour il faudra que j’aille le voir en concert. ». J’ai une liste d’artistes comme ça. Il a commencé à vraiment m’intéresser quand il a basculé corps et bien dans le Jazz.

Clin d’œil du destin, il jouait le 24 août à quelques kilomètres de chez moi dans le cadre de l’Auvernier Jazz Festival, chouette festival au bord du lac de Neuchâtel.

 

 

Pour son dernier album qu’il défend en tournée, « Who’s Happy ? », Hugh Coltman a choisi de s’imprégner de la Nouvelle Orléans. Il se présente sur scène avec une section cuivre au complet, un guitariste, un batteur et un soubassophoniste en guise de bassiste. Le groupe est bien réglé. Les morceaux s’enchainent. Hugh Coltman réussit son pari de nous transporter en Louisiane. Sur scène, il se dépense sans compter et arrive facilement à se mettre le public dans la poche. Il fait un détour quelques fois par le répertoire de Nat King Cole, qu’il avait revisité dans son précédent opus Shadows.

Toutefois je ne peux m’empêcher de penser à Tom Waits et Marc Ribot. Surtout sur un morceau : « It’s Your Voodoo Working ». Je trouve Hugh Coltman très lisse finalement. Je ne sens pas la moiteur du bayou ni les nuées de moustiques. Le fait qu’il soit bien habillé et ait une voix claire me rappelle qu’il est plutôt dandy que cajun.

Content d’avoir pu entendre Hugh Coltman, ceci dit. Rendez-vous dans 10 ans pour le prochain concert ?

 

Vu à Auvernier, Suisse dans le cadre de l’Auvernier Jazz Festival , le 24 août 2018 à 23 :00.

Etant bénévole sur le festival, je n’ai pas payé ma place.

 

 

 

(Une autre histoire)

Quand tu montes derrière la scène pendant un concert pour faire une photo, assure-toi qu’il n’y a personne derrière toi.

Lors du concert de clôture du festival d’Auvernier, je me suis glissé dans les coulisses derrière la scène pour prendre une photo de Richard Bona, un maître de la basse à 5 cordes. Je trouve enfin la position idéale, juste entre 2 rideaux noirs quand une main se pose sur mon épaule :

– Tu as 2 secondes pour changer de place, j’ai 15O choristes qui s’installent par surprise, j’ouvre les rideaux.

– Sérieux ?!?

J’ai la chance de ne pas être cardiaque. Je me retourne, effectivement les choristes sont bien là et le rideau s’ouvre !

 

Textes et photos : Cyril Bivalski (instagram.com/cyrilbivalski)

On fait le bilan (Avignon Off 2018)

8 jours de festival, 24 spectacles vus dans 17 théâtres différents, 1 concert, 2 spectacles avec de la musique en vrai, 9 seul.e en scène ou one wo.man show, des zizis et des tétés dans 3 spectacles seulement. Le hasard fait que parmi les 24 spectacles vus, 13 ont été mis en scène par des femmes…

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Grande satisfaction : J’abandonne une partie de moi que j’adapte (j’ai mis le temps à mémoriser ce titre et on aura l’occasion de (re)voir ce spectacle prochainement en Belgique et en France.

Grandes surprises : Batman contre Robespierre / Ode Maritime

Hors série : le concert de Léopoldine HH

 

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Je ne parlerai pas des déceptions, même si je pourrais m’étendre sur un certain spectacle, qui semble avoir reçu l’unanimité de mes camarades blogueurs. J’espère malgré tout qu’il pourra être repris à Paris et dans le reste de la France pour se confronter à un public plus large.

Il m’est difficile de faire un vrai bilan du OFF, n’ayant vu que 2% des spectacles proposés. Je ne peux que m’étonner de ce nombre très commenté de 1536 spectacles dans le Off. Les différents articles des « Bruit du Off », « Zibeline » et autres journaux régionaux et nationaux y sont revenus en long et en large. Cette année, j’ai donc pu profiter de ma position de « blogueur accrédité » pour observer ce grand cirque. Qu’arrive-t-il aux spectacles, qui ne jouent pas dans les théâtres qui ont la carte ou le vent en poupe, qui n’ont pas d’attaché.e.s de presse efficaces ou qui n’ont pas de relais sur les réseaux sociaux ? J’ai reçu de nombreuses invitations pour assister à des représentations et deux ont retenu mon attention, dans lesquelles j’ai pu lire ceci :

« Ma dernière création « *** », n’a pas encore eu la chance d’être couverte par la presse avignonaise, ni par aucun blog. »

et

« Je sais que vous devez être inondé de demandes, cependant permettez-moi d’attirer votre attention sur mon spectacle « *** » j’aurais aimé que quelqu’un vienne pour avoir une chance d’être peut être parmi vos coups de cœur, qui sait ???? On ne decouvre un artiste qu’en le voyant sur scène… »

Tout ça m’interroge. Pourquoi vais-je voir telle ou telle pièce ? Faisons le récapitulatif  :

Sur les 24 pièces vues : 3 pour le « entendu à la radio » (Constance / Pablo Mira / Roukiata Ouedraogo), 1 pour le buzz Twitter (Un garçon d’Italie), 7 pour les conseils d’amis (J’abandonne une partie de moi que j’adapte / La Violence des riches / Pas pleurer / Trouble(s) / J’ai appelé mes frères / Ode Maritime / Si Richard Si), 7 parce que j’avais déjà vu des pièces des artistes (Lodka / Les Travaux avancent à grands pas / Le Maître et Marguerite / Speed Leving / Polaroïds / La Bataille d’Eskandar / Belle fille), 1 parce que j’aime ses chansons (Léopoldine HH), 2 parce que j’ai écrit un article sur l’opération « Montreuil en Avignon » pour Le Blog de Nestor (Batman contre Robespierre / An Irish Story), 1 parce que copinage (Petite Chimère), 1 pour découvrir un auteur (Love & Money), 1 parce que je ne sais pas, je l’ai senti comme ça (Cent mètres papillon)

En conclusion, il n’y a qu’un seul vrai saut dans l’inconnu (même si le fait que 100m Papillon soit programmé à la Manufacture a aidé)

À part ça… Les (presque) petits nouveaux Le 11 Gilgamesh Belleville (malgré ses problèmes de sécurité) et le théâtre du Train Bleu ont présenté une programmation de qualité, le théâtre des Doms et ses artistes belges s’imposent comme un incontournable. Il est intéressant de constater que la Manufacture et les Doms n’hésitent pas à proposer un abonnement 3 spectacles qui court-circuite la fameuse Carte Off (le tarif est même inférieur à celui proposé avec la carte Off).

Je remercie les lecteurs, les attaché.e.s de presse, les théâtres (mais pas un certain haut lieu du Off qui n’a pas daigné répondre à mes sollicitations « Non, on ne s’en occupe pas sur place, vous appelez la personne responsable… Allô ? Pouvez-vous m’écrire ? » Je conçois que je ne suis pas grand chose ici bas, il n’empêche que je ne peux qu’être déçu par ce théâtre dont j’ai toujours salué la programmation, surtout quand deux des pièces que j’ai chroniquées par ici jouaient devant une salle à moitié remplie (restons positifs)), le Festival Off, les artistes et les compagnies qui ont relayé certaines de mes chroniques sur les réseaux sociaux, les blogueurs…

Et je remercie plus particulièrement Ludovic grâce à qui j’ai pu dormir intra muros durant ma première semaine et ça change la vie et Laurent l’ami marseillais pour notre 9e festival d’affilée ensemble.

Je ne sais pas encore si l’année prochaine je reviendrai, parce que la vie, tout ça… Mais ce fut une sacrée expérience.

 

Ps : J’avais commencé à écrire mes chroniques avignonnaises, à réfléchir sur des capsules audios et/ou vidéos. Or le temps n’est pas extensible, ma fatigabilité a été mise à rude épreuve cette année et je n’en ferai pas plus, parce que je veux me reposer et surtout écrire autre chose d’ici mon périple à Bussang le mois prochain…

Pas pleurer (Salvayre / Laujol / Doms / Avignon Off)

(de quoi ça parle en vrai)

Il s’agit du récit par Lydie Salvayre, de l’histoire de sa mère Montserrat, - dite Montse -, plongée dans la guerre civile espagnole, à l’été 1936. Montse, qui avait quinze ans à l’époque, en a aujourd’hui nonante. Elle est en proie à de gros troubles de mémoire, et a tout oublié de sa vie, excepté cette courte période. Devant sa fille, avec qui elle partage « une petite anisette » qu’on devine strictement interdite par les médecins, elle raconte son petit village perdu en Catalogne. La vie n’y a pas changé depuis le Moyen-Âge, rythmée par les récoltes d’olives, les fêtes de village, les mariages arrangés, son frère Josep, fraîchement converti aux thèses anarchistes et son rival stalinien Diego, les disputes familiales, les premières tentatives de collectivisation, l’irruption de cette idée que, peut-être, tout pourrait changer… (source : ici)

 

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Crédits Photos : DR

 

(ceci n’est pas une critique mais…)

Autant le dire tout de suite, je n’ai pas lu le roman de Lydie Salvayre., donc je ne peux point dire si l’adaptation est fidèle ou point. Le dispositif est simple et ultra balisé : une projection d’images en arrière-scène, une musicienne qui joue de la guitare, une comédienne debout derrière un micro. Pour être méchant, j’aime dire que la lecture du bottin téléphonique fonctionnerait avec un tel dispositif. Mais heureusement l’histoire de cette famille en pleine guerre d’Espagne est forcément passionnante et la force de Marie-Aurore d’Awans, la comédienne, est de nous faire croire qu’elle a vécu cette histoire, qu’elle a même écrit cette histoire. C’est le moins qu’on puisse demander à une comédienne au service d’un texte, il n’empêche que grâce à son engagement et sa fougue, la comédienne nous permet de nous replonger dans cette époque pas des plus connues, si on y réfléchit bien.

 

PAS PLEURER

Adapté du roman de Lydie Salvayre

Adaptation et mise en scène: Denis Laujol

Avec: Marie-Aurore d’Awans

Musicienne et création sonore : Malena Sardi

Assistant: Julien Jaillot – Mouvement: Claire Picard – Scénographie: Olivier Wiame – Lumières: Xavier Lauwers – Voix off: Alexandre Trocki – Création vidéo: Lionel Ravira – Responsable technique : Thomas Kazakos – Régie : Julie Bernaets, John de la Hogue

Une coproduction de Ad Hominem, du Théâtre de Poche et de La Charge du Rhinocéros.

au Théâtre des Doms (Avignon Off) jusqu’au 26 août 2018 à 14h30

 

vu le dimanche 22 juillet 2018 au Théâtre des Doms (Avignon Off)

prix de ma place : 13€

 

(quand j’attends dans la file…)

C’est ma dernière pièce. La vingt-quatrième. Elle s’appelle Pas pleurer. C’est drôle. Elle s’appelle Pas pleurer et je vais quitter Avignon dans quelques heures, avant de la retrouver l’an prochain ? Non je ne pleurerai pas. Les années précédentes, j’avais pris l’habitude d’imaginer une petite histoire à partir des titres des spectacles que je voyais. Aujourd’hui, c’est simple. Ça donnerait : (surtout) Pas pleurer.

Voilà à quoi je pense quand j’attends dans la file.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Trouble(s) spectacle variable (Alexia Vidal / Entrepôt / Avignon Off)

(de quoi ça parle en vrai)

« Trouble(s), spectacle variable » est un spectacle-dictionnaire. Un dictionnaire amoureux ? Subjectif en tous cas. Un dictionnaire subjectif du trouble, de ce qui nous trouble, est troublant, est troublé. Sur scène : des corps vibrants, des mots percutants, entre drôlerie et gravité, une sensibilité à fleur de peau. C’est un spectacle à la forme variable, qui met les spectateurs au cœur de sa construction. Chaque représentation est forcément unique : c’est vous qui choisissez collectivement les étapes de notre voyage à travers des scènes sensibles, troublantes et troublées… (source : ici)

 

(ceci n’est pas une critique mais…)

Si j’avais écrit cette chronique après avoir vu ce spectacle, il aurait été assez cassant et finalement injuste. Car la seule chose qui m’a déplu est le côté participatif. On ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille et on ne choisit pas non plus les spectateurs qui nous accompagnent dans une salle de spectacles. J’eus la fâcheuse impression que ces spectateurs savaient ce qu’ils faisaient, étaient trop à l’aise, même si le malaise n’allait pas tarder à pointer le bout de son nez. Dans un dispositif quadri-frontal, nous devions (nous, spectateurs), choisir des mots parmi ceux proposés, dont les comédiens allaient interpréter leur définition tout à fait subjective. Très vite, certains spectateurs, prirent la main, imposant des mots tels que « bombardements », « X », « youpi », « playback », « haine », « jeu », « chanter », « whisky », etc., commentant leur choix après coup, tentant d’interrompre la scène de haine. Les comédiens avaient alors atteint leur but : immiscer le trouble parmi certains spectateurs. Cette scène en particulier mettait en lumière des « haters », ces personnes qui se cachent derrière l’anonymat des internets pour déverser un flot ininterrompu d’horreurs. On entendit certains membres du public proclamer des « Stop ». Mais où sommes-nous ? Ah oui, on est au théâtre… ce lieu où on peut entendre des histoires, mais aussi jeter un regard sur la société d’aujourd’hui, j’ai failli oublier.

Les scènes, mélange d’écriture collective, de chansons et d’expression corporelle, sont intéressantes, même si certaines sont plus surprenantes que d’autres (leur définition du jeu peut être réservée aux adultes), d’autres un peu trop faciles (chanter : allez, un petit Johnny !).

Mais l’ensemble, par la forme, manque de rythme. Les changements de lumière sont longs, je suppose pour permettre aux acteurs, dont l’investissement est total, de se concentrer sur la scène suivante. Ceci étant dit, j’entends bien qu’il aurait été long et redondant de passer les 26 lettres de l’alphabet in extenso, mais peut-être y aurait-il un autre moyen de faire participer le public, si ce n’est qu’il est intéressant de voir comment réagit les différents publics, soir après soir.

 

TROUBLE(S) SPECTACLE VARIABLE

Metteuse en scène : Alexia Vidal

Interprètes : Claire Clavi, Éve Coltat, Jérôme Garnier, Julien Perrier 

Créatrice lumière – Régisseuse : Amandine Richaud – Créatrice vidéo : Marie Jumelin 

vu le samedi 21 juillet 2018 à l’Entrepôt (Avignon Off)

prix de ma place : 8€

 

(pendant le spectacle…)

Le comédien me regarde. Il dit son monologue et me fixe du regard. Je soutiens. Je suis fort à ce jeu-là. Il se lève, s’écroule sur la spectatrice à côté de lui, continue à me parler, à me regarder. Je sais que c’est pour moi. Je déplie mes jambes. Il s’approche, agrippe mes genoux. Je ne peux réprimer un sourire, un peu gêné aussi.

Mais pourquoi moi ? Pourquoi ça arrive toujours à moi ? Quoi ma gueule ? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? Je suis spectacteur professionnel. Le gars me regarde et se dit : « Celui-là, il sait faire, il jouera le jeu ? » ou bien « Putain, il fait la gueule, genre de regard hautain et dédaigneux, je vais le faire chier, l’embarrasser ! ».

Je ne saurai jamais, mais ça fait deux fois en deux mois.

Voilà à quoi je pense pendant le spectacle.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

ALPHABET SELON LES ARTISTES

Amour : Ecriture collective Bombardements : Inspirée de témoignages de civils syrien issus du journal Libération Chanter :  »Je te promets » de Johnny Halliday. Texte J-J Goldman Dire : Cellule sans texte Entretien : Inspirée d’un documentaire internet sur Pôle-emploi. Foi : Inspirée des prières d’Hadewijch d’Anvers Genre : « Son nata/nato a lagrimar » (Cornelia, Sesto) chanté par Nathalie Stutzmann et Philippe Jaroussky Haine : Texte écrit avec des commentaires ou des textes de sites web, de blogs, facebook, twitter… Intime : Ecriture collective Jeu : Cellule sans texte Kamikaze : Inspirée d’une interview du frère et de la belle sœur de l’un des meurtriers des attentats du 13 Novembre 2015 à Paris et Saint-Denis. Lettres : Lettres de demande écrites à Haïti. « L’autre journal, 1984-1992 une anthologie », édition Les Arènes. Article intitulé « Une demande en mariage ». Et texte inspiré d’un passage du  »Gouverneurs de la Rosée » de Jacques Roumain. Mort : Inspirée des dernières paroles de condamnés à morts américains publiés sur le site internet d’une prison du Texas. Nerveux : Inspirée d’un témoignage déposé sur le site internet  »Le corps des femmes » Orage : Cellule sans texte Play Back : Total Eclipse of the Heart (Single Version), texte: Jim Steinman / voix : Bonnie Tyler  Quelqu’un : Ecriture collective. Rencontre : Inspirée de l’émission  »Trouver l’amour »,  »les pieds sur terre », France Culture. Souvenirs : Cellule sans texte. Sons :  »Les Diplodos », Peugeot 306 Maxi, Jestofunk –  »Say it again’’ Tension : Cellule sans texte Urnes : Inspirée du témoignage de Joe Chandler dans divers médias américains. Violence : Écriture collective inspirée de la performance  »De la poule ou de l’oeuf » de Jérémie Pujau Whisky : Écriture collective. X : Inspirée de  »Hear i come ! » de Baptiste Marie Youpi : Cellule sans texte. Zeste :  »Lemon Incest » (feat. Charlotte Gainsbourg), Serge Gainsbourg. Texte S. Gainsbourg 

Speed Leving (Levin / Brethome / Manufacture / Avignon Off)

(de quoi ça parle en vrai)

Speed LevinG est le fruit d’un constat terrifiant propre à notre société contemporaine : de plus en plus d’histoires de vie et d’amour prennent naissance à l’issue de rencontres « calibrées » dans un cadre « minuté », les soirées « Speed dating ». Dans une distribution franco-israélienne paritaire, cinq femmes et cinq hommes jouent dans leur langue. Cette différence devient un facteur propice à la non réalisation d’histoires amoureuses. (source : ici)

 

(ceci n’est pas une critique mais…)

Hanokh Levin est typiquement le genre d’auteur pour lequel il faut savoir où on met les pieds. Certes, c’est drôle, mais c’est désespéré, l’échec de l’homme dans toute sa splendeur, la solitude moderne…

Par la forme de cette pièce, composée de courtes saynètes, l’ensemble reste inégal, même si les acteurs y mettent du leur pour dynamiser l’ensemble, entrecoupé de danses et de chansons écrites également par le dramaturge israëlien. Le mélange des langues (français et hébreu) est assez artificiel. Malgré le gimmick du « je regarde les sur-titres pour comprendre ce que mon partenaire dit », le bilinguisme n’est pas complètement exploité, me semble-t-il. La durée ne permet pas non plus à tous les acteurs de s’exprimer totalement. Pourtant certains acteurs se démarquent, comme Morgane Peters (qui aime en faire des caisses… en parlant de caisses… si tu n’aimes pas l’humour scatologique, passe ton chemin) ou Diana Golbi.

En somme, un spectacle enlevé, non dénué de défauts, qui met à nouveau en lumière le(s) théâtre(s) de Hanokh Levin.

Ps : Encore une fois, je pose ma candidature pour la relecture des sur-titres : de trop nombreuses fautes syntaxiques étaient présentes. Je fus vice-champion départemental d’orthographe des Bouches du Rhone quand j’étais en cinquième, ce job est pour moi !

 

SPEED LEVING

Metteur en scène : Laurent Brethome

Textes de Hanokh Levin (Éditions théâtrales), traduction Laurence Sendrowicz

assistant mise en scène Alex Crestey – création musicale Jean-Baptiste Cognet – création lumière David Debrinay – préparation au chant Jeanne-Sarah Deledicq – chorégraphie Aurélien Desclozeaux – préparation physique Valentin L’Herminier – photo de couverture : Olivier Quéro

Avec les élèves-comédiens de troisième année de l’ERACM : Fernand Catry, Nicolas Gachet, Morgane Peters , Frederico Semedo Rocha , Leslie Granger et les élèves-comédiens de Nissan Nativ Acting Studio (Tel Aviv) Tamir Ginsburg, Hadar Glesinger , Diana Golbi , Netta Gold , Maya Koren

Coproduction ERACM, Compagnie Le menteur volontaire. En collaboration avec Nissan Nativ Acting Studio (Tel Aviv)

à la Manufacture Patinoire (Avignon Off) jusqu’au 26 juillet 2018 à 19h50

 

vu le vendredi 20 juillet 2018 à la Manufacture Patinoire (Avignon Off)

prix de ma place : 19,50€

 

(quand j’attends dans la salle…)

Le premier Hanokh Levin, c’était là, à la Patinoire. La Putain de l’Ohio. Je venais de prendre une claque monumentale dans le in avec « Les Particules Élémentaires » par Julien Gosselin. J’enchaîne car je voulais découvrir l’écriture de l’auteur israélien. Je suis au deuxième rang et pendant le dernier tiers de la pièce, je vois un acteur vieillissant, le pantalon et la culotte sur les chevilles, en train de se rouler dans la terre et littéralement de tirer sur le zizi pour mimer la masturbation. Impossible de sortir, j’aurais été obligé d’attendre dans la cour que le spectacle se termine pour reprendre la navette. Aujourd’hui c’est mon deuxième Hanokh Levin et me voilà qui prend peur.

Voilà à quoi je pense quand j’attends dans la salle.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

J’appelle mes frères (Khemiri / Rosenblatt / Manufacture / Avignon Off)

(de quoi ça parle en vrai)

Amor, jeune européen né de l’immigration marche dans sa ville au lendemain d’un attentat. Quelle attitude adopter quand on ressemble comme un frère à ceux qui…? Le téléphone sonne, ses proches s’inquiètent, ils connaissent ses angoisses. Et Amor marche encore, court, tremble sous le regard des passants. Est-il réellement observé, traqué, coupable? Aux quatre comédiens se mêle un groupe de onze amateurs, des habitants de la ville sur scène. C’est un spectacle percussif et urbain, qui avance au rythme d’Amor. C’est le récit d’une crise identitaire, mais aussi la possibilité d’un apaisement. (source : ici)

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Crédits photos : Simon Gosselin

(ceci n’est pas une critique mais…)

J’aurais tant aimé adorer cette pièce, recevoir la claque qu’il m’a manqué pendant ce festival (off) et vu le sujet, cela aurait pu être celle-là. Pourtant il m’a manqué un petit quelque chose ou, si je puis m’exprimer ainsi, plusieurs petits quelques choses. L’acteur principal, Slimane Yefsah, ne démérite pas, mais j’ai l’impression qu’il joue toujours sur le même rythme, j’entends une même musique. La pièce écrite par J.H. Khemiri doit être comme on l’a vue à la Manufacture, mais j’aurais aimé voir un peu plus les personnages secondaires, interprétés par des acteurs très justes. Je me suis aussi interrogé sur la présence de choeur, que j’aurais aimé voir plus présent. En résumé, j’aurais aimé que le curseur soit plus haut dans tous les paramètres, parce que j’ai suivi le cours des événements mais n’ai pas ressenti ce que cette pièce aurait pu me donner.

C’est honnête, respectable, mais il m’a manqué quelque chose. (je crois qu’on l’a compris)

 

J’APPELLE MES FRÈRES

Metteur en scène : Noémie Rosenblatt

Traduit du suédois par Marianne Ségol-Samoy. Le théâtre de J.H. Khemiri est publié aux éditions Théâtrales, éditeur et agent de l’auteur.

Avec : Priscilla Bescond, Kenza Lagnaoui, Maxime Le Gall, Slimane Yefsah et un groupe de 11 amateurs

Accompagnement des amateurs : Julie Minck – Scénographie : Angéline Croissant – Lumière : Claire Gondrexon – Régie lumière : Alix Weugue – Son : Marc Bretonnière – Régie son : Damien Gandolfo – Mouvement : Marie-Laure Caradec – Costumes : Camille Pénager – Administration : Le Bureau des Filles : Annabelle Couto et Véronique Felenbok – PRODUCTION : Compagnie du Rouhault

à la Manufacture Patinoire  (Avignon Off) jusqu’au 26 juillet 2018 à 15h50

 

vu le vendredi 20 juillet 2018 à la Manufacture Patinoire (Avignon Off)

prix de ma place : invitation

 

(quand j’attends dans la salle…)

Waouh, cette année, ils ont changé les fauteuils ! Non, ils ont seulement mis une housse sur les sièges en plastique. Il y a toujours aussi peu de place pour les jambes, et je ne dépasse pas le mètre soixante-dix, et toujours cette sale impression d’avoir un gros cul… Ok, j’ai un gros cul. Je reformule, j’ai toujours cette satanée impression d’avoir des kilos en trop… Ok, j’arrive pas à m’en débarrasser. Je gagne, je perds… Ben là, j’ai toujours cette putain d’impression de déborder de mon fauteuil. Non, je n’ai pas besoin d’un putain de régime. C’est à cause de vos sièges, voilà, je suis énervé.

Voilà à quoi je pense quand j’attends dans la salle.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Belle fille (Tatiana Vialle / Petit Louvre / Avignon Off)

(de quoi ça parle en vrai)

« Belle-fille » raconte, avec douceur, drôlerie et lucidité, cette relation particulière, parfois complexe qui lie un enfant au nouvel amour de sa mère. Un récit tendre et bouleversant que l’on suit comme une confession qui nous est directement adressée… (source : ici)

 

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Photo de couverture : Caroline Bottaro

 

(ceci n’est pas une critique mais…)

2 raisons pour lesquelles j’ai choisi de voir ce spectacle plutôt qu’un autre : le thème et l’actrice.

Maud Wyler est une actrice, je trouve, trop méconnue et pourtant que cela soit au cinéma (2 automnes 3 hivers de Sébastien Betbeder, pour ne citer que lui) ou au théâtre (déjà vue dans le Cyrano avec Philippe Torreton, Trissotin… version Macha Makeieff ou La Révolte aux Déchargeurs), elle a toujours fait preuve d’une présence lumineuse et d’un talent indéniable, ce qui est encore le cas dans cette pièce, qui, à bien des égards, pourrait se rapprocher par son traitement et les sentiments qu’il convoque des « Bijoux de Pacotille » de Céline Milliat-Baumgartner et mise en scène par Pauline Bureau. L’univers y est peut-être moins onirique, mais la sensibilité et une certaine pudeur y sont communes.

Le texte (autobiographique) de Tatiana Vialle est simple, fluide, direct. Il n’y a aucune fioriture et on est captivé du début à la fin par ce récit d’une relation entre une jeune fille et son beau-père.

Je parlais de pudeur un peu plus haut. Comme « Les Bijoux de pacotille », « Belle-fille » a un lien avec le cinéma car le fameux beau-père l’était vraiment, de par ses rôles dans nombre de films. Pourtant, ce n’est que dans le dernier tiers que son prénom sera dit, que son image sera projetée (même si, pour quiconque un tant soit peu cinéphile, on peut deviner un peu plus tôt grâce à l’évocation d’un film qui aura marqué le cinéma français.)

La mise en scène est sobre, laisse toute la place au texte et à Maud Wyler, même si on peut pinailler en voyant une énième scène de danse sur une musique pop (ici Eurythmics « Sweet Dreams ») ou sur la présence d’un autre acteur (Antoine Prud’homme de la Boussinière) à la toute fin de la pièce qui n’était pas indispensable pour clore ce témoignage.

Il n’empêche, on espère voir ce moment de théâtre intime vivre au-delà du Off d’Avignon.

 

BELLE FILLE

écrit et mis en scène par Tatiana Vialle

Avec Maud Wyler et Antoine Prud’homme de la Boussinière

Scénographie et costumes Hélène Kritikos – Lumières Dominique Fortin – Régie Charles Degenève

Production : En compagnie des ours – Coproduction : Le Bruit neuf

jusqu’au 29 juillet 2018 au Petit Louvre (salle Van Gogh) (relâche le 25) à 20h25 (Avignon Off)

 

vu le vendredi 20 juillet 2018 au Petit Louvre (Avignon Off)

prix de ma place : invitation

 

(quand j’attends dans la file…)

Je crois que j’ai oublié de manger aujourd’hui. Je réfléchis… Un pain au chocolat ce matin acheté dans une boulangerie autour des Halles puis… Ben plus rien. Je comprends mieux pourquoi j’ai faim. J’ai le temps de m’éclipser et de revenir dans la file ? Bien sûr que non, je vais sortir, je vais virer et tourner, ne parvenant pas à me décider sur la teneur de ma sustentation, comme d’habitude. Je reste là où je suis, voilà. Je vais gargouiller, je le sais, je mangerai plus tard. Des brochettes au poulet. J’ai l’eau à la bouche. Ça tombe bien, ma bouteille est vide et j’ai soif.

Voilà à quoi je pense quand j’attends dans la file.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Photo de couverture :

Petite Chimère (Magali Frumin / Les Voyageurs Immobiles / Présence Pasteur / Avignon Off 18)

(de quoi ça parle en vrai)

Une demoiselle s’amuse à coudre le monde. Il est fait de mille et un tissus doux et enveloppants, peuplé d’animaux colorés, à pois, à rayures. Un petit va sortir de l’œuf. C’est un être chimérique, pas tout à fait fini, mais déjà bien curieux. Il part découvrir cet univers tissé. Il y rencontre d’étonnantes bestioles agiles et farceuses qui lui donnent envie de danser, de voler, de nager… (source : ici)

 

Cie Les voyageurs Immobiles - Petite chimère
Affiche : Margot Frumin / Photographie : Erik Dominano/ Lepetitcowboy.com

 

(ceci n’est pas une critique mais…)

« Petite Chimère » se présente sous deux versions : pour les moins de 3 ans et entre 3 et 6 ans. Je suis un grand, je suis venu tout seul à Présence Pasteur, donc ça sera pour moi la deuxième version.

Le spectacle s’articule autour de deux parties : la première est du théâtre dans le théâtre et parvient très clairement à expliquer, sur un mode ludique, sans que cela soit trop didactique, comment un spectacle se construit, de l’écriture à la conception du décor, en passant par les lumières et la composition de la musique, que de nombreuses personnes y participent, sans oublier les différentes inspirations (par exemple, des albums jeunesse). La deuxième partie est le spectacle lui-même, avec ce drôle de personnage qui va se découvrir.

Et ça fonctionne. Les enfants présents étaient captivés (et Dieu sait que je déteste les enfants donc c’était un bon point), les adultes également. Parce que c’est inventif et poétique. C’est du théâtre de marionnettes, d’objets et tout comme les décors, c’est fait main. Ce côté artisanal est très plaisant, parce qu’on s’imagine les petites mains s’affairer aux coutures. Ce qui est génial, je trouve, c’est que le jeune spectateur est partie prenante du spectacle, on ne lui cache rien (ou presque) : tout a été construit, conçu pour raconter une histoire et pourtant on entre dans celle-ci avec une facilité déconcertante. Le dispositif permet à notre boîte à imagination de fonctionner à plein régime. Si j’étais enseignant, j’emmènerais mes élèves voir ce joli spectacle…

 

PETITE CHIMÈRE

Mise en scène / conception décor Magali Frumin

Jeu / manipulation Magali Frumin ou Florence Bertagnolio

Recherches graphiques / sulptures marionnettes Olivier Brenier – Musique et bruitages Marie de Nazelle – Costumes et habillage décor Louise Bloch – Structure décor Pierre Gosselin – Accessoires Magali Frumin, Florence Bertagnolio et Margot Frumin – Habillage décor et marionnettes : Margot Frumin – Lumières Jérémie Alexandre

à Présence Pasteur (Avignon Off) jusqu’au 29 juillet 2018 à 10h40 (- 3 ans) et à 11h45 (3-6 ans)

 

vu le vendredi 20 juillet 2018 à Présence Pasteur (Avignon Off)

prix de ma place : 4€

 

(quand j’attends dans la file…)

La première fois de toute ma vie où je suis allé au théâtre… J’en ai déjà parlé et c’est justement ça le hic. J’y suis allé bien trop tard. Quand j’étais petit, je ne suis jamais allé au théâtre, parce que j’étais trop petit pour y aller et que personne n’a jamais pensé m’y emmener. Y avait la télé et le cinéma de quartier, c’était bien suffisant. Au collège, c’est moi qui ai voulu en faire et un peu en voir et personne d’autre. Allons bon, d’où me vient cette appétence (j’aime ce mot) pour le théâtre ?

Voilà à quoi je pense quand j’attends dans la file.

 

NB : Magali Frumin m’avait mis en scène dans le cadre d’un atelier théâtre à l’Université de lettres d’Aix-en-Provence en 1999 dans « La demande d’emploi » de Michel Vinaver (théâtre Antoine Vitez, Aix-en Provence).

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

La Bataille d’Eskandar (Samuel Gallet / Les Halles / Avignon Off)

(de quoi ça parle en vrai)

Une femme rêve d’un séisme qui lui permettrait d’échapper aux huissiers en les faisant disparaître. L’urgence est telle et le rêve est si fort que la catastrophe advient. Tout s’effondre. Dans la ville d’Eskandar, la nature reprend ses droits. Un zoo est laissé à l’abandon, des fauves s’échappent et attaquent celles et ceux qui n’ont pas pu ou voulu partir. Cette femme s’enfuit de chez elle et s’enfonce dans la zone pour abattre des lions. À la fois effrayée et fascinée par la  propagation du désastre, elle investit une école abandonnée, à la porte de laquelle un obscur criminel en cavale vient frapper. (source : ici)

LA BATAILLE D'ESKANDAR
©Tristan Jeanne-Valès

(ceci n’est pas une critique mais…)

En faisant quelques petites recherches, je ne fais pas étonné de découvrir que « La Bataille d’Eskandar » existait déjà sous forme de pièce radiophonique sur France Culture, tellement j’aurais pu fermer les yeux et m’imaginer cette ville, les animaux, ces personnages. Doux outils de persuasion que sont les mots, les voix et les instruments. Mais cela aurait été me priver du regard de Pauline Sales (dont je connaissais seulement les mots et les mises en scène (J’ai bien fait ? bientôt au théâtre de la Tempête à Paris !)), de la force d’interprétation de Samuel Gallet, l’auteur de la pièce, de la concentration des musiciens, de la parfaite osmose entre les comédiens et les musiciens.

« La Bataille d’Eskandar » est un rêve poétique et musical.

 

LA BATAILLE D’ESKANDAR

De Samuel Gallet

Mise en scène et dramaturgie Le Collectif Eskandar

Création lumière Adèle Grépinet, régie lumière Adèle Grépinet et Laurent Poussier, création et régie son Fred Bühl, décor Les ateliers du Préau, costumes Malika Maçon

Avec Samuel Gallet (jeu), Aëla Gourvennec (composition musicale, piano, violoncelle) Pauline Sales (jeu), Grégoire Ternois (composition musicale, percussions, claviers)

Jusqu’au 29 juillet 2018 à 21h15 (sauf les lundis) au Théâtre des Halles (Avignon Off)

 

vu le mercredi 11 juillet 2018 au Théâtre des Halles (Avignon Off)

prix de ma place : invitation

 

(quand j’attends dans la file…)

C’est mon dernier spectacle de ma première phase. 18 spectacles en 5 jours. Donc 18 textes écrits (ou à écrire). Je reviens bientôt. Mais je ne ferai pas comme ça. J’ai oublié ma résolution : prendre le temps, moins consommer. Consommer vient du latin consumere, qui veut dire manger, absorber, détruire. Voilà.

Voilà à quoi je pense quand j’attends dans la file…

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Polaroïds (Annabelle Simon / Théâtre du Train Bleu / Avignon Off)

(de quoi ça parle en vrai)

POLAROIDS est l’histoire de Marie, une fille qui se cherche au milieu de ses souvenirs, de ses modèles féminins et de ses échecs. Une quête qui oscille entre sport et littérature, Ricard et Champagne, légendes familiales et contes de fées. Si chacun des textes composant POLAROIDS est écrit comme un instantané de vie, ils seront vécus comme des épreuves par la comédienne au plateau. Le public assistera ainsi à une succession de performances, chacune laissant son empreinte, sur la comédienne, dans l’espace et donc dans le regard des spectateurs. De cette accumulation de traces finira par émerger le dessin final de notre personnage, la personne qu’elle est aujourd’hui comme un nouveau polaroid… (source : ici)

 

(ceci n’est pas une critique mais…)

Je plaide coupable : je n’ai pas lu la note d’intention avant de me rendre à la représentation de « Polaroïds ». Parfois j’hésite. Souvent je ne le fais pas. Et j’ai peiné ici à trouver le lien entre ces (courts) moments, à appréhender cette narration éclatée. Plusieurs personnages, une figure centrale, différentes périodes. Je me suis perdu. En revanche, la comédienne Claire Marx n’était pas perdue et m’a même épaté, passant avec brio d’une scène à une autre, d’une intention à son opposé, sans avoir forcément l’appui de jeu de la transition ou de la petite musique qui va avec. Et c’était d’autant plus frappant que la comédienne paraissait réellement marquée lors des saluts par sa performance qui ne lui a laissé aucun répit. On pourrait alors voir dans cette pièce le portrait d’une comédienne qui tente de passer d’une histoire à l’autre, d’une émotion à une autre, avec les seuls accessoires présents sur scène, comme une petite fille dans sa chambre avec ses jouets.

 

POLAROÏDS

Mise en scène et écriture : Annabelle Simon

Avec : Claire Marx

Scénographie : Antonin Boyot Gellibert – Création lumière : Vera Martins – Création sonore : Thomas Courcelle & Annabelle Simon – Régie : Vera Martins – Assistant(s) : Antonin Boyot Gellibert

Production : Compagnie Lalasonge

Jusqu’au 29 juillet 2018 à 15h50 (sauf les lundis) au Théâtre du Train Bleu (Avignon Off)

 

vu le mercredi 11 juillet 2018 au Théâtre du Train Bleu (Avignon Off)

prix de ma place : invitation

 

(quand j’attends dans la salle…)

Ça fait quoi aux artistes sur scène de nous voir dans la salle ? Je sais ça. Attendez, je précise. Qu’est-ce que ça fait de nous voir fagotés de la sorte ? Avant les gens savaient s’habiller, se pomponner, mais maintenant… Cela reste peut-être encore d’actualité à l’opéra, et encore… Ça vous fait quoi, de nous voir arriver en bermuda et sandales ?

Voilà ce à quoi je pense quand j’attends dans la salle…

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Si Richard Si (F. Fauquet / C. Lasne / Théâtre des Béliers / Avignon Off)

(de quoi ça parle en vrai)

Richard III, tyran machiavélique et monstrueux, aurait été prêt à tuer famille et amis de ses propres mains pour accéder au pouvoir. Mais ça, c’est la version Shakespeare. Et si Richard III avait en fait engagé deux tueurs professionnels pour atteindre la couronne ? Si Richard si, c’est inspiré de Richard III de Shakespeare. Mais Si Richard si, c’est tout sauf du Shakespeare. Si Richard Si, c’est une création burlesque et décalée. (source : ici) 

 

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Crédits photos : ?

 

(ceci n’est pas une critique mais…)

Florence Fauquet et Chloé Lasne passent en deuxième année au Théâtre des Béliers et présentent une nouvelle version de leur pièce « Si Richard Si ». Ok, je peux mettre à la poubelle l’enregistrement de l’avis de l’ami marseillais que je comptais recycler (il l’avait vue l’an passé et me l’avait conseillée).

Une scène plus grande, apparemment un travail plus travaillé (oui j’ai osé) sur la lumière. Les comédiennes nous apparaissent grimées (perspicace sera celui ou celle qui les reconnaîtra sans) et le charme opère immédiatement. Chacune tiendra son personnage de bout en bout. On est dans du clown et elles le font très bien. Le spectacle allie comédie, mime, vidéo (hommage au cinéma muet burlesque qui traîne un peu en longueur), musique (avec un sampleur et une inspiration anaïssienne, je dirais).

Nous ne verrons jamais Richard III. Seule sa voix nous parviendra à nos oreilles, à l’image d’une certaine voix off qui donne des consignes à des participants dans une grande maison des secrets. J’avoue que la référence ne me sied guère et quand la dite voix déclame son fameux monologue de fin « Mon royaume pour un cheval, etc », il ne se passe rien dans mon petit coeur. (j’en suis venu à préférer celui dit par Thomas Jolly (et je n’ai pas aimé sa version de Richard III, c’est dire)).

Malgré quelques baisses de rythme, le résultat est plaisant et sympathique et, je le répète,  les deux comédiennes sont remarquables.

 

SI RICHARD SI

Une production La boite de, en accord avec Le collectif La cantine.

Un spectacle créé et joué par Florence Fauquet et Chloé Lasne

Avec la voix de Pierre-Yves Bon

Création musicale: Vincent Fabert – Création vidéo: Gaspard Lembeye

jusqu’au 29 juillet 2018 à 10h30 (sauf les lundis) + les dimanches 15 et 22 juillet à 19h00 au Théâtre des Béliers (Avignon Off)

 

vu le mercredi 11 juillet 2018 au Théâtre des Béliers (Avignon Off)

prix de ma place : invitation

 

(quand j’attends dans la file…)

J’ai la chanson de France Gall « Si Maman si » dans la tête. Parce qu’un de mes colocataires n’arrête pas de la chanter depuis deux jours. C’est plus fort que lui et il chante faux. Heureusement que j’ai apporté mes boules quiès, parce qu’en plus on partage le même lit. Je ne ronfle jamais, c’est pas vrai. Mais je grince. Je bouge beaucoup et le lit grince, donc je grince, mais pas des dents, ça c’est mon cousin, mais je n’ai plus de nouvelles de lui, donc je ne sais pas si son problème s’est résolu. Et je suis très fier, je ne parle pas du monologue de Richard III que j’avais joué sur la place du Palais des Papes quand j’avais dix-sept ans dans le cadre d’une colo théâtre. Parce qu’il y en assez de mes pauvres souvenirs…

Voilà à quoi je pense quand j’attends dans la file…

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito