Festival d’Avignon 2019, ma sélection Off

Autant vous dire, qu’une fois n’est pas coutume, il y a l’embarras du choix cette année dans le Off d’Avignon. La Manufacture, Les Halles, les Doms sont toujours là, deux autres lieux prennent également de plus en plus de place et proposent cette année encore une programmation alléchante et exigeante : le 11 Gilgamesh Belleville et le Train Bleu, qui en très peu d’années (seulement la deuxième pour le Train Bleu) font déjà office d’incontournables.

Je ne parviens pas à me souvenir combien de festivals d’Avignon j’ai faits. Le premier, c’était en 1996, le dernier, forcément, l’an passé. J’ai fait les trois semaines de festival à deux reprises, encore en 1996 et en 2001, autrement dit dans une autre vie. A la fin d’un séjour, il n’est jamais certain que je revienne l’année suivante. Et pourtant, un manque s’immisce en moi et finalement j’organise mes vacances en fonction de.

Je serai de retour à Avignon du 10 au 16 juillet. L’an passé, j’ai vu 24 spectacles en 8 jours (5 + 3). Mon objectif n’est pas d’en voir autant (trois par jour est une bonne moyenne… et c’est déjà beaucoup), mais de mieux apprécier les spectacles et la ville. Prendre le temps aussi pour voir un film à l’Utopia ou une expo à la Collection Lambert. Bref…

Voici donc les vingt-sept spectacles que j’ai sélectionnés parmi les 1 592 qui se joueront dans les différents lieux du Off (sachant que je compte n’en voir que 18 tout au plus, in inclus, je vous laisse calculer) : (classés par horaire)

(NB : Pour ceux qui repassent par là, j’ai ajouté 3 spectacles à ma sélection initiale qui se trouvent en n° 10, 15, 22)

1/ GUERRE, ET SI ÇA NOUS ARRIVAIT ? de Janne Teller par Laurent Maindon à Présence Pasteur à 9h45

« IMAGINE : Et si, aujourd’hui, il y avait la guerre en France… Où irais-tu ? »

Avec une collègue de l’Occupation Bastille période Tiago Rodrigues. Il est toujours bon de suivre les gens qu’on a croisés ici et là.

2/ CRÂNE de Patrick Declerck, mise en scène d’Antoine Laubin, au Théâtre des Dons à 10h

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© Beata Szparagowska

« Devant nous, un écrivain à qui l’on doit retirer une tumeur. Il s’agit d’une intervention dite de chirurgie éveillée. Il faudra sonder le patient pour être certain de ne pas lui ôter le langage. C’est son outil de travail en quelque sorte et sa raison de vivre peut-être. On nous parlera du deuil impossible pour un chien, de la poésie de Shakespeare, du ridicule accoutrement opératoire et de la dignité qui se loge parfois dans les détails même face à une mort hypothétique. »

J’avais découvert le travail d’Antoine Laubin aux Doms avec « Le Réserviste » d’après un texte de Thomas Depryck. Je suis quelqu’un de fidèle.

3/ LATERNA MAGICA de Dorian Rossel et Delphine Lanza au 11 Gilgamesh Belleville à 10h30

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© Todd Hido

« Ce spectacle est une réinvention pour le plateau de la fausse autobiographie d’Ingmar Bergman. Ce récit sans complaisance, entre mémoires et exutoire psychanalytique, dessine un autre portrait du génie protéiforme. Il se raconte, les souvenirs dérivent, réinventant sa propre histoire pour en mesurer l’étendue et se l’approprier enfin. Bergman fait de sa vie une matière, fertile et fluctuante, pétrie de contrariétés, d’humour et de manques, sédiments propices à l’éclosion de sa créativité. »

Grande impatience avant chaque spectacle de Dorian Rossel, dont je regrette de ne pas encore avoir vu son adaptation du Dernier Métro de Truffaut.

4/ PLAIDOYER POUR UNE CIVILISATION NOUVELLE d’après Simone Weil par Jean-Baptiste Sastre au Théâtre des Halles à 11h25

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Crédit photo : DR

« Simone Weil : figure radicalement à part de la pensée française du XXe siècle. Sa vie durant, elle a cherché jusqu’à l’épuisement des clefs pour tenter de se comprendre et de comprendre le monde. Elle travailla en usine, prit part à la guerre d’Espagne aux côtés des Républicains, avant de rejoindre Londres et la « France Libre », où elle mourût à l’âge de 34 ans. « Elle ne méprisait rien sinon le mépris lui- même » Albert Camus. Après La France contre les robots de Georges Bernanos, Hiam Abbass et Jean-Baptiste Sastre adaptent une partie de la correspondance, L’Enracinement et d’autres textes de cette philosophe qui relèvent ses apports à la philosophie, à la critique politique et à la spiritualité. »

L’idée de voir l’actrice Hiam Abbass dans la salle de la Chapelle m’impressionne au plus haut point, surtout avec des textes aussi majeurs (et on parle de Simone Weil, pas de Simone Veil… j’ai vérifié avant)

5/ MARX ET LA POUPÉE  d’après le roman de Maryam Madjidi par Raphaël France-Kullmann au Théâtre Artéphile à 11h45

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« Depuis le ventre de sa mère, Maryam vit de front les premières heures de la révolution iranienne. Six ans plus tard, elle rejoint avec sa mère son père en exil à Paris. À travers les souvenirs de ses premières années, elle raconte l’abandon du pays, l’éloignement de sa famille, l’effacement progressif du persan au profit du français avant de le retrouver pleinement. Maryam Madjidi raconte avec humour et tendresse les racines comme fardeau, rempart, moyen de socialisation, et même arme de séduction massive. »

Parce que j’aime énormément ce premier roman et qu’aussi j’avais apprécié discuter avec son autrice les deux fois où on s’est vu. (ce n’était pas pour un rendez-vous Tinder, je préfère préciser, nous avons une connaissance en commun qui avait même traîné Maryam à mon anniversaire pour mes 30 ans, autrement dit il y a dix ans, déjà…)

6/ J’AI RENCONTRÉ DIEU SUR FACEBOOK d’Ahmed Madani au 11 Gilgamesh Belleville à 11h50

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©François-Louis Athènas

« Comment une adolescente bien sage et bien protégée par sa maman peut-elle sombrer dans une mascarade pseudo-religieuse d’aventure extraordinaire ? Comment une jeune mère qui est parvenue à s’émanciper du poids de la tradition, de la religion, réagit-elle face à ce qu’elle considère comme une trahison de son combat pour la liberté ? Voilà un vrai sujet de société dans lequel la fiction et la poésie peuvent trouver une voie d’expression qui fera écho chez les spectateurs, et les adolescents. »

Après F(l)ammes, je suis curieux de voir ce que nous prépare Ahmed Madani.

7/ LE MASSACRE DU PRINTEMPS d’Elsa Granat au Théâtre du Train Bleu à 11h50, les jours pairs

Le Massacre du Printemps – Teaser from Elsa Granat on Vimeo.

« J’ai mûri d’un seul coup puis j’ai régressé exactement en même temps. J’ai poussé fort et dans tous les sens. Il m’est arrivé d’accompagner des gens en fin de vie. Des combattants sans monument aux morts. Il y a des événements comme ça qui semblent insurmontables, tu penses qu’ils vont te laisser clouée au sol. Et pourtant tu vas découvrir des forces inespérées qui vont t’inspirer pour inventer des printemps même sur pelouse synthétique. Tu participes aujourd’hui au Massacre du Printemps. Oui j’ai bien dit « Massacre ». »

On dit que je suis fidèle… J’ai découvert Elsa Granat il y a déjà neuf ans avec « J’ai plus pied ». Une amie jouait dans cette pièce. J’ai découvert également Claire Méchin (qu’on connait chez les Blond and Blond and Blond et surtout à revoir dans Les Secrets d’un Gainage Efficace). Mais surtout Elsa Granat… une écriture, un point de vue, un sens de la mise en scène. (et je viens seulement de comprendre le jeu de mots (Mas)Sacre du Printemps…

8/ EXIT de Fausto Paravidino par Anne-Sophie Pauchet à la Manufacture à 12h

Bande-annonce EXIT Tournée / Fausto Paravidino / Anne-Sophie Pauchet from Florent_Houdu on Vimeo.

« A quitte B. A et B se séparent. Plus tard, A rencontrera C et B rencontrera D. Exit c’est l’histoire éternelle de la fin annoncée d’un couple. Et de ce qui pourrait se passer après. L’histoire du renoncement, des échappatoires, des petites lâchetés et des grandes désillusions. Une variation drôle et acide sur la difficulté de concilier le besoin de liberté personnelle et d’émancipation avec un exigeant besoin d’affection et d’une « vie satisfaisante ». Un questionnement sur la crise qui habite ces adultes bourgeois européens parfois autant incapables de courage politique que de courage intime. »

L’idée de revoir Laure Mathis, admirable Doreen dans la pièce éponyme de David Geselson et que j’aime l’écriture de Fausto Paravidino.

9/ L’OISEAU MIGRATEUR de Dorian Rossel à la Maison du Théâtre pour Enfants à 14h

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« Deux blocs noirs, deux comédiens, deux craies pour conter l’amitié insolite entre un petit garçon, sa voisine et un passereau. À contre-courant des temps tonitruants, L’Oiseau migrateur parie sur la simplicité et invite l’imaginaire à se déployer. L’histoire s’esquisse par des dessins à la ligne épurée, avant que le texte prenne le relais. »

Pour les mêmes raisons qui m’amènent à voir Laterna Magica et parce que je ne rechigne jamais à voir un spectacle dit jeune public.

10/ TROUBLE par Philippe Duban et Didier Cousin à Lascierie à 14h (jusqu’au 14 juillet)

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« Initié dans une réflexion libre à la lecture d’écrits de Michel Foucault, le projet s’est construit à travers une coopérative de création sous la direction de Philippe Duban et Didier Cousin. « Trouble » propose une plongée historique atypique autour de l’histoire de la folie qui résonne avec notre époque actuelle. Sur scène, un orchestre d’une quinzaine de musiciens en live, des projections d’images, un trapèze et un chœur d’acteurs danseurs et chanteurs. Porté avec souffle par une équipe de trente artistes, « Trouble » évoque la mue des enfermements, interroge la place des singularités dans les cercles d’appartenances, appelle à l’union dans la diversité. »

Pour avoir déjà officié pendant trois ans en tant que comédien soutien dans une troupe composée essentiellement de jeunes adultes « hors normes », je sais que ce spectacle sera une expérience incomparable. Surtout que la troupe de ce « Trouble » comprend un de ces fameux jeunes aux milles talents cachés (le voir m’imiter un soir de résidence fut un grand moment de… trouble)

11/ LA PAIX DANS LE MONDE de Diastème au Théâtre Artéphile à 14h05

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crédit photo Vanessa Filho

« Cinq ans avaient passé. Puis dix, puis quinze. Le juge peut interdire au coupable d’approcher la victime pour une durée d’au plus cinq ans. Simon n’a pas revu Lucie. Il vit en Suisse, à quelques kilomètres de la maison de Charlie Chaplin. Il lit des livres, il fait du feu. Il ne voit pas le temps passer. Simon se prépare. Au jour où Simon et Lucie seront enfin réunis. Il doit être prêt. Tout doit être prêt. Le monde n’oubliera jamais ce jour. »

Diastème fait partie de ces auteurs, un peu comme Xavier Durringer, qui ont imprimé mon inconscient de leurs thèmes, de leur écriture.

12/ UN DÉMOCRATE de Julie Timmerman à Présence Pasteur à 14h40

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« Une traversée épique à l’humour impitoyable de la vie et de l’œuvre d’Edward Bernays (1891-1995), neveu de Freud, inventeur dans les années 20 de techniques de manipulation des masses sans précédent : la “Fabrication du consentement”. S’inspirant des découvertes de son oncle sur l’inconscient, il vend indifféremment savons, cigarettes, Présidents et coups d’État. Goebbels lui-même s’inspire de ses méthodes pour la propagande nazie – mais Eddie ne comprend pas car Eddie est un démocrate… Où en est la Démocratie à l’ère du Big Data et de l’hyper-communication? »

Ça doit faire trois ans que j’en entends parler, mieux vaut tard…

13/ FLAVIEN par Flavien Bellec au Théâtre du Train Bleu à 15h20

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« Un homme, FLAVIEN, décide de faire un spectacle sur lui. Pudique, il n’a cesse d’éviter le face à face, terrible, avec l’autre, le spectateur. Dans une succession de performances anti-spectaculaires, FLAVIEN tente de donner une représentation idéalisée de lui-même. Une entreprise narcissique impossible qui voit affluer, en miettes et fragments, des souvenirs d’enfances et des fantasmes obscurs, dans un spectacle qui prend peu à peu la forme d’un n’importe quoi poétique. La scène devient alors le théâtre d’une lutte étrange entre FLAVIEN et sa propre représentation, jusqu’à devenir le cimetière de ses identités. »

Je devrais pourtant me méfier. Le Flavien fait partie des Divins Animaux

14/ JOIE d’Anna Bouguereau par Jean-Baptiste Tur au Théâtre du Train Bleu à 16h40

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« Est-ce qu’on est obligé de pleurer à un enterrement ? Est-ce que c’est normal qu’on enferme les morts dans des boites ? Pourquoi on fait plus de slows ? Pourquoi les croque-morts on l’air dépressif ? Qui a choisi cette musique improbable ? Pourquoi la dame au premier rang pleure si fort ? Est ce qu’on a le droit de coucher avec son cousin ? Pourquoi il faut attendre d’être mort pour être couvert de fleurs ? Comment continuer à vivre puisque les gens meurent ? »

J’ai découvert Anna Bouguereau dans « En réalités » et bluffé que je fus, je suis intrigué de voir et entendre ce qu’elle a écrit.

15/ IN-TWO par la Cie Tandaim au Festival Villeneuve en Scène de 18h30 à 22h30

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photo : Gabrielle Voinot

« C’est une petite collection de trois grandes boîtes aux allures de caisses de transport qui vous invite à entrer pour partager une histoire, une confidence, un (jardin) secret… Dans ces confessionnaux du quotidien où vous serez le seul spectateur, les mots de nos auteurs complices vous seront susurrés à l’oreille… Des formes courtes (6 à 8 minutes) à la manière d’un entresort, pour un acteur et un spectateur. »

Du théâtre intime, du théâtre qui ne fait pas mal (entendre : aucune gêne), on m’en a dit grand bien et cela serai aussi l’occasion de revoir peut-être Lucile Oza, une comédienne déjà vu dans mon coup de cœur Avignon 2016 :  Zoom (Gilles Granouillet / Marie Provence)

16/ LES SECRETS D’UN GAINAGE EFFICACE par les Filles de Simone au 11 Gilgamesh Belleville à 18h45

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© Christophe Raynaud de Lage

« Elles sont cinq et écrivent un livre sur le corps des femmes, comme leurs aînées des 70’s. Elles débattent et se débattent avec les hontes et traumatismes liés à ce corps et disent tout haut ce que tout le monde vit tout bas. Elles explorent leur intimité autant que l’Histoire ou la presse et réinventent les raisons de la colère. Des injonctions esthétiques à la transmission mère-fille, des règles au clitoris, elles explosent à grands coups d’autodérision les clichés qui leur collent à la peau. »

Mise à part la comédienne Claire Méchin dont j’ai parlé un peu plus tôt, je vais me laisser convaincre par le bouche à oreille.

17/ LES SIESTES ACOUSTIQUES par Bastien Lallemant à la Collection Lambert avec Là c’est de la musique à 19h

Les Siestes Acoustique de Bastien Lallemant from François GLRN on Vimeo.

« Laboratoire collectif et bienveillant, les Siestes Acoustiques de Bastien Lallemant sont imprévisibles, et réunissent acteurs et dormeurs autour de l’instant. Ne ratez pas l’occasion de faire cette expérience d’écoute musicale et sensorielle dans un cadre exceptionnel et surtout n’oubliez pas…de vous laisser aller à dormir ! »

Parce que j’aurais besoin de dormir un peu. Le problème, c’est que c’est à 19h et que 19h, c’est pas vraiment le bon horaire pour faire la sieste, on s’endort, on se réveille ensuqué, on ne sait plus où on est…

18/ LE GROËNLAND de Pauline Sales par Sylvie Boutley à la Salle Roquille à 21h

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« Cartographie d’une intimité. Monologue d’une femme qui perd le contrôle de sa vie, mais juste le temps d’une nuit … le temps d’aller au Groenland et de revenir… Théâtre d’une parole ironique. Elle fugue à travers les rues d’une ville, la nuit, en compagnie de sa fille, sa chouette son loup. Elle veut l’emmener au Groenland, un pays lointain, un retour à des origines esquimaudes ou un désir qui insiste. »

Les mots de Pauline Sales, la mise en scène certainement très sobre de Sylvie Boutley (que je connais un peu pour avoir travaillé avec elle en 2001 sur un texte de Ronald Laing)

19/ LA DERNIÈRE BANDE de Samuel Beckett par Jacques Osinski au Théâtre des Halles à 21h30

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©Pierre Grosbois

« « Viens d’écouter ce pauvre petit crétin pour qui je me prenais il y a trente ans, difficile de croire que j’aie jamais été con à ce point- là. » Chaque année, le jour de son anniversaire, Krapp fait le point sur sa vie et s’enregistre sur un magnétophone. Chaque année, il écoute quelques bandes anciennes et peste contre celui qu’il a été tout en se remémorant certains instants merveilleux et perdus. Il est à la recherche de l’instant T, du moment fondateur, celui de l’amour peut-être. « Sois de nouveau, sois de nouveau ». »

Denis Lavant + Samuel Beckett = un retour forcément déconcertant et inévitable.

20/ 11 SEPTEMBRE 2001 de Jacques Vinaver par le collectif Ildi Eldi au Théâtre des Halles à 21h30

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©C. Raynaud de Lage

« Depuis le 11 septembre 2001, une page nouvelle de l’histoire contemporaine s’est ouverte concernant le terrorisme, non seulement dans les faits, mais aussi dans les consciences. C’est comme si, à force de subir les attentats à répétitions, nous étions devenus plus à même de les accepter comme une normalité. La parole des acteurs, témoins et victimes du drame constitue le coeur de ce texte qui refuse tout jugement : les récits alternent, sans hiérarchie entre eux. Des casques, des micros, une partition sonore. Les comédiens prêtent leurs voix à l’ensemble des personnages, terroristes, rescapés ou hommes politiques. Dans cette atmosphère confinée et intime, le collectif ildi ! eldi évite tout pathos en dépassant la sidération et la saturation d’images par des voix murmurées qui ne peuvent être qu’un souffle. »

Même si je fus quelque peu déçu par « Ovnis » l’automne dernier, je ne raterai pas ce nouveau spectacle du collectif. Et aussi parce que je suis un inconditionnel de Grégoire Monsaingeon !

21/ HÉROÏNES 2 de Dominique Richard par Lucile Jourdan au Théâtre de l’Entrepôt (du 12 au 15 juillet) à 21h30

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« Une femme se cherche, ivre de désir d’amour et d’absence, dans le frais gazon vert de la maison calme, elle prend le temps de délacer les fils emmêlés de sa vie amoureuse. De l’enfance – aux côtés de son frère Paul, double adoré et jalousé – à aujourd’hui, elle suit les rainures de sa mémoire. »

Parce que la pièce était sélectionnée dans le festival Court au Théâtre du Théâtre Berthelot à Montreuil, dont je suis la programmation pour Le Blog de Nestor (un peu de réclame n’a jamais fait de mal) et aussi parce qu’on m’a grandement conseillé de découvrir l’écriture de Dominique Richard.

22/ IPHIGÉNIE À SPLOTT (Gary Owen / Blandine Pélissier) au Théâtre Artéphile à 21h40

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« Effie habite à Splott, un quartier de Cardiff touché par le chômage et la paupérisation. Effie, c’est le genre de fille qu’on évite de regarder dans les yeux, qu’on se permet de juger l’air de rien. Effie, c’est la provocation incarnée. On croit la connaître, mais on n’en connaît pas la moitié. Tous les samedis, elle se jette dans une spirale d’alcool, de drogue et de petits drames, et émerge au bout de trois jours d’une gueule de bois pire que la mort pour tenir jusqu’au bout de la semaine et mieux recommencer. Et puis, un soir, l’occasion lui est offerte d’être plus que ça. »

Je ne sais pas s’il s’agit d’un hasard, mais voir cette pièce au même endroit et à la même heure qu’une certaine Irish Story vue l’an passé est de bon augure. Surtout que la co-traductrice du texte n’est autre que Kelly Rivière (l’autrice et interprète de « An Irish Story », tout le monde suit ?) et que je pourrai y admirer Morgane Peters, que j’avais énormément appréciée dans des pièces jouées avec sa promo de l’ERACM.

23/ LOUISE O’SMAN au Théâtre de la Croisée des Chemins à 21h50

« Chausser des bottes de sept-lieues, devant la folie des Hommes, de ceux qui ne croquent plus la pomme -surtout dans la rue Paradis. Écouter la beauté des ondes, des veilleurs de ponts et des sourdes frondes enfouis dans le bleu endormi. Raconter les frênes trop frêles, les cœurs étouffés sous le satin, la violence des miroirs quotidiens. S’asseoir enfin à l’ombre des mémoires pour chanter l’attente, le manque et l’absence, qui sont peut-être déjà, les premiers signes du printemps. À la fois doux et intime, incisif et courtois, le répertoire de Louise O’sman marque par sa force, son originalité et sa poésie. »

C’est de la chanson, c’est de l’accordéon, c’est aussi un peu de copinage car la demoiselle se produisait également avec les No Man’s Louise que je suivais de Paris à Marseille…

24/ LA CONVIVIALITÉ par Arnaud Hoedt et Jérome Piron au Théâtre du Chapeau d’Ebène à 22h15

La Convivialité, Théâtre National, septembre 2016

« Le spectacle des deux belges qui veulent simplifier la langue française » : tout est faux dans cette phrase. Pas « simplifier » mais faire preuve d’esprit critique. Pas « deux belges», mais deux curieux qui veulent partager les découvertes des linguistes. Pas même la langue, seulement son orthographe. Car l’orthographe, c’est pas la langue, juste le code graphique qui permet de la retranscrire. Nous avons écrit pour dédramatiser, pour réconcilier et aussi parce qu’on a toujours pensé que l’Académie Française avait un vrai potentiel comique. Notez que tout n’est pas faux : il s’agit bien d’un spectacle ! Et drôle en plus ! C’est quand la dernière fois que vous avez changé d’avis? »

Je ne m’en orgueillis jamais assez : je suis le vice-champion départemental des Bouches du Rhône 1991 d’orthographe.

25/ DÉGLUTIS ÇA IRA MIEUX d’Andréa Bescond et Éric Métayer au Théâtre du Balcon à 22h30

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« Déglutis, ça ira mieux est l’histoire d’une femme, Aline, éternelle adolescente de 45 ans, fuyant sa vie, ses responsabilités et surtout son rôle de mère. Lorsqu’elle apprend qu’elle est atteinte d’une maladie dégénérative, elle se débrouille pour retrouver sa fille, Nina, devenue adulte trop tôt et qui a fait ses bagages depuis longtemps. Les retrouvailles entre ces deux femmes que tout oppose – ou presque – seront déjantées et passionnées. Bien malgré elle, Nina se retrouve emportée par la folie douce et l’humour de sa mère. Aline, elle, a une idée derrière la tête. Faire la paix avec sa fille. Et lui demander l’impossible… »

Je n’ai point vu de spectacles du duo Andréa Bescond / Eric Métayer. Je veux seulement revoir Géraldine Martineau sur scène. C’est dit.

26/ CHARLY CHANTEUR à l’Arrache-Coeur à 22h30

 

« Les ballades spleenétiques sont comme des chansons dépressives mais en plus drôles. Les poèmes-poubelles sont des poèmes récupérés dans une poubelle et mis en musique. Charly Chanteur est un chanteur gourou de la secte du « Spleen », un vrai-faux chanteur qui fait un vrai-faux concert. »

L’acolyte de Léopoldine HH revient à l’Arrache-Coeur tout seul. Pour bien terminer la soirée.

27/ LA 7E VIE DE PATTI SMITH de Claudine Galea par Benoît Bradel à la Manufacture, du 13 au 19 juillet à 23h

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crédit photo Benoît Bradel

« 2 portraits en parallèle, 2 amplis, 3 micros, 1 jeune fille, 1 jeune femme, des guitares électriques. À la fin des années 70, dans un village près de Marseille, une jeune fille timide porte difficilement ses 16 printemps. Jusqu’au moment où elle entend une voix. Celle bien saccadée d’une autre jeune femme maigre et timide. Mais trentenaire celle-ci. C’est Patti Smith qui, avec Horses, entre dans la légende. En adaptant à la scène l’écriture de Claudine Galea, Benoît Bradel signe un trio électrique sur notre irrépressible besoin de liberté. »

Patti Smith + Marie-Sophie Ferdane = deux raisons suffisantes.

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À part ça, j’ai déjà vu et je ne peux que conseiller :

La Légende de Bornéo du Collectif L’Avantage du Doute au Théâtre des Carmes, Désobéir de Julie Berès à la Manufacture (chronique très en retard), Le Champ des Possibles d’Elise Noiraud au Théâtre Transversal, On voudrait revivre par Léopoldine Hummel, Maxime Kerzanet et Chloé Brugnon à la Caserne des Pompiers, Vies de papier par la Cie La Bande Passante au 11 Gilgamesh Belleville, Batman contre Robespierre par le Grand Colossal Théâtre au Théâtre des Gémeaux, En réalités par Alice Vannier au Théâtre du Train Bleu, le Syndrome du Banc de Touche de Léa Girardet au Théâtre du Train Bleu.

Il y a bien deux trois autres pièces que j’ai vues et qui repassent par Avignon mais que je ne conseillerai pas et que je ne mentionnerai pas ici (dans l’onglet AVIGNON 2019, vous pourrez tout de même les trouver, j’y ai même mis des étoiles, on n’arrête pas le progrès !)

Il s’agit bien évidemment d’une sélection complètement subjective. Je le répète, il y a presque 1 600 spectacles programmés dans le Off. J’ai déjà reçu énormément de courriels m’invitant à découvrir certaines pièces. Ça me désole (et déprime aussi) de ne pas pouvoir répondre, je vous prie de bien vouloir m’excuser. Mais n’hésitez tout de même pas à donner vos conseils, vos envies. On sait jamais…

Avignon c’est dans un mois. Et d’ici là…

Et d’ici là, j’ajouterai bientôt trois nouveaux spectacles qui sont arrivés à mes oreilles…

Ps : Pourquoi Off alors que In ? Parce que si In plutôt Out. Ou bien On et Off ? Pourquoi en anglais d’ailleurs ?

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Deux mille dix-huit

SPECTACLE VIVANT

Une année record (j’avais déjà dit cela l’an passé, mais j’ai de nouveau battu mon record, c’est moi qui ai la plus longue, pour une fois). Alors même que cette année j’ai travaillé à plein temps (pour le pire et le moins pire), je sais déjà que j’en ferai beaucoup moins en 2019, j’ai vu mes limites, tant physiques qu’inspirationnelles, si je puis dire. (ça aussi, je l’ai déjà écrit l’an passé, mais à moins qu’on me paye pour écrire, je verrai réellement beaucoup moins de spectacles l’an prochain). Pour être plus sérieux, j’ai la fâcheuse impression que d’en voir beaucoup me blase un tantinet…

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Bibliothèque du Théâtre de Gennevilliers

139 spectacles (71 il y a 2 ans, 101 l’an passé) à Paris, Montreuil, Bobigny, Nanterre, Gennevilliers, Aubervilliers, Saint-Denis, Boulogne-Billancourt, Saint-Ouen, mais aussi Avignon, Bussang, Bruxelles, Londres et Lausanne, dans 66 lieux avec des artistes français, belges, anglais, néerlandais, italiens, portugais, canadiens, danois, suisses, brésiliens, grecs, polonais, allemands, israëliens, russes… parfois (souvent) dans le texte. Du théâtre, des chevaux, des images, du son, de la musique, des marionnettes, des objets, du théâtre documentaire, de la danse, du cirque, du seul en scène, du one wo.man show, des écoles de théâtre, des gens tous nus, des performances, du jeune public, des professionnels, des « amateurs » et même des pièces dans le privé…

Trois spectacles vus une 2e fois (« Iliade » par Pauline Bayle, « Bovary » et « Sopro » de Tiago Rodrigues) ou une 3e fois (« By Heart » de Tiago Rodrigues, toujours lui)

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Ça ne se passe jamais comme prévu de Tiago Rodrigues avec les élèves de la Manufacture au Théâtre de l’Aquarium

J’ai vu cinq spectacles du tg STAN (« Quoi Maintenant », « Infidèles », « Atelier », « Après la répétition », « Quartett »), quatre de Tiago Rodrigues (+ « Ça ne se passe jamais comme prévu ») (#TeamTiago), quatre de Julien Gosselin (« 1993 » et sa trilogie Don DeLillo), quatre de Gwenaël Morin (sa tétralogie « Molière de Vitez »), trois de Marc Lainé (« La fusillade sur une plage d’Allemagne », « Hunter », « La Chambre désaccordée »), deux du Collectif L’Avantage du Doute (« Grande Traversée », « La Caverne ») (le film de Judith Davis « Tout ce qu’il me reste de la révolution » sort début février, soit dit en passant), deux de Pauline Bayle (« Iliade » et « Odyssée »), deux avec Laetitia Dosch (« La Maladie de la Mort » de Katie Mitchell et « Hate »), deux avec Emilie Incerti Formentini (« Au bois » et « Love me tender »), deux avec Grégoire Monsaingeon (« Bovary » et « Ovni(s) »), deux de Lisbeth Gruwez (« We’re pretty fuckin’ far from ok », « The Sea Within »), etc.

Par souci de transparence, je tiens à mentionner que j’ai bénéficié de 43 invitations  (dont 19 dans le cadre du Festival Off d’Avignon) grâce à ce blog ou dans le cadre de  mes contributions au Blog de Nestor (blog sur l’actualité culturelle montreuilloise). J’ai donc payé 96 fois ma place…

À part ça de grands souvenirs avec (dans le désordre) :

  • France Fantôme de Tiphaine Raffier au TGP St-Denis
  • B. Traven de Frédéric Sonntag au Nouveau Théâtre de Montreuil
  • The Encounter de Simon McBurney à l’Odéon Théâtre de l’Europe
  • Tragédies Romaines de Ivo Van Hove à Chaillot (je ne l’ai pas chronique, vous rendez-vous compte ?!?)
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Tragédies romaines d’Ivo Van Hove à Chaillot

Et dans les (plus ou moins) bons souvenirs :

  • le bataillon 30 hyper dissipé aux Tanneurs pour le « By Heart » de Tiago Rodrigues.
  • ma crampe à la cuisse droite durant la trilogie Don DeLillo aux Ateliers Berthier.
  • le site magnifique du Théâtre du Peuple à Bussang.
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Théâtre du Peuple, Bussang
  • mon extinction de voix à cause de Laetitia Dosch (ou plutôt à cause de ma persévérance à ne pas vouloir acheter de parapluie)
  • mon accréditation pour le Off d’Avignon.
  • la découverte du Barbican à Londres (clin d’oeil à Camellia Burows)
  • tomber amoureux d’une bonne dizaine de comédiennes/danseuses (en vrai, j’ai préféré ne pas compter pour ne pas me faire du mal) (clin d’oeil à Laurent, je te laisse Laetitia, mais j’ai vu Lisbeth avant toi, je te ferai remarquer !)
  • ces moments « je vais aux toilettes ou je n’y vais pas » pendant les spectacles de Gosselin ou Van Hove.
  • ma gêne lors de ma rencontre avec une comédienne qui avait lu ma chronique mitigée d’une pièce dans laquelle elle avait joué (longue phrase bien lourde).

 

CONCERTS

16 soirées concerts (soit moitié moins que l’an passé) mais avec 27 artistes ou groupes.

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Parce que je fais parfois régisseur son…

TOP 5

 

EXPOS

La découverte (enfin) des Rencontres Photographiques d’Arles, les polaroïds de Wim Wenders à Londres, mon initiation à l’architecture…

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La Cité Radieuse par le Corbusier sur la Planète Mars

 

CINÉMA

Moitié moins de films cette année (35 au 26 décembre 2018), la faute au théâtre et aux chroniques à écrire, à la flemme. Huit films sont tout de même parvenus à se détacher : 

  • Leto de Kirill Serebrennikov
  • Shéhérazade de Jean-Bernard Marlin (#TeamLycéeMichelet)

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  • Amanda de Mikael Hers
  • Climax de Gaspar Noé
  • Woman at War de Benedikt Erlingsson
  • Au Poste de Quentin Dupieux
  • Phantom Thread de Paul Thomas Anderson
  • Ready Player One de Steven Spielberg

 

SÉRIES

J’ai vu énormément (trop ?) de saisons cette année : 50 si j’ai bien compté

TOP 5

  • l’intégrale de Six Feet Under (enfin !) : qui m’a totalement dévasté, je pèse mes mots.
  • la saison 2 de The Good Fight : série trop méconnue, légèrement anti-Trump.
  • la saison 1 de Kidding (+ S1 : I’m dying up here) : Jim Carrey. Voilà.
  • la saison 1 de Counterpart : Espionnage et monde parallèle…
  • la saison 1 de The First : Sean Penn, Mars… Elle prend son temps.

 

LIVRES

TOP 5

  • la découverte FabCaro avec « Zaï  Zaï Zaï Zaï »et son roman « Le Discours » auquel je me suis pas mal reconnu (c’était même assez troublant à certains endroits) :

 

« Je ne suis pas comme vous, je vous emmerde, j’ai trop de problèmes dans ma vie pour faire la chenille, j’ai lu « Le livre de l’intranquillité » de Pessoa, vous imaginez quelqu’un qui a lu « Le livre de l’intranquillité » de Pessoa faire la chenille ? »

 

  • l’Arabe du Futur 4 de Riad Sattouf
  • Vernon Subutex 3 de Virginie Despentes
  • Le Lambeau de Philippe Lançon

 

CÔTÉ BLOG 

5 articles pas par moi : de grands remerciements encore et toujours à Cyril Bivalski et Laurent Suavet. La porte reste toujours ouverte pour vous (et pour d’autres aussi, soyons fous !)

130 articles écrits par moi…

Top 10 fréquentation (au 26 décembre) :

Le blog va plutôt bien, merci de demander. 

 

SUR LE PLAN PERSONNEL

Sans rentrer dans les détails… J’ai donc écrit de nombreux articles pour ce blog (130), quelques articles pour le Blog de Nestor (19 peut-être). J’ai collaboré à Radio Mortimer (et fait la connaissance de personnes très très intéressantes). J’ai (enfin) terminé d’écrire ma deuxième pièce que j’espère pouvoir monter d’une façon ou d’une autre en 2019, participé au labo social (fantôme) mené par le collectif « L’Avantage du Doute » lors de l’Occupation Bastille 2 (dans le théâtre du même nom), joué à deux reprises dans la salle du haut du théâtre de la Bastille en compagnie de mes amis Les Infilitré.e.s (et dit un de mes textes, tout seul devant le public)… Je crois que j’ai beaucoup écrit cette année… (et je ne suis absolument pas épuisé, mais ça c’est l’âge)

 

Et prochainement en 2019… Les Infiltré.e.s saison 2 au théâtre de la Bastille les 9 et 10 mai… « Dedans ma tête », le seul en scène écrit et interprété par moi-même… Des chroniques made in Québec…

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photo : Marc Woog – Compagnie Mimesis

 

Textes et photos (sauf mention contraire) : Axel Ito

KEZIAH JONES (Auvernier Jazz Friday, Case à Chocs, 6 décembre 2018, Suisse)

(Ceci n’est pas une critique même si celle-ci est écrite par Cyril Bivalski)

Keziah Jones. Hier soir, j’ai eu la chance de le voir en concert dans le cadre de l’Auvernier Jazz Friday qui se tenait à la Case à Chocs. Complet. Salle archi comble.

J’ai toujours suivi, même sans le vouloir forcément, ce que faisait Keziah Jones. Je ne l’avais jamais vu en concert. Hier soir pas d’excuse, il passait dans une chouette salle à quelques encablures de chez moi.

J’aime bien arriver pendant la première partie, histoire de voir l’ambiance et de goûter une première bière. Jun’ai, c’était. Bien, frais, bon groove. Bonne première partie. Mais alors il y a un truc qu’il faut soigner les gars : quand on fait un concert, le minimum c’est de bien se saper.

Première partie vite passée, changement de plateau. Je ne m’étais pas du tout renseigné sur le type de formation avec laquelle Keziah Jones allait se présenter ce soir. Je ne vois pas de batterie, pas de micro pour une éventuelle section de cuivres. Je vois juste un mur d’amplis guitare (deux Marshall, un Vox) et deux pré-amplis, un tabouret et deux micros voix. Bon, ok, on va voir.

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crédit photo : Cyril Bivalski

Mr. Jones arrive seul par la droite avec un chapeau qui lui mange une bonne partie du crâne et une guitare sous le bras. Il nous annonce qu’il n’a pas de setlist et qu’il jouera des morceaux au gré de son humeur et de son envie. Il entre tout de suite dans le vif du sujet. Million Miles From Home. Lagos est à la fois loin et proche. Son jeu est assez incroyable. On a l’impression qu’il a trois mains droites et deux guitares. Effectivement, il n’a pas besoin d’être accompagné par d’autres musiciens ce soir, il arrive à occuper l’espace à lui tout seul.

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crédit photo : Cyril Bivalski

Le concert file. L’énergie, l’intensité et la joie sont là. A un moment, vers le milieu du concert, Keziah Jones s’adresse alors au public et dit qu’il voyage beaucoup, de par son métier et ce depuis longtemps. Il a remarqué que dans les rues, l’ambiance a changé. Elle se tend. Les temps sont compliqués. Il entame alors deux reprises : War de Bob Marley et All Along the Watch Tower de Bob Dylan. De bon aloi. Superbes versions.

Fin du concert. Un seul rappel. Franchement bravo ! Pas vu le temps passé. Merci Mr. Jones d’être venu jusqu’ ici ! Ca fait du bien de vous entendre !

Vu à la Case à Chocs, Neuchâtel, Suisse dans le cadre de l’Auvernier Jazz Friday, le 6 décembre 2018 à 21 :30.

Prix de ma place : 30 CHF

(Une autre histoire)

Keziah Jones a été découvert dans les couloirs du métro de Paris par Delabel.

Mais où ?

Parce que moi, chaque fois que je prends le métro, les musiciens que je croise ne jouent pas d’Afrobeat ou de Blufunk. C’est plutôt du Piaf massacré à l’accordéon. La Vie en Rose. Le supplice pour touristes. Accompagné par le grincement des roues dans les virages, un vrai bonheur.

Où ? Où jouais-tu Keziah ?

(textes et photos : Cyril Bivalski)

HUGH COLTMAN (Auvernier Jazz Festival, 24 août 2018 – Suisse)

(ceci n’est pas une critique même si celle-ci est écrite par Cyril Bivalski…)

Hugh Coltman. Ça fait au moins une dizaine d’années que je l’écoute sans vraiment l’écouter et que je me dis : « Un jour il faudra que j’aille le voir en concert. ». J’ai une liste d’artistes comme ça. Il a commencé à vraiment m’intéresser quand il a basculé corps et bien dans le Jazz.

Clin d’œil du destin, il jouait le 24 août à quelques kilomètres de chez moi dans le cadre de l’Auvernier Jazz Festival, chouette festival au bord du lac de Neuchâtel.

 

 

Pour son dernier album qu’il défend en tournée, « Who’s Happy ? », Hugh Coltman a choisi de s’imprégner de la Nouvelle Orléans. Il se présente sur scène avec une section cuivre au complet, un guitariste, un batteur et un soubassophoniste en guise de bassiste. Le groupe est bien réglé. Les morceaux s’enchainent. Hugh Coltman réussit son pari de nous transporter en Louisiane. Sur scène, il se dépense sans compter et arrive facilement à se mettre le public dans la poche. Il fait un détour quelques fois par le répertoire de Nat King Cole, qu’il avait revisité dans son précédent opus Shadows.

Toutefois je ne peux m’empêcher de penser à Tom Waits et Marc Ribot. Surtout sur un morceau : « It’s Your Voodoo Working ». Je trouve Hugh Coltman très lisse finalement. Je ne sens pas la moiteur du bayou ni les nuées de moustiques. Le fait qu’il soit bien habillé et ait une voix claire me rappelle qu’il est plutôt dandy que cajun.

Content d’avoir pu entendre Hugh Coltman, ceci dit. Rendez-vous dans 10 ans pour le prochain concert ?

 

Vu à Auvernier, Suisse dans le cadre de l’Auvernier Jazz Festival , le 24 août 2018 à 23 :00.

Etant bénévole sur le festival, je n’ai pas payé ma place.

 

 

 

(Une autre histoire)

Quand tu montes derrière la scène pendant un concert pour faire une photo, assure-toi qu’il n’y a personne derrière toi.

Lors du concert de clôture du festival d’Auvernier, je me suis glissé dans les coulisses derrière la scène pour prendre une photo de Richard Bona, un maître de la basse à 5 cordes. Je trouve enfin la position idéale, juste entre 2 rideaux noirs quand une main se pose sur mon épaule :

– Tu as 2 secondes pour changer de place, j’ai 15O choristes qui s’installent par surprise, j’ouvre les rideaux.

– Sérieux ?!?

J’ai la chance de ne pas être cardiaque. Je me retourne, effectivement les choristes sont bien là et le rideau s’ouvre !

 

Textes et photos : Cyril Bivalski (instagram.com/cyrilbivalski)

Andrea Schroeder (Queen Kong Club – Neuchâtel, Suisse – 13 avril 2018)

(ceci n’est pas une critique même si celle-ci est écrite par Cyril Bivalski…)

Bowie. C’est David Bowie qui récemment m’a fait découvrir Andrea Schroeder. Je réécoute sa trilogie berlinoise et le hasard a fait que je tombe sur une version de Heroes chanté en allemand par Andréa Schroeder. Quelle surprise ! Qui est cette femme ? D’où vient-elle ? Je tombe rapidement sur un article de Rolling Stone qui l’appelle la Voix de la Nuit. Elle a sorti trois albums et tourne sporadiquement.

La chance me sourit puisque je découvre qu’Andrea passe à deux kilomètres de chez moi, dans la plus petite salle de Neuchâtel, le Queen Kong Club. Elle est invitée par le Musée d’Art et d’Histoire de la ville. Tout de suite ça fait très sérieux. Est-ce que je mets une cravate ?

Le concert commence à 22:30. La salle est minuscule. Il doit bien y avoir une cinquantaine de personnes dans la pénombre. Cinq musiciens sont sur scène en comptant Andrea. Tous habillés en noir sur un sol en damier noir et  blanc. Très élégants, très calmes. J’aurais peut-être dû mettre une cravate finalement.

Le charme d’Andréa et de son groupe opère instantanément. Nous voici à Berlin, la nuit. Peut-être dans un film de Wim Wenders (les Ailes du Désir ?) ou dans un cabaret avec Marlene Dietrich. Nous chassons les fantômes et croisons les âmes égarées. Nick Cave et Nico ne sont pas loin. Barbara ? A ses débuts elle était surnommée la Chanteuse de Minuit. Rolling Stone n’a rien inventé.

Setlist Andrea
Crédits photos : Cyril Bivalski

Le concert se termine déjà. Il est presque minuit. Andrea est déjà repartie ! Pourtant il n’y a pas de pleine lune ce soir.

En quittant la salle, je m’arrête pour acheter son album « Where the wild oceans end ». Je suis intrigué par le titre. J’ai son 33 tours en main et quand je lève les yeux je m’aperçois que je suis face à Andrea et qu’elle m’attend avec le sourire. Comment est-ce possible ? D’où sort-elle ? J’ai trop tardé. Sans le vouloir je faisais la queue pour une dédicace. Trop tard pour reculer.

Je lui parle alors de sa reprise de Bowie et m’excuse en même temps de ne pas mieux connaître ses morceaux à elle. Elle me raconte les circonstances dans lesquelles elle a enregistré ce morceau et me pose alors une question :

Que crois-tu que David écoute là-haut ?

 

ANDREA SCHROEDER (http://andreaschroeder.com)

Vue à Neuchâtel le 13 avril 2018 au Queen Kong Club (http://www.case-a-chocs.ch/) à Neuchâtel, Suisse.

Prix de la place : 10CHF, premier rang sur la droite

 

(une autre histoire)

J’ai entretenu pendant une année une liaison interdite avec Marlene Dietrich (ou comment se mettre à dos son sergent instructeur quand tu fais ton service militaire).

Hiver 2000. Quelque part en France. Dans un fort.

Je suis l’un des derniers appelés en France. Chirac est Président. Jospin Premier Ministre. Le bug n’a pas eu lieu.

Je me suis mal débrouillé pour partir en coopération. Du coup je me retrouve en kaki pour dix mois.

Je siffle Lili Marleen quand je suis de corvée ou que je m’ennuie. C’est à dire la plupart du temps. Il y en a qui fument. Moi je siffle comme un merle. Pourquoi un chant allemand ? Je n’en sais rien. Ça m’est venu comme ça. J’aime bien cet air. Je trouve qu’en le sifflant bien, il dégage une certaine mélancolie. Je ne l’avais jamais sifflé avant d’être sous les drapeaux.

J’ai beau expliquer au sergent que pour moi c’est la version de Marlene Dietrich, un hymne à la résistance allemande contre les Nazis, apparemment c’est déplacé. Je suis même à deux doigts de me retrouver au trou pour outrage.

– Mais… elle a même sauvé Jean Gabin qui ne voulait pas tourner pour les Allemands !

– Ça ne compte pas. Ce n’est pas dans le répertoire.

– Alors quoi, La Marseillaise, on peut ?

– Première Classe, tu fais le fayot ? La Marseillaise on la chante, main sur le coeur et face au drapeau. On ne la siffle pas !

– Compris, Sergent, on peut siffler quoi alors ?

– Rien, tu ne siffles pas, et tu me nettoies ce couloir ! En silence.

A ce moment là, Ennio Morricone arrive de nulle part. J’attends que le sergent s’éloigne et je siffle le thème du Bon, la Brute et le Truand et je dompte mon couloir à coup de brosse à dents. Tiens, ça rime.

Sur ce, l’Ange Bleu m’appelle ! Prosit !

 

Textes et photos : Cyril Bivalski (Instagram.com/cyrilbivalski)

By Heart (Tiago Rodrigues / Théâtre les Tanneurs – Bruxelles)

(quand on ne lit pas la bible)
By heart ? Par cœur, je connais Parker… ? Mais ça ne fonctionne pas en anglais…

 

(de quoi ça parle en vrai)
Dans By Heart, Tiago Rodrigues nous raconte une histoire : celle de sa grand-mère qui, devenue aveugle, lui demande de choisir un livre qu’elle pourrait apprendre par coeur. Le metteur en scène portugais se pose la question de la signification de cet apprentissage « par cœur ». La mémoire du texte est montrée comme un acte de résistance. La mémoire, c’est ce qui nous appartient, ce qui est irréductible, que rien ni personne ne pourra nous enlever. Comment se tenir, avec le public, au plus près de cette question, de son urgence, de sa charge ? En conviant chaque soir dix spectateurs à apprendre par cœur un sonnet de Shakespeare, il ne se contente pas de brouiller les frontières entre le théâtre, la fiction et la réalité : il invite des hommes et des femmes à éprouver, partager, le temps de la représentation, une expérience singulière : celle de retenir un texte et de le dire. Un acte de résistance artistique et politique, de lutte contre le temps, l’oubli, le vieillissement, l’oppression, l’absence et la disparition. Un geste aussi intime que politique. (http://lestanneurs.be/saison/spectacle/by-heart)

 

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Photo de couverture : Axel Ito / Photo ci-dessus : Magada Bizarro

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)
Il s’agit ici d’une non-critique que j’aurais pu écrire à l’avance car c’est la troisième fois que je vois ce bijou écrit, mis en scène et interprété par Tiago Rodrigues. Une fois à Paris, une fois à Marseille et cette fois-ci à Bruxelles. C’est pas de ma faute : c’est le weekend de Pâques, je veux m’échapper de Paris, une très bonne amie y vit, par réflexe je consulte les programmes des théâtres bruxellois et me voilà. Et j’aimerais bien avoir une carte de fidélité ou de parrainage, parce qu’à chaque fois je viens avec d’autres personnes. « Spread your love » comme le chante Black Rebel Motorcycle Club.
Parce que ce n’est jamais pareil, By Heart. Le mécanisme est toujours le même, certes : Tiago Rodrigues invite dix spectateurs à s’asseoir à côté de lui sur scène pour apprendre le fameux sonnet 30 de William Shakespeare et le spectacle se terminera quand le peloton 30 connaitra et dira le poème. Je précise, je n’ai jamais tenté l’expérience. Si j’avais dû la tenter, je l’aurais fait lors de ma première fois, en janvier 2016 au théâtre de la Bastille. Après c’était trop tard, parce que je connaissais le dispositif, parce que l’Occupation Bastille première du nom à laquelle j’avais participé était passée par là… Se posent aussi les questions : Pourquoi aller sur scène ? C’est quoi la motivation ?
Tiago Rodrigues, et je n’invente rien, parvient dans son oeuvre maîtresse qu’est « By Heart » à allier savoir, légèreté, émotion, émotion, amour de la littérature. On découvre (ou pas) Ossip Mandelstam, George Steiner, on reparle de Ray Bradbury, François Truffaut, Boris Pasternak, c’est toujours passionnant. Il y a la résistance, la mémoire, mais il y a aussi la transmission, l’amour pour une grand-mère dans lequel on ne peut que se retrouver. Et même après la troisième vision de ce spectacle (sans parler de la lecture du livre paru chez les Solitaires Intempestifs), on est encore attendri, ému, amusé, même si… attention micro-critique… il peut y avoir certains effets un peu trop appuyés (mimiques, clin d’œil au public…).
Mais je voulais parler du collectif. La force de ce spectacle est que le public ne fait qu’un. Dix personnes apprennent sur scène le sonnet 30, mais c’est en fait tout une assistance qui le fait, qui répète en chuchotant, qui souffle à un des participants le mot qui lui manque. Ce qui est intéressant quand on voit ce genre de spectacles plusieurs fois dans différentes villes, c’est d’observer le public. J’enfonce une porte ouverte, mais le public de Bastille n’est définitivement pas le même que celui de Joliette et encore moins que celui des Tanneurs. Et heureusement pour moi. Dans mon souvenir, le public parisien était plus sage, dans l’écoute. Il me paraissait surtout habitué à ce genre de propositions, savait comment réagir. Tandis qu’à Bruxelles ou à Marseille, le public me paraissait plus hétéroclite, en tout cas, le jour où je m’y suis rendu. La disponibilité et la bonhommie de Tiago Rodrigues peuvent laisser penser au spectateur que nous sommes dans un dialogue, que nous pouvons intervenir quand bon nous semble, même si l’artiste lisboète le rappelle : « Vous êtes comme chez vous, ou presque : vous êtes comme chez moi. » Et certaines personnes hier soir ont eu du mal à se souvenir de ces paroles. Pas que celles-ci d’ailleurs.
Parce que ce n’est jamais pareil, By Heart. (je sais, je l’ai déjà dit, j’ai des problèmes de mémoire). Quand on a dix personnes, l’acteur doit composer avec ces dix personnes. A Marseille, beaucoup de jeunes (enfants et adolescents) étaient monté sur scène. Ce fut laborieux car les vers shakespeariens ne sont pas piqués des hannetons mais la magie avait opéré à la restitution finale du sonnet. (Et Tiago Rodrigues, d’après ses dires, aime quand ça rame, quand ça bafouille pendant l’apprentissage, je répète, PENDANT L’APPRENTISSAGE). Ce qui était génial à Bruxelles, c’était de voir ces dix personnes tellement différentes, jeunes, moins jeunes, hommes, femmes, d’origines diverses et variées et qui ont eu, pour certains, toutes les difficultés du monde à apprendre les tournures parfois alambiquées de ce sonnet 30. Mais, encore une fois, j’étais optimiste, je savais que la magie opèrerait à la fin, parce que tout est mis en œuvre pour que le « spectacteur » soit à l’aise et surtout pas mis en danger. Le texte est répété, une hostie laïque sur laquelle est imprimée le texte « antisèche » est même donnée. On peut la manger, l’ingérer pour que les paroles de Shakespeare ne fassent plus qu’un avec le récitant ou seulement grignoter les coins de l’hostie carrée comme un petit beurre.
Mais je voulais parler du collectif. (je sais, je l’ai dit, j’ai des problèmes de mémoire) Je voulais aussi parler de la conscience. Où suis-je ? Que fais-je ? Attention, je commence à m’énerver. Et je vais m’adresser à un.e participant.e ou plusieurs d’hier soir…

Je ne critiquerai jamais quelqu’un qui a eu le courage d’aller sur scène. Je ne l’ai pas fait, je n’ai rien à dire. Mais pourquoi viens-tu sur scène ? (faire le beau, y avait de la lumière, alors je suis venu ?) Écoutes-tu un peu de quoi on parle ? De la gravité, de la solennité des derniers instants : Dix proches de la grand-mère Candida se réunissent autour d’elles pour que cette dernière leur apprenne un sonnet avant que sa mémoire ne défaille. C’est Candida qui dit ce poème pour que jamais il ne disparaisse. Dans le spectacle, c’est le groupe qui personnifie Candida. On parle de la force d’un groupe, on parle de personnes qui se réunissent pour une personne, on parle du souvenir d’un membre de la famille très cher qui vit ses derniers instants. Encore une fois, tu n’arrives pas à dire les mots, pas de problème (je me suis pris un trou de mémoire de 45 secondes dans la dernière scène d’une adaptation du Procès de Kafka quand je participais à un atelier amateur, je sais trop ce que c’est). Mais si tu sais que tu ne vas pas y arriver, tu as ton petit papier pour t’aider. Y a juste à lire, prendre le temps… Parce que là, c’est la grand-mère Candida. Le peloton 30 dit le sonnet en français puis Tiago Rodrigues le répète mais dans sa langue natale. Et certains récitants se trompent tout de même, ne font pas l’effort, rigolent, commentent, brisent le contrat moral passé entre l’artiste et eux. Tiago Rodrigues dit à son tour le sonnet 30, en portugais. A côté de lui, un des récitants déchire doucement, mais on n’entend que lui, l’hostie. Tiago Rodrigues s’arrête, quelque peu décontenancé, tente de reprendre le fil du poème, un spectateur au premier rang applaudit comme pour lui donner du courage, l’auteur l’arrête d’un geste, termine bon an mal an… « Têm cura as perdas e as tristezas fim » FIN

À quoi pensent les gens ? Et je ne fais aucun procès d’intention de personnes qui n’auraient pas l’habitude d’aller au théâtre, qui ne connaitraient pas les auteurs cités. On s’en fiche. L’intelligence de cette pièce est justement qu’elle s’adresse à tout le monde, elle doit toucher quiconque qui a un tant soit peu de sensibilité. Peut-être à Paris, peut-être à Marseille, les spectateurs n’avaient pas non plus certains codes, pourtant de ce que j’ai pu constater, tous prenaient la mesure de ce qu’ils étaient en train de faire, respectaient ce moment délicat et fragile. Mais pas ce soir-là.

Chaque représentation est unique. Définitivement. Pour le meilleur et parfois pour le pire.

 

Vu le vendredi 30 mars 2018 aux Tanneurs, Bruxelles
Prix de la place : 12€

 

BY HEART
Ecrit et interprété par Tiago Rodrigues
Extraits et citations de William Shakespeare, Ray Bradbury, George Steiner et Joseph Brodsky
Accessoires et costumes : Magda Bizarro – Traduction en français : Thomas Resendes
En tournée dans le monde entier les 16 et 17 avril 18 à Brest, à New York aux Nations Unies en mai 2018, au théâtre français de Toronto en mai 2019…

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Kelley Stoltz (Le Bourg, Lausanne, Suisse – 15 mars 2018)

(Ceci n’est pas une critique même si celle-ci est écrite par CYRIL BIVALSKI…)

2006. C’est en 2006 que j’ai eu la chance de découvrir Kelley Stoltz pour la première fois. Je m’en souviens comme si c’était hier. Il avait roulé depuis San Francisco pour venir jouer une heure au Mercury Lounge à New York. Super concert, déjà.

2018. C’est en 2018 que je le revois pour la seconde fois. En Suisse cette fois-ci. A Lausanne, dans un ancien cinéma, le Bourg, réaménagé en salle de concert. Les pompes à bière remplacent les machines à pop corn, les rangées de sièges ont été démontées, la mezzanine et le grand écran blanc conservés. Bel endroit qui fait penser à une salle parisienne ou bruxelloise de poche. Un Mercury Lounge local quoi. Je suis arrivé en retard pour la première partie. Pas bien. Mais en même temps les premières parties ne sont-elles pas faites pour ça ? Trainer un peu et arriver détendu ?

Kelley Stoltz est apparu tel que dans mon souvenir. Il n’a pas changé. Il a juste étoffé son répertoire et épuré son groupe. Il est accompagné d’une excellente bassiste, le batteur et la guitare rythmique sont des vieux briscards. L’ensemble est très carré ce qui permet à Mr Stoltz d’apparaître très à l’aise et heureux de présenter son dernier album Que Aura. Il pioche aussi pas mal dans deux autres albums : In Triangle Time et Double Exposure. Le concert est bien rôdé et je passe réellement un bon moment. Un vrai concert rock dans un club ! Il n’y a que ça de vrai !

La cerise sur le gâteau délicieux ? Une reprise de See No Evil (Television) que son père lui jouait à la guitare quand il était gamin. Son père ne connaissait que 3 accords sur 4 et cela avait interpelé Kelley parce qu’il n’arrivait jamais jusqu’au refrain de ce morceau.

2030. C’est en 2030 que je revois Kelley Stoltz pour la troisième fois.

 

Vu le 15 mars 2018 au Bourg (http://www.le-bourg.ch) à Lausanne, Suisse.

Prix de la place 13CHF . Debout au premier rang.

(http://www.kelleystoltz.com)

 

 

(Une autre histoire)

En Suisse, si tu ne maitrises pas le démarrage en côte quand tu conduis, tu es un homme mort.

Quand j’ai passé mon permis de conduire, jadis, j’ai vu la manœuvre une fois. Frein à main, passe ta première, lève ton capot. Puis… plus rien. Je roule surtout en 2 roues.

Mais en Suisse, tu te gares en marche arrière dans les côtes enneigées. Sportif.

Les passages piétons sont à mi-côte. Tu ne peux pas faire comme à Paris, accélerer quand tu vois un piéton qui s’engage. Tu es obligé de t’arrêter pour le laisser passer. Enfoiré.

J’ai plutôt tendance à conduire comme Thélonious Monk, au bruit et à l’instinct. Mais ici ça ne marche pas trop. Du coup j’ai bossé ma technique. Et puis au bout d’un moment je me suis demandé, mais comment font-ils les locaux, les indigènes, les autochtones ?

Et bien ils roulent en automatique.

J’ai une C3 diesel mécanique.

Et toi Kelley, à San Francisco tu fais comment?

 

Texte et photo de couverture : Cyril Bivalski (correspondant suisse)

À quelle sauce (printemps-été 18)

Parce que j’ai encore dix jours avant de voir mon prochain spectacle et que je m’ennuie, donc je dégaine avec un peu d’avance mon programme pour ces quatre prochains mois.

 

MARS

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Crédits photos : Théâtre de la Bastille
  • Claude de et par Gauthier Ployette (Théâtre À la croisée des chemins) : Premier spectacle du mois, premier saut dans l’inconnu… (tous les mercredis et jeudis, du 7 mars au 5 avril 18)
  • Bovary (Théâtre de la Bastille) : Tiago Rodrigues est de retour avec la reprise de Bovary (mais sans le grand Jacques Bonnaffé) avant un feu d’artifice en 18/19 ? (Sa façon de mourir avec le tg STAN + Sopro ?) (du 1e au 28 mars 18)
  • NTM (Accorhôtels Bercy) : Ce soir, on vous met… Ce soir on vous met la fièvre… pendant des heures… (du 8 au 10 mars 2018)
  • Hunter – Le chant nocturne des chiens (Théâtre de Chaillot) : Marc Lainé n’est jamais aussi bon que quand il écrit lui-même ses spectacles. (du 7 au 16 mars 18)
  • Cubix par Mathieu Enderlin (Le Mouffetard) : Découverte d’un spectacle jeune public. (du 14 au 25 mars 18)
  • Ithaque (Ateliers Berthier) : Christiane Jatahy est de retour avec les comédiennes de sa version des Trois Soeurs et rien que ça… (du 16 mars au 21 avril 18)
  • The Prisoner (Bouffes du Nord) : Peter Brook est de retour… Un beau moment de simplicité et de poésie en perspective. (du 6 au 24 mars 18)
  • The Great Tamer (Grande Halle de la Villette) : Après sa présentation au dernier Festival d’Avignon, je me suis laissé convaincre par la vidéo de Ronan sur ses attentes pour 2018. (du 20 au 23 mars 18)
  • 21 Pornographies par Mette Ingvartsen (Centre Pompidou) : Non non… rien… (du 22 au 24 mars 18)
  • M comme Méliès (Théâtre de Chaillot) : Di Fonzo Bo / Vigier dans un spectacle alliant théâtre, cinéma et magie. On fait confiance. (du 22 au 29 mars 18)
  • Notre innocence (anciennement Victoires) (La Colline) : Curieux de voir cette nouvelle création de Wajdi Mouawad, quelques mois seulement après le très beau « Tous des oiseaux ». (du 14 mars au 11 avril 18)
  • Les Émigrants – The Ghostchasers (en 2 parties) (Théâtre de la Bastille) : Je ne sais pas quoi dire. (du 20 au 31 mars 18)
  • By Heart (Les Tanneurs, Bruxelles) : Troisième fois que je verrai ce moment mené par Tiago Rodrigues. Oserai-je apprendre avec neuf autres personnes le fameux sonnet de Shakespeare ? (du 28 au 30 mars 18)

AVRIL

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Crédits photos : Robbie Jack
  • For Claude Shannon (du 3 au 6 avril 18) + This Duet that we’ve already done (so many times) (du 4 au 8 avril 18) + Radical Light (du 9 au 15 avril 18) + A Kind of Fierce (du 12 au 15 avril 18) (Théâtre de la Bastille) : Découvertes également de toutes ces pièces de danse avec tout de même l’envie de revoir Frédérick Gravel.
  • The Encounter (Odéon Théâtre de l’Europe) : Spectacle immersif par Simon McBurney (du 29 mars au 8 avril 18)
  • La Mécanique du Coeur d’après le roman de Mathias Malzieu (À la Folie Théâtre) : Pour être honnête, je fus un grand fan de Dionysos mais beaucoup moins des romans de Mathias Malzieu. Curieux de voir ce qui en a été fait pour le théâtre, même sans la musique du groupe. (les jeudis, samedis et dimanches, du 12 avril au 25 juin 18)
  • Les 7 jours de Simon Labrosse (Théâtre de Ménilmontant) : Je ne ferai aucun commentaire car cette pièce reste pour moi… Non, je ne dirai rien. (tous les mardis jusqu’au 29 mai 18)

MAI

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Olafur Arnalds
  • Au bois (Colline) : Revoir enfin Emilie Incerti Formentini sur scène après Rendez-vous Gare de l’Est de Guillaume Vincent (du 3 au 19 mai 18)
  • Mona (CentQuatre) : Ceci n’est pas un concert ni une pièce, mais Emily Loizeau. (les 2 et 3 mai 18) -> J’avais noté Mona, mais d’après le site internet du 104, ça serait un concert hommage à Lou Reed, à suivre…
  • Olafur Arnalds (Trianon) : Quelque chose de l’Islande dans ma tête, sûrement. (le 15 mai 18)
  • Gaz Coombes (Maroquinerie) : La satisfaction du concert hommage des Beatles l’autombe dernier, que je vois enfin tout seul, à défaut de l’avoir vu avec Supergrass. (le 29 mai 18)
  • Quelque chose se prépare au Théâtre de la Bastille auquel je participerai… les 25 et 26 mai 18… dans la salle du haut… Les Infiltré.e.s
  • Et toujours au théâtre de la Bastille, le collectif L’Avantage du doute prend la suite de Tiago Rodrigues pour occuper Bastille et ça sera forcément différent : Occupation Bastille 2 (du 23 mai au 16 juin 18)
  • Voilà ce que jamais je ne te dirai + Je suis un pays (La Colline) : C’est Macaigne et j’ai un peu peur de ce qu’il va nous demander de faire, surtout pour le 1e spectacle. (du 31 mai au 14 juin 18)

 

JUIN/JUILLET

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Crédits photo : Tanztheater Wuppertal
  • Tragédies romaines (Théâtre de Chaillot) : IVO VAN HOVE… voilà, c’est tout. (du 29 juin au 5 juillet 18)
  • Nefes (Théâtre des Champs Elysées) : PINA BAUSCH… voilà c’est tout. (du 2 au 12 juillet 18)

Encore une fois, il s’agit ici d’une liste qui risque de s’allonger ou de se modifier dans les prochaines semaines, au gré des invitations, conseils et autres rencontres.

 

J’AI DÉJÀ VU, C’EST BIEN MAIS JE N’Y RETOURNE PAS PARCE QUE JE N’AI PLUS DE SOUS ET QUE J’ESSAIE D’AVOIR UNE VIE SOCIALE…

  • Nicolas Bouchaud au Théâtre du Rond Point avec La loi du marcheur (du 7 au 18 mars 18), Un métier idéal (du 20 au 31 mars 18) et Le méridien (du 4 au 14 avril 18), avec une préférence pour le premier et les mots de Serge Daney.
  • La reprise, toujours au Rond Point des Bijoux de Pacotille par Céline Milliat Baumgartner et Pauline Bureau (du 6 au 31 mars 18)
  • La reprise encore au Rond Point du spectacle de Mathieu Madenian (du 24 au 26 mai 18)
  • La reprise de la Conférence de Choses par François Grémaud et Pierre Mifsud au Nouveau Théâtre de Montreuil (du 20 au 24 juin 18)
  • Jusque dans vos bras des Chiens de Navarre à la MC 93 Bobigny (du 24 au 29 avril 18)
  • La nuit je suis Robert de Niro de Guillaume Barbot, mise en scène par Elsa Granat (dont on devrait entendre parler la saison prochaine…) à la Loge (du 12 au 15 juin 18)
  • F(l)ammes à la Commune (du 9 au 11 avril 18)
  • Une Chambre en Inde au Théâtre du Soleil (même si je n’avais pas été complètement convaincu). (du 24 février au 29 avril 18)

(court) BILAN HIVER 2018

42 spectacles vus du 1e décembre 2017 au 19 février 2018, 35 chroniques écrites (une seule chronique pour les deux volets d’Adieu Ferdinand de Philippe Caubère et pour le diptyque Iliade Odyssée, aucune chronique pour des spectacles déjà vus et chroniqués : le concert des No Man’s Louise au Nez Rouge et au Jam à Marseille, Bacchantes de Marlene Monteiro Freitas, Gala de Jérôme Bel, pas de chronique non plus concernant une Pastorale dans le village familial pour des raisons de proximité, mais deux articles « hors série » avec mon bilan 2017 et la soirée Gladparty). Je n’ai raté aucun spectacle de mon programme, mis à part celui de Phia Menard, mais c’était pour la bonne cause et surtout pour Londres.

Dans les coups de coeur, je mentionnerai la confirmation Marlene Monteiro Freitas et son Jaguar à Bastille, la claque Lia Rodrigues et son Pindorama à Chaillot et la découverte des Petites Reines de Justine Heynemann (que des femmes, dites donc et encore je n’ai pas cité Emma Dante !)

Les chroniques les plus lues : Mélancolies, Saïgon et Adieu Ferdinand ! (sans compter celle de la Gladparty)

 

A bientôt en mai pour un billet spécial sur les nouvelles saisons 18/19 présentées dans les différents théâtres, ainsi que sur la programmation du prochain Festival d’Avignon !

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Moeder (Peeping Tom / Barbican Theatre – London)

(quand on ne lit pas la bible)

Moeder ? L’histoire d’un petit Anglais qui, à l’âge de douze ans, ne sait toujours pas écrire le mot « mother » et préfère faire du vélo près du National Theatre ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

La mère qu’on voit partir… Quand le baroque flamand croise le surréalisme belge : les acteurs et danseurs de la saga Peeping Tom se mettent au service d’une comédie énigmatique, en forme de fiction débridée (site du Théâtre de la Ville)

 

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Crédits photos : Herman Sorgeloos

(ceci n’est pas une critique, mais…)

J’aurais pu choisir un musical du West End ou un Shakespeare et bien non, j’ai préféré suivre Camellia Burows et voir cette pièce néerlandaise déjà programmée l’an passé au Théâtre de la Ville.

Devant nous un musée tenu par une famille un peu particulière. Interviendront également des tableaux poussiéreux, une machine à café, une infirmière aux longs bras…

Le spectacle a le postérieur posé entre deux chaises entre humour absurde (l’accouchement qui donne lieu à la chanson de Janis Joplin « Cry Baby » entendue in extenso, interprétée par une des artistes), de répétition à la Fawlty Towers et horreur à l’atmosphère poisseuse (du sang coule des tableaux) mais la sauce ne prend pas complètement. On perçoit diverses références (une danseuse d’origine asiatique dont les contorsions font immanquablement penser à Ring, une enfant beaucoup trop grande pour sa couveuse mais qui ne manque pas d’amour comme l’enfant de la série Kingdom de Lars Von Trier…), des idées (bonnes), tel le bruitage en direct de l’eau (invisible) qui, comme dans un rêve, envahit la salle d’exposition, des idées utilisées une seule et unique fois et laissées par la suite de côté, ou presque.

La maîtrise des corps, dans les chutes notamment, est parfaite. Reste que l’ensemble peine à convaincre totalement, malgré quelques rires, notamment à cause d’un rythme irrégulier et d’un manque de liant entre les tableaux.

 

vu le samedi 27 janvier 2018 au Barbican Theatre (London) (https://www.barbican.org.uk/whats-on/2018/event/peeping-tom-mother-moeder)

prix de la place : 22,40£

 

MOEDER (mother)

mise en scène : Gabriela Carrizo

aide à la mise en scène & dramaturgie : Franck Chartier

création & interprétation : Eurudike De Beul, Maria Carolina Vieira, Marie Gyselbrecht, Brandon Lagaert, Hun-Mok Jung, Yi-Chun Liu, Simon Versnel, Charlotte Clamens

assistance artistique : Diane Fourdrignier – composition sonore & arrangements  : Raphaëlle Latini, Renaud Crols, Peeping Tom – mixage audio : Yannick Willox, Peeping Tom – conception lumières : Giacomo Gorini, Amber Vandenhoeck – costumes : Diane Fourdrignier, Peeping Tom – conception décors : Peeping Tom, Amber Vandenhoeck, Filip Timmerman – construction décors : KVS-atelier, Peeping Tom

En tournée les 13 et 14 février 18 à la Comète (Châlons en Champagne), les 27 et 28 février 18 aux 13 Arches (Brive), le 29 mars 18 au Bateau Feu (Dunkerque)

 

(d’autres histoires)

Gare du Nord – Je décide d’utiliser mon passeport biométrique pour passer le contrôle. Je ne sais pas ce que veut dire « biométrique ». Je scanne la page du dit passeport avec ma photo dessus, celle où je suis barbu, passablement fatigué, les traits tirés et sur laquelle je fais la gueule. Mais quelle est la photo où je ne fais pas la gueule ? Puis je passe dans un couloir dans lequel on scanne ma dite gueule. Souvent je dis que je ne ressemble pas à celui que je crois être. La porte s’ouvre. Ma tête ressemble à la photo. Mince.

 

Cardiff Hotel – Il est vingt et une heures, heure de Greenwich. Les « Winter lights » de Canary Wharf s’éteindront à vingt-deux heures. Je dois partir. Ma lampe de chevet est allumée. Elle était déjà allumée à mon entrée dans le chambre. Enfin je crois. J’appuie sur l’interrupteur, qui éclaire la lumière du plafond. Je cherche frénétiquement le bouton, mais ne le trouve point. J’essaie tous les interrupteurs muraux, en vain. J’ouvre et ferme à clé la porte d’entrée, nada. Je frappe dans mes mains, dit « Stop – close – off – Turn the lights off – Putain, mais tu vas t’éteindre ! » Je crie d’impuissance et me résouds à enlever l’ampoule, me brûle les doigts. Là je vois, l’interrupteur, que l’ampoule cachait. Si je me place au point x en mesurant la taille y, je ne peux voir le dit interrupteur. Je mesure 1m69 et demi. Maudit demi-centimètre.

 

 

 

 

Epicerie de nuit – J’achète une bouteille d’eau Évian et des biscuits McVities. Je donne au caissier trois pièces de 1£. Avant de partir de chez moi, en cherchant mon adaptateur secteur, j’ai retrouvé une enveloppe avec des pièces de monnaie, de Jordanie, de République Tchèque, du Togo, de Syrie… (séquence, je me la pète) et d’Angleterre. Je suis content de retrouver ces pièces. Je me réjouis pour un rien, je sais. Le caissier me regarde d’un drôle d’air : « Mais ces pièces ne sont plus utilisées, Monsieur. Je ne peux les accepter. » Il dit ça en anglais, mais je le comprends. Car j’ai fait Langues Étrangères Appliquées. C’est le genre de phrases que j’arrive à comprendre. Tant qu’il y a monnaie et chômage dans la phrase, je comprends. Le reste…

 

ATM – C’est comme jouer au loto. J’introduis ma carte, demande 100£… D’après mes fins calculs, il me reste sur mon compte l’équivalent de 40£. Je suis très mauvais gestionnaire. Ça me rappelle mon voyage à Berlin en février 2009, c’était la fin du mois et j’avais littéralement explosé mon découvert, je devais attendre deux jours pour recevoir ma paye. Je m’étais nourri de pommes pendant deux jours. Quand j’ai reçu mon salaire, c’était Byzance, je me suis offert un putain de petit-déjeuner gargantuesque, avec fromage, saucisse et le cul de la serveuse (non, à l’époque, je n’aurais jamais osé. Ni maintenant d’ailleurs. Pourquoi ai-je écrit cela ?). Je tape mon code. Qui ne tente rien n’a rien. Si on me refuse 100, je demanderai 80… C’est accepté, 100 quids ! Le plus beau jour de ma vie.

 

The Photographer’s Gallery – Wim Wenders montre quelques deux cents polaroïds, période Alice dans les villes. Que j’aime ce film. Je m’étais rendu à Wuppertal en Allemagne, un des lieux de tournage du film, avec son fameux train suspendu. Aller, retour aller retour. Comme un manège. Wuppertal c’est aussi… c’était, je veux dire, la ville de Pina Bausch. Sa compagnie y est toujours établie. J’ai esquissé quelques pas de danse, comme dans le documentaire de… Wim Wenders, que j’ai découvert grâce aux Ailes du Désir, qui se passe à Berlin. Berlin où j’ai failli mourir de faim, parce que j’avais mal calculé mes économies… Mon truc avec l’écriture a commencé en 1993, une journée d’août, près d’une piscine dans les Alpes. Mon truc avec les voyages a commencé à Berlin. Pas cet hiver-là en 2009, mais en octobre 2000. Je devais passer un an à Berlin, pour mes études, mais… C’est une autre histoire.

(faute de place, n’ont pas été évoqués les lieux Canary Wharf, National Theatre, The Globe Theatre…)

Barbican – Je rejoins Camellia Burows. On boit un vin bouchonné que j’ai choisi, je crois qu’elle m’en veut. On entre dans la salle. Les spectateurs peuvent y entrer avec leur verre de vin ou leur pinte de bière, se taisent à la fermeture automatique des portes, comme par magie…

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Deux mille dix-sept

SPECTACLE VIVANT

Parce que j’aime faire des bilans, même si l’année théâtrale est plus scolaire que civile. L’occasion également d’inclure des spectacles vus l’été dernier durant le Festival d’Avignon (in & off).

Une année record, aussi parce que je n’ai pas travaillé entre février et août (vive le temps partiel annualisé qui me manque tant), pourtant c’est entre septembre et décembre que j’ai vu le plus de spectacles… Et je sais déjà que j’en ferai beaucoup moins en 2018, hors Festival d’Avignon bien entendu, j’ai vu mes limites, tant physiques qu’inspirationnelles, si je puis dire.

101 spectacles (71 l’an passé) à Paris, Avignon, Marseille, Saint Martin de Brômes, Montreuil, Nanterre, Toulouse, Les Lilas, Porto, Lisbonne, Bruxelles, Bobigny, dans 50 lieux avec des artistes français, portugais, suisses, québécois, italiens, grecs, belges, allemands, israëliens, brésiliens, parfois (souvent) dans le texte. Du théâtre, de la danse, du seul en scène, du one wo.man show, des lectures, des sorties d’ateliers, d’écoles de théâtre, du cirque, des lectures, des performances, du jeune public, des professionnels, des « amateurs » et même des pièces dans le privé, mais pas trop quand même… Trois spectacles vus deux fois (Gala, Bacchantes, Grande)…

À part ça de grands souvenirs avec (dans le désordre et les liens vers mes non-critiques qui vont avec) :

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(Sopro)
  • Bacantes / Bacchantes (Marlene Monteiro Freitas – TNDM II, Lisboa & Centre Pompidou, Paris)
  • Gala (Jérôme Bel – Rond Point, Paris & Kaaitheater, Bruxelles)
  • Sopro (Tiago Rodrigues – Cloître des Carmes, Avignon)
  • Grande (Tsirihaka Harivel & Vimala Pons – CentQuatre, Paris)
  • Tous des oiseaux (Wajdi Mouawad – Colline, Paris)
  • Les barbelés (Annick Lefèvbre/Alexia Bürger – Colline, Paris)
  • Néant (Dave St Pierre – Oulle, Avignon)
  • La face cachée de la lune (Robert Lepage – Grande Halle de la Villette, Paris)
  • F(l)ammes (Ahmed Madani – Les Halles, Avignon)
  • Maîtres anciens (Nicolas Bouchaud – Bastille, Paris)
  • Interview (Nicolas Truong / Nicolas Bouchaud / Judith Henry – Monfort, Paris)
  • We love Arabs (Hilel Korgan – Rond Point, Paris)
  • Doreen (David Geselson – Bastille, Paris)
  • Pindorama (Lia Rodrigues – Chaillot, Paris)
  • Mount Olympus (Jan Fabre – Grande Halle de la Villette, Paris)

 

CONCERTS

30 soirées concerts mais 46 artistes entre Paris, Bruxelles, Reykjavik, le fin fond des Alpes de Haute Provence, Pantin, Torshavn avec dans les coups de coeur (et dans le désordre, avec les liens vers mes non-critiques qui vont avec) :

Klo Pelgag – Le sexe des étoiles (Live) from DTO FILMS on Vimeo.

 

  • Klô Pelgag (Brussels Summer Festival)
  • La soirée hommage à Lhasa (Philharmonie de Paris avec le festival Aurores Montréal)
  • Girls in Hawaii (Trianon, Paris)
  • Shannon Wright (Café de la Danse, Paris)
  • Seu Jorge (Théâtre Silvain, Marseille)
  • et le spécial copinage mais elles le valent bien : No Man’s Louise (Vieille Grille, Paris & le Jam, Marseille) (tous les dimanches du mois de janvier à 17h sur la péniche Le Nez Rouge)

 

DISQUES

J’achète toujours des CD, j’en emprunte quelques uns à la médiathèque. Comme pour les livres, je ne suis pas forcément l’actualité… (réécoute des albums de Lhasa, de Suuns, de The Divine Comedy) mais à part ça…

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  • Girls in Hawaii « Nocturne »
  • Klô Pelgag « L’alchimie des monstres » (son premier album)
  • Lcd Soundsystem « American Dream »
  • Pierre Lapointe « La Science du Coeur »
  • Courtney Barnett & Kurt Vile « Lotta Sea Lice »
  • Lhasa « Live in Reykjavik »

 

 

CINÉMA

Beaucoup de films (70 au 27 décembre 2017), vus dans 31 cinémas différents et pourtant pas de grands coups de coeur et je serais bien incapable de faire un top 15. Et quand je liste les films que j’ai ratés, je ne peux que m’en tenir pour responsable. Donc on se limite à dix films avec, dans le désordre :

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  • La Villa (Robert Guédiguian)
  • L’autre côté de l’espoir (Aki Kaurismaki)
  • Le sens de la fête (Nakache / Toledano)
  • Diane a les épaules (Fabien Gorgeart)
  • Baby Driver (Edgar Wright)
  • Les Filles d’Avril (Michel Franco)
  • L’Amant d’un jour (Philippe Garrel)
  • The Square (Ruben Ostlund)
  • I am not your negro (Raoul Peck)
  • Lion (Garth Davis) , le plaisir coupable qui m’a fait pleurer comme ça faisait longtemps que je n’avais plus pleuré au cinéma…

Cependant je pourrais ajouter des films (re)vus enfin sur grand écran et qui m’ont procuré énormément de plaisir comme La Ronde (Max Ophüls), La règle du jeu (Jean Renoir), The Kid (Charles Chaplin), La Maman et la Putain (Jean Eustache)

 

RATTRAPAGE TV

  • Hungry Hearts de Saverio Costanzo avec Alba Rohwacher et Adam Driver
  • Jim & Andy, documentaire de Chris Smith avec Jim Carrey sur le tournage de « Man on the moon » de Milos Forman

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  • It follows de David Robert Mitchell
  • Frank de Lenny Abrahamson avec Michael Fassbender, Domnhall Gleeson, Maggie Gyllenhall
  • 99 Homes de Ramin Bahrani avec Michael Shannon, Andrew Garfield

 

SÉRIES

Je n’ai toujours pas vu The Crown, The Leftovers, The Handmaid’s Tale, la dernière saison de Twin Peaks, aucune saison du Bureau des Légendes, Stranger Things.

En revanche, j’ai apprécié :

  • la saison 2 de « Master of None »

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  • la saison 1 de « The Good Place »
  • la saison 1 de « The Good Fight »
  • la saison 1 de « This is us »
  • les trois saisons de « Broadchurch »

Et j’ajouterai également la saison 2 de la série québécoise humoristique « Like moi » qui va bientôt connaître une adaptation française, j’ai peur.

 

LIVRES

  • Dans les essais : « Modern Romance » d’Aziz Ansari (Hauteville) et « Aller au cinéma ou faire l’amour » de Christine Delmas (Textuel).
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illustrations de Yann Legendre
  • Dans les romans : « Marx et la poupée » de Maryam Madjidi (Le Nouvel Attila).
  • Dans les romans/documentaires : « Les gens dans l’enveloppe » de Isabelle Monnin (avec une musique de Alex Beaupain) (Livre de Poche)
  • Dans les bandes dessinées : toute l’oeuvre de Guy Delisle (Delcourt) et les « Faits divers » de Anouk Ricard (Cornélius).
  • Dans les correspondances : « Lettres à la fiancée » de Fernando Pessoa (Rivages)

 

Sur le plan personnel… Non, je n’en parlerai pas. Seulement que j’espère bien que ce blog vivra une année 2018 exceptionnelle, entre Paris, Avignon, Marseille, Bruxelles, Londres et ailleurs… Infiltré, bientôt de nouveau occupé (je vous laisse l’avantage du doute… comprend qui pourra)… En route vers de nouvelles aventures avec mon amie la sterne arctique croisée lors d’une balade en vélo à Seydisfjordur (Islande) et qui ne me quitte plus depuis. A bientôt ici ou ailleurs.

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The Divine Comedy + Feist + Ozark Henry

(pas une critique)

The Divine Comedy

Bad Ambassador : Neilapoleon Hannon a troqué sa Guinness pour du Gin Tonic, mais c’est toujours avec humour et classe qu’il interprète ses nouvelles (très bon  dernier album : Foreverland) et moins récentes chansons, avec même un clin d’œil au « Blue Monday » de New Order (mais que jouent-ils les autres jours de la semaine ?) Et même s’il ne va plus aussi facilement dans les aigus, « Bad Ambassador » (qui est ma chanson préférée) restera un moment de pureté pile à l’heure magique.

(aucune date française annoncée)

 

Feist

1 2 3 4 : L’ancienne membre de Broken Social Scene est de retour (avec une magnifique robe de bal rose) et en belle forme. Des nouveaux morceaux qui tiennent la route, on écoute, on apprécie, on bouge un peu plus (et on chante) quand Mushaboom ou Sea Lion Woman sont rejouées. On aime ce qu’elle fait de 1 2 3 4, à peine reconnaissable, même si je repense toujours à sa version pour Sesame Street. (quand tu sens que la rentrée des classes arrive à grands pas…)

(aucune date française annoncée)

 

Ozark Henry

(we can be) Heroes : Une nouvelle découverte d’un artiste flamand très populaire ici en Belgique. Ses chansons à tendance électro se laissent écouter, mais c’est surtout sa version de la chanson de David Bowie qui m’a touché au coeur. A réécouter, sachant qu’apparemment Ozark Henry aime changer de style musical tout comme  l’orchestration de ses propres morceaux.

(aucune date française annoncée)

 

(une autre histoire)

Tu préfèrerais quoi ? Te souvenir de quand tu dors ou de quand tu vis ? Je veux dire, de ce dont tu rêves quand tu dors ?

Il y a ce film de Wim Wenders. Je ne l’ai jamais vu, je l’ai raté à sa sortie et il n’a jamais été publié, me semble-t-il, en dvd. Un des personnages avait accès à ses rêves et passait ses journées à les regarder. C’était une drogue. Je ne sais pas bien si c’est moi qui ai rêvé ce personnage ou bien s’il existe vraiment. Jamais vérifié. Mieux que les séries, du David Lynch, en veux-tu en voilà. Plus besoin de tenter de les noter dans un carnet quand tu te réveilles. Tu t’en souviens de tes rêves ? On y pense pis on oublie. Les rêves qu’on fait quand on est petit, on s’en souvient mieux, non ? Ou bien c’est moi. L’histoire du croque-mitaine dans les escaliers de la tour, marcher au ralenti à mesure que la lumière du jour décline, le baiser avec la fille de ses rêves (forcément). Parfois je rêve d’elle au petit matin. J’avais écrit un autre texte là-dessus, dans une autre vie, sur les rêves au petit matin. Que ça nous poursuivait toute la journée, que ça la conditionnait. Moi ça me met par terre. Je disais quoi ? A rêver la nuit et à revoir tes songes la journée, en définitive, tu n’aurais aucune chance de les vivre, tes rêves. Déjà que…

Il y a cette anthologie télévisuelle anglaise, assez sombre, souvent d’anticipation. Un épisode en particulier. Tu enregistres tout. Pis tu te repasses le film de ta vie en sautant les passages les plus ennuyeux. Attention, t’es pas là avec ta caméra à filmer tes chansons préférées pendant un concert que tu verrais uniquement à travers le viseur ou l’écran de ton appareil. (qu’est-ce que ça apporte finalement ?) Non, dans la série, on pouvait se faire implanter dans le cerveau une puce qui permettait d’enregistrer tout ce qu’on voyait (sûrement que notre cerveau était relié à un cloud quelque part dans le ciel) et on pouvait revenir sur ses souvenirs et pourquoi pas en effacer certains (Welcome to Lacuna). « Be kind and rewind »… Non… « Erase and rewind » ou l’inverse. Résultat, tu ne vivrais plus que dans le passé, tu deviendrais un zombie. Ressasser répéter… Déjà que c’est dur de vivre avec ses souvenirs, de replonger dans ces moments passés avec un père disparu, un amour perdu…

Tu préfères quoi alors ?

 

The Divine Comedy – Feist – Ozark Henry

vus le lundi 14 août 2017 sur la Place des Palais dans le cadre du Brussels Summer Festival.

Prix du pass 10 jours : 58€

Crédit photo : Axel Ito

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

Klô Pelgag + Lisa Leblanc + Bears of Legend

(pas une critique)

Une fois n’est pas coutume, voici la non-critique avant la micro-fiction, parce que ce fut une de mes meilleures soirées depuis plusieurs mois (j’ai peut-être la mémoire courte, mais tant pis)

Était organisée ici au BSF la soirée Canada (et non pas Québec, puisque Lisa Leblanc, malgré sa francophonie, est acadienne) avec trois artistes ou groupe pas encore vus de mes yeux. J’ai une longue histoire avec ce côté-ci du globe (3 étés, 1 Noël, 2 vacances de février), j’en reparlerai peut-être ici ou là prochainement mais cela dit, si vous ne connaissez pas, je vous conseille de prêter une oreille à Jean Leloup, Karkwa (et/ou Louis-Jean Cormier), Monogrenade, Patrick Watson, Arcade Fire, Pierre Lapointe, Valaire, Jorane…

Bears of Legend

C’est la curiosité qui doit nous faire avancer. Le chanteur de ce groupe de Trois Rivières et Shawinigan (mais qui chante en anglais) l’a parfaitement rappelé. Je suis avant tout venu pour les deux artistes ci-dessous, mais je me suis laissé tenté à découvrir ce groupe, à l’aveugle, à la sourdine, comme on dit et j’en fus bien heureux. Cette formation de sept musiciens oscille entre folk et rock avec générosité. Il est beau le moment où tu te dis : « Mais comme ça me fait du bien, mais comme c’est bien ! »

(de retour à Paris le 13 octobre 2017)

Lisa Leblanc

Un concert pêchu de Lisa Leblanc et ses boys, entre chansons en anglais et en français. Comme un air de country avec le banjo qui nous donne envie de danser en ligne. Et chanter bien fort « Peut-être que demain ça ira mieux mais aujourd’hui, ma vie c’est d’la marde », ça n’a pas de prix. (et ses nouvelles chansons sont très bien aussi)

(c’était la dernière date de sa tournée européenne)

Klô Pelgag

Klo Pelgag LIVE @ Club Soda from Laurence Morais (Baz) on Vimeo.

La claque de la soirée. La frustration que ça n’ait pas duré plus longtemps avec une Klô Pelgag hypnotique, cette façon de bouger, avant, pendant, après. Des petits pas. Et ces regards au public, à ses musiciens. Tu sens qu’il y a une autre histoire qui se passe entre eux, sans toutefois nous mettre trop à l’écart. Une poésie dans les textes, une orchestration inventive, tout un univers. Hyper inspirant.

(notamment les 8 octobre 2017 à Montpellier, 12 octobre 2017 à Rodez, 20 mars 2018 à Toulouse…)

Klô Pelgag – Lisa Leblanc – Bears of Legend

à la Madeleine

 

(une autre histoire)

– J’ai eu une idée, tu vas me dire ce que tu en penses, je l’ai eue hier soir en assistant au concert de Klô Pelgag, tu connais ?

– Non.

– Je t’offrirai son dernier album, ça sera une surprise. Donc, imagine, un spectacle, je joue dedans. Comme un concert, mais à la place des chansons, ce sont mes textes.

– Comme un one man show ?

– Non, moi j’suis pas drôle. Pas intentionnellement en tout cas. Je n’écris pas pour faire rire. Si on rit, c’est correct, mais là n’est pas mon intention première. Pis, tu vois, y aurait juste un micro.

– Tu sais que tu parles avec l’accent québécois, là ?

– T’sais, je dois avoir du sang de Chicoutimi, je crois bien. Anyway.

– Tu veux faire du stand up alors ?

– No way, j’en serais pas capable. Non, puisque que je t’ai dit qu’il y aurait mes textes mais comme des chansons. Genre, je déclame mon premier texte, il se termine. Pause de cinq secondes, je bois une gorgée de Guinness, peut-être un « Ça va Clermont-Ferrand ? »

– Pourquoi Clermont-Ferrand ?

– Les Micheline, les trains, ils existent toujours ?

– Je comprends rien.

– Alors je poursuis. Tu vois, je sais plus si je faisais déjà ça au lycée. Quand je répète, je joue, pis quand je joue plus, je suis toujours dedans, mes doigts gigotent, mes pieds piétinent, je ne peux pas tenir en place. Ben y aurait ça, entre les textes, comme une chorégraphie improvisée. Peut-être qu’il y aurait une histoire, un fil rouge aussi, ça serait quand même pas mal. Y aurait même un percussionniste avec moi. J’en connais un.

– Je vais être terre à terre, tu le payes comment ?

– Il tient une boutique bio. Je lui achèterai des trucs. Il parait que je dois manger plus sainement.

– Des trucs ? Au fait, tu ne devais pas écrire un spectacle pour moi. On en avait parlé, genre, y a deux ans ?

– Oui, je devais. Justement, on fait un pacte. Tu me mets en scène et j’écris ton spectacle.

– Pas question, si c’est dans ce sens-là, tu n’écriras jamais.

– Ok, alors disons que tu me mets en scène, je garde ton fils deux soirs dans le mois et j’écris ton spectacle.

– Trois soirs par mois pendant un an et on est quitte.

– That’s a deal. Tiens !

– C’est quoi ?

– Les 700 pages des textes que j’ai déjà écrits pour moi. Tu lis, tu sélectionnes douze textes et on démarre les répétitions. Je sens que ça va être ben l’fun.

 

vus le dimanche 13 août 2017 dans le cadre du Brussels Summer Festival

prix du pass 10 jours : 58€

 

Textes et crédit photo : Axel Ito

Sacha Toorop + Le Manou

Aussi belle est douce -Sacha Toorop from olivier verdoot – D.O.P. on Vimeo.

 

Sacha Toorop à la Madeleine – Le Manou au Magic Mirrors

 

(ceci n’est pas une critique mais…)

Chose que je n’ai pas faite au dernier festival off d’Avignon : assister à des spectacles dont je ne sais rien. Ce que j’ai fait ce soir. Je dis ça, mais je m’étais tout de même renseigné pour savoir si ce n’était pas du metal ou du raggaeton, genres musicaux pas très chers à mon coeur (je suis de mauvaise foi, je n’ai jamais écouté de reggaeton ni la chanson de l’été « Despacito », ceci est ma confession du jour). Et comme au théâtre (dans 95% des cas), on sait dès les premières chansons si tout cela est digne d’intérêt. J’évoquerai donc seulement, par charité chrétienne, même si je ne suis pas pratiquant, le chanteur d’origine liégeoise Sacha Toorop qui m’a séduit par sa générosité, sa plume poétique et ses mélodies (le monsieur a travaillé pour Dominique A et Yann Tiersen…). Celui-ci étant évoqué, j’aborderai tout de même le cas du Manou à qui il manquerait peut-être un peu plus de maturité (bientôt le deuxième ou troisième album ?) pour écrire des textes un poil plus consistants (j’ai quelques poils en réserve si le groupe en désire) mais la musique reste dansante. Voilà, je peux désormais critiquer les disques dans l’émission de Laurent Ruquier.

 

vu le vendredi 12 août 2017 dans le cadre du Brussels Summer Festival (jusqu’au 15 août).

Prix du pass 10 jours : 58€.

 

(une autre histoire)

Ceci est un nightshop. Pourtant il ne fait pas encore nuit. En France (à Paris surtout), on appellerait ce genre de magasins « l’Arabe du coin ». Aujourd’hui, ces magasins tendent à disparaître au profit des chaînes du type « Carrefour », « G20 » (d’ailleurs, cher G20, quand tu écris que ton heure de fermeture est à minuit, j’aimerais qu’à 22h30 je ne trouve pas ta devanture fermée, alors que j’ai besoin, j’ai bien dit besoin, de Maronsuis’), etc. Je préfère l’intitulé québécois : le Dépanneur, qui veut bien dire ce que ça veut dire.

Nous pénétrons dans le nightshop alors qu’il ne fait pas encore nuit et l’ami rouquin m’offre une bière. Une canette de cinquante centilitres. Une légère. Une Jupiler. Je ne suis pas parvenu à la terminer. L’heure du concert arrivant et ne pouvant entrer dans la salle avec, j’ai dû me résoudre à la jeter à la poubelle (je n’étais pas assez en forme pour lui jeter un sort, comme dit ma grande-cousine, pour la terminer cul sec). Mais que m’arrive-t-il ? Il est 18h55 et je n’arrive pas à terminer une maudite Jupiler ? J’ai le ventre plein pourtant, j’ai mangé des cannelloni à midi. Certes bio, mais quand même. Hier soir j’ai descendu quatre bières différentes (Maredsous, Takumi, Saison Dupont, Taras Boulba), je reste normalement fringant malgré un taux d’alcool légèrement élevé et voilà t-y pas que je me trouve désormais dans le bêtisier des plus beaux gadins du Café Belga (place Flagey) : Il y avait deux marches, mais je n’avais pas vu la troisième. Et bimbadaboum. Oui, c’est le bruit que j’ai fait en me rétamant. D’habitude, je me relève aussi sec : « Mais non, je ne suis pas tombé. Mais non, je n’ai pas mal. » Comme si la fierté de se remettre le plus droit possible supprimait tout ce qui venait de se passer. Je suis resté un certain temps au sol, personne ne m’a aidé à me relever : « Mais qu’est-ce que je fais là ? ». Je me suis mis sur mes deux pieds, assez laborieusement. J’ai senti que ma cheville était douloureuse. J’ai croisé le regard d’une jolie donzelle qui avait tout filmé. J’ai souri et arrêté subitement. It’s happening. Je vieillis. Les fêtes, je les fais le vendredi pour avoir tout le weekend pour me remettre. Je prends de la citrate de bétaïne pour mieux encaisser l’alcool que j’ingurgite pour ne pas que je la régurgite. J’ai rasé ma barbe car trop blanche. Il y a quatorze ans, j’ai joué le Père Noël pour ma voisine d’en haut. Elle avait quatre ans, elle a sauté sur mes genoux, y a la photo qui le prouve. Aujourd’hui, je n’aurais même plus besoin de fausse barbe. J’ai rasé la barbe, le problème c’est que ça fait ressortir la marque du bronzage, je suis ridicule. J’ai même des poils blancs sur le torse, ça c’est depuis le Togo, mais c’est une autre histoire. Ce soir, je devais rester un peu plus longtemps pour voir le concert de Jil Caplan (accompagné notamment de Jean-Christophe Urbain, un des membres d’un groupe cher à mon coeur, Les Innocents) mais mon dos me fait souffrir quand je reste trop longtemps debout et demain je pars pour la journée en excursion à Mons. Ne me demandez pas ce qu’il y a à Mons, je n’en sais fichtrement rien. Je ne vous parle pas de ma mémoire, je ne saurais que vous dire. Malheureusement demain je ne me souviendrai plus de rien. Heureusement j’écris tout ce que je vois, tout ce que j’entends, tout ce que je lis, tout ce que je vis.

 

Crédit photo : Axel Ito

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

Fishbach + Jain

Makeba / Jain from Greg&Lio on Vimeo.

 

Brussels Summer Festival – jour 1

Fishbach + Jain

 

(ceci n’est pas une critique mais…)

Ce soir, nous découvrons ces deux interprètes : d’un côté (« Bonsoir, je m’appelle ») Fishbach, qui tient son personnage de bout en bout, à la fois sombre et séductrice. Elle emmène le public dans son univers singulier (j’aime sortir ce genre de formule) et on s’amuse à la voir prendre des poses, nous regarder de son regard assez troublant, cigarette aux lèvres (il faisait froid hier soir). Des chansons bien écrites, pessimistes, légèrement teintée 80’s, qui font se demander : Mais quelle mouche a piqué les programmateurs du festival pour la programmer juste avant Jain. Ou peut-être devrait-on dire : Mais pourquoi programmer Jain après Lescop (que je n’ai pas pu voir) et Fishbach ?

Jain, col claudine, baskets blanches, chignon, qui harangue et sollicite la foule à chacune de ses chansons. Elle ne nous épargne pas : on lève les bras, on saute, on s’accroupit (de plus en plus difficile de tenir la pose pour moi), on tape dans les mains. C’est un poil trop pour votre serviteur taciturne car la musique de Jain se suffit à elle-même : elle est efficace, elle rentre dans la tête comme il faut (Makeba Makeba Make Bella… Ooooooooui !), le son est propre, tout est maîtrisé (à un fou rire près, lorsque elle demande au public de chanter pour elle). Nous attendons avec impatience son deuxième album, en cours de préparation : l’album de la transition, l’album de la maturité ?

 

vu le mercredi 9 août 2017, au Mont des Arts (Bruxelles, Belgique)

Prix de la place : (58€ : pass 10 jours)

 

(une autre histoire)

– fin de la chanson –

Merci Bruxelles. Qu’est-ce que je capote d’être icitte ! Ah pardon, j’ai fait l’accent québécois au lieu du tien : Ça va bien, une fois ? T’as la frite, Bruxelles ? Ça va ou quoi, Bruxelles ? Est-ce que t’es chaud pour faire la fête ou quoi ? Je ne t’entends pas. J’aime mieux ça.

Maintenant je vais chanter une toute nouvelle chanson. Pour ceux qui ne me connaissent pas, toutes mes chansons sont nouvelles, je sais, mais faites-moi confiance, celle-ci, même ceux qui me connaissent ne la connaissent pas, à moins d’avoir dans ses connaissances des gens que je connais et qui me connaissent assez pour que je leur fasse connaitre mes nouvelles chansons. Tu me suis, Bruxelles ? Cette nouvelle chanson, elle parle d’amour, avec un H majuscule. Est-ce que t’aimes ça, aimer, Bruxelles ? Je ne te parle pas d’aimer manger les choux de Bruxelles, perso je déteste. Non, je te parle de l’amour qui vient du coeur et de la tête et du zizi aussi, mais du coeur, surtout. Un peu du zizi quand même. Je sais qu’il y des enfants ici, je fais attention aux mots qui sortent de ma bouche. Tout à l’heure, on chantera « Inspecteur Gadget », j’ai aussi pensé à vous. L’amour…

(arrête de parler !)

Qui a dit ça ? Je parle si je veux, ok. C’est important l’amour. On sous-estime trop le pouvoir de l’amour. Si les gens s’aimaient un peu plus, je suis sûr qu’il n’y aurait plus de guerre. Que Donald Trump et Kim Jon Un organiseraient une méga golden shower et arrêteraient ainsi de se défier et de menacer notre belle planète. Les enfants, une Golden Shower, c’est quand les adultes demandent à d’autres adultes qui ont bu trop de bière de les aider à prendre une douche. Je fais un clin d’oeil aux parents, parce que je suis un gars responsable. Note pour plus tard : écrire une chanson sur le pipi, parce qu’on ne prend pas assez le pipi au sérieux : c’est un liquide neutre, composé de 95% d’eau. Oui, Madame, oui Monsieur, je lis le Science & Vie tous les jours. Mon père y est abonné depuis des années. Et tu sais, Bruxelles, quand je lis Science & Vie ? Quand je fais pipi ! Et caca aussi. L’amour du caca. L’amour, c’est universel. On dit aimer son prochain. Moi je dis : Aimez-vous les uns  les autres, aimez-vous vivants, aimez votre caca ! C’est naturel, c’est bio ! L’amour ! J’ai écrit cette chanson, un dimanche matin, c’était avant d’aller à la messe… Non, je plaisante. Je suis agnostique.

(il sait même pas ce que ça veut dire !)

Oui, je sais ce que veut dire le mot « agnostique »… (silence) Mais parlons plutôt de l’amour. L’autre jour, j’ai rencontré la femme de ma vie. Elle s’appelle Gwendoline. Mais j’ai fait tomber mon téléphone dans les chiottes, je lisais en même temps le Science & Vie, impossible de récupérer son numéro. Alors j’ai écrit une chanson. J’étais sur le trône. C’est toujours là que j’écris mes chansons. Les chiottes, c’est mon bureau. Tout sort de là. (silence) Une chanson pour Gwendoline. Et j’avais pensé la diffuser dans le monde entier, pour que je la retrouve, parce que je suis croque love de Gwendoline. Est-ce que tu veux m’aider, Bruxelles, à retrouver Gwendoline ou pas ?

Et cette chanson s’appelle Juliette.

 

 

Crédit photo : Axel Ito

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

Fishbach – Un autre que moi from wearehandsome on Vimeo.

Bárður Reinert Poulsen Trio

(quand on ne lit pas la note d’intention)

Je n’arrive pas à prononcer leurs noms, qu’est-ce que tu veux que je devine ce que c’est.

(dans ma tête)

J’aime faire des listes. Et pas que pour mes commissions. Principalement ce que j’ai vu, lu ou entendu. Je fais aussi des listes des filles avec qui je sors. J’espère m’arrêter sur un nombre que j’aime bien, pas forcément rond. Je note (pas les filles, je précise, même si dans ma tête je sais, qui j’ai préféré embrasser ou baiser faire l’amour), je compare (Je ne parle toujours pas des filles, quoique, voir plus haut…), d’une année sur l’autre. Il y a quelque chose que j’aime bien aussi, quand je voyage, c’est aller au cinéma, au théâtre, aux concerts. Je suis allé au cinéma en Irlande (Mission : Impossible, le premier, à Wicklow, j’avais dix-sept ans, les autres jeunes de mon groupe me regardaient bizarrement, une nana m’avait même dit que j’avais des petites mains. À Dublin aussi), en Allemagne (School of Rock à Munich, La Bande à Baader à Berlin), en Autriche, en Jordanie (Pirates des Caraïbes II dans le cinéma d’un palace en anglais sous-titré arabe, avec portique à métaux à l’entrée), au Canada (j’avais même écrit des critiques, des vraies je veux dire, pour le blog d’un ami), aux États-Unis (mon premier film avec les lunettes 3D), aux Pays-Bas (Holy Motors que j’avais raté en France), au Portugal (La Ronde à la Cinemateca de Lisbonne), en Irlande du Nord, en Écosse mais jamais en Angleterre, en Suède si (dans la salle la plus petite que j’ai jamais vue, pour « St Amour » de Kervern/Delepine). J’ai vu des spectacles au Volkstheater de Vienne (je suis parti à l’entracte avec M. , c’était les 3 Soeurs de Tchekhov, ça parlait trop vite, je n’y comprenais rien), au Dona Maria II de Lisbonne (Bacantes), au Rivoli à Porto (Bit), en Écosse lors du Fringe Festival (Alphonse de Wajdi Mouawad, pièce méconnue). J’ai assisté à des concerts, à des festivals au Québec (Osheaga, Festival d’été de Québec, Francofolies), en Belgique (Nuits du Bota, Delano Orchestra, Lightspeed Champion…), à New York (Chris Garneau et du jazz au Vanguard Village), à Reykjavik (Iceland Airwaves).

Purée, comme je me la pète. Achevez-moi !

 

Bárður Reinert Poulsen Trio.

au Reinsaríið, Torshavn, Faroe Islands

 

(ce que ça raconte en vrai)

C’est du jazz, un piano, une contrebasse, une batterie et c’est Féroen. (ça se dit comme ça ?)

(pas une critique)

Je me garderai bien encore une fois de critiquer en bonne et due forme ce concert : Un set court, on était quatre dans la salle dont la manageuse. Le lundi à Torshavn c’est calme. J’apprécie ce genre de musique, on pense à autre chose, on boit sa bière (j’aime les pays où, quand on demande une bière, on nous sert directement une pinte) et ça ne nous vrille pas les tympans. Bonne ambiance. On sort, il est 22h, il fait encore bien jour. On ne peut même pas aller près du phare pour le coucher du soleil avec ces notes encore bien en tête, ici il n’y a pas de coucher de soleil.

le 19 juin 2017

(crédit photo : Axel Ito)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

Bit

(quand on ne lit pas la note d’intention)

Performance autour de l’évolution de la console de jeu, de la Master System 8 bit, en passant par la Super Nintendo 16 bit jusqu’à la Playstation. (je ne m’y connais pas en nouvelles consoles, il y a trop de boutons pour moi sur les manettes)

(dans ma tête)

Vite, il faut fuir. Nous sommes le 29 avril 2017, j’ai passé trois semaines merveilleuses à Lisbonne, me voilà Porto. Première fois que je vois la pluie tomber ici. Je loge dans la réplique du Bates Motel. La chambre est minuscule, mais il y a un bidet. Au sol, l’aspirateur n’est pas passé, je sens sous mes pieds nus de la terre, du sable ? Au mur des portraits de clowns. Sur la commode, une vieille télé. La tenancière, j’y reviendrai, m’avait vendu la télé par satellite. Il y a trois chaines. La salle de bains, sur le palier, est hors d’âge. Des tuyaux partout, une lumière qui clignote, de la crasse dans la baignoire, des morceaux de tapisserie collés ici et là pour cacher la moisissure sur les murs. Deux nuits, je dois y passer deux nuits. Je reviens à la tenancière. D’un âge indéterminé. J’ose espérer qu’elle est plus vieille que moi mais n’en suis pas certain. Elle me demande d’où je viens, où je vais. Je mens. Elle me fait payer en espèces. Pour ne pas lasser de traces ? Elle est heureuse d’exercer son français. Elle me parle de sa mère, que je ne verrai jamais. Le téléphone sonne. Elle le laissera sonner. Mais il n’y a pas de répondeur. Le téléphone sonnera deux minutes montre en main, car elle n’avait pas terminé de montrer sur le plan de la ville les curiosités exotiques. Elle me sourit. Elle en veut à mon petit zizi. Certes, je n’ai utilisé aucun des préservatifs que j’ai apportés, mais ils sont valables jusqu’en 2020, je peux me retenir. Même si j’espère bien m’en servir avant la fin de l’année. Mais pas ici. Une fois allongé dans ma chambre, allongé sur mon lit, je n’ose bouger, de peur de faire grincer le sommier et ainsi envoyer un signal subliminal à la tenancière de ce bouge. Ça me fait penser quand je dors avec ma dulcinée, j’essaie toujours de rester sur le côté, pour ne pas ronfler et la faire fuir. Du coup, du coup, du coup, je ne dors pas, je suis épuisé, je suis irritable, et ma dulcinée  fuit, du coup. Au secours !

 

Bit

conception : Maguy Marin

avec Ulises Alvarez, Kaïs Chouibi, Laura Frigato, Daphné Koutsafti, Françoise Leick, Cathy Polo, Ennio Sammarco, Marcelo Sepulveda

 

(ce que ça raconte en vrai)

Maguy Marin rassemble les éléments forts de son parcours. Six danseurs allient sur le plateau les cadences de gestuelles ancestrales, populaires, et la rythmique cardiaque, les beats d’une techno exaltée. Ils passent par la fête, le rite macabre, les ballets de séduction. BiT, créé en 2014, est une affaire de rythme, un combat énergique où se dessine avec un humour noir et des fureurs brûlantes, un portrait de la société contemporaine. (site du théâtre du Rond Point)

(pas une critique)

Un spectacle hypnotique, à plus d’un titre. Mais je me suis essayé à une expérience, ne pas lâcher du regard une des danseuses. Un peu comme le doc sur Zidane dans lequel les réalisateurs filment uniquement le footballeur, même quand il n’a pas le ballon. Je crois que je suis amoureux. Encore. Pas de Zizou, de la danseuse. Elle s’appelle Daphné.

29 avril 2017

crédit photo : Grappe

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

BiT from Luc Riolon on Vimeo.

Bacantes – Bacchantes (Marlene Monteiro Freitas)

(quand on ne lit pas la note d’intention)

Ode aux moustaches.

 

(de quoi ça parle en vrai)

Chorégraphe du mystère et des émotions indomptées, la jeune Capverdienne Marlene Monteiro Freitas embarque cette fois treize performeurs dans une intense bacchanale inspirée d’Euripide où l’humain se trouve inextricablement écartelé entre raison et folie.

 

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crédits photo : Filipe Ferreira

 

(ceci n’est pas une critique mais…)

Je ne sais pas ce que je vais voir. Je voulais seulement voir un spectacle dans un pays étranger, en l’occurrence le Portugal. Si possible de danse, parce que sinon je n’y comprendrais pas grand chose. Et je me prends une énorme claque, telle que je compte bien revoir ce spectacle quand il sera programmé à Paris au festival d’automne. Même si les deux n’ont pas grand chose à voir, « Grande » de Vimala Pons et Tsirihaka Harivel et ce « Bacantes » (à dire évidemment avec l’accent portugais) se ressemblent dans cette envie de ne pas laisser le spectateur respirer. On en sort épuisé, mais heureux devant tant d’investissement physique, avec ces danseurs qui ne ménagent pas leur peine, ces musiciens à l’aise avec leur corps qui ne font pas seulement tapisserie (musicale). Je ne pense toujours pas être capable d’expliquer l’histoire des Bacchantes, Dionysos et consorts, mais ce n’est pas le plus important. Heureux d’apprendre que Marlene Monteiro Freitas ait enfin une espèce de reconnaissance nationale en étant programmée sur une scène nationale portugaise, elle qui a surtout une renommée internationale plus que nationale.

(mise à jour après la deuxième vision)

C’est un peu dans un état second que je me rends au Centre Pompidou pour voir pour la deuxième fois ce Bacchantes dont c’est la première. A la bonne place pour admirer l’expressivité des visages élastiques des danseurs et des musiciens, la folie de toute cette troupe, une générosité, l’énergie qui nous explose au visage, la chorégraphie inventive.  Je n’ajouterai rien d’autre si ce n’est que c’est pour moi définitivement le meilleur spectacle que j’ai vu cette année.

 

vu le 22 avril 2017 au Teatro Nacional D. Maria II (Lisboa, Portugal), revu le 13 décembre 2017 au Centre Pompidou (dans le cadre du Festival d’Automne)

prix des places : 17€ – 14€ (abonnement)

 

BACANTES  (Bacchantes d’après Euripide)

une création de Marlene Monteiro Freitas

avec Andreas Merk, Betty Tchomanga, Cookie, Claudio Silva, Flora Detraz, Gonçalo Marques, Guillaume Gardey de Soos, Johannes Krieger, Lander Patrick, Marlene Monteiro Freitas, Miguel Filipe, Tomas Moital, Yaw Tembe

(prochainement, du 13 au 16 décembre 2017 au Centre Pompidou et du 18 au 21 décembre 2017 au Nouveau Théâtre de Montreuil)

 

(d’autres histoires…)

(extrait de mon journal de bord – 13 décembre 2017 – Paris)

… Je suis dans un état second. J’ai passé la nuit précédente à faire des aller retours lit wc. J’ai une tête affreuse, portant les stigmates sur mon visage de ma nuit mouvementée. J’ai dormi deux heures et encore pas en continu.  J’ai fait une sieste de trois heures (parce que je ne travaille pas certains mercredis après-midi). Jusqu’au dernier moment, je me suis dit que je n’irais pas. Je n’ai rien mangé depuis la veille au soir (cause de ma nuit mouvementée, je mange n’importe quoi en ce moment). Je vis alors sur mes réserves. C’est décidé : je brave le froid et la pluie et la fatigue. Je garde ma casquette bien vissée sur la tête, je chausse mes lunettes de vue que je ne mets jamais. Je baisse la tête, je fais peur. Heureusement que je ne vois personne ce soir. On me fuirait comme la peste. Pourvu que je ne rencontre personne.

… Au même rang que moi, Jérôme Bel. Il en a pensé quoi ? Je lui dis que je vais revoir « Gala » à Bruxelles ? C’est mon cadeau d’anniversaire. Tu crois que si Marlène Saldana est présente, elle me le souhaitera ? Tiens, mes deux amours s’appellent Marlène (Saldana et Monteiro Freitas).

… La nana devant moi m’énerve, ça fait au moins six fois qu’elle sort son smartphone pour instagrammer en direct les meilleurs moments du spectacle. Get a life ! Elle ne parle pas français, à peine le spectacle terminé, elle était déjà au téléphone à parler je ne sais quelle langue. Le cinéma, le théâtre restent les seuls endroits où on peut déconnecter pendant deux heures. C’est ça que j’aime. Même au boulot on ne le fait pas. En journée je reçois toujours des notifications de mes collègues via le groupe WhatsApp. J’ai mis le groupe en sourdine. Parfois j’aimerais me déconnecter tout court. Tout jeter de mon sixième étage. Ça flotte ces engins-là ?

… Une certaine vidéo pendant le spectacle : performance : une femme en train d’accoucher sans aide extérieure. Le plus marquant : un enfant en bas âge à côté d’elle qui pleure.

… Au premier rang, un homme d’un certain âge. Il refuse la main que lui tend Marlene Monteiro Freitas à un moment du spectacle. Il n’applaudira pas à la fin. La lumière du spectacle fait que les artistes nous voyaient assez bien : les regards qu’ils nous adressaient ne pouvaient pas être le fruit du hasard. J’ai aimé voir ces danseurs fixer ce spectateur, le provoquer.

… Ils pensent quoi les danseurs et les musiciens quand vient le moment du Boléro de Ravel ? Ça y est, c’est bientôt terminé ? On va prendre un bon bain, je suis claqué ? Merde déjà ?

… J’ai aimé les entendre crier leur joie après la représentation, comme si c’était la première fois qu’ils jouaient ce spectacle. (c’était la première parisienne, cela dit, mais ce spectacle se joue depuis avril dernier, entre le Portugal, la Belgique, l’Allemagne…)

… C’est marrant le corps humain. Je suis épuisé, le spectacle m’a épuisé, pourtant je me sens mieux. Je décide même de faire une partie de mon trajet à pied. Aujourd’hui, je n’aurai mangé qu’une galette de riz et deux tranches de pain de mie, je serais incapable de courir après le tram, pourtant je me sens bien.

 

(extraits de mon journal de bord – 22 avril 2017, Lisboa)

… Sixième jour que je ne parle à personne. Je mets de côté les bonjour au revoir merci un café s’il vous plait. Je devrais peut-être m’inscrire sur Tinder et voir ce que ça donne. T’as déjà vu quelqu’un tout seul le soir à une terrasse ? Ils sont tous par deux, trois ou quatre. Tu regardes les couples et tu te dis, mais pourquoi pas moi ? Qu’est-ce qui cloche chez moi ? C’es pour manger ? Ah vous êtes tout seul ? Bon…

… C’est quoi tous ces tatouages moches ?

… Acheter un studio à la mer ou à la campagne. Non à la montagne.

… Fondation Gulbenkian. José de Almada Negreiros ne donne aucun titre à ses oeuvres. Va donc retrouver ça sur internet ! Surtout si tu n’as pas le droit de prendre des photos ! (portrait de Maria Madalena Moraes da Silva Amado)

… S. me manque. Je ne devrais pas écrire ça. On s’était rendu tous les deux à l’antenne française de la Fondation Gulbenkian le mois dernier. Le lendemain, elle m’écrivait que c’était terminé. Un putain de message sur Whatsapp.

… Écrire une histoire par jour dans un bistrot, en direct. Faire remonter les souvenirs.

… Le soir même, je parlerai en français au directeur du théâtre national Dona Maria II. Avant et après le spectacle. À sa compagne également. Ça fait du bien de parler.

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

 

The Way She Dies

(quand on ne lit pas la note d’intention)

Ou quarante-deux façons de mourir.

(ce que ça raconte en vrai)

Quand nous lisons, nous faisons des choix, nous traduisons ce que nous lisons vers le langage de notre propre existence. Les pages sont illuminées par la bougie de nos expériences et cette flamme vacille et change de couleur à cause de ce que nous lisons. Nous savons qu’un livre est capable de nous changer. En lisant la description d’un bal, un lecteur peut décider de divorcer. En lisant comment deux personnages échangent un premier regard furtif, le lecteur peut décider de se marier. En lisant un dialogue sur les champignons, un lecteur peut décider de changer d’emploi. Un roman comme Anna Karénine de Tolstoï peut aussi être la collection des vies qu’il a changées, légèrement ou profondément, en bien ou en mal. Des vies qui pourraient changer comment meurt Anna. (source : site du tg STAN)

(ceci n’est pas une critique mais…)

Le titre est en anglais, mais il a été choisi avant même que la pièce ne soit écrite. Parce que des acteurs belges qui ne parlent pas portugais, parce que des acteurs portugais qui ne parlent pas néerlandais, on ne sait pas trop ce que ça peut donner. D’où la déception, somme toute relative, que l’on peut éprouver quand on voit que les personnages se retrouvent autour du français : alors pourquoi conserver ce titre en anglais ? Tout est fluide, malgré la cohabitation des trois langues. Tout de suite on est emporté par ces histoires qui s’entremêlent, dont on ne sait pas encore comment elles sont liées, dans l’espace et dans le temps, même si Tolstoï et son héroïne tragique sont au centre de tout. On perçoit des réminiscences des précédentes oeuvres de Tiago Rodrigues, l’amour de la littérature, la transmission, les feuilles qui volent. Connaissant le travail du tg STAN et de Tiago Rodrigues, pas de doute que la pièce aura évolué lors de se reprise en 2018, une autre raison de revoir cette magnifique pièce.

 

THE WAY SHE DIES

écrit par Tiago Rodrigues

avec Isabel Abreu, Pedro Gil, Jolente de Keersmaecker, et Frank Vercruyssen

au théâtre Garonne, Toulouse

(en tournée en 2018/2019 et à la rentrée 2019 au Théâtre de la Bastille)

 

(une autre histoire)

Comment tu viens, me demande-t-on ? En train, je réponds. Alors le TGV… Non, je prends un Intercités. Mais tu vas mettre une éternité pour venir. Je sais, mais j’aime ça, le train. J’ai passé quatre jours dans un fauteuil pour traverser le Canada, donc ce ne sont pas six petites heures pour descendre de Paris qui vont me faire peur. Pis, je ne connais pas ce trajet-là. Je vais noter les noms des villes qu’on va traverser, compter les éoliennes, dormir mon quart d’heure syndical, j’ai mon ordinateur, de quoi lire, de quoi écrire, un disque dur full de séries. Ne t’en fais pas pour moi. Je veux ralentir la cadence, le rythme. Bientôt, j’irai à Saint Jacques de Compostelle. Je ne sais pas encore comment. À pied, qui sait ? Apprécier le moment présent. Ça fait très Poètes Disparus, ça, non ? On me demande souvent ce que je vais faire durant mon congé sabbatique. Je vais prendre le temps. Aller d’un point à un autre, en passant par les chemins de traverse, à hue et à dia comme disait l’autre. Avoir le luxe de voir de la danse à Lisbonne, du jazz à Reykjavik, une pièce belgo-portugaise à Toulouse. On verra ce qu’il se passera. J’aurai bien le temps de faire le bilan de tout ça le moment venu. Je dis aussi que je vais écrire. J’ai bien des phrases en tête, mais j’attends un déclic. Pis, si rien ne vient, ça ne sera pas grave non plus. Je n’ai plus envie de ça. Je veux dire, le résultat à tout prix. Tout ce que je veux, c’est voir des belles choses et je sais que ce soir, je vais en voir. Prendre le temps et voir de belles choses. Je serais le plus heureux des hommes si j’y parviens. Et tant pis si je suis seul. Chaque chose en son temps.

 

vu le 29 mars 2017 au Théâtre Garonne, Toulouse

prix de ma place : Je ne m’en souviens plus, mais ce n’était pas une invitaiton.

crédit photo : Filipe Fereira

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito