Crowd (Vienne / Cooper / Nanterre Amandiers)

(quand on ne lit pas la bible)

Une fois n’est pas coutume, c’est mon voisin qui l’a très bien défini avant que le spectacle ne commence : Mais dans « Crowd », y a un seul comédien ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Surexposés sur fond noir, des corps brillent au cœur d’une nuit, comme figés par le flash d’un appareil photo. Quinze personnes participent à une fête improvisée, sur fond de musique électronique et techno. Pour Crowd, Dennis Cooper et Gisèle Vienne composent ensemble une partition chorégraphique et théâtrale où les histoires se croisent et se superposent, une narration sans paroles audibles qui vient déployer le paysage complexe de cette fête… (site des Amandiers)

 

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Crédits photos : Estelle Hanania

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Des boules quiès qui resteront dans la poche parce qu’on n’est pas dans un concert des Rolling Stones, une certaine odeur indescriptible (me suis demandé si c’était moi en sortant des toilettes), de la terre, c’est la fête… Noir, musique. Ce qui est appréciable c’est que la playlist figure dans le programme, c’est rarement le cas. Donc j’écris présentement ces quelques mots en écoutant Underground Resistance, mais avec mes boules quiès, car je suis vieux et qu’avec ma verveine et mes McVitie’s, c’est pas vraiment la musique que j’écoute pour écrire. Mais au moins, quand je m’ennuierai, je pourrai m’essayer à la chorégraphie virtuose de Gisèle Vienne qui montre les différents gestes que peuvent faire les gens qui dansent en ayant une télécommande à la main, le tout sans stroboscope (et ça c’est vachement fort). Une parfaite maîtrise des corps qui enchaînent ralenti, cut, accélération, bref rembobinage répété. Le groupe est là, exécute avec excellence les mouvements (ça c’est pour ne pas répéter « perfection »), des images qui collent à la rétine, même si parfois on aurait envie de sauter un ou deux chapitres (à la place, j’ai un peu piqué du nez, mais c’était dimanche après-midi, la digestion… oui, je suis capable de dormir même avec de la musique très forte). Le groupe est là, mais dans le ralenti, on voit un élement immobile, un changement de vitesse, tous les personnages ont leur histoire. On aimerait parfois que ça aille un peu plus loin, ça reste assez sage. Rien à voir : cette idée de l’auto-consumation est magnifique et rend à merveille.

Esthétiquement bluffant, c’est entêtant et je ne m’attendais pas à ça, connaissant seulement le travail de Gisèle Vienne par ses spectacles usant de la ventriloquie (Jerk et The Ventriloquists Convention).

 

vu le dimanche 10 décembre 2017 au théâtre Nanterre Amandiers.

prix de la place : 15,5€ (abonnement)

 

CROWD

Conception, chorégraphie et scénographie : Gisèle Vienne assistée de Anja Röttgerkamp & Nuria Guiu Sagarra

Dramaturgie : Gisèle Vienne, Dennis Cooper

Interprétation : Philip Berlin, Marine Chesnais, Kerstin Daley-Baradel, Sylvain Decloitre, Sophie Demeyer, Vincent Dupuy, Massimo Fusco, Rémi Hollant, Oskar Landström, Theo Livesey, Louise Perming, Katia Petrowick, Jonathan Schatz, Henrietta Wallberg et Tyra Wigg

Mixage, montage & sélection des musiques : Peter Rehberg

Conception de la diffusion du son : Stephen O’Malley – Ingénieur son : Adrien Michel – Lumière : Patrick Riou

Dramaturgie : Gisèle Vienne, Dennis Cooper

Dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, jusqu’au 16 décembre 2017 au théâtre Nanterre Amandiers

et à la MC2: de Grenoble les 27 et 28 février 2018

 

(une autre histoire)

Non, je ne suis pas vieux. La dernière fois que je suis allé en boîte, c’était à mon arrivée à Paris, il y a treize ans et on fumait encore dans les lieux publics. D’accord, je suis vieux. Je trouve ça moche ces vêtements de jeunes, ça ressemble à rien. Je mets toujours les mêmes Docs qu’il y a vingt ans parce que c’est intemporel, voilà ! Mais ces survêtements, ces casquettes, c’est d’un ridicule… Moi aussi je portais des bermudas fluos mais j’avais douze ans ! Et ça rendait vachement bien avec mes t-shirts Waikiki achetés sur le marché de Bandol. Quand je vais dans la famille, on nous dit toujours : « Alors les jeunes ! » Bon, ok, après les gens se reprennent : « Oui, enfin plus si jeunes que ça ». Ben ouais, on sera toujours plus jeunes que les anciens. Oui, je serai toujours le plus jeune quand j’irai au Rond Point en matinée le dimanche. Et si j’aime les siestes, c’est que je suis insomniaque, c’est tout.

Non… je ne cogite pas du tout sur mon âge et sur le fait que je vais démarrer ma quarantième année dans quatre jours et que je suis à un an de la moitié de ma vie et que si je regarde derrière moi et ce que j’ai accompli et ce que je suis… Mais je vais pleurer ! Ma seule réussite, c’est de ne plus habiter chez mes parents : Champomy pour tout le monde !

Je suis celui qui dit à un jeune, un vrai : « Mais dis donc, tu peux me tutoyer, je ne suis pas si vieux ! », alors que je trouvais ça assez pathétique quand un vieux me le disait. Je suis celui qui recompte ses spermatozoïdes, en repensant à tous les petits bébés que j’ai tués dans du sopalin, sous la douche (liste non exhaustive) et qui sera bientôt trop vieux pour être un papa pas croulant. Je suis celui qui cherche des chambres d’hôtel avec petit déjeuner et salle de bains privative, parce que les auberges de jeunesse, j’ai déjà donné. De jeunesse… Je ne sais toujours pas pourquoi on ne met pas de physio devant les A.J. : « Désolé, je crois que ça ne va pas être possible, vous avez des poils blancs dans votre barbe. » J’avais rencontré un vieux, une fois, la soixantaine au fin fond de la Gaspésie qui disait : « Ben moi, j’ai pas vu de phoques et j’ai même pas fucké ! ». Phoques… fuck… Pathétique, soixante ans, en dortoir… Un jour, je serai ce vieux-là. Je serai assis sur mon fauteuil en plastique devant ma maison à la campagne, dans les Alpes de Haute-Provence, à raconter pour la quarante-douzième fois mon anecdote sur le vieux Gaspésien ou sur mes faits d’armes en 2001 dans le Off d’Avignon ou la mésaventure avec Julie Gayet… Quoi ? Je ne vous ai pas raconté mon histoire avec Julie Gayet ? Alors j’étais jeune, j’avais dix-sept ans…

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

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