For Claude Shannon (Liz Santoro – Pierre Godard / Théâtre de la Bastille)

(quand on ne lit pas la bible)

For Claude Shannon ? Une pièce de danse hommage à Claude, hobo officiel de l’aéroport de Shannon en Irlande ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Liz Santoro et Pierre Godard sont des expérimentateurs du mouvement. Alliant les dimensions scientifiques et corporelles, ils cherchent de pièce en pièce à comprendre comment celui-ci naît, s’échange, se transmet, et se teinte d’une couleur particulière quand on est soumis au regard des autres. Avec For Claude Shannon, du nom de l’un des pionniers de la théorie de l’information, ils créent à chaque fois une représentation différente, conçue comme un acte unique, puisque la partition est basée sur une contrainte tirée au hasard tous les soirs. Il en résulte une pièce fascinante par sa rigueur, à la gestuelle minimale et ultra-précise. Les interprètes obéissent à une logique mystérieuse et indéchiffrable mais palpable dans l’intensité de leurs présences, et invitent à un voyage qui aiguise l’attention et les sens. (Laure Dautzenberg – http://www.theatre-bastille.com/saison-17-18/les-spectacles/for-claude-shannon)

 

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Crédits photos :  Julieta Cervantes

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Ça me fait sourire. Bientôt le collectif « L’avantage du doute » va occuper à son tour le théâtre de la Bastille et ce soir nous voyons un spectacle de la compagnie « Le principe d’incertitude ».

Parfois je me dis : « Tu n’aurais pas dû enchaîner ces deux spectacles de danse diamétralement opposés, tant sur la forme qu’apparemment sur le fond. » Puis je réfléchis (ça m’arrive) et justement de mettre les deux spectacles en perspective, c’est plutôt pas mal. Alors que « This Duet… » (le spectacle de Frédérick Gravel qui se joue à 19h30 dans l’autre salle du théâtre, avant celui-ci… ma chronique prochainement !) fait appel à l’émotion, à une certaine immédiateté, on ressent « For Claude Shannon » comme un spectacle qui sollicite l’intellect et réclame une réflexion à long terme. Non pas que le premier ne le fasse pas mais la démarche des chorégraphes et notre « travail » de spectateur paraissent bien plus cérébraux. La tête avant le corps et le coeur.

Tout est expliqué au-dessus, dans le « ça parle de quoi en vrai ». Je dois également avouer que je mens, à moitié, puisqu’il m’arrive, pour préparer la structure de mes chroniques de lire en partie le programme de ce que je vais voir, j’étais donc quelque peu préparé psychologiquement. On m’avait même prévenu qu’il fallait s’accrocher dans les premiers moments du spectacle. Je dirais plutôt les deux premiers tiers, pour lesquels je suis resté quelque peu circonspect. La question qu’on peut se poser, c’est : « Dois-je saluer la performance des danseurs de renouveler chaque soir la chorégraphie ou bien applaudir la performance à l’instant t ? »

Parce que durant les deux premiers tiers, les danseurs répètent les gestes choisis quelques heures plus tôt. On ressent une certaine imprécision, le geste n’est pas assuré, mais c’est assumé. On entend le son d’une soufflerie, comme si on était dans un avion. Je m’attendrai presque à ce que les danseurs nous montrent les issues de secours tellement leurs gestes sont mécaniques et droits. Le rythme s’accélère progressivement, des mots sont prononcés (qu’on ne comprendra pas toujours) et c’est seulement quand ils se détacheront de la contrainte de la répétitivité des gestes que la pièce réveillera notre intérêt.

Pourtant, et je vais faire un parallèle hasardeux, il semblerait, les minutes et les heures (et la nuit) passant, que le spectacle prend finalement sens. Je me souviens d’un des films de Jean-Luc Godard : « Eloge de l’amour » que j’avais vu en 2001 au cinéma (et je jure que je n’ai pas fait exprès de citer Godard qui porte le même nom qu’un des chorégraphes). Je m’étais ennuyé en le voyant, je m’étais même endormi, je ne comprenais pas où il voulait en venir (je débutais seulement mon éducation à la Nouvelle Vague et j’étais loin d’être préparé aux essais cinématographiques des années 90-2000 de Godard), mais c’est en y repensant dans la soirée et les jours d’après que le puzzle s’était mis en place. Et c’est un peu ce qu’il se passe avec « For claude Shannon ». D’autres questions arrivent dans ma tête, que je n’ai pas encore formulées précisément… Peut-être réécrirai-je cette chronique dans les prochains jours ?

 

vu le mercredi 4 avril 18 au Théâtre de la Bastille, Paris.

prix de la place : 13€/mois (pass Bastille)

 

FOR CLAUDE SHANNON

Avec Marco D’Agostin, Cynthia Koppe, Liz Santoro et Teresa Silva

Conception Pierre Godard et Liz Santoro / Le principe d’incertitude – Musique Greg Beller – Costumes Reid Bartelme – Lumières et régie générale Sarah Marcotte

Une production Le Principe d’incertitude (http://www.lpdi.org/fr/calendar/2018)

jusqu’au 6 avril 18 au Théâtre de la Bastille (en collaboration avec l’Atelier de Paris – CDCN)

 

(une autre histoire)

Y a un truc que j’aime bien, c’est quand il n’y a pas trop de monde dans la salle. Je veux dire, il y a du monde, ils s’entassent au milieu mais ils me laissent les rangs sur les côtés. Le mien de côté, c’est à jardin. Quatre places, rien que pour moi. Je prends mes aises, pose ma veste à ma gauche, me tourne légèrement vers la droite, croise mes jambes comme je l’entends. Je me souviens d’une autre pièce que j’avais vue, de la même place. J’avais failli partir, j’étais en colère ce soir-là… Ça parlait de General Motors…

De là je vois bien la scène et surtout les spectateurs. J’en reconnais certains. Une habituée aime arriver après tout le monde. Elle n’est pas très exigeante au niveau de la place, mais elle aime qu’on la regarde quand elle arrive. Je vois également quelqu’un qui prend des notes ou qui consulte son téléphone portable ou qui lit le programme ou parfois les trois, mais pas en même temps. Et cette personne continuera à ne pas regarder le spectacle, à prendre des notes, consulter son smartphone pendant le spectacle. Elle est au premier rang, tout va bien. Il y a des choses que je ne comprends pas, un tel degré d’irrespect. Tu t’ennuies, ok. Dès les premiers instants, bon. Mais tu ne te mets pas au premier rang, purée ! Regarde le gars qui dort quelques rangs derrière toi. Il est noyé dans la masse, on l’aperçoit à peine. Ses voisins le détestent car il respire fort et, pris d’un réflexe myoclonique, a donné un coup de pied dans le siège de devant, ce qui a réveillé le spectateur, lui aussi endormi, qui a poussé un grand cri. On a tous cru que ça faisait partie du spectacle, mais non. C’est la vingt-cinquième fois que je vois le spectacle et les vingt-quatre premières fois, il n’y avait pas ce cri. Ah mais c’est peut-être Claude Shannon qui avait tout prévu, chaque représentation étant à chaque fois différente… Mince, ils m’ont encore eu : je suis le seul spectateur et vous autres dans le public êtes tous des danseurs-comédiens. Pourquoi me regardez-vous tous ?

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

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