Western (Mathieu Bauer / Nouveau Théâtre de Montreuil)

(quand on ne lit pas la bible)

Western ? L’adaptation théâtrale du road movie de Manuel Poirier avec Sacha Bourdo et Sergi Lopez ?

(de quoi ça parle en vrai)

« Au milieu des forêts enneigées du Wyoming, à l’époque des pionniers, un hameau habité par des fermiers et des cow-boys se déchire. Un propriétaire installe des barbelés mais un éleveur s’y oppose. Ici, pas de shérif : chacun fait la loi. C’est sans compter l’arrivée de bandits qui prennent en otage la population. Un héros fort et courageux, de sinistres canailles, une passion amoureuse, des coups de poing… »  (source : ici)

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Le projet est risqué, voire casse-gueule : adapter un western au théâtre. Des Français qui adaptent un western… De mémoire, le cinéma français ne s’y est jamais risqué, hormis des parodies et autres adaptations de Lucky Luke.

(je viens de relire ma chronique et je confirme : elle est positive malgré tout ce que je vais dire ci-dessous)

On met un peu plus de temps à entrer dans l’action, contrairement à l’opus précédent, Shock Corridor, parce que les codes ne sont pas si évidents à s’approprier. Le jeu des comédiens est caricatural, ils tiennent tous un micro relié à un haut-parleur porté à la ceinture, tel un second colt. L’arrivée des bandits verra un concours de personnages affreux, sales et méchants. Les rires dans la salle fusent, plus ou moins involontaires. On est lundi soir, je repense à ces westerns que je n’avais pas le droit de voir à la Dernière Séance, John Wayne et sa voix française.

Finalement, je ne sais pas quel est le véritable parti pris de Mathieu Bauer. Je n’aime pas lire les programmes. Mais j’y ai vu des jeunes acteurs qui jouent aux cowboys, qui surjouent les répliques (cette manière de répéter les noms des personnages à chaque fin de phrase…), entre hommage et parodie (la question est : « était-ce voulu ? »). Cela dit, il y a tout de même ce huis-clos, dans le Wyoming froid et hivernal, une atmosphère sépulcrale (j’ai toujours rêvé placer ce mot). On aurait pu verser assez facilement dans du Tarantino. Les personnages féminins peinent tout de même à exister, mais c’est sans doute le lot de 95% des westerns, le bandit interprété par Rémi Fortin est de loin le plus convaincant, évite le manichéisme. Et la musique en direct qui nous accompagne et qu’on oublie et ça aussi, c’est un bon point.

Je peux comprendre que ça ait pu susciter de l’incompréhension. Ce n’était pas gagné au début, c’était osé, mais j’ai décidé d’y croire et j’ai aimé ça.

 

WESTERN

avec Éléonore Auzou-Connes, Clément Barthelet, Romain Darrieu, Rémi Fortin, Johanna Hess, Emma Liégeois, Thalia Otmanetelba, Romain Pageard, Maud Pougeoise, Adrien Serre et les musiciens Mathieu Bauer, Sylvain Cartigny, Joseph Dahan

librement inspiré du roman La Chevauchée des bannis de Lee Wells

adaptation, mise en scène Mathieu Bauer

collaboration artistique et composition Sylvain Cartigny – dramaturgie Thomas Pondevie – création sonore Alexis Pawlak – scénographie, costumes et accessoires Chantal de la Coste – création lumière et régie générale Xavier Lescat – régie lumière Alain Larue – régie plateau Ali Gacem – assistanat costumes Lise Crétiaux – construction marionnette Lou Simon

Jusqu’au 13 octobre 2018 au Nouveau Théâtre de Montreuil, puis du 18 au 26/11 toujours à Montreuil (dans le cadre de la Nuit Américaine), les 17 et 18 janvier 2019 au Théâtre du Gymnase (Marseille)

 

(pendant la représentation)

Lundi soir. Mais qui va au théâtre un lundi soir ? Des lycéens. Partout. Devant, derrière, à côté, je suis cerné. Comme mes yeux. Derrière moi, de l’agitation. Je ne comprends pas très bien. Le vigile du théâtre arrive, la représentation se poursuit. Le lycéen, à l’origine apparemment d’une échauffourée, ne bouge pas de son siège bien qu’on lui ait demandé de sortir. Il tente (il y parvient ?) de donner un coup au mastodonte.

Mais il va pas bien de le provoquer comme ça ? Le grand énergumène a une main trois fois plus grande que la mienne, je n’aurais jamais osé. De toute façon, je n’ai jamais su me battre, même pour de faux. Parfois je m’imagine répondant par la violence lorsqu’on me manque de respect. Un coup de poing, bim ! Et je me retourne avec la voiture qui explose derrière moi…

L’acteur voit la scène, poursuit sa longue tirade, se focalise sur ces nouveaux personnages. Le maître des lieux interrompt le spectacle. L’adolescent est emmené hors des murs.

Y avait de l’action ce soir, j’attendais que les chaises volent, que tout le monde se mette sur le pif ! Non, en fait, c’était assez choquant. La violence. Surtout parce qu’on ne savait pas d’où elle venait.

Qu’avait-il donc dans la tête ? Que s’est-il passé une fois le jeune homme sorti de la salle ? Une autre pièce se joue désormais dedans ma tête.

 

vu le lundi 9 octobre 2018 au Nouveau Théâtre de Montreuil

prix de ma place : invitation

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

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