Le Massacre du Printemps (Elsa Granat / Laure Grisinger / Théâtre du Train Bleu / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« Tu participes aujourd’hui au Massacre du Printemps. Oui j’ai bien dit « Massacre ». Tu vas voir c’est un bilan. Il y a des événements comme ça qui semblent insurmontables, tu penses qu’ils vont te laisser cloué au sol. Et pourtant tu vas découvrir des forces inespérées qui vont t’inspirer pour inventer des printemps même sur pelouse synthétique. Il m’est arrivé d’accompagner des gens en fin de vie. Des combattants sans monument aux morts. J’ai mûri d’un seul coup puis j’ai régressé aussi exactement en même temps. J’ai poussé fort et dans tous les sens. En réalité, tout ça reste très classique: je fais exactement ce que Molière a fait. L’art de la médecine est incapable de soigner sa mère, il écrit le Médecin malgré lui. La technologie médicale est incapable de soigner la mienne, je secoue le théâtre. En 2019 ça ne sera pas en alexandrins. » (source : ici)

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Crédits photos : DR

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Déjà trois jours que j’ai vu cette pièce et elle ne veut pas me quitter. Je ne dirai pas qu’il y a un avant et un après (j’ai vu la sublime pièce de Dorian Rossel « Laterna Magica » le lendemain), pourtant tout devient un peu tiède après ce moment de théâtre intense et bouleversant. D’où ma lenteur également pour écrire cette chronique ou la peur de ne pas trouver les bons mots pour retranscrire ce que j’ai vu et surtout ce que j’ai ressenti.

Dès les premiers instants de la pièce, on est happé par les mots d’Elsa Granat (me revient immédiatement en tête sa première pièce « J’ai plus pied » que j’avais découverte en 2010 à l’Espace Roseau). On ressent la nécessité, l’urgence de dire tout cela et il n’y aucune fioriture.

Le sujet de la pièce n’est pas simple à aborder : la fin de vie, l’accompagnement par le personnel hopsitalier, la famille, les aidants. Cependant (et fort heureusement) l’atmosphère n’y est pas plombante. Nous ne sommes dans un réalisme forcené.

Elsa Granat et ses comédien.ne.s nous emportent dans un maëlstrom d’émotions (on y rit aussi, faut pas croire), avec des personnages qui se dédoublent, qui observent. L’action n’est pas auto-centrée sur le personnage de la jeune femme interprétée (à des âges différents) par Elsa Granat et Edith Proust. On y entend par exemple une infirmière, un musicothérapeute ou tout simplement le père (la limite, peut-être, du procédé, est de laisser penser que chaque acteur/actrice va avoir son moment).

Le temps est multiple, l’action l’est également. Des fragments.

Rien n’est laissé au hasard, mais rien ne commande nos émotions. Je me souviens de l’admirable Saïgon de Caroline Guiela Nguyen mais je ne pouvais m’empêcher de penser qu’elle envoyait un peu trop les violons. Ici, rien de cela, l’émotion vient sans crier gare.

Et je voulais conclure cette longue chronique en évoquant Edith Proust qui interprète le rôle de la jeune femme adolescente. Rarement j’ai vu un tel niveau de jeu, en permanence en mouvement, toujours une proposition, une écoute exceptionnelle, un regard et un investissement qui forcent l’admiration. Comme l’a évoqué une des amies qui m’accompagnait ce jour-là : « J’aimerais revoir la pièce, ne serait-ce que pour me concentrer uniquement sur elle. »

Tout ce que j’écris est assez dérisoire. Ça faisait bien longtemps que je n’avais pas ressenti tout cela en voyant une pièce. J’ai toujours peur de sur-vendre un spectacle. Peur de constater que mes ami.e.s, les gens que je ne connaitrais pas, tant qu’on y est, n’y adhéreraient pas autant que moi.

Dans tous les cas, il faut découvrir ce spectacle. Point final.

 

LE MASSACRE DU PRINTEMPS

écriture et mise en scène  Elsa GRANAT

avec Laurent HUON, Elsa GRANAT, Edith PROUST, Clara GUIPONT, Hélène RENCUREL et Antony COCHIN

dramaturgie Laure GRISINGER scénographie Suzanne BARBAUD création lumière Vera MARTINS création sonore ENZO BODO et ANTONY COCHIN costumes Marion MOINET régie lumières Vera MARTINS régie son Julien CREPIN

Jusqu’au 24 juillet 2019 à 11h50 les jours pairs au Théâtre du Train Bleu

 + le 21 juillet aura lieu la lecture d’une prochaine création d’Elsa Granat au Théâtre Artéphile : « Les Requins du Groenland » avec Alex Fondja (vu notamment dans Iliade / Odyssée par Pauline Bayle) et Sophie Troise (vue notamment dans « J’ai plus pied » d’Elsa Granat en 2010 et « Absurde, vous avez dit absurde ? » au Théâtre de la Criée de Marseille en 1997 avec l’option théâtre à laquelle j’appartenais également…

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le vendredi 12 juillet 2019 à 11h50 au Théâtre du Train Bleu (Avignon Off)

Prix de ma place : invitation

 

(sans titre)

Deux jours plus tard. L’amie infiltrée et moi-même sortons d’une pièce qui ne nous a pas convaincus. Nous apercevons alors, sur son fier destrier, Edith Proust, cette comédienne qui nous avait tant ému deux jours plus tôt. Nous prenons notre courage à deux mains et l’abordons.

J’ai toujours été incapable de parler, dire ce que j’ai ressenti en des termes clairs et compréhensibles. Pourtant je tente, maladroitement. Je la regarde, elle nous regarde et je sens encore des frissons m’étreindre. Ça peut étreindre, les frissons ? Edith Proust est magnétique, je le concède. Mais ici c’est la mémoire qui fait son travail. Deux jours plus tard.

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Iphigénie à Splott (Gary Owen / Blandine Pélissier / Artéphile / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« Effie habite à Splott, un quartier de Cardiff touché par le chômage et la paupérisation. Effie, c’est le genre de fille qu’on évite de regarder dans les yeux, qu’on se permet de juger l’air de rien. Effie, c’est la provocation incarnée. On croit la connaître, mais on n’en connaît pas la moitié. Tous les samedis, elle se jette dans une spirale d’alcool, de drogue et de petits drames, et émerge au bout de trois jours d’une gueule de bois pire que la mort pour tenir jusqu’au bout de la semaine et mieux recommencer. Et puis, un soir, l’occasion lui est offerte d’être plus que ça. » (source : ici)

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Crédits photos : Anne Cabarbaye

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Splott… Mais qu’est-ce donc que Splott ? C’est moche comme nom. Pourtant c’est le nom d’un quartier à Cardiff au Pays de Galles. On s’imagine la vie à Splott. Puis on rencontre Iphigénie… Effie… Il n’y a pas de hasard.

La comédienne Morgane Peters nous prend aux tripes dès notre entrée dans la salle. Son regard, sa posture, ça bout. L’adresse est directe, la langue est crue et vraie. On s’imagine un texte anglais à la Irvine Welsh (l’auteur écossais de « Trainspotting »), quasi impossible à bien traduire. Blandine Pélissier et Kelly Rivière n’ont pas tenté d’adapter artificiellement l’argot gallois en français. Non, cette langue parait naturelle, simple mais tranchante. Et Morgane Peters, que j’avais découverte quand elle était à l’ERACM (école d’acteurs entre Cannes et Marseille) a su s’approprier ces mots. Elle créé un personnage qui marque, qui nous marque, de par sa franchise, son état brut.

Même si on peut ressentir cinq ou dix minutes en trop dans la pièce (peut-être est-ce notre cerveau qui s’est converti involontairement à la durée standard (1h) des spectacles du Off ?), Morgane Peters ne lâche jamais et nous non plus.

 

IPHIGÉNIE À SPLOTT

Texte : Gary OWEN

Mise en scène : Blandine PÉLISSIER

Interprétation : Morgane PETERS

Lumières : Ivan MATHIS / Son : Loki HARFAGR / Collaboration artistique, scénographie, costumes, graphisme : SO BEAU-BLACHE / Régie : Chloé BÉGOU / Production : Isabelle CANALS / Presse, diffusion : Fouad BOUSBA

au Théâtre Artéphile à 21h40 jusqu’au 27 juillet (sauf les 7, 14 et 21)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le vendredi 12 juillet 2019 au Théâtre Artéphile, Avignon Off

Prix de ma place : invitation

 

(sans titre)

Elle me dit : « Mais toi, tu aimes les seul.e.s en scène ! Mais toi, tu y vas, parce que tu veux en faire un, à toi ! »

Je lui dis : « Non, enfin oui, euh, c’est pas si simple. Oui, je veux en faire un, urgemment. Mais non, je n’y vais pas pour ça. C’est le hasard. Ce soir, parce que j’ai déjà vu la comédienne dans d’autres spectacles et que je suis ce qu’elle fait, autant que je peux. Je ne suis pas ce qu’elle fait, tu m’as compris, hein ? Je suis ce qu’elle fait, plutôt dans ce sens-là. Sinon ça ne veut rien dire. Demain, c’est à cause de l’auteur qui a écrit un monologue pour un acteur, parce qu’il devait raconter cette histoire-là comme ça et pas autrement. Alors oui, ça me donne des idées, une impulsion, ça décomplexe. Mais… »

La Paix dans le Monde (Diastème / Artéphile / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« Cinq ans avaient passé. Puis dix, puis quinze. Le juge peut interdire au coupable d’approcher la victime pour une durée d’au plus cinq ans. Simon n’a pas revu Lucie. Il vit en Suisse, à quelques kilomètres de la maison de Charlie Chaplin. Il lit des livres, il fait du feu. Il ne voit pas le temps passer. Simon se prépare. Au jour où Simon et Lucie seront enfin réunis. Il doit être prêt. Tout doit être prêt. Le monde n’oubliera jamais ce jour. (source : ici) »

(ceci n’est pas une critique, mais…)

D’après le dossier de presse, « La paix dans le monde » est le dernier volet d’un triptyque, dont La Nuit du Thermomètre et 107 ans en sont les deux premiers épisodes. Ce monologue interprété par Frédéric Andrau peut apparemment se voir sans connaitre les premières aventures de Simon et Lucie. Pourtant, il nous manque quelque chose.

Devant nous, le personnage principal, Simon, tout juste sorti d’asile psychiatrique. L’acteur gardera le même regard vitreux, la même articulation languissante durant tout le spectacle. Ce rythme qui ne changera d’un iota durant l’intégralité de la pièce fut difficile à assimiler. Certes, Frédéric Andrau ne sortira pas une seule fois de son personnage, donc on peut saluer sa performance, mais nous aurions aimé peut-être plus de nuances et de variations dans le jeu et le rythme de la pièce. De plus, nous (pourquoi n’écris-je pas « je » ?) aurions aimé savoir comment il a pu se trouver dans un tel état émotionnel et mental. On peut évidemment s’imaginer que la rupture amoureuse puisse être douloureuse voire dévastatrice. En cela, voir « La Nuit du Thermomètre » et « 107 ans » aurait sans doute été salvateur.

De plus – il est difficile d’en parler sans dévoiler le dénouement – pour prolonger l’argument de la pièce, lisible un peu plus haut, Simon et Lucie vont se retrouver. Tout ce qui découlera de cette nouvelle rencontre semble être trop simpliste, pas réaliste. Même si le passé amoureux de ces deux personnages est forcément évoqué, peut-être qu’on aurait mieux compris ce qu’il en retournait en suivant depuis le début leur relation.

Je ne peux m’empêcher non plus de parler de ma frustration de ne pas voir en vrai Emma de Caunes (c’est la Lucie de Simon), qui manque au théâtre et au cinéma.

Ce fut donc un moment assez décevant mais resteront certaines fulgurances dans l’écriture de Diastème.

 

LA PAIX DANS LE MONDE

Texte et mise en scène : DIASTÈME

Interprétation : Frédéric ANDRAU avec la participation d’Emma DE CAUNES

Assistant : Mathieu MORELLE / Lumières : Stéphane BAQUET / Costumes : Frédéric CAMBIER / Décor : Alban HO VAN / Images : Vanessa FILHO / Musique : CALI / Crédit photo : Vanessa Filho

Au Théâtre Artéphile (Avignon Off), jusqu’au 27 juillet 2019 à 14h05 (sauf les 7, 14 et 21)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le samedi 13 juillet 2019 au Théâtre Artéphile, Avignon Off

Prix de ma place : invitation

 

(à quoi je pense ?)

Je pense aux premiers articles de Diastème que je lisais dans Première. C’était il y a longtemps…

Je ne pense pas. J’entends ce satané bruit du climatiseur, monotone, qui phagocyte toute mon attention.

Je pensais écrire quelque chose, mais je ne m’en souviens déjà plus. Ça me reviendra.

Ça me revient… Il n’y a pas tant que ça de films sur le théâtre. Et encore moins sur un festival. Diastème en avait réalisé un, que j’avais aimé. Faudrait que je le revois. On ne parle pas assez des rues d’Avignon, pendant le festival ou hors saison…

Guerre, et si ça nous arrivait ? (Janne Teller / Laurent Maindon / Présence Pasteur / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« IMAGINE : Et si, aujourd’hui, il y avait la guerre en France… Où irais-tu ? » Astucieusement et sans violence, le texte entraîne les spectateurs dans un voyage qui les mène de l’autre côté de la Méditerranée. Ils sont alors confrontés à une nouvelle vie, une culture qu’ils ne connaissent ni ne comprennent et deviennent ainsi l’objet de clichés voire de rejet. De cette inversion du parcours des réfugiés, nous avons choisi de placer les spectateurs dans un container sensoriel avec comme unique « guide » la voix en direct des deux comédiennes, une bande son et des images projetées sur l’écran par des manipulations en rétroprojection en direct… (source : ici)

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Crédits photos : DR

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Oui, le spectacle se joue tôt (9h50)… Et pourtant, c’est ce qu’il faut pour recevoir cette forme courte car on a l’esprit à peu près frais (ceci est une chronique sponsorisée par « Le jus d’orange au café, c’est bon, buvez-en ! ») et disponible pour cette expérience immersive. Nous ne serons pas assis dans les gradins. Nous prendrons place quelque part sur le plateau. Disposés ici et là des coussins, des tabourets, des caisses. Devant nous, une grande toile. Au-dessus de nous, le ciel. Ou plutôt une bâche qui représentera le ciel.

« Ouvrez vos esprits » : c’est qu’auraient pu dire les deux comédiennes à notre arrivée.

Quand le spectacle commence, nous sommes invités à écouter ce récit qui forcément interroge : « Et si nous étions obligés de fuir notre pays. » Sans parler d’une éventuelle guerre, les changements climatiques pourraient nous y contraindre… Et c’est toujours la même question qui m’assaille : Ces spectacles-là prêchent-ils déjà des convaincus ?

Pour nous raconter cette histoire, l’équipe artistique sollicitera notre boîte à imaginaire. Nous suivons les voix des comédiennes, des images projetées et transformées en direct, des jeux d’ombres (et je suis toujours comme un gamin en voyant ce qu’on peut faire avec les lumières et ces ombres qui se multiplient ou qui changent d’échelle). Nous pourrions presque fermer les yeux et laisser notre esprit se frayer un chemin dans ce monde dystopique.

C’est immersif (je me répète), mais pas agressif. C’est convaincant mais pas donneur de leçons.

Trente-cinq minutes. Une parenthèse, certes. Mais comme le dit l’adage, plus c’est court, plus c’est bon. (et je ne fais aucun clin d’oeil, je ne me permettrais pas… pas ici en tout cas)

 

GUERRE, ET SI ÇA NOUS ARRIVAIT ?

Auteur : Janne Teller

Metteur en scène : Laurent Maindon (Le Théâtre du Rictus)

Interprète(s) : Marion Solange-Malenfant, Claudine Bonhommeau

Assistante mise en scène : Marion Solange-Malenfant – Lumières et Manipulation : Jean-Marc Pinault – Bande son : Jérémie Morizeau – Diffusion : Virna Cirignano

Jusqu’au 28 juillet 2019 (sauf les 8, 15 et 22) à 9h50 à Présence Pasteur (Avignon Off)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le vendredi 12 juillet 2019 à Présence Pasteur (Avignon Off)

Prix de ma place : invitation

 

(avant, pendant, après)

9h50… Je crois n’avoir jamais vu un spectacle aussi tôt ! Je me souviens de ce dimanche où mon père et moi étions allés à la séance de 10h voir « Il faut sauver le Soldat Ryan ». En visionnant la scène du débarquement hyperréaliste, j’avais failli rendre mon petit déjeuner…

La vérité, c’est que je ne pense à rien d’autre pendant le spectacle. Je veux dire, à rien d’autre qu’au spectacle. Pourtant j’en aurais des choses à penser…

Je bois un petit café dans la cour de Présence Pasteur, je tourne la tête… Cette tête, pas la mienne, me dit quelque chose… Un parent d’élève. Une comédienne. Il y a dix ans. Elle me regarde, je la regarde. Non non, je ne te reconnais pas ! J’ai pris cette tête-là.

Trouble (Turbulences Cie ! / Cie HVDZ / LaScierie / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« Initié dans une réflexion libre à la lecture d’écrits de Michel Foucault, le projet s’est construit à travers une coopérative de création sous la direction de Philippe Duban et Didier Cousin. « Trouble » propose une plongée historique atypique autour de l’histoire de la folie qui résonne avec notre époque actuelle. Sur scène, un orchestre d’une quinzaine de musiciens en live, des projections d’images, un trapèze et un chœur d’acteurs danseurs et chanteurs. » (source : ici)

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Crédits photos : DR

(ceci n’est pas une critique, mais…)

« Nos difficultés, grâce au théâtre, deviennent des choses positives. »

Je l’ai déjà écrit ici ou là, pendant trois ans, j’ai joué avec, notamment, des personnes atypiques qu’on appelle aussi autistes. Nous racontions des histoires sans mettre en avant la particularité des interprètes. Ici c’est tout le contraire, même si le résultat final est le même : Ils ont aussi le droit d’être là et peuvent tout à fait nous émouvoir, nous faire réfléchir…

« « Être comme nous » ou ne pas être. »

Le parti-pris est audacieux. On y parle de la position de la société face à ce qui nous parait différent. En cela, on pourrait aisément élargir le propos à ce que l’on voit en Méditerranée et ailleurs, tous les jours, dans nos journaux télévisés.

Plus important encore, il n’ y a pas de course à l’émotion. Jamais on n’est mal à l’aise, jamais nous ne sommes témoins de démonstrations voyeuristes. Tout est fait avec la plus grande sincérité et générosité possible.

De plus, il devient rare de voir autant de personnes sur scène (une petite trentaine), des chanteurs, des musiciens, des poètes, des acrobates… Il est aussi admirable de voir que les rouages de ce spectacle singulier sont parfaitement huilés, chaque chose est à sa place, chaque artiste sait ce qu’il a à faire. Des personnalités se révèlent : une chanteuse lyrique qui reprend « Joe le taxi » de Vanessa Paradis ici, un poète qui parle des interdits là, ce morceau original piano voix d’un des membres du groupe qui clame haut et fort son autonomie avec un enthousiasme communicatif.

Il est beau de voir que ce spectacle, fruit de trois ans de labeur, est porté majestueusement et de manière professionnelle par tous ses participants.

Et parce que tout se termine en musique, le public est invité à rejoindre les artistes sur scène.

Alors on danse, alors on se mélange, alors on est ensemble.

 

TROUBLE

Mise en scène  Didier Cousin

Conseiller artistique  Guy Alloucherie

Conception, mise en chantier  Philippe Duban

Comédiens, chanteurs et musiciens : Aleksandar Boskovic, Alexandre Bordes, Alexis Baert, Anaïs Landier, André Pereira Da Silva, Arnaud Ndi, Benjamin Lesieur, Brahima Niakate, Charles Pham, Charli Aveilla, Charline Abderemane, Cyrille Ndedy, David Simon, Fabienne Lavanchy, Guénolé Lebrun, Harvey Goma Kouka, Marlène Parada, Martial Nakouzebi, Matthias Bloess, Meschac Assou Sakpa, Mounir Issa, Moussa Diaby, Olivier Martin, Olivier Poindron, Otto Nyap, Philippe Duban, Thomas Carrasqueira, Thomas Dubois, Vanessa Valentin

Composition musicale  Patricio Wang – Chorégraphie  Fatiha Mellal – Trapèze  Laetitia Rancelli – Création vidéo  Bénédicte Alloing – Plasticienne  Magali Brien – Direction et interprétation musicale  Gilles Wolff – Régie lumière  Rudy Sanguino – Régie vidéo et son  Léa Schwebel – Costumes  Sarah-Jane Sheppard

du 5 au 14 juillet à 14h (sauf le 9) à LaScierie (Avignon Off)

 

Vu le jeudi 11 juillet 2019 à 14h à Lascierie, Avignon Off

Prix de ma place : invitation

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

(avant, pendant, après)

Une des raisons pour laquelle je me rends à ce spectacle est que j’ai côtoyé un des artistes, Arnaud, pendant trois ans avec Le Laboratoire à Théâtre. Ce gars-là est capable d’imiter n’importe qui, moi le premier. Mon intonation, mes hésitations…

Dans la fausse vie, je suis professeur des écoles. Un jour, je pris un rendez-vous avec l’inspecteur en charge des relations humaines pour discuter d’une éventuelle reconversion. Je lui fis part de mon envie de théâtre et pourquoi pas d’en faire avec des personnes à part. Il me regarda et me dit : « Vous ne préfèreriez pas en faire avec vos élèves, plutôt ? »

Après le spectacle, je félicite Arnaud. Il me reconnait immédiatement, me serre la main avec vigueur et dit : « Tu as arrêté le théâtre, tu en as fait entre 2013 et 2016, il faut changer, il faut faire autre chose ! » Je souris. Il a toujours eu une meilleure mémoire que moi.

Marx et la Poupée (Maryam Madjidi / Raphaël France-Kullmann / Artéphile / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« Depuis le ventre de sa mère, Maryam vit de front les premières heures de la révolution iranienne. Six ans plus tard, elle rejoint avec sa mère son père en exil à Paris. À travers les souvenirs de ses premières années, elle raconte l’abandon du pays, l’éloignement de sa famille, l’effacement progressif du persan au profit du français avant de le retrouver pleinement. Maryam Madjidi raconte avec humour et tendresse les racines comme fardeau, rempart, moyen de socialisation, et même arme de séduction massive. » (source : ici)

Photo-Marx-et-la-pourpée-2©Bendsphoto
@bendsphoto

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Au départ, il y avait ce roman « Marx et la poupée », écrit par Maryam Madjidi. Le hasard a fait que je la rencontrasse il y a dix ans de cela (pas sûr sûr de l’emploi du subjonctif). L’histoire ne nous dira pas si j’aurais lu son roman sans cette rencontre. Là n’est pas la question, son livre est un petit bijou littéraire, enjoué, dynamique… (et publié par le Nouvel Attila et chez Jai lu en poche)

Les artistes à l’origine de cette forme théâtrale sont resté.e.s très fidèles au matériau original. Trois jeunes femmes sont sur scène, côte à côte : une récitante (Elsa Rozenknop), une musicienne (Clotilde Lebrun à la basse guitare loop) et (c’est ce qui fait le sel de ce spectacle) une interprète en langue des signes (Aude Jarry). Celle-ci sera d’ailleurs mise en lumière durant toute la première partie du spectacle (ses acolytes restant, de fait, un temps dans l’ombre). L’interprète LSF allie expressivité et grâce, on en vient même à ne plus écouter l’histoire (un peu comme dans les pièces en langue étrangère durant lesquelles on se convainc qu’on parle cette langue !)

Au moment où ce dispositif aurait pu lasser, les lignes bougent : la voix et le regard d’Elsa Rozenknop reviennent progressivement dans le jeu. Son débit, son rythme et surtout son investissement emmènent le spectacle un cran au-dessus.

M’est revenue en mémoire une pièce que j’ai vue l’an passé, « Pas pleurer » d’après le roman de Lydie Salvayre au théâtre des Doms qui adoptait une configuration similaire (voix et musique), dans lequel j’avais vu cette même implication.

Même si la forme n’est plus si originale (c’est quelqu’un qui va trop souvent au théâtre qui le dit), tant que les interprètes y mettent autant de coeur, on peut y aller (presque) les yeux fermés.

 

MARX ET LA POUPÉE

Texte : Maryam MADJIDI

Interprétation : Elsa ROZENKNOP, Aude JARRY, Clotilde LEBRUN Et la voix de Maryam MADJIDI

Mise en scène : Raphaël FRANCE-KULLMANN

Collaboration LSF : Sylvanie TENDRON / Lumières : Amandine RICHAUD / Costumes : MOOD-EH / Diffusion : Cathie SIMON-LOUDETTE / Les Audacieuses

du 5 au 27 juillet 2019 au Théâtre Artéphile (relâche les dimanches 7, 14 et 21)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le jeudi 11 juillet 2019 à 11h45 au Théâtre Artéphile

Prix de ma place : invitation

 

(avant, pendant, après)

Je me souviens de cette représentation de « Jean la Chance » d’après Brecht par  François Orsoni. La pièce était traduite en langue des signes. Les deux interprètes étaient transcendés par la vivacité de la pièce et des acteurs (Clotilde Hesme en tête). Parfois mon regard restait bloqué sur ces corps hyper expressifs. Beau, beau !

Je repense à ma propre prestation lors du spectacle des Infiltré.e.s saison 2 que j’ai eu le malheur de visionner hier… Je cligne trop des yeux. Tout est dans le clignement. Ou plutôt, dans le non-clignement. Les comédiennes présentement sur scène ne clignent jamais des yeux, y a les larmes qui montent, bim émotion ! Je ne suis définitivement pas au niveau.

« Maryam, on s’est rencontré le soir de mon anniversaire. J’avais trente ans. Le 14 septembre prochain, je fête mes quinze ans de vie parisienne et accessoirement mes quarante ans et neuf mois moins deux jours de vie tout court, dis, tu viens ? »

Hercule à la plage (Fabrice Melquiot / Mariama Sylla / 11 Gilgamesh Belleville / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« India, Melvil, Angelo et Charles. Enfants ensemble sous les peupliers, puis adolescents sur une plage inoubliable ; devenus adultes, ils se sont perdus de vue. Pour elle, ils ont tenté d’être aussi forts qu’Hercule, ils ont accompli des exploits qui semblaient fous. C’était la fille dont tout le monde rêve, aimée par trois garçons moyens. Un jour, India a déménagé et emporté avec elle l’amitié à la vie à la mort, les premiers élans d’amour et les jeux d’enfants. » (source : ici)

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Crédits photos : Ariane Catton Balabeau

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Nous voilà encore dans un rêve éveillé : des enfants adolescents joués par des adultes, entre une plage et une forêt, à différentes périodes de leurs vies. On commence par s’y perdre, un peu comme les personnages qui ne savent pas trop où ils sont, dans cette (vraie) obscurité qui tarde à s’éclaircir, si peu commune au théâtre.

Et quand la lumière fut, le rythme de la pièce s’emballe, entre travaux herculéens pour plaire à la fille de nos rêves et souvenirs qui s’entrelacent.

« Quand on raconte un souvenir, des fois on l’invente. »

« De toi, je ne guérirai jamais. »

Ce qui est étonnant chez Fabrice Melquiot (j’ai seulement vu « Les Séparables » en décembre dernier au Théâtre de Vidy-Lausanne), grandement aidé par la mise en scène ludique de Mariama Sylla et le jeu dynamique et sincère des quatre comédiens (Raphaël Archinard, Julien George, Hélène Hudovernik et Miami Themo jouent, ça veut bien dire ce que ça veut dire), c’est de voir à quel point il parvient à nous toucher au coeur en évoquant cette normalité des êtres, ces amitiés éphémères qui nous marqueront à jamais et les films que l’on peut se faire…

 

HERCULE À LA PLAGE

Texte Fabrice Melquiot

Mise en scène Mariama Sylla, assistée de Tamara Fischer

Avec Raphaël Archinard, Julien George, Hélène Hudovernik, Miami Themo

Scénographie Khaled Khouri – Lumière Rémi Furrer – Costumes Irène Schlatter – Création univers sonore Simon Aeschimann – Régie plateau Gabriel Sklenar en alternance avec Ian Durrer – Régie son Benjamin Tixhon – Régie lumière Théo Serez – Maquillages Katrine Zingg – Peinture des décors Valérie Margot – Construction Les Ateliers du Lignon – Genève

Production Théâtre Am Stram Gram – Genève

Jusqu’au 26 juillet 2019 à 10h10 au 11 Gilgamesh Belleville – Avignon Off (sauf les 10, 17 et 24)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito 

Vu le jeudi 11 juillet 2019 au 11 Gilgamesh Belleville à 10h10

Prix de ma place : invitation

 

(avant, pendant, après)

Hercule… On parle du demi-dieu Grec ou du copain de Pif ? Avant je confondais Fabrice Melquiot et David Lescot, mais ça c’était avant.

Jukebox : Dans la pièce, on fait référence à l’India Song. On chante du Cabrel. On entend « Wannabe » des Spice Girls. Vais-je vous confier que je suis allé voir en salle à sa sortie le film Spiceworld ou que j’ai dansé sur cette même chanson il y dix jours précisément ?

Elle fait semblant de ne pas me voir, je fais semblant de ne pas la voir, nous faisons semblant de ne pas nous voir.

Le Groenland (Pauline Sales / Sylvie Boutley / Salle Roquille / Avignon Off 19)

(de quoi ça parle en vrai)

« Cartographie d’une intimité. Monologue d’une femme qui perd le contrôle de sa vie, mais juste le temps d’une nuit … le temps d’aller au Groenland et de revenir… Théâtre d’une parole ironique. Elle fugue à travers les rues d’une ville, la nuit, en compagnie de sa fille, sa chouette son loup. Elle veut l’emmener au Groenland, un pays lointain, un retour à des origines esquimaudes ou un désir qui insiste. » (source : ici)

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(ceci n’est pas une critique, mais…)

Dans la petite boîte noire intime de la Salle Roquille (ou le secret le mieux gardé d’Avignon) se joue une pièce qui mériterait qu’on s’y attarde.

On vit la pièce comme un rêve éveillé. Un monologue. Un dialogue avec une enfant qui n’existe peut-être pas. Toujours une histoire de je(u).

La mise en scène sobre et exigeante de Sylvie Boutley laisse la place au jeu clair et maîtrisé de Clarisse Hagenmuller (qui reprend cette pièce créée en 2006 avec une autre mise en scène). Chaque geste, chaque mouvement parait calculé. Même si la logorrhée (forcément verbale, clin d’oeil au texte qui se permet ce pléonasme), écrite par Pauline Sales, y tient une place de choix, il y a un remarquable travail corporel, presque invisible, tout en retenue. Sans oublier une création musicale qui souligne très finement le parcours de cette femme.

Certain.e.s rêvent du Brésil. Ici, c’est le Groenland.

 

LE GROENLAND

Écriture Pauline Sales

Interprétation Clarisse Hagenmuller

Direction d’actrice et scénographie Sylvie Boutley

Bande son originale Stéphane Clor – Vidéo Marc Linnhoff – Lumières Raphaël Siefert

Compagnie Indigo Théâtre

jusqu’au 28 juillet (sauf les 8, 15 et 22) à 21h à la Salle Roquille (Avignon Off)

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Vu le mercredi 10 juillet 2019 à la Salle Roquille (Avignon Off)

Prix de ma place : 17€ (tarif plein)

 

(avant, pendant, après)

Quand je rentre dans cette salle, plus qu’aucune autre, me revient toujours cet été 2001 durant lequel j’ai joué dans cette petite boîte noire, deux fois par jour, du Ronald Laing et du Fernando Pessoa.

Quand je suis dans cette salle, plus qu’aucune autre, me revient toujours cet été 2001, durant lequel nous avons joué devant une seule spectatrice ce spectacle d’après les poèmes d’Alvaro de Campos et les textes de Bernardo Soarès, souvenir impérissable.

Quand je sors de cette salle, plus qu’aucune autre, me revient toujours cet été 2001… Parce qu’on revient toujours en certains lieux, parce que reviennent toujours les mêmes souvenirs. On ne peut s’en empêcher.

Festival d’Avignon 2019, ma sélection Off

Autant vous dire, qu’une fois n’est pas coutume, il y a l’embarras du choix cette année dans le Off d’Avignon. La Manufacture, Les Halles, les Doms sont toujours là, deux autres lieux prennent également de plus en plus de place et proposent cette année encore une programmation alléchante et exigeante : le 11 Gilgamesh Belleville et le Train Bleu, qui en très peu d’années (seulement la deuxième pour le Train Bleu) font déjà office d’incontournables.

Je ne parviens pas à me souvenir combien de festivals d’Avignon j’ai faits. Le premier, c’était en 1996, le dernier, forcément, l’an passé. J’ai fait les trois semaines de festival à deux reprises, encore en 1996 et en 2001, autrement dit dans une autre vie. A la fin d’un séjour, il n’est jamais certain que je revienne l’année suivante. Et pourtant, un manque s’immisce en moi et finalement j’organise mes vacances en fonction de.

Je serai de retour à Avignon du 10 au 16 juillet. L’an passé, j’ai vu 24 spectacles en 8 jours (5 + 3). Mon objectif n’est pas d’en voir autant (trois par jour est une bonne moyenne… et c’est déjà beaucoup), mais de mieux apprécier les spectacles et la ville. Prendre le temps aussi pour voir un film à l’Utopia ou une expo à la Collection Lambert. Bref…

Voici donc les vingt-sept spectacles que j’ai sélectionnés parmi les 1 592 qui se joueront dans les différents lieux du Off (sachant que je compte n’en voir que 18 tout au plus, in inclus, je vous laisse calculer) : (classés par horaire)

(NB : Pour ceux qui repassent par là, j’ai ajouté 3 spectacles à ma sélection initiale qui se trouvent en n° 10, 15, 22)

1/ GUERRE, ET SI ÇA NOUS ARRIVAIT ? de Janne Teller par Laurent Maindon à Présence Pasteur à 9h45

« IMAGINE : Et si, aujourd’hui, il y avait la guerre en France… Où irais-tu ? »

Avec une collègue de l’Occupation Bastille période Tiago Rodrigues. Il est toujours bon de suivre les gens qu’on a croisés ici et là.

2/ CRÂNE de Patrick Declerck, mise en scène d’Antoine Laubin, au Théâtre des Dons à 10h

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© Beata Szparagowska

« Devant nous, un écrivain à qui l’on doit retirer une tumeur. Il s’agit d’une intervention dite de chirurgie éveillée. Il faudra sonder le patient pour être certain de ne pas lui ôter le langage. C’est son outil de travail en quelque sorte et sa raison de vivre peut-être. On nous parlera du deuil impossible pour un chien, de la poésie de Shakespeare, du ridicule accoutrement opératoire et de la dignité qui se loge parfois dans les détails même face à une mort hypothétique. »

J’avais découvert le travail d’Antoine Laubin aux Doms avec « Le Réserviste » d’après un texte de Thomas Depryck. Je suis quelqu’un de fidèle.

3/ LATERNA MAGICA de Dorian Rossel et Delphine Lanza au 11 Gilgamesh Belleville à 10h30

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© Todd Hido

« Ce spectacle est une réinvention pour le plateau de la fausse autobiographie d’Ingmar Bergman. Ce récit sans complaisance, entre mémoires et exutoire psychanalytique, dessine un autre portrait du génie protéiforme. Il se raconte, les souvenirs dérivent, réinventant sa propre histoire pour en mesurer l’étendue et se l’approprier enfin. Bergman fait de sa vie une matière, fertile et fluctuante, pétrie de contrariétés, d’humour et de manques, sédiments propices à l’éclosion de sa créativité. »

Grande impatience avant chaque spectacle de Dorian Rossel, dont je regrette de ne pas encore avoir vu son adaptation du Dernier Métro de Truffaut.

4/ PLAIDOYER POUR UNE CIVILISATION NOUVELLE d’après Simone Weil par Jean-Baptiste Sastre au Théâtre des Halles à 11h25

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Crédit photo : DR

« Simone Weil : figure radicalement à part de la pensée française du XXe siècle. Sa vie durant, elle a cherché jusqu’à l’épuisement des clefs pour tenter de se comprendre et de comprendre le monde. Elle travailla en usine, prit part à la guerre d’Espagne aux côtés des Républicains, avant de rejoindre Londres et la « France Libre », où elle mourût à l’âge de 34 ans. « Elle ne méprisait rien sinon le mépris lui- même » Albert Camus. Après La France contre les robots de Georges Bernanos, Hiam Abbass et Jean-Baptiste Sastre adaptent une partie de la correspondance, L’Enracinement et d’autres textes de cette philosophe qui relèvent ses apports à la philosophie, à la critique politique et à la spiritualité. »

L’idée de voir l’actrice Hiam Abbass dans la salle de la Chapelle m’impressionne au plus haut point, surtout avec des textes aussi majeurs (et on parle de Simone Weil, pas de Simone Veil… j’ai vérifié avant)

5/ MARX ET LA POUPÉE  d’après le roman de Maryam Madjidi par Raphaël France-Kullmann au Théâtre Artéphile à 11h45

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« Depuis le ventre de sa mère, Maryam vit de front les premières heures de la révolution iranienne. Six ans plus tard, elle rejoint avec sa mère son père en exil à Paris. À travers les souvenirs de ses premières années, elle raconte l’abandon du pays, l’éloignement de sa famille, l’effacement progressif du persan au profit du français avant de le retrouver pleinement. Maryam Madjidi raconte avec humour et tendresse les racines comme fardeau, rempart, moyen de socialisation, et même arme de séduction massive. »

Parce que j’aime énormément ce premier roman et qu’aussi j’avais apprécié discuter avec son autrice les deux fois où on s’est vu. (ce n’était pas pour un rendez-vous Tinder, je préfère préciser, nous avons une connaissance en commun qui avait même traîné Maryam à mon anniversaire pour mes 30 ans, autrement dit il y a dix ans, déjà…)

6/ J’AI RENCONTRÉ DIEU SUR FACEBOOK d’Ahmed Madani au 11 Gilgamesh Belleville à 11h50

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©François-Louis Athènas

« Comment une adolescente bien sage et bien protégée par sa maman peut-elle sombrer dans une mascarade pseudo-religieuse d’aventure extraordinaire ? Comment une jeune mère qui est parvenue à s’émanciper du poids de la tradition, de la religion, réagit-elle face à ce qu’elle considère comme une trahison de son combat pour la liberté ? Voilà un vrai sujet de société dans lequel la fiction et la poésie peuvent trouver une voie d’expression qui fera écho chez les spectateurs, et les adolescents. »

Après F(l)ammes, je suis curieux de voir ce que nous prépare Ahmed Madani.

7/ LE MASSACRE DU PRINTEMPS d’Elsa Granat au Théâtre du Train Bleu à 11h50, les jours pairs

Le Massacre du Printemps – Teaser from Elsa Granat on Vimeo.

« J’ai mûri d’un seul coup puis j’ai régressé exactement en même temps. J’ai poussé fort et dans tous les sens. Il m’est arrivé d’accompagner des gens en fin de vie. Des combattants sans monument aux morts. Il y a des événements comme ça qui semblent insurmontables, tu penses qu’ils vont te laisser clouée au sol. Et pourtant tu vas découvrir des forces inespérées qui vont t’inspirer pour inventer des printemps même sur pelouse synthétique. Tu participes aujourd’hui au Massacre du Printemps. Oui j’ai bien dit « Massacre ». »

On dit que je suis fidèle… J’ai découvert Elsa Granat il y a déjà neuf ans avec « J’ai plus pied ». Une amie jouait dans cette pièce. J’ai découvert également Claire Méchin (qu’on connait chez les Blond and Blond and Blond et surtout à revoir dans Les Secrets d’un Gainage Efficace). Mais surtout Elsa Granat… une écriture, un point de vue, un sens de la mise en scène. (et je viens seulement de comprendre le jeu de mots (Mas)Sacre du Printemps…

8/ EXIT de Fausto Paravidino par Anne-Sophie Pauchet à la Manufacture à 12h

Bande-annonce EXIT Tournée / Fausto Paravidino / Anne-Sophie Pauchet from Florent_Houdu on Vimeo.

« A quitte B. A et B se séparent. Plus tard, A rencontrera C et B rencontrera D. Exit c’est l’histoire éternelle de la fin annoncée d’un couple. Et de ce qui pourrait se passer après. L’histoire du renoncement, des échappatoires, des petites lâchetés et des grandes désillusions. Une variation drôle et acide sur la difficulté de concilier le besoin de liberté personnelle et d’émancipation avec un exigeant besoin d’affection et d’une « vie satisfaisante ». Un questionnement sur la crise qui habite ces adultes bourgeois européens parfois autant incapables de courage politique que de courage intime. »

L’idée de revoir Laure Mathis, admirable Doreen dans la pièce éponyme de David Geselson et que j’aime l’écriture de Fausto Paravidino.

9/ L’OISEAU MIGRATEUR de Dorian Rossel à la Maison du Théâtre pour Enfants à 14h

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« Deux blocs noirs, deux comédiens, deux craies pour conter l’amitié insolite entre un petit garçon, sa voisine et un passereau. À contre-courant des temps tonitruants, L’Oiseau migrateur parie sur la simplicité et invite l’imaginaire à se déployer. L’histoire s’esquisse par des dessins à la ligne épurée, avant que le texte prenne le relais. »

Pour les mêmes raisons qui m’amènent à voir Laterna Magica et parce que je ne rechigne jamais à voir un spectacle dit jeune public.

10/ TROUBLE par Philippe Duban et Didier Cousin à Lascierie à 14h (jusqu’au 14 juillet)

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« Initié dans une réflexion libre à la lecture d’écrits de Michel Foucault, le projet s’est construit à travers une coopérative de création sous la direction de Philippe Duban et Didier Cousin. « Trouble » propose une plongée historique atypique autour de l’histoire de la folie qui résonne avec notre époque actuelle. Sur scène, un orchestre d’une quinzaine de musiciens en live, des projections d’images, un trapèze et un chœur d’acteurs danseurs et chanteurs. Porté avec souffle par une équipe de trente artistes, « Trouble » évoque la mue des enfermements, interroge la place des singularités dans les cercles d’appartenances, appelle à l’union dans la diversité. »

Pour avoir déjà officié pendant trois ans en tant que comédien soutien dans une troupe composée essentiellement de jeunes adultes « hors normes », je sais que ce spectacle sera une expérience incomparable. Surtout que la troupe de ce « Trouble » comprend un de ces fameux jeunes aux milles talents cachés (le voir m’imiter un soir de résidence fut un grand moment de… trouble)

11/ LA PAIX DANS LE MONDE de Diastème au Théâtre Artéphile à 14h05

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crédit photo Vanessa Filho

« Cinq ans avaient passé. Puis dix, puis quinze. Le juge peut interdire au coupable d’approcher la victime pour une durée d’au plus cinq ans. Simon n’a pas revu Lucie. Il vit en Suisse, à quelques kilomètres de la maison de Charlie Chaplin. Il lit des livres, il fait du feu. Il ne voit pas le temps passer. Simon se prépare. Au jour où Simon et Lucie seront enfin réunis. Il doit être prêt. Tout doit être prêt. Le monde n’oubliera jamais ce jour. »

Diastème fait partie de ces auteurs, un peu comme Xavier Durringer, qui ont imprimé mon inconscient de leurs thèmes, de leur écriture.

12/ UN DÉMOCRATE de Julie Timmerman à Présence Pasteur à 14h40

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« Une traversée épique à l’humour impitoyable de la vie et de l’œuvre d’Edward Bernays (1891-1995), neveu de Freud, inventeur dans les années 20 de techniques de manipulation des masses sans précédent : la “Fabrication du consentement”. S’inspirant des découvertes de son oncle sur l’inconscient, il vend indifféremment savons, cigarettes, Présidents et coups d’État. Goebbels lui-même s’inspire de ses méthodes pour la propagande nazie – mais Eddie ne comprend pas car Eddie est un démocrate… Où en est la Démocratie à l’ère du Big Data et de l’hyper-communication? »

Ça doit faire trois ans que j’en entends parler, mieux vaut tard…

13/ FLAVIEN par Flavien Bellec au Théâtre du Train Bleu à 15h20

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« Un homme, FLAVIEN, décide de faire un spectacle sur lui. Pudique, il n’a cesse d’éviter le face à face, terrible, avec l’autre, le spectateur. Dans une succession de performances anti-spectaculaires, FLAVIEN tente de donner une représentation idéalisée de lui-même. Une entreprise narcissique impossible qui voit affluer, en miettes et fragments, des souvenirs d’enfances et des fantasmes obscurs, dans un spectacle qui prend peu à peu la forme d’un n’importe quoi poétique. La scène devient alors le théâtre d’une lutte étrange entre FLAVIEN et sa propre représentation, jusqu’à devenir le cimetière de ses identités. »

Je devrais pourtant me méfier. Le Flavien fait partie des Divins Animaux

14/ JOIE d’Anna Bouguereau par Jean-Baptiste Tur au Théâtre du Train Bleu à 16h40

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« Est-ce qu’on est obligé de pleurer à un enterrement ? Est-ce que c’est normal qu’on enferme les morts dans des boites ? Pourquoi on fait plus de slows ? Pourquoi les croque-morts on l’air dépressif ? Qui a choisi cette musique improbable ? Pourquoi la dame au premier rang pleure si fort ? Est ce qu’on a le droit de coucher avec son cousin ? Pourquoi il faut attendre d’être mort pour être couvert de fleurs ? Comment continuer à vivre puisque les gens meurent ? »

J’ai découvert Anna Bouguereau dans « En réalités » et bluffé que je fus, je suis intrigué de voir et entendre ce qu’elle a écrit.

15/ IN-TWO par la Cie Tandaim au Festival Villeneuve en Scène de 18h30 à 22h30

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photo : Gabrielle Voinot

« C’est une petite collection de trois grandes boîtes aux allures de caisses de transport qui vous invite à entrer pour partager une histoire, une confidence, un (jardin) secret… Dans ces confessionnaux du quotidien où vous serez le seul spectateur, les mots de nos auteurs complices vous seront susurrés à l’oreille… Des formes courtes (6 à 8 minutes) à la manière d’un entresort, pour un acteur et un spectateur. »

Du théâtre intime, du théâtre qui ne fait pas mal (entendre : aucune gêne), on m’en a dit grand bien et cela serai aussi l’occasion de revoir peut-être Lucile Oza, une comédienne déjà vu dans mon coup de cœur Avignon 2016 :  Zoom (Gilles Granouillet / Marie Provence)

16/ LES SECRETS D’UN GAINAGE EFFICACE par les Filles de Simone au 11 Gilgamesh Belleville à 18h45

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© Christophe Raynaud de Lage

« Elles sont cinq et écrivent un livre sur le corps des femmes, comme leurs aînées des 70’s. Elles débattent et se débattent avec les hontes et traumatismes liés à ce corps et disent tout haut ce que tout le monde vit tout bas. Elles explorent leur intimité autant que l’Histoire ou la presse et réinventent les raisons de la colère. Des injonctions esthétiques à la transmission mère-fille, des règles au clitoris, elles explosent à grands coups d’autodérision les clichés qui leur collent à la peau. »

Mise à part la comédienne Claire Méchin dont j’ai parlé un peu plus tôt, je vais me laisser convaincre par le bouche à oreille.

17/ LES SIESTES ACOUSTIQUES par Bastien Lallemant à la Collection Lambert avec Là c’est de la musique à 19h

Les Siestes Acoustique de Bastien Lallemant from François GLRN on Vimeo.

« Laboratoire collectif et bienveillant, les Siestes Acoustiques de Bastien Lallemant sont imprévisibles, et réunissent acteurs et dormeurs autour de l’instant. Ne ratez pas l’occasion de faire cette expérience d’écoute musicale et sensorielle dans un cadre exceptionnel et surtout n’oubliez pas…de vous laisser aller à dormir ! »

Parce que j’aurais besoin de dormir un peu. Le problème, c’est que c’est à 19h et que 19h, c’est pas vraiment le bon horaire pour faire la sieste, on s’endort, on se réveille ensuqué, on ne sait plus où on est…

18/ LE GROËNLAND de Pauline Sales par Sylvie Boutley à la Salle Roquille à 21h

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« Cartographie d’une intimité. Monologue d’une femme qui perd le contrôle de sa vie, mais juste le temps d’une nuit … le temps d’aller au Groenland et de revenir… Théâtre d’une parole ironique. Elle fugue à travers les rues d’une ville, la nuit, en compagnie de sa fille, sa chouette son loup. Elle veut l’emmener au Groenland, un pays lointain, un retour à des origines esquimaudes ou un désir qui insiste. »

Les mots de Pauline Sales, la mise en scène certainement très sobre de Sylvie Boutley (que je connais un peu pour avoir travaillé avec elle en 2001 sur un texte de Ronald Laing)

19/ LA DERNIÈRE BANDE de Samuel Beckett par Jacques Osinski au Théâtre des Halles à 21h30

LA DERNIÈRE BANDE
©Pierre Grosbois

« « Viens d’écouter ce pauvre petit crétin pour qui je me prenais il y a trente ans, difficile de croire que j’aie jamais été con à ce point- là. » Chaque année, le jour de son anniversaire, Krapp fait le point sur sa vie et s’enregistre sur un magnétophone. Chaque année, il écoute quelques bandes anciennes et peste contre celui qu’il a été tout en se remémorant certains instants merveilleux et perdus. Il est à la recherche de l’instant T, du moment fondateur, celui de l’amour peut-être. « Sois de nouveau, sois de nouveau ». »

Denis Lavant + Samuel Beckett = un retour forcément déconcertant et inévitable.

20/ 11 SEPTEMBRE 2001 de Jacques Vinaver par le collectif Ildi Eldi au Théâtre des Halles à 21h30

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©C. Raynaud de Lage

« Depuis le 11 septembre 2001, une page nouvelle de l’histoire contemporaine s’est ouverte concernant le terrorisme, non seulement dans les faits, mais aussi dans les consciences. C’est comme si, à force de subir les attentats à répétitions, nous étions devenus plus à même de les accepter comme une normalité. La parole des acteurs, témoins et victimes du drame constitue le coeur de ce texte qui refuse tout jugement : les récits alternent, sans hiérarchie entre eux. Des casques, des micros, une partition sonore. Les comédiens prêtent leurs voix à l’ensemble des personnages, terroristes, rescapés ou hommes politiques. Dans cette atmosphère confinée et intime, le collectif ildi ! eldi évite tout pathos en dépassant la sidération et la saturation d’images par des voix murmurées qui ne peuvent être qu’un souffle. »

Même si je fus quelque peu déçu par « Ovnis » l’automne dernier, je ne raterai pas ce nouveau spectacle du collectif. Et aussi parce que je suis un inconditionnel de Grégoire Monsaingeon !

21/ HÉROÏNES 2 de Dominique Richard par Lucile Jourdan au Théâtre de l’Entrepôt (du 12 au 15 juillet) à 21h30

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« Une femme se cherche, ivre de désir d’amour et d’absence, dans le frais gazon vert de la maison calme, elle prend le temps de délacer les fils emmêlés de sa vie amoureuse. De l’enfance – aux côtés de son frère Paul, double adoré et jalousé – à aujourd’hui, elle suit les rainures de sa mémoire. »

Parce que la pièce était sélectionnée dans le festival Court au Théâtre du Théâtre Berthelot à Montreuil, dont je suis la programmation pour Le Blog de Nestor (un peu de réclame n’a jamais fait de mal) et aussi parce qu’on m’a grandement conseillé de découvrir l’écriture de Dominique Richard.

22/ IPHIGÉNIE À SPLOTT (Gary Owen / Blandine Pélissier) au Théâtre Artéphile à 21h40

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« Effie habite à Splott, un quartier de Cardiff touché par le chômage et la paupérisation. Effie, c’est le genre de fille qu’on évite de regarder dans les yeux, qu’on se permet de juger l’air de rien. Effie, c’est la provocation incarnée. On croit la connaître, mais on n’en connaît pas la moitié. Tous les samedis, elle se jette dans une spirale d’alcool, de drogue et de petits drames, et émerge au bout de trois jours d’une gueule de bois pire que la mort pour tenir jusqu’au bout de la semaine et mieux recommencer. Et puis, un soir, l’occasion lui est offerte d’être plus que ça. »

Je ne sais pas s’il s’agit d’un hasard, mais voir cette pièce au même endroit et à la même heure qu’une certaine Irish Story vue l’an passé est de bon augure. Surtout que la co-traductrice du texte n’est autre que Kelly Rivière (l’autrice et interprète de « An Irish Story », tout le monde suit ?) et que je pourrai y admirer Morgane Peters, que j’avais énormément appréciée dans des pièces jouées avec sa promo de l’ERACM.

23/ LOUISE O’SMAN au Théâtre de la Croisée des Chemins à 21h50

« Chausser des bottes de sept-lieues, devant la folie des Hommes, de ceux qui ne croquent plus la pomme -surtout dans la rue Paradis. Écouter la beauté des ondes, des veilleurs de ponts et des sourdes frondes enfouis dans le bleu endormi. Raconter les frênes trop frêles, les cœurs étouffés sous le satin, la violence des miroirs quotidiens. S’asseoir enfin à l’ombre des mémoires pour chanter l’attente, le manque et l’absence, qui sont peut-être déjà, les premiers signes du printemps. À la fois doux et intime, incisif et courtois, le répertoire de Louise O’sman marque par sa force, son originalité et sa poésie. »

C’est de la chanson, c’est de l’accordéon, c’est aussi un peu de copinage car la demoiselle se produisait également avec les No Man’s Louise que je suivais de Paris à Marseille…

24/ LA CONVIVIALITÉ par Arnaud Hoedt et Jérome Piron au Théâtre du Chapeau d’Ebène à 22h15

La Convivialité, Théâtre National, septembre 2016

« Le spectacle des deux belges qui veulent simplifier la langue française » : tout est faux dans cette phrase. Pas « simplifier » mais faire preuve d’esprit critique. Pas « deux belges», mais deux curieux qui veulent partager les découvertes des linguistes. Pas même la langue, seulement son orthographe. Car l’orthographe, c’est pas la langue, juste le code graphique qui permet de la retranscrire. Nous avons écrit pour dédramatiser, pour réconcilier et aussi parce qu’on a toujours pensé que l’Académie Française avait un vrai potentiel comique. Notez que tout n’est pas faux : il s’agit bien d’un spectacle ! Et drôle en plus ! C’est quand la dernière fois que vous avez changé d’avis? »

Je ne m’en orgueillis jamais assez : je suis le vice-champion départemental des Bouches du Rhône 1991 d’orthographe.

25/ DÉGLUTIS ÇA IRA MIEUX d’Andréa Bescond et Éric Métayer au Théâtre du Balcon à 22h30

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« Déglutis, ça ira mieux est l’histoire d’une femme, Aline, éternelle adolescente de 45 ans, fuyant sa vie, ses responsabilités et surtout son rôle de mère. Lorsqu’elle apprend qu’elle est atteinte d’une maladie dégénérative, elle se débrouille pour retrouver sa fille, Nina, devenue adulte trop tôt et qui a fait ses bagages depuis longtemps. Les retrouvailles entre ces deux femmes que tout oppose – ou presque – seront déjantées et passionnées. Bien malgré elle, Nina se retrouve emportée par la folie douce et l’humour de sa mère. Aline, elle, a une idée derrière la tête. Faire la paix avec sa fille. Et lui demander l’impossible… »

Je n’ai point vu de spectacles du duo Andréa Bescond / Eric Métayer. Je veux seulement revoir Géraldine Martineau sur scène. C’est dit.

26/ CHARLY CHANTEUR à l’Arrache-Coeur à 22h30

 

« Les ballades spleenétiques sont comme des chansons dépressives mais en plus drôles. Les poèmes-poubelles sont des poèmes récupérés dans une poubelle et mis en musique. Charly Chanteur est un chanteur gourou de la secte du « Spleen », un vrai-faux chanteur qui fait un vrai-faux concert. »

L’acolyte de Léopoldine HH revient à l’Arrache-Coeur tout seul. Pour bien terminer la soirée.

27/ LA 7E VIE DE PATTI SMITH de Claudine Galea par Benoît Bradel à la Manufacture, du 13 au 19 juillet à 23h

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crédit photo Benoît Bradel

« 2 portraits en parallèle, 2 amplis, 3 micros, 1 jeune fille, 1 jeune femme, des guitares électriques. À la fin des années 70, dans un village près de Marseille, une jeune fille timide porte difficilement ses 16 printemps. Jusqu’au moment où elle entend une voix. Celle bien saccadée d’une autre jeune femme maigre et timide. Mais trentenaire celle-ci. C’est Patti Smith qui, avec Horses, entre dans la légende. En adaptant à la scène l’écriture de Claudine Galea, Benoît Bradel signe un trio électrique sur notre irrépressible besoin de liberté. »

Patti Smith + Marie-Sophie Ferdane = deux raisons suffisantes.

**********

À part ça, j’ai déjà vu et je ne peux que conseiller :

La Légende de Bornéo du Collectif L’Avantage du Doute au Théâtre des Carmes, Désobéir de Julie Berès à la Manufacture (chronique très en retard), Le Champ des Possibles d’Elise Noiraud au Théâtre Transversal, On voudrait revivre par Léopoldine Hummel, Maxime Kerzanet et Chloé Brugnon à la Caserne des Pompiers, Vies de papier par la Cie La Bande Passante au 11 Gilgamesh Belleville, Batman contre Robespierre par le Grand Colossal Théâtre au Théâtre des Gémeaux, En réalités par Alice Vannier au Théâtre du Train Bleu, le Syndrome du Banc de Touche de Léa Girardet au Théâtre du Train Bleu.

Il y a bien deux trois autres pièces que j’ai vues et qui repassent par Avignon mais que je ne conseillerai pas et que je ne mentionnerai pas ici (dans l’onglet AVIGNON 2019, vous pourrez tout de même les trouver, j’y ai même mis des étoiles, on n’arrête pas le progrès !)

Il s’agit bien évidemment d’une sélection complètement subjective. Je le répète, il y a presque 1 600 spectacles programmés dans le Off. J’ai déjà reçu énormément de courriels m’invitant à découvrir certaines pièces. Ça me désole (et déprime aussi) de ne pas pouvoir répondre, je vous prie de bien vouloir m’excuser. Mais n’hésitez tout de même pas à donner vos conseils, vos envies. On sait jamais…

Avignon c’est dans un mois. Et d’ici là…

Et d’ici là, j’ajouterai bientôt trois nouveaux spectacles qui sont arrivés à mes oreilles…

Ps : Pourquoi Off alors que In ? Parce que si In plutôt Out. Ou bien On et Off ? Pourquoi en anglais d’ailleurs ?

Festival d’Avignon 2019 , ma sélection In

On prend de l’avance, on planifie de bonne heure, hormis des spectacles dans le Off (sélection à suivre), je tenterai de voir une ou deux pièces dans le In durant mon « court » séjour (et qu’on ne me montre pas du doigt, comme on me l’a dit l’an passé, je ne vais pratiquement que dans des théâtres subventionnés durant la saison normale, je peux faire des écarts (admirables) dans le Off l’été !) Tout ça pour dire, si je pouvais, je verrais :

1/ ARCHITECTURE de Pascal Rambert dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes du 4 au 13 juillet 2019

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Photo : Marcel Breuer

« Une famille d’artistes n’échappe pas à la tourmente du XXe siècle qui engloutit ses espoirs et son avenir. »

Parfois je me dis que l’addition de talents aussi grands n’est pas forcément un gage de réussite. Le casting fait envie : Emmanuelle Béart, Audrey Bonnet, Marie-Sophie Ferdane, Anne Brochet (qui remplace Marina Hands), Arthur Nauzyciel, Stanislas Nordey, Denis Podalydès ou Pascal Rénéric, Laurent Poitrenaux, Jacques Weber (et je reprends mon souffle). « Clôture de l’amour » avait été une vraie claque, « Répétition » une déception (dans le genre, chaque acteur attend son tour pour prendre la parole ou quand Rambert reproduit la recette de « Clôture… » mais avec quatre comédiens), « Actrices » m’avait conquis uniquement grâce à Marina Hands. Bref, je suis très curieux de voir ce spectacle qui, à l’origine, n’était pas prévu pour la Cour d’Honneur.

La pièce sera en tournée en 19/20, notamment aux Bouffes du Nord en décembre prochain.

2/ LE PRÉSENT QUI DÉBORDE NOTRE ODYSSÉE II de Christiane Jatahy au Gymnase du Lycée Aubanel du 5 au 12 juillet

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Photo : Paul Camacho

« Odyssées contemporaines des exilés, contraints par leur douleur à ne pas se souvenir, empêchés par les épreuves de penser demain. »

Je rattraperai ce second volet cet automne au CentQuatre, je ne peux rater la nouvelle création de Christiane Jatahy qui fait partie de mes créatrices préférées.  (aussi parce que la première fois que j’ai vu un de ses spectacles, « Julia » au CentQuatre le 20 septembre 2013… je m’en souviens parce que… non… rien…) Cette fois-ci, elle sera à la lisère du théâtre documentaire. Il y aura aussi un peu d’Amazonie et quand on sait ce qu’il s’y passe aujourd’hui…

3/ PHÈDRE ! de François Grémaud à la Collection Lambert du 11 au 21 juillet

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Photo : Loan Nguyen

« Sur scène, une drôle de conférence sur Phèdre, par un comédien-professeur qui se laisse déborder par sa passion… »

L’humour et l’intelligence de François Grémaud m’avaient emballé lors des Conférences de choses qu’il avait co-écrites avec Pierre Mifsud. Il est ici une nouvelle fois à la mise en scène et à la conception de ce nouveau « cours » et j’attends avec impatience cette relecture du classique de Racine.

Ce spectacle est également présent dans la programmation du Théâtre de la Bastille pour la saison prochaine.

4/ OUTSIDE de Kirill Serebrennikov à l’Autre Scène du Grand Avignon – Vedène du 16 au 23 juillet

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« Images, poèmes, corps urbains. La vie de l’artiste chinois Ren Hang mise à nue par le regard incisif et résistant de Kirill Serebrennikov. »

Outre l’aspect politique que revêt la présence à Avignon de Kirill Serebrennikov, nul doute que ce spectacle sera à la hauteur des attentes que nous portons envers le créateur de « Les Âmes Mortes » et des films « Le Disciple » ou « Leto ».

5/ GRANMA. LES TROMBONES DE LA HAVANE par le Rimini Protokoll au Cloître des Carmes du 18 au 23 juillet

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Photo Doro Tuch

« L’histoire de quatre petits-enfants de la Révolution cubaine qui, aux côtés des anciennes générations, décident désormais du destin de leur île. »

Le Rimini Protokoll fait partie de mes révélations tardives de la saison dernière. Après leur installation autour de la mort « Nachlass », voici donc une vision de Cuba aujourd’hui.

La pièce sera également présentée à la Commune d’Aubervilliers dans le cadre du Festival d’Automne.

6/ A LEAF par Célia Gondol et Nina Santes aux Hivernales – CDCN d’Avignon du 6 au 8 juillet

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photo Scribe

« A Leaf est un concert chorégraphique conçu comme une spirale vibratoire, où la frontière entre réalité et fiction s’efface doucement. »

Après avoir découvert son travail organique ce printemps avec « Hymen Hymne », je ne peux que tenter de découvrir ce que Nina Santes peut avoir en tête. En réalité, je ne serai pas encore présent, mais j’essaierai la transmission de pensées.

7/ VIVE LE SUJET ! SÉRIE 4 – CE JARDIN de Ina Mihalache et Madeleine Fournier au Jardin de la Vierge du Lycée Saint-Joseph du 17 au 23 juillet

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image Marie Prunier

« Deux femmes tentent de mettre en pratique la sororité. Elles voudraient s’aimer simplement, se désirer aussi peut-être, mais ce n’est pas si simple dans une société patriarcale qui met les femmes en compétition les unes contre les autres. Ce Jardin ouvre un espace d’exploration et d’exorcisation des relations qui existent entre elles avant même qu’elles se soient rencontrées. »

Je suis un des admirateurs de la première heure de Ina Mihalache alias Solange te parle. Il est heureux de la voir ailleurs que sur YouTube, de suivre son évolution, toujours là où on ne l’attend pas, toujours aussi audacieuse et exigeante.

Le Champ des Possibles (Elise Noiraud / La Reine Blanche)

(de quoi ça parle en vrai)

« A 19 ans, Elise décide de quitter son village poitou-charentais pour aller à Paris suivre des études de lettres. Elle découvre alors l’autonomie et la liberté et se pose beaucoup de questions. A quel moment se sent-on adulte ? Comment quitter ses parents ? Quitter le terrain de son enfance ? Faire ses premiers choix ? » (source : ici)

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Photo de couverture : Baptiste Ribrault

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Ceci est le troisième opus de la vie d’Élise. Je l’avais découverte il y a sept ans à l’Espace Saint-Martial dans le Off d’Avignon avec le premier volet de cette oeuvre autobiographique : « La banane américaine ». Il y eut d’abord son enfance, puis son adolescence (« Pour que tu m’aimes encore » que j’avais raté) et maintenant le passage à l’âge adulte. Elise Noiraud m’avait déjà à l’époque séduit, le genre « monologue autofictionnel » étant l’une de mes passions.

Ici, l’artiste ne fait que confirmer le bien que je pensais. L’écriture est simple et directe, la mise en scène toute aussi sobre (une chaise, un coffre, des changements de lumière, des musiques bien choisies (oui, j’ai eu aussi ma période All Saints avec « Pure Shores ») et surtout il y a une sacrée comédienne devant nous.

Si on devait faire des rapprochements, on pourrait dire qu’il y a du Philippe Caubère chez Elise Noiraud, cette façon de passer d’un personnage à l’autre, de caractériser cette mère omniprésente, toxique… « Le Champ des possibles » est d’ailleurs plus profond qu’il n’y parait. Sous des allures de « seule en scène » comique, viennent poindre progressivement des instants dramatiques, sur l’accomplissement de soi, sa place quand on devient adulte.

Le rythme y est soutenu. J’aime cette idée de se raconter par le regard d’autres personnages.

Cette pièce est réussie parce qu’Elise Noiraud parle d’elle-même. Elle nous cueille surtout quand elle se joue elle-même. Cette pièce est réussie, surtout parce que chacun s’y reconnait. Je m’y suis reconnu : l’arrivée à Paris (même si j’étais sensiblement plus vieux), le rapport à la famille, l’éloignement géographique…

Je suis Élise. (et je jette au sol mon micro)

 

LE CHAMP DES POSSIBLES

TEXTE & INTERPRÉTATION Élise Noiraud

COLLABORATION ARTISTIQUE Baptiste Ribrault – CRÉATION LUMIÈRE François Duguest

Jusqu’au 22 juin 2019 au Théâtre de la Reine Blanche (Paris), puis au Théâtre Transversal à Avignon du 5 au 28 juillet 2019

 

(une autre histoire)

Je suis en retard, je sais. Pour écrire cet article. Une surcharge mentale m’étreint. Trop de choses à penser, à écrire… « Non non non, pas d’insectes dans ma tête… » Résultat des courses, je suis immobile, allongé sur mon parquet. Je compte les moutons sous mon canapé mais ne m’endors pas pour autant. Je suis aux aguets. Des petits bruits. Ma machine à laver fuit. Je voulais en parler de ma machine qui fuit. Parce que j’ai peur que mon voisin en ait subi les conséquences. Je ne veux pas y aller.

« Toc toc, bonjour petit voisin qui fait semblant de ne pas me voir dans la rue et qui souffle comme un boeuf alors qu’il a un étage de moins à monter par rapport à moi. »

Non, je ne le ferai pas. Je n’ose pas sortir, il m’entendrait. Tous les jours, je l’entends hurler « PUTAIN ! » J’ai peur. Il doit jouer aux jeux vidéos, ça doit être ça la lumière bleutée que je vois quand je lève les yeux au ciel en arrivant dans ma cour. J’ai réparé la fuite, au fait. Juste le boulon ou l’écrou (je ne suis pas très bricoleur) qui s’était desserré.

Je mens. Aujourd’hui, j’ai passé la journée dans un café. Pour écrire ceci, pour écrire cela. Je reviendrai chez moi tard, sur la pointe des pieds. On ne sait jamais.

 

vu le samedi 25 mai 2019 au Théâtre de la Reine Blanche (Paris)

Prix de ma place : invitation

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Antioche (Sarah Berthiaume / Martin Faucher / Paris Villette)

(de quoi ça parle en vrai)

Jade fait des listes et des rencontres sur Internet pour essayer de trouver un sens à sa révolte. Antigone, sa meilleure amie morte dans une pièce écrite il y a 2 500 ans, essaie désespérément de faire jouer sa tragédie à la troupe de théâtre de l’école. Inès, la mère de Jade, erre comme un fantôme dans leur maison de banlieue. Antioche, c’est l’histoire de trois filles emmurées vivantes qui décident de fuir vers l’avant. Et surtout, d’une rencontre improbable dans la ville d’Antioche, en Turquie, là où tout pourrait encore changer. (source : ici)

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(ceci n’est pas une critique, mais…)

Voici une pièce à forte inspiration wajdimouawadienne : un peu de Québec, une pincée de Proche Orient, un sujet sociétal, de la tragédie grecque…

Pourtant c’est la petite histoire qui convainc le plus. Même si la quête (ou l’absence) de sens de la vie d’une adolescente n’est pas le sujet le plus original, le dynamisme des comédiennes (la référence au film Trainspotting également) nous séduit dans un premier temps, sans parler du capital sympathie pour cette langue québécoise que j’aime tant !

Le hasard (?) de la programmation du Paris Villette fait s’enchainer dans le mois deux pièces (Désobéir de Julie Berès et celle-ci) dont certains effets (les comédiennes se filment avec leurs téléphones portables) et des actions (l’adolescente qui communique via Skype avec un étrange inconnu) sont communs. La suite de la pièce est prévisible et peine à nous convaincre. La gestion du volet « radicalisation » (l’héroïne d’origine turque pense qu’en retrouvant ses origines et le bel inconnu, sa vie prendra un nouveau sens, alors même que sa mère avait elle-même fui son pays d’origine pour rejoindre le Canada au même âge) est assez maladroite.

Reste le plaisir d’observer la force de conviction des trois comédiennes, dont Sarah Laurendeau (la fameuse Antigone), déjà à l’affiche de « L’Avalée des avalées » l’automne dernier aux Déchargeurs.

 

ANTIOCHE

texte Sarah Berthiaume

mise en scène Martin Faucher

distribution Sharon Ibgui, Sarah Laurendeau, Mounia Zahzam

scénographie Max-Otto Fauteux / éclairages Alexandre Pilon-Guay / musique originale Michel F. Côté / costumes Denis Lavoie / maquillage et coiffure Angelo Barsetti / vidéo Pierre Laniel / assistance à la mise en scène Emanuelle Kirouac-Sanche / direction technique Karl-Émile Durand et Francis Vaillancourt-Martin

Jusqu’à ce soir (samedi 25 mai 2019) au Théâtre Paris Villette puis au 11 Gilgamesh Belleville du 5 au 26 juillet  2019 (Avignon Off)

 

 

(une autre histoire)

L’ami qui m’accompagne pour voir cette pièce est quelque peu irrité par le comportement de certains spectateurs lycéens. Je crois que je m’énerve suffisamment en journée, dans le cadre de mon travail qui me permet de payer ma place de théâtre, pour que cela me passe au-dessus.

L’ami me propose de boire un verre après la représentation. Il est tôt (20h30). Pourtant je décline l’invitation. Je préfère retrouver mes pénates, ma machine à laver qui fuit… Je n’ose toquer à la porte de mon voisin du dessous pour lui demander si une quelconque fuite est apparue à son plafond. Je fais réchauffer du gratin de courgettes, je suis seul. La semaine dernière, mon appartement était clinquant. Aujourd’hui…

Ce soir, je regarde Koh Lanta. Oui. Je suis celui qui voue un culte à Angélica Liddell, Marlène Saldana, Tiago Rodrigues et je regarde Koh Lanta. Je l’ai même enregistré, au cas où. Je ne le regarde jamais en direct, car je ne sais jamais quoi faire pendant les réclames. J’ai mon chouchou (Cyril… qui est l’ami d’enfance d’une amie infiltrée…), je peste contre le comportement infantile de certains candidats (Mohamed et Nicolas), je m’excite tout seul sur mon divan devant la mauvaise foi ou la lacheté, j’applaudis, je crie « HAHA » quand Cyril sort son collier d’immunité lors du conseil, laissant ses adversaires bouche bée devant ce retournement de situation.

L’émission se termine. Je fais quoi déjà, la semaine prochaine ? J’ai rendez-vous avec mon ex. Je programme l’émission de vendredi prochain, puis je découvre que le programme du prochain Festival d’Automne est déjà disponible. Je note dans mon agenda… Rimini Protokoll, Tiago Rodrigues, Jonathan Capdevielle, Clotilde Hesme, Gisèle Vienne, Boris Charmatz…

De Koh Lanta à Mette Ingvartsen, il n’y a qu’un pas.

 

vu le vendredi 24 mai 2019 au Théâtre Paris Villette

Prix de ma place : 9€ (Pass TPV)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Radio Mortimer #20

Et voici donc venu le temps de ma deuxième intervention au podcast théâtre Radio Mortimer, une émission faite par des passionné.e.s de théâtre.

Au programme du soir :

Chanson douce de Pauline Bayle à la Comédie-Française (à partir d’1 min 37 s, avec Hélène – Le 4e Mur et Iris – Miniepoussine)

La Trilogie de la vengeance de Simon Stone au Théâtre de l’Odéon – Ateliers Berthier (à partir de 9 min 19s, avec Christine – Théâtre Côté Coeur, Claire – Apartés, Thibaud – Titikatiam)

– Coup de coeur pour Ça ira (1) – Fin de Louis de Joël Pommerat au Théâtre de la Porte St-Martin (à partir de 22 min 03s, par Christine – Théâtre Côté Coeur)

Le Pays lointain de Clément Hervieu-Léger au Théâtre de l’Odéon (à partir de 24 min 36 s, avec Claire – Apartés, Hélène – Le 4e Mur, Bénédicte – La Nouvelle Claque)

– Coup de coeur pour Bells and Spells de Victoria-Thierrée Chaplin au Théâtre de l’Atelier (à partir de 35 min 40 s, par Yann – Le Galopin)

Le Direktor d’Oskar Gomez Mata au Théâtre de la Bastille (à partir de 37 min 37s, avec Hélène – Le 4e Mur et moi-même)

Coups de coeur pour An Irish Story – Une Histoire Irlandaise de Kelly Rivière au Théâtre de Belleville (à partir de 43 min 10 s) et La Légende de Bornéo par le collectif L’Avantage du Doute au Théâtre de l’Atelier (à partir de 45 min 22 s) (par moi-même)

Le Fils de Marine Bachelot Nguyen au Théâtre du Rond-Point (à partir de 47 min 50 s, avec Iris – Miniepoussine et Véro – Théâtrelle)

Un grand merci à toute l’équipe et aussi à Melina – Théâtrices pour ses ciseaux et la présentation et à la prochaine !

Deux mille dix-huit

SPECTACLE VIVANT

Une année record (j’avais déjà dit cela l’an passé, mais j’ai de nouveau battu mon record, c’est moi qui ai la plus longue, pour une fois). Alors même que cette année j’ai travaillé à plein temps (pour le pire et le moins pire), je sais déjà que j’en ferai beaucoup moins en 2019, j’ai vu mes limites, tant physiques qu’inspirationnelles, si je puis dire. (ça aussi, je l’ai déjà écrit l’an passé, mais à moins qu’on me paye pour écrire, je verrai réellement beaucoup moins de spectacles l’an prochain). Pour être plus sérieux, j’ai la fâcheuse impression que d’en voir beaucoup me blase un tantinet…

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Bibliothèque du Théâtre de Gennevilliers

139 spectacles (71 il y a 2 ans, 101 l’an passé) à Paris, Montreuil, Bobigny, Nanterre, Gennevilliers, Aubervilliers, Saint-Denis, Boulogne-Billancourt, Saint-Ouen, mais aussi Avignon, Bussang, Bruxelles, Londres et Lausanne, dans 66 lieux avec des artistes français, belges, anglais, néerlandais, italiens, portugais, canadiens, danois, suisses, brésiliens, grecs, polonais, allemands, israëliens, russes… parfois (souvent) dans le texte. Du théâtre, des chevaux, des images, du son, de la musique, des marionnettes, des objets, du théâtre documentaire, de la danse, du cirque, du seul en scène, du one wo.man show, des écoles de théâtre, des gens tous nus, des performances, du jeune public, des professionnels, des « amateurs » et même des pièces dans le privé…

Trois spectacles vus une 2e fois (« Iliade » par Pauline Bayle, « Bovary » et « Sopro » de Tiago Rodrigues) ou une 3e fois (« By Heart » de Tiago Rodrigues, toujours lui)

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Ça ne se passe jamais comme prévu de Tiago Rodrigues avec les élèves de la Manufacture au Théâtre de l’Aquarium

J’ai vu cinq spectacles du tg STAN (« Quoi Maintenant », « Infidèles », « Atelier », « Après la répétition », « Quartett »), quatre de Tiago Rodrigues (+ « Ça ne se passe jamais comme prévu ») (#TeamTiago), quatre de Julien Gosselin (« 1993 » et sa trilogie Don DeLillo), quatre de Gwenaël Morin (sa tétralogie « Molière de Vitez »), trois de Marc Lainé (« La fusillade sur une plage d’Allemagne », « Hunter », « La Chambre désaccordée »), deux du Collectif L’Avantage du Doute (« Grande Traversée », « La Caverne ») (le film de Judith Davis « Tout ce qu’il me reste de la révolution » sort début février, soit dit en passant), deux de Pauline Bayle (« Iliade » et « Odyssée »), deux avec Laetitia Dosch (« La Maladie de la Mort » de Katie Mitchell et « Hate »), deux avec Emilie Incerti Formentini (« Au bois » et « Love me tender »), deux avec Grégoire Monsaingeon (« Bovary » et « Ovni(s) »), deux de Lisbeth Gruwez (« We’re pretty fuckin’ far from ok », « The Sea Within »), etc.

Par souci de transparence, je tiens à mentionner que j’ai bénéficié de 43 invitations  (dont 19 dans le cadre du Festival Off d’Avignon) grâce à ce blog ou dans le cadre de  mes contributions au Blog de Nestor (blog sur l’actualité culturelle montreuilloise). J’ai donc payé 96 fois ma place…

À part ça de grands souvenirs avec (dans le désordre) :

  • France Fantôme de Tiphaine Raffier au TGP St-Denis
  • B. Traven de Frédéric Sonntag au Nouveau Théâtre de Montreuil
  • The Encounter de Simon McBurney à l’Odéon Théâtre de l’Europe
  • Tragédies Romaines de Ivo Van Hove à Chaillot (je ne l’ai pas chronique, vous rendez-vous compte ?!?)
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Tragédies romaines d’Ivo Van Hove à Chaillot

Et dans les (plus ou moins) bons souvenirs :

  • le bataillon 30 hyper dissipé aux Tanneurs pour le « By Heart » de Tiago Rodrigues.
  • ma crampe à la cuisse droite durant la trilogie Don DeLillo aux Ateliers Berthier.
  • le site magnifique du Théâtre du Peuple à Bussang.
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Théâtre du Peuple, Bussang
  • mon extinction de voix à cause de Laetitia Dosch (ou plutôt à cause de ma persévérance à ne pas vouloir acheter de parapluie)
  • mon accréditation pour le Off d’Avignon.
  • la découverte du Barbican à Londres (clin d’oeil à Camellia Burows)
  • tomber amoureux d’une bonne dizaine de comédiennes/danseuses (en vrai, j’ai préféré ne pas compter pour ne pas me faire du mal) (clin d’oeil à Laurent, je te laisse Laetitia, mais j’ai vu Lisbeth avant toi, je te ferai remarquer !)
  • ces moments « je vais aux toilettes ou je n’y vais pas » pendant les spectacles de Gosselin ou Van Hove.
  • ma gêne lors de ma rencontre avec une comédienne qui avait lu ma chronique mitigée d’une pièce dans laquelle elle avait joué (longue phrase bien lourde).

 

CONCERTS

16 soirées concerts (soit moitié moins que l’an passé) mais avec 27 artistes ou groupes.

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Parce que je fais parfois régisseur son…

TOP 5

 

EXPOS

La découverte (enfin) des Rencontres Photographiques d’Arles, les polaroïds de Wim Wenders à Londres, mon initiation à l’architecture…

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La Cité Radieuse par le Corbusier sur la Planète Mars

 

CINÉMA

Moitié moins de films cette année (35 au 26 décembre 2018), la faute au théâtre et aux chroniques à écrire, à la flemme. Huit films sont tout de même parvenus à se détacher : 

  • Leto de Kirill Serebrennikov
  • Shéhérazade de Jean-Bernard Marlin (#TeamLycéeMichelet)

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  • Amanda de Mikael Hers
  • Climax de Gaspar Noé
  • Woman at War de Benedikt Erlingsson
  • Au Poste de Quentin Dupieux
  • Phantom Thread de Paul Thomas Anderson
  • Ready Player One de Steven Spielberg

 

SÉRIES

J’ai vu énormément (trop ?) de saisons cette année : 50 si j’ai bien compté

TOP 5

  • l’intégrale de Six Feet Under (enfin !) : qui m’a totalement dévasté, je pèse mes mots.
  • la saison 2 de The Good Fight : série trop méconnue, légèrement anti-Trump.
  • la saison 1 de Kidding (+ S1 : I’m dying up here) : Jim Carrey. Voilà.
  • la saison 1 de Counterpart : Espionnage et monde parallèle…
  • la saison 1 de The First : Sean Penn, Mars… Elle prend son temps.

 

LIVRES

TOP 5

  • la découverte FabCaro avec « Zaï  Zaï Zaï Zaï »et son roman « Le Discours » auquel je me suis pas mal reconnu (c’était même assez troublant à certains endroits) :

 

« Je ne suis pas comme vous, je vous emmerde, j’ai trop de problèmes dans ma vie pour faire la chenille, j’ai lu « Le livre de l’intranquillité » de Pessoa, vous imaginez quelqu’un qui a lu « Le livre de l’intranquillité » de Pessoa faire la chenille ? »

 

  • l’Arabe du Futur 4 de Riad Sattouf
  • Vernon Subutex 3 de Virginie Despentes
  • Le Lambeau de Philippe Lançon

 

CÔTÉ BLOG 

5 articles pas par moi : de grands remerciements encore et toujours à Cyril Bivalski et Laurent Suavet. La porte reste toujours ouverte pour vous (et pour d’autres aussi, soyons fous !)

130 articles écrits par moi…

Top 10 fréquentation (au 26 décembre) :

Le blog va plutôt bien, merci de demander. 

 

SUR LE PLAN PERSONNEL

Sans rentrer dans les détails… J’ai donc écrit de nombreux articles pour ce blog (130), quelques articles pour le Blog de Nestor (19 peut-être). J’ai collaboré à Radio Mortimer (et fait la connaissance de personnes très très intéressantes). J’ai (enfin) terminé d’écrire ma deuxième pièce que j’espère pouvoir monter d’une façon ou d’une autre en 2019, participé au labo social (fantôme) mené par le collectif « L’Avantage du Doute » lors de l’Occupation Bastille 2 (dans le théâtre du même nom), joué à deux reprises dans la salle du haut du théâtre de la Bastille en compagnie de mes amis Les Infilitré.e.s (et dit un de mes textes, tout seul devant le public)… Je crois que j’ai beaucoup écrit cette année… (et je ne suis absolument pas épuisé, mais ça c’est l’âge)

 

Et prochainement en 2019… Les Infiltré.e.s saison 2 au théâtre de la Bastille les 9 et 10 mai… « Dedans ma tête », le seul en scène écrit et interprété par moi-même… Des chroniques made in Québec…

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photo : Marc Woog – Compagnie Mimesis

 

Textes et photos (sauf mention contraire) : Axel Ito

Radio Mortimer #17

À part ça, j’ai eu la joie et l’angoisse de participer à Radio Mortimer, dix-septième du nom. C’est une émission (audio) web faite par des passionné.e.s de théâtre comme moi, avec ou sans blog. Et c’est à l’Odéon Théâtre de l’Europe que nous avons eu la chance d’enregistrer ce nouveau numéro (j’allais ajouter quelque chose, mais je ne le ferai pas, je suis le seul à comprendre cela)

Nous avons disserté à propos de « La Locandiera » de Carlo Goldoni sur une mise en scène d’Alain Françon (Comédie Française), « J’ai rencontré Dieu sur Facebook » d’Ahmed Madani (en tournée), « J’abandonne une partie de moi que j’adapte » du Nabla Group sur une mise en scène de Justine Lequette (les 11 et 12 décembre au Théâtre de Gennevilliers), « Joueurs / Mao II / Les Noms » de Don DeLillo adaptés et mis en scène par Julien Gosselin (Ateliers Berthier – Odéon Théâtre de l’Europe) et « La Bible – vaste entreprise de colonisation d’une planète habitable » par Céline Champinot (Théâtre de la Bastille).

Pour ma part, je suis intervenu sur les deux derniers segments (à partir de 32’15) : j’ai bafouillé, hésité, eeeeeeeet…. cherché mes mots et mes idées. Un grand merci à Mélina (Théâtrices) pour ses coups de ciseaux et bien plus encore et évidemment à toute l’équipe de Radio Mortimer présente lors de l’enregistrement pour leur accueil chaleureux : (par ordre alphabétique) : Bénédicte (Nouvelle Claque), Bertrand, Christine (Théâtre Côté Coeur), Hélène, Iris, Thibaut, Suzanne (Mordue de Théâtre), Valérie (R42 Culture Gourmande), Véro (Théâtrelle)

Je ferai mieux la prochaine fois…

Ps : Je n’ai absolument pas été payé pour dire tout cela, j’ai même fait un chèque en sortant de l’enregistrement…

 

On fait le bilan (Avignon Off 2018)

8 jours de festival, 24 spectacles vus dans 17 théâtres différents, 1 concert, 2 spectacles avec de la musique en vrai, 9 seul.e en scène ou one wo.man show, des zizis et des tétés dans 3 spectacles seulement. Le hasard fait que parmi les 24 spectacles vus, 13 ont été mis en scène par des femmes…

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Grande satisfaction : J’abandonne une partie de moi que j’adapte (j’ai mis le temps à mémoriser ce titre et on aura l’occasion de (re)voir ce spectacle prochainement en Belgique et en France.

Grandes surprises : Batman contre Robespierre / Ode Maritime

Hors série : le concert de Léopoldine HH

 

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Je ne parlerai pas des déceptions, même si je pourrais m’étendre sur un certain spectacle, qui semble avoir reçu l’unanimité de mes camarades blogueurs. J’espère malgré tout qu’il pourra être repris à Paris et dans le reste de la France pour se confronter à un public plus large.

Il m’est difficile de faire un vrai bilan du OFF, n’ayant vu que 2% des spectacles proposés. Je ne peux que m’étonner de ce nombre très commenté de 1536 spectacles dans le Off. Les différents articles des « Bruit du Off », « Zibeline » et autres journaux régionaux et nationaux y sont revenus en long et en large. Cette année, j’ai donc pu profiter de ma position de « blogueur accrédité » pour observer ce grand cirque. Qu’arrive-t-il aux spectacles, qui ne jouent pas dans les théâtres qui ont la carte ou le vent en poupe, qui n’ont pas d’attaché.e.s de presse efficaces ou qui n’ont pas de relais sur les réseaux sociaux ? J’ai reçu de nombreuses invitations pour assister à des représentations et deux ont retenu mon attention, dans lesquelles j’ai pu lire ceci :

« Ma dernière création « *** », n’a pas encore eu la chance d’être couverte par la presse avignonaise, ni par aucun blog. »

et

« Je sais que vous devez être inondé de demandes, cependant permettez-moi d’attirer votre attention sur mon spectacle « *** » j’aurais aimé que quelqu’un vienne pour avoir une chance d’être peut être parmi vos coups de cœur, qui sait ???? On ne decouvre un artiste qu’en le voyant sur scène… »

Tout ça m’interroge. Pourquoi vais-je voir telle ou telle pièce ? Faisons le récapitulatif  :

Sur les 24 pièces vues : 3 pour le « entendu à la radio » (Constance / Pablo Mira / Roukiata Ouedraogo), 1 pour le buzz Twitter (Un garçon d’Italie), 7 pour les conseils d’amis (J’abandonne une partie de moi que j’adapte / La Violence des riches / Pas pleurer / Trouble(s) / J’ai appelé mes frères / Ode Maritime / Si Richard Si), 7 parce que j’avais déjà vu des pièces des artistes (Lodka / Les Travaux avancent à grands pas / Le Maître et Marguerite / Speed Leving / Polaroïds / La Bataille d’Eskandar / Belle fille), 1 parce que j’aime ses chansons (Léopoldine HH), 2 parce que j’ai écrit un article sur l’opération « Montreuil en Avignon » pour Le Blog de Nestor (Batman contre Robespierre / An Irish Story), 1 parce que copinage (Petite Chimère), 1 pour découvrir un auteur (Love & Money), 1 parce que je ne sais pas, je l’ai senti comme ça (Cent mètres papillon)

En conclusion, il n’y a qu’un seul vrai saut dans l’inconnu (même si le fait que 100m Papillon soit programmé à la Manufacture a aidé)

À part ça… Les (presque) petits nouveaux Le 11 Gilgamesh Belleville (malgré ses problèmes de sécurité) et le théâtre du Train Bleu ont présenté une programmation de qualité, le théâtre des Doms et ses artistes belges s’imposent comme un incontournable. Il est intéressant de constater que la Manufacture et les Doms n’hésitent pas à proposer un abonnement 3 spectacles qui court-circuite la fameuse Carte Off (le tarif est même inférieur à celui proposé avec la carte Off).

Je remercie les lecteurs, les attaché.e.s de presse, les théâtres (mais pas un certain haut lieu du Off qui n’a pas daigné répondre à mes sollicitations « Non, on ne s’en occupe pas sur place, vous appelez la personne responsable… Allô ? Pouvez-vous m’écrire ? » Je conçois que je ne suis pas grand chose ici bas, il n’empêche que je ne peux qu’être déçu par ce théâtre dont j’ai toujours salué la programmation, surtout quand deux des pièces que j’ai chroniquées par ici jouaient devant une salle à moitié remplie (restons positifs)), le Festival Off, les artistes et les compagnies qui ont relayé certaines de mes chroniques sur les réseaux sociaux, les blogueurs…

Et je remercie plus particulièrement Ludovic grâce à qui j’ai pu dormir intra muros durant ma première semaine et ça change la vie et Laurent l’ami marseillais pour notre 9e festival d’affilée ensemble.

Je ne sais pas encore si l’année prochaine je reviendrai, parce que la vie, tout ça… Mais ce fut une sacrée expérience.

 

Ps : J’avais commencé à écrire mes chroniques avignonnaises, à réfléchir sur des capsules audios et/ou vidéos. Or le temps n’est pas extensible, ma fatigabilité a été mise à rude épreuve cette année et je n’en ferai pas plus, parce que je veux me reposer et surtout écrire autre chose d’ici mon périple à Bussang le mois prochain…

Pas pleurer (Salvayre / Laujol / Doms / Avignon Off)

(de quoi ça parle en vrai)

Il s’agit du récit par Lydie Salvayre, de l’histoire de sa mère Montserrat, - dite Montse -, plongée dans la guerre civile espagnole, à l’été 1936. Montse, qui avait quinze ans à l’époque, en a aujourd’hui nonante. Elle est en proie à de gros troubles de mémoire, et a tout oublié de sa vie, excepté cette courte période. Devant sa fille, avec qui elle partage « une petite anisette » qu’on devine strictement interdite par les médecins, elle raconte son petit village perdu en Catalogne. La vie n’y a pas changé depuis le Moyen-Âge, rythmée par les récoltes d’olives, les fêtes de village, les mariages arrangés, son frère Josep, fraîchement converti aux thèses anarchistes et son rival stalinien Diego, les disputes familiales, les premières tentatives de collectivisation, l’irruption de cette idée que, peut-être, tout pourrait changer… (source : ici)

 

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Crédits Photos : DR

 

(ceci n’est pas une critique mais…)

Autant le dire tout de suite, je n’ai pas lu le roman de Lydie Salvayre., donc je ne peux point dire si l’adaptation est fidèle ou point. Le dispositif est simple et ultra balisé : une projection d’images en arrière-scène, une musicienne qui joue de la guitare, une comédienne debout derrière un micro. Pour être méchant, j’aime dire que la lecture du bottin téléphonique fonctionnerait avec un tel dispositif. Mais heureusement l’histoire de cette famille en pleine guerre d’Espagne est forcément passionnante et la force de Marie-Aurore d’Awans, la comédienne, est de nous faire croire qu’elle a vécu cette histoire, qu’elle a même écrit cette histoire. C’est le moins qu’on puisse demander à une comédienne au service d’un texte, il n’empêche que grâce à son engagement et sa fougue, la comédienne nous permet de nous replonger dans cette époque pas des plus connues, si on y réfléchit bien.

 

PAS PLEURER

Adapté du roman de Lydie Salvayre

Adaptation et mise en scène: Denis Laujol

Avec: Marie-Aurore d’Awans

Musicienne et création sonore : Malena Sardi

Assistant: Julien Jaillot – Mouvement: Claire Picard – Scénographie: Olivier Wiame – Lumières: Xavier Lauwers – Voix off: Alexandre Trocki – Création vidéo: Lionel Ravira – Responsable technique : Thomas Kazakos – Régie : Julie Bernaets, John de la Hogue

Une coproduction de Ad Hominem, du Théâtre de Poche et de La Charge du Rhinocéros.

au Théâtre des Doms (Avignon Off) jusqu’au 26 août 2018 à 14h30

 

vu le dimanche 22 juillet 2018 au Théâtre des Doms (Avignon Off)

prix de ma place : 13€

 

(quand j’attends dans la file…)

C’est ma dernière pièce. La vingt-quatrième. Elle s’appelle Pas pleurer. C’est drôle. Elle s’appelle Pas pleurer et je vais quitter Avignon dans quelques heures, avant de la retrouver l’an prochain ? Non je ne pleurerai pas. Les années précédentes, j’avais pris l’habitude d’imaginer une petite histoire à partir des titres des spectacles que je voyais. Aujourd’hui, c’est simple. Ça donnerait : (surtout) Pas pleurer.

Voilà à quoi je pense quand j’attends dans la file.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Trouble(s) spectacle variable (Alexia Vidal / Entrepôt / Avignon Off)

(de quoi ça parle en vrai)

« Trouble(s), spectacle variable » est un spectacle-dictionnaire. Un dictionnaire amoureux ? Subjectif en tous cas. Un dictionnaire subjectif du trouble, de ce qui nous trouble, est troublant, est troublé. Sur scène : des corps vibrants, des mots percutants, entre drôlerie et gravité, une sensibilité à fleur de peau. C’est un spectacle à la forme variable, qui met les spectateurs au cœur de sa construction. Chaque représentation est forcément unique : c’est vous qui choisissez collectivement les étapes de notre voyage à travers des scènes sensibles, troublantes et troublées… (source : ici)

 

(ceci n’est pas une critique mais…)

Si j’avais écrit cette chronique après avoir vu ce spectacle, il aurait été assez cassant et finalement injuste. Car la seule chose qui m’a déplu est le côté participatif. On ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille et on ne choisit pas non plus les spectateurs qui nous accompagnent dans une salle de spectacles. J’eus la fâcheuse impression que ces spectateurs savaient ce qu’ils faisaient, étaient trop à l’aise, même si le malaise n’allait pas tarder à pointer le bout de son nez. Dans un dispositif quadri-frontal, nous devions (nous, spectateurs), choisir des mots parmi ceux proposés, dont les comédiens allaient interpréter leur définition tout à fait subjective. Très vite, certains spectateurs, prirent la main, imposant des mots tels que « bombardements », « X », « youpi », « playback », « haine », « jeu », « chanter », « whisky », etc., commentant leur choix après coup, tentant d’interrompre la scène de haine. Les comédiens avaient alors atteint leur but : immiscer le trouble parmi certains spectateurs. Cette scène en particulier mettait en lumière des « haters », ces personnes qui se cachent derrière l’anonymat des internets pour déverser un flot ininterrompu d’horreurs. On entendit certains membres du public proclamer des « Stop ». Mais où sommes-nous ? Ah oui, on est au théâtre… ce lieu où on peut entendre des histoires, mais aussi jeter un regard sur la société d’aujourd’hui, j’ai failli oublier.

Les scènes, mélange d’écriture collective, de chansons et d’expression corporelle, sont intéressantes, même si certaines sont plus surprenantes que d’autres (leur définition du jeu peut être réservée aux adultes), d’autres un peu trop faciles (chanter : allez, un petit Johnny !).

Mais l’ensemble, par la forme, manque de rythme. Les changements de lumière sont longs, je suppose pour permettre aux acteurs, dont l’investissement est total, de se concentrer sur la scène suivante. Ceci étant dit, j’entends bien qu’il aurait été long et redondant de passer les 26 lettres de l’alphabet in extenso, mais peut-être y aurait-il un autre moyen de faire participer le public, si ce n’est qu’il est intéressant de voir comment réagit les différents publics, soir après soir.

 

TROUBLE(S) SPECTACLE VARIABLE

Metteuse en scène : Alexia Vidal

Interprètes : Claire Clavi, Éve Coltat, Jérôme Garnier, Julien Perrier 

Créatrice lumière – Régisseuse : Amandine Richaud – Créatrice vidéo : Marie Jumelin 

vu le samedi 21 juillet 2018 à l’Entrepôt (Avignon Off)

prix de ma place : 8€

 

(pendant le spectacle…)

Le comédien me regarde. Il dit son monologue et me fixe du regard. Je soutiens. Je suis fort à ce jeu-là. Il se lève, s’écroule sur la spectatrice à côté de lui, continue à me parler, à me regarder. Je sais que c’est pour moi. Je déplie mes jambes. Il s’approche, agrippe mes genoux. Je ne peux réprimer un sourire, un peu gêné aussi.

Mais pourquoi moi ? Pourquoi ça arrive toujours à moi ? Quoi ma gueule ? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? Je suis spectacteur professionnel. Le gars me regarde et se dit : « Celui-là, il sait faire, il jouera le jeu ? » ou bien « Putain, il fait la gueule, genre de regard hautain et dédaigneux, je vais le faire chier, l’embarrasser ! ».

Je ne saurai jamais, mais ça fait deux fois en deux mois.

Voilà à quoi je pense pendant le spectacle.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

ALPHABET SELON LES ARTISTES

Amour : Ecriture collective Bombardements : Inspirée de témoignages de civils syrien issus du journal Libération Chanter :  »Je te promets » de Johnny Halliday. Texte J-J Goldman Dire : Cellule sans texte Entretien : Inspirée d’un documentaire internet sur Pôle-emploi. Foi : Inspirée des prières d’Hadewijch d’Anvers Genre : « Son nata/nato a lagrimar » (Cornelia, Sesto) chanté par Nathalie Stutzmann et Philippe Jaroussky Haine : Texte écrit avec des commentaires ou des textes de sites web, de blogs, facebook, twitter… Intime : Ecriture collective Jeu : Cellule sans texte Kamikaze : Inspirée d’une interview du frère et de la belle sœur de l’un des meurtriers des attentats du 13 Novembre 2015 à Paris et Saint-Denis. Lettres : Lettres de demande écrites à Haïti. « L’autre journal, 1984-1992 une anthologie », édition Les Arènes. Article intitulé « Une demande en mariage ». Et texte inspiré d’un passage du  »Gouverneurs de la Rosée » de Jacques Roumain. Mort : Inspirée des dernières paroles de condamnés à morts américains publiés sur le site internet d’une prison du Texas. Nerveux : Inspirée d’un témoignage déposé sur le site internet  »Le corps des femmes » Orage : Cellule sans texte Play Back : Total Eclipse of the Heart (Single Version), texte: Jim Steinman / voix : Bonnie Tyler  Quelqu’un : Ecriture collective. Rencontre : Inspirée de l’émission  »Trouver l’amour »,  »les pieds sur terre », France Culture. Souvenirs : Cellule sans texte. Sons :  »Les Diplodos », Peugeot 306 Maxi, Jestofunk –  »Say it again’’ Tension : Cellule sans texte Urnes : Inspirée du témoignage de Joe Chandler dans divers médias américains. Violence : Écriture collective inspirée de la performance  »De la poule ou de l’oeuf » de Jérémie Pujau Whisky : Écriture collective. X : Inspirée de  »Hear i come ! » de Baptiste Marie Youpi : Cellule sans texte. Zeste :  »Lemon Incest » (feat. Charlotte Gainsbourg), Serge Gainsbourg. Texte S. Gainsbourg 

Speed Leving (Levin / Brethome / Manufacture / Avignon Off)

(de quoi ça parle en vrai)

Speed LevinG est le fruit d’un constat terrifiant propre à notre société contemporaine : de plus en plus d’histoires de vie et d’amour prennent naissance à l’issue de rencontres « calibrées » dans un cadre « minuté », les soirées « Speed dating ». Dans une distribution franco-israélienne paritaire, cinq femmes et cinq hommes jouent dans leur langue. Cette différence devient un facteur propice à la non réalisation d’histoires amoureuses. (source : ici)

 

(ceci n’est pas une critique mais…)

Hanokh Levin est typiquement le genre d’auteur pour lequel il faut savoir où on met les pieds. Certes, c’est drôle, mais c’est désespéré, l’échec de l’homme dans toute sa splendeur, la solitude moderne…

Par la forme de cette pièce, composée de courtes saynètes, l’ensemble reste inégal, même si les acteurs y mettent du leur pour dynamiser l’ensemble, entrecoupé de danses et de chansons écrites également par le dramaturge israëlien. Le mélange des langues (français et hébreu) est assez artificiel. Malgré le gimmick du « je regarde les sur-titres pour comprendre ce que mon partenaire dit », le bilinguisme n’est pas complètement exploité, me semble-t-il. La durée ne permet pas non plus à tous les acteurs de s’exprimer totalement. Pourtant certains acteurs se démarquent, comme Morgane Peters (qui aime en faire des caisses… en parlant de caisses… si tu n’aimes pas l’humour scatologique, passe ton chemin) ou Diana Golbi.

En somme, un spectacle enlevé, non dénué de défauts, qui met à nouveau en lumière le(s) théâtre(s) de Hanokh Levin.

Ps : Encore une fois, je pose ma candidature pour la relecture des sur-titres : de trop nombreuses fautes syntaxiques étaient présentes. Je fus vice-champion départemental d’orthographe des Bouches du Rhone quand j’étais en cinquième, ce job est pour moi !

 

SPEED LEVING

Metteur en scène : Laurent Brethome

Textes de Hanokh Levin (Éditions théâtrales), traduction Laurence Sendrowicz

assistant mise en scène Alex Crestey – création musicale Jean-Baptiste Cognet – création lumière David Debrinay – préparation au chant Jeanne-Sarah Deledicq – chorégraphie Aurélien Desclozeaux – préparation physique Valentin L’Herminier – photo de couverture : Olivier Quéro

Avec les élèves-comédiens de troisième année de l’ERACM : Fernand Catry, Nicolas Gachet, Morgane Peters , Frederico Semedo Rocha , Leslie Granger et les élèves-comédiens de Nissan Nativ Acting Studio (Tel Aviv) Tamir Ginsburg, Hadar Glesinger , Diana Golbi , Netta Gold , Maya Koren

Coproduction ERACM, Compagnie Le menteur volontaire. En collaboration avec Nissan Nativ Acting Studio (Tel Aviv)

à la Manufacture Patinoire (Avignon Off) jusqu’au 26 juillet 2018 à 19h50

 

vu le vendredi 20 juillet 2018 à la Manufacture Patinoire (Avignon Off)

prix de ma place : 19,50€

 

(quand j’attends dans la salle…)

Le premier Hanokh Levin, c’était là, à la Patinoire. La Putain de l’Ohio. Je venais de prendre une claque monumentale dans le in avec « Les Particules Élémentaires » par Julien Gosselin. J’enchaîne car je voulais découvrir l’écriture de l’auteur israélien. Je suis au deuxième rang et pendant le dernier tiers de la pièce, je vois un acteur vieillissant, le pantalon et la culotte sur les chevilles, en train de se rouler dans la terre et littéralement de tirer sur le zizi pour mimer la masturbation. Impossible de sortir, j’aurais été obligé d’attendre dans la cour que le spectacle se termine pour reprendre la navette. Aujourd’hui c’est mon deuxième Hanokh Levin et me voilà qui prend peur.

Voilà à quoi je pense quand j’attends dans la salle.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

J’appelle mes frères (Khemiri / Rosenblatt / Manufacture / Avignon Off)

(de quoi ça parle en vrai)

Amor, jeune européen né de l’immigration marche dans sa ville au lendemain d’un attentat. Quelle attitude adopter quand on ressemble comme un frère à ceux qui…? Le téléphone sonne, ses proches s’inquiètent, ils connaissent ses angoisses. Et Amor marche encore, court, tremble sous le regard des passants. Est-il réellement observé, traqué, coupable? Aux quatre comédiens se mêle un groupe de onze amateurs, des habitants de la ville sur scène. C’est un spectacle percussif et urbain, qui avance au rythme d’Amor. C’est le récit d’une crise identitaire, mais aussi la possibilité d’un apaisement. (source : ici)

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Crédits photos : Simon Gosselin

(ceci n’est pas une critique mais…)

J’aurais tant aimé adorer cette pièce, recevoir la claque qu’il m’a manqué pendant ce festival (off) et vu le sujet, cela aurait pu être celle-là. Pourtant il m’a manqué un petit quelque chose ou, si je puis m’exprimer ainsi, plusieurs petits quelques choses. L’acteur principal, Slimane Yefsah, ne démérite pas, mais j’ai l’impression qu’il joue toujours sur le même rythme, j’entends une même musique. La pièce écrite par J.H. Khemiri doit être comme on l’a vue à la Manufacture, mais j’aurais aimé voir un peu plus les personnages secondaires, interprétés par des acteurs très justes. Je me suis aussi interrogé sur la présence de choeur, que j’aurais aimé voir plus présent. En résumé, j’aurais aimé que le curseur soit plus haut dans tous les paramètres, parce que j’ai suivi le cours des événements mais n’ai pas ressenti ce que cette pièce aurait pu me donner.

C’est honnête, respectable, mais il m’a manqué quelque chose. (je crois qu’on l’a compris)

 

J’APPELLE MES FRÈRES

Metteur en scène : Noémie Rosenblatt

Traduit du suédois par Marianne Ségol-Samoy. Le théâtre de J.H. Khemiri est publié aux éditions Théâtrales, éditeur et agent de l’auteur.

Avec : Priscilla Bescond, Kenza Lagnaoui, Maxime Le Gall, Slimane Yefsah et un groupe de 11 amateurs

Accompagnement des amateurs : Julie Minck – Scénographie : Angéline Croissant – Lumière : Claire Gondrexon – Régie lumière : Alix Weugue – Son : Marc Bretonnière – Régie son : Damien Gandolfo – Mouvement : Marie-Laure Caradec – Costumes : Camille Pénager – Administration : Le Bureau des Filles : Annabelle Couto et Véronique Felenbok – PRODUCTION : Compagnie du Rouhault

à la Manufacture Patinoire  (Avignon Off) jusqu’au 26 juillet 2018 à 15h50

 

vu le vendredi 20 juillet 2018 à la Manufacture Patinoire (Avignon Off)

prix de ma place : invitation

 

(quand j’attends dans la salle…)

Waouh, cette année, ils ont changé les fauteuils ! Non, ils ont seulement mis une housse sur les sièges en plastique. Il y a toujours aussi peu de place pour les jambes, et je ne dépasse pas le mètre soixante-dix, et toujours cette sale impression d’avoir un gros cul… Ok, j’ai un gros cul. Je reformule, j’ai toujours cette satanée impression d’avoir des kilos en trop… Ok, j’arrive pas à m’en débarrasser. Je gagne, je perds… Ben là, j’ai toujours cette putain d’impression de déborder de mon fauteuil. Non, je n’ai pas besoin d’un putain de régime. C’est à cause de vos sièges, voilà, je suis énervé.

Voilà à quoi je pense quand j’attends dans la salle.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Belle fille (Tatiana Vialle / Petit Louvre / Avignon Off)

(de quoi ça parle en vrai)

« Belle-fille » raconte, avec douceur, drôlerie et lucidité, cette relation particulière, parfois complexe qui lie un enfant au nouvel amour de sa mère. Un récit tendre et bouleversant que l’on suit comme une confession qui nous est directement adressée… (source : ici)

 

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Photo de couverture : Caroline Bottaro

 

(ceci n’est pas une critique mais…)

2 raisons pour lesquelles j’ai choisi de voir ce spectacle plutôt qu’un autre : le thème et l’actrice.

Maud Wyler est une actrice, je trouve, trop méconnue et pourtant que cela soit au cinéma (2 automnes 3 hivers de Sébastien Betbeder, pour ne citer que lui) ou au théâtre (déjà vue dans le Cyrano avec Philippe Torreton, Trissotin… version Macha Makeieff ou La Révolte aux Déchargeurs), elle a toujours fait preuve d’une présence lumineuse et d’un talent indéniable, ce qui est encore le cas dans cette pièce, qui, à bien des égards, pourrait se rapprocher par son traitement et les sentiments qu’il convoque des « Bijoux de Pacotille » de Céline Milliat-Baumgartner et mise en scène par Pauline Bureau. L’univers y est peut-être moins onirique, mais la sensibilité et une certaine pudeur y sont communes.

Le texte (autobiographique) de Tatiana Vialle est simple, fluide, direct. Il n’y a aucune fioriture et on est captivé du début à la fin par ce récit d’une relation entre une jeune fille et son beau-père.

Je parlais de pudeur un peu plus haut. Comme « Les Bijoux de pacotille », « Belle-fille » a un lien avec le cinéma car le fameux beau-père l’était vraiment, de par ses rôles dans nombre de films. Pourtant, ce n’est que dans le dernier tiers que son prénom sera dit, que son image sera projetée (même si, pour quiconque un tant soit peu cinéphile, on peut deviner un peu plus tôt grâce à l’évocation d’un film qui aura marqué le cinéma français.)

La mise en scène est sobre, laisse toute la place au texte et à Maud Wyler, même si on peut pinailler en voyant une énième scène de danse sur une musique pop (ici Eurythmics « Sweet Dreams ») ou sur la présence d’un autre acteur (Antoine Prud’homme de la Boussinière) à la toute fin de la pièce qui n’était pas indispensable pour clore ce témoignage.

Il n’empêche, on espère voir ce moment de théâtre intime vivre au-delà du Off d’Avignon.

 

BELLE FILLE

écrit et mis en scène par Tatiana Vialle

Avec Maud Wyler et Antoine Prud’homme de la Boussinière

Scénographie et costumes Hélène Kritikos – Lumières Dominique Fortin – Régie Charles Degenève

Production : En compagnie des ours – Coproduction : Le Bruit neuf

jusqu’au 29 juillet 2018 au Petit Louvre (salle Van Gogh) (relâche le 25) à 20h25 (Avignon Off)

 

vu le vendredi 20 juillet 2018 au Petit Louvre (Avignon Off)

prix de ma place : invitation

 

(quand j’attends dans la file…)

Je crois que j’ai oublié de manger aujourd’hui. Je réfléchis… Un pain au chocolat ce matin acheté dans une boulangerie autour des Halles puis… Ben plus rien. Je comprends mieux pourquoi j’ai faim. J’ai le temps de m’éclipser et de revenir dans la file ? Bien sûr que non, je vais sortir, je vais virer et tourner, ne parvenant pas à me décider sur la teneur de ma sustentation, comme d’habitude. Je reste là où je suis, voilà. Je vais gargouiller, je le sais, je mangerai plus tard. Des brochettes au poulet. J’ai l’eau à la bouche. Ça tombe bien, ma bouteille est vide et j’ai soif.

Voilà à quoi je pense quand j’attends dans la file.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Photo de couverture :

Petite Chimère (Magali Frumin / Les Voyageurs Immobiles / Présence Pasteur / Avignon Off 18)

(de quoi ça parle en vrai)

Une demoiselle s’amuse à coudre le monde. Il est fait de mille et un tissus doux et enveloppants, peuplé d’animaux colorés, à pois, à rayures. Un petit va sortir de l’œuf. C’est un être chimérique, pas tout à fait fini, mais déjà bien curieux. Il part découvrir cet univers tissé. Il y rencontre d’étonnantes bestioles agiles et farceuses qui lui donnent envie de danser, de voler, de nager… (source : ici)

 

Cie Les voyageurs Immobiles - Petite chimère
Affiche : Margot Frumin / Photographie : Erik Dominano/ Lepetitcowboy.com

 

(ceci n’est pas une critique mais…)

« Petite Chimère » se présente sous deux versions : pour les moins de 3 ans et entre 3 et 6 ans. Je suis un grand, je suis venu tout seul à Présence Pasteur, donc ça sera pour moi la deuxième version.

Le spectacle s’articule autour de deux parties : la première est du théâtre dans le théâtre et parvient très clairement à expliquer, sur un mode ludique, sans que cela soit trop didactique, comment un spectacle se construit, de l’écriture à la conception du décor, en passant par les lumières et la composition de la musique, que de nombreuses personnes y participent, sans oublier les différentes inspirations (par exemple, des albums jeunesse). La deuxième partie est le spectacle lui-même, avec ce drôle de personnage qui va se découvrir.

Et ça fonctionne. Les enfants présents étaient captivés (et Dieu sait que je déteste les enfants donc c’était un bon point), les adultes également. Parce que c’est inventif et poétique. C’est du théâtre de marionnettes, d’objets et tout comme les décors, c’est fait main. Ce côté artisanal est très plaisant, parce qu’on s’imagine les petites mains s’affairer aux coutures. Ce qui est génial, je trouve, c’est que le jeune spectateur est partie prenante du spectacle, on ne lui cache rien (ou presque) : tout a été construit, conçu pour raconter une histoire et pourtant on entre dans celle-ci avec une facilité déconcertante. Le dispositif permet à notre boîte à imagination de fonctionner à plein régime. Si j’étais enseignant, j’emmènerais mes élèves voir ce joli spectacle…

 

PETITE CHIMÈRE

Mise en scène / conception décor Magali Frumin

Jeu / manipulation Magali Frumin ou Florence Bertagnolio

Recherches graphiques / sulptures marionnettes Olivier Brenier – Musique et bruitages Marie de Nazelle – Costumes et habillage décor Louise Bloch – Structure décor Pierre Gosselin – Accessoires Magali Frumin, Florence Bertagnolio et Margot Frumin – Habillage décor et marionnettes : Margot Frumin – Lumières Jérémie Alexandre

à Présence Pasteur (Avignon Off) jusqu’au 29 juillet 2018 à 10h40 (- 3 ans) et à 11h45 (3-6 ans)

 

vu le vendredi 20 juillet 2018 à Présence Pasteur (Avignon Off)

prix de ma place : 4€

 

(quand j’attends dans la file…)

La première fois de toute ma vie où je suis allé au théâtre… J’en ai déjà parlé et c’est justement ça le hic. J’y suis allé bien trop tard. Quand j’étais petit, je ne suis jamais allé au théâtre, parce que j’étais trop petit pour y aller et que personne n’a jamais pensé m’y emmener. Y avait la télé et le cinéma de quartier, c’était bien suffisant. Au collège, c’est moi qui ai voulu en faire et un peu en voir et personne d’autre. Allons bon, d’où me vient cette appétence (j’aime ce mot) pour le théâtre ?

Voilà à quoi je pense quand j’attends dans la file.

 

NB : Magali Frumin m’avait mis en scène dans le cadre d’un atelier théâtre à l’Université de lettres d’Aix-en-Provence en 1999 dans « La demande d’emploi » de Michel Vinaver (théâtre Antoine Vitez, Aix-en Provence).

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

La Bataille d’Eskandar (Samuel Gallet / Les Halles / Avignon Off)

(de quoi ça parle en vrai)

Une femme rêve d’un séisme qui lui permettrait d’échapper aux huissiers en les faisant disparaître. L’urgence est telle et le rêve est si fort que la catastrophe advient. Tout s’effondre. Dans la ville d’Eskandar, la nature reprend ses droits. Un zoo est laissé à l’abandon, des fauves s’échappent et attaquent celles et ceux qui n’ont pas pu ou voulu partir. Cette femme s’enfuit de chez elle et s’enfonce dans la zone pour abattre des lions. À la fois effrayée et fascinée par la  propagation du désastre, elle investit une école abandonnée, à la porte de laquelle un obscur criminel en cavale vient frapper. (source : ici)

LA BATAILLE D'ESKANDAR
©Tristan Jeanne-Valès

(ceci n’est pas une critique mais…)

En faisant quelques petites recherches, je ne fais pas étonné de découvrir que « La Bataille d’Eskandar » existait déjà sous forme de pièce radiophonique sur France Culture, tellement j’aurais pu fermer les yeux et m’imaginer cette ville, les animaux, ces personnages. Doux outils de persuasion que sont les mots, les voix et les instruments. Mais cela aurait été me priver du regard de Pauline Sales (dont je connaissais seulement les mots et les mises en scène (J’ai bien fait ? bientôt au théâtre de la Tempête à Paris !)), de la force d’interprétation de Samuel Gallet, l’auteur de la pièce, de la concentration des musiciens, de la parfaite osmose entre les comédiens et les musiciens.

« La Bataille d’Eskandar » est un rêve poétique et musical.

 

LA BATAILLE D’ESKANDAR

De Samuel Gallet

Mise en scène et dramaturgie Le Collectif Eskandar

Création lumière Adèle Grépinet, régie lumière Adèle Grépinet et Laurent Poussier, création et régie son Fred Bühl, décor Les ateliers du Préau, costumes Malika Maçon

Avec Samuel Gallet (jeu), Aëla Gourvennec (composition musicale, piano, violoncelle) Pauline Sales (jeu), Grégoire Ternois (composition musicale, percussions, claviers)

Jusqu’au 29 juillet 2018 à 21h15 (sauf les lundis) au Théâtre des Halles (Avignon Off)

 

vu le mercredi 11 juillet 2018 au Théâtre des Halles (Avignon Off)

prix de ma place : invitation

 

(quand j’attends dans la file…)

C’est mon dernier spectacle de ma première phase. 18 spectacles en 5 jours. Donc 18 textes écrits (ou à écrire). Je reviens bientôt. Mais je ne ferai pas comme ça. J’ai oublié ma résolution : prendre le temps, moins consommer. Consommer vient du latin consumere, qui veut dire manger, absorber, détruire. Voilà.

Voilà à quoi je pense quand j’attends dans la file…

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Polaroïds (Annabelle Simon / Théâtre du Train Bleu / Avignon Off)

(de quoi ça parle en vrai)

POLAROIDS est l’histoire de Marie, une fille qui se cherche au milieu de ses souvenirs, de ses modèles féminins et de ses échecs. Une quête qui oscille entre sport et littérature, Ricard et Champagne, légendes familiales et contes de fées. Si chacun des textes composant POLAROIDS est écrit comme un instantané de vie, ils seront vécus comme des épreuves par la comédienne au plateau. Le public assistera ainsi à une succession de performances, chacune laissant son empreinte, sur la comédienne, dans l’espace et donc dans le regard des spectateurs. De cette accumulation de traces finira par émerger le dessin final de notre personnage, la personne qu’elle est aujourd’hui comme un nouveau polaroid… (source : ici)

 

(ceci n’est pas une critique mais…)

Je plaide coupable : je n’ai pas lu la note d’intention avant de me rendre à la représentation de « Polaroïds ». Parfois j’hésite. Souvent je ne le fais pas. Et j’ai peiné ici à trouver le lien entre ces (courts) moments, à appréhender cette narration éclatée. Plusieurs personnages, une figure centrale, différentes périodes. Je me suis perdu. En revanche, la comédienne Claire Marx n’était pas perdue et m’a même épaté, passant avec brio d’une scène à une autre, d’une intention à son opposé, sans avoir forcément l’appui de jeu de la transition ou de la petite musique qui va avec. Et c’était d’autant plus frappant que la comédienne paraissait réellement marquée lors des saluts par sa performance qui ne lui a laissé aucun répit. On pourrait alors voir dans cette pièce le portrait d’une comédienne qui tente de passer d’une histoire à l’autre, d’une émotion à une autre, avec les seuls accessoires présents sur scène, comme une petite fille dans sa chambre avec ses jouets.

 

POLAROÏDS

Mise en scène et écriture : Annabelle Simon

Avec : Claire Marx

Scénographie : Antonin Boyot Gellibert – Création lumière : Vera Martins – Création sonore : Thomas Courcelle & Annabelle Simon – Régie : Vera Martins – Assistant(s) : Antonin Boyot Gellibert

Production : Compagnie Lalasonge

Jusqu’au 29 juillet 2018 à 15h50 (sauf les lundis) au Théâtre du Train Bleu (Avignon Off)

 

vu le mercredi 11 juillet 2018 au Théâtre du Train Bleu (Avignon Off)

prix de ma place : invitation

 

(quand j’attends dans la salle…)

Ça fait quoi aux artistes sur scène de nous voir dans la salle ? Je sais ça. Attendez, je précise. Qu’est-ce que ça fait de nous voir fagotés de la sorte ? Avant les gens savaient s’habiller, se pomponner, mais maintenant… Cela reste peut-être encore d’actualité à l’opéra, et encore… Ça vous fait quoi, de nous voir arriver en bermuda et sandales ?

Voilà ce à quoi je pense quand j’attends dans la salle…

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Si Richard Si (F. Fauquet / C. Lasne / Théâtre des Béliers / Avignon Off)

(de quoi ça parle en vrai)

Richard III, tyran machiavélique et monstrueux, aurait été prêt à tuer famille et amis de ses propres mains pour accéder au pouvoir. Mais ça, c’est la version Shakespeare. Et si Richard III avait en fait engagé deux tueurs professionnels pour atteindre la couronne ? Si Richard si, c’est inspiré de Richard III de Shakespeare. Mais Si Richard si, c’est tout sauf du Shakespeare. Si Richard Si, c’est une création burlesque et décalée. (source : ici) 

 

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Crédits photos : ?

 

(ceci n’est pas une critique mais…)

Florence Fauquet et Chloé Lasne passent en deuxième année au Théâtre des Béliers et présentent une nouvelle version de leur pièce « Si Richard Si ». Ok, je peux mettre à la poubelle l’enregistrement de l’avis de l’ami marseillais que je comptais recycler (il l’avait vue l’an passé et me l’avait conseillée).

Une scène plus grande, apparemment un travail plus travaillé (oui j’ai osé) sur la lumière. Les comédiennes nous apparaissent grimées (perspicace sera celui ou celle qui les reconnaîtra sans) et le charme opère immédiatement. Chacune tiendra son personnage de bout en bout. On est dans du clown et elles le font très bien. Le spectacle allie comédie, mime, vidéo (hommage au cinéma muet burlesque qui traîne un peu en longueur), musique (avec un sampleur et une inspiration anaïssienne, je dirais).

Nous ne verrons jamais Richard III. Seule sa voix nous parviendra à nos oreilles, à l’image d’une certaine voix off qui donne des consignes à des participants dans une grande maison des secrets. J’avoue que la référence ne me sied guère et quand la dite voix déclame son fameux monologue de fin « Mon royaume pour un cheval, etc », il ne se passe rien dans mon petit coeur. (j’en suis venu à préférer celui dit par Thomas Jolly (et je n’ai pas aimé sa version de Richard III, c’est dire)).

Malgré quelques baisses de rythme, le résultat est plaisant et sympathique et, je le répète,  les deux comédiennes sont remarquables.

 

SI RICHARD SI

Une production La boite de, en accord avec Le collectif La cantine.

Un spectacle créé et joué par Florence Fauquet et Chloé Lasne

Avec la voix de Pierre-Yves Bon

Création musicale: Vincent Fabert – Création vidéo: Gaspard Lembeye

jusqu’au 29 juillet 2018 à 10h30 (sauf les lundis) + les dimanches 15 et 22 juillet à 19h00 au Théâtre des Béliers (Avignon Off)

 

vu le mercredi 11 juillet 2018 au Théâtre des Béliers (Avignon Off)

prix de ma place : invitation

 

(quand j’attends dans la file…)

J’ai la chanson de France Gall « Si Maman si » dans la tête. Parce qu’un de mes colocataires n’arrête pas de la chanter depuis deux jours. C’est plus fort que lui et il chante faux. Heureusement que j’ai apporté mes boules quiès, parce qu’en plus on partage le même lit. Je ne ronfle jamais, c’est pas vrai. Mais je grince. Je bouge beaucoup et le lit grince, donc je grince, mais pas des dents, ça c’est mon cousin, mais je n’ai plus de nouvelles de lui, donc je ne sais pas si son problème s’est résolu. Et je suis très fier, je ne parle pas du monologue de Richard III que j’avais joué sur la place du Palais des Papes quand j’avais dix-sept ans dans le cadre d’une colo théâtre. Parce qu’il y en assez de mes pauvres souvenirs…

Voilà à quoi je pense quand j’attends dans la file…

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Ode Maritime (F. Pessoa / S. Roquette / Parvis d’Avignon / Avignon Off)

(de quoi ça parle en vrai)

Le poème de Pessoa évoque un homme au bord de la mer qui est venu sur un quai désert attendre quelqu’un qui ne viendra pas. À la faveur d’une rêverie, il se plonge dans un passé imaginaire : « Tout navire au loin vu maintenant est un navire dans le passé vu de près. Pour lui, « tout le quai est une mélancolie de pierre », et l’ancienne vie maritime des bateaux à voile le fascine car elle est « la Distance absolue, le Pur lointain, libéré du poids de l’Actuel »… Il est ensuite entraîné dans un délire où il redécouvre une identité ancestrale, celle des marins des vieux navires, puis des légendaires pirateries sanguinaires. Il ne ressortira pas indemne de cette traversée : elle le conduira dans les profondeurs de son enfance, à la racine de sa vie. Au terme de ce voyage intérieur, c’est son rapport au présent et à la réalité qui s’en trouvera transfiguré. (source : ici)

 

PHOTO Ode maritime
Crédits photos : Émile Zeizig

 

(ceci n’est pas une critique mais…)

Sur les bons conseils d’une amie infiltrée, me voilà dans cette ancienne chapelle, presque nouveau lieu de création, pour entendre mon ami Fernando Pessoa… pardon… Alvaro de Campos, que j’affectionne tout particulièrement.

Nous sommes placés face à l’autel, un pupitre est installé, le comédien arrive et démarre sa lecture tel un prêche un dimanche matin. Choix surprenant. La voix est assurée, le regard posé, nous voilà embarqués.

C’est avec fièvre que Stanislas Roquette s’empare de ce texte poétique, jamais simple. Mais le principal est là : on entend le texte, on le redécouvre pour ceux qui ont la chance de connaître la plume de Pessoa et de ses hétéronymes. Le pupitre, la lecture ne sont que des appuis de jeu que l’acteur fera valdinguer littéralement. Le rythme s’accélère, le comédien s’enflamme.

Un lieu, les mots de Pessoa, un comédien humble et passionné, tout est réuni pour assister à un moment inoubliable.

 

ODE MARITIME

Texte de Fernando PESSOA / Álvaro DE CAMPOS / Traduction : Dominique TOUATI, revue par Parcidio GONÇALVES et Claude RÉGY

Conception et interprétation : Stanislas ROQUETTE (Compagnie Artépo)

Mise en scène : Stanislas ROQUETTE et Miquel OLIU BARTON

Création son : Jérémy OURY et Julien HATRISSE – Création lumière : Geneviève SOUBIROU et Yvan LABASSE 

les 13, 17, 18, 19 juillet 2018 à 17h au Parvis d’Avignon (Avignon Off)

 

vu le mardi 10 juillet 2018 au Parvis d’Avignon (Avignon Off)

prix de ma place : invitation

 

(entre mes mains…)

Je relis Pessoa. Son livre de l’intranquillité écrit par son hétéronyme Bernardo Soarès a bénéficié d’une nouvelle traduction, ses textes d’un nouvel agencement. ce nouvel ouvrage, désormais, de l’inquiétude, est entre mes mains, sur les marches du Parvis d’Avignon. Je tente de retrouver un texte que j’avais appris par coeur, by heart, il y a dix-sept ans :

« Lorsque les gouttes de pluie ralentirent leur chute sur les toits, et que le milieu pavé de la chaussée se mit à refléter le lent bleuissement du ciel, le bruit des véhicules fit alors résonner un autre chant, plus fort et plus joyeux, et l’on entendit les fenêtres s’ouvrir contre le désoubli du soleil… »

Seules ces phrases me restent en mémoire. Je ne retrouve pas le texte, les nouveaux mots. Je feuillette, je m’arrête, je lis. Me voilà replongé dans la prose de Bernardo Soarès, buvant chacune de ses paroles. A bientôt.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito