Des Territoires (… et tout sera pardonné ?) (Baptiste Amann / Théâtre de la Bastille)

(de quoi ça parle en vrai)

« Après avoir convoqué la Révolution française puis la Commune dans les deux premiers épisodes, c’est la révolution algérienne qui surgit cette fois sur scène. (…) Nous avions laissé les personnages rassemblés dans leur cité HLM à l’occasion de l’enterrement des parents. (…) À cet instant de l’histoire, Lyn, Hafiz et Samuel sont rassemblés autour de leur frère Benny qui, suite aux violentes émeutes dans le quartier, est en état de mort cérébrale. Faut-il arrêter la machine ? Pendant ce temps-là, dans le même hôpital, se déroule le tournage d’un film sur la guerre d’Algérie et notamment sur le procès de la figure emblématique de Djamila Bouhired. Condamnée à mort pour « actes de terrorisme », cette militante du FLN fut finalement libérée, notamment grâce à Jacques Vergès, célèbre avocat qui fera de ce procès celui de la colonisation. L’actrice qui interprète la révolutionnaire, en conflit avec le réalisateur, va rencontrer la famille de Benny. Les époques se chevauchent et les dilemmes s’entrecroisent : faut-il arrêter ou continuer de jouer ? Faut-il mourir pour ses idées ? » (source : ici)

Photo Sonia Barcet
Crédits photos : Sonia Barcet

(ceci n’est pas une critique, mais…)

J’avais apprécié le premier, j’avais moins aimé le deuxième, il n’y avait pas de raison que je n’aille pas voir le dernier volet de la trilogie. 1 partout, balle au centre.

La pièce démarre par une scène savoureuse pendant une émission de radio qui n’a rien à voir avec les deux précédentes parties mais qui annonce déjà la pièce de résistance de la… pièce : l’Algérie.

Précédemment l’Histoire rentrait par effraction dans l’histoire. De manière un peu capillotractée, on se retrouvait au coeur de la Révolution Française, de la Commune, tandis qu’ici les séquelles de la Guerre d’Algérie s’invitent par le truchement (j’adore ce mot) du tournage d’un film, dans l’hôpital même où Benjamin est hospitalisé. Certes, tout ceci est amené de manière plus subtile mais le dispositif reste le même : l’entrelacement de la grande et de la petite histoire, des récits des différents personnages. On ne peut pas enlever cela à Baptiste Amann qui poursuit ce qu’il a commencé à entreprendre et on ne peut que saluer une certaine ambition dans la narration (mille-feuilles narratif, multiplicité des sujets sociétaux parfois seulement effleurés : le manque de moyens des hôpitaux, la mort de jeunes des cités suite à la confrontation avec la police…), ainsi que des fulgurances au niveau de l’écriture.

Ce qui m’avait intérésssé au début de cette aventure, c’était ces quatre frères et soeur qui devaient faire face au décès simultané de leurs parents. Or, plus les épisodes passent, plus les liens qui tissaient leurs relations semblent s’effilocher, théâtralement parlant. Je ne parle même pas du clin d’oeil méta, quand un des frères avoue que ça lui semble bizarre de vivre autant d’accidents de la vie (ses parents puis son frère) en seulement trois jours. On perd quelque chose au niveau de la fratrie, comme si la disparition de Benjamin avait cassé ce qui me semblait être la dynamique de la pièce elle-même. Mais apparemment, il ne s’agissait que d’un prétexte.

La relation naissante entre Hafiz, le frère adoptif d’origine algérienne et la comédienne qui interprète Djamila Bouhired, dans le film tourné à quelques couloirs de là, est assez touchante. On aurait voulu en voir plus. Parce qu’hormis le tournage, la guerre d’Algérie a eu un impact direct sur l’un des personnages de cette saga. Or, encore une fois, on aurait voulu voir un approfondissement de ce qui tourmente Hafiz, surtout qu’on l’avait déjà vu venir dans le précédent opus.

(il est difficile de critiquer une pièce quand on aurait voulu voir la pièce qu’on avait rêvée)

Même si la pièce peut se voir indépendamment des autres, il peut manquer certaines subtilités à celles et ceux qui ne les ont pas vues. Les raisons pour lesquelles Benjamin est en mort cérébrale ne sont pas évidentes à comprendre par exemple (même pour quelqu’un qui a vu le précédent épisode il y a deux ans).

Peut-être que je ne me souviens pas, mais pour la première fois de la trilogie, l’action est localisée : ici Avignon, la ville natale du metteur en scène, cette ville qu’on connait surtout pour son festival et ses papes, mais pas vraiment pour tout ce qu’il se passe extramuros. Oui, il y a une vie en dehors des murailles de la ville et elle n’est pas toute rose. (note pour plus tard : imaginer la vie des gens là-bas, pendant le festival… sûrement la même que les autres jours de l’année).

Je ne peux faire l’impasse sur l’énergie et la force d’interprétation de Solal Bouloudnine qui, des Armoires Normandes avec les Chiens de Navarre au Italie Brésil 3 à 2 (d’Alexandre Tobelaim), m’a toujours enthousiasmé (tout ça pour ne pas souligner le jeu inégal des comédiens).

Tout ça pour dire que2h30 c’est long et que je me demande ce qu’en a pensé Olivier Py, présent dans la salle. Olivier Py… Avignon… La boucle est bouclée.

 

DES TERRITOIRES (… ET TOUT SERA PARDONNÉ ?)

Avec Solal Bouloudnine, Alexandra Castellon, Nailia Harzoune, Yohann Pisiou, Samuel Réhault, Lyn Thibault, Olivier Veillon

Texte et Mise en scène Baptiste Amann

Collaboratrice artistique Amélie Enon – Régie générale François Duguest – Création lumière Florent Jacob – Création sonore Léon Blomme – Scénographie Baptiste Amann – Construction décor Atelier Lasca – Costumes Suzanne Aubert – Administration de production Morgan Hélou – Production L’Annexe

Jusqu’au 13 décembre 2019 au Théâtre de la Bastille (Paris) et en tournée en 2020 à Bordeaux, Brive, Toulouse, Dijon…

 

(pas d’autre histoire…)

… parce que j’ai aussi une vie… Mais Des Territoires (… et tout sera pardonné ?) aura eu le mérite de me remettre les mains dans le cambouis. Car même si je fus globalement déçu, la pièce m’a donné de quoi penser. Ce qui n’est pas si anodin.

(Post-scriptum)

Je ne veux pas cafter, mais depuis que quelqu’un m’a dit que j’avais l’air de tout apprécier, je n’apprécie plus rien (peut-être pas à sa juste valeur). Malédiction !

 

Vu le vendredi 29 novembre 2019 au Théâtre de la Bastille, Paris

Prix de ma place : 13€ / mois (pass Bastille)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Ovni(s) (Ildi Eldi / Théâtre Ouvert)

(quand on ne lit pas la bible)

Ovni(s) ? Je sens qu’il y a quelque chose à écrire autour des parenthèses, mais quoi ? Je sens que les parenthèses vont faire toute la différence dans ce spectacle, mais quoi ?

(de quoi ça parle en vrai)

OVNI(S) ou la rencontre avec l’extraterrestre. Une succession de figures, une succession de paroles. Face à nous, chacun témoigne de sa découverte d’un OVNI, de son expérience et nous raconte son sentiment de connexion, de reconnexion, voire de communion, avec lui-même, si ce n’est avec le monde. (…) La scène de théâtre prend des allures de plateau de cinéma, et nous propose un voyage d’un recoin à l’autre de la planète. Un voyage à la rencontre d’individus apparemment normaux qui ne se connaissent pas mais qui partagent le besoin d’une confession intime… (source : ici)

 

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© Christophe Raynaud de Lage

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Ce qui est bien quand tu vas voir une pièce qui a reçu de mauvaises critiques, c’est que tu ne peux être déçu. D’où l’expression qui sied parfaitement à cette représentation : « Je fus déçu en bien. ». Effectivement, on ne peut pas dire que la critique lors du dernier festival d’Avignon ait épargné cette nouvelle pièce du collectif Ildi Eldi. Même pas peur, je me suis tout de même rendu au Théâtre Ouvert, parce que j’ai beaucoup de sympathie pour ce collectif qui m’avait séduit avec leur Nouveau Cinéclub (écrit par Olivia Rosenthal).

Et c’est bien là où le bât blesse, je ne fus pas captivé par ce qu’il s’y racontait. Un manque d’intérêt certain pour ces témoignages. Et c’est quand même dommage lorsque nous avons devant nous des acteurs tous compétents, qui ont fait leurs preuves (Grégoire Monsaingeon, Alexandre Castellon, entre autres), qui s’efforcent de faire vivre une pièce avec une grosse bulle en plastique, des miroirs pour les effets spéciaux… Mais il a manqué quelque chose pour que ça décolle.

 

OVNI(S)

Pièce originale OVNI d’Ivan Viripaev (Traduction Tania Moguilevskaia et Gilles Morel)

Mise en scène et jeu Alexandra Castellon, Sophie Cattani, Grégoire Monsaingeon, Antoine Oppenheim, Michael Pas

Scénario poétique Jérôme Game – Musique Chloé Thévenin – Scénographie Saskia Louwaard et Katrijn Baeten – Son et dispositif sonore Benjamin Furbacco – Lumières et régie générale Ludovic Bouaud

Jusqu’au 13 octobre 2018 au Théâtre Ouvert, Paris et le 29 mars 2019 au Théâtre d’Arles

 

(une autre histoire)

Je me suis trompé d’arrêt, je suis descendu à Pigalle au lieu de Blanche. Alors j’ai marché. Un peu. Je suis passé devant les Trois Baudets, le théâtre de Dix Heures. Mais surtout devant des sex shops. Un rabattteur a bien tenté de m’y faire pénétrer, mais je ne suis pas un homme facile. C’est faux. Je suis un homme facile. Mesdames…

Mais je suis resté sur mon trottoir, les écouteurs dans les oreilles, le regard fermé. Je n’avais pratiquement pas mangé de la journée, hormis deux galettes de riz bio.

Ce texte est à l’image de ma journée : insipide et sans intérêt.

 

vu le mardi 2 octobre 2018 au Théâtre Ouvert, Paris.

prix de ma place : 11€ (prix partenaire Colline)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito