Bovary (Tiago Rodrigues / Théâtre de la Bastille)

(quand on ne lit pas la bible)

Bovary ? Que dire ? Le beau varie ? C’est ça le sujet de la pièce ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Oser passer le roman de Flaubert à l’alambic pour extraire le poison salutaire qu’il contient permet d’offrir aux spectateurs l’occasion unique d’être pris à témoin de sa puissance corrosive. Sur scène, trois niveaux d’écriture s’entremêlent : le style propre au roman largement cité, la correspondance imaginaire de l’auteur avec une maîtresse et les éléments juridiques de son procès pour outrage à la morale et aux bonnes mœurs. La puissance de certains textes face à l’ordre établi devient un fait !

(Christophe Pineau : http://www.theatre-bastille.com/saison-17-18/les-spectacles/bovary_2)

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Crédits photos : Pierre Grosbois

(ceci n’est pas une critique, mais…)

En préambule, je dois donc préciser, pour ceux qui me suivent d’un oeil distrait, que j’ai participé à l’Occupation Bastille première du nom, il y a deux ans de cela, initiée par le Théâtre de la Bastille et menée de main de maître par le metteur en scène/auteur/acteur/directeur/footballeur Tiago Rodrigues et l’équipe de Bovary. C’est donc la deuxième fois que je vois cette pièce, pour mon plus grand plaisir.

Parce que le plaisir est toujours présent, si ce n’est plus, à voir ces acteurs évoluer au milieu des feuilles blanches, autant d’histoires qu’on peut se raconter dans une vie.

Le changement de taille pour cette reprise 2018 est le remplacement de Jacques Bonnaffé (pris par d’autres engagements) par Mathieu Boisliveau dans le rôle de Gustave Flaubert… pardon, que dis-je, on ne remplace pas Jacques Bonnaffé, il est irremplaçable. Quand Mathieu Boisliveau prend la parole, me vinrent immédiatement à l’esprit la voix et le phrasé si particuliers de Jacques Bonnaffé. Pourtant Mathieu Boisliveau parvient à creuser son propre sillon et apporte une légèreté qu’il distillera jusqu’à ses rapports avec le reste de la distribution. La pièce apparait même plus drôle, aidée en cela par une Ruth Vega Fernandez explosive, qui sait jouer à la limite du surjeu sans y tomber.

La distance temporelle avec la première Occupation (et tous les liens qui ont pu se tisser entre les comédiens et les spectateurs participants) m’a permis d’apprécier d’une autre manière « Bovary ». Je ne dirai pas « à sa juste valeur », car j’espère faire preuve d’objectivité en toute occasion, n’est-ce pas, même si je n’ai jamais cessé de me poser cette question, mais on écoute mieux, on ne s’arrête plus à « Tiens, cette posture, cette formulation, cette idée, je l’ai déjà vue lors de nos projets occupationnels ». On est dans le présent, dans le vîf du sujet.

L’écriture (ainsi que sa traduction par Thomas Resendes) et la mise en scène de Tiago Rodrigues sont au cordeau (ça se dit ça ?), mêlant les différents degrés de lecture et d’action (roman, procès…) avec maestria, le jeu des acteurs est rythmé et maîtrisé (citons également David Geselson (de retour en 2019 avec Doreen et en 2020 avec la grande Nina…), Grégoire Monsaingeon (prochainement au Festival d’Avignon…), Alma Palacios (mais comment fais-tu pour tourner sur toi-même sans avoir mal au coeur ? Je ne sais pas toujours pas…)

C’est du théâtre, comme on veut en voir plus souvent.

 

vu le jeudi 8 mars 2018 au Théâtre de la Bastille (Paris)

prix de la place : Pass Bastille (13€ / mois)

 

BOVARY

Avec Mathieu Boisliveau, David Geselson, Grégoire Monsaingeon, Alma Palacios et Ruth Vega Fernandez

Texte et mise en scène Tiago Rodrigues

D’après le roman Madame Bovary de Gustave Flaubert et le procès Flaubert

Traduction française Thomas Resendes – Lumières Nuno Meira – Scénographie et costumes Ângela Rocha – Construction décor Marion Abeille

Jusqu’au 17 mars 2018 à 20h et du 19 au 28 mars 2018 à 21h au Théâtre de la Bastille (Paris) mais aussi du 3 au 6 avril 18 à la MC de Bourges, le 10 avril 18 au Théâtre-Cinéma Paul Éluard (Choisy-le-Roi), le 12 avril 18 à l’Espace 1789 (Saint-Ouen), les 17 et 18 avril 18 au Théâtre de Cornouaille (Quimper), les 24 et 25 avril 18 au Moulin du Roc (Niort) et le 3 mai 18 au Théâtre Romain Rolland (Villejuif)

 

(une autre histoire)

Alors, vois-tu, tu ramasses les feuilles, puis tu les tries. Au début, j’allais, je venais, je me baissais, je me relevais, je ne savais plus où donner de la tête, de cour à jardin, devant derrière, puis j’ai réfléchi. J’ai rassemblé toutes les feuilles en un même point. Pas folle la guêpe.

Alors là, vois-tu, c’est un peu écorné, mais c’est pas grave. Pis là c’est à peine déchiré, tu la gardes. Par contre, si c’est trop chiffonné, tu jettes. Et si ça colle, tu jettes aussi. Parce que sur scène, ils boivent… soi-disant de l’eau… pis ils mangent des canneberges et ça colle.

Ils sont joueurs, ils sont taquins. Une fois, je ne dirai pas qui, mais une fois, je ramassais les feuilles, pis une personne de l’équipe… t’as vu, je dis une personne, pas un gars ni une fille, ben elle a pris une ramette que j’avais reconstituée, pis elle a tout balancé en l’air.

Parfois on remet une nouvelle ramette. Balles neuves ! Les feuilles à jeter, c’est dans la poubelle jaune, je ne te l’ai pas dit.

Faut pas le dire, mais parfois, je profite qu’il n’y ait personne dans la salle pour… T’as déjà passé cinq, dix minutes comme ça, tout seul dans une salle de théâtre comme ça ? Il s’y passe plein de choses. Dans la tête et dans le coeur. Ben moi, parfois, je me cache sous les feuilles et je me laisse traverser par l’esprit de Gustave Flaubert et de Tiago Rodrigues. Les feuilles sont blanches, pourtant je connais par coeur la pièce. Et je ne l’ai même pas vue. C’est parce que c’est trop tard le soir. À cette heure-là, je suis déjà couché.

Je te jure, je connais par coeur. Les feuilles sont blanches, mais je connais par coeur. Attends… page 48 – Emma : « Ne vous semble-t-il pas que l’on est plus libre quand on contemple la mer ? » Page 93 – Homais : « Excusez-moi un instant. Je vais juste chercher l’arsenic et le poser ici. » Page 105 – Charles : « Charbovari Charbovari… J’ai vraiment l’impression d’avoir déjà vu ce porte-cigares. »

Je n’ai jamais lu Madame Bovary, ni vu cette pièce. Alors tu m’expliques pourquoi ces feuilles m’émeuvent autant ?

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

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