Flêche la chair (François Négret – Bab-Ilo)

(quand on ne lit pas la bible)

Tout réside dans l’accent circonflexe de « Flêche ». Voilà, tout est affaire d’accent. Un même texte sera-t-il compris de la même façon s’il est dit avec l’accent ch’ti, marseillais ou québécois. Ce soir, c’est vingt variations d’un même texte de Antonio Lobo Antunes que vous entendrez.

 

(de quoi ça parle en vrai)

Une lecture musicale ou un concert littéraire, à grands renforts de textes de Antonio Lobo Antunes (« Carlos »), Peter Handke (« Essai sur la fatigue »), Paul Verlaine, Louis Calaferte, Jean Genet, François Négret (« Rouge est la couleur »).

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Il y a des fois où on se fait désirer. Combien de fois l’amie Émilie m’a proposé de venir voir les soirées Flêche la Chair montées par l’auteur et comédien François Negret et auxquelles elle participait parfois en tant qu’interprète accordéoniste ? Une fois, j’avais ci, une autre fois j’avais ça, sans parler de la fois où… Pour une raison que je n’évoquerai pas ici, je me décidai enfin à me rendre dans la cave de ce bistrot d’une rue (du Baigneur), d’un quartier du dix-huitième arrondissement de Paris qui m’évoquait des souvenirs en pagaille, et à me laisser surprendre. Parce qu’on en est là : je ne sais pas ce que je vais voir. Comme souvent, vous me direz. Certes, j’avais déjà vu « Rouge est la couleur… » écrit et mis en scène par le même François Négret à l’atelier théâtre de Montmartre l’an passé. J’avais été quelque peu dérouté mais séduit par l’écriture de Négret.

Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas rendu dans un lieu inconnu de mes pieds. J’ai repensé à ces projections de courts métrages alternatifs, à ce personnage qui faisait parler ses tatouages… Paris…

En préambule, le teaser d’un film réalisé par Ariana Kah, « Et continuer de t’aimer… » puis une première chanson (en anglais) interprétée à l’accordéon par Emilie Delmas,  le regard fixe, puis rejointe par un pianiste et un batteur (bon. Émilie… il va falloir qu’on parle… c’est quoi cet accent ?) Là l’Indien François Négret et l’Indienne Clémence Briend entrent en scène et on est happé par le verbe, par une atmosphère enfiévrée, la musique improvisée par Pete Sputnik aux baguettes et Sylvain Darde aux touches noires et blanches, un petit goût de jazz. C’est cru, c’est poétique, c’est érotique. Clémence Briend me fait penser à la chanteuse Anna Calvi (les yeux fermés, comme si rien n’existait d’autre que), François Négret est hypnotique. Ou une remarquable écoute des deux comédiens. Tout est incarné et le texte est entendu.

Ils lisent, mais ils ne lisent pas. Les feuilles tombent, se cornent, on ne sait plus où on en est, tout est fragile mais tout reste sous contrôle. Le tout se conclut avec une ultime chanson (titsonass) de l’accordéoniste au ventre rond.

Un petit lieu, une heure pleine. Ultra-confidentiel. Ce soir ne se répètera jamais, comme dit l’autre. Et pourtant…

 

vu le mercredi 11 octobre 2017 au Bab-Ilo (Paris 18)

entrée libre, au chapeau.

NB : Emilie Delmas (l’accordéoniste) avait joué un des deux rôles principaux d’une pièce que j’avais écrite et mise en scène, il y a plus de deux ans maintenant.

 

Flêche la Chair meets Rouge est la couleur

Avec Clémence Briend dans le rôle de l’Indienne et François Négret dans le rôle de l’Indien.

Émilie Delmas : chant et accordéon – Pete Sputnik à la batterie et Sylvain Darde au piano

Prochaine soirée le jeudi 9 novembre 2017

 

(une autre histoire)

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Crédit Photo : Axel Ito

 

Elle m’avait donné rendez-vous au cimetière Montmartre, sur la tombe de François Truffaut.

– Tu as facilement trouvé ?

Elle, c’est Lola. Je l’ai rencontrée à Berlin l’an passé. Elle porte des Docs noires et c’est bien le seul point commun avec son homonyme qui passe son temps à courir. Nous nous sommes rencontrés à l’aéroport de Tegel. Je repartais chez moi. Elle m’a vu pleurer, m’a offert un mouchoir en tissu, m’a pris dans ses bras, sans rien me demander et est partie. Elle avait glissé son adresse mail dans ma poche : « Tu me rendras mon mouchoir dans un an, jour pour jour, à Paris, au cimetière Montmartre. Et lavé, le mouchoir, merci. » Une magicienne, qui a des références cinématographiques. Depuis, nous avons correspondu, toujours par écrit. J’étais revenu dans ma Provence natale, elle était un jour à Lisbonne, un autre à Essaouira ou à Dublin.

– Tu fais quoi dans la vie ?

– La vraie ou la fausse ?

J’avais réservé une chambre dans un hôtel, rue Caulaincourt, dans le 18e. C’est la première fois que je viens à Paris. Je me suis assez vite repéré dans cette ville. Là c’est Beaubourg, là c’est les Halles et l’UGC Orient Express, ici la librairie ciné où j’ai acheté l’autobiographie de Buster Keaton. Avant tout ça, j’ai pris un café sur la place de la Bastille.

– Tu l’as revue ?

– Oui.

– Et ?

– C’est passé. Je veux dire, je n’ai rien ressenti.

– Pas même un picotement dans l’entre-jambes ?

Lola me demande comment s’est passé mon rendez-vous avec une fille que j’avais aimé il y a quelques années et qui me trottait encore dans la tête.

– Pourquoi ici ? Pourquoi là ?

Elle ne répond pas.

– Tu vas vivre des choses phénoménales ici.

– Rien que ça.

– Tu sais que rien ne va se passer entre nous.

Je ne réponds pas.

– Je suis dans ta tête, tu le sais ça.

Je ne réponds pas.

– Demain le monde va changer. Tu vas changer. Abre los ojos, mon ami. Abre los ojos.

– Lola ?

– Oui.

– Tiens. Ton mouchoir.

– Garde-le. Tu en auras besoin.

Paris, 10 septembre 2001.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

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