Au bois (Claudine Galea / Benoît Bradel / La Colline)

(quand on ne lit pas la bible)

Au bois ? Ce qui me fait dire que je ne suis jamais allé à celui de Boulogne…

 

(de quoi ça parle en vrai)

Dans cette adaptation très libre, contemporaine et urbaine du Petit Chaperon rouge, Claudine Galea interroge la peur ancestrale du « loup », celle de l’agression. Entre le conte et le périph’, la légende et le fait divers, Au Bois est une histoire d’insoumission et de liberté où les filles, qu’elles soient mères ou adolescentes, sont avant tout des femmes qui ne s’en laissent plus conter. Ni par les parents, ni par les loups, ni par les bois, ni par les chasseurs, ni par la rumeur, cette vox populi qui affiche sa morale puritaine et qui sournoisement a faim de vengeance et de sang. En ces temps de repli, de brutalité et d’humiliation, ces temps où l’individu isolé ne semble pas pouvoir grand-chose, Au Bois est une pièce où l’on parle haut, où l’on chante fort, où la jeunesse donne le La, une pièce où l’on ne renonce à rien et surtout pas à aimer. Ici, la friction entre légende et hyperréalisme laisse planer une abstraction poétique et place la parole en apesanteur. L’économie de l’écriture, signe d’une retenue pudique, laisse s’éveiller les sensations et immédiatement filtrer une émotion infinie. (http://www.colline.fr/fr/spectacle/au-bois)

 

aubois12
Crédits photos : Jean-Louis Fernandez

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Avant toute chose, je voudrais écrire ici toute mon admiration pour Emilie Incerti Formentini que j’avais vue deux fois dans « Rendez-vous gare de l’Est » de Guillaume Vincent. Parfois on prend son ticket pour un auteur ou un metteur en scène. J’ai pris le mien grâce au nom d’Emilie Incerti Formentini. Et un peu grâce à celui d’Emmanuelle Lafon. Ces deux comédiennes osent tout et assument. La première joue le rôle de la mère « bigger than life » de celle qu’on pourrait appeler « Le petit chaperon rouge » qui, elle, est interprétée par la prometteuse ancienne élève de l’ERACM (et vue dans Mercy d’après Toni Morrison) Sephora Pondi, la deuxième se la joue bruiteuse officielle de Prédator et interprète le bois him.her.self.

« Au Bois » est une pièce qui ose chanter comme dans les Disney, désorienter le spectateur (je n’ai pas su quoi penser à la sortie du spectacle, passant allègrement de la fascination à la déception). Je ne fus pas convaincu par la vidéo, même si je me rappelai que « La nuit du chasseur » de Charles Laughton, dont on voit des extraits, était un sacré chef d’oeuvre, à voir sur grand écran. On peut y voir également « la rumeur publique » : des acteurs filmés façon grand guignol. Mon intérêt s’étiole.

Le bois n’est pas un bois. Benoît Bradel sait y faire, question atmosphère. Clédat & Petitpierre à la scénographie et à la costumerie n’y sont pas pour rien. Le temps s’étire : la fin n’est pas la fin. Les personnages féminins ne se laissent pas faire et cela ne nous laisse finalement pas indifférent.

 

vu le jeudi 3 mai 2018 à la Colline, Paris.

Prix de la place : 13€ (carte Colline)

 

AU BOIS

d’après le texte de Claudine Galea

mise en scène Benoît Bradel

avec Raoul Fernandez, Émilie lncerti Formentini, Emmanuelle Lafon, Seb Martel, Séphora Pondi

à l’image François Chattot, Vincent Dissez, Norah Krief, Dalila Khatir, Annie Mercier, Thalia Otmanetelba

scénographie et costumes : Clédat & Petitpierre – musique : Alexandros Markeas, Seb Martel – assistanat à la mise en scène Maëlle Dequiedt – vidéo : Kristelle Paré – son : Thomas Fernier – lumières : Sylvie Garot – collaboration à la dramaturgie : Pauline Thimonnier – régie générale : Mathilde Chamoux – régie plateau et assistanat régie générale : Marie Bonnemaison – réalisation costumes : Anne Thesson – travail vocal  : Dalila Khatir – travail corporel : Akiko Hasegawa

Jusqu’au 19 mai 2018 à la Colline

 

(une autre histoire)

Ma mère me demande de porter des galettes et du beurre à ma grand-mère. Non, mais elle m’a pris pour le Petit Chaperon Rouge ? Ok, j’ai pas la forêt à traverser, seulement cinq étages à descendre en ascenseur, mais c’est pas une raison. J’ai plein de trucs à faire. Là comme ça, je ne sais pas quoi, mais j’ai sûrement plein de trucs à faire, en cherchant bien. Ma mère insiste. J’accepte. Je n’ai jamais su dire non à ma mère. Je garde mes pantoufles, mon pyjama et mon peignoir, y a des courants d’air dans les couloirs.

L’ascenseur est en panne. Ça veut dire que je dois descendre et monter à pied. Je suis certain que vous l’aviez deviné. C’est pas plus mal. Y a toujours des chiens qui pissent dans l’ascenseur. Quand c’est le cas, on est comme Jacques Mayol. Nous autres, habitants des étages supérieurs, on est champion d’apnée. Je descends… Je descends… je descends… Parfois j’entends des gens sortir de chez eux. J’attends qu’ils descendent à leur tour. Pas envie de parler. J’arrive chez Grand-Mère. On a notre code. Je frappe à la porte d’une certaine façon, je veux dire. Pour qu’elle me reconnaisse. Je pose mon oreille contre la porte. Quand je n’entends rien, je recommence. Sinon j’attends. Je l’entends se lever de son fauteuil, dire « J’arrive », actionner le verrou et elle ouvre la porte.

Je sors de chez ma Grand-Mère. On a joué aux Petits Chevaux. Avant de partir, elle me dit : « Tu sonneras trois coups (au téléphone) pour me dire que tu es bien arrivé, hein ? ». C’est ce que je fais toujours. Et donc je monte… je monte… je monte… Entre les sixième et septième étages, la lumière s’éteint. Le minuteur n’est accessible que sur les paliers. Je l’atteins et la lumière fut. Non, il ne s’est rien passé. Pas de croquemitaine, pédophile ou grand méchant loup.

En revanche, la nuit prochaine, je rêverai de ces escaliers, je cauchemarderai d’un clown qui s’appelle Pinkie Pou et qui me poursuivra. C’est pareil quand je prends l’ascenseur, de toute façon. Je fais des cauchemars toutes les nuits. Rien n’y fait. Il faudrait que je ne dorme pas. Ou que je reste chez moi.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Publicités

Une réflexion au sujet de « Au bois (Claudine Galea / Benoît Bradel / La Colline) »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s