Vies de papier (La Bande Passante / Théâtre Mouffetard)

(quand on ne lit pas la bible)

Vies de papier ? L’histoire d’un procrastinateur phobique des papiers administratifs qui rêve qu’il meurt étouffé dans les papiers qu’il n’a pas envoyés, remplis, complétés… ?

(de quoi ça parle en vrai)

Un jour de brocante, à Bruxelles, Benoit Faivre et Tommy Laszlo tombent nez-à-nez avec un étrange document : un album de photos de famille superbement décoré, en excellent état. Les clichés reflètent les souvenirs d’une femme née en 1933 en Allemagne, de son enfance jusqu’à son mariage en Belgique. Qui est cette personne prénommée Christa ? Pourquoi nos deux artistes se sentent-ils aussitôt liés intimement à l’album ? En quoi le destin de cette immigrée leur rappelle-t-il la trajectoire de leur grand-mère à chacun ? C’est le début d’une vaste enquête… (http://lemouffetard.com/spectacle/vies-de-papier)

viedepapier1
photo © La Bande Passante

 

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

L’album photo est le Macguffin du spectacle, un objet pas si anecdotique que cela, qui sera le point de départ d’une enquête menée par Tommy Laszlo et Benoit Faivre  (avec l’aide de Pauline Jardel à la caméra) de Berlin à Bruxelles en passant par Ratisbonne. Car comme l’ont souligné les artistes lors du bord plateau après le spectacle, ils auraient très bien pu se contenter d’aller au bureau des archives de Bruxelles pour trouver qui était la mystérieuse Christa. Or, comme souvent, c’est moins le résultat que le moyen d’y parvenir qui est le plus intéressant. C’est aussi l’aventure humaine qui prime, suivre l’album, retrouver des lieux, vivre quelque chose d’unique avec des partenaires, rencontrer les gens et voir ce que ça fait à l’intérieur.

Les deux artistes ont décidé de nous montrer leur passionnante enquête à travers un film documentaire, mais également un montage collage fait en direct (plans, dessins, photos, notes…), mais aussi leur témoignage. Certes il y a le passé (tout débute en Allemagne dans les années 30…), mais il y a surtout le présent, parce qu’on ne travaille pas sur le papier sans raison, parce qu’on ne part pas à la recherche de quelqu’un qu’on ne connait ni d’Eve ni d’Adam, sans qu’il y ait autre chose, en eux. Et cette autre chose va évoquer par ricochet quelque chose en nous, comme pour eux, des souvenirs, des non dits. Pour aller dans les clichés, comme on nous dit en cours d’histoire, c’est en comprenant le passé qu’on comprend notre présent.

Là où j’aurais pu trouver cela redondant (j’avais énormément apprécié ce qu’avait fait Isabelle Monnin dans « Les gens dans l’enveloppe » (livre/disque/bientôt film), à partir du même point de départ (l’achat d’un album photo ayant appartenu à des personnes inconnues), je fus captivé et touché par la sincérité et l’inventivité de Benoit Faivre et Tommy Laszlo.

 

vu le vendredi 12 janvier 2018 au Mouffetard (Paris)

prix de la place : invitation (la première en tant que blogueur… je suis ému)

 

VIES DE PAPIER

Compagnie La Bande Passante (Théâtre d’objets documentaires) (ciebandepassante.fr)

Direction artistique et interprétation : Benoit Faivre, Tommy Laszlo

Écriture et réalisation : Benoit Faivre, Kathleen Fortin, Pauline Jardel et Tommy Laszlo – Regard extérieur : Kathleen Fortin – Prises de vues : Pauline Jardel – Création musicale : Gabriel Fabing – Lumière : Marie Jeanne Assayag-Lion

Costumes : Daniel Trento – Régie et petite construction : Marie Jeanne Assayag-Lion, David Gallaire, Thierry Mathieu et Daniel Trento – Construction décor : La Boîte à Sel

Jusqu’au 27 janvier 2018 au Mouffetard (Paris) et en tournée (liste non exhaustive : les 6 et 7 février 18 à l’Arc (Le Creusot), le 13 février 18 à la Madeleine (Troyes), les 22 et 23 mai 18 au Carreau/Festival Perspectives (Forbach)…

 

(une autre histoire)

J’ai entreposé dans ma table de chevet des photos, des centaines de photos. Parce que malgré le numérique, je tiens toujours à avoir une trace de mes souvenirs sur du papier. Tout comme j’imprime tout ce que j’écris. Désolé la planète, ce n’est pas avec moi que tu vas économiser des arbres.

Quand je serai mort, je donnerai une pièce à celui ou celle qui saura faire le tri dans tout ça. Je fais ça pour les artistes, on va dire ça. Ça. Aucune légende sur les photos. Avec un peu de perspicacité, on reconnaîtra aisément les paysages que j’ai arpentés (ça se dit, arpenter un paysage ?). Y aura pas grand chose à reconnaitre d’autre. Je ne me prends jamais en photo. Aussi parce que je voyage toujours tout seul. Je ne veux pas m’encombrer d’une perche à selfie ou d’un trépied et j’ai un peu la tremblote. L’appareil à bout de bras, mes photos de moi seraient floues.

Je suis l’homme flou.

Parfois quand je regarde les quelques photos de moi quand j’étais jeune, je ne me reconnais pas. Pas du genre « Oh mais que suis-je devenu ? Où sont mes rêves et mes vingt ans passés ? ». Non. Littéralement. Je ne me reconnais pas. Et c’est pas les poils ou les kilos en plus, c’est autre chose. Je serais incapable de me reconnaître si je me croisais dans la rue.

Je suis un film de David Lynch.

J’écris, je prends des photos parce que je veux me souvenir. Je suis intimement persuadé que ma mémoire me fera définitivement défaut un jour ou l’autre. C’est comme ça. Alors je me replongerai dans mes images, mes écrits et je me dirai : « Mon Dieu, mais qui est cet homme flou ? Pourquoi ai-je ses photos chez moi ? Et ces mots qui ne veulent rien dire ? Et ces mots qui parlent toujours de la même chose ? Et si je les revendais sur e-Bay ou dans une brocante ? Je pourrais en tirer peut-être quelque chose ? Ça me paierait ma pinte de bière. Et peut-être même deux. Je ne tiens plus l’alcool comme dans le temps. Deux me suffiraient pour oublier qui je ne suis pas.»

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Publicités

3 réflexions au sujet de « Vies de papier (La Bande Passante / Théâtre Mouffetard) »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s