Les bijoux de pacotille (Céline Milliat-Baumgartner / Pauline Bureau / Théâtre Paris Villette)

(de quoi ça parle en vrai)

Le 19 juin 1985, à 3h30 du matin, une voiture sort de la route à l’entrée du tunnel de Saint-Germain-en-Laye. Pour toute trace, ne restent plus de cette nuit-là qu’une boucle d’oreille en forme de fleur et deux bracelets en métal, noircis par le feu, des bijoux de pacotille qui sont restitués à la famille. Céline Milliat Baumgartner entreprend dans ce texte un long travail de mémoire à travers les objets et photos qu’elle possède pour dresser le portrait de ses parents disparus. Un père souvent absent pour son travail et une mère actrice qui embrasse Depardieu dans un film de Truffaut. Puis vient le récit d’une enfance presque normale d’une enfant sans parent. (http://www.theatre-paris-villette.fr/spectacle/bijoux-de-pacotille/)

(ceci est une vraie critique…)

(écrite par Laurent Suavet qui après « Ensemble ensemble », revient avec sa vision de la pièce (qui se rapproche de la mienne, je précise))

La première à chose à dire, et qui me parait importante, c’est ce que contrairement aux précédents spectacles de Pauline Bureau que j’avais vus (Sirènes, Dormir 100 ans et Mon cœur), elle ne l’a pas écrit, c’est d’abord le projet (et l’histoire personnelle) de la comédienne principale Céline Milliat Baumgartner. Or, quand on voit le spectacle, on comprend très vite pourquoi Pauline Bureau a accepté ou souhaité le mettre en scène. On retrouve ainsi cette même émotion et simplicité dans le traitement, cette même justesse à capturer nos peurs enfantines (et qui fait qu’elle est souvent classée dans un théatre jeune public, comme on peut parler de littérature jeunesse). Mais le spectacle est peut-être un peu plus sobre et dépouillé que si Pauline Bureau l’avait écrit : peu d’accessoires, peu d’effets visuels ou sonores (mais minutieusement choisis), ça pourrait presque être joué dans une petite salle du Off d’Avignon. Dès les 5 premières minutes, on imagine à quoi le spectacle va ressembler et effectivement, il sera conforme à cette idée, à savoir un spectacle intimiste raconté avec beaucoup de pudeur, et qui parle forcément à chaque spectateur (aussi bien celui qui a encore ses parents que celui qui ne les a plus). On pourrait regretter un léger manque de surprise, mais alors qu’on était jusque là sagement touché par cette histoire racontée avec délicatesse, une émotion plus intense finit par advenir lors du dernier quart d’heure (le spectacle dure à peu près 1h10). Quelques phrases qui nous touchent intimement, la mélodie d’un chanteur cher à mon cœur, et je me suis retrouvé en larmes sans l’avoir vu venir ! Après, si on cherche un peu la petite bête, on peut regretter qu’elle ne cherche pas plus à sublimer ou transformer cette matière. Sauf que cette matière, ce n’est pas un roman ou une fiction (comme pour « Des hommes en devenir », auquel j’ai pensé en raison du sujet similaire- la perte d’un être proche), c’est sa propre vie. L’actrice est vraiment touchante, une sorte de femme-enfant, complètement à fleur de peau, on voit à la fois la gamine de 8 ans qu’elle était et la femme de 40 ans qu’elle est devenue.

Bref, ça me parait difficile d’être cynique ou dire du mal d’un tel spectacle, et je préfère juger un spectacle pour ce qu’il est vraiment plutôt que lui reprocher de ne pas être autre chose.

Vu le 1e décembre 2017 au théâtre du Merlan (Marseille)

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Crédits photos : Pierre Grosbois

(ceci n’est pas une critique mais…)

Je me permets d’ajouter mon grain de sucre en soulignant toutes les petites trouvailles de mise en scène et de scénographie, sans tout dévoiler toutefois, comme les chaussures, le PV magique, le travail de projection vidéo qu’on avait déjà aperçu dans « Dormir 100 ans ». Je précise, les deux dernières pièces de Pauline Bureau m’avait légèrement déçu pour différentes raisons et je fus heureux, si je puis dire, après cette pièce. Et puis, cette idée du miroir, incliné sur la scène elle-même. En entrant dans la salle, j’ai tout de suite pensé à son utilisation dans « La face cachée de la lune » de Robert Lepage, mais ici elle permet de voir ce qu’il y a à l’intérieur de la boîte de souvenirs, la mer qui monte qui monte sur scène et surtout… Je ne sais plus qui j’avais entendu dire qu’on ne se voyait jamais en entier. On ne voit jamais personne en entier. Si tu vois le dos, tu ne vois pas la face, il y a toujours un côté de toi, de moi, qu’on ne voit jamais. Or, quand on voit ton visage, ton dos joue aussi, il est en action. Et grâce à ce miroir, tout le corps est en jeu. Je ne sais pas si je suis clair, mais j’étais fasciné de voir Céline Milliat-Baumgartner jouer dans son entièreté.

 

Vu le mardi 16 janvier 2018 au théâtre Paris Villette (http://www.theatre-paris-villette.fr/spectacle/bijoux-de-pacotille/)

Prix de la place : 12€ (tarif préférentiel pour les adhérents de la Colline)

 

LES BIJOUX DE PACOTILLE

texte et interprétation Céline Milliat Baumgartner / mise en scène Pauline Bureau (http://www.part-des-anges.com)/ scénographie Emmanuelle Roy / costumes et accessoires Alice Touvet / composition musicale et sonore Vincent Hulot / lumière et régie générale Bruno Brinas / dramaturgie Benoîte Bureau / vidéo Christophe Touche / magie Benoît Dattez / travail chorégraphique Cécile Zanibelli

Jusqu’au 20 janvier 2018 au Théâtre Paris Villette puis au Bateau Feu (Dunkerque) les 22 et 23 février 18, au Théâtre du Rond Point (Paris) du 6 au 31 mars 18 et au théâtre de Chelles le 6 avril 18.

 

(quand on n’a pas lu la bible)

Les bijoux de pacotille ? Quand Monsieur et Madame Tille ont un fils, ils l’appellent Paco et le noient de bijoux le jour de son baptême ?

 

(une autre histoire)

En allant au théâtre, je l’ai croisée, je veux dire, ma voisine. Deux soirs d’affilée. J’ai pas osé lui dire pour le claquage de porte tous les matins à 7h15. Demain. Si je la revois, demain.

« Non, mais je te jure, il est trop chelou. Hier, je le vois sur le pas de la porte, dans la rue, il tourne la tête, il attend que la porte se ferme, il me voit même pas. Bim, la porte se ferme, il tourne la tête, il me reconnait, il s’excuse platement, de ne pas m’avoir tenu la porte. Il aurait quand même pu faire le code pour s’excuser. Je rentrais du boulot, je précise. Je rentre toujours à la même heure du boulot.

Et donc, aujourd’hui, qui je vois en rentrant de Franprix ? Mon voisin, il me tenait la porte. C’était même pas la même heure qu’hier, une heure plus tard. Il m’a dit : « Cette fois-ci je vous la tiens ! » Il a même souri. Ça m’a fait bizarre de le voir sourire, froid dans le dos, regarde les poils, il sourit jamais ou alors timidement. Les commissures des lèvres à peine relevées. Imagine, je serais revenue après un ciné, un théâtre, avec une conquête… Il aurait attendu comme ça, dans le froid ? Non, mais il est chelou, mon voisin.

Parfois chez moi, à travers les murs ou le plancher, je sais pas, j’entends une voix masculine, souvent je dirais même, crier : « Putain !!! » Je sais pas si c’est lui ou le voisin du dessous. Lui aussi il est chelou. Il doit jouer aux jeux vidéos. Je l’entends respirer fort dans les escaliers. Va faire du sport, mec ! Au moins, celui qui me l’a tenue, lui, il n’est jamais essoufflé. »

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

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2 réflexions au sujet de « Les bijoux de pacotille (Céline Milliat-Baumgartner / Pauline Bureau / Théâtre Paris Villette) »

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