1993 (Bellanger / Gosselin / TNS / Théâtre2Gennevilliers)

(quand on ne lit pas la bible)

2666 – 1993 = 673 : Prochain spectacle de Julien Gosselin ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Ce fut longtemps une légende. Puis, un jour, le tunnel sous la Manche reliant Calais à Douvres est devenu une réalité. La Grande-Bretagne enfin rattachée au continent, l’Europe pouvait s’enorgueillir d’avoir franchi un pas décisif. Sauf que, comme l’écrit Aurélien Bellanger, « le Tunnel, solution jadis miraculeuse, est devenu le nom d’un problème insoluble ». Cela commence au mitan des années 1990 quand des réfugiés kurdes ou kosovars font des anciens entrepôts ayant servi à la construction du tunnel une zone de transit. Dans ce spectacle construit avec le Groupe 43, sorti de l’École du TNS en juillet 2017, le metteur en scène Julien Gosselin et le romancier Aurélien Bellanger interrogent la vision d’une génération : que signifie être né après la chute du mur de Berlin ? De quelles déceptions, de quels rêves hérite-t-on ? Qui aurait imaginé en inaugurant le tunnel sous la Manche, en 1993, qu’au même endroit surgirait quelques années plus tard la Jungle de Calais ? Après Les Particules élémentaires adapté du roman de Michel Houellebecq et 2666, d’après Roberto Bolaño, Julien Gosselin poursuit son analyse sans concession des mythologies contemporaines. (https://www.theatre2gennevilliers.com/1993/)

 

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Crédits photos : Jean-Louis Fernandez

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Ceci est un spectacle déconseillé aux asthmatiques et aux épileptiques. Ceci n’est pas un spectacle de fin d’année. Aucun acteur de l’école TNS n’aura son moment de gloire et c’est tant mieux.

Une première partie avec beaucoup de texte. Quand ça parle trop, frontalement, que ça ne raconte pas une histoire, j’ai du mal, je suis comme ça. Je veux dire, ça me plait ou ça me plait pas, c’est pas le problème, c’est seulement pour ingérer les informations et les digérer que j’ai du mal. L’Europe c’est quoi ? La fin de l’histoire ? Pourquoi je sais pas tout ça ? Eurotunnel, le tunnel du CERN, les migrants, le nationalisme, tout fout le camp depuis 1993 ? L’Eurodance ??? Et s’ils n’avaient pas construit de tunnel ? Avant ? On fait quoi alors ? Je ne sais pas.

No no no no no no There’s no limit (j’ai résumé les no), dans tous les sens du terme.

(fin 92 début 93, j’ai vérifié, c’était Jordy avec « Dur dur d’être un bébé » qui était n°1 du TOP 50. Annonciateur !)

Une deuxième partie avec des jeunes pas si Erasmus que ça… De la coke, de la musique, des gens qui font la fête et se préparent à… Tout est filmé.

Ce qui a de bien chez Gosselin, c’est l’immersion. Les créations musicale, lumineuse (luminescente ?), filmique. Tout est maîtrisé. Superbe rendu de la vidéo, c’était déjà le cas dans 2666. Mais à part ça, je ne sais pas quoi penser. Parfois j’ai trouvé le texte douteux, parfois visionnaire. En fait, plus j’y pense, mieux je comprends. Je reviendrai la semaine prochaine.

(j’ajouterai pour conclure qu’il y avait longtemps que je n’avais pas assisté à un aussi long silence à la fin de la pièce, personne n’osait applaudir…)

 

vu le dimanche 14 janvier 2018 au Théâtre de Gennevilliers

Prix de la place : 3,5€ (WeClap)

 

1993

Texte : Aurélien Bellanger

Mise en scène : Julien Gosselin

avec Quentin Barbosa, Genséric Coléno-Demeulenaere, Camille Dagen, Marianne Deshayes, Pauline Haudepin, Roberto Jean, Dea Liane, Zacharie Lorent, Mathilde-Edith Mennetrier, Hélène Morelli, Thibault Pasquier, David Scattolin

scénographie Emma Depoid, Solène Fourt – musique Guillaume Bachelé – costumes Salma Bordes – son Hugo Hamman, Sarah Meunier – lumière Quentin Maudet, Juliette Seigneur en collaboration avec Nicolas Joubert – vidéo Camille Sanchez en collaboration avec Pierre Martin

jusqu’au 20 janvier 2018 au Théâtre de Gennevilliers et les 16 et 17 mars 2018 au Phénix (Valenciennes), du 26 mars au 10 avril 2018 au Théâtre National de Strasbourg, du 17 au 21 avril 2018 au théâtre de Liège, du 16 au 18 mai 2018 au théâtre de Vidy Lausanne.

 

(une autre histoire)

1993.

Je suis en troisième. L’Olympique de Marseille gagne la coupe d’Europe et l’OM VA. Deux ans plus tôt, j’étais à genoux devant ma télé, en pleurs après le pénalty raté de Manuel Amoros. Je prends le bus n°9. Parfois on marche jusqu’à l’arrêt avant le collège pour avoir les places assises. (A mi chemin, le bus. De ma voix qui mue et déraille : « Y a le bus ! ». On court). Je me rase déjà la moustache et uniquement la moustache. L’an prochain pour aller au lycée, on prendra le bus n°9 ou le bus n°10. Je passe le brevet. Je n’ai encore embrassé personne. Pour fêter la fin de l’année, on se retrouve chez Julien. Piscine et banga. Mon premier poil au dos. Je découvre les films de Hal Hartley sur Arte. Je lis quoi… un Stephen King ? Cet été-là… Pardon. D’abord. Patrick Roy meurt. Pierre Bérégovoy se suicide, c’est un samedi, je regarde chez mes grands-parents la série Beverly Hills. Ils interrompent l’épisode, ces bâtards. Pardon. Cette année-là, je tanne mon père pour prendre des actions Eurodisney et Eurotunnel. Bien lui en a pris de ne pas m’écouter. Blur sort « Modern Life is rubbish » mais je ne les écouterai que quelques années plus tard, à la sortie de « Parklife » : « Girls who are boys who like boys to be girls… ». Ma mère ne veut pas que ma soeur et moi allions voir U2 au Stade Velodrome. C’est ZOOROPA… Vorsprung durch Technik et l’Eurodance, Ace of Base, 2Unlimited (je suis un peu amoureux d’Anita la chanteuse). Cet été-là… Je joue au tennis et à la console portable SEGA Gamegear. Cet été-là, au ciné de la montagne, je vois Benny & Joon tout seul. Cet été-là, je rencontre la fille de la piscine.

Je viens de réaliser que c’était il y a 25 ans. 25 ans que je suis comme ça. En 1993, je ne savais pas encore que je chuchoterais quelques années plus tard « Non non non pas d’insectes dans ma tête ». En 1993, j’ai commencé à écrire. Parce que j’avais rencontré une fille, la fille de la piscine et que…

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

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4 réflexions au sujet de « 1993 (Bellanger / Gosselin / TNS / Théâtre2Gennevilliers) »

  1. C’est bien les spectacles qui prennent le temps de cheminer à l’esprit. Souvent à la réflexion je change radicalement d’avis. D’ailleurs, très souvent j’ai du mal à faire des critiques immédiates j’ai besoin de temps, de réflexion (certaines critiques vont d’ailleurs sortir bien longtemps après ce mois-ci) et à l’!ères de l’hyper-consumérisme du zapping je trouve cela rafraîchissant. J’aime beaucoup également les spectacles qui finissent par un long silence avant applaudissements je crois en avoir vu 3 récemment. Merci pour ce retour. Et puis l’été 93, tiens, il faudrait gloser dessus…

    Aimé par 1 personne

    1. Il y a les fins où on ne sait pas trop si c’est la fin ou pas. Et celles où on pense à ce qu’on vient de recevoir… Il y a l’effet instantané, puis le double effet Kiss Cool et après qu’est-ce qu’il nous en reste des jours ou des semaines plus tard ?
      Et déjà en l’espace de quelques jours, je sens aussi mon avis changer, se préciser.
      Quant à l’été 93…

      Aimé par 1 personne

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