Saigon (Caroline Guiela Nguyen / Les Hommes Approximatifs / Odéon Théâtre de l’Europe)

(quand on ne lit pas la bible)

Saïgon ? Un petit déjeuner… du napalm… Wagner… des hélicoptères… ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Le restaurant de Marie-Antoinette est traversé par l’histoire et la géographie. Il est à la fois à Paris et à Saigon. En même temps en 1956, à la veille du départ des derniers Français d’Indochine et en 1996, alors que la fin de l’embargo américain laisse entrevoir un retour possible au Vietnam. Là, d’une ville à l’autre, à travers les époques, quand le monde bascule, on vient dîner, boire et chanter, danser, s’aimer et pleurer. Ils s’appellent Linh et Edouard, Hao et Mai, Cécile, Antoine,… Comme les onze acteurs, les personnages de SAIGON sont français, vietnamiens ou encore français d’origine vietnamienne. Ici et là-bas, Caroline Guiela Nguyen a provoqué les rencontres, et de celles-ci sont nées ces histoires qui se croisent dans un grand récit choral, épique, bouleversant. (site de la Comédie de Valence)

 

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Photo © Jean-Louis Fernandez

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Un seul être vous manque…

Préparez vos mouchoirs, parce que nous avons à faire ici à un mélo, un vrai de vrai. Rien de péjoratif dans ce terme, tellement le travail de la metteure en scène et de ses comédiens parait sincère et exemplaire, même si je ne peux m’empêcher de penser que c’est légèrement tire-larmes (oui, j’en ai versé plus d’une…).

(début de la parenthèse : ça me fait penser à la « conférence » de Jos Houben « L’art du rire » durant laquelle il nous démontrait par a + b, qu’on allait rire à l’instant t. Force est de constater qu’ici on nous annonce plus ou moins que les larmes couleront sur nos joues, on étire une scène où une des protagonistes apprend la vérité sur son fils disparu, on fait durer une belle chanson de Françoise Hardy et les robinets s’ouvrent. Fin de la parenthèse)

Pourtant ces larmes n’empêcheront pas le sourire de venir poindre sur nos lèvres, grâce notamment au naturel confondant de Anh Tran Nghia interprétant la fameuse Marie-Antoinette.

Les passages d’une période à une autre (1956 -> 1996) et d’une ville à l’autre (Saïgon -> Paris) sont très bien gérés, même si certaines scènes auraient eu besoin d’être élaguées.

Ce spectacle en cinémascope prend le temps (un peu trop parfois), nous fait questionner sur une période de la France finalement assez peu représentée (Indochine, Algérie, même combat), découvrir l’itinéraire des Viet kieu (Viêtnamiens de l’étranger) et donne envie de suivre le travail de Caroline Guiela Nguyen et des Hommes Approximatifs (que personnellement je ne connaissais que de nom).

 

vu le mercredi 10 janvier 2019 aux Ateliers Berthier – Odéon Théâtre de l’Europe

prix de la place : 14€ (tarif avant-première – cat 2)

 

SAÏGON

un spectacle de Caroline Guiela Nguyen / les Hommes Approximatifs (http://www.leshommesapproximatifs.com)

avec Caroline Arrouas, Dan Artus, Adeline Guillot, Thi Truc Ly Huynh, Hoàng Son Lê, Phú Hau Nguyen, My Chau Nguyen Thi, Pierric Plathier, Thi Thanh Thu Tô, Anh Tran Nghia, Hiep Tran Nghia

collaboration artistique Claire Calvi – scénographie Alice Duchange – costumes Benjamin Moreau  – lumière Jérémie Papin – création sonore Antoine Richard – composition musicale Teddy Gauliat-Pitois, Antoine Richard – dramaturgie Jérémie Scheidler, Manon Worms – traduction Duc Duy Nguyen, Thi Thanh Thu Tô – Consultant scénaristique Nicolas Fleureau

Jusqu’au 10 février 2018 aux Ateliers Berthier (Paris 17e)

en français et vietnamien, surtitré en français, durée 3h15 (avec entracte)

http://www.theatre-odeon.eu/fr/2017-2018/spectacles/saigon

et aussi du 21 au 23/02/18 au CDN de Normandie (Rouen), du 6 au 9/03/18 au théâtre Dijon Bourgogne, les 13 et 14/03/18 à la Comédie de Valence, du 4 au 7/04/18 au théâtre de la Croix Rousse (Lyon), etc.

 

(une autre histoire)

Cette semaine, je prends trois fois la ligne 13. Comme je dois prendre trois fois la ligne 13, je dois également prendre 3 fois la ligne 2 et 3 fois la ligne 5. Vous sortez à gauche après l’ascenseur, vous montez six étages et vous êtes chez moi. Les clés sont sous le paillasson, au cas où ma voisine ait envie de s’introduire chez moi et se blottir dans mes draps. Avec la chance que j’ai, j’y trouverai ma gardienne. Depuis que je lui ai dit que j’avais passé un mois à Lisbonne, elle n’a d’yeux que pour moi. Son bonjour, le matin, alors que j’ai la gueule toute enfarinée, alors même que je n’ai jamais touché à la cocaïne, veut tout dire. Mais je voulais parler du métro.

La première fois, j’ai rendu visite à des amis à Asnières. La dernière fois que je les ai vus, il y avait un enfant et mon ami prenait des cours de magie. Un an plus tard, il y a deux enfants et mon ami prend toujours des cours de magie. Il apprend très vite. C’est en descendant à la station Gabriel Péri que je me rendis compte que j’emprunterai le même trajet ce dimanche pour assister à la nouvelle pièce de Julien Gosselin au théâtre de Gennevilliers. Je ne sais pas ce que j’ai fait au bon dieu, car, au retour, j’ai raté chacun de mes métros, avec au moins huit minutes à attendre le prochain métro à chaque fois. Mon téléphone ne capte dans quasi aucune des stations souterraines. C’est pour cela que j’aime la ligne 2 entre Barbès et Jaurès. D’ailleurs, ça tombe bien, je m’arrête toujours à Jaurès. Ce soir, j’ai donné une pièce de deux euros à une jeune femme qui m’a demandé de l’argent. Je ne donne jamais, je suis radin, la preuve, j’ai attendu que les places pour les avant-premières de « Saigon » soient en vente pour faire l’acquisition d’une place à moitié prix, alors même que je suis abonné. Avec deux euros, on s’achète combien de grammes de crack ? On dit bien des grammes de crack ? Je suis certain de voir des individus en fumer sur le quai de la ligne 5, station Jaurès. D’ailleurs, je ne veux pas rapporter, mais tous les lundis soirs, aux alentours des 22h, il y a toujours des contrôleurs à cet endroit-là. Ça fait quatre fois que je les vois là, même jour, même heure, mêmes pommes, j’ai donc le droit de dire toujours. Parce que le lundi soir, je prends la ligne 5 et la ligne 2, à l’aller et la ligne 2 et la ligne 5 au retour. J’aurais pu le dire plus rapidement, mais je ne suis pas avare de mes mots, contrairement à mes sous. Avec ma pièce de 2€, j’aurais pu prendre un billet de loto, gagner suffisamment pour vivre des intérêts de mes gains, arrêter de travailler et travailler autrement, me lever après 8h50 le matin. Ou acheter deux gaufres du distributeur automatique. Mais comme je n’ai pas de chance, je n’aurais jamais gagné et la machine aurait englouti ma pièce sans rien me donner en échange.

Heureusement, dimanche, il fera jour quand je prendrai la ligne 13. Même si je sais que ça n’a rien à voir, j’espère que ça va me porte bonheur.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

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5 réflexions au sujet de « Saigon (Caroline Guiela Nguyen / Les Hommes Approximatifs / Odéon Théâtre de l’Europe) »

  1. Bon je ne lis pas te critique car j’y vais ce soir.
    Apparemment j’ai entr’aperçu le mot mélo: merde! ça va être triste et beau?
    Moi qui ai du vague à l’âme avec certains de ces élèves tellement en difficulté, une fille qui ne peut pas faire le boulot qu’elle aime, un père à l’hosto, un fils parti au Burkina Fasso pour trois mois.
    C’est décidé, avant d’aller voir la pièce, je vais m’en jeter un! Oh! Pas de quoi fouetter un chat! Juste une bonne bière, ce serait dommage d’être à côté de la plaque pour cette pièce…
    Bon weekend à toi, bises.

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  2. Valence, quelle émotion de revisiter l’histoire de mon père par la grande Histoire. Tout y est juste, la peinture des sentiments, l’évolution des moeurs combinés à l’évolution de la société viêtnamienne, à l’évolution de l’intégration de nos pères en France. Chaque tableau se décline au passé puis au présent et se déroule avec une infinie sagacité qui rend le spectacle douloureux de vérité. Il ne m’a manqué que la moiteur et les odeurs du Viêtnam mais Caroline Guiela Nguyen m’a offert tout le reste c’est à dire revoir et être pour un soir avec mon père aujourd’hui défunt. Alors merci !

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