Les petites reines (Clémentine Beauvais / Justine Heynemann / Théâtre Paris Villette)

(quand on ne lit pas la bible)

Les petites reines ? Un conte autour d’abeilles reines mais naines qui s’allient pour sauver leurs ruches dont le rendement est mis à mal par des pesticides ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Depuis trois ans, sur Facebook, Mireille Laplanche, 16 ans, est élue Boudin d’Or de son lycée de Bourg-en-Bresse. Mais cette année, Ô déconvenue, elle est seulement Boudin de Bronze ! Elle part à la rencontre d’Hakima et Astrid, respectivement Boudin d’Argent et Boudin d’Or. Les trois jeunes filles s’aperçoivent qu’elles ont une nécessité commune : s’inviter, le 14 juillet, à la Garden-Party de l’Elysée. C’est à vélo qu’elles décident de rejoindre Paris et sa présidentielle pelouse. Commence alors pour la fine équipe un road-trip jalonné de rencontres insensées, d’imprévus festins, de pluies battantes et d’émotions aussi fortes que leurs courbatures. (http://www.theatre-paris-villette.fr/spectacle/les-petites-reines/)

 

Les petites reines
Crédits photos : Cindy Doutres

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Voilà une pièce bien revigorante que ces « Petites reines ». Une pièce pour adolescent.e.s et ceux et celles qui le sont resté.e.s. Je suis un peu largué, pour ainsi dire, au niveau du langage de jeunes, mais ici je n’ai pas senti une volonté de faire jeune pour faire jeune. Peut-être parce que le langage actuel est fait pour vivre un temps et être remplacé par un autre. Pourtant la pièce est bien ancrée dans son temps, grâce aux références aux réseaux sociaux que nous connaissons tous (je me souviens des débuts de Facebook où nous avions la possibilité de comparer nos amies par rapport à leur intelligence, leur beauté et autre) (je me souviens de mes années collège où nous notions les filles de notre classe, physique, mental…), même si elle se déroule dans un « monde parallèle » dans lequel notre pays a pour présidente une Barack Obamette.

La pièce est menée tambour battant par trois reines : une Manon Combes (découverte pour ma part  chez Luc Bondy dans les Fausses Confidences) brute de décoffrage et sensible à la fois et secondée avec justesse et drôlerie par Justine Bachelet et Barbara Bolotner. Tiphaine Gentilleau et Mounir Margoum jouent tour à tour les parents, le frère, la journaliste et bien d’autres personnages. Le tout est mené à un rythme effréné, pas le temps de s’ennuyer.

Il y a une finesse et une intelligence dans le traitement des problèmes tels que le harcèlement moral, la quête d’identité, l’acceptation de soi qui n’est pas si évident à trouver dans une pièce étiquetée « jeune public », dit celui qui en a vu deux cette année.

Et ça fait du bien de voir une salle pleine et réceptive à ce joli moment de théâtre.

(et je regrette ne pas avoir été assez curieux l’été dernier, alors qu’il passait dans le off d’Avignon !)

 

vu le 10 février 2018 au Théâtre Paris Villette

prix de la place : invitation Télérama

 

LES PETITES REINES

d’après le roman de Clémentine Beauvais

Adaptation Justine Heynemann et Rachel Arditi

Mise en scène Justine Heynemann

Avec Tiphaine Gentilleau, Justine Bachelet, Barbara Bolotner, Manon Combes et Mounir Margoum

scénographie Camille Duchemin – conception mobilier Sevil Gregory – création lumière Grégoire de Lafond – vidéo Nuno Pires – musique Manuel Peskine – assistante mise en scène Pauline Susini – costume Camille Ait Allouache – régie Générale Fouad Souaker

Jusqu’au 11 février 2018 au Théâtre Paris Villette, le 16 mars 18 à la salle Malesherbes de Maisons-Laffitte et les 29 et 30 mars 2018 au Préau (Vire)

 

(une autre histoire)

Je me présente à l’accueil : « Bonjour, je viens récupérer une invitation Télérama. C’est au nom de Ito. Axel Ito. » « Vous avez deux invitations, c’est bien cela ? » me répond l’hôtesse d’accueil. « Euh… oui, mais en fait… euh… non je… je serai tout seul. », finis-je par ajouter. Elle me regarde avec compassion. De l’empathie empreint son visage. J’ai failli lui demander si elle avait envie de profiter de ma deuxième invitation, mais cela aurait ajouté au pathétique de la situation. Parfois j’achète deux places de concert ou de théâtre, parce que j’adore l’artiste sur scène et que tout le monde doit savoir combien il.elle est formidable. Mais je revends très vite ma deuxième place parce que je veux me procurer une autre place de concert.théâtre. Parfois je demande deux invitations via mon hebdomadaire télé préféré (même si je ne regarde jamais la télé en direct) (j’allais digresser sur mes sept années sans télévision, mais allons droit au but, supporter marseillais que je suis). Ça n’a pas été faute d’essayer : j’ai envoyé des textos, des courriels, crée des statuts facebook, twitter. J’ai même proposé mon invitation sur Tinder, mais rien. Il était 16h30 et je dus me rendre à l’évidence : j’irai seul au théâtre. (envoyez les violons et Charlie Brown marche vers l’horizon la tête baissée)

Le problème quand on est seul, c’est aussi quand il faut chercher sa place, je veux dire dans la salle, quand c’est en placement libre. Les gens ne veulent pas s’asseoir à côté d’une personne seule. Pourtant je me lave assez régulièrement. Mais c’est suspect. Quand on sait que la salle ne va pas afficher complet, on peut se permettre de laisser une place entre deux personnes, comme au cinéma. Certains ne s’embarrassent pas, posent leur manteau sur la dite place et attendent qu’on leur dise de l’enlever. Moi je le mets sur mes genoux. Mais quand on sait que la pièce se joue à guichets fermés… Je suis dans les premiers à entrer. Pas le premier rang, le deuxième ou le troisième. Au milieu. Je compte rapidement le nombre de places par rang, cherche la moitié de tête. Je compte et m’asseois. Voilà. Une personne arrive à ma gauche, elle laisse un fauteuil libre entre nous. Une autre personne arrive à ma droite, elle en fait de même. Mais… Mais… C’est pas moi ! Une autre hôtesse d’accueil me demande si j’attends quelqu’un à ma gauche : « Mais non, mais non ! ». La même hôtesse d’accueil me demande si j’attends quelqu’un à ma droite : « Mais non, toujours non ! Oui, je suis seul, je viens au théâtre seul, je n’ai pas de vie sociale et encore moins amoureuse, oui, je sais, je me répète, mais c’est pas moi qui ai laissé les places libres à côté de moi, c’est pas moi ! J’accueille les gens, moi ! Je ne suis qu’amour, qui veut m’étreindre ? Je pourrais même dire « Ah mais je garde une place libre pour qu’une autre femme esseulée s’installe à côté de moi et ça serait l’amour fou, mais même ça, je n’y crois plus !» Oui, je pourrais le dire, mais je ne le dirai pas. Parce que je suis le premier à être arrivé et je ne voulais pas qu’on puisse m’accuser de conserver un périmètre de confort autour de moi. Ma bulle. Je veux qu’on me l’éclate ma bulle !

– Monsieur, vous avez votre braguette ouverte.

– Ah, pardon.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

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