Quills (Doug Wright / Lepage-Cloutier / La Colline)

(quand on ne lit pas la bible)

Quills ? Robert Lepage s’approprie le monde de la quille pour son nouveau spectacle ? (oui, bon, ok, j’ai fait anglais LV2…)

 

(de quoi ça parle en vrai)

Quills raconte l’histoire imaginée du Marquis de Sade, aux derniers jours de sa vie, enfermé à la prison de Charenton. Alors que le directeur de l’établissement croit pouvoir réhabiliter cet homme qui toute sa vie durant a exploré par sa plume les interdits de l’être humain, ses pulsions sexuelles et ses désirs immoraux, Sade parvient par d’astucieux stratagèmes à faire publier ses récits sulfureux. Jusqu’où l’un ira-t-il pour faire taire l’autre ? Qu’imaginera l’autre pour parvenir, jusqu’aux dernières limites du corps, à se faire lire et entendre ? Censure et liberté d’expression s’entrechoquent et s’affrontent dans cette pièce qui questionne à la fois la responsabilité de l’artiste face aux répercussions de son œuvre et la définition même de la morale, dont les repères ne sont pas aussi immuables qu’on le croit souvent. (http://www.colline.fr/fr/spectacle/quills)

 

Quills
Crédits photos : Stéphane Bourgeois

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

J’avais quitté Robert Lepage (et son acteur Yves Jacques) en novembre dernier avec « La face cachée de la lune ». Ce spectacle très personnel se terminait avec le personnage principal comme en apesanteur, grâce à l’idée astucieuse d’un grand miroir incliné. (comme ça, ça dit pas grand chose, mais c’était beau). Je retrouve donc Robert Lepage dans cette co-mise en scène avec Jean-Pierre Cloutier avec non pas un mais plusieurs miroirs sur scène (admirez la précision). En effet, c’est avec ce système de panneaux réfléchissants mais aussi sans tain que les différents lieux sont représentés (y a du tourniquet, des portes qui s’ouvrent toutes seules, des néons, une trappe…) : le bureau du directeur de l’asile, les cellules, en particulier celle du Marquis de Sade interprété ici par un Robert Lepage ô combien charismatique et intriguant : le corps du créateur québécois est tout un poème.

La pièce peut en dérouter plus d’un car on ne sait jamais trop sur quel pied danser. La première scène qui voit intervenir la femme du Marquis et le directeur de l’établissement, par leur jeu outrancier pourrait réfréner certaines ardeurs (quelle voix (grave) que celle de Pierre Lebeau !) et c’est vraiment avec l’arrivée du Marquis de Sade que la pièce va prendre son envol (envol… ailes… plumes…) La pièce sera alors une habile combinaison d’ambiances horrifique (on a comme une petite envie de claquer des doigts à la fin de la pièce), drôlatique (les dialogues entre le Marquis et l’abbé interprété par Pierre-Yves Cardinal), plus ou moins blasphématoire (cette image du Christ qui prend vie…), le tout aidé par un travail sur la lumière et le son hors-pair.

Je suppose que l’auteur de la pièce a pris des libertés avec la vraie fin du Marquis de Sade (je plaide coupable, je n’ai pas fait mes devoirs… bon, à priori le vrai n’a pas terminé sa vie comme dans la pièce, c’est quelque peu rassurant), mais l’imagination dévorante, le besoin vaille que vaille d’écrire du Marquis de Sade sont très bien représentés, Et le thème de la censure (par tous les moyens) donne ici lieu à une réflexion qui fait écho à ce qu’il peut se passer de nos jours ici ou là.

Je parle beaucoup de Robert Lepage, mais les acteurs, chacun dans leur registre, accomplissent une prestation irréprochable. On ne peut s’empêcher toutefois de penser que la pièce aurait gagné à être quelque peu raccourcie, mais ne boudons pas notre plaisir devant une pièce qui ne recule devant rien.

(cette non-critique ne comporte aucun jeu de mots autour de Sade/sad ou de la chanteuse qui chantait « Sweetest Taboo »)

 

vu le samedi 10 février 2018 à la Colline

Prix de la place : 13€ (tarif carte Colline)

 

QUILLS

une production ExMachina

de Doug Wright (traduction Jean-Pierre Cloutier)

mise en scène et espace scénique : Jean-Pierre Cloutier, Robert Lepage

avec Pierre‑Yves Cardinal, Érika Gagnon, Pierre‑Olivier Grondin, Pierre Lebeau, Robert Lepage, Mary‑Lee Picknell

assistance à la mise en scène Adèle Saint-Amand – lumières Lucie Bazzo – environnement sonore Antoine Bédard – costumes Sébastien Dionne – collaboration à la scénographie Christian Fontaine – accessoires Sylvie Courbron – perruques Richard Hansen – maquillages Gabrielle Brulotte – régie générale Francis Beaulieu…

Jusqu’au 18 février 2018 à la Colline (Paris)

 

(une autre histoire)

« On pourrait faire entrer les spectateurs plus tard. Ça m’emmerde d’attendre sur scène. Ça apporte quoi au juste ? Ils savent que je fais semblant de lire. Tout ce qui leur importe, c’est de prendre leur petite photo à poster sur Instagram… C’est vrai que c’est beau, ces miroirs.

Mince, je tremble. Attends, je change de position. Voilà. Où j’en suis déjà ? Qu’est-ce que je lis ? C’est quoi ce bouquin ? Mon postiche me fait mal au crâne. Encore deux heures et demie à endurer ça. Mais au moins, je n’ai pas à me foutre à poil comme Robert.  Mince, j’ai oublié de fermer le gaz en partant de Montréal. Comment je vais faire ? On me le dirait si ma maison avait explosé… Tabarnac’ ! Je pense en français maintenant. Le cauchemar.

Alors, à quel moment ça va tousser cette fois-ci ? Une symphonie, c’était hier soir. Y en a un qui démarre, les autres suivent. Pile dans le silence. Vous êtes tous des moutons. Ils peuvent pas parler moins fort, non ? Je vous entends d’ici ! Qu’est-ce que j’en ai à foutre de leur journée ? « Ohlala, il a beaucoup neigé aujourd’hui. » Non mais ils pourraient faire attention à moi, quand même. Je ne suis pas venu de Montréal pour ça ! Bon, au moins, on ne me parle pas des Boys ici. Ils s’en fichent bien du hockey sur glace. »

Pis, ils m’emmerdent ces Français avec mon accent. Ce soir, je vais la jouer à la québécoise, y vont rien comprendre. Naaaan… Je ne vais pas faire ça. Je vais encore attendre cinq minutes à faire semblant de lire et ils verront bien de quel bois je me chauffe.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

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