Jusque dans vos bras (Les Chiens de Navarre / Bouffes du Nord)

(quand on ne lit pas la bible)

Qui était Rouget de Lisle ? Comment lui sont venues les paroles de la Marseillaise ? Tout a commencé lorsqu’il est tombé amoureux d’une habitante de Marseille qui a repoussé ses avances, d’où les paroles ensanglantées…

 

(de quoi ça parle en vrai)

Recherche désespérément identité française. Quelle est donc cette fameuse identité française qui fait tant débat de nos jours et qui pourrait nous amener, dans nos visions les plus sombres, à une guerre civile ? Pour leur prochain spectacle, les Chiens de Navarre mèneront une psychanalyse électrochoc de la France en convoquant quelques figures de notre Histoire et de notre actualité. De Gaulle, Robespierre et Obélix, arriveront-ils à se croiser dans un hammam ce dimanche après-midi-là pour siroter un thé à la menthe et ripailler sur les piliers de l’identité française ? On doit croire en quoi quand on se croit français ? L’identité et ses quarante penseurs (même à dix sur scène) pour décortiquer cette phrase « un Français, c’est juste un type comme toi et moi ». Avec un énorme bloc de glace au-dessus de nos têtes pour cette nouvelle expérience scénique de la bande. (Jean-Christophe Meurisse)

 

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Crédits photos : Loll Willems

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Commençons par une anecdote : les spectateurs s’installent. Quelques rangs devant moi, en catégorie 1 (je suis en orchestre, mais catégorie 2, près de la régie), une famille. Jean-Christophe Meurisse, le metteur en scène, vient les prévenir qu’il pourrait y avoir des images choquantes pour des enfants (ici une petite fille/jeune adolescente de douze ans) : de la nudité, des gros mots, du sang, etc, les Chiens de Navarre quoi. Les parents paraissent conscients de ce qu’ils emmènent voir à leur fille. Meurisse leur répond qu’il a aussi des enfants de cet âge-là, qu’il est dans son rôle de metteur en scène, qu’il sur-protège peut-être ces jeunes spectateurs, car oui le nouveau spectacle des Chiens de Navarre est peut-être moins sexuellement graphique, mais il n’en dit pas moins.

Il était évident que ces Chiens (de France et) de Navarre en arriveraient à évoquer cette fameuse identité et ce spectacle, comme tous d’ailleurs, démarre avec un Bang ! Je fais une généralité, mais entre le Christ qui interpelle le public du haut de sa croix dans les Armoires Normandes et cette fois-ci un enterrement avec cette famille et ses amis, déchirés par le chagrin et qui s’entre-déchirent au son des Beatles (All you need is love… qui démarre, tiens donc, par les premières mesures de la Marseillaise), on entre de plein fouet dans le vif du sujet. Tout ça pour dire que Jean-Christophe Meurisse sait y faire avec les images en employant une scénographie simple mais « de toute beauté » (du gazon partout, un réverbère…) et sait utiliser l’espace (celui des Bouffes du Nord) comme personne. Et qu’on rit énormément pendant presque tout le spectacle, cela se délite quelque peu sur la fin, ceci est mon petit bémol.

Il faut les voir représenter De Gaulle par un comédien algérien de 2m43 (dommage qu’il ne soit pas plus employé dans le spectacle), sauver des migrants sur le générique d’Intervilles, faire parler le dernier militant du PS, gentiment bousculer le public de catégorie 1 et autres invités, etc. car oui, nos Chiens de Navarre préférés (Céline Fuhrer toujours là !) osent toujours tout et n’épargnent vraiment personne.

 

vu le samedi 2 décembre 2017 aux Bouffes du Nord (Paris)

prix de la place : 20€ (abonnement Cat 2… oui, je fais partie des crevards qui n’ont pas voulu ajouter quelques euros pour passer en cat 1)

 

JUSQUE DANS VOS BRAS

Mise en scène Jean-Christophe Meurisse

Avec Caroline Binder, Céline Fuhrer, Matthias Jacquin, Charlotte Laemmel, Athaya Mokonzi, Cédric Moreau, Pascal Sangla, Alexandre Steiger, Brahim Takioullah, Maxence Tual et Adèle Zouane

Collaboration artistique Amélie Philippe – Régie générale et création lumière Stéphane Lebaleur – Création et régie son Isabelle Fuchs – Régie son Jean-François Thomelin – Régie plateau Flavien Renaudon  – Décors François Gauthier-­Lafaye  – Création costumes Elisabeth Cerqueira

En tournée (liste non exhaustive) : du 10 au 13 janvier 2018 au théâtre Sorano – Jules Julien (Toulouse), du 6 au 10 février 2018 au théâtre du Gymnase (Marseille), du 24 au 29 avril 2018 à la MC93 (Bobigny)

 

(une autre histoire)

Un jour j’avais écrit sur un des spectacles des Chiens de Navarre. De mémoire (parce que le texte en question s’est perdu à tout jamais dans la stratosphère des disques durs tombés et brisés), j’admirais cette propension à se foutre à poil. (moins visible dans le spectacle du soir… un petit kiki de rien du tout… je veux dire, il n’était pas petit son kiki, mais y en avait qu’un, quoi !)

Bizarrement, j’ai moins de difficultés à m’épancher sur ma vie affective, ma solitude moderne, ma tristesse contemporaine, de foutre mes entrailles sur la table que de mettre mes couilles sur cette même table. Purée, mais j’y mange sur cette table. Enlève ce testicule que je ne saurais voir.

Pour un spectacle, on m’avait demandé de me mettre torse nu et en slip. J’ai négocié et obtenu le t-shirt blanc et le caleçon (avec le slip dessous, savait-on jamais). Je ne suis absolument pas complexé (silence) Pourtant j’aime bien me balader tout nu chez moi. Oui, je balance cette information, l’air de rien. Je me demande toujours si mes rideaux sont bien occultants. Pourtant je continue à me balader tout nu. Même l’hiver. Comme je suis un peu radin (cf la catégorie de la place prise ce soir), je ne mets pas le chauffage à fond les ballons, je suis à l’électrique, la facture monte très vite. Bon, comme il fait froid, y a plus grand chose à voir en-dessous de la ceinture. Mais je ne le fais pas pour ma voisine, je le fais pour moi ! Et un peu pour ma voisine. Je lui ai d’ailleurs offert des jumelles pour l’occasion. Est-ce que quelqu’un peut lui dire d’arrêter de claquer la porte à 7h15 tous les matins ? Merci. Un jour, à cette heure bien précise, j’ouvrirai ma porte, vêtu de mes poils et seulement de mes poils. On verra sa réaction. Je rentrerai mon ventre, gonflerai le torse. (note pour plus tard, faire trois pompes, c’est mon record, avant cela), me serai tout de même brossé les dents, lèverai mon sourcil droit. Elle porte toujours des talons. Je les entends résonner jusqu’au premier étage (je vis au sixième sans ascenseur). Je regarderai ses talons et je sentirai un léger frémissement au niveau de l’entrejambes. « J’ai froid, on se réchauffe ? », lui lancerai-je.

Quelques instants plus tard, j’entendrai des bottes résonner dans la cage d’escalier, ce seront les policiers venus m’arrêter. Ils me regarderont de pied en cap et me diront : « Ah oui quand même. »

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

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2 réflexions au sujet de « Jusque dans vos bras (Les Chiens de Navarre / Bouffes du Nord) »

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