Grande (Tsirihaka Harivel/Vimala Pons – Centquatre)

(quand on ne lit pas la bible)

Grande (prononcez Grandé !) est une plongée dans le quotidien des baristas Starbucks qui luttent contre tous ces profiteurs et fainéants qui commandent un seul cappuccino « Grande » et restent assis toute la sainte journée dans les fauteuils club à profiter du Wifi, à recharger leur MacBook, à faire semblant de travailler et/ou d’écrire un roman ou pire une chronique théâtrale.

(ce que ça raconte en vrai)

De l’équilibre au vacillement, du chaos à l’agencement, du grandiose au minuscule, Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel révolutionnent le langage du Music-Hall. Tout en jouant avec les fondamentaux du cirque (et du théâtre physique), ils créent un spectacle furieusement contemporain. Une grande Revue faite d’images poétiques et d’objets détournés. Une forme inventive, jubilatoire, haletante. Du mémorable strip-tease inaugural de Vimala, aux glissades expérimentales de Tsirihaka…, leur scène ressemble à un grand juke box distributeur de poèmes. (site du Centquatre)

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Crédit photo : Christophe Maout

(ceci n’est pas une critique mais…)

Que dire qui n’a pas déjà été dit ? « Je sais que j’ai tout dit et que d’autres avant moi ont dit ce que j’ai dit, mais ils ne sont pas moi », comme dit la chanson (« Visite des recoins » de Scotch & Sofa). C’est la deuxième fois que je vois, en un peu plus de neuf mois, ce spectacle, qui affiche toujours complet, et à raison (créé au même CentQuatre en début d’année et repris au Monfort Théâtre au printemps, pour ne parler que de Paris, centre du monde). Est-ce du cirque, du music hall, du théâtre, de la danse, un peu tout à la fois ? À vrai dire on ne se pose pas vraiment la question et c’est peut-être ça aussi qui nous fait revenir. Parce que la première fois, j’en suis sorti au moins autant épuisé que l’intrépide Tsirihaka Harivel et la surprenante Vimala Pons, épaté, époustouflé devant l’inventivité et la richesse des tableaux (j’imagine ces deux-là, tous les soirs, préparer leur mise… (tout leur matériel)). Ces artistes savent tout faire. Pourtant le temps m’avait fait oublier ces moments un peu plus mélancoliques, ces pauses aussi entre chaque revue pendant lesquelles on peut apprécier l’incroyable rôle des régisseurs plateau sans qui le spectacle ne peut se faire et qu’il ne faut jamais oublier. Revoir le spectacle une deuxième fois, c’est aussi faire un pas de côté, comme je les affectionne : entendre le public réagir lors de la première descente de toboggan de Tsirihaka Harivel (je veux pas cafter, mais trois jeunes petits cons devant (me voilà qui fait mon vieux), 2e rang au milieu, ont filmé à plusieurs reprises, malgré la mise en garde d’une régisseuse), capter le moment où ce dernier sourit aux changements d’humeurs de Vimala Pons (qu’il a dû pourtant voir faire des centaines de fois), où ces deux-là, d’un regard furtif, nous font comprendre leur complicité entière et leur attention réciproque. Aux saluts, on les voit essoufflés devant nous et encore ébahis devant cette salle 400 qui se lève avec un enthousiasme fou (et dès le premier salut). Quand le public sort, le duo revient sur scène, comme pour nous dire au revoir. Au revoir. Ça veut dire ce que ça veut dire.

Vu le mercredi 27 septembre 2017 à 20h30 au Centquatre (Paris 19)

(déjà vu lors de sa création au Centquatre le 8 janvier 2017)

Prix de la place : 10€ (tarif abonnement)

 

Grande

réalisation, conception, écriture, musique, dispositif sonore, dispositif lumière, création accessoires et création objets : Tsirihaka Harrivel & Vimala Pons

Jusqu’au 13 octobre 2017 au Centquatre (Paris 19) : COMPLET

En tournée du 14/11/17 au 18/11/17 au Théâtre Olympia (Tours), du 12/12/17 au 14/12/17 à la Comédie de Valence, les 22 et 23/02/18 au Théâtre de Cornouaille (Quimper)

 

(une autre histoire) : Micro-sieste

« Je n’arrive pas dormir. Pourtant tout se passe bien, qu’est-ce qui peut bien me donner autant de souci ? On affiche complet, l’ambiance au théâtre est au beau fixe. Le soir, évidemment, après la guerre, j’ai du mal à me mettre au lit, tout me semble trop calme, il me faut du temps pour redescendre (musique de descente). On joue ça depuis quand ? Ça devrait me rassurer, je ne connais pas (encore) la routine. Le problème, c’est que je ne dors que par micro-siestes.

(Une fois je dormais avec des potes, je veux dire dans la même chambre. Après la première nuit, ils m’ont dit que je ronflais. Ça m’a énervé, alors la deuxième nuit, j’ai attendu qu’ils s’endorment avant moi. Mais je les ai entendus se moquer de mon ronflement. Je pensais que je ne dormais pas, mais en fait je dormais déjà.)

C’est pas bon pour la santé, non, de dormir par intermittence ? Le pire, c’est que je ne me sens pas fatigué. Heureusement sinon je ne pourrai rien faire tous les soirs et je nous mettrais en danger. Mais là-haut, ça n’arrête pas. Je veux dire, de cogiter, de penser et repenser le spectacle, les mouvements, les déplacements, le rythme. Des années qu’on y travaille, ça ne s’arrêtera jamais. Il faut que je dorme.

(pause)

(play)

Il faut que je vous raconte. Là, genre cinq secondes après avoir fermé les yeux, j’ai  eu un spasme. C’est un réflexe, il parait, pour se réveiller. C’est le cerveau qui envoie cette information-là au corps, parce qu’il est persuadé qu’on est en train de mourir.  Très tôt dans la phase d’endormissement, tu rêves que tu tombes (d’un toboggan) ou que quelque chose te saute à la face (un pétard). Ça s’appelle la myoclonie. Mais je ne veux pas me réveiller, je voudrais dormir. Puis, j’ai encore rêvé (je me suis vraiment vu partir) mais pas d’elle. De lui. Dans la vraie vie il est mort. D’ailleurs, dans mon rêve, il entrait chez moi par effraction. Je ne sais même plus ce qu’il me disait. Pourquoi vient-il encore me hanter ? On est à Edinburgh. Les fantômes de mon passé. Les trompettes d’Avignon me réveillent. Vingt minutes viennent de passer. Toute une vie. Je dormirais encore mais après je n’arriverais plus à me lever, comme dans un état second. Je dormirai quand je serai mort, c’est comme ça qu’on dit, je crois. Alors je me réincarnerai en toboggan et je vous sentirai glisser sur moi. »

Photo de couverture et textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

3 réflexions au sujet de « Grande (Tsirihaka Harivel/Vimala Pons – Centquatre) »

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