Atelier (tg STAN / de Koe / Maatschappij Discordia / Théâtre de la Bastille / Festival d’Automne)

(de quoi ça parle en vrai)

« Le comédien – comme tout artiste – a-t-il un atelier pour répéter et exercer son art ? Si oui, sous quelle forme se présente-t-il et comment le comédien y occupe-t-il ses journées ? Le comédien est-il lui-même son propre atelier ? Et peut-on dire qu’il est, en tant qu’« objet regardé », une œuvre d’art vivante ? Ce sont ces questions que soulève le spectacle Atelier, dernière « polyproduction » des compagnies tg STAN, de KOE et Maatschappij Discordia, qui nous font pénétrer dans leur intimité, grâce à une installation instable faite de bric et de broc, se construisant petit à petit sous nos yeux. Sans un mot, les trois comédiens apportent un éclairage sur leur travail quotidien, sur leur statut de comédien, sur ce qui fait théâtre, sur l’Art aussi… dans un spectacle burlesque qui promet du rire, de la fantaisie, mais aussi beaucoup de poésie. » (source : ici)

 

8-at5
© Jorn Heijdenrijk

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Mais où vont-il chercher tout cela ? Je l’ai déjà écrit sur les réseaux sociaux, mais ce que j’ai vu ce soir relève pour moi du génie. Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas vu un spectacle qui m’interroge sur son processus de création. D’accord, c’est un peu le sujet de la pièce, l’atelier, tout ça mais il n’empêche. Tout est foutraque, mais tout fait sens. On se demande où ça va. Puis on comprend, les références à différentes oeuvres. On recherche, on prend tout ce qui nous tombe sous la main, on essaie, on échoue, on recommence.

Et c’est drôle. Le spectacle est quasiment muet, proche du burlesque d’antan. Humour de répétition.

Après Onomatopée dans lequel le trio sévissait déjà, nos trois artisans mettent sens dessus dessous la salle du bas du Théâtre de la Bastille, le dispositif scénique est bi-frontal, on s’amuse des réactions de nos voisins d’en face. On retrouve le regard tantôt inquiétant tantôt malicieux de Peter Van Den Eede (De Koe), la bonhomie de Damiaan De Schrijver (tg STAN) et le flegme de Matthias de Koning (Maatschappij Discordia), acteurs qui osent tout, même de l’humour pas très fin, aux corps qui ne sont plus tout jeunes, des physiques disparates, mais hyper intéressants à observer.

Un génial bordel organisé.

 

ATELIER

De et avec Matthias de Koning, Damiaan De Schrijver et Peter Van den Eede

Costumes Elisabeth Michiels – Technique Pol Geusens, Bram De Vreese et Tim Wouters

Production tg STAN, de KOE et Maatschappij Discordia

Jusqu’au 12 octobre 2018 au Théâtre de la Bastille (avec le Festival d’Automne à Paris)

(une autre histoire)

« Salut, je m’appelle Matthieu, mais tous mes amis m’appellent Matt (avec deux tt)… T’as vu, j’ai fait de l’humour : deux tt, j’ai deux tétés. Trop drôle. Ce soir, je vais au théâtre. On m’a filé des places, donc j’y vais. C’est au théâtre de la Bastille. J’ai failli arriver en retard, je croyais que c’était à l’Opéra Bastille, mais non, c’est le théâtre rue de la Roquette. Je me suis bien habillé pour rien, quoi. C’est pas grave. J’aime particulièrement mes belles baskets blanches. On dit que c’est trop la mode des baskets blanches. Vu leur prix, y a intérêt que ça soit à la mode ! Je sais pas trop de quoi parle la pièce, hormis que c’est un atelier. De couture peut-être, ça tombe bien, j’ai un ourlet à faire faire sur mon nouveau pantalon… Ça vous fait pas rire ?

(…)

Je m’ennuie… Je m’emmerde même. Y a pas de dialogues. Je vois trois vieilles personnes… On m’avait dit que dans le théâtre contemporain, y avait des acteurs à poil. J’avais plutôt imaginé des actrices à poil. C’est un poil dégoûtant. Ils balancent tout un tas de trucs sur des planches, je comprends rien. C’est quoi l’histoire ? Je sais pas si j’ai bien fait de me mettre au premier rang…

(…)

Bordel de putain de comédiens de merde ! Ils m’ont bousillé mes baskets blanches. Y a le gars, là, le tout maigre au crâne chauve, il est assis en équilibre dans un fauteuil et il tombe sur moi ! Il avait plein de peinture noire sur son corps dégueulasse, sur ses mains et j’ai l’empreinte de ses doigts sur mes baskets blanches qui m’ont coûté un bras ! Je peux porter plainte ? Je peux porter plainte ? M’en fous, j’applaudirai pas. Bon, ok, j’applaudirai, mais des deux mains. Je veux dire, lentement, comme ça ils verront ces Flamands de merde ce que je pense de leur théâtre de… merde. Et ce mec-là, en face de moi, qu me regarde, qui me sourit. Avec sa chemise à carreaux de merde et sa barbe pas taillée. Il a une barbe et il la taille même pas, oh l’autre eh ! Il se fout littéralement de ma gueule. Je t’attends à la sortie et j’essuierai mes godasses sur ta gueule de barbu pas taillé ! »

 

vu le samedi 6 octobre 2018 au Théâtre de la Bastille, Paris

prix de ma place : 13€ / mois (Pass Bastille)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

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