Ithaque – Notre Odyssée 1 (Homère / Christiane Jatahy / Odéon Théâtre de l’Europe)

(quand on ne lit pas la bible)

Ithaque ? Une nouvelle chance pour Nono le petit robot de percer dans le monde du théâtre contemporain ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

(…) Christiane Jatahy (…) prendra pour point de départ (…) l’un des mythes fondateurs de la littérature occidentale : l’Odyssée. L’histoire d’un homme qui tente de rentrer chez lui après une longue guerre ; celle aussi de sa femme, qui l’attend pendant des années, sans même savoir s’il est encore en vie. Pour ce premier volet de ce qui s’annonce comme un diptyque, Jatahy s’est entourée de six comédiens (…) afin d’interroger le retour chez soi comme aventure vitale, à partir des notions d’exil et d’odyssée. (http://www.theatre-odeon.eu/fr/2017-2018/spectacles/ithaque)

 

Saison 2018-19 Théatre de l'OdeonITHAQUE Our Odyssey 1 by Christiane Jatahy  inspired by Homer’s work with Karim Bel Kacem, Julia Bernat, Cédric Eeckhout, Stella Rabello, Matthieu Sampeur, Isabel Teixeira
Crédits photos : Elizabeth Carecchio

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Mais que nous prépare Christiane Jatahy ? Elle aime les défis. J’entends parler de placement libre, de deux plateaux, d’échange de places… Sur scène, on ne voit pas de caméra. Y aurait-il du changement ? Le côté pair s’installe, on entend le côté impair de l’autre côté de la salle… J’ai toujours l’impression de prendre les mauvaises décisions : au lieu de prendre le métro, je préfère prendre le velib alors que je suis déjà en retard, que je vais arriver transpirant et que je ne trouverai pas une borne disponible parce que je n’aurai toujours pas regardé le tuto pour utiliser le câble qui accroche le vélo aux autres bicyclettes… Ici c’est toujours ailleurs que c’est mieux – paye ton Besherelle – on voudrait être de l’autre côté. (d’un côté Ithaque avec Pénélope et ses prétendants, de l’autre vers Ithaque, avec Ulysse et Calypso)

Une fête, on nous parle, il y a des moments d’ennui, où il ne se passe rien, des moments de rien, mais on entend ce qu’il se passe de l’autre côté, on devine aussi qu’on nous parle d’aujourd’hui, pourquoi pas du Brésil.

Dans cette pièce, nous retrouvons les 3 Soeurs qui m’avaient tant ravi dans « What if they went in Moscow », parmi elles Julia Bernat, l’actrice fétiche de Christiane Jatahy, toujours aussi magnifique de naturel. Les prétendants français sont en deça de leurs homologues brésiliennes, même s’ils ne déméritent pas (je me sens comme un petit vieux quand je me dis qu’ils pourraient faire un effort pour élever quelque peu la voix…)

C’est la mi-temps, nous obtempérons, nous attendons notre tour pour rester dans le même ordre (deuxième rang je suis, deuxième rang je serai). On passe de l’autre côté, on repère les chocolats posés sur la table des régisseurs…

Nous sommes toujours à la limite de la vacuité (que j’aime ce mot !) dans l’action pourtant il se produit quelque chose. On entend ce qu’il se passe de l’autre côté, là où nous étions, progressivement tout prend sens. On se prend à se demander : « Mais ce que je vois, ce que j’entends, ils le refont ou c’est une nouvelle pièce ? » On comprend mieux les tenants et les aboutissants : « Mais attends, y avait de l’eau tout à l’heure qui envahissait le plateau ? Où sommes-nous ? »

Parce que tout est identique mais surtout tout est différent. Je ne dévoilerai pas la suite, car c’est la meilleure partie, sauf que tout le monde est investi au niveau du jeu et de la technique et que c’est passionnant.

On imagine et on admire le parcours des comédiens, passant d’une histoire à une autre, gérant les accessoires, la partie filmée. Les histoires, les paroles s’imbriquent, rien n’a été laissé au hasard. On voit le fil qui relie tous les spectacles de Christiane Jatahy, en tout cas ceux qu’on a vus : Julia (découverte de Julia Bernat et du dispositif théâtre/vidéo), What if they went in Moscow (public en bifrontal, voir deux fois la même histoire mais pas la même histoire), A Floresta que anda (performance au milieu du public), La règle du jeu (un vrai petit film, ces moments de fête et de désoeuvrement, Ithaque (tout ça à la fois et bien plus encore).

Mais que va faire Christiane Jatahy ? Continuité, évolution (slogan politique)

Ithaque n’emporte pas immédiatement l’adhésion, mais s’insinue en nous, le temps fait son travail, on aime de plus en plus.

 

vu le samedi 17 mars 2018 aux Ateliers Berthier – Odéon Théâtre de l’Europe (Paris)

prix de la place : 28€ (abonnement)

 

ITHAQUE – NOTRE ODYSSÉE 1

Inspiré d’Homère

Dramaturgie, scénographie, réalisation : Christiane Jatahy

Avec Karim Bel Kacem, Julia Bernat, Cédric Eeckhout, Stella Rabello, Matthieu Sampeur, Isabel Teixeira

Collaboration artistique, lumière, scénographie : Thomas Walgrave – Co-création de la scénographie : Marcelo Lipiani – Collaboration artistique : Henrique Mariano – Création son : Alex Fostier – Direction de la photographie, – cadrage : Paulo Camacho – Costumes : Siegrid Petit-Imbert, Géraldine Ingremeau – Système vidéo :  Julio Parente – Assistance à la mise en scène, traduction : Marcus Borja

Jusqu’au 21 avril 2018 aux Ateliers Berthier – Odéon Théâtre de l’ Europe (Paris)

 

(une autre histoire)

Je n’arrive pas à me concentrer sur une seule tâche. Je ne parviens plus à rester plus de cinq minutes concentré. J’écris cette chronique mais mon regard se porte vers l’autre écran posé sur ma cheminée. L’écran s’illumine et je la vois apparaître.  Elle présente le flash info, est debout, devant moi, me regarde, anormalement maquillée, une mèche de cheveux cachant légèrement son oeil droit – « Si je fais un jour de la télévision, ils auront des difficultés avec ma tignasse », c’est ce qu’elle m’a dit la première fois qu’on s’est vu il y a trois ans maintenant – sa bouche se déforme à trop articuler, elle surjoue tout ce qu’elle annonce, on ne la sent pas à l’aise. C’est son premier flash, l’animateur l’a annoncé après le flash, comme pour l’excuser. Parce qu’à l’époque où je l’ai connue, elle faisait de la radio. C’était son rêve. Pas sur RTL ou Europe 1, non, sur Radio France. Elle n’avait pas de tranche à elle, car elle préférait faire des remplacements. Un peu la nuit, tôt le matin, à n’importe quelle heure, l’été, le 31 décembre…

Je l’avais déjà vue sur internet, car tout est désormais filmé à la radio. Pourtant elle n’avait perdu en rien son naturel, son haut noir, toujours le même, légèrement distendu, sa chevelure brune en liberté, n’arrête pas de gigoter sur son fauteuil. Elle a une voix profonde qui passe très bien en radio. Mais je ne dirai jamais qu’elle a un physique de radio, non. Elle est ravissante, je trouve. « Tu pourrais très bien faire de la télé », c’est ce que je lui avais dit.

On est sorti ensemble trois jours, il y a trois ans. C’est ridicule, je sais. C’est ridicule, parce que je m’en souviens très bien contrairement à d’autres relations qui ont duré bien plus longtemps. Ça me fait toujours quelque chose quand je la revois, quand je l’entends. Pourtant quand on s’était embrassé, je n’avais pas senti de picotement. Quand nos langues se sont frôlées, c’était pas génial non plus, assez maladroit même. Pas le maladroit qui fait du bien. Elle m’a dit qu’elle avait fait de la merde, que j’étais gentil, mais que bon… « c’est pas toi, c’est moi ». Elle avait raison, c’était pas elle dont j’étais amoureux, mais ce qu’elle représentait. Une certaine liberté.

Quand je serai grand, je serai journaliste. Ou quelque chose qui s’en rapproche.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

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