Je suis un pays (Vincent Macaigne / La Colline)

(quand on ne lit pas la bible)

Je suis un pays ? Une pièce sur le Vatican qui revendique son statut de pays alors que personne ne le prend au sérieux en tant que tel ? (d’ailleurs a-t-il une équipe nationale de football ?)

 

(de quoi ça parle en vrai)

« Le théâtre de Vincent Macaigne est une expérience, le cri de révolte d’un romantisme plein d’espoir, mais sans concession. Derrière la démesure, voici un cauchemar qui tient autant de la série Z, du film gore que de la comédie ; un monde bâti sur les ruines fumantes d’un passé refoulé. Nous sommes après la fête, après la joie, face à un futur à inventer. Ce que Vincent Macaigne met en scène, c’est l’énergie de la jeunesse qui vient buter sur le monde actuel. Dans cette lutte passionnelle, on ne sait jamais vraiment si l’auteur metteur en scène et sa bande hurlante lorgnent la tragédie ou le burlesque, la cruauté ou  la tendresse. » (http://www.colline.fr/fr/spectacle/je-suis-un-pays)

 

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Crédits photos : Mathilda Olme

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

L’agente du théâtre me demande si je connais le théâtre de Vincent Macaigne. J’acquièsce et souris. « Alors je ne vous dis rien, mais tout va bien se passer », me répond-elle.

On peut cocher toutes les cases : hurlements dans le micro, du faux sang, une mini-piscine, de la fumée, du gros son, des télés qui passent des images en boucle, des spectateurs invités à se lever, descendre sur scène, danser, applaudir, boire de la bière, des acteurs qui viennent nous chercher sur les marches de la Colline.

« Vimala Pons est à côté de moi… Si elle me propose de rejoindre la scène, j’y vais ! Ou je lui montre de quoi je suis capable… Ah… Vimala… »

Je devrais relire ma chronique sur En Manque. Là où tout ça m’avait irrité en décembre dernier à la Villette, je me suis pris au jeu ces deux premiers soirs de juin. Je me suis levé, j’ai esquissé deux pas de danse, mais j’ai surtout écouté, j’ai réfléchi, j’ai oublié ma fatigue, j’ai entendu le propos…

Ce que dépeint Vincent Macaigne n’est pas bien optimiste : à cause des gens qui nous gouvernent, des sociétés qui nous dominent, c’est dans le futur, mais c’est surtout aujourd’hui ou presque : C’est la fin d’un monde, peut-être le renouveau d’un autre (je rêvais d’un autre monde…) pourtant Macaigne nous invite toujours à nous rassembler, car c’est ça qui nous sauvera. L’avenir est à nous. Dansons, dansons… 

Comme je l’ai écrit plus tôt, il n’y a rien de nouveau dans le dispositif mis en place par Macaigne, qui sera plutôt sage malgré sa présence habituelle en régie, en tout cas le soir où j’ai vu « Je suis un pays ». Il serait même intéressant de revoir « En Manque » pour noter les passerelles entre les deux oeuvres, cette réflexion sur l’art contemporain.

Mais tout ça fonctionne. L’ensemble des acteurs est excellent (Candice Bouchet qui n’est donc pas québécoise, Pauline Lorillard impressionnante et Vimala Pons en tête – qui remplace Thomas Blanchard ) et il y a cette générosité, comme si ce soir était le dernier soir.

 

vus les vendredi 1e et samedi 2 juin 2018 à la Colline (Paris 20)

Prix de la place : 13€ x2 (carte colline)

 

JE SUIS UN PAYS + VOILÀ CE QUE JAMAIS JE NE DIRAI

texte, mise en scène, conception scénographique, visuelle et sonore : Vincent Macaigne

avec Sharif Andoura, Candice Bouchet, Pauline Lorillard, Vimala Pons, Rodolphe Poulain, Hedi Zada , et Madeleine Andoura, Nina Béros et Lila Poulet en alternance

scénographie Julien Peissel – accessoires Lucie Basclet avec des compositions musicales de Nova Materia avec Caroline Chaspoul et Eduardo Henriquez – costumes Camille Aït Allouache – stagiaire costumes Estelle Deniaud – collaboration lumières Matthieu Wilmart – stagiaire lumières Edith Biscaro – collaboration son Charlotte Constant – collaboration vidéo Oliver Vulliamy – administration Compagnie Friche 22.66 AlterMachine Camille Hakim Hashemi, Elisabeth Le Coënt – production, technique, construction des décors Théâtre Vidy-Lausanne

Jusqu’au 14 juin 2018 à la Colline, Paris.

 

(le bonus en plus)

« Voilà ce que jamais je ne dirai » (avec la participation vidéo de Matthieu Jaccard et Eric Vautrin et les acteurs de « Je suis un pays ») c’est le spectacle dans le spectacle. 

SI VOUS COMPTEZ PRENDRE PART À CE SPECTACLE, JE VOUS REMERCIE DE NE PAS LIRE CE QUI SUIT. CECI ÉTAIT UNE ALERTE DIVULGÂCHAGE.

Pour une somme modique, le théâtre de la Colline et Vincent Macaigne te permettent de revêtir une très seyante combinaison blanche, des sur-chaussures et une lampe frontale. À partir du point de rendez-vous, on emprunte une traverse, un couloir étroit, sombre et obscur, puis tu regardes la télé. A l’écran, deux comédiens qui conversent à propos du mystère Von Sidow, Ulrich de son prénom, une personnalité à la B. Traven, personne ne sait qui il est, l’âge qu’il a, si ce n’est qu’il a joué et joue encore un rôle important dans le monde de l’art. Deux des comédiens de « Je suis un pays » arrivent, interrompent le film, on ne sait pas vraiment ce qu’il en est. On reprend le chemin inverse. Quelque chose a changé pendant notre absence. Le théâtre a été déserté, la brume a envahi l’espace. Nous pénétrons dans la salle de théâtre. On monte sur scène, on s’asseoit dans les gradins et… on ne sait pas vraiment ce qu’on y fait, ce qu’il s’y joue.

Un mal pour un bien : Si on doit assister aux deux spectacles, il faut d’abord commencer par « Voilà ce que jamais je ne dirai », ne serait-ce que pour l’effet de surprise, que je vous ai enlevé, si jamais vous lisez ces lignes. Car tout s’éclaircira lors de « Je suis un pays ».

On ne sent pas complètement concerné, à dire vrai. Si ce n’est qu’on doit être les auteurs de jolis effets de lumière grâce à nos lampes frontales. Certains bavardent, s’amusent avec leur loupiotes… Pour faire du mauvais esprit, je dirais qu’on a payé pour faire de la figuration dans un spectacle de Vincent Macaigne et on est content, on se prend en selfie…

Cela dit cette espèce de fausse interview d’un spécialiste de la vie et de l’oeuvre d’Ulrich Von Sidow est assez drôle.

J’ai encore beaucoup transpiré ce soir-là sous ma combinaison. Heureusement qu’on nous a offert une Heineken à la fin du spectacle pour nous désaltérer. La bière c’est la vie.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

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