Rain (Rosas / Ictus / La Villette / Festival d’Automne)

(quand on ne lit pas la bible)

Rain ? Si seulement je l’avais vu en novembre, j’aurais pu ironiser sur la chanson de Guns n’Roses, mais hélas non. Et comme la compagnie de Anna Teresa De Keersmaeker s’appelle Rosas, moi je dis, y a pas de hasard !

(de quoi ça parle en vrai)

« Cette pièce phare d’Anne Teresa De Keersmaeker, composée en 2001 sur Music for 18 Musicians de Steve Reich, est peut-être la clé de voûte de toute son oeuvre chorégraphique. La structure de la danse, à la fois imbriquée et adjointe à celle de la musique, agit comme une matrice ; par ses répétitions, ses variations, ses conjugaisons des motifs initiaux, elle génère une vitalité rare, une incandescence persistante et vertigineuse, que les danseurs, dans leur mouvement collectif, ne cessent d’auto-alimenter. Portés par les vagues ondulatoires et obsédantes de la musique, les ressorts formels de cette « danse pure » exercent leur action bien au-delà du plateau. Leur rigueur infaillible distille les sensations, s’immisce dans les gradins, insiste et recommence, jusqu’à l’envoûtement. » (source : ici)

rosas-mtqxotkzndkzoa
Crédits photos : Anne Van Aerschot

(ceci n’est pas une critique, car il faut vraiment que je prenne des vacances, hélas, avec celle-ci, j’ai encore 5 chroniques à pondre…)

On voit des danseuses et des danseurs courir en rond. On voit des danseuses et des danseurs à deux doigts de perdre l’équilibre. On voit et on entend surtout dix musiciens et choristes jouer une musique de Steve Reich. Entêtant, hypnotisant. Du mouvement pendant plus d’une heure, les danseurs ne prennent pratiquement aucune pause, les musiciens se relaient au piano, aux cordes ou au xylophone. Une sensation de fluidité. La musique répétitive de Reich mais jamais ennuyeuse se laisse écouter comme un morceau dont on découvrirait de nouvelles choses à chaque écoute.

(Parfois je laisse mon regard s’attarder sur une seule personne pendant de longues minutes, occultant tout le reste. Puis reviens sur le groupe. Ils vont bien ensemble.)

Parce qu’on n’est pas pareil à la fin du spectacle (et c’est un peu la moindre des choses quand on va au spectacle), notre seul souhait est que la pluie tombe sur nous. Et aussi courir.

 

RAIN (rosas / ictus)

Chorégraphie Anne Teresa De Keersmaeker

Dansé par Laura Bachman, Léa Dubois, Anika Edström Kawaji, Zoi Efstathiou, Yuika Hashimoto, Laura Maria Poletti, Soa Ratsifandrihana, Frank Gizycki, Lav Crnčević, Luka Švajda

Musique : Music for 18 Musicians Steve Reich

(dans le cadre du Festival d’Automne à Paris)

 

(une autre histoire)

Dans mes archives musicales, j’ai 109 chansons avec le mot « rain » et autres mots de la même famille, mais seulement 15 morceaux avec le mot français « pluie ». Je n’ose rechercher le nombre de fois où le mot « love » ou « amour » apparait. Ça me déprimerait bien trop. Surtout que la pluie elle-même me met dans un état proche de la larve qui aurait abusé de sucreries. Le gris aussi me fait ça. Revoir certaines personnes également. Alors j’ai dit « stop ». Je me mets au sport, j’arrête de boire, je n’écoute plus de musique triste ou grise. Je me regarde la face dans la glace et je tente de battre le record de souriage. Je pense alors à ma nouvelle dentiste dont j’ai sauvagement décommandé le rendez-vous. Je la rappellerai l’année prochaine, ça sera ma première résolution. Et j’arrêterai de commencer mes phrases par « je ».

(…)

J’aimerais ça, courir en rond, sans m’arrêter, sur une petite distance. J’irais tellement vite que la force centrifusionelle me permettrait de courir à 20° d’angle du sol. Je serais comme Fred Astaire et je courirais sur le tapis bleu du ciel. Parce que parce que je l’ai décidé, le ciel serait toujours bleu. Avec un ou deux petits nuages, pour agrémenter et faire fonctionner la boîte à imaginaire. Avec tout cet entraînement, je pourrais faire comme Michael Jackson dans le clip « Smooth Criminal » et me baisser sans décoller des pieds. Je ne perdrais point l’équilibre. Je ne sais pas bien à quoi ça me servirait, mais ça serait cool…

(…)

Voilà voilà…

 

vu le vendredi 7 décembre 2018 à la Grande Halle de la Villette, Paris

Prix de ma place : 12€ (place prise par une amie qui travaille à la Villette)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

Publicités

Quartett (Heiner Müller / Rosas / tg STAN / Centre Pompidou / Festival d’Automne à Paris)

(de quoi ça parle en vrai)

« Quartett, créé en 1999, est le fruit d’une collaboration entre deux membres de la compagnie de danse Rosas, Anne Teresa De Keersmaeker et Cynthia Loemij, et deux membres du collectif théâtral tg STAN, Jolente De Keersmaeker et Frank Vercruyssen. Le texte éponyme du dramaturge allemand Heiner Müller, inspiré des Liaison dangereuses (1782) de Choderlos de Laclos, s’ouvre sur ces mots : « Un salon d’avant la Révolution française / Un bunker d’après la Troisième Guerre mondiale ». Un homme et une femme traquent et échangent leurs identités dans l’imminence de l’effondrement du monde — peut-être même un peu plus tard. Frank Vercruyssen et Cynthia Loemij se partagent le plateau en un face-à-face qui convoque à la fois la férocité du verbe et la puissance menaçante des gestes. » (source : ici)

medias_banner_image_8d5003cb0a7003c0c3a0182a50b783ed
Crédits photos : Herman Sorgeloos

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je rêve d’un portrait l’an prochain consacré au tg STAN, pile pour les trente ans du collectif. En attendant, nous avons eu droit à quatre de leurs spectacles cette année et leur cycle s’achève par une collaboration avec une des artistes mises à l’honneur cette année au Festival d’Automne à Paris : Anna Teresa de Keersmaecker. J’avais déjà eu la chance d’assister, il y a six ans, à « Nusch » d’après Paul Eluard, autre duo entre Franck Vercruyssen du tg STAN et une danseuse de la compagnie Rosas, souvenir émouvant et unique.

Quartett (de Heiner Müller) est une re-création. J’envie les spectateurs qui avaient assisté à la création du spectacle en 1999, avec le même Franck Vercruyssen et la même Cynthia Loemij. Dix-neuf ans ou une éternité. Des corps qui ont changé, un contexte social et politique différent. Qui est le / la dominant(e) ? Qui est le / la dominée ? On retrouve une des marques de fabrique du tg STAN quand les deux artistes échangent leurs rôles (la femme prend la veste de l’homme et la revêtit).

Je ne suis absolument pas un connaisseur des chorégraphies De Keersmaecker, donc je me garderai bien de juger la prestation de Cynthia Loemij, toute en maîtrise (oui, je juge tout de même). Nous voyons Franck Vercruyssen dans un jeu assez différent de celui que nous avons l’habitude de voir. Il est ici très raide, très droit, monocorde. Il joue avec la sonorisation, fait des bruits de bouche, respire, parle dans un souffle.

Mais qu’en ai-je pensé, me direz-vous ? Du bien. Un spectacle qui compte, différent, glaçant, vénéneux.

 

QUARTETT

Concept, Anne Teresa De Keersmaeker, Jolente De Keersmaeker, Cynthia Loemij, Frank Vercruyssen
Texte, Heiner Müller, Quartett
Avec Cynthia Loemij, Frank Vercruyssen
Scénographie et lumières, Herman Sorgeloos, Thomas Walgrave -Costumes, An D’Huys

Production tg STAN ; Rosas

 

(une autre histoire)

Ce soir, j’ai dit bonjour à… une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept personnes que je connaissais. Si numéro six et numéro sept me lisent, je voulais m’excuser, parce que dans le métro, je ne vous ai pas présentées l’une à l’autre. J’avais oublié vos prénoms. Je ne suis pas quelqu’un qui est très prénom prénom. Par exemple, toutes les copines que j’ai pu fréquenter, je les appelais « Chou ». Les personnes avec qui je travaille, je ne peux pas les appeler « Chou ». Alors je ne les appelle pas. Ou bien j’utilise des moyens mnémotechniques assez sophistiquées, je trouve. Par exemple, j’ai une collègue qui ne boit que du Pepsi, elle a du pep’s et elle sent bon, pas comme Pepe le putois, mot qui ressemble à « putain », « fuck » en anglais. Je dis souvent « putain » quand j’ai mal : « Fuck the pain away » chantait Peaches. Les pêches que j’aime melba à l’anis… Mélanie.

(ça se voit que je manque d’inspiration en ce moment ?)

 

vu le mercredi 28 novembre 2018 au Centre Pompidou, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris.

prix de ma place : 12€ (abonnement festival d’automne)

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito