Mort et Vie Severines (João Cabral de Melo Neto / Magdalena Bournot / Théâtre de l’Opprimé)

(quand on ne lit pas la bible)

Mort et Vie Severines ? Une Severine, une deuxième Severine, une troisième Severine… vont nous raconter leurs vies à l’envers ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Écrit dans les années cinquante par le célèbre poète brésilien João Cabral de Melo Neto, Morte e Vida Severina est un poème dramatique sur la migration de Severino en quête de meilleures conditions de vie. Cet habitant du Sertão, une région pauvre du Nord-Ouest brésilien, quitte la sécheresse de sa terre natale et fait route vers la mer, d’où il rêve de pouvoir trouver une terre plus fertile, plus propice à la vie et au travail. Or, le voyage qui était censé prolonger sa vie n’augure finalement que la mort. Il finit ainsi par mettre en question la possibilité de trouver une terre où l’on pourrait mener simplement une vie digne. Seule la dernière scène, en face de la mer, vient apaiser l’amertume de ce chant funèbre : le pleur d’un nouveau né surgit comme un synonyme d’espoir, révélant une structure cyclique qui est celle de l’humanité entière, pour les infortunés comme pour les fortunés. (http://www.theatredelopprime.com/evenement/mort-et-vie-severine/)

 

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Crédits photos : Thiago Pedroso

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

C’est un 25 avril que je me rendis pour la première fois au théâtre de l’Opprimé. J’aurais bien voulu assister à une pièce portugaise, pour le symbole. Je serais venu avec un oeillet en boutonnière, mais il s’agit seulement d’une pièce en portugais du Brésil, inspirée d’un poème écrit par João Cabral de Melo Neto, que je ne connaissais point.

Le public est jeune et je me sens vieux. Pour une fois les rôles sont inversés. Non pas que je me sente jeune au Rond Point ou à Odéon, mais disons que je suis noyé dans la masse. Ici, dans le cadre des reprises du festival Acte et Fac… Remarque, tant mieux qu’il y ait des plus jeunes que moi.

C’est l’histoire d’un homme qui s’appelle Severino. Tout le monde s’appelle Severino. C’est l’histoire d’un homme qui veut vivre une vie meilleure. Qui veut vivre tout court. Ça me dit quelque chose, comme un écho.

La sincérité et la justesse de l’ensemble touchent au coeur. Le spectacle est empreint d’humanité, ce qui ne serait que logique, aux vues du thème. Le français et le brésilien s’entremêlent. Parfois il n’est pas aisé de suivre les surtitres en français. Comment résumer un poème ? Impossible. Alors parfois on se laisse bercer par les flots.

La mise en scène met en valeur la poésie de João Cabral de Melo Neto. Les images de Thiago Pedroso accompagnent sobrement les transitions. Heureux je fus d’avoir assisté à ce moment suspendu.

 

vu le mercredi 25 avril 2018 au Théâtre de l’Opprimé (Paris 12e), dans le cadre du festival Acte & Fac Rappel.

Prix de la place : invitation

 

MORT ET VIE SÉVERINES

par la Cie d’Amaü (http://cargocollective.com/ciedamau)

Texte João Cabral de Melo Neto

Traduction et adaptation Magdalena Bournot et Mariana Camargo

Mise en scène Magdalena Bournot

Avec Marcos Azevedo, Thalia Pigier, Rita Grillo, Ana Laura Nascimento et Yure Romão

Conception et réalisation vidéo Thiago Pedroso – Lumière Magdalena Bournot – Scénographie Luiza Kitar et Adrien Poujade – Costumes  Yu-yen Hsiao – Musique Yure Romão

 

(une autre histoire)

Aujourd’hui c’est le 25 avril. L’an passé aussi, c’était le 25 avril. Je récapépète, je sais. Je radote, voilà. Je ne devrais pas constamment regarder en arrière. Quelqu’un m’admirait, le mot est peut-être trop fort, de me retourner, écrire, en faire un objet littéraro-théâtral (quel vilain mot). Mais c’est plus fort que moi. Parce que j’étais plus heureux l’an passé qu’aujourd’hui. Si une certaine personne me lit aujourd’hui, qu’elle ne le prenne pas pour elle. Cela n’a rien à voir. Oui, y a tant de choses qui se profilent, il n’empêche.

L’an passé, le mardi 25 avril, j’avais à la main un oeillet, je n’avais pas peur de la foule, du bruit, de la musique, des sourires, des banderoles. Lisbonne tu me manques. Pas les monuments, pas le Tage (je mens, Ô Tage tu me manques), mais les gens. Non pas que j’ai discuté avec eux à batôns rompus toutes les saintes journées, mais les gens, quoi. J’étais à côté d’eux, je les observais. Je prenais mon café, je les entendais. Je ne comprenais rien : je connaissais seulement onze mots en portugais, dont le mot « onze ». Mais y avait cette légèreté, cette simplicité, cet accueil. Malgré tout. Malgré le reste. Malgré ces putains de Français qui prennent de plus en plus de place, malgré la Disneylandisation de leur ville, disons-le.

Je les regarde passer, sur cette longue avenue. Spectateur un jour, spectateur toujours. J’ai les larmes aux yeux. Je sais que mes jours sont comptés, ici. Samedi je m’en irai, c’est écrit. J’irai à Porto, puis à Saint Jacques de Compostelle, je traverserai l’Espagne jusqu’au Pays Basque… Arrête d’y penser. On est aujourd’hui, on n’est pas demain. Tu auras le temps de penser à demain, parce que demain c’est loin. Pense à aujourd’hui. Demain tu pourras repenser aussi à aujourd’hui.

Ne regrette rien. Regarde, respire, écoute, souris.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

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