Radical Light (Salva Sanchis / Théâtre de la Bastille)

(quand on ne lit pas la bible)

Radical Light ? Satire politique dans laquelle les Radicaux de gauche ont inventé une lumière capable de faire changer les électeurs d’avis, pour qu’enfin ils puissent revenir au pouvoir ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Quand la pièce commence, les interprètes ont déjà investi le plateau et, plus précisément, le tapis orange au centre de la scène. Certains dansent, d’autres les observent. Les mouvements sont précis, aériens. Puis la partition musicale, d’abord minimale, se développe, augmente en richesse et en puissance. La danse se fait plus vive, plus ample. Tout au long de Radical Light, les cinq interprètes déroulent un mouvement continu, fluide, passant d’une vitesse et d’une amplitude à une autre. Surtout, ils conjuguent avec virtuosité une qualité de mouvements qui emprunte autant à la danse « de plaisir », telle qu’on peut la pratiquer seul chez soi ou en discothèque, qu’à une danse formelle, avec son architecture et la précision de son vocabulaire. Nourrie par une bande-son qui met la pulsation au centre, la pièce allie la force et la grâce, la délicatesse et l’épure. (Laure Dautzenberg – http://www.theatre-bastille.com/saison-17-18/les-spectacles/radical-light)

 

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Crédits photos : Bart Grietens

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Autant vous dire que je n’en menais pas large au début de la représentation, puisqu’au moment où les portes de la salle s’ouvrirent, une personne derrière moi fit un malaise et s’effondra. Heureusement un médecin était dans la salle, comme on dit. Mais ajoutée à mon manque de sommeil chronique, il me fallut un certain temps pour retrouver mes esprits (je suis une petite nature, mais ayant flirté avec les vertiges ces derniers jours, je ne pouvais qu’être touché – moment politique qui n’a rien à voir avec une critique (décidément…) : quand mettra-t-on en place une vraie médecine du travail là où je m’emploie, moi qui ne fus à peine ausculté que l’année de mon embauche, il y a presque quatorze ans de cela ? Mais comme je me refuse de parler ici de ma véritable activité professionnelle, cela ne sert évidemment à rien, fin de la parenthèse.)

Des danseurs dansent. La musique musique. Crescendo du son suivi par les performeurs. Imprévisiblité des gestes, ils ne se toucheront presque jamais. Une heure durant, les cinq artistes s’épuiseront sur cette musique techno pas agressive et entêtante. On s’attend à ce que l’un d’eux abandonne mais non, is ne s’arrêteront pas avant la fin. 

Je suis toujours admiratif (attention encore porte ouverte) de combien le corps peut se souvenir d’autant de mouvements, car ici point de pause (ou presque). Danse ininterrompue. Il serait très facile de rester extérieur. Je le suis un peu resté, à dire vrai, j’ai même eu le temps de repenser à « For Claude Shannon » qui est remonté dans mon estime. Et je ne regrette en rien ma présence dans cette salle, à regarder ses danseurs. Moment suspendu.

Si on lit la bible, on découvre que le chorégraphe/danseur Salva Sanchis a arrêté de créer de nouvelles pièces, mais poursuit tout de même son accompagnement des pièces déjà existantes (on le retrouvera avec Anna Teresa de Keersmaecker au prochain Festival d’Automne de Paris). Je ne connais pas la véritable raison de cette pause, si ce n’est des études en psychologie, mais prendre une telle décision me fascine. Pourquoi ?

 

vu le mardi 10 avril 2018 au théâtre de la Bastille

prix de la place : 13€/mois (pass Bastille)

 

RADICAL LIGHT

Chorégraphie Salva Sanchis

Avec Stanislav Dobak, Inga Huld Hakonardottir, Salva Sanchis, Peter Savel et, en alternance, Thomas Vantuycom et Gabriel Schenker

Musique Discodesafinado par Senjan Jansen et Joris Vermeiren

Production Kunst/Werk (http://www.kunst-werk.be/)

Jusqu’au 15 avril 18 au Théâtre de la Bastille (en collaboration avec l’Atelier de Paris – CDCN)

 

(une autre histoire)

Lundi soir, je pris un verre… deux verres avec mes camarades comédiens amateurs.  Nous parlâmes de nos vies, nos espoirs, nos prochaines représentations. L’une de mes camarades me fit un joli compliment concernant ce que j’écrivais (elle n’est point au courant de cet espace non-critique, je précise, parce que j’écris (d’)autre(s) chose(s)) et me demanda même, si je le voulais bien, de lui faire lire ce que j’étais en train de préparer pour un avenir proche. Je rougis. Certains voulurent prolonger la soirée. Je regardai ma montre, il était minuit passé. Évidemment le lendemain je devais travailler, genre de travail pour lequel je dois avoir un minimum de neurones lucides, parce que j’ai une certaine responsabilité. Je refusai la proposition et rentrai par l’avant-dernier métro.

Il y a quelques années de cela, je n’aurais jamais refusé la promesse d’une soirée de rires et d’alcool, même en semaine.

Je ne dors plus mes huit heures par nuit mais je suis incapable de ne pas dormir du tout. Je dors en moyenne six heures mais suis tout le temps fatigué, énervé, grognon. Faut dire que je ne m’épargne pas. L’automne dernier, je parvenais à maintenir le rythme : spectacles trois à quatre fois par semaine, écriture des chroniques, trois séances hebdomadaires de running, un atelier théâtre, un à deux films au cinéma, quelque chose qu’on appelle le travail… Puis en janvier, le run disparut (l’hiver a bon dos), ainsi que les films au cinéma. Cette année, je n’ai pris aucun jour de congé maladie et j’ai poursuivi mon rythme effréné de trois à quatre spectacles par semaine. Pourtant, je sens que quelque chose cloche. J’ai toujours été grognon, je suis connu pour ça. Tout ça me rend heureux, c’est pas le problème (je ne parle pas de mon boulot, cela va sans dire), mais quelque chose cloche. J’ai des vertiges, j’oublie, j’ai des absences, prends deux rendez-vous le même jour à la même heure, j’hésite à prendre le vélo. Tout est au ralenti. Faut dire que je mange n’importe comment, ne bois pas assez d’eau, passe trop de temps derrière un écran.

Mardi soir, quelqu’un a fait un malaise derrière moi. Ça aurait pu être moi, me fracassant le nez contre le sol du hall d’entrée, perte de connaissance, amnésie, tout est en sourdine. Mais je me serais levé et aurais vu ce putain de spectacle. Parce que si je m’arrête… Si je m’arrête… Attention citation que tout le monde ou presque connait : « Danse, danse, sinon nous sommes perdus – Tanzt, Tanzt, sonst sind wir verloren»

Si je m’arrête, je suis perdu.

Ps : Wuppertal, tu me manques. Mais surtout Lisbonne. Il y a un an jour pour jour, je m’envolais vers toi et… tu me manques aussi. Je ne veux pas travailler et je ne fume même pas.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

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