Notre innocence (Wajdi Mouawad / La Colline)

(quand on ne lit pas la bible)

Notre innocence ? Je veux pas dire, mais c’est la deuxième fois que j’avais préparé cette partie en avance et c’est la deuxième fois que Wajdi Mouawad change le titre en cours de route. Mais est-ce qu’il pense parfois à moi ? Je ne suis pas une machine !

 

(de quoi ça parle en vrai)

Notre innocence est l’histoire d’un groupe d’amis confronté au décès brutal de l’une des leurs. Elle s’appelait Victoire, elle avait une vingtaine d’années. Portée par la force brutale de la poésie, elle croyait aux mots qui disent les maux. Dévastés, ses camarades oscillent entre la conviction d’un suicide et celui d’une mort accidentelle. Désemparés, ils refusent qu’il ne puisse exister qu’une seule réalité et sont obsédés par le geste qu’ils devront poser auprès d’Alabama, la fille de Victoire. Nul n’aurait pu imaginer la férocité de la transformation qu’une telle mort engendrerait chez chacun d’eux. Quand la disparition de l’un devient révélation pour soi, alors du nom de Victoire peut éclore l’élan de la vie. (http://www.colline.fr/fr/spectacle/notre-innocence)

 

notreinnocence5
Crédits photos : Simon Gosselin

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

Je ne sais pas par quoi commencer… Je ne sais pas…Je m’étais déjà posé la question pour Opéraporno : comment énoncer mes remarques sans cela soit blessant ou gratuit ? Je ne compare pas le spectacle de Pierre Guillois avec celui de Wajdi Mouawad, tout simplement parce que je connais un peu mieux le travail du directeur de la Colline et que ça n’a tout simplement rien à voir. En fait, je suis d’autant désappointé par Wajdi Mouawad que j’en attendais énormément après la merveille « Tous des oiseaux ». Déçu par l’écriture, la direction d’acteurs, les acteurs eux-mêmes… Comme s’ils avaient manqué de temps pour tout faire.

Pour les acteurs, j’ai un peu fait mes devoirs et je me suis aperçu que j’en avais déjà vu certains dans le spectacle « 60°Nord » au CNSAD en 2016 et que j’avais déjà été déçu par cette promotion que j’avais trouvé en grande partie fade (c’est très méchant ce que je viens d’écrire… en cherchant bien, vous pouvez trouver mon texte sur ce spectacle, un des tout premiers que j’avais écrits pour ce blog, avant que le blog n’existe, c’est dire…). Alors je ne sais pas, mais je me dis qu’à ce niveau-là, je ne dis pas qu’on doit trouver uniquement des bêtes de scène, mais en tout cas une qualité de jeu, des nuances que j’ai eu du mal à percevoir. Si je dois retenir certains visages, j’en citerai deux : Jade Fortineau et Etienne Lou. Ce dernier, peut-être aidé par le capital sympathie de son accent québécois et des mots qui vont avec, a su garder une fraîcheur et surtout un naturel dans son jeu. La scène autour de la table, dans laquelle on les voit réagir à la mort de Victoire est assez significative. Ils sont dix-huit et on voit dix-huit façons de montrer la tristesse. Ça crie, ça s’énerve, c’est articifiel : « Putain, c’est pas vrai » dit un des comédiens avec la mine renfrognée, les poings serrés qu’il gardera pendant tout le reste de la pièce jusqu’aux saluts. La question est : Pourquoi dix-huit comédiens, là où la moitié aurait permis à chacun de briller, de respirer et surtout d’avoir un vrai personnage à défendre, car c’est là où le bât blesse. (oui, je sais, c’est la promo d’un cours de théâtre, mais justement, on fait ce qu’on veut, si on veut qu’ils soient neuf, ben ils sont neuf !) Au début de la pièce, une des comédiennes explique comment elle aurait été embauchée par Wajdi Mouawad et que ce dernier l’aurait avertie qu’il n’aurait peut-être pas le temps de lui écrire un vrai rôle. Et c’est là le problème, pour la plupart, on voit des clichés de personnages. Et quand on tente d’inventer un background à ceux-ci, une origine étrangère, un conflit avec la disparue, on n’y croit pas et ça tombe comme un cheveu au milieu de la soupe.

Avant cela, il y a la fameuse scène de choeur (déjà vue ailleurs), impressionnante et maîtrisée mais dont le discours nous passe un peu au-dessus (la charge contre les aînés, la société de consommation…), une scène de danse (déjà vue au moins dans 1993 de Julien Gosselin), des comédiens qui se déshabillent (déjà vu), des chaises (déjà vu notamment dans la modeste et pas inintéressante « Parlons d’autre chose » de Léonore Confino). Après cela, l’apparition d’Alabama, la fille de Victoire la disparue, interprétée par une vraie petite fille, elle, hyper juste.

Pour conclure cette trop longue chronique, je suis très déçu et un peu colère, aussi par une écriture loin d’être convaincante (et j’ai toujours du mal avec les « tabarnak » et autres « osties » dits dans le choeur par des comédiens pratiquement tous français.)

 

vu le samedi 24 mars 2018 au théâtre national de la Colline, Paris.

prix de la place : 13€ (tarif carte Colline)

 

NOTRE INNOCENCE

texte et mise en scène Wajdi Mouawad

avec Emmanuel Besnault, Maxence Bod, Mohamed Bouadla, Sarah Brannens, Théodora Breux, Hayet Darwich, Lucie Digout, Jade Fortineau, Julie Julien, Maxime Le Gac‑Olanié, Hatice Özer, Lisa Perrio, Simon Rembado, Charles Segard‑Noirclère, Paul Toucang, Étienne Lou, Mounia Zahzam, Yuriy Zavalnyouk et Inès Combier, Aimée Mouawad, Céleste Segard (en alternance)

assistanat à la mise en scène Vanessa Bonnet – musique originale Pascal Sangla – scénographie Clémentine Dercq – lumières Gilles Thomain – costumes Isabelle Flosi – son Émile Bernard, Sylvère Caton – régie Laurie Barrère

Jusqu’au 12 avril 2018 à la Colline, Paris

 

(Livetweet)

  • Y a des chaises au fond de la scène. Il manquerait plus qu’ils dansent…
  • Elle est de Marseille et elle n’a pas même d’accent. Y a deux Québécois et eux ont gardé leur accent. Tu m’expliques ? (demande celui à qui on demande pourquoi il n’a pas d’accent alors qu’il est originaire de Marseille)
  • Combien de fois disent-ils « Je ne sais pas » ? Je ne sais pas.
  • Le choeur… Qui se cache ? Qui fait le poisson ? Qui parle plus fort que les autres ? Qui se trompe ? Pourquoi elle pleure ? Comment fait-elle pour déformer autant sa bouche ? Elle est jolie, elle… Lui, bof…
  • Pourquoi ils se changent ? Pourquoi elle enlève son soutif ? (ça fait monter mes stats, j’ai vu 5 fois des tétés en 6 spectacles cette semaine)
  • La danse… Pourquoi y a toujours une séquence « pétage de plombs » ?
  • Le gars qui se planque sous la table pendant toute la scène, trop fort. J’aurais bien aimé qu’il ne se justifie pas.
  • Mince, j’ai ri nerveusement au moment où il pleure : « Putain, c’est pas vrai… »
  • Y en a un autre qui ne parle jamais, ça c’est moi en soirée, qui écoute mais ne dis rien. C’est réaliste.
  • Au top, on change de position et on essaie de trouver une autre façon d’être triste ou en colère.
  • Je crois que le type qui répète « Putain, c’est pas vrai » m’a repéré. Il a l’air vraiment en colère, il va m’attendre à la sortie, j’en suis certain.
  • C’est la petite fille qui lance les saluts : C’est qui la patronne ?

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

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