The Great Tamer (Dimitris Papaioannou / La Villette / Théâtre de la Ville)

(quand on ne lit pas la bible)

The great tamer ? Le grand dompteur… Dernier spectacle bravant l’interdiction de représenter des grands fauves dans l’enceinte d’une salle de spectacles ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Entre images d’actualité et iconographie byzantine, ce nouvel opus gravite autour de la Grèce, terre mythique où les légendes se font et se défont. En quête désespérée de nouveaux idéaux, l’homme projette sur des mirages ses désirs les plus obscurs et les plus fous. Les performances de Dimitris Papaioannou font cet effet-là, celui de résumer l’humanité par des images fortes et accomplies où la beauté est une invitée de marque. (https://lavillette.com/evenement/dimitris-papaioannou/)

 

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Crédits photos : Julian Mommert

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

C’est sur les bons conseils de Ronan dans cette vidéo (-> ici) que je me décidai à franchir les portes de la Grande Halle de la Villette pour découvrir le travail de Dimitris Papaioannou, qui y reviendra d’ailleurs l’an prochain (et j’y serai… enfin j’espère) pour présenter sa nouvelle création avec la compagnie de Pina Bausch, la Wuppertal Tanztheater. Mais n’anticipons pas et profitons de ce rêve éveillé que fut The Great Tamer.

Le Beau Danube Bleu de Strauss qui conclut toujours le concert du Nouvel An à Vienne (et qu’on m’oblige chaque année à le regarder) sera le fil conducteur de ce spectacle, mais sera trituré, ralenti… Je pourrais parler des images : l’homme qui se deshabille, s’allonge, un linceul est déposé sur son corps, le souffle d’une plaque en bois qui tombe le fait s’envoler (action qui sera répétée) / Cet être composé d’un buste féminin et de deux jambes de deux danseurs, à la démarche déglinguée / Ces trappes qui referment diverses surprises / l’ombre du cosmonaute / les épis de blés qui se plantent telles des flèches au sol… Je pourrais parler de l’absence de couleurs, des références picturales qui me manquent mais qui ne me frustrent pas…

Le spectacle est d’une sombre beauté insondable et poétique.

(je ne sais pas d’où je sors ça, mais il serait vain pour moi et pas très intéressant pour vous de tenter d’expliquer cette expérience, j’ai préféré aller à l’essentiel)

 

vu le mardi 20 mars 2018 à la Grande Halle de la Villette

prix de la place : 10€ (tarif obtenu grâce à une amie qui travaille à la Villette)

 

THE GREAT TAMER

conception & direction : Dimitris Papaioannou

avec Pavlina Andriopoulou, Costas Chrysafidis, Ektor Liatsos, Ioannis Michos, Evangelia Randou, Kalliopi Simou, Drossos Skotis, Christos Strinopoulos, Yorgos Tsiantoulas, Alex Vangelis

Jusqu’au 23 mars 2018 à la Grande Halle de la Villette (avec le Théâtre de la Ville)

 

(une autre histoire)

Je vous jure, ça a duré une fraction de seconde. Sur scène, le gars était en train d’enlever ses chaussures, j’ai fermé les yeux, je les ai rouverts, il enlevait ses chaussettes. Je n’ai rien raté. Enfin je crois. Parce que dans ce genre de spectacles, ça se répète pas mal. Mais faut me comprendre, je fais un métier pénible, je n’arrête pas d’y penser, je dors mal et mes rêves, je les fais lors de mes micro-siestes pendant des spectacles.

J’étais à l’hôpital, j’allais me faire ouvrir le ventre. J’angoissais à l’idée qu’on farfouille trifouille dans mes entrailles et qu’on y trouve je ne sais quoi. Un peu comme quand le mois prochain j’irai chez le dentiste alors que je n’y suis pas allé depuis plus de trois ans. Une honte m’étreint. Dans ma chambre, une personne que j’ai rencontrée quelque part (le côté abstrait et flou est totalement voulu car j’ai clairement identifié la personne) est à mes côtés, elle me tient la main et est venue avec toute sa famille nombreuse. Je me sens bien avec eux.

Mais tout disparait. J’ai arrêté de travailler. Je vis reclus dans la maison familiale. Plus personne de ma famille n’existe sauf moi. Un jour, on m’a dit : « Tu sais, la lignée familiale tient dans tes couilles. Tu ne procréés pas, ton nom meurt ». Je suis tout seul. Je vis sur mes économies, j’ai vendu les dernières terres pour subsister jusqu’à la saison nouvelle, la maison est maintenant encerclée par de nouvelles villas et une nouvelle route départementale dont les voitures dépassent allègrement la limite autorisée. Je regarde autour de moi, à la recherche d’objets que je pourrais revendre ou échanger contre des boîtes de thon. Je suis tout seul, je vis dans un bric à brac, dans la maison de mes parents qui est devenue ma maison, j’ai sur le dos une vieille veste en laine qui sent le bois brûlé. Je ne sais pas trop ce que je fais. Je ne sais pas trop quoi penser, je n’ai jamais su.

J’ouvre les yeux et sur scène un homme enlève ses chaussettes après avoir enlevé ses chaussures.

J’ai cligné des yeux combien de temps ?

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

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