The Prisoner (P. Brook / M.H. Estienne / Bouffes du Nord)

(quand on ne lit pas la bible)

The Prisoner ? Quand même… Quel manque d’originalité… Le théâtre et le cinéma : même combat ! Encore l’adaptation d’une série télévisée ? Certes Le Prisonnier n’est pas n’importe quelle série, mais de tout de même !!!

 

(de quoi ça parle en vrai)

Un homme est assis, seul, devant une immense prison, dans un paysage désert. Qui est-il ? Pourquoi est-il assis là devant cette prison ? Est-ce un choix délibéré ? Est-ce une punition ? Et ceux qui sont à l’intérieur, quels  crimes ont-ils commis, eux ? Et comment considèrent-ils cet homme qui leur fait face ? Un fou ? Un fou de Dieu ? Un criminel, lui aussi, comme eux ? Quelle punition pour quel crime ? Quelle justice ?  Qui a pris cette décision ? Pourquoi le laisse-t-on ainsi narguer la justice, quand il peut s’enfuir à n’importe quel moment ? Questions pour ceux qui dirigent la prison, et pour tous ceux qui y sont enfermés. Cet homme cherche-t-il une rédemption ? Est ce que des gens viennent le voir ? Est-il là depuis longtemps ? (http://www.bouffesdunord.com/fr/calendrier/the-prisoner)

 

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Crédits photos : Simon Annand

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

L’autre jour, c’était carnaval sur mon lieu de travail. Un de mes collègues m’a complimenté au sujet de mon costume : un peignoir, un pyjama, les cheveux vaguement décoiffés et surtout l’accessoire qui tue : le mug rempli de café. J’ai gardé à la main ce mug toute la sainte journée. Presque rien fait tout.

Tout ça pour dire quoi ? Que l’épure qu’on retrouve dans nombre de productions de Peter Brook (je suis loin d’être un spécialiste de son théâtre, mais c’est ce que j’ai pu constater ces dernières années avec Battlefield, The Valley of Astonishment ou encore Fragments) est d’une force magistrale. Quatre bouts de bois représentent une cellule et on y croit. Peter Brook sait mettre en valeur ce lieu magique qu’il connait tant, les Bouffes du Nord et à partir de presque rien, nous emporte dans un ailleurs qui ouvre grand notre imagination. Le talent de conteur de Peter Brook et de Marie-Hélène Estienne n’est plus à démontrer, aidés en cela par des acteurs remarquables. Ils arrivent même à me faire croire que ma compréhension de l’anglais n’a jamais disparu puisque je n’ai presque pas eu besoin de regarder les sur-titres.

Pour chipoter, on pourrait dire qu’on a tout de même l’impression d’avoir déjà vu ce spectacle, notamment dans Battlefield. Il n’empêche, c’est toujours un ravissement d’assister à cette simplicité, cet espace, d’être transporté dans ce moment suspendu que représente une pièce de Peter Brook.

 

vu le samedi 17 mars 2018 aux Bouffes du Nord (Paris)

Prix de la place : 20€ (abonnement – cat 2)

 

 

THE PRISONER

Texte et mise en scène : Peter Brook et Marie-Hélène Estienne
Lumières : Philippe Vialatte – Eléments scéniques : David Violi

Avec Hiran Abeysekera, Ery Nzaramba, Omar Silva, Kalieaswari Srinivasan et Donald Sumpter (remplacé par Sean O’Callaghan lors de la représentation à laquelle j’ai assisté)
Avec l’aide de Tarell Alvin McCraney et Alexander Zeldin

Jusqu’au 24 mars 2018 aux Bouffes du Nord (Paris)

 

 

(une autre histoire)

Je prends au mot ce que disait Henry James : « Observer inlassablement ».

La salle est ouverte une demie heure avant le début de la représentation. Non, ce ne sont pas mes pellicules mais la neige sur mon manteau. Je suis au parterre, au premier rang. Je suis toujours subjugué par ce lieu, lève les yeux au ciel, souris, puis regarde les spectateurs arriver un à un. Je reconnais un visage. Il y a beaucoup de petits vieux quand même.

À mon arrivée, l’ouvreur m’a dit « bonsoir » alors qu’il n’était que 15h. Je vois un spectateur qui tape dans le dos du même ouvreur en rigolant. Il est ce que je n’ai jamais su être : cool.

Comme dans les stades de foot, il faudrait positionner des stadiers pour empêcher les gens d’aller sur le plateau. « Oh mais c’est tellement beau et il n’y a pas à monter sur scène. Attends, je vais prendre une photo au milieu du plateau ! » Si si, je vous jure. Purée, il a shooté dans une brindille. Il y avait une brindille sur le plateau, elle a sûrement été placée pour une bonne raison et ce malotru l’a… Grrr… Je lui envoie des éclairs avec mes yeux. Ça me fait penser à la représentation de Nelken par Pina Bausch et le Wuppertal Tanztheater au Théâtre du Châtelet. Un spectateur avait carrément gravi les marches séparant la salle du plateau pour prendre une putain de photo (peut-être même un selfie, je ne me rappelle plus bien) et limite il s’est insurgé qu’une ouvreuse ose lui faire la remarque de ne pas le faire.

Il y a des gens dans les starting blocks. Sûrement plus malins que moi d’ailleurs. Ceux-ci ont des places sur les côtés, mais ils n’enlèvent pas leurs manteaux ni même ne prennent la peine de s’asseoir. Ils consultent frénétiquement leur montre. Compte à rebours. Ils observent le parterre, repèrent les places libres, prient pour qu’elles le restent. Cinq-quatre-trois-deux-un… Go ! Ils s’élancent vers l’ouvreur, montrent du doigt la place tant convoîtée. Ce dernier acquiesce. Le spectateur exulte, jubile, fait le V de la victoire. Il vient de troquer sa deuxième catégorie contre une première catégorie.

And so on and so on…

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

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