Let me try (Virginia Woolf / Isabelle Lafon / TGP Saint Denis)

(quand on ne lit pas la bible)

Let me try ? Je ne sais pas pourquoi, quand je lis « Let me try », je ne pense pas à Virginia Woolf mais à Janis Joplin (just a little bit harder) ?

 

(de quoi ça parle en vrai)

Let Me Try est adapté du Journal de Virginia Woolf, écrit entre 1915 et 1941. (…) Dans son journal, oeuvre drôle, débordante, surprenante, Woolf décrit sans relâche ses amis, retranscrit sur le vif des pans entiers de conversations, comme une peintre esquisserait un croquis. Elle passe d’un registre à l’autre : réflexions bouleversantes sur l’écriture, descriptions à fleur de peau de personnes, d’événements ; interrogations sur ses amitiés, ses amours, la politique, ses colères, ses peurs, ses enthousiasmes… Il y a très peu de passages sur sa « folie ». Traverser au plus profond sa propre intimité ne signifie pas s’appesantir sur ses états d’âme. (http://www.theatregerardphilipe.com/cdn/let-me-try)

 

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Crédits photos : Pascal Victor

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

C’est dans un état un peu léthargique que je me rendis au TGP vendredi dernier… Et comme le dit l’adage prononcé par Virginia Woolf (et c’est là où je me maudis de n’avoir pas pris de notes… en même temps, je me voyais mal prendre des notes assis au premier rang… mais personne ne m’a obligé à m’installer au premier rang… il n’empêche, c’est un régal d’être tout près, surtout quand on sait qu’on ne risque rien, par exemple c’est une très mauvaise idée de s’asseoir au premier rang d’Ithaque de Christiane Jatahy… mais je m’emballe, j’anticipe une prochaine chronique et je digresse beaucoup trop) : C’est quand on n’a pas envie que la soirée se révèle délicieuse. Ce n’est absolument pas ce qu’a dit Virginia Woolf, mais ce n’est pas grave, car c’est bien ce que j’ai pensé de cette représentation.

Il n’est pas si aisé de rendre théâtral un matériau littéraire, ici des fragments du journal de Virginia Woolf (mais c’est déjà indiqué dans la partie « De quoi ça parle en vrai », donc j’allonge artificiellement cette partie « non-critique », ce dont je n’ai même pas besoin). Ce que j’aime aussi, c’est faire des parallèles entre les spectacles que je vois. Dans « Bovary » de Tiago Rodrigues, les feuilles étaient blanches et éparpillées sur tout le plateau. Ici les feuilles sont dactylographiées, rangées (d’après les dires des comédiennes) par ordre chronologique et nos trois admirables interprètes compulsent, nous livrent des extraits de l’imposante production intime de Virginia Woolf. Le terme « vagues » revient régulièrement, un jeu s’installe entre Johanna Korthals Altes, Isabelle Lafon et Marie Piemontese (que j’ai la chance d’apprécier depuis de nombreuses années maintenant dans les pièces de Joël Pommerat), tour à tour elles prendront la voix de Virginia Woolf, chacune à leur façon. Le tout est clair, on entend bien les mots de l’auteure britannique, il y a une délicatesse qui émane de la pièce et des comédiennes

C’est un travail admirable qu’a fourni Isabelle Lafon, car la somme des écrits intimes de Virginia Woolf est assez impressionnante et on perçoit bien la drôlerie, le sens de l’observation (cher à Henry James, cité à la fin du spectacle et que j’ai affiché au-dessus de mon bureau… ce qui est totalement faux, vu que j’écris partout sauf à mon bureau, ma phrase n’a aucun sens, je le sais, c’est la fièvre) de Virginia Woolf… Qu’est-ce que j’aime ce nom !

 

vu le vendredi 16 mars 2018 au Théâtre Gérard Philippe, Saint Denis.

prix de la place : invitation

 

LET ME TRY

une production Les Merveilleuses

D’après le Journal (1915-1941) de Virginia Woolf

Adaptation et mise en scène : Isabelle Lafon

Avec Johanna Korthals Altes, Isabelle Lafon, Marie Piemontese

Traduction : Micha Venaille – Lumière : Marion Hewlett en collaboration avec Patrice Lechevallier – Costumes : Agathe Mélinand et Nathalie Trouvé – Assistanat à la mise en scène : Marion Canelas

Jusqu’au 25 mars 2018 au théâtre Gérard Philippe (Saint Denis)

 

(une autre histoire)

Paraît-il, Virginia Woolf avait 38°7 de fièvre quand elle a écrit « Mrs Dalloway ». Déjà on peut douter de cette information : a-t-elle eu cette fièvre durant tout le processus d’écriture ? Ce qui me semble quasi impossible ou alors elle a écrit ce roman en une nuit ou deux jours ? Je dis ça parce que ça fait deux jours que j’ai une température oscillant entre 37°8 et 38°6 et que je me sens bien trop fatigué pour faire quoi que ce soit. Dois-je atteindre 38°7 pour que tout s’illumine dans mon esprit et ainsi pondre l’oeuvre de ma vie ?

Hier soir, après la pièce, je me suis rendu à un anniversaire. J’étais en nage, j’étais pas bien, mais j’y suis quand même allé. Pour la beauté du geste, de l’art. J’avais mis un vieux pull bien chaud si bien qu’au jeu de « Quel métier fais-tu ? », on a tout de suite deviné quel était le mien, là où je m’enorgueillissais que c’était quasi impossible de deviner. Le pire, c’est que je veux changer de métier. Les gens ne comprennent pas. « Mais tu veux faire quoi d’autre ? » Ben j’en sais rien. Enfin… si… je sais… Mais… De quoi je parle ? Je disais quoi ? 38°6. Je ne bois pas d’alcool, la fièvre ne me fait même pas délirer, je ne danse pas. J’offre mon présent à la reine de la soirée (un ouvrage de Fernando Pessoa) et marche jusqu’à la station de métro. Je monte péniblement mes six étages, envoie une photo de mon thermomètre rectal à la reine de la soirée, sûrement heureuse d’apprendre que mon histoire de température, c’était pas du chiqué, et aussi que j’utilise un thermomètre rectal.

38°7

Virginia Woolf, me voilà. Je me glisse sous la couette, l’ordinateur sur mes jambes, je tapote frénétiquement les soixante-trois mots les plus essentiels, que dis-je, les plus importants de toute ma vie d’auteur.

Ce soir, j’ai écrit un nouveau statut Facebook.

 

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

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